‹ uvres de BossuetChapitre 63 sur 140 · LES PROMESSES DE J.-C A SON EGLISE · texte numérisé non relu

LES PROMESSES DE J.-C A SON EGLISE

ou RÉPONSE AUX OBJECTIONS D'UN MINISTRE CONTRE LA PREMIÈRE INSTRUCTION

JACQUES-BÉNIGNE, parla permission divine, évêque de Meaux : au clergé et au peuple de notre diocèse, salut et bénédiction.

Heureux qui trouve un ami fidèle , et qui an,'

' Jac. II , 18.

SUR LES PROMESSES DE L'ÉGLISE

nonce la justice à uiie oreille atfentlve'l C'est à cette béatitude que j'aspire dans cette Instruction. J'ai proposé dans la précédente les promesses de Jésus- Christ prêt à retourner au ciel , d'où il était venu , pour assurer ses apôtres de la durée éternelle de leur ministère ; et j'ai montré que cette promesse , qui rend l'Église infaillible, emporte la décision de toutes les controverses qui sont nées , ou qui pourront naître parmi les fidèles . Les ministres demeurent d'accord que si l'interprétation des paroles de Jésus- Christ est telle que je la propose , ma conséquence est légitime ; mais ils soutiennent que je l'ai prise dans mon esprit, et que la promesse de Jésus-Christ n'a pas le sens que nous lui donnons. Il m'est aisé de faire voir le contraire ; et si vous voulez m'écouter, mes chers frères , j'espère de la divine miséricorde , de vous rendre la chose évidente. Pourrez-vous me refuser l'audience que je vous demande au nom et pour la gloire de Jésus-Christ? Il s'agit de voir si ce divin Maître aura pu mettre en cinq ou six lignes de son Évangile tant de sagesse , tant de lumière , tant de vérité , qu'il y ait de quoi convertir tous les errants , pourvu seulement qu'ils veulent bien nous prêter une oreille qui écoute, et ne pas fermer volontairement les yeux. Ce discours tend uniquement à la gloire du Sauveur des âmes , et il n'y aura personne qui ne le bénisse , si l'on trouve qu'il ait préparé un remède si efficace aux contestations qui peuvent jamais s'élever parmi ses disciples.

Qu'on ne dise pas que c'est une matière rebattue, et qu'il serait inutile de s'en occuper de nouveau. Point du tout. Un ministre habile vient de publier un livre sous ce titre : Traités des préjugés faux et légitimes, ou Réponse aux Lettres et Instructions pastorales de quatre prélats : MM. de NoaiUes, cardinal, archevêque de Faris ; Colbert, archevêque de Rouen; Bossuet, évéque de Meaux; et Nésmond, évéque de Monfauhan : divisé en trois tomes, à Deift, chez Adrien Beman : M. DCCI.

On serait d'abord effrayé de la longueur de ces trois volumes , d'une impression fort serrée , si on allait se persuader que j'en entreprenne la réfutation entière. Non , mes frères , l'auteur de cette réponse a mis à part ce qui me touche, et c'est à quoi est destiné le livre iv du tome ii *.

Dès le commencement de son ouvrage, il en avertit le lecteur par ces paroles^ : « Enfin l'Instruo- « tion pastorale de M. de Meaux, contenant les « promesses que Dieu a faites à l'Église, a paru « lorsque l'édition de cet ouvrage était déjà fort « avancée. Elle entrait si naturellement dans no- « tre dessein , que nous n'avons pu nous dispenser « d'y répondre : » et un peu après : « M. de Meaux « sait effectivement choisir ses matières: celle de l'É- « glise lui a paru susceptible de tous les ornements a qu'il a voulu lui donner ; et si les années ont dia minué le feu de son esprit et la vivacité de son « style, elles ne l'ont pas éteint. On a tâché de pré- « venir les effets que l'éloquence et la subtilité de

' EccU. XXV, 12. — ' Tom. Il, p. 537. — ^ Tom. i, Avett.

« ce prélat pouvaient faire dans l'esprit des peuples, « en faisant dans le quatrième livre ( du tome ii) « une discussion assez exacte des avantages qu'il « donne à l'Église et à ses pasteurs. »

Ces avantages, que je donne à l'Église et à ses pasteurs , ne sont autres que ceux qui leur sont donnés par Jésus-Christ même , lorsqu'il promet d'être tous les jours avec eux jusqu'à la fin de l'univers. Je m'attache uniquement à ce texte, pour ne point distraire les esprits en diverses considérations. C'est en vain que le ministre insinue que, tout affaibli que je suis par les années, on a encore à se défier de l'éloquence et de la subtilité qu'il m'attribue. Il sait bien , en sa conscience , que cet argument est simple. Il n'y a qu'à considérer avec attention les paroles de Jésus-Christ dans leur tout , et ensuite l'une après l'autre. C'est ce que je ferai dans ce discours, plus uniquement que jamais. Je n'ai ici besoin d'aucuns ornements ni d'aucune subtilité, mais d'une simple déduction des paroles de l'Évangile.

