‹ uvres de BossuetChapitre 15 sur 140 · R06S«ET. — TO»!E IV · texte numérisé non relu

R06S«ET. — TO»!E IV

Bucer n'approuva point la seconde thèse; car, comme nous avons vu, il voulait bien qu'on exclût une présence locale, mais non pas une présence corporelle et substantielle. Il soutenait que Jésus- Christ ne pouvait pas être éloigné de la cène, et qu'il était tellement au ciel, qu'il n'était pas substantiellement éloigné de l'eucharistie. Pierre Martyr croyait que c'était une illusion d'admettre une présence corporelle et substantielle dans la cène, sans y admettre la réalité que les catholiques soutenaient avec les luthériens : et, quelque respect qu'il eût pour Bucer, le seul des protestants qu'il considérait, il ne suivit pas son avis. On dressa en Angleterre une formule selon le sentiment de Pierre Martyr. On y disait « que le corps de Jésus- « Christ n'était qu'au ciel ; qu'il ne pouvait pas être « réellement présent en divers lieux; qu'ainsi on « ne devait établir aucune présence réelle ou cor- « porelle de son corps et de son sang dans l'eucha- « ristie '. » Voilà ce qu'on définit. Mais la foi n'était pas encore en son dernier état , et nous verrons eu son temps cet article bien réformé.

Nous sommes ici obligés à M. Burnet d'un aveu considérable : car il nous accorde que la présence réelle est reconnue dans l'Église grecque. Voici ses paroles : « Le sentiment des luthériens semblait « approcher assez de la doctrine de l'Église grec- « que , qui avait enseigné que la substance du pain «et du vin, et le corps de Jésus-Christ, étaient « dans le sacrement ». » Il est en cela de meilleure foi que la plupart de ceux de sa religion : mais en même temps il oppose une plus grande autorité aux nouveautés de Pierre Martyr.

L'esprit de changennent se mit alors tout à fait en Angleterre. Dans la réforme de la liturgie et des prières publiques, qui se fit par l'autorité du parlement (car,Dieu n'en écoutait aucunes que celles-là), on avait dit que les commissaires nommés par le roi pour les dresser en « avaient achevé l'ouvrage d'un « consentement unanime, et par l'assistance du « Saint-Esprit. » L'on fut étonné de cette expression : mais les réformateurs surent bien répondre « que cela ne s'entendait pas d'une assistance ou « d'une inspiration surnaturelle , et qu'autrement « il n'eût point été permis d'y faire des change- « ments. » Or ils y en voulaient faire, ces réformateurs , et ils ne prétendaient pas former d'abord leur religion. En effet, on fil bientôt dans la liturgie des changements très-considérables ; et ils allaient principalement à ôter toutes les traces de l'antiquité que l'on avait conservées.

On avait retenu cette prière dans la consécration de l'eucharistie : « Bénis, ô Dieu! et sanc- « tiûe ces présents, et ces créatures de pain et « de vin , afin qu'elles soient pour nous le corps « et le sang de ton très-cher Fils , -etc. '. » On avait voulu conserver dans cette prière quelque chose de la liturgie de l'Église romaine, que le moine saint Augustin avait portée aux Anglais avec le christianisme, lorsqu'il leur fut envoyé par saint

' Burn. p. 250,601. — '/6Jd. p. 158. — ^ Liv. i,p.

r,rép;oire. Mais, bien qu'on l'eût affaiblie en y rc- 1 raneliant quelques termes , on trouva encore qu'elle sentait trop la transsubstantiation, ou même la présence corporelle = ; et on l'a depuis entièrement effacée.

Elle était pourtant encore bien plus forte , comme le disait l'Eglise anglicane, lorsqu'elle reçut le christianisme : car, au lieu qu'on avait mis dans la liturgie réformée, que ces présents soient pour nous le corps et le sang de Jésus-Christ, il y a dans l'original : que cette oblation nous soit faite le corps elle sang de Jésus-Christ. Ce mol Ae faite signifie une action véritable du Saint-Esprit qui change ces dons , conformément à ce qui est dit dans les autres liturgies de l'antiquité : « Faites , ô Seigneur ! de ce « pain le propre corps , et de ce vin le propre sang « de votre Fils, les changeant par votre esprit « saint*! » Et ces paroles, nous soit faite le corps et le sang , se disent dans le même esprit que cellesci d'Isaïe : Un petit enfant nous est né; un fils nous est donné ^ : non pour dire que les dons sacrés ne sont faits le corps et le sang que lorsque nous les prenons , comme on Ta voulu entendre dans la réforme; mais pour dire que c'est pour nous qu'ils sont faits tels dans l'eucharistie; comme c'est pour nous qu'ils ont été formés dans le sein d'une Vierge. La réformation anglicane a corrigé toutes ces choses , qui ressentaient trop la transsubstantiation. Le mot d'oblation eût aussi trop senti le sacrifice : on l'avait voulu rendre en quelque façon par le ternis de présents. A la fin on l'a ôté tout à fait, et l'Église anglicane n'a plus voulu entendre la sainte prière qu'elle entendit, lorsqu'en sortant des eaux du baptême on lui donna la première fois le pain de vie.

