XXII. De l'Orgueil
C'est un orgueil indiscipliné qui se vante , qui va à la gloire avec un empressement trop visible ; il se fait moquer de lui : c'est au contraire un orgueil habile, que celui qui va à la gloire par l'apparence de la modestie.
Quelques-uns semblent mépriser l'opinion des autres : Ce sont des hommes , disent-ils : mais ils s'admirent eux-mêmes, ils mettent leur souverain bien à se plaire à eux-mêmes; comme si eux-mêmes n'étaient pas des hommes.
Quiconque a cette pensée , veut plaire aux autres ; mais il feint de se contenter de soi-même , pour l'une de ces deux raisons : premièrement, ou parce qu'il ne peut acquérir l'estime des autres ; et il s'en fconsole en se prisant soi-même : secondement , par tine certaine fierté qui fait que , désirant l'estime des autres , il ne veut pas la demander, et veut l'obtenir comme une chose due; en quoi il est d'autant plu3 possédé de cette passion , qu'il la couvre davantage. Mais il croit toujours y arriver par cette voie; et la gloire le charmera d'autant plus, qu'il l'aura acquise en la méprisant : c'est confine un tribut qu'il exige, pour marque d'une plus grande Souveraineté et indépendance ; comme s'il était audessus même de l'honneur.
La modestie et la modération dans les honneurs beut venir de ces principes mauvais : premièrement, l'âme est contente et hume tout l'encens en ellehiême; ce qui devrait être au dehors est au dedans, fet y rentre bien avant : secondement, l'extérieur t)araît affable; ce qui fait quelque montre de modestie : et souvent cela vient de ce que l'âme, conlente en elle-même et pleine de joie, la répand sur téuX qui approchent , et les traite bien ; comme au Contraire une humeur chagrine décharge sa bile 6ur eux par un superbe dégoût.