‹ uvres de BossuetChapitre 16 sur 140 · P MO · texte numérisé non relu

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DES VARIATIONS, LIV. Vit.

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server ces jours par un principe de conscience ■ . Ceux dortc qui nous objectent ici que nous suivons les commandements des hommes » n'ont qu'à faire cette objection aux Anglais; ils leur répondront pour nous.

Ils ne nous justifient pas nwios clairement du reproche qu'on nous fait d'enseigner une doctrine de démons , en nous abstenant de certaines viandes par pénitence. M. Burnet répond pour nous ^ , lorsqu'il « blâme les mondains qui ne veulent pas con- « cevoir que l'abstinence assaisonnée de dévotion , et « accompagnée de la prière, est peut-être un des « moyens les plus efficaces que Dieu nous propose « pour mettre nos âmes dans une tranquillité né- « cessaire, et pour avancer notre sanctification. » Puisque c'est dans cet esprit, et non pas, comme plusieurs se l'imaginent, par une espèce de police temporelle, que l'Église anglicane a défendu la viande au vendredi , au samedi , aux vigiles , aux quatretemps , et dans tout le carême , nous n'avons rien sur ce sujet à nous reprocher les uns aux autres. Il y a seulement sujet de s'étonner que ce soit le roi et le parlement qui ordonnent ces fêtes et ces abstinences, que ce soit le roi qui déclare les jours maigres, et qui dispense de ces observances *; et enfin , qu'en matière de religion , on ait mieux aimé avoir des commandements du roi que des commandements de l'Église.

Mais ce qu'il y a de plus surprenant dans la réformation anglicane, c'est une maxime de Cranmer. Au lieu que dans la vérité le culte dépend du dogme, et doit être réglé par là, Cranmer renversait cet ordre ; et , avant que d'examiner la doctrine , il supprimait dans le culte ce qui lui déplaisait le plus. Selon M. Burnet , « l'opinion de la présence de Jéa sus-Christ dans chaque miette de pain a donné « lieu au retranchement de la coupe 5. Et en effet, « poursuit-il 6 , si cette hypothèse est juste, la « communion sous les deux espèces est inutile. » Ainsi la question de la nécessité des deux espèces dépendait de celle de la présence réelle. Or en 1548 l'Angleterre croyait encore la présence réelle , et le parlement déclarait que « le corps du Seigneur était « contenu dans chaque morceau, et dans les plus « petites portions de pain:. » Cependant on avait déjà établi la nécessité de la communion sous les deux espèces ; c'est-à-dire , qu'on avait tiré la conséquence avant que de s'être bien assuréduprincipe. L'année d'après , on voulut douteras la présence réelle; et la question n'était pas encore décidée^ , quand on supprima par provision l'adoration de .lésus-Christ dans le sacrement : de même que si on disait, en voyant le peuple dans un grand respect, comme en présence du roi : Commençons par empêcher tous ces honneurs ; nous verrons après si le roi est là, et si ces respects lui sont agréables. On ôta de même l'oblation du corps et du sang, encore que cette oblation , dans le fond , ne soit autre chose que la consécration faite devant Dieu de ce

» Bum. p. 291. — * Matth. xv, 9. — ' Bum. p. 145. —* P. T.4,291.— »P. 251. -«II. part. p. 61. -'P. 07. - » P.

corps et de ce sang comme réellement présents avant la manducation : et, sans avoir examiné te principe, on en avait déjà renversé la suite infaillible.

La cause d'une conduite si irrégulière, c'est qu'on menait le peuple par le motif de la haine, et non par celui de la raison. Il était aisé d'exciter la haine contre certaines pratiques dont on ne montrait ni la source ni le droit usage , surtout lorsqu'il s'y était mêlé quelques abus : ainsi il était aisé de rendre odieux les prêtres qui abusaient de la messe pour un gain sordide; et la haine, une fois échauffée contre eux, était tournée insensiblement par mille artifices contre le mystère qu'ils célébraient, et même , comme on a vu ' , contre la présence réelle qui en était le soutien.

On en usait de même sur les images ; et une lettre française que M. Burnet nous a rapportée d'Edouard VI à son oncle le protecteur, nous le fait voir. Pour exercer le style de ce jeune prince , ses maîtres lui faisaient recueillir tous les passages où Dieu parle contre les idoles. « J'ai voulu , disait-il , « en lisant la sainte Écriture , noter plusieurs lieux « qui défendent de n'adoher ni faibe aucunes « images , non-seulement de dieux étrangers , mais « aussi de ne former aucune chose , pensgnt la.