J'avoue que les traités de controverse ont quelque chose de désagréable. S'il ne fallait qu'instruire en simplicité de cœur ceux qui errent apparemment de bonne foi , de tels ouvrages apporteraient une sensible consolation ; mais on est contraint de parler contre les ministres, qu'on voudrait pouvoir épargner comme les autres errants, puisqu'enfin ce sont des hommes et des chrétiens; et on serait heureux de ne pas entrer dans les minuties, dans les chicanes, dans les détours artificieux, dont ils chargent leurs écrits. Il n'y a point de bon cœur qui ne souffre dans ces disputes, et qui ne plaigne le temps qu'il y faut donner. Maiscommentrefuseràla charité ces fâcheuses discussions? Puisque donc on ne peut s'en dispenser sans dénier aux errants le secours dont ils ont besoin, éloignons du moins de ces traités tout esprit d'aigreur ; faisons si bien qu'on ne perde pas, s'il se peut, la piste de l'Évangile. C'est à quoi je dois travailler principalement dans ce discours, où je me propose d'en expliquer les promesses fondamentales. Elles consistent en sept ou huit lignes; et afin qu'on ne puisse plus les perdre de vue , je commence par les réciter : « Toute puissance m'est donnée dans « le ciel et dans la terre. Allez donc , et enseignez a toutes les nations , les baptisant au nom du Père « et du Fils et du Saint-Esprit , et leur enseignant a à garder tout ce que je vous ai commandé : et voilà , « je suis tous les jours avec vous ( par cette toute- « puissance) jusqu'à la fin du monde '. » Si je trouve dans cette promesse, faite aux apôtres et à leurs successeurs, les avantages qui ne leur appartiennent pas , il sera aisé de le remarquer, puisque l'auteur a pris soin de les ramasser dans un livre particu» lier, qui est le quatrième de son ouvrage , avec une discussion assez exacte. Le soin qu'il prend d'avertir son lecteur, qu'il n'écrit point pour les théologiens et pour les savants , et que c'est ici une pièce destinée au peuple » , nous fait entendre quelque chose de simple et de populaire, qui par là doit être aussi très-intelligible. Dieu soit loué! Si l'on tienî

« Matth. xxvui, 18, 19, 20. - ' M-ert. »* 3.

IP INSTRUCTION PASTORALE

parole, nous n'avons point à examiner des argulïients trop subtils , où le peuple ne comprend rien ; et l'auteur se va renfermer dans les vérités dont tout le monde est capable. Il répète dans le corps du livre » ; Nous n'écrivons pas pour les savants, trop versés dans cette matière pour y recevoir instruction; mais pour un peuple qui a perdu ses livres et l'habitude de parler de ces matières , et d'en entendre parler. On lui va donc composer un livre , où il retrouve ce qu'il a perdu de plus simple, de plus nécessaire et de plus clair dans les autres. Les savants et les curieux ne sont point appelés à cette dispute : c'est aux peuples qu'on veut montrer la voie du salut, dans les avantages que Jésus-Christ a promis à leurs pasteurs , afin de les diriger, sans péril comme sans discussion, dans les voies de la vérité et du salut éternel. Comme ma preuve dans ce dessein doit être formelle et précise , le peuple le plus ignorant la doit voir sans beaucoup de peine ; mais en même temps si les réponses du ministre ne sont manifestement que de vains détours , elles ne feront que montrer à l'œil la faiblesse de la cause qu'il veut soutenir. Refuser une ou deux heures de temps , ou quelque peu davantage , si la chose le demandait, à la considération d'un passage de l'Évangile, dont le sens est si aisé à entendre, et dont le fruit sera la décision de toutes les controverses, ne serait-ce pas à la fois vouloir s'opposer à son salut éternel , à la gloire de Jésus-Christ , à la vérité des promesses qu'il a faites en termes si clairs à son Église et à ses pasteurs ?

Dès le premier chapitre du livre iv ' , le ministre croit révolter contre moi tous les esprits , en disant : « M. de Meaux réduit tout à un seul point « de connaissance , qui est l'autorité de l'Église. « Tout, dit-il , consiste à bien concevoir six lignes « de l'Évangile, où Jésus-Christ a promis en ter- « mes simples , précis , aussi clairs que le soleil , « d'être » tous les jours avec les pasteurs de son Église jusqu'à la fin des siècles^. Le ministre s'écrie ici: «Dieu a donc grand tort d'avoir fait de si gros « livres, et de les avoir mis entre les mains de tout « le monde. Six lignes : que dis-je, six lignes.^ six « mots gravés sur une planche à Rome auraient levé « toutes les difficultés, puisqu'il devait y avoir à « Rome une succession d'hommes infaillibles , et « qu'il n'y a point de curé dans l'Église qui puisse « changer sa doctrine. » N'embrouillons point les matières. Il ne s'agit ni de Rome, ni de l'infaillibilité de ses papes, dont le ministre sait bien que nous n'avons jamais fait un point de foi , ni de celle que le ministre veut imaginer que nous donnons aux curés et aux pasteurs en particulier : il est question de savoir si la sagesse de Jésus-Christ est assez grande pour renfermer en six lignes de quoi trancher tous les doutes par un principe commun et universel. Qui osera contester à Jésus-Christ cet avantage? « Mais, dit-on, si tout est réduit à six « lignes , Dieu a donc grand tort d'avoir fait de si

' Toni. I, c. 2, n" I , p. 125. - ' Tom. H, Uv. iv, n" 13, p. D53. — 3 Matth, XXVII, 20.

