‹ Œuvres de Bossuet (volume 5)Chapitre 61 sur 85 · CIX: Jour. Jérémie annonce à son peuple sa délivrance · texte numérisé non relu

CIX: Jour. Jérémie annonce à son peuple sa délivrance

I] n’en est pas de Jésus, comme des prophètes, à qui Dieu défend de le prier, et à qui il dit, comme à Jérémie : Je ne vous eæaucerai pas*. Car au contraire il dit à son Père : Je sais que vous m'écoutez toujours *. Et afin de nous donner en la personne de notre prophète, une figure quoique imparfaite de l’intercesseur qui a exaucé, il lui parla en cette sorte, pendant qu’il étoit arrêté dans le vestibule de la prison : « Crie » maintenant; élève ta voix; et je t’exaucerai ; et Je lap-

1 Joan, xv. 22 et seq,— ? Ps. xx1v. 19. — © Jerem. wir. 16. — f Joan. x. 42.

» prendrai des choses grandes, etd'une inébranlable fermeté, » que tu ne sais pas ‘ ». C’est que la Judée et Jérusalem seroient rétablies ; qu’il y ramèneroit son peuple ; qu’il en gnériroit les plaies; qu'il les purifieroit de tous leurs péchés *. Ilrépandit alors « un esprit deprière*» dans tout son peuple. « Réjouissez-vous, Ô Jacob ! hennissez contre les gentils et » contre Babylone, qui en est le chef; et dites : Sauvez, Sei- » gneur, les restes de votre peuple; et je vous rappelleraide » la terre, où je vous avois envoyés en captivité “ ». Jérémie annonça au peuple ce glorieux rétablissement : il leur en marqua le temps, et leur déclara qu’à la soixante-dizième année de leur servitude, il feroit éclater ce grand ouvrage. « Car je sais, dit le Seigneur, les pensées que j’ai pour vous, » des pensées de paix et non d’affliction ; pour vous donner » Ja fin de vos maux, et la patience en attendant pour les en- » durer; etvous m'invoquerez, et vousirez en votre patrie : » et vous me prierez, et je vous exaucerai : et vous me » chercherez, et vous me trouverez, lorsque vous m'aurez » cherché de tout votre cœur ». Aïnsi le prophète Jérémie n'annonça pas seulement au peuple sa désolation ; mais pour être une parfaite figure de Jésus-Christ, il leur annonça encore sa délivrance , qui devoit être la figure de celle de son Eglise : et il fut choisi pour la demander à Dieu, et pour exciter dans tout le peuple l'esprit de prière. Et s’il annonça à son peuple sa prise, sa ruine, sa captivité; ce ne fut pas pour toujours. Il n’en fut pas ainsi des autres nations, auxquelles Dieu lui ordonna de prophétiser. « Va, lui dit le Seigneur des ar- » mées ; prends de ma main la coupe de ma colère, et pré- » sente-la à tous les peuples auxquels je t'enverrai… Et je » la pris,.…. et je la portai à Jérusalem et aux villes de Juda, » à ses rois et à ses princes,.… et à Pharaon roi d'Egypte, et » à ses serviteurs, à ses princes , et à tout son peuple, et gé- » néralement à tous les rois ; aux rois d'Orient, aux rois des » Philistins, et d'Ascalon, et de Gaza, etd'Idumée, et de Moab : » et à tous les rois de Tyr et de Sidon, et aux rois des ileséloi- » gnées,.… et à tous lés rois d’Arabie, et à tous les rois d'Oc-

1 Jerem. xxxmr. 1. 2. 3. — ? Ib. 4 et seq. — * Zach. x. 10. — Je- TE XXL 20. Pb xy. 11. xxx 10211012

» cident, etaux rois de Perse, et aux rois des Mèdes et à tous » lesautresroisdu Nordde prèsetdeloin… etle roi de Babylone »boiraaprès eux», lui quifaithoire ce calice dela colère de Dieu à tous les autres. «Buvez, buvez, leur dira le Seigneur; buvez et » enivrez-vous, et vomissez ettombez, et vousne vous relèverez » jamais. Voilà le tourbillon du Seigneur ; sa colère part; son » orage tombe ; etil sereposera sur la tête de ses ennemis * ».

