‹ Œuvres de Bossuet (volume 5)Chapitre 48 sur 85 · XXXVI- Jour. Ne point juger. { Matth. vil. 1. 2 et suiv · texte numérisé non relu

XXXVI- Jour. Ne point juger. { Matth. vil. 1. 2 et suiv

« Ne jugez pas'». Il ya un juge au dessus de vous ; un juge qui jugera vos jugements, qui vous en demandera compte ; qui, par un juste jugement, vous punira d’avoir jugé, sans pouvoir et sans connoissance, qui sont les plus grands défauts d'un jugement.

Sans pouvoir. « Qui êtes-vous pour juger le serviteur d'au- » trui ? S'il tombe, ou s’il demeure ferme, cela regarde son » maître * » ; c’est à lui de le juger.

Ne jugez donc pas celui dont vous n'êtes pas le juge.

Ce que saint Paul ajoute, juge téméraire, vous ferme encore plus la bouche. Vous prononcez sur l'état du serviteur d'autrui, et vous dites, ou qu’il tombe, ou qu'il va tom-— ber. « Mais il ne tombera pas », dit saint Paul”: « Dieuest «assez puissant pour laffermir ». Ne jugez donc pas qu'il va tomber.

Saint Paul continue : « Pourquoi jugez-vous votre frère * »? Ou pourquoi méprisez-vous votre frère? C’est votre frère, c'est votre égal, il ne vous appartient pas de le juger. Vous êtes tous deux justiciables du grand Juge devant qui tous les hommes ont à comparoître : « Nous avons tous à comparoître de- » vant le tribunal de Jésus-Christ... Chacun y rendra compte pour lui-même * ». Ne songez donc point à juger les autres ; songez au compte qu'il vous faudra,rendre de vous-même.

Saint Jacques n'est pas moins fort. «I n'ya», dit-il, « qu'un législateur etqu'un juge, qui peut perdre un homme,

UMatth. var. 12. — ? Rom. x1v. 4. — 3 Jb. — # Ib. 10. — 5 Jb. 10: 12% Jac. 1V. 12:

» ou le délivrer ». D'où il conclut : « Qui êtes-vous donc, vous » qui jugez votre frère »? Ce qu'iltire de ce beau principe : « Celui qui juge son frère, ouqui médit de son frère, juge » la loi et médit de la loi'». Car la loi vous a interdit ce jugement que vous usurpez. « Mais » poursuit ce grand apôtre”, « si vous jugez la loi, vous ne voulez done pas vous en rendre » l'observateur, maisle juge ». Vous vous élevez au dessusde votre règle : la loi retombera bientôt sur vous de tout son poids, et vous en serez accablé. Voyez en deux versets de cet apôtre, quelle force et quelle lumière de la vérité contre xos jugements téméraires.

Vous voyez que vous jugez sans pouvoir : mais Vous jugez encore sans Connoissance. Vous ne connoissez pas celui que vous jugez; vous n'en voyez pas l’intérieur ; vous ne savez pas son intention, qui peut-être le justifie’; etsison crime est manifeste, vous ne savez pas s’il ne s’en repentira point, ou s’il ne s’en est pas déjà repenti, et s’il n’est point un de ceux dont la conversion réjouira le ciel. « Ne jugez donc pas ».

« La charité n’est point soupconneuse; elle ne pense pas » le mal; elle est douce; elle est patiente; elle souffre tout; » elle croit tout; elle espère tout; elle ne se réjouit pas du » mal d'autrui; mais elle se réjouit » quand tout le monde fait bien «en vérité * ». Ainsi elle ne se plaît pas à juger.

D'autant plus qu’en jugeant les autres elle se jugeroit et se condamneroit elle-même. « Vous êtes inexcusable, à tout » homme qui jugez ; parce qu’en ce que vous jugez les autres, » vous vous condamnez vous-même ; puisque vous faites les » mêmes choses que vous condamnez ‘ ». Vous êtes jugé par votre propre bouche, mauvais serviteur, et vous-même vous prononcez votre sentence. « En telle forme que vous juge- » rez, vous serez jugé: et la mesure que vous aurez faite aux » autres, sera votre règle ° ».

Quelle joie à un criminel d'entendre de la propre bouche de son juge : « Vous ne serez pas jugé ° »! Mais pour cela, il faut qu'il ne juge pas.

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2 Jb.—5 Cor. xa1r. 4. 5. 6. 7. — Ÿ Rom. 11: 1.— Ë MENT 20-00 "ID, 1.

XXXVII Jour. Voir les moindres fautes d'autrui, et ne voir pas en soi les plus grandes. ( Matth. vil. 3. 4. 5.)

Voici une autre raison de ne juger pas, que Jésus-Christ nous explique ; c'est que votre crime est plus grand que celui que vous condamnez. «Pourquoi voyez-vous un fétu? Une » poutre vous crève les yeux, et vous ne la voyez pas ‘ ».

« Hypocrite »! La plus mauvaise hypocrisie, c'est de condamner tout le monde. On fait par là le vertueux, on prétend faire admirer la régularité de ses mœurs, la sévérité de sa doctrine; c’est un homme incorruptible, qui ne flatte, et qui n'épargne personne; mais l’hypocrite qu'il est, il ne songe pas seulement à se corriger. Il épilogue sans cesse sur les défauts les plus légers des autres: et il ne songe pas seulement aux vices énormes qui l’accablent. I] n°y a point d'hommes plus indulgents pour eux-mêmes, que ces impitoyables censeurs de Ja vie des autres,

XXXVIH- Jour. La chose sainte : Discernement dans la prédication de l'Evangile. ( Matth. v11. G.)

