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minée et délibérée. C'est ce qui jette le prophète dans la solitude. « Qui me fera trouver dans le dé- « sert, s'écrie Jérémie, une cabane de .voyageurs? •> Quis dabit me in solitudine diversorium viatoruni • ? « Afin que j'abandonne mon peuple , et « que je me retire du milieu d'eux ; car ils sont tous « des adultères, c'est une foule de prévaricateurs : » Et derelinquam populum meum, et recedam at eis; quia omnes adulteri sunt , cœtus jjrxvaricatorum ^. « Chacun d'eux se rit de son frère : » Fir fratrem suum deridebit. Qu'est-ce qu'on fait dans le monde, que se moquer les uns des autres, que chercher tous les moyens de se tromper , de se nuire réciproquement , de se supplanter? Habitatio tua in medio doli^ : « Votre demeure est au milieu d'un « peuple tout rempli de fourberie. » « Il n'y a plus « de saint sur la terre ; » on ne sait plus à qui se fier : Feriit sanclus de terrai. La division s'est introduite jusque dans les mariages. De quoi les femmes s'entretiennent-eiles, si ce n'est des excès multipliés des personnes de leur sexe; dont elles rougiraient, si elles étaient elles-mêmes irréprochables ? Toutes les familles sont dans la confusion : n le fils traite son père avec outrage, la fille s'élève « contre sa mère, la belle-fille contre sa belle-mère ; « et l'homme a pour ennemis ceux de sa propre mai- « son5. ))
Dans cet état de choses, celui qui veut sincèrement penser à son salut et entrer dans la pénitence , ne doit-il pas se réfugier dans la solitude , et chercher son appui en Dieu seul ? Ego autem ad Do-
minum aspiciam audiet me Deus mcus^.
Plus il se séparera des créatures, plus il trouvera de consalation avec Dieu dans la retraite ; et , au défaut des secours humains, « les anges mêmes « lui seront envoyés pour le servir : » Et angeli ministrabant illii.
Le véritable jeûne emporte une mortification universelle, et doit par ses effets nous familiariser avec la mort, et nous la rendre chaque jour plus présente : Mortem deproximo norit^. Jeûner, c'est sacrifier toute sa vie dans les objets qui peuvent contribuer à l'entretenir , et dont on se prive par un esprit de pénitence. Dans ce sacrifice, l'homme est lui-même la victime qu'il offre à son Dieu. Pour nous y disposer, l'Église, à ces heures de silence ou l'on offre les premiers vœux, dans la tranquillité de la nuit , exhorte tous ses enfants à user avec plus de retenue des paroles , des aliments , du sonuneil et des plaisirs : Utamur ergo parcius verbis, cibis etpotibus, somno,jocis9. Par là elle nous fait assez sentir que le vrai jeûne consiste dans un retranchement général non-seulement de tout ce qui peut flatter la nature, mais encore de tout ce qui n'est pas absolument nécessaire pour le soutien de la vie , et qu'en un mot il est établi pour nous conduire à cette parfaite circoncision, qui fait le caractère de la vie spirituelle.
C'est ainsi que nous pourrons entrer dans l'exer-
I Jcr. IX , 2.,— ^ Ibid. 5. - 5 Ibid. C. — ' W/V/t vil, 2. — 5 ihki. C. — « IbUl 7. — • Marc. I, 13. — " Terlu! de Ji-J. iV 12. — ' Hijm. Offic. nocl. in Qmdntg.
PENSÉES
cice de vaincre les tentations. Pout y réussir, il est nécessaire de connaître la force et la puissance du démon. Il peut non-seulement transporter les corps , mais agir encore sur l'imagination, exciter au dedans des mouvements déréglés , y remuer les passions, porter le trouble jusqu'au fond de notre âme , et mettre tout en désordre , si Dieu le lui permet. Et qui ne sera frappé d'étonnement et de frayeur, quand on voit ce que notre Seigneur lui a permis d'exécuter sur sa personne même ? mais c'était pour le vaincre. Ma confiance est que « c'est des peines et des souffrances mêmes par les- « quelles il a été tenté et éprouvé, qu'il tire la vertu « et la force de secourir ceux qui sont aussi tentés : » In eo enim in quo passus est ipse et tentatus, potens est et eis qui tenlantur auxiliari '.