Ainsi sont traités les rois et les peuples idolâtres. Le prophète, qui leur dénonce leurs maux, ne leur laisse aucune espérance. Sion seule est frappée en ses miséricordes, comme un enfant que son père châtie. Le prophète lui montre son retour : il porte ses yeux plus loin, et lui prédit son libérateur ; ce nouveau David dont le règne sera éternel : cet homme parfait en sagesse, qui se trouvera environné des entrailles d'une femme, et enfermé dans son sein : et la nouvelle allance que Dieu fera par son entremise avecle peuple racheté*. Élevez la voix, Ô Jérémie ! prophète sanctifié dès le ventre de votre mère; prophète vierge et figure du grand prophète vierge aussi, et fils d’une vierge‘: chantez-nous les miséricordes de notre Dieu : reprochez-nous nos ingratitudes : faites-nous rougir de nos crimes : donnez-nous l'exemple d'humilité, de patience, de douceur : entrez encore à nos yeux dans votre affreux cachot, en figure de la sépulture de Jésus- Christ : sortez-en aussi en figure de sa résurrection : exprimez ses persécutions dans les vôtres. Et nous, Seigneur, en attendant que nous méditions plus à loisir les mystères de votre passion, et de votre résurrection triomphante, nous nous v préparerons en contemplant avec foi les prophètes qui leur ont servi de figure.

CX: Jour. Jonas dans le ventre de la baleine; autre figure de Jésus-Christ.

Agité d’un de ces transports, que nous avons remarqués dans les prophètes, et que nous avons vus dans Jérémie, Jonas ne veut point, aller prêcher aux Ninivites leur perte prochaine *; de peur que si Dieu leur pardonnoit, comme son immense bonté l’y portoit toujours, les peuples paiens

1 Jerem. xxv. 15. 27. — ? Ib, xxx. 23. — 3 Ib. xxxr. 22. 31. — ‘Ib. T5 XVHN. —1J0n 12: J,

ne se confirmassent dans leur incrédulité, et ne méprisassent ses menaces, et les discours de ses prophètes. Et pressé par cet esprit prophétique, qui le poussoit au dedans avec une force invincible à annoncer la ruine de Ninive, il lui dit: Voilà, Seigneur, une parole que je ne puis porter : « je sais .» que vous êtes un Dieu clément, plein de miséricorde et de » patience, d’une compassion infinie, et toujours prêt à » pardonner aux hommes leur malice "» : vous pardonnerez encore à cette ville infidèle, On ne nous écoutera plus, quand nous parlerons en votre nom : nous annoncerons en vain à Juda et à Israël la rigueur de vos jugements : votre facilité et votre indulgence ne fera qu'endurcir les hommes dans le mal. Car il faut suppléer tout ceci, puisque nous l'avons déjà trouvé dans Jérémie. © Seigneur! ôtez-moi la la vie, continuoit Jonas * : car il vaut mieux mourir, que d’être trouvé un prophète menteur, et exposer la prophétie à la dérision. On voit, en passant, que les âmes touchées de ces impressions divines, sont élevées au dessus de tout, et la mort ne leur coûte rien. Dans cette extrême détresse, non-seulement il tâcha, comme Jérémie, de ne point écouter la prophétie, et de s’étourdir lui-même contre cette voie; mais presés par cet esprit prophétique, il s'enfuit de devant le Seigneur : et s’'embarque à Joppé *, pour aller de la Terre sainte où il étoit, à l'autre extrémité du monde. Car encore qu'on ne sache pas précisément qu’elle étoit la ville de Tharsis, on convient qu’elle étoit extrêmement éloignée du côté de l'Occident.

Il ne faut pas se persuader que le saint prophète crüt que Dieu ne le verroit plus, ou qu'il sortiroit de son empire, lorsqu'il iroit dans les terres lointaines. Car nous l’entendrons bientôt dire aux nautonniers : Je suis hébreu, et je révère le Dieu du ciel qui a fait la mer et la terre‘. De sorte qu'il voyoit bien qu’on ne pouvoit échapper à sa puissance, ni sortir de son domaine. Cette face de Dieu, qu’il tâche de fuir, cette présence qu'il veut éviter; c’est la face que Dieu montroit intérieurement à ses prophètes; c’est la présence,

