‹ uvres de BossuetChapitre 24 sur 140 · SI LE PRÊTRE QUI LE COIVSACRE EST PÉCHEUR · texte numérisé non relu

SI LE PRÊTRE QUI LE COIVSACRE EST PÉCHEUR

M. de La Roque retranche ces derniers mots , et par cette seule fausseté il ôte aux vaudois deux points importants de leur doctrine : l'un, qui fait l'horreur des protestants, c'est-à-dire la transsubstantiation; l'autre, qui fait l'horreur de tous les chrétiens , qui est de dire que les sacrements perdent leur vertu entre les mains des ministres indignes. C'est ainsi que nos adversaires prouvent ce qu'ils veulent par des falsifications manifestes, et ils ne craignent pas de se donner des prédécesseurs à ce prix.

Voilà june partie des illusions d' Aubertin et de La Roque sur le sujet des albigeois et des vaudois, ou des pauvres de Lyon. En un mot, ils justifient parfaitement bien les derniers du manichéisme; mais en même temps ils n'apportent aucune preuve pour montrer qu'ils aient nié la transsubstantiation : au contraire, ils corrompent les passages qui prouvent qu'ils l'ont admise. Et pour ceux qui l'ont niée en ces temps-là, ils n'en produisent aucuns qui ne soient convaincus de manichéisme par le témoignage des mêmes auteurs qui les accusent d'avoir nié le changement de substance dans l'eucharistie : de sorte que leurs ancêtres sont ou avec nous défenseurs de la transsubstantiation comme les vaudois, ou avec les albigeois convaincus de manichéisme.

Mais voici ce que ces ministres ont avancé déplus subtil. Accablés par le nombre des auteurs qui nous parlent de ces hérétiques toulousains et albigeois comme de vrais manichéens , ils ne peuvent pas nier qu'il n'y en ait eu, et même en ces pays-là; et c'était ceux, disent-ils», que l'on appelait cathares ou purs. Mais ils ajoutent qu'ils étaient en très-petit nombre , puisque Renier, qui les connaissait si bien , nous assure qu'ils n'avaient qm seize Églises dans tout le monde; et, au reste, que le nombre de ces cathares n'excédait pas quatre mille dans toute la ïQxxQ : au lieu , dit Renier, que les croyants sont innombrables. Ces ministres laissent à entendre par ce passage que ces seize Églises , et quatre mille hommes répandus dans tout l'univers , n'y pouvaient pas faire tout le bruit et toutes les guerres qu'y ont fait les albigeois; qu'il faut donc bien qu'on ait étendu le nom de cathares ou de manichéens à quelque autre secte plus nombreuse ; et que c'est celle des vaudois et des albigeois qu'on appelait du nom de manichéens, ou par erreur ou par calomnie.

Qui veut voir jusqu'où peut aller la prévention ou l'illusion, n'a qu'à entendre après les discours de ces ministres la vérité que je vais dire; ou plutôt

' P. 457. Direct, part. II. q. 14. — * Aub. 068. La Roq, 460, ex Ren. c. 6.

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il ne faut que se souvenir de celle que j'ai déjà dite. Et premièrement pour ces seize Églises, on a vu que le mot d'Église se prenait en cet endroit de Renier • , non pour des Églises particulières qui étaient en certaines villes, mais souvent pour des provinces entières : ainsi on voit parmi ces Églises, VÉglise de l'Esclavonie, V Église de la Marche en Italie, V Église de France, V Eglise de Bulgarie , la mère de toutes les autres. Toute la Lombardie était renfermée sous le titre de deux Églises : celles de Toulouse et d'Aibi , qui en France furent autrefois les plus nombreuses, comprenaient tout le Languedoc ; et ainsi du reste : de manière que sous ces seize Églises on exprimait toute la secte comme divisée en seize cantons , qui toutes avaient leur rapport à la Bulgarie, comme on a vu.

Nous avons aussi remarqué , pour ce qui regarde ces quatre mille cathares , qu'on n'entendait sous ce nom que les parfaits de la secte , qu'on appelait élus du temps de saint Augustin; mais qu'en même temps Renier assurait que s'il n'y avait de son temps, c'est-à-dire au milieu du treizième siècle, où la secte était affaiblie , que quatre mille cathares parfaits, la multitude du reste de la secte, c'està-dire des simples croyants , était encore infinie.