. « gros livres: «comme qui dirait : Si après avoir récité deux préceptes de la charité , qui n'ont pas plus desix lignes, Jésus-Christ a prononcé qu'en ces deux préceptes, c'est-à-dire, dans ces six lignes, était renfermée toute la loi et les prophètes • : si saint Paul a poussé plus loin ce mystérieux abrégé , en disant que tout était compris dans ce seul mot, diliges, etc.* ; pourquoi fatiguer le monde à lire ces gros livres des Ecritures, et obliger les prophètes à multiplier leurs prophéties? Si, conformément à cette doctrine , saint Augustin a enseigné que l'Écriture ne commande que la charité et ne défend que la convoitise , pourquoi mettre tant de grands volumes entre les mains des fidèles? Comme donc Dieu a donné un abrégé de toute la doctrine des mœurs, qu'il a comprise en six lignes , ainsi Jésus-Christ en a donné un pour ce qui regarde la foi , en comprenant dans six lignes toutes les voies qui nous mènent à la vérité , et ne demandant autre chose sinon que l'on reçoive les enseignements qui se trouveront perpétués dans la succession des pasteurs, avec qui il sera tous les jours, depuis les apôtres jusqu'à nous et jusqu'à la fin du monde.

Il ne faut donc pas s'étonner que Jésus-Christ ait renfermé en six lignes tant de sagesse , et le remède de tant de maux. Au reste, ce que ce ministre trouve si étrange , n'est pas seulement accordé par les catholiques, mais encore par les protestants. Je n'en connais point parmi eux de plus éclairé queBuUus, prêtre protestant anglais, le défenseur invincible de la divinité du Fils de Dieu , et de la foi de Nicée , contre les sociniens, à qui il oppose, en ces termes, l'autorité infaillible du concile de Nicée : « Si, dit-il 3 , dans un article principal , on « s'imagine que tous les pasteurs de l'Eglise auront « pu tomber dans l'erreur et tromper tous les fidè- « les , comment pourrait-on défendre la parole de « Jésus-Christ , qui a promis à ses apôtres , et en « leurs personnes à leurs successeurs , d'être tou- « jours avec eux ? Promesse , poursuit ce docteur, « qui ne serait pas véritable ; puisque les apôtres ne « devaient pas vivre si longtemps , n'était que leurs « successeurs sont ici compris en la personne des « apôtres mêmes. » Voilà donc manifestement l'Église et son concile infaillible , et son infaillibilité établie sur la promesse de Jésus-Christ entendue selon nos maximes. Si l'on dit que c'est là produire en témoignage un particulier protestant , qui parle contre les principes de sa religion , c'est ce qui fait voir que ce n'est pas nous qui inspirons de tels sentiments, mais qu'on les prend dans le fond commun du christianisme, quand on combat naturellement pour la vérité, comme faisait ce savant auteur contre ses ennemis les plus dangereux.

Mais ce n'est plus un particulier, c'est tout un synode, qui oppose aux remontrants, lorsqu'ils rejetaient l'autorité des synodes qu'on assemblait contre eux : que « Jésus-Christ , qui avait promis « à ses apôtres l'esprit de vérité, avait aussi promis « à son Eglise d'être toujours avec elle ; » d'où il

' Matth. XXII, 10. - 2 Rom. xiii, 9.— ' Bull. Def.ftd.Nic. proœm. n' I.

SUR LES PROMESSES DE L'ÉGLISE

tire cette conséquence : que « lorsqu'il s'assemble- « fait, de plusieurs pays, des pasteurs, pour déci- « der, selon la parole de Dieu, ce qu'il faudrait en- << seigner dans les Églises , il fallait avec une ferme « confiance se persuader que Jésus-Christ serait « avec eux selon sa promesse'. » C'est un synode qui parle; il n'est que provincial, je l'avoue : mais il est lu et approuvé par le synode de Dordrect, où toute la réforme était assemblée, sans en excepter aucun pays; en sorte qu'on l'appelait le synode comme œcuménique de Dordrect. Qui leur inspirait ce langage, si contraire aux maximes de leur religion ? D'où leur venait cette ferme confiance : confiance selon la promesse, et par conséquent , selon l'expression de saint Paul ' , confiance selon la foi , plus inébranlable que les fondements de la terre , quoique soutenue du doigt de Dieu.? C'est que les hommes se trouvent souvent imprimés de certaines vérités fortes qu'ils ne suivent pas. Ils posent le principe; ils ne peuvent soutenir la conséquence. Les philosophes connaissent le pouvoir immense de Dieu : ils n'ont pas la force de l'adorer, et se perdent dans leurs pensées. Le Juif croit Michée, qui lui annonce la venue du Christ dans Bethléem ^ ; il n'a pas le courage de s'élever à sa naissance éternelle avec le même prophète. Notre ministre demeure d'accord qu'il « ne faut jamais quitter l'É- « glise de Dieu. Où est, dit-iH, l'homme assez « fou , pour contester qu'on ne doive toujours de- « meurer dans l'Église de Dieu? Il vaudrait autant « demander s'il est permis de se damner. » Voilà de belles paroles, mais qui s'en vont en fumée et se réduisent à rien, si l'on ne fait qu'éluder toutes les expressions des promesses faites à l'Église, pour en venir à conclure qu'o?i se peut sauver dans le schisme^, loin de vouloir demeurer dans l'Église de Dieu , comme la suite le fera paraître.