« FAIBE SEMBLABLE A LA MAJESTÉ DE DiEU le

« Créateur». » Dans cet âge crédule, il avait cru simplement ce qu'on lui disait , que les catholiques faisaient des images, pensant les faire semblables à la majesté de Dieu; et ces grossières idées lui causaient de l'étonnement et de l'horreur. « Si ra'esba- « his , poursuit-il dans le langage du temps, vu que « lui-mesme et son Saint-Esprit l'a si souvent dc- « fendu, que tant de gens ont osé commettre idolas- « trie , EN FAISANT ET ADORANT Ics images. » Il attache toujours , comme on voit , la même haine . à les faire qu'à les adorer ; et il a raison , selon les idées qu'on lui donnait; puisque constamment il n'est pas permis de faire des images , dans la pensée de faire quelque chose de semblable à la majesté du Créateur. « Car, comme ajoute ce prince , « Dieu ne peut être vu en clioses qui soient maté- « rielles, mais veut être vu dans ses œuvres. » Voilà comme on abusait un jeune enfant, on excitait sa haine contre les images païennes, où on prétend représenter la Divinité : on lui montrait que Dieu défend de faire de telles images ; mais on n'avait garde de lui enseigner que celles des catholiques ne sont pas de ce genre; puisqu'on ne s'est pas encore avisé de dire qu'il soit défendu d'en faire de telles , ni de peindre Jésus-Christ et ses saints. Un enfant de dix à douze ans n'y prenait pas garde de si près : c'était assez qu'en général et confusément ou lui décriât les images. Celles de l'Église , quoique d'un autre ordre et d'un autre dessein, passaient avec les autres : ébloui d'un raisonnement spécieux et de l'autorité de ses maîtres , tout était idole pour lui ; et la haine qu'il avait contie Tidolatrie se tournait aisément contre l'Église.

' Ci-dessus, Uv. VI. -' /?w. II. part. liv. lt,p 6S .

HISTOIRE

T.e peuple n'était pas plus fin, et il n'était que trop aisé de l'animerparunsemblable artifice. Après cela on ose prendre les progrès soudains de la réforme pour un miracle visible et un témoignage de la main de Dieu'. Comment M. Burnet l'a-t-il osé dire, lui qui nous découvre si bien les causes profondes de ce malheureux succès.? Un prince prévenu d'un amour aveugle, et condamné par le Pape, fait exagérer des faits particuliers , des exactions odieuses , des abus réprouvés par l'Église même. Toutes les chaires résonnent de satires contre les prêtres ignorants et scandaleux : on en fait des comédies et des farces publiques , et M. Burnet luimême en est indigné. Sous l'autorité d'un enfant et d'un protecteur entêté de la nouvelle hérésie, on pousse encore plus loin la satire et l'invective : les peuples , déjà prévenus d'une secrète aversion pour leurs conducteurs spirituels ' , écoutent avidement la nouvelle doctrine. On ôte les difficultés du mystère de l'eucharistie ; et au lieu de retenir les sens asservis , on les flatte. Les prêtres sont déchargés de la continence, les moines de tous leurs vœux, tout le monde du joug de la confession, salutaire à la vérité pour la correction des vices , mais pesant à la nature. On prêchait une doctrme plus libre, et qui, comme dit M. Burnet, traçait un chemin simple et aisé pour aller au ciel ^. Des lois si commodes trouvaient une facile exécution. De seize mille ecclésiastiques dont le clergé d'Angleterre était composé , M. Burnet nous raconte que les trois quarts renoncèrent à leur célibat du temps d'Edouard'*, c'est-à-dire en cinq ou six ans, et on faisait de bons réformés de ces mauvais ecclésiastiques qui renonçaient à leurs vœux. Voilà comme on gagnait le clergé. Pour les laïques , les biens de l'Église étaient en proie : l'argenterie des sacristies enrichissait le fisc du prince : la seule châsse de saint Thomas de Cantorbéri , avec les inestimables présents qu'on y avait envoyés de tous eôtés , produisit au trésor royal des sommes immenses ^. C'en fut assez pour faire dégrader le saint martyr. On le condamna pour le piller ; et les richesses de son tombeau firent une partie de son crime. Enfin on aimait mieux piller les églises que de faire un bon usage de leurs revenus , selon l'intention des fondateurs. Quelle merveille qu'on ait gagné si promptement et les grands, et le clergé, et les peuples! N'est-ce pas au contraire un miracle visible , qu'il soit resté une étincelle en Israël , et que les autres royaumes n'aient pas suivi l'exemple de l'Angleterre , du Danemark , de la Suède et de l'Aljemagne , réformés par ces moyens ?