La Roque, après Auî>ertin, prétend que le mot de croyants signifiait les vaudois^, à cause que Pylicdorf et Renier lui-même les appellent ainsi. Mais c'est encore ici une illusion trop grossière. Le mot de croj/an^était commun à toutes les sectes ; chaque secte avait ses croyants ou ses sectateurs. Les vaudois avaient leurs croyants , credentes ipsortim , dont Pylicdorf a parlé en divers endroits. Ce n'est pas que le mot de croyants fût affecté aux vaudois : maisc'est que, comme Iesautres,ils avaient les leurs. L'endroit de Renier cité par les ministres dit que les hérétiques avaient leurs croyants, credentes suos , auxquels ils permettaient toute sorte de crimes ^. Ce n'est pas des vaudois qu'il parle , puisqu'il en loue les bonnes mœurs. Le même Renier nous raconte les mystères des cathares , ou la fraction de leur pain ; et il dit qu'ow recevait à cette table non-seidement les cathares ^ hommes et femmes, mais encore leurs croyants 4, c'est-à-dire ceux qui n'étaient pas encore arrivés à la perfection des cathares : ce qui montre manifestement ces deux ordres si connus parmi les manichéens; et ce qu'on marque , que les simples croyants sont reçus à cette espèce de mystère, fait voir qu'il y en avait d'autres dont ils n'étaient pas jugés dignes. C'est donc de ces croyants des cathares que le nombre était infini : et ceux-là, conduits par les autres , dont le nombre était plus petit , faisaient tout le mouvement dont l'univers était troublé.

Voilà donc les subtilités , pour ne pas dire les artifices , oii sont réduits les ministres pour se donner des prédécesseurs. Ils n'en ont point dont la suite soit manifeste : ils en vont chercher, comme ils peuvent, parmi des sectes obscures, qu'ils tâchent de réunir , et d'en faire de bons calvinistes ,

' Ren. c. «. — ' Auh. 9G8. La Roq. 460, ci, 14, 18, p. 780, etc. - * Cl, p. 747. — < Ibid. c. 6, p. 7û8.

quoiqu'il n'y ait rien de commun entre eux que la haine contre le pape et contre l'Église.

On me demandera peut-être ce que je crois de la vie des vaudois, que Renier a tant vantée, .l'en croirai tout ce qu'on voudra , et plus , si l'on veut, que n'en dit Renier : car le démon ne se soucie pas par où il tienne les hommes. Ces hérétiques toulousains, manichéens constamment, n'avaient pas moins que les vaudois cette piété apparente. C'est d'eux que saint Bernard a dit • : « Leurs « mœurs sont irréprochables ; ils n'oppriment per- « sonne, ils ne font de tort à personne, leurs vi- « sages sont mortifiés et abattus par le jeûne: ils « ne mangent point leur pain comme des pares- « seux , et ils travaillent pour gagner leur vie. » Qu'y a-t-il de plus spécieux que ces hérétiques de saint Bernard.? Mais après tout c'était des manichéens, et leur piété n'était que feinte. Regardez le fond : c'est l'orgueil , c'est la haine contre le clergé , c'est l'aigreur contre l'Église ; c'est par là qu'ils ont avalé tout le venin d'une 'abominable hérésie. On mène où l'on veut un peuple ignorant, lorsqu'après avoir allumé dans son cœur une passion violente , et surtout la haine contre ses conducteurs , on s'en sert comme d'un lien pour l'entraîner. Mais que dirons-nous des vaudois qui se sont si bien exemptés des erreurs manichéennes.? Le démon a fait son œuvre en eux , quand il leur a inspiré le même orgueil; la même ostentation de leur pauvreté prétendue apostolique; la même présomption à nous vanter leurs vertus ; la même haine contre le clergé , poussée jusqu'à mépriser les sacrements dans leurs mains; la même aigreur contre leurs frères portée jusqu'à la rupture et jusqu'au schisme. Avec cette aigreur dans le cœur , fussent-ils à l'extérieur encore plus justes qu'on ne dit, saint Jean m'apprend qu'ils sont homicides ^ Fussent-ils aussi chastes que les anges , ils ne seront pas plus heureux que les vierges folles dont les lampes étaient sans huile ^, et les cœurs sans cette douceur qui seule peut nourrir la charité.