Mais il faut considérer d'abord comme le ministre incidente sur chaque parole des promesses de Jésus-Christ. Répétons-les donc encore une fois; et n'oublions pas, sur toutes choses, qu'elles cominencent par ces termes, qui sont l'âme et le soutien de tout le discours : Toute puissance m'est donnée dans le cielet dans la terre ; ce qu'il continue en cette sorte : Allez donc avec la foi et la certitude que doit inspirer un tel secours ; allez, enseignez les nations, et les baptisez au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commandé : et voilà, je suis avec vous, par cette toute-puissance à laquelle rien n'est impossible , je suis, dis-je, avec vous ; j'y suis tous les jours jusqu'à la fin du mo?ule s. Osez tout , entreprenez tout , allez par toute la terre y attaquer toutes les erreurs : ne donnez de bornes à votre entreprise ni dans les lieux ni dans les temps : votre parole ne sera jamais sans effet : Je suis avec vous; le monde ne pourra vous abattre : -le temps , ce grand destructeur de tous les ouvrages des hommes , ne vous anéantira pas ; je suis avec vous, moi le Tout-Puis-

' Syn. Delph. Act. Dord.p. 66. — * Rom. iv, 13, 16, 19 , 20, etc. — î Mich. V, 2. — < Averl. n. 3. — ' Ci-dessous. - 6 Multh. xxMU, 1», 19,20.

sant, dès aujourd'hui , tous les jours, et jusqu'à la fin du monde.

Ces paroles portent la lumière jusque dans les cœurs les plus ignorants : embrouillons-les donc, disent vos ministres. C'est ce que va entreprendre, avec plusd'adressequejamais, celui qui m'attaque; et voici par où il commence : « IVÎ. deMeaux , qui sou- « tient que ces deux mots, 7e suis avec vous, sont « simples, précis, clairs comme le soleil, et qu'ils « n'ontbesoin d'aucun commentaire, estobligéd'yeti « faire un , dans lequel il insère ses préjugés, et fait « dire à Jésus-Christ ce qui lui plaît'. » Voyons, lisons , examinons s'il y a un seul mot du mien dans ce qu'il appelle mon commentaire. « Il y trouve (M. « de Meaux) une Église toujours visible , comme « une chose qui est sortie avec emphase de la bou- « che de Jésus-Christ. » Laissons l'emphase qu'il ajoute, et voyons si j'explique bien les paroles du Fils de Dieu : « Il ne faut pas demander (c'est ainsi , « dit-il , que M. de Meaux fait parler ce divin Maî- « tre) si le nouveau corps, la nouvelle congréga- « tlon, c'est-à-dire, la nouvelle Église que je vous « ordonne de former, sera visible , étant , comme <- elle le doit être, composée de ceux qui donnent « les sacrements et de ceux qui les reçoivent. Ce- « pendant, poursuit le ministre, Jésus-Christ n'a « rien dit de semblable. » Il n'a rien dit de semblable, mes frères? L'a-t-on pu penser, que la distinction expresse de ceux qui enseignent et de ceux qui sont enseignés , de ceux qui baptisent et de ceux qui sont baptisés, n'eût rien de semblableà une Église visible? A quoi donc est-elle semblable? A une Église invisible? La fausseté saute aux yeux. La prédication de la parole est comprise , en termes formels, sous cette expression, e;iseigrnez; l'administration des sacrements n'est pas moins évidemment contenue sous le baptême , qui en est la porte : ce sont là les caractères propres et essentiels qui rendent l'Église visible : tous les chrétiens , sans en excepter les protestants, l'entendent ainsi. C'est donc ici une chose qui non-seulement est semblable à l'Église visible , mais qui est l'Église visible elle-même.

Passons, et écoutons le ministre. « M. de Meaux « trouve encore ici l'Église composée de toutes les « nations , jusqu'à la fin des siècles ». » Eh ! de quoi sera donc formée, d'où sera tirée, de qui sera composée cette Église , dont les pasteurs ont reçu cet ordre : Allez par tout le monde, prêchez l'Évangile à toute créature ^ : et encore, allez, enseignez toutes les nations 4 ? Mais, direz-vous, il n'exprime pas que l'Église, qu'il a désignée par ces paroles, sera jusqu'à la fin composée de toutes les nations. Non , sans doute : il ne dit pas, non plus que moi, que toutes les nations y seront toujours actuellement rassemblées ; mais les apôtres et leurs successeurs ne cesseront de prêcher et d'annoncer l'Évangile à toutes les nations, au sens que saint Paul disait, après le Psalmiste : Le bruit que fait leur prédica-

' T. n, l. IV, c. 2, n. 3, p. 559. — ' Ihid. I — * Matth. xxvni, I9.

