ARTICLE III
Que le ministre détruit uon-sealement Timmutabilité, mais encore la spiritualité de Dieu.
Le ministre n'est pas moins clairement convaincu dans la seconde accusation dont il a voulu se défendre ; c'est d'avoir fait dire aux anciens , nonseulement que Dieu était muable , mais encore qu'il était divisible , et (\\i' il pouvait s' étendre et se resserrer*. Car qui peut douter de son sentiment, après ce qu'on vient d'entendre des divisions et des portions de substance qu'il fait admettre aux anciens , dont il déclare néanmoins la doctrine pure de toutes erreurs contre les fondements de la foi ? C'est ce qu'il disait en 1689; et s'il voulait s'en dédire, il fallait donc , sans faire le fier , avouer son aveuglement : mais au contraire il y persiste; puisqu'il nous dit encore aujourd'hui , dans cette sixième lettre du Tableau , où il prétend s'expliquer à fond , et lever toutes les difficultés de son Système, que cette naissance temporelle , qu'il fait attribuer au
' Tab. Letl.u, ui,etc.
VI, p. 30V. - * P. 26».
* LeU. VI, /). 268. - î Tab. Lelt.
Verbe par les anciens , selon eux se fait » par voie d'expulsion , Dieu ayaut poussé au dehors ce qui était auparavant enveloppé dans son sein' ; « qu'elle a se fait par un simple développement et une ex- « tension de la substance divine , laquelle s'est « étendue comme les rayons du soleil s'étendent o quand il se lève, après avoir été caché *.» J'avoue qu'en quelques endroits , par une secrète honte, il tempère la dureté de ses expressions , en y ajoutant des pour ainsi dire , dont nous parlerons ailleurs ; mais s'il voulait dire par là que ces expressions , et les autres de même nature , si on le» trouvait dans quelques Pères , se devaient prendre figurément,et comme un faible bégaiement du langage humain, il ne fallait pas rejeter le dénoûment de Bullus , et les figures qu'il reconnaît dans ces discours. Que s'il persiste toujours , et à quelque prix que ce soit , à vouloir trouver dans les premiers siècles des variations effectives , et que pour cela il s'attache opiniâtrement à prendre ces expressions sans figure et sans métaphore ; il demeurera convaincu par son propre aveu , au lieu de se corriger de ses premières idées , qui lui faisaient dire , en 1689 , que les Pères faisaient Dieu corporel ; de les avoir confirmées , en leur faisant reconnaître encore aujourd'hui , non-seulement un Dieu muable et changeant, mais encore un Dieu divisible, un Dieu qui s'étend et se resserre , en un mot , un Dieu qui est un corps.
Il ne devait pas espérer de résoudre ces difficultés , en répondant que ce ne sont que des chicanes , et ensuite nous renvoyant « à la révélation et à la « foi, comme à la seule barrière qu'on peut opposer « au raisonnement humain ^. » Car la foi ne nous apprend pas à dire qu'une substance qui s'étend, qui se divise, qui se resserre et se développe, proprement et dans le sens littéral ne soit pas un corps, ou que tout ce qui reçoit tous ces changements ne soit pas muable. La foi épure nos idées ; la foi nous apprend à éloigner de la génération du Verbe tout ce qu'il y a de bas et de cor» porel dans les générations vulgaires ; la foi nous apprend à dire que si , par la faiblesse du langage humain , on est contraint quelquefois de se servir d'expressions peu proportionnées à la grandeur du sujet, c'est une erreur de les prendre au pied de la lettre. Puisque M. Jurieu ne veut pas suivre ces belles lumières, son sang est sur lui, et son crime est inexcusable.
Il ne fallait non plus nous objecter que nous harcelons la théologie des Pères , et que toutes ces difficultés que nous faisons n'en sont que des conséquences qu'ils n'ont pas vues , et qu'Us auraient niées*. Car il s'agit de savoir, non pas si nous tirons bien les conséquences de la doctrine des Pères , mais si les Pères ont pu dire au sens littéral , comme veut M. Jurieu, que Dieu se dévoloppât et s'étendit, sans en faire formellement uu corps , et qu'il devint au dedans ce qu'un
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SIXIEME AVERTISSEMENT
peu auparavant il n'était pas, sans le faire formellement changeant et muable. Le ministre, qui semble ici vouloir le nier , nous a déclaré tant de fois que les anciens faisaient Dieu muable et divisible , qu'il ne peut plus s'excuser que par un exprès désaveu de ses sentiments. Ce ne sont donc pas ici des conséquences , et ce n'est pas moi qui harcelle la théologie des anciens; c'est lui qui la fait absurde et impie.
Au reste , à entendre le ministre , on pourrait penser que ces enveloppements et ces développements, cette conception, ce sein paternel où le Verbe est renfermé pendant une éternité comme un enfant, et les autres expressions semblables, se trouvent à toutes les pages dans les écrits des anciens. Mais, mes frères, il ne faut pas vous laisser plus long-temps dans cette erreur. Je réponds à votre ministre selon ses pensées : mais dans le fond il faut vous dire que ces enveloppements et ces développements , qui font tant de bruit dans son Système , sont termes qu'il prête aux Pères ; et vous verrez bientôt que leurs expressions, prises dans leur sens naturel , ne portent pas dans l'esprit les basses idées que le ministre veut y trouver. Pour ce qui est de la conception , et de ces entrailles d'où le Verbe se doit éclore, on les tire d'un seul petit mot de Tertullien , à qui vous verrez aussi qu'on en fait beaucoup accroire : et vous serez étonnés qu'on attribue aux trois premiers siècles , non par conséquence , mais directement , des absurdités si étranges sur un fondement si léger.