Renier a donc bien marqué le caractère de ces hérétiques , quand il attribue la cause de leur erreur à leur haine, à leur aigreur, à leur chagrin : Sic processit doctrina ipsormn et rancor^. Ces hérétiques, dit-il, dont l'extérieur était si spécieux, lisaient beaucoup, et « priaient peu. Ils allaient au « sermon ; mais pour tendre des pièges aux prédi- « cateurs , comme les Juifs en tendaient au Fils de « Dieu : » c'est-à-dire qu'il y avait parmi eux beaucoup d'esprit de dispute , et peu d'esprit de componction. Tous ensemble, et manichéens et vaudois , ils ne cessaient de crier contre les inventions humaines, et de citer l'Écriture sainte, dont ils avaient un passage toujours prêt, quoi qu'on leur pût dire. Lorsqu'interrogés sur la foi ils éludaient la demande par des équivoques ^ ; si on les en reprenait, c'était, disaient-ils, Jésus-Christ même qui leur avait appris cette pratique , lorsqu'il avait dit aux Juifs : Détruisez ce temple, et je le rebâtirai

' Serm. LXV in Cant. — ' 1. Joan. lu, 15. — ' Matlh. XXV, 3. — * Ch. 5, p. 749. — 5 Ren. ibid.

HISTOIRE

en trois jours ' ; entendant du temple de son corps ce que les Juifs entendaient de celui de Salonion. Ce passage semblait fait exprès à qui ne savait pas le fond des choses. Les vaudois en avaient cent autres de cette sorte qu'ils savaient tourner à leurs fins; età moins d'être fort exercé dans lesÉcritures, on avait peine à se tirer des filets qu'ils tendaient. Un autre auteur nous remarque un caractère bien particulier de ces faux pauvres ^ Ils n'allaient point, comme un saint Bernard, comme un saint François , comme les autres prédicateurs apostoliques , attaquer au milieu du monde les impudiques , les usuriers, les joueurs, les blasphémateurs, et les autres pécheurs publics , pour tâcher de les convertir. Ceux-ci, au contraire, s'il y avait dans les villes ou dans les villages des gens retirés et paisibles, c'était dans leurs maisons qu'ils s'introduisaient avec leur simplicité apparente. A peine osaient-ils élever la voix , tant ils étaient doux : mais les mauvais prêtres et les mauvais moines étaient mis aussitôt sur le tapis ; une satire subtile et impitoyable prenait la forme de zèle ; les bonnes gens qui les écoutaient étaient pris ; et , transportés de ce zèle amer, ils s'imaginaient encore devenir plus gens de bien en devenant hérétiques : ainsi tout se corrompait. Les uns étaient entraînés dans le vice par les grands scandales qui paraissaient dans le monde de tous côtés : le démon prenait les simples d'une autre manière; et, par une fausse horreur des méchants, il les aliénait de l'Église , où l'on en voyait tous les jours croître le nombre.

Il n'y avait rien de plus injuste ; puisque l'Église , loin d'approuver les désordres qui donnaient lieu aux révoltes des hérétiques , les détestait par tous ses décrets , et nourrissait en même temps dans son sein des hommes d'une sainteté si éminente, qu'auprès d'elle toute la vertu de ces hypocrites ne paraissait que faiblesse. Le seul saint Bernard , que Dieu suscita en ce temps-là avec toutes les grâces des prophètes et des apôtres pour combattre les nouveaux hérétiques, lorsqu'ils faisaient de plus grands efforts pour s'étendre en France , suffisait pour les confondre. C'était là qu'on voyait un esprit vraiment apostolique, et une sainteté si éclatante, qu'elle fut en admiration même à ceux dont il avait combattu les erreurs; de manière qu'il y en eut qui , en damnant insolemment les saints docteurs , exceptaient saint Bernard de cette sentence 3, et se crurent obligés à publier qu'à la fin il s'était mis dans leur parti : tant ils rougissaient d'avoir contre eux un tel témoin. Parmi ses autres vertus , on voyait reluire et dans lui et dans ses frères les saints moines de Cîteaux et de Clairvaux, pour ne point parler des autres , cette pauvreté apostolique dont les hérétiques se vantaient : mais saint Bernard et ses disciples , pour avoir porté cette pauvreté et la mortification chrétienne à sa dernière perfection , ne se glorifiaient pas d'être les seuls qui eussent conservé les sacrements ,

' Joan. u, iO.