■ i Marc. XIV, 15.

TI« INSTRUCTION PASTORALE

t'ioji (celle des apôtres ) retentit par toute la terre , et la voix s' en fait entendre par tout l'univers ' ; et encore : Fotre foi est annoncée par tout le monde ^\ et encore : L'Évangile est parvenu jusqu'à vous , comme il est dans tout Vunîvers , et y fructifie, et y croît, comme parmi vous ^. Il ne dit pas que tout le monde doive croire à la fois : Cet Évangile doit être prêché ou sera prêché (successivement)par toute la terre, en témoignage à toutes les nations; et après viendra la fin 4. C'est Jésus- Christ même qui parle , et il donne à son Église le terme de la fin de l'univers , pour porter à toute la terre la lumière de l'Évangile.

Mais tous croiront-ils ? Non, répond saint Paul ^ : Tous n'obéissent pas à l'Évangile, selon que dit Isaïe : Seigneur, qui croira les choses que nous avons ouïes ? Mais je dirai : N'ont-ils pas ouï ? puisqu'il est écrit : Le bruit s'en est fait entendre par toute la terre. S'il y a des particuliers qui ne croient pas à l'Évangile, qui doute qu'il n'y ait aussi des nations, puisqu'on en trouve même , à qui V esprit de Jésus ne permet pas de prêcher ^ , durant de certains moments? Allez donc chicaner saint Paul, et Jésus-Christ même, et alléguez-leur la Chine, comme vous faites sans cesse, et, si vous voulez, les terres australes , pour leur disputer la prédication écoutée par toute la terre. Tout le monde, malgré vous, entendra toujours ce langage populaire qui explique par toute la terre le monde connu , et dans ce monde connu une partie éclatante et considérable de ce grand tout; en sorte qu'il sera toujours véritable que ce sera de ce monde que l'Église demeurera toujours composée , et que la fin du monde la trouvera enseignant et baptisant les nations, et recueillant de chaque contrée ceux que Dieu lui voudra donner.

Voilà ce commentaire chimérique qu'on m'accuse de faire à ma fantaisie des promesses de Jésus-Christ; quand je n'allègue que saint Paul et Jésus-Christ lui-même , pour les expliquer. Mais voici encore une autre partie de ce commentaire des promesses de l'Évangile : « M. de Meaux y « trouve une Église qui subsistera rangée sous un « même gouvernement , c'est-à-dire sous l'autorité « des mêmes pasteurs ; » à quoi le ministre ajoute, en insultant : « Le simple ne voyait point cela dans « le texte de saint Matthieu 7 : » comme qui dirait , Lé simple n'y voyait pas que le troupeau serait gouverné par les enseignements des apôtres , à qui il est dit : Alkz , enseignez, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commandé. Le simple ne voyait pas que c'est là le gouvernement ecclésiastique ; le simple ne voyait pas que toute l'autorité des pasteurs devait consister à donner les sacrements , ou bien à les refuser aux indignes , selon qu'ils écouteraient ou qu'ils n'écouteraient pas la prédication de leurspasteurs;ce que ce même ministre conclut enfin par cette amère raillerie : « Le peuple « ne voyait pas toutes ces choses : il avait besoin d'un

» Rom.x,lé. — ^Ibid.i,H.— ^ Col. \,<i.—'<MaUh. xxiv, 14. — * Rom. X, 16. — « Act. XVI, 0, 7. — ' T. II, p. 559.

« autre soleil (c'est-à-dire de M. de Meaux) pour « l'éclairer, et pour lui découvrir ce qui estplus clair « que le soleil '. » Il fallait un nouveau soleil pour apprendre au peuple , que partout où il y a prédication, sacrement, gouvernement ecclésiastique, il y a une Église visible à qui appartiennent les promesses, puisque c'est à elle, en termes formels, qu'elles sont adressées par le Sauveur du monde.

Mais écoutons encore où le ministre se réduit : « Pesons, dit-il », toutes les paroles de Jésus- « Christ, comme M. de Meaux les a pesées, et « par ce moyen nous en découvrirons le sens et « la vérité. » C'est là , mes frères , ce que je prétends ; et puisque votre ministre le prétend aussi , c'est pour lui que je vous demande une audience particulière.