Parmi toutes ces réformations la seule qui n'avançait pas était visiblement celle des mœurs. Nous avons vu sur ce point comme l'Allemagne avait profité de la réforme de Luther; et il n'y a qu'à lire l'histoire de M. Burnet pour voir qu'il n'en allait pas autrement en Angleterre. On a vu Henri VIII sttn premier réformateur : l'ambitieux duc de Somraerset fut le second. Il s'égalait aux souverains,

> 1. part. liv. I, p. 49, etc. —'' Ibid. — ' Ibid. — Ubidliv H, p. 4If). - » Ibid. l.part.

lui qui n'était quun sujet, et prenait le titré derfwc de Sommerset par la grâce de Diew. Au milieu des désordres de l' Angleterre, et des ravages que la peste faisait à Londres, il ne songeait qu'à bâtir le plus magnifique palais qu'on eût jamais vu: et, pour comble d'iniquité, il le bâtissait des ruines d'églises et d'hôtels d'évéques, et des revenus que lui cédaient les évêques et les chapitres' ; car il fallait bien lui céder tout ce qu'il voulait. Il est vrai qu'il en prenait un don du roi : mais c'était le crime d'abuser ainsi de l'autorité d'un roi enfant, et d'accoutumer son pupille à ces donations sacrilèges. Je passe le reste des attentats qui le firent condamner par arrêt du parlement, premièrement, à perdre l'autorité qu'il avait usurpée sur le conseil, et ensuite à perdre la vie. Mais, sans examiner les raisons qu'il eut de faire couper la tête à son frère l'amiral, quelle honte d'avoir fait subira un homme de cette dignité, et à son propre frère, la loi inique d'être condamné sur de simples dépositions, et sans écouter ses défenses^! En vertu de cette coutume, l'amiral fut jugé, comme tant d'autres, sans être oui. Le protecteur obligea le roi à ordonner aux communes de passer outre au procès, sans entendre l'accusé; et c'est ainsi qu'il instruisait son pupille à faire justice.

M. Burnet se met fort en peine pour justifier son Cranmer de ce qu'il signa , étant évêque, l'arrêt de mort de ce malheureux, et se mêla, contre les canons, dans une cause de sang 4. Sur cela, il fait à son ordinaire un de ces plans spécieux, où il tâche toujours indirectement de rendre odieuse la foi de l'Église, et d'en éluder les canons : mais il ne prend pas garde au principal. S'il fallait chercher des excuses à Cranmer, ce n'était pas seulement pour avoir violé les canons, qu'il devait respecter plus que tous les autres, étant archevêque ; mais pour avoir violé la loi naturelle observée par les païens mêmes, de ne condamner aucun accusé sans l'entendre dans ses défenses^. Cranmer, makré cette loi , condamna l'amiral , et signa l'ordre de l'exécuter. Un si grand réformateur ne devait- il pas s'élever contre une coutume si barbare? Mais non, il valait bien mieux démolir les autels, abattre les images , sans épargner celle de Jésus-Christ ; et abolir la messe, que tant de saints avaient dite et entendue depuis l'établissement du christianisme parmi les Anglais.

Pour achever ici la vie de Cranmer, à la mort d'Edouard VI il signa la disposition où ce jeune prince, en haine de la princesse sa sœur, qui était catholique , changeait l'ordre de la succession. M. Burnet veut qu'on croie que l'archevêque souscrivit avec peine 6. Ce lui est assez que ce grand réformateur fasse les crimes avec quelque répugnance : mais cependant le conseil , dont Cranmer était le chef, donna tous les ordres pour armer le peuple contre la reine Marie, et poursoutenir l'usurpatrice Jeanne deSuffolk : la prédication y fut employée; et Ridley, évêque de Londres , eut charge de parler

• P. 203. - Ubid. -3 p. Vol. - « Ibid. - 5 Jet. XXT, 1". -«II. par/, p. 341.

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pour elle dans la chaire •. Quand elle fut sans espérance, Cranmer, avec tous les autres, avoua son crime, et eut recours à la clémence de la reine. Cette princesse rétablissait la religion catholique, et l'Angleterre se réunissait au saint-siége. Comme on avait toujours vu Cranmer accommoder sa religion à celle du roi, on crut aisément qu'il suivrait celle de la reine, et qu'il ne ferait non plus de difflculté de dire la messe, qu'il n'en avait fait sous Henri, treize ans durant, sans y croire. Mais l'engagement était trop fort, et il se serait déclaré trop évidemment un homme sans religion, en changeant ainsi à tout vent. On le mit dans la Tour de Londres , et pour le crime d'État, et pour le crime d'hérésie '. Il fut déposé par l'autorité de la reine 3. Cette autorité était légitime à son égard, puisqu'il l'avait reconnue, et même établie. C'était par cette autorité qu'il avait lui-même déposé Bonner, évêque de Londres ; et il fut puni par les lois qu'il avait faites. Par une raison semblable, lesévêques qui avaient reçu leurs évêchés pour un certain temps furent révoqués •<; et jusqu'à ce que l'ordre ecclésiastique fût entièrement rétabli , on agit contre les protestants selon leurs maximes.

Après la déposition de Cranmer, on le laissa quelque temps en prison. Ensuite il fut déclaré hérétique, et il reconnut lui-même qiie c'était pour avoir nié la présence corporelle de Jésus-Christ ilans l'eucharistie^. On voit par là en quoi on faisait consister alors la principale partie de la réformation d'Edouard VI; et je suis bien aise de le faire remarquer ici, parce que tout cela sera changé sous Elisabeth.