Won. tv. 2h03. —21b re MP: 0:

dont il éclairoit leur esprit, lorsqu'il daignoit les inspirer. C'est cette face que Jonas crut pouvoir éviter en s’éloignant de la Terre sainte et du milieu du peuple d'Israël, où Dieu avoit accoutumé de répandre la prophétie. I s’éloigna donc tout ensemble et de la Terre sainte et de Ninive, où il ne crut pas que Dieu voulût le ramener malgré lui d’un pays si éloigné. Mais il ne fut pas plus (Ôt embarqué, que « Dieu » fit souffler un vent impétueux : et la tempête fut si vio- » lente, qu’on eraignoit à chaque moment que le vaisseau » ne s’entrouvrit ». Pendant que chacun invoquoit son Dieu avec des cris effroyables, et qu'on jetoit dans la mer toute la charge du vaisseau, Jonas, sans s'étonner d'un si grand péril, car nous avons vu souvent ces âmes fortes, qui sont sous la main de Dieu, ne craignent rien que lui seul, descendit au fond du vaisseau, et dormoit d'un profond sommeil". C'est quelque trait de Jésus, qui, dans une semblable tempête, dort tranquillement sur un coussin; et laisse remplir de flots le vaisseau où il étoit avec ses disciples ?. Par un semblable mystère, et pour montrer qu'on n’a rien à craindre, quand on à Dieu avec soi, et qu'il n’y a en tout cas qu'à s’abandonner à sa volonté; Jonas dormoit parmi tant de cris, et tant d’horribles sifflements des vents et des flots, jusqu'à ce qu'on l’éveilla, à peu près de la même manière qu'on fit le Sauveur, en lui disant : « Pourquoi dormez-vous? in- » voquez aussi le votre Dieu , afin qu'ilse souvienne de nous , » et que nous ne périssions pas * ». La main de Dieu ne quittoit pas le saint prophète. Il sentit d’abord que li tempête étoit envoyée contre lui : il vit jeter tranquillement le sort, que les passagers jetoient entre eux, pour découvrir le sujet de la tempête : il le vit tomber sur lui sans s’effrayer; car il avoit toujours dans l'esprit que la mort [ni étoit meilleure, que d'aller prophétiser pour être dédit, et faire blasphémer la prophétie * : et il dit hardiment aux nautonniers, qui le vouloient épargner : Jetez-moi dans la mer sans hésiter, et la tempéte cessera; car je sais bien que c'est pour mot qu'elle est eæcitée *. Cependant ils le respec-

1 Joan. 1405, —"2Marc. 1v: 37. 38/0" Jon. r. 6. — ‘ Ib: 1Y. 3. — Ib IN 19;

tèrent, étonnés de sa prodigieuse tranquillité, et encore plus de la grandeur du Dieu qu’il servoit. Car comme on lui demanda, qui il étoit, « il avoit répondu, qu'il étoit hébreu, » et que le Dieu qu'il craignoit étoit le Dieu du ciel, et le » Créateur de la terre et de la mer » : et ils faisoient les derniers efforts pour arriver à terre, sans qu'il en coutât la vie à un si grand homme. Mais plus 2s ramotent, plus la mer s’enfloit : en sorte qu’ils furent contraints de jeter Jonas dans la mer, en prenant Dieu à témoin, que c’étoit à regret qu’ils Je noyoient; et qu’ils étoient innocents de sa mort, ef aussitôt l'agitation de la mer cessa ‘. Et voilà déjà, en figure de notre Sauveur, tout ce peuple sauvé par la mort, comme l’on croyoit, du saint prophète, à laquelle il s’étoit lui-même volontairement offert. Mais ce n’est pas là tout le mystère; et le reste nous est expliqué par le Sauveur même, lorsqu'il dit : « Cette mauvaise race demande un signe, et il ne lui en » sera point donné d'autre, que le signe du prophète Jonas : » car comme Jonas fut trois jours et trois nuits dans les » entrailles de la baleine, ainsi le Fils de l’homme sera trois » jours et trois nuits dans le cœur de la terre?