« Premièrement , M. de Meaux borne cette pro- « messe aux pasteurs de son Église , quoiqu'elle « soit commune à tous les fidèles, avec lesquels « Jésus-Christ sera jusqu'à la consommation des « siècles. » 11 produit saint Hilaire et saint Chysostôme, et se donne la peine de prouver ce que personne ne contesta jamais. Quand j'ai dit que la promesse de Jésus-Christ s'adressait directement aux pasteurs, j'ai pour garant Jésus-Christ, qui leur dit lui-même, enseignez et baptisez. Il parle donc directement à ceux qu'il a préposés à la prédication et à l'administration des sacrements. Mais tout cela est fait pour le peuple : Tout est à vous, dit saint Paul ^ , soit Paul, soit Céphas, soit Apollon. Nous ne sommes que les ministres de votre salut , dont la dispensation nous est commise. Jésus-Christ est avec les apôtres pour le profit des fidèles , les fidèles sont donc compris dans la promesse : Je vous prie, dit-il 4, mon Père , non-seulement pour ceux-ci, c'est-à-dire pour mes apôtres, mais encore pour tous ceux qui croiront en moi par leur parole. On voit qu'il prie pour les fidèles, en les attachant aux apôtres. On n'a pas besoin d'alléguer saint Hilaire ni saint Chrysostôme; la chose parle d'elle-même; et le profit des fidèles sous le ministère marque clairement la part qu'ils ont à la promesse , encore qu'elle se trouve directement adressée à leurs pasteurs , comme il fallait pour établir l'autorité aussi bien que l'éternité de leur ministère.

Écoutez donc les paroles , et prenez l'esprit et l'intention des promesses de Jésus-Christ : Je suis avec vous, qui enseignez , qui administrez les sacrements, et qui gouvernez par ce moyen le peuple fidèle : Je suis avec vous, et votre ministère subsistera : Je suis avec vous , et je bénirai ce ministère : il sera saint et fructueux , et ne cessera jamais de l'être, parce que je promets, moi qui peux tout; et ma promesse immuable sera tout ensemble l'objet et le soutien de la foi.

Ne croyez donc pas qu'il ne promette que l'extérieur du ministère : c'est bien ce qu'il exprime

' T. Il, p. 660. — ' Ibid. n.i,p, 660. * Joan. XVII, 20.

' /. Cor. III, 22. —

SUR LES PROMESSES DE L'ÉGLISE

nommément dans sa promesse; mais l'effet intérieur, les grâces intérieures y sont attachées et renfermées, parce que Jésus-Christ est toujours présent .pour donner efficace à sa parole et à ses sacrements , comme il sera plus amplement expliqué en son lieu.

Le ministre poursuit en cette sorte : Jésus- « Christ , le meilleur de tous les interprètes , a fait « la même promesse aux laïques (qu'aux pasteurs) , * en leur disant qu'ils demeureront en lui , et lui en « eux. L'union est intime, réciproque, et marque « une durée éternelle. Cependant , quoique Jésus- « Christ ait promis aux fidèles uneunion éternelle, M. « de Meaux ne voudrait pas soutenir que les laïques « auront toujours une lumière éclatante et une con- « naissance pure de la vérité : et lui qui nous fait « un si grand crime de la justice inamissible et de « la persévérance des saints, devrait avoir conclu « que si Dieu, malgré sa promesse de] demeurer « dans les saints, les laisse tomber dans le crime, « et du crime sous la puissance du démon, il peut « aussi laisser son Église dans l'erreur et le vice, « malgré cette parole :7e suis avec vous'.

Il ne faudrait point mêler tant de choses , si l'on voulait éclaircir plutôt qu'embrouiller la question. Surtout il ne faudrait point confondre ensemble la doctrine de Vinamissihilité de la justice avec celle de la persévérance des saints, ni avancer, ce qui n'est pas , que je fais un crime de l'une comme de l'autre. La doctrine de la persévérance n'a jamais été révoquée en doute : celle de l'inamissibilité de la justice est particulière aux calvinistes ; et par le peu qu'en dit notre ministre, on doit sentir qu'elle est impie. « L'union, dit-il », que Jésus-Christ pro- « met aux laïques est intime, réciproque, et d'une « éternelle durée; néanmoins, malgré sa promesse u de demeurer dans les saints , il les laisse tomber « dans le crime, et sous la puissance du démon; « ainsi le laïque en qui Jésus-Christ demeure, avec « qui son union est intime , réciproque, et d'une « éternelle durée, » est en même temps dans le crime, et sous la puissance de l'enfer. En faudrait-il davantage pour quitter une religion où l'on enseigne des absurdités , disons , des impiétés si manifestes ?

L'application de l'auteur aux promesses faites à l'Église n'est pas moins étrange; et il faudra dire que par la même raison qu'un particulier peut être, dans le même temps, uni intimement à Jésus-Christ et sous la puissance du démon , par cette même raison la société des pasteurs se trouvera par l'erreur , par la corruption , et enfin en toutes manières , sous la puissance des ténèbres ; pendant que tous les jours, sans interruption, Jésus-Christ sera avec elle. Quelle convention y aura-t-il donc avec Jésus-Christ et Bélial^ ? et la réforme est-elle venue pour les concilier ensemble?