Lorsqu'il s'agit de décerner dans les formes du supplice de Cranmer, ses juges furent composés de commissaires du Pape et de commissaires de Philippe et de Marie; car la reine avait alors épousé Philippe II , roi d'Espagne. L'accusation roula sur les mariages et les hérésies de Cranmer. ]M. Burnet nous apprend que la reine lui pardonna le crime d'état pour lequel il avait déjà été condamné dans le parlement. Il avoua les faits qu'on lui imputait sur sa doctrine et ses mariages , « et remontra seu- « lement qu'il n'avait jamais forcé personne de si- « gner ses sentiments^. »

A entendre un discours si plein de douceur, on pourrait croire que Cranmer n'avait jamais condamné personne pour la doctrine. Mais, pour ne point ici parler de l'emprisonnement de Gardiner, évêque de Winchestre, de celui de Bonner, évêque de Londres 7 , ni d'autres choses semblables , l'archevêque avait souscrit, sous Henri, au jugement oii Lambert, et ensuite Anne Askew, furent condamnés à mort pour avoir nié la présence réelle 8; et sous Edouard , à celui de Jeanne de Kent , et à celui de George de Pare, brûlés pour leurs hérésies 9. Bien plus, Edouard, porté à la clémence, refusait de signer l'arrêt de mort de Jeanne de Kent, et il

• Liv. Il, p. 356 et seq.— » P. 374. — ' P. 414. — < P. 412. -*P. 425.—^ 11. part. Itv. II , p. 496. — ^ Ibid, liv. I , p. 53, .1». - • I. part. liv. n, p. 346, Liv. w, p. 467. — ' II. part /ir. i, p. ICO, 171.

n'y fut déterminé que par l'autorité de Cranmer'. Si donc on le condamna pour cause d'hérésie , il en avait lui-même très-souvent donné l'exemple.

Dans le dessein de prolonger l'exécution de son jugement, il déclara qu'il était prêt d'aller soutenir sa doctrine devant le Pape^, sans néanmoins le reconnaître : du Pape, au nom duquel on le condamnait, il appela au concile général. Comme il vit qu'il ne gagnait rien , il abjura les erreurs de Luther et de Zuingle ^, et reconnut distinctement, avec la présence réelle, tous les autres points de la foi catholique. L'abjuration qu'il signa était conçue dans les termes qui marquaient le plus une véritable douleur de s'être laissé séduire. Les réformés furent consternés. Cependant leur réformateur fit une secondeabjuration-^; c'est-à-dire, que lorsqu'il vit, malgré son abjuration précédente, que la reine ne lui voulait pas pardonner, il revint à ses premières erreurs; mais il s'en dédit bientôt, ayant encore, dit M.Burnet, de faibles espérances d'obtenir sa grâce. Ainsi, poursuit cet auteur, Use laissa persuader de mettre au net son abjuration, et de la signer de nouveau. Mais voici le secret qu'il trouva pour mettre sa conscience à couvert. M. Burnet continue : « Appréhendant d'être brûlé, mal- «gré ce qu'il avait fait, il écrivit secrètement une « confession sincère de sa créance, et la porta avec « lui quand on le mena au supplice. » Cette confession, ainsi secrètement écrite , nous fait assez voir qu'il ne voulut point paraître protestant, tant qu'il lui resta quelque espérance. Enfin, comme il en fut tout à fait déchu, il se résolut à dire ce qu'il avait dans le cœur , et à se donner la figure d'un martyr.

M. Burnet emploie toute son adresse à couvrir la honte d'une mort si misérable ; et après avoir allégué en faveur de son héros les fautes de saint Athanase et de saint Cyrille, dont nous ne voyons nulle mention dans l'Histoire ecclésiastique, il allègue le reniement de saint Pierre, très-connu dans l'Évangile. Mais quelle comparaison de la faiblesse d'un moment de ce grand apôtre, avec la misère d'un homme qui a trahi sa conscience durant presque tout le cours de sa vie , et treize ans durant , à commencer depuis le temps de son épiscopat ! Qui jamais n'a osé se déclarer que lorsqu'il a eu un roi pour lui? et qui enfin, prêt à mourir, confessa tout ce qu'on voulut , tant qu'il eut un moment d'espérance ; en sorte que sa feinte abjuration n'est visiblement qu'une suite de la lâche dissimulation de toute sa vie .'

Avec cela, si Dieu le permet, on nous vantera encore la vigueur de ce perpétuel flatteur des rois ^, qui a tout sacrifié à la volonté de ses maîtres , cassant tout autant de mariages, souscrivant à tout autant de condamnations, et consentant à tout autant de lois qu'on a voulu , même à celles qui étaient ou en vérité, ou, selon son sentiment, les plus iniques ; qui enfin n'a point rougi d'asservir la céleste autorité des évêques à celle des rois de

' II. part. liv. I , p. 170.— 'P. 497. ».tf. Burnet, p. Wi , 503.

