PREMIÈRE PARTIE
• Dieu seul, Chrétiens, est le Père des lumières ; et une créature ne peut être véritablement éclairée, qu'autant qu'elle s'approche de Dieu, et que Dieu se communique à elle. Tel fut aussi le gt^and principe de l'éminente sagesse qui parut dans la conduite de l'illustre et glorieuse •Geneviève. C'étoit une simple fille, il est vrai; mais, par un merveilleux effet de la grâce, cette simple fille trouva le moyen de s'unir à 'Dieu dès l'instant qu'elle fut capable de leconnottre, et Dieu irécipro^
POUA La FÈTË de sainte GENEVIÈVE. 95
quanentriprit plaisir à r^andre sur elle la plénitude de ses dons et de son esprit ; voilà ce qui a relevé sa simplicité , et ce qui lai a donné , d»ts ropinion même des hommes, cet ascendant admirable aa-dessQs detoote la prudence du siècle.
Il ialloit bien que Geneviève, tout ignorante et toute grossière qu'elle âoit d'ailleurs , eût de hautes idées de Dieu, puisque dès sa première jeunesse elle se dévoua à lui de la manière la plus parfaite. Ce fut péd ])oiiT elle de dépendre de Dieu comme sujette ; elle voulut lui appartieiùr comme épouse. Comprenant que celui qu'elte servoit étoit un pur esprit, pour contracter avec lui une sainte alliance, elle fit un divorce étejiiel avec la bhair ; sachant que par un amour spécial de la nrpnité, il s'étoît fait le fils d'une vierge, elle forma, pour le concevoir dans son cœur, le dessein de demeurer vierge; et pour l'être avec jius de mérite , elle voulut l'être par engagement , par vœu, par une profession solennelle : car elle étoit dès-lors instruite et bien persuadée de cette théologie de saint Paul , que quiconque se lie à Dieu devient un même esprit avec lui ; et elle n'ignoroit pas qu'une vierge dans le christianisme, je dis une vierge par choix et par état , est autant élevée au-dessus du reste des fidèles, qu'une épouse de Dieu l'est au-dessus des serviteurs, ou, pour m'exprimer encore comme l'ApÔtre, an-dessns des domestiques de Dieu. C'est dans ces sentiments que C^neviève voue à Dieu sa virginité , et qu'elle lui fait tout à la fois le sBcriBce de son corps et de son ame, ne voulant plus disposer de l'un ni de l'antre, même légitimement ; renonçunt avec joie à sa liberté dans one chose où elle trouve un souverain bonheur à n'avoir plus de liberté ; et ajoutant aux obligations communes de son baptême celle qoi devoit lui tenir lieu de second baptême , puisque , selon saint Cyprien, l'obligation des vierges est une espèce de sacrement qui met daoselles le comble de la perfection au sacrement decla foi.
Hais admii»nis, mes chers auditeurs, Tordre qu'elle observe en tout cela. Le Saint-fi^rit, dans les Proverbes, dit que la simplicité des Justes est la règle sûre et infaillible dont Dieu les a pourvus, pour les diriger dnns leurs entreprises et dans leurs actions. Ôr c'est ici que vogs allez voir l'accomplissement de ces paroles de l'Écriture : Ju«torum mnplicitas dirigetiUos {Prov,, 11). Geneviève formoit un dessein dont les suites étbient à craindre, non seulement pour tout le cours de sa vie, mais i^onr son salut ift si prédestination : que fait-elle f parcequ'elle est humble , elle rie s'en fie pas à elle-même ; et parcéqa elle est docile, elle évite cet écûeil dangereux du propre sens et de famour-propre, qui fait faire tous les jours aux sages du monde tant de fausses démarches , et qui détourne si souvent de la voie du ciel ccu'x qui croieîit la bien connoltre et y marcher. Pour ne pas s'engager même à Dieu par un autre mouvement que celui de Dieu , Geneviève consulte les oracles par qui Dieu s'explique ;'e|le traite avec les prélats de l'Ëglise , qui sont les interprètes de Dieq et de ses volon*
tes : deux grands ëvé(^ues qui vivoient alors» ^celai d'Auxerrç et celui de Troyes» passant par Nanterre, sa patrie et le lieu de sa demeure » elle va se jeter à leurs pieds, elle leur ouvre son cœur, elle écoute leurs avis; et parcequ'elle reconnoU que c'est Dieu qui l'appelle, elle s'oblige à suivre upe si sainte vocation : non seulement elle s'y oblige, mais elle accomplit fidèlement ce qu'elle a promis; et quelques années d'épp^ve écoulées, elle fait, entre les mains de Pévéqne de Chartres, ce qu'elle avoit déjà feit dans l'intérieur de son ame, je veux dire le sacré vœu d'une perpétuelle virginité; n'agissant que par. conseil, que par esprit d'obéissance, que par ce principe de soumission qui faisoit sou- ^ haiter à saint Bernard d'avoir cent pasteurs pour veiller sus lui , bien loin d'affecter , comme on l'affecte souvent dans le monde , de n'en avoir aucun : belle leçon, Chrétiens, qui nous apprend à chercher et à discerner les voies de Dieu , surtout quand il s'agit de' vocation et d'état, où fous les égarements ont des conséquences si terribles, et en quelque manière si irréparables pour le salut : instruction nécessaire pour notre siècle, où l'esprit de direction abonde, quoiqu'on même temps il soit si rare ; où tant de gens s'ingèrent d'en donner des règles, et où si peu de personnes les veulent recevoir ; où chacun a le talent de gouverner et de conduire, et où l'on en voit si peu qui aient le talent de se soumettre et d'obéir : mais exemple plus important encore de cet attachement inviolable que nous devons avoir à la conduite de l'Eglise, hors de laquelle, comme disoi t saint Jérôme, nos vertus mômes ne sont plus des vertus, la virginité n'est qu'un fantôme, le zèle qu'une illusion, et tou^^ qiie nou$ faisons pour Dieu se trouve perdu et dissipé.
