‹ Œuvres de BoufflersChapitre 37 sur 74 · MON RÊVE · texte numérisé non relu

MON RÊVE

AiB : Avec les jeux dans le village.

Jeune Iris, pourriez-vous bien croire?

(Ah! que n'est-ce la vérité?) Ce que tous deux dans Tombre noire Tour â tour nous avons été?

Morphée, en fermant ma paupière.

Fit de moi Tacier le plus doux ; D*aimant vous étiez une pierre, Et vous m'entraîniez après vous.

Ce dieu, par un doux stratagème, De cet aimant fit un écho ; J'étais couplet ; je disais : J*aime; Et vous me répétiez ce mot.

Par un caprice plus insigne, Il me rendit petit poisson ; A mes yeux vous parûtes ligne, Et je mordis à l'hameçon.

Le bon Morphée, à ma prière, M*ayant fait voyager par eau, Vous devîntes une rivière, Et je vous fis porter bateau.

Le froid prit; vous voilà de glace :

Pour tirer parti de ce tour.

Sur deux semelles je pris place, Et je patinais tout le jour.

Pour dernière métamorphose, Devenu nectar des plus doux, J'étais dans un vase de rose, Iris, et je coulais pour vous.

Une goutte sur vous s*altache« Vous étiez alors tout satin ; A mon réveil, j'ai vu la tache, Mais j'ai cherché l'étoffe en vain.

CORTREMOLi DE LA COMÉDIE FRANÇAISE.

Quel est ce gentil animal.

Qui, dans ces jours de carnaval, Tourne à Paris toutes les tètes, Et pour qui l'on donne des^fêtes?

Ce ne peut être que Molet * ' Ou le singe de Nicolet.

Vous eûtes, éternels badauds.

Vos pantins et vos ramponeaux :

•*• Mole se nommait MoUt de son nom de famille, et ce n'a été qu'afin d'éviter les quolibets qu'il a écrit Mole pour en changer la pronon* ciation.

Français, vous serez toujours dupe. Quel autre joujou vous occupe ?

Ce ne peut être que Molet Ou le singe de Nicolet.

De sa nature cependant, Cet animal est impudent :

Mais, dans ce siècle de licence, La fortune suit Tinsolence, Et court du logis de Molet Chez le singe de ^'icolet.

Il faut le voirsur les genoux De quelques belles aux yeux doux, Les charmer par sa gentillesse, Leur faire cent tours de souplessse :

Ce ne peut être que Molet Ou le singe de Micolet.

L'animal, un peu libertin, Tombe malade un beau matin :

Voilà tout Paris dans la peine, On crut voir la mort de Turenne ; Ce n'était pourtant que Molet Ou le singe de Nicolet.

La digne et sublime Clairon De la fille d*Âgamemnon A changé Turne en tirelire, Et, dans la pilié qu'elle inspire, Va partout quêtant pour Molet A la cour et chez Nicolet.

Généraux, catins, magistrats, Grands écrivains, pieux prélats.

Femmes de cour bien affligées, Vont tous lui porter des dragées :

Ce ne peut être que Molet Ou le singe de Nicolet.

Si la mort étendait son deuil Ou sur Voltaire ou sur Ghoiseul, Paris serait moins en alarmes, Et répandrait bien moins de larmes Que n*en ferait verser Molet Ou le singe de Nkolet.

Peuple, ami des colifichets, Qui porte toujours des hochets, Rends grftces à la Providence, Qui, pour amuser ton enfance, Te conserve aujourd'hui Molet Et le singe de Nicolet.

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