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la terre, et a rendre l'Église leur captive dans la discipline, dans la prédication de la parole, dans l'administration des sacrements, et dans la foi. Cependant M. Burnet ne trouve en lui qu'une tache remarquable » , qui est celle de son abjuration ; et pour le reste, il avoue seulement (encore en veutil douter) qu'il a été peut-être un peu trop soumis aux volontés de Henri FUI. Mais ailleurs, pour le justifier tout à fait, il assure que s'il eut de la complaisance pour Henri, ce Jut tant que sa conscience le lui permit ». Sa concience lui permettait donc de casser deux mariages sur des prétextes notoirement faux , et qui n'avaient d'autre fondement que de nouvelles amours.? Sa conscience lui permettait donc, étant luthérien, de souscrire à des articles de foi où tout le luthéranisme était condamné, et oii la messe, l'injuste objet de l'horreur de la nouvelle réforme , était approuvée? Sa conscience lui permettait donc de la célébrer sans y croire , durant toute la vie de Henri ; d'offrir à Dieu , même pour les morts , un sacrifice qu'il regardait comme une abomination ; de consacrer des prêtres, à qui il donnait le pouvoir de l'offrir; d'exiger de ceux qu'il faisait sous-diacres, selon la foriiiule du Pontifical , auquel on n'avait encore osé toucher, la continence , à laquelle il ne se croyait pas obligé lui-même, puisqu'il était marié; de jurer l'obéissance au Pape, qu'il regardait comme l'Antéchrist; d'en recevoir des bulles, et de se faire instituer archevêque par son autorité; de prier les saints et d'encenser les images, quoique, selon les maximes des luthériens , tout cela ne fût autre chose qu'une idolâtrie ; enfin , de professer et de pratiquer tout ce qu'il croyait devoir ôter de la maison de Dieu , comme une exécration et un scandale?

IMais c'est que « les réformateurs (ce sont les « paroles de M. Burnet) ne savaient pas encore « que ce fût absolument un péché , de retenir tous « ces abus, jusqu'à ce que l'occasion se présentât « de les abolir 3. » Sans doute ils ne savaient pas que ce fût absolument un péché que de changer selon leur pensée la cène de Jésus-Christ en un sacrilège, et de se souiller par l'idolâtrie? Pour s'abstenir de ces choses, le commandement de Dieu ne suffisait pas, il fallait attendre que le roi et le parlement le voulussent?

On nous allègue Naaman, qui, obligé par sa charge de donner la main à son roi, ne voulait pas demeurer debout pendant que son maître fléchissait le genou dans le temple de Remmon <; et on compare des actes de religion avec le devoir et la bienséance d'une charge séculière. On nous allègue les apôtres, qui, après l'abolition de la toi mosaïque, adoraient encore dans le temple, retenaient kb circoncision, et offraient des sacrifices; et on compare des cérémonies que Dieu avait instituées, et qu'il fallait, comme disent tous les saints Pères, ensevelir avec honneur, à des actes que l'on «toit être d'une manifeste impiété. On nous allègue les mômes apôtres, qui se faisaient tout à tous, et

» P. 503.— 'P. 523. - 3 2'. I , Pré.f. - * ir. Rrg. V, 1«, 19.

les premiers chrétiens, qui ont adopté des cérémonies du paganisme. Mais si les premiers chrétiens ont adopté des cérémonies indifférentes , s'ensuit-il qu'on en doive pratiquer qu'on croit pleines de sacrilège? Que la réforme est aveugle, qui, pour donner de l'horreur des pratiques de l'Église, les appelle des idolâtries! qui, contraire à elle-même, lorsqu'il s'agit d'excuser les mêmes pratiques dans ses auteurs , les traite d'indifférentes , et fait voir plus clair que le jour, ou qu'elle se moque de tout l'univers en appelant idolâtrie ce qui ne l'est pas, ou que ceux qu'elle regarde comme ses héros sont les plus corrompus de tous les hommes! Mais Dieu a révélé leur hypocrisie par leur historien ; et c'est M. Burnet qui met leur honte en plein jour.