Pijlicd. c. 10, p. 283. — 3 Jpud Rch. c. G,

et n'en étaient pas moins obéissants aux supérieurs même mauvais , distinguant avec Jésus-Christ les abus d'avec la chair et la doctrine.

On pourrait compter dans le même temps de très-grands saints, non -seulement parmi les évêques, parmi les prêtres, parmi les moines, mais encore dans le commun peuple , et même parmi les princes, et au milieu des pompes du monde : mais les hérétiques ne voulaient voir que les vices, afin de dire plus hardiment avec le pharisien : Nous ne sommes pas comme le reste des hommes ' ; nous sommes purs , nous sommes ces pauvres que Dieu aime : venez à nous, si vous voulez recevoir les sacrements.

U ne faut donc pas s'étonner de la régularité apparente de leurs mœurs , puisque c'était une partie de la séduction contre laquelle nous avons été prémunis par tant d'avertissements de l'Évangile. On ajoute , comme un dernier trait de la piété extérieure de ces hérétiques, qu'ils ont souffert avec une patience surprenante. Il est vrai ; et c'est le comble de l'illusion. Car les hérétiques de ces temps-là , et même les manichéens dont nous avons vu les infamies , après avoir biaisé et dissimulé le plus longtemps qu'ils pouvaient pour se délivrer du dernier supplice, lorsqu'ils étaient convaincus, et condamnés selon les lois , couraient à la mort avec joie. Leur fausse constance étonnait le monde : Énervin , qui les accusait , ne laissait pas d'en être frappé , et demandait avec inquiétude à saint Bernard la raison d'un tel prodige ^. Mais le saint, trop instruit des profondeurs de Satan pour ignorer qu'il savait faire imiter jusqu'au martyre à ceux qu'il tenait captifs, répondait que par un juste jugement de Dieu le malin pouvait avoir puissance non-seulement sur le corps des hommes, mais encore sur leurs cœurs ^ ; et que s'il avait bien pu porter Judas à se donner la mort à lui-même, il pouvait bien porter ces hérétiques à la souffrir de la main des autres. Ne nous étonnons donc pas de voir des martyrs de toutes les religions, et même dans les plus monstrueuses ; et apprenons par cet exemple à ne tenir pour vrais martyrs que ceux qui souffrent dans l'unité.

Mais ce qui devrait éternellement désabuser les protestants de toutes ces sectes impies, c'est la détestable coutume de renier leur religion, et de participer à notre culte pendant qu'ils le rejetaient dans leur cœur. Il est constant que les vaudois , à l'exemple des manichéens , ont vécu dans cette pratique depuis le commencement de la secte jusque vers le milieu du dernier siècle. Séyssel ne pouvait assez s'étonner 4 de la fausse piété de leurs barbes, qui condamnaient les mensonges, jusqu'aux plus légers, comme autant de péchés mortels, et ne craignaient point devant les juges de mentir sur leur foi, avec une opiniâtreté si étonnante, qu'à peine pouvait-on leur en arracher la confession avec la question la plus rigoureuse. Ils défendaient de jurer pour rendre témoignage à la vérité devant

' Luc. xviu, 21—2 Analcct, h m, p. 45i. - ^ Scrm. UVi, in Cant. subjin. — ■• F. 47.

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le magistrat , et en même temps ils juraient tout ce qu'on voulait pour tenir leur secte et leur croyance cachées : tradition qu'ils avaient reçue des manichéens, comme ils avaient aussi hérité de leur présomption et de leur aigreur. Les hommes s'accoutument à tout, quand une fois leurs conducteurs ont pris l'ascendant sur leurs esprits , et surtout lorsqu'ils les ont engagés dans une cabale sous prétexte de piété.

HISTOIRE DES FRÈRES DE BOHÊME , VULGAIREMENT ET FAUSSEMENT APPELÉS VAUDOIS.