Ouvrez les yeux, mes chers frères, et voyez que l'on vous amuse, non-seulement en vous proposant des questions hors de propos , mais encore

« 7. n, p. 560. - » Ibid. - 3 ir. Cor. vi, 15.

en sauvant une erreur par une autre , au lieu de les condamner toutes deux. Dieu n'a promis à aucun des saints qu'il ne perdrait jamais la justice ni l'union intime avec lui, comme l'ont perdue , du moins pour un temps , un David, un Salomon , un saint Pierre. Dieu n'a promis à aucun des saints , comme il a fait à l'Église entière , d'être avec lui tous les jours, c'est-à-dire sans la moindre interruption, et jusqu'à lajin des siècles: le terme de lafiii des siècles , qu'il donne à son assistance , dénote l'Église telle qu'elle est en ce monde , visible par toute la terre, à qui il donne pour caractère de sa visibilité la prédication et les sacrements, et lui promet de la conserver tous les jours en cet état, tant que l'univers subsistera. A-t-il dit quelque chose de semblable de son union avec aucun saint particulier.!* Ecoutons : rous êtes purs encore , dit le Sauveur' ; demeurez enmoi et moi en vous ; tant que vous serez en moi , je serai en vous : est-ce à dire , vous y serez toujours? Point du tout, puisqu'il vient de dire : Fous êtes encore purs; pour insinuer qu'ils cesseraient bientôt de l'être, leur chef en le reniant , et tous en tombant dans l'incrédulité pendant le scandale de la croix. Il poursuit : Qui demeure en moi et moi en lui, portera beaucoup de fruit ' : qui en doute ? Mais voulait-il dire que pendant le temps de leur incrédulité ils dussent demeurer en lui et lui en eux; et porter des fruits de vie éternelle , pendant qu'au contraire ils ne produisaient que des fruits d'incrédulité et de mort ? Le disciple bien-aimé prononce : Dieu est amour : et ainsi quiconque demeure dans Famour, demeure en Dieu et Dieu en lui ^. Qui ne le sait pas ? On y demeure en effet tant qu'on aime d'un vrai amour. Est-ce à dire qu'on aime toujours, et qu'on demeure toujours en Dieu sans aucune interruption, même en reniant, en maudissant, et en jurant qu'on ne connaît pas Jésus-Christ? Qui osera prononcer un tel blasphème? Reconnaissez donc, encore un coup, que les passages qu'on vous allègue n'ont rien de commun avec celui dont il s'agit, où Dieu promet , sans réserve ni restriction , à son Église visible , à la communion des pasteurs et des troupeaux, d'être avec elle tous les jours, et que le monde périra avant qu'il les abandonne.

Et remarquez, mes chers frères, que je ne vous jette ni dans des discours inutiles ou d'une grande recherche , ni dans des questions ou subtiles ou étrangères : seulement je pèse avec vous, parole à parole, les promesses de Jésus-Christ, sans qu'il faille ouvrir d'autres livresque l'Évangile, ou que jusqu'ici il s'y trouve la moindre difficulté. Voyons si votre ministre en use de même.

« M. de Meaux , poursuit-il * , applique la pro- « messe de Jésus-Christ uniquement aux pasteurs « et aux évêques latins. » On vous amuse , mes frères : je ne distingue dans la promesse ni Latins ni Grecs , et j'y comprends également tous les pasteurs grecs, latins, Scythes et barbares , qui succé-

' Joan. XV, 3,4.

II, R. 5, f>. 561.

' Ibid. 5. - 3 i. Joan. iv, 16. — * T.

ir INSTRUCTIOxN PASTORALE

deront aux apôtres sans aucune interruption , et sans avoir changé leur doctrine par aucun fait positif. Ainsi, ce qu'on dit des Grecs jusqu'ici demeure inutile : il faudra seulement nous souvenir d'examiner en son lieu la foi des Grecs, et s'il est vrai qu'ils n'aient jamais abandonné la succession ; ce qui ne regarde ni l'examen ni l'intelligence de la promesse dont i.l s'agit, considérée en elle-même.

Laissons donc en surséance, pour un peu de temps , ce qui regarde l'application de la promesse ou aux Latins, ou aux Grecs, ou aux autres peuples particuliers , puisqu'il n'en est rien dit dans cette promesse, et continuons à peser les propres paroles qu'elle contient.

« C'est assez parler des personnes, continue votre « ministre ' : venons au fond. Jésus-Christ promet « à l'Église qu'il sera toujours avec elle : ce terme, « avec elle , dit M. deMeaux, marque une protec- « tion assurée et invincible de Dieu : » ce qu'il avoue en disant : « Il a raison jusque-là. » Si j'ai raison jusque-là, je tire deux conséquences : l'une, que l'Église visible sera toujours; l'autre, qu'elle sera attachée aux pasteurs qui prendront la place des apôtres, et que l'erreur y sera toujours exterminée. C'est ici que votre ministre cite ces paroles de mon Instruction : « Ceux qui voudront être en- « seignés de Dieu n'auront qu'à vous croire, comme « ceux qui voudront être baptisés n'auront qu'à « s'adresser à vous». » A cela, quelle réponse? Le ministre avoue que Dieu « peut suppléer à tous nos « besoins par sa présence , quand il veut ^ ; mais , « ajoute-t-il , il ne le fait pas toujours. Où est « donc cette protection assurée et invincible, que « j'ai raison de reconnaître dans ces paroles , Je « suis avec vous ? » et comment est-elle assurée , si Dieu pouvant la donner, il ne le veut pas?

