‹ uvres de BossuetChapitre 97 sur 140 · VI. Du Carême : comment on doit le sanctifier · texte numérisé non relu

VI. Du Carême : comment on doit le sanctifier

Toute la vie est un temps destiné pour se former au carême ; car la pénitence est l'exercice de toute la vie chrétienne. Les dimanches sont consacrés aux œuvres de la piété , afin qu'elle influe et se répande dans les autres jours : ainsi le carême est institué , afin de se renouveler dans un esprit de pénitence qui s'étende à tous les temps.

Comment donc faut-il sanctifier le carême? l'Évangile nous dit que « Jésus fut conduit dans le dé- « sert : « Ductus est in desertum * ; et par là il montre que la retraite doit accompagner notrejeûne. Celui de Jésus-Christ s'étendit à tout, pour nous apprendre que la mortification de tous nos sens est absolument nécessaire dansun véritable jeûne. Enfin c'est par tous ces moyens que Jésus-Christ se dispose à la tentation, ut tentaretur ; parce que le jeûne et tous les exercices delà pénitence doivent nous préparer à vaincre la tentation, en combattant le démon notre ennemi.

Mais pourquoi la retraite nous est-elle si nécessaire? C'est que tout est corruption dans le monde : « Tout ce qui est dans le monde , dit saint Jean , est « ou concupiscence de la chair , ou concupiscence n des yeux , ou orgueil de la vie : » omne quod est in miindo, concupiscentia carnis est , et concupiscentia oculorum, et superbia vitx ^. « Tout le monde « est sous l'empire du malin esprit : » Mundus totiis in maligno positusest^. Au contraire, nous trouverons Jésus-Christ dans le désert ; nous y verrons la nature dans sa pureté : elle nous paraîtra peut-être d'abord affreuse , à cause de l'habitude que nous avons de voir les choses si étrangement falsifiées par l'artifice éblouissant de la séduction; mais l'illusion faite à nos sens se dissipera bientôt dans le calme de la solitude : et la nature nous y plaira d'autant plus, qu'elle n'y est point gâtée par le luxe; ce qui nous la rendra beaucoup plus agréable.

Si , comme Jésus-Christ , nous n'y avons de société qu'avec les bêtes, cum bestiis ^ ; pensons que les hommes sont plus sauvages , plus cruels que les animaux les pjus farouches : là, c'est l'instinct qui conduit ; dans les hommes, c'est une malice déter-

' Âpoc. XXI, I. — 2 Mallh.

♦ Ihid. V, 19. " ^ Marc i, 13.

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