Au reste , si , pour convaincre la réformation prétendue par elle-même , je n'ai fait pour ainsi dire qu'abréger l'histoire de M. Burnet, et que j'aie reçu comme vrais les faits que j'ai rapportés ; par là je ne prétends point accorder les autres, ni qu'il soit permis à M. Burnet de faire passer tout ce qu'il raconte, à la faveur des vérités désavantageuses à sa religion qu'il n'a pu nier. Je ne lui avouerai pas, par exemple, ce qu'il dit sans témoignage et sans preuve , que c'était une résolution prise entre François P"" et Henri VIH de se soustraire de concert à l'obéissance du Pape , et de changer la messe en une simple communion, c'està-dire, d'en supprimer l'oblation et le sacrifice '. On n'a jamais ouï parler en France de ce fait, avancé par M. Burnet. On ne sait non plus ce que veut dire cet historien , lorsqu'il assure que ce qui fit changer à François V la résolution d'abolir la puissance des papes, c'est que Clément VII « lui ac- « corda tant d'autorité sur tout le clergé de France, « que ce prince n'en eût pas eu davantage en créant « un patriarche » ; » car ce n'est là qu'un discours en l'air, et une chose inconnue à notre histoire. M. Burnet ne sait pas mieux l'histoire de la religion protestante, lorsqu'il avance si hardiment, comme chose avouée entre les réformateurs, que les bonnes œuvres étaient indispensablement nécessaires pour le salut^; car il a vu et il verra cette proposition, Les bouTies œuvres sont nécessaires au salut, expressément condamnée par les luthériens dans leurs assemblées les plus solennelles 4. Je m'éloignerais trop de mon dessein , si je relevais les autres faits de cette nature : mais je ne puis m'empêcher d'avertir le monde du peu de croyance que mérite cet historien sur le sujet du concile de Trente, qu'il a parcouru si négligemment, qu'il n'a pas même pris garde au titre que ce concile a mis à la tête de ses décisions; puisqu'il lui reproche d'avoir usurpé le titre glorieux de très-saint concile œcuménique, représentant l'Église wiiverselle ^ ; bien que cette qualité ne se trouve en aucun de ses décrets : chose peu importante en elle-même,: puisque ce n'est pas cette e.xpression qui constitue un concile ; mais enfin elle n'eût pas échappé à un

' I. part. liv. Il, p. 106. Ibid. liv. lu, ;). 467. - ' IbM. p. 196. - s I. porl. liv. m, p. 392 , 3U3. — * Ci-dessus , liv. v , vl ci-.iprrs, tir. vin. - ' H. purl. — lit: ^,p. 29.

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homme qui aurait seulement ouvert le livre avec quelque attention.

On se doit donc bien garder de croire notre historien en ce qu'il prononce touchant ce concile sur la foi de Fra-Paolo , qui n'en est pas tant l'historien que l'ennemi déclaré. M. Burnet fait semblant de croire que cet auteur doit être pour les catholiques au-dessus de tout reproche , parce qu'il est de leur parti ' ; et c'est le commun artiflce de tous les protestants. Mais ils savent bien en leur conscience que ce Fra-Paolo, qui faisait semblant d'être des nôtres, n'était en effet qu'un protestant habillé en moine. Personne ne le connaît mieux que M. Burnet, qui nous le vante. Lui, qui le donne dans son histoire de la réformation pour un auteur de notre parti, nous le fait voir, dans un autre livre qu'on vient de traduire en notre langue, comme un protestant caché, qui regardait la liturgie anglicane comme son modèle * ; qui , à l'occasion des troubles arrivés entre Paul V et la république de Venise, ne travaillait qu'à porter cette république à une entière séparation, non-seulement de la cour, mais encore de l'Église de Rome; qui se croyait dans une Église corrompue et dans une communion idolâtre, on il ne laissait pas de demeurer; qui écoutait les confessions , qui disait la messe, et adoucissait les reproches de sa conscience en omettant une grande partie du canon, et en gardant le silence dans les parties de l'office qui étaient contre sa conscience. Voilà ce qu'écrit M. Burnet dans la Vie de Guillaume Bedell , évoque protestant de Kilmore en Irlande , qui s'était trouvé à Venise dans le temps du démêlé, et à qui Fra-Paolo avait ouvert son cœur. Je n'ai pas besoin de parler des lettres de cet auteur, toutes protestantes, qu'on avait dans toutes les bibliothèques, et que Genève a enfin rendues publiques. Je ne parle à M. Burnet que de ce qu'il écrivait lui-même pendant qu'il comptait parmi nos auteurs F7-a-Pao/b, protestant sous un froc, qui disait la messe sans y croire, et qui demeurait dans une Église dont le culte lui paraissait une idolâtrie.

INIais ce que je lui pardonne le moins , c'est ces images ingénieuses qu'il nous trace, à l'exemple de Fra-Paolo, et avec aussi peu de vérité, des anciens dflgmes de l'Église. Il est vrai que cette invention est aussi commode qu'agréable. Au milieu de son récit , un adroit historien fait couler tout ce qu'il lui plaît de l'antiquité, et nous en fait un plan à sa mode. Sous prétexte qu'un historien ne doit ni entrer en preuve , ni faire le docteur, on se contente d'avancer des faits qu'on croit favorables à sa religion. On veut se moquer du culte des images ou des reliques , ou de l'autorité du Pape , ou de la prière pour les morts , ou même, pour ne rien omettre , du pallium : on donne à ces pratiques telle forme et telle date qu'on veut. On dit par exemple que le pallium, honneur chimérique , est de l'invention de Paschal 11^, quoiqu'on le trouve cinq cents ans devant les lettres du pape Vigile et