Pour montrer que ces paroles , Je suis avec vous, emportent une protection assurée autant qu'invincible , j'allègue ce qui fut dit par l'ange à Gédéon : Fous sauverez Israël, parce que je suis avec vous; et je produis en même temps plusieurs passages où cette parole , Je suis avec vous, marque un effet toujours certain 4. Le ministre n'a pu le nier, comme on a vu ; mais sur l'exemple de Gédéon , il répond deux choses ^ ; la première : « Comme tous ceux avec qui Dieu « est, n'ont pas la force de Gédéon pour tuer mi- « racujeusement six vingt mille hommes dans une « bataille ; ainsi , quoique Dieu soit avec les succes- « seurs des apôtres , il ne s'ensuit pas qu'ils doivent « étendre comme eux l'Église jusqu'au bout du <i monde, ni avoir la même autorité qu'eux. » C'est la première réponse ; voici la seconde : « Comme la « présence de Dieu , qui était avec Gédéon, ne l'em- « pécha pas de faire un éphod , après lequel Israël « idolâtra, ce qui fut un lacet à sa maison ^; ainsi la « présence de Dieu dans l'Eglise n'empêche pas «' que ses principaux chefs n'introduisent en certains « lieux l'erreur, et ne rendent l'Église très-obscure

• r. u, lib. IV, cap. 3, n' I , p. 566. - ' I. Instr. past. — ■i Ibid. — * Ibid. — » r. Il p. 567, 568. — .• Judic. vi.

« par leur idolâtrie. « Vous le voyez , mes chers frères, il n'a pas osé pousser à bout sa conséquence. Pour la tirer tout entière, il devait conclure que tous les pasteurs pourraient tomber dans l'idolâtrie : il n'a osé le conclure que des principaux. Il devait encore conclure que toute l'Église devait être obscure par Vidolàtrie : il a évité ce blasphème, qui ferait horreur , et n'ose livrer à l'idolâtrie que de certains lieux ; ce qui n'empêcherait pas la pureté du culte dans le gros. Il a donc lui - même senti la défectuosité manifeste de son principe, qu'il n'a osé pousser à bout. Mais, quoi qu'il en soit, ses deux réponses vont tomber sans ressource par un seul mot.

Cette parole. Je suis avec vous, n'emporte de garde assurée et de protection invincible, que dans l'effet pour lequel Dieu l'a prononcée, et pour lequel il a promis d'être avec nous. C'était à l'effet de défaire les Madianites, et d'en délivrer Israël, que Dieu était avec Gédéon : aussi cet effet n'at-il pas manqué , et les Madianites ont été taillés en pièces par ce capitaine. C'était aussi à l'effet d'enseigner la vérité et d'administrer les sacrements , que Jésus-Christ devait être tous les jours et jusqu^à la fin du monde avec ses apôtres et leurs successeurs : cet effet est donc celui qui n'a pu manquer; autrement il ne sert de rien d'avoir avec soi le Tout-Puissant , si l'on peut perdre l'effet pour lequel il assure qu'il y est, et qu'il y sera toujours. Appliquons la même chose à l'éphod érigé par Gédéon; l'effet de cette promesse. Je suis avec vous, était accompli par la défaite des Madianites, pour laquelle elle était donnée : l'éphod qui vient si longtemps après, n'appartient pas à cette promesse; et le ministre, qui nous le produit, abuse trop visiblement de votre créance.

« M. de Meaux , poursuit le ministre', devait re- « marquer que Dieu avait promis à l'Église judaï- « que d'être éternellement avec elle, d'y mettre son « nom à jamais; et néanmoins que cette présence « n'a pas empêché ni sa ruine, ni que, pendant « qu'elle a duré, il n'y ait eu des abominations et « des idolâtries jusque dans le temple, et que les « prêtres et les sacrificateurs ne se soient corrom- « pus. »

Pour procéder nettement, je distingue ici deux difficultés: l'une qu'on tire de la ruine de l'Eglise judaïque, et l'autre qu'on tire de sa corruption pendant qu'elle subsistait.

Pour la ruine, il est vrai que Dieu avait dit : qu'il mettrait son nom à jamais dans le temple de Salomon; et, ce qu'il y a de plus fort, qu'ë/ y aurait tous les jours ses yeux et son cœur : promesse qui ne paraît pas de moindre étendue qufi celle de Jésus-Christ dont nous parlons. Voilà du moins l'argument de votre ministre dans toute sa force. Remarquez pourtant, mes chers frères, qu'il n'a osé citer ce passage entier, de peur d y trouver sa confusion. Lisons-le donc tel qu'il est» :

' Tom. u , p. 507 , etc. 674 , e/c. — » III. Reg. ix , 3 e/ seq.

Pur. vil - Ih. in.

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