L'esprit de prophétie ne quitta point Jonas dans le ventre de cet énorme poisson : ear il y chanta ce divin cantique * +« J'ai crié du fond de l’abime, et vous avez écouté ma voix : » les eaux m'ont environné : tous vos gouffres et tous vos » flots ont passé sur moi : et j'ai dit : Je suis rejeté de de- » vant vos yeux; mais je reverrai encore votre saint tem- » ple ». Il sent donc qu'il sortira de cet abîme ; et il le recommence encore en cette sorte : « Les eaux m'ont pé- » nétré jusqu'au fond : l’abîme m'a entouré : la mer a » couvert ma tête : jai descendu au fond de la mer, et jus- » qu'à la racine des montagnes : je suis enfermé pour tou- » jours dans les soutiens de la terre * ». Il n’y a point de ressource , dans la puissance créée. « Mais vous, à Seigneur » mon Dieu, vous me relèverez » d'un si grand mal, vous me préserverez « de la corruption. Au milieu de mes » angoisses, je me suis ressouvenu du Seigneur, afin que

1.Joan. 9. 13.145, — ? Matth. xx. 39. 40.— 3 Jon: 1. 2.3. — SIPUINE

» ma prière parvint jusqu'à votre saint temple. Ceux qui » mettent leur confiance dans de fausses divinités, aban- » donnent la miséricorde » qui les peut sauver, et renoncent à la sainteté : « mais moi je vous ai immolé par ma » voix un sacrifice de louange : vous me sauverez, et je ren- » drai au Seigneur les vœux que je lui ai faits pour ma déli- » vrance. Et le Seigneur commanda au poisson, et il jeta » Jonas sur la terre ‘ », en figure de notre Sauveur, dont il est écrit; qu’ fut libre entre les morts *, comme Jonas l'avoit été dans cet abîme vivant, qui l’avoit englouti; et à qui David a fait dire au milieu des ombres de la mort : « J'avois » toujours le Seigneur en vue, parce qu'il est à ma droite, » pour m'empêcher d’être ébranlé : c’est pour cela que » mon cœur à tressailli, que ma langue a été remplie de » joie, et que mon corps s’est reposé en paix : parce que » vous ne laisserez pas mon âme dans l'enfer, et que vous » ne permetterez pas que votre saint prophète éprouve la » corruption ». Au milieu de la mort, « vous m'avez montré » le chemin pour retourner à la vie, et vous me remplirez » de la joie que donne la vue de votre face * ». C’est à peu près et avec la force qui convenoit au Sauveur plus qu’à Jonas, accomplir ce qu'avoit dit ce prophète : Je reverrai votre saint temple ‘.

Il n’appartenoit pas à Jonas, qui n’étoit que la figure, d’avoir tous les traits de la vérité, ni d’avoir parmi les morts cette liberté qui étoit réservée au Sauveur, ni de prédire luimême et sa mort et sa résurrection. Mais à cela près, il n'y avoit rien qui ressemblât mieux à la mort et au tombeau, que le ventre de ce poisson ; ni rien qui représentât plus vivement une véritable et parfaite résurrection, que la délivrance de Jonas. Adorons donc celui qui n’a laissé aucun trait, ni aucun iota dans les prophètes, non plus que dans la loi, qu’il n’ait parfaitement accompli : et apprenons à ne perdre jamais l'espérance dans quelque abime de maux où nous soyons plongés ; puisque Jonas est sorti du ventre de la baleine, et Jésus-Christ notre chef, du tombeau et de l'enfer, as-

1 Joan. r. 7 et seq. — ? Ps. vxxxvir. 6. — 3 Ib. xv. 8. Act. 11 15. — Joan. 11. 5.

682 MÉDITATIONS surant ses membres, qui sontses fidèles, d’une semblable dé-

livrance.

CXIe Jour. Prédication de Jonas à Ninive.

Pour achever l'histoire de Jonas, puisque celle de notre Sauveur nous y aconduits; aussitôt que la baleine l’eut rejeté sur le rivage, le voilà de nouveau repris par l'esprit de la prophétie ; et le Seigneur lui ordonne d’aller prêcher à Ninive, qu'elle périroit dans quarante jours ‘. Dieu ne voulut point que Jonas y mit la condition : Si elle ne faisoit pénitence. Cette ville la fittoutefois dans le sac et dans Ja cendre : et Dieu voulut faire voir, qu’il étoit toujours prêt par sa bonté, à rétracter sa sentence, sans même l'avoir promis. Éeoutons sur ce sujet la parole de Jésus-Christ : « Les gens de Ninive » s'élèveront contre cette race dans le jugement, et la con- » damneront : parce qu'ils ont fait pénitence à la prédication » de Jonas : et celui-ci est plus que Jonas *». Faisons done pénitence, puisque Jésus même nous y exhorte par son Evangile, par les pressantes etcontinuelles impulsions de son Saint- Esprit : et n’attendons pas que les Ninivites s'élèvent contre nous au dernier jour ; car la conviction seroit trop forte et la confusion trop inévitable.