Il faut maintenant parler de ceux qu'on appelait faussement vaudois et picards, et qui s'appelaient eux-mêmes les frères de Bohême, ou les frères orthodoxes , ou les frères seulement. Ils composent une secte particulière séparée des albigeois et des pauvres de Lyon. Lorsque Luther s'éle>a, il en trouva quelques Églises dans la Bohème , et surtout dans la Moravie, qu'il détesta durant un long temps. Il en approuva dans la suite la Confession de foi corrigée, comme nous verrons. Bucer et Musculus leur ont aussi donné de grandes louanges. Le docte Camérarius dont nous avons tant parlé, cet intime ami de Melanchton, a jugé leur histoire digne d'être écrite par son éloquente plume. Son gendre Rudiger, appelé par les Églises protestantes du Palatinat, leur préféra celle de la Moravie, dont il voulut être ministre' ; et de toutes les sectes séparées de Rome avant Luther, celle-ci est la plus louée par les protestants : mais sa naissance et sa doctrine feront bientôt voir qu'il n'y a aucun avantage à en tirer.

Pour sa naissance , plusieurs , tronipéspar le nom et par quelque conformité de doctrine , font descendre ces bohémiens des anciens vaudois : mais . pour eux ils renoncent à cette origine, comme il paraît clairement dans la préface qu'ils mirent à la tête de leur Confession de foi en 1572 ». Ils y explis. quent amplement leur origine , et ils disent entre autres choses que les vaudois sont plus anciens qu'eux; que ceux-ci avaient à la vérité quelques Églises dispersées dans la Bohême, lorsque les leurs commencèrent à paraître, mais qu'ils ne les connaissaient pas ; que néanmoins ces vaudois se firent connaître à eux dans la suite , mais sans vouloir entrer, disentils, dans le fond de leur doctrine : « Nos annales, « poursuivent-ils , nous apprennent qu'ils ne furent « jamais unis à nos Églises, pour deux raisons : la « première , parce qu'ils ne donnaient aucun témoi- « gnage de leur foi et de leur doctrine ; la seconde, « parce que pour conserver la paix ils ne faisaient « point de difficulté d'assister aux messes célébrées o par ceuxdel'Église, romaine. » D'où ils concluaient, non-seulement qu'ils « n'avaient jamais fait au- « cune union avec les vaudois, » mais encore qu'ils « avaient toujours cru qu'ils ne le pouvaient faire

' De Eccl.fratr. in Boh. et Morav. Hist. Heid. 1605. - » De orig. Eccl. Boh. et Conf. ab iis editis. Hcid. an. IG05, cum fiisl. Joac. Camer. p. 173.

« en sûreté de conscience. » C'est ainsi qu'ils s'éloignent de l'origine vaudoise ; et ce qui est ambitieusement recherché par les calvinistes, est rejeté par ceux-ci avec mépris.

Camérarius écrit la même chose dans son Histoire des frères de Bohême : mais Rudiger, un de leurs pasteurs dans la Moravie , dit encore plus clairement que ces Églises sont bien différentes de celles des vaudois ' ; que « les vaudois sont de l'an « 1160, au lieu que les frères n'ont commencé à pa- « raître que dans le quinzième siècle ; » et qu'enfin , « il est écrit dans les annales des frères , qu'ils ont « toujours refusé constamment de faire union avec « les vaudois , à cause qu'ils ne donnaient pas une « pleine confession de leur foi , et participaient à la « messe. »

Aussi voyons-nous que ces frères s'intitulent, dans tous leurs synodes et dans tous leurs actes , les frères deBohème , faussement appelés vaudois^. Il détestent encore plus le nom de picards : « Il y « a bien de l'apparence , dit Rudiger^ , que ceux qui « l'ont donné les premiers à nos ancêtres l'ont tiré « d'un certain Picard , qui , renouvelant l'ancienne « hérésie des adamites, introduisait et des nudités « et des actions infâmes : et comme cette hérésie « pénétra dans la Bohême environ le temps de l'é- « tablissement de nos Églises , on les déshonora « par un si infâme titre, comme si nous n'eussions « été que de misérables restes de cet impudique « Picard. » On voit par là comme les frères rejettent ces deux origines, la picarde et la vaudoise. « Ils tiennent même à injure d'être appelés picards « et vaudois 4 ; » et si la première origine leur déplaît, la seconde, dont nos protestants se glorifient , leur paraît seulement un peu moins honteuse ; mais nous allons voir maintenant que celle qu'ils se donnent eux-mêmes n'est guère plus honorable.

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