Mais il n'est pas moins important de bien démêler les artifices dudémon, et desavoirce qu'il leur faut opposer. Premièrement, il nous tente par la nécessité: Die ut lapides istipanesjiant^ : «Dites que « ces pierres deviennent des pains; » et c'est ainsi que, prenant occasion de la faim que Jésus-Christ éprouva après son jeûne , il eût voulu le porter à quitter le dessein pour lequel il avait été poussé par l'esprit dans le désert, et l'engager à changer sa résolution. Une des sources principales des tentations, c'est donc la nécessité : de là les fraudes, les injustices, le violement des lois divines et ecclésiastiques. Le remède contre cette tentation , c'est d'être bien pénétré de cette parole dont Jésus-Christ se sert pour repousser le tentateur : Non in solo pane vivit homo ^ : « L'homme ne vit pas seulement « depain. » J'ai une autre vie dans la parole de Dieu, dans la vérité, dans l'accomplissement de la volonté divine : non que je ne vous plaigne dans les misères que vous éprouvez, et je voudrais pourvoir aux besoins de chacun; mais, dans l'impuissance où je me trouve de le faire, je dois donner du moins à tous l'enseignement nécessaire et les consolations qui peuvent les soutenir dans leurs détresses.
La seconde tentation n'a plus la nécessité pour prétexte : la gloire, l'élévation, la grandeur en fournissent la matière. Que répondre alors au tentateur? La souveraineté n'est rien; nous avons un autre maître , un autre Seigneur, qui mérite seul notre adoration et notre culte : Dominum Deum tuum adorabis^ : « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu. »
Dans la troisième tentation, Satan, pour porter celui qu'il veut renverser à céder à ses efforts, cherche à lui inspirer une espérance téméraire du pardon : Jette-toi du haut du temple la tête devant , précipite-toi dans le crime; Dieu te soutiendra, te pardonnera : c'est son ancienne manière : Nequaquam morte moriemini ^ : « Assurément vous ne mour- « rez pas , » disait-il à Eve. Consentir à ses suggestions , c'est plus tenter Dieu que si nous nous précipitions du haut du temple; car la pesanteur naturelle du corps ne nous pousse pas si naturellement vers la terre, que le péché dans l'enfer.
Enfin , quoique par le secours de la grâce nous
« nebr. n, 18, — ' Mallh. IV, 8. — ' Ibid. i. - < Ibid. 10. — ' Genei, lu, 4.
ayons vaincu notre ennemi , ne nous rassurons pas t car, malgré sa défaite, le démon reviendra bientôt nous attaquer. Après la triple victoire que Jésus- Christ eut remportée sur le tentateur, « il se retira « de lui pour un temps : » Recessitabillo usquead tempus '. Ce ne fut que pour un temps; et à plus forte raison n'abandonnera-t-il jamais le dessein de nous perdre. S'il diffère de nous tendre de nouveaux pièges, c'est pour mieux prendre son temps; c'est qu'il épie une occasion plus favorable : mais « il tourne sans cesse autour de nous pour nous dé- « vorer : » Circuit quxrens quem devoret' . Ne quittons donc jamais les armes de notre milice; mettons en œuvre toutes les ressources qui peuvent nous fortifier contre un ennemi si redoutable : pratiquons une sainte vigilance, une prière humble et persévérante, tous les exercices de la pénitence chrétienne ; et surtout gardons une retraite continuelle , qui nous sépare des objets dont le tentateur pourrait se servir pour nous dresser des pièges et nous séduire.