Jonas ne résista point à cette fois * : la main de Dieu le serroit de trop près: mais après la miséricorde que Dieu eut exercée envers Ninive, le prophète fut affligé d’une affliction extrême ; et transporté de colère, il pria le Seigneur, et il Jui dit : « Je vous prie, Seigneur, n'est-ce pas là ce que je di- » sois, pendant que j'étois encore en mon pays: que vous » étiez bon et indulgent jusqu'à l'infini ‘; qu’ainsi vous pardonneriez à Ninive ; que les paroles de vos prophètes seroient méprisées ; et que sans se soucier de vos menaces ni rompre le cours de leurs crimes, les peuples s'attendroient toujours à vous fléchir par la pénitence, après avoir impunément accompli leurs mauvais desirs. « Seigneur, je vous prie, faites-moi » mourir : la mort me sera plus douce que la vie. En même » temps il se retira de la ville *», et attendoit dans le voisi-

Jon. nr 106 Matth. on MARS Ton nr NID AT DE— STD 1%: 3.0.

nage, quel en seroit le sort : car à peine voulut-il croire, que Dieu pardonnât tant de crimes, et augmentât la licence par cet exemple d’impunité. Mais Dieu qui le vouloit revêtir de l'esprit de la nouvelle alliance, qui est une alliance te miséricorde, de réconciliation et de pardon, et Ini ôter cet esprit dur qui devoit comme régner en ce temps là à cause de la dureté du cœur de l’homme, sécha, comme on sait, la branche verte MW'il avoit fait élever sur la tête de Jonas, pour le défendre de l’ardeur brülante du soleil, et des vents de ces pays là, qu'il avoit excités exprès ‘. Et comme Jônas s’en affligea jusqu’à desirer la mort: « Tu t'affliges », lui dit le Seigneur*, « de ce rameau vert que tu n'as pas fait, et la nais- » sance duquel ne t’a coûté aucun travail : et tu ne*veux pas

que j'aie pitié de l'ouvrage de mes mains, et de cette ville » immense » , si digne de compassion : quand %e ne seroit qu'à cause du nombre infini des enfants qui ne connoissent pas le bien et le mal, et de tant d'animaux ? Car, à Seigneur ! votre bonté s’étend jusqu'à eux, conformément à cette parole du psalmiste : vous sauverez les honvmes et les animaux, parce qu'il vous a plu, 6 mon Dieu! de multiplier votre miséricorde * Prenons donc l'esprit de douceur , et ne nous laissons point transporter par le zèle, qu'on voit paroître même dans les saints de l’ancten Testament : car Jésus dit à ses disciples, qui le vouloient imiter, et à l'exemple d’Elie ‘, faire descendre le feu du ciel : Vous ne savez de quel esprit vous êtes *.

Ne blâmons donc pas le zèle de Jonas qui étoit convenable au temps; et louons Dieu au contraire, de lui avoir inspiré la douceur, qui devoit un jour paroître en Jésus-Christ, et de l'avoir forcé à prêcher sa miséricorde, Ne condamnons pas aisément le saint prophète ; parce que ces mouvements des prophètes, et la communication de Dieu avec eux, sont un grand mystère, qu'il ne nous est pas permis de pénétrer. Non, que je m’attache opiniâtrément à vouloir excuser de faute ce saint homme : car Dieu se plaît quelquefois à faire paroitre son bras dans le crime même, età s’assujettir les âmes les plus rebelles. Mais c’esfque ce qui se EE entre Dieu et ses

1 Jon. 1v. 8. 9. — 2? Ib. 10. 11. — ° Ps. xxxv. 7, 8. ÿ 1Ÿ. Reg. 1.

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