■ I. part. Prrf. — ' Fie de GuiU. BedrU , <Jv. de Kilmore, en Irlande , p. 0 , 19 , 20. — ' P. 500.

de saint Grégoire. Le crédule leclem-, qui trouve une histoire toute parée de ces réflexions , et qui voit partout , dans un ouvrage dont le caractère doit être la sincérité, un abrégé des antiquités de plusieurs siècles, sans songer que l'auteur lui donne ou ses préventions ou ses conjectures pour des vérités constantes , en admire l'érudition comme les tours agréables, et croit être à l'origine des choses. Mais il n'est pas juste que M. Burnet, sous le titre insinuant d'historien , décide ainsi des antiquités, ni que Fra-Paolo, qu'il a imité, acquière le droit de faire croire tout ce qu'il voudra de notre religion, à cause que sous un froc il cachait un cœur calviniste, et qu'il travaillait sourdement à décréditer la messe qu'il disait tous les jours.

Qu'on ne croie donc plus M. Burnet en ce qu'il dit sur les dogmes de l'Église , qu'il tourne tout a contre-sens. Soit qu'il parle par lui-même, ou qu'il introduise dans son histoire quelqu'un qui parle contre notre doctrine , il a toujours un dessein secret de la décrier. Peut-on souffrir son Cranmer, lorsque, abusant d'un traité que Gerson a fait de auferilnlitate Papse, il en conclut que, selon ce docteur, on peut fort bien se passer du Pape * ? au lieu qu'il veut dire seulement , comme la suite de cet ouvrage le montre d'une manière à ne laisser aucun doute , qu'on peut déposer le Pape en certains cas. Quand on raconte sérieusement de pareilles choses, on. veut amuser le monde , et on s'ôte toute croyance parmi les gens sérieux.

Mais l'endroit où notre historien a épuisé toutes ses adresses , et usé pour ainsi dire toutes ses plus belles couleurs, est celui du célibat des ecclésiastiques. Je ne prétends pas discuter ce qu'il en dit sous le nom de Cranmer ou de lui-même». On peut juger de ses remarques sur l'antiquité par celles qu'il fait sur le Pontifical romain, dont on avouera bien que les sentiments sur le célibat ne sont pas obscurs. « On considérait, dit-il 5, que l'engage- « ment où entrent les gens d'église, suivant les céré- « monies du Pontifical romain, n'emporte pas né- « cessairement le célibat. Celui qui confère les ordres « demande à celui qui les t qco\1 , s'il promet de vi- « vre dans la chasteté et dans la sobriété : à quoi le « sous-diacre répond : Je le promets. » M. Burnet conclut de ces paroles, qu'on n'obligeait qu'à la chasteté qui « se trouve parmi les gens mariés , de « même que parmi ceux qui ne le sont pas. » Mais l'illusion est trop grossière pour être soufferte. Les paroles qu'il rapporte ne se disent pas dans l'ordination du sous-diacre , mais dans celle de l'évêque 4. Et dans celle du sous-diacre on arrête celui qui se présente a cet ordre , pour lui déclarer quejusqu'alors il a été libre ; mais que s'il passe plus avant, i7/aî/rfra garder la chasteté^. M. Burnet dira-t-il encore que la chasteté dont il est ici question est celle qu'on garde dans le mariage , et qui nous apprend à nous abstenir de tous les plaisirs illicites ? Est-ce donc qu'il fallait attendre le sous-diaconat pour entrer

» 1. pari. liv. Il , p. 251. — ' Jbid. liv. m , p. 353.— * II. par*^ lit: I, p. 138. — • Pnrit. Rom. hi Cons. Episc. — » Ponl. Hom. in Ordiii. Subdiar.

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dans cette obligation? Et qui ne reconnaît ici cette profession de la continence imposée , selon les anciens canons, aux principaux clercs , dès le temps qu'on les élève au sous-diaconat?

M. Bumet répond encore que , sans s'arrêter au Pontilical , les prêtres anglais qui se marièrent du temps d'Edouard avaient été ordonnés sans qu'on leur en eût fait la demande, et par conséquent sans en avoir faille vœu '.Mais le contraire paraît par luimême; puisqu'il a reconnu que du temps de Henri VIII on ne retrancha rien dans les rituels , ni dans les autres livres d'offices , si ce n'est quelques prières outrées qu'on y adressait aux saints, ou quelque autre chose peu importante; et on voit bien que ce prince n'avait garde de retrancher dans l'ordination la profession de la continence, lui qui a défendu de la violer, premièrement sous peine de mort, et lorsqu'il s'est le plus relâché , sous peine de confiscation de tous biens ». C'est aussi pour cette raison que Cranmer n'osa jamais déclarer son mariage durant la vie de Henri , et il lui fallut ajouter à un mariage défendu la honte de la clandestinité.