Que si on aime mieux que le saint prêtre Augustin lui ait porté la liturgie ou la messe gallicane que la romaine, à cause de la liberté que lui en laissa saint Grégoire 4, il n'importe : la messe gallicane dite par les Hilaire et par les Martin ne différait pas au fond de la romaine, ni des autres. Le Kyrie eleison, le Pater, dit en un endroit plutôt qu'en un autre, et d'autres choses aussi peu essentielles, faisaient touti#; la différence; et c'est pourquoi saint Grégoire en laissait le choix au saint prêtre qu'il envoya en Angleterre \ On faisait en France, comme à Rome, et dans tout le reste de l'Église, une prière pour demander la iransformation et le changement du pain et du vin au corps et au sang. Partout on employait auprès de Dieu le mérite et l'entremise des saints; mais un mérite fondé sur la divine miséricorde, et une entremise appuyée sur celle de Jésus-Christ. Partout on y offrait pour les morts ; et on n'avait sur toutes ces choses qu'un seul langage en orient et en occident, dans le midi et dans le nord.

La réformation anglicane avait conservé quelque chose de la prière pour les morts du temps d'Edouard, car on y recommandait encore à la

Lïv.\,p. 2«, 258. - » Lit. de s. Bas. Edit. Dened. app. flfig. fl79 et 693. -'/s. IX, fi. —* Burn. U.part. lii'. i,p. Kw. — "i Gre§. lib. \l\,epht. CA. t. Il, col. 010.

bonté infinie de Dieu les âmes des trépassés K On demandait, comme nous faisons encore aujourd'hui dans les obsèques , pour l'âme qui venait de sortir du monde, la rémission de ses péchés. Mais tous ces restes de l'ancien esprit sont abolis : cette prière ressentait trop le purgatoire. Il est certain qu'on l'a dite dès les premiers temps en orient et en occident : n'importe, c'était la messe du Pape et de l'Église romaine : il la faut bannir d'Angleterre, et en tourner toutes les paroles dans le sens le plus odieux.

Tout ce que la réforme anglicane tirait de l'antiquité, le dirai-je? elle l'altérait. La confirmation n'a plus été qu'un catéchisme pour faire renouveler les promesses du baptême *. Mais , disaient les catholiques , les Pères , dont nous la tenons par une tradition fondée sur les Actes des apôtres et aussi ancienne que l'Église, ne disent pas seulement un mot de cette idée de catéchisme. Il est vrai , et il le faut avouer , on ne laisse pas de tourner la confirmation en cette forme : autrement elle serait trop papistique. On en ôte le saint chrême , que les Pères les plus anciens avaient appelé l'instrument du Saint-Esprit ^ : l'onction même à la fin sera ôtée de l'extrême-onction^, quoi qu'en puisse dire saint Jacques; et malgré le pape saint Innocent, qui parlait de cette onction au quatrième siècle, on décidera que l'extrême-onction ne se trouve que dans le dixième.

Parmi ces altérations trois choses sont demeurées,, les cérémonies sacrées, les fêtes des saints, les abstinences et le carême. On a bien voulu que dans le service les prêtres eussent des habits mystérieux, symboles de la pureté et des autres dispositions que demande le culte divin. On regarda les cérémonies comme un langage mystique^; et Calvin parut trop outré en les rejetant. On retint l'usage du signe de la croix**, pour témoigner solennellement que la croix de Jésus-Christ ne nous fait point rougir. On voulait d'abord que « le sacreci ment du baptême , le service de la confirmation « et la consécration de l'eucharistie fussent témoins « du respect qu'on avait pour cette sainte cérémo- « nie. » A la fin néanmoins on l'a supprimée dans la confirmation et dans la consécration i , où saint Augustin avec toute l'antiquité témoigne qu'elle a toujours été pratiquée; et je ne sais pourquoi elle est demeurée seulement dans le baptême.

M. Burnet nous justifie sur les fêtes et les abstinences. Il veut que les jours de fêtes ne soient pas estimés saints d'une sainteté actuelle et naturelle*. Nous y consentons; et jamais personne n'a imaginé cette sainteté actuelle et naturelle des fêtes qu'il se croit obligé à rejeter. Il dit « qu'aucun de ces jours « n'est proprement dédié à un saint, et qu'on les « consacre à Dieu en la mémoire des saints dont on « leur donne le nom. » C'est notre même doctrine. Enfin on nous justifie en tout et partout sur cette matière , puisqu'on demeure d'accord qu'il faut ob-

^ Burn. p. 114, IIG.

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