« La chose sainte, » c’est le corps de Jésus-Christ; «il ne » le faut pas donner aux chiens * », aux impurs, aux impudents, à ceux qui jappent indifféremment contre tout le monde; à ceux qui retombent dans leurs péchés, et que saint Pierre nous a figurés sous l’image « d’un chien qui re- » tourne à son vomissement, et d'un pourceau qui, s'étant » Javé, se vautre de nouveau dans la boue * ». Nous en avons parlé dans les méditations précédentes, à l'occasion d'un passage de saint Pierre. :

En général, la chose sainte signifie tous les mystères que les pasteurs de l'Eglise sont avertis de donner avec beaucoup de discernement; et de ne les pas donner à profaner aux indignes.

«Les perles devant les pourceaux » , sont les saints discours devant ceux qui sont incapables de les goûter; et qui pour cette raison se tournent avec une espèce de fureur con--

Mate SENTE ENT ME "NII "Pet. 11.21 209!

{re ceux qui leur présentent une chose si peu convenable à leur nature.

Considère, chrétien, à quoi tu te réduis par ton péché! Dieu, qui t'avoit fait à son image, et qui avoit mis ton âme, renouvelée par la grâce, au rang de ses épouses, te met au rang « des chiens et des pourceaux ». Aïe pitié de ton état, et songe à l'en retirer, ayant recours à la prière, dont il va être encore parlé ci-après.

XXXIXe Jour. Prier avec foi : demander : chercher : frapper. {Matth. \A SN)

Après avoir fait voir au pécheur l'état déplorable et honteux où il tombe, notre Seigneur Jui montre dans la prière le moyen d'en sortir.

« Demandez: cherchez: frappez' ». Ce sont trois degrés, et comme trois instances qu'il faut faire persévéramment et coup sur coup. Mais que faut-il demander à Dieu pour sortir de cet état plus que bestial où le péché nous avoit mis? Il faut l'apprendre de ces paroles de saint Jacques * : « Si quel- » qu'un manque de sagesse, qu'il la demande à Dieu, qui » donne abondamment à tous, sans jamais reprocher ses bien- » faits; mais il la faut demander avec foi et sans hésiter ».

C’est ce que notre Seigneur nous apprend lui-même : «En » vérité, je vous le dis: si vous avez la foi, et que vous » n'hésiliez pas, vous obtiendrez tout, jusqu'à précipiter les » montagnes dans la mer. Et je vous le dis encore un coup : » tout ce que vous demanderez dans votre prière, croyez » que vous le recevrez, et il vous arrivera * ».

Regardez donc où vous en êtes par votre péché, et demandez avec foi votre conversion. Ne dites pas qu'elle est impossible : quand vos péchés seroient d’un poids aussi accablant que celui d'une montagne; priez, et il cèdera à la prière : « Croyez fermement que vous obtiendrez ce que vous » demanderez; et il vous sera donné ». Jésus-Christ se sert exprès de ces comparaisons si extraordinaires, pour montrer que tout est possible à celui qui prie.

! Matth. vur. 7. — ? Jac, 1. 5. 6.—5 Matth. xxr. 21. 22. —Marc. xi. 23. 24.

Animez votre courage, chrétien, et ne désespérez jamais de votre salut.

XL° Jour. Persévérance et humilité dans la prière. (Matth. vit. 7. 8x — Luc. x1. 5. 6. et suiv.)

« Frappez »; persévérez à frapper, jusqu'à vous rendre importun, s’il se pouvoit. El y a une manière de forcer Dieu et de lui arracher ses grâces; et cette manière est de demander sans relâche avec une ferme foi. D'où il faut conclure avec l'Evangile : «Demandez, et on vous donnera; cherchez, » et vous trouverez; frappez, et il vous sera ouvert‘ ». Ce qu'il répète encore une fois, en disant: « Car quiconque de- » mande, reçoit; et quiconque cherche, trouve; et on ouvre » à quiconque frappe. » Il faut done prier pendant lé jour, prier pendant la nuit, et tout autant de fois qu’on s’éveille. Et quoique Dieu semble ou n’écouter pas, où même nous rebuter, il faut frapper toujours; attendre tout de Dieu, et néanmoins agir aussi. Car il ne faut pas seulement demander comme si Dieu devoit tout faire lui tout seul; mais encore chercher de son côté, et faire agir sa volonté avec la grâce; car tout se fait par ce concours. Mais il ne faut jamais oublier, que c’est toujours Dieu qui prévient; car c’est là le fondement de l'humilité.

XLI° Jour. Prière perpétuuile. (Luc. xvit1. 1. 8}

«Il faut prier toujours, et ne cesser jamais * ». Cette prière perpétuelle ne consiste pas en une perpétuelle tension de l'esprit, qui ne feroit qau'épuiser les forces, et dont on ne viendroit peut-être pas à bout. Cette prière perpétuelle se fait, lorsqu'ayant prié à ses heures, on recueille de sa prière, et de sa leciure quelque vérité, ou quelque mot, qu’on conserve dans son cœur, et qu'on rappelle sans effort de temps en temps; en se tenant le plus qu'on peut dans un état de dépendance envers Dieu, en lui exposant son besoin, €’est-àdire, en l'y remettant devant les yeux sans rien dire. Alors,

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