J*e ne m'étonne donc plus que , sous un tel archevêque, on ait méprisé la doctrine de ses saints prédécesseurs, d'un saint Dunstan, d'un Lanfranc, d'un saint Anselme, dont les vertus admirables, et en particulier la continence, ont été l'honneur de l'Église. Je ne m'étonne pas qu'on ait effacé du nombre des saints un saint Thomas de Cantorbéri, dont la vie était la condamnation de Thomas Cranmer. Saint Thomas de Cantorbéri résista aux rois iniques; Thomas Cranmer leur prostitua'sa conscience, et flatta leurs passions. L'un banni , privé de ses biens , persécuté dans les siens et dans sa propre personne, et affligé en toutes manières , acheta la liberté glorieuse de dire la vérité comme il la croyait , par un mépris courageux de la vie et de toutes ses commodités : l'autre, pour plaire à son prince, a passé sa vie dans une honteuse dissimulation, et n'a cessé d'agir en tout contre sa croyance. L'un combattit jusqu'au sang pour les moindres droits de l'Église ; et en soutenant ses prérogatives , tant celles que Jésus-Christ lui avait acquises par son sang, que celles que les rois pieux lui avaient données , il défendit jusqu'aux dehors de cette sainte cité : l'autre en livra aux rois de la terre le dépôt le plus intime, la parole, le culte, les sacrements, les clefs , l'autorité, les censures , la foi même : tout enfin est mis sous le joug ; et toute la puissance ecclésiastique étant réunie au trône royal , l'Église n'a plus de force qu'autant qu'il plaît au siècle. L'un enfin , toujours intrépide et toujours pieux pendant sa vie, le fut encore plus à la dernière heure : l'autre , toujours faible et toujours tremblant, l'a été plus que jamais dans les approches de la mort; et à l'âge de soixante-deux ans il a sacrifié à un misérable reste de vie sa foi et sa conscience. Aussi n'a-t-il laissé qu'un nom odieux parmi les hommes ; et, pour l'excuser dans sonparti même , on n'a que des tours ingénieux que les faits démentent : mais la gloire de saint Thomas de

•II, part. Ub. 1 , 2'- 139- — ' l^i^- Hv- ni , p. 385. ^

Cantorbéri vivra autant que l'Église ; et ses vertus , que la France et l'Angleterre ont révérées comme à l'envi , ne seront jamais oubliées. Plus la cause que ce saint martyr soutenait a paru douteuse et équivoque aux politiques et aux mondains, plus la divine puissance's'est déclarée d'en haut en sa faveur, par les châtiments terribles qu'elle exerça sur Henri II, qui avait persécuté le saint prélat ; par la pénitence exemplaire de ce prince, qui seul put apaiser l'ire de Dieu ; et par des miracles d'un si grand éclat , qu'ils attirèrent non-seulement les rois d'Angleterre, mais encore les rois de France, à son tombeau : miracles d'ailleurs si continuels, et si attestés par le concours unanime de tous les écrivains du temps, que pour les révoquer en doute il faut rejeter toutes les histoires. Cependant la réformation anglicane a rayé un si grand homme du nombre des saints. Mais elle a porté bien plus haut ses attentats : il faut qu'elle dégrade tous les saints qu'elle a eus depuis qu'elle a été chrétienne. Bède , son vénérable historien , ne lui" à conté que des fables , ou en tout cas des histoires peu prisées , quand il lui a raconté les merveilles de sa conversion, et la sainteté de ses pasteurs , de ses rois , et de ses religieux. Le moine saint Augustin, qui lui a porté l'Évangile, et le pape saint Grégoire, qui l'a envoyé , ne se sauvent pas des mains de la réforme : elle les attaque par ses écrits. Si nous l'en croyons, la mission des saints qui ont fondé l'Église anglicane est l'ouvrage de l'ambition et de la politique des papes ; et en convertissant les Anglais, saint. Grégoire , un pape si humble et si saint , a prétendu les assujettir à son siège plutôt qu'à Jésus-Christ". Voilà ce qu'on publie en Angleterre; et sa réformation s'établit en foulant aux pieds, jusque dans la source, tout le christianisme de la nation. Mais une nation si savante ne demeurera pas longtemps dans cet éblouissement : le respect qu'elle conserve pour les Pères , et ses curieuses et continuelles recherches sur l'antiquité , la ramèneront à la doctrine des premiers siècles. Je ne puis croire qu'elle persiste dans la haine qu'elle a conçue contre la chaire de saint Pierre ,' d'où elle a reçu le christianisme. Dieu travaille trop puissamment à son salut en lui donnant un roi incomparable en courage comme en piété. Enfin les temps de vengeance et d'illusion passeront, et Dieu écoutera les gémissements de ses saints.

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