L'élément des vierges et des âmes dévouées à Jésus-Christ en qualité de ses épouses, c'est la retraite et la séparation du monde. Aussi est-ce le parti que Geneviève choisit ; car d'aimer à voir le monde et à en être vu , et prétendre cependant pouvoir répondre ^ Dieu deisoimeme ; vouloir être de l'intrigue , entrer dans les divertissements , avoir part aux belles conversations ; et, quelque idée de piété que Ton se propose , se réserver toujours le droit d'un certain commerce avec le monde ; en user, dis-je, de la.sorte, et croire alors pouvoir-garder ce trésor que nous portons dans nos corps comme dans des vases'de terre , j'entends le trésor d'une pureté sans tache, c'est ce que la prudence du siècle a de tout temps orépmé de faire , mais c'est ce que la simplicité de Geneviève , plus clSrvoyanle et plus pénétrante , traita d'espérance chimérique , et ce qiii ne lui parut pas- possible. Dès le momeiit quelle fit son vœu , elle se couvrit du saint voile qui distinguoit ces prédestinées et ces éluçs que saint Gyprien appelle la plus noble portion dii troupeau de Jésus-Christ. 11 ne lui fallut point de prédicateur pour renoncer à tous ces vains ornements qui corrompent Tinnocence des filles du siècle, et qui servent d'amorce à la cupidité et à la paèsion. Sans étude et sans lecture, elle connut qu'elle devoit
faire le sacrifice de toates les granités humaines. Une oroix apportée àudel par le miaistère d'un ange , et qui lui fut présentée par saint Gentt^ÎDyJui tiqt lieu désormais de tout ce que Tenvie de paroitre loi eût fait ambjiionoer, si c*eùt été une fille mondaine; et la inauière siisipledont elMraitoit avec Dieu, sans disputer ses droits contre lui, et sans raisonner inutilement sur la rigueur du précepte , lui fit prendre des décisions plus exactes que celles de la théologie la plus séirère. Or si nous agissions, Chrétiens, dans le même esprit, c'est sÔBsi que nous ferions voir en nous les fruits d'une sincère et véritable réformation de mœurs : car si les prédicateurs de l'Évangile gagnent àpeui TOUS remontrer ces vérités importantes; si ^malgré tous km discours, vous demeurez encore aussi ailachés à je ne sais combien d'amusements et de bagatelles du monde corrompu ; si , par exemple^ on peut dire,, à la honte de notre religion, que les diames chrétioines sont maintenant plus païennes que les païennes mêmes en ce qui regarde Tinmiodestie et l^luxe de leurs habits ; si la licence et le désor(]&e sur miik autres points croissent tous les jours , ce n'est , mes chers auditeurs , que parceque nous voulons nous persuader qu'il y a là-dessus un devcwr du ndonde qui nous' autorise ; ce n'est que parceque nous nous flattons de savoir bien accorder des choses que tous les Saints ont jugées incompatibles , e# sauver l'essentiel du christianisme au milieu de tout ce qui le*détruit ; enfin , ce n'est que parceque nous devenons ingénieux à nous aveugler nous-mêmes, et qu'au Ueu de nous étudier à cette bienheureuse simplicité , qui fut toute la science de Geneviève, nous opposons à l'esprit de Dieu les fausses maximes d'un esprit mondain qui nous perd.
Que fait jde plus cette sainte fille? apprenez-le. Pour conserver le mérite de sa virginité, elle s'engage, par état, et par jirofessiondevie, aux emplois.les plus bas de la charité et de l'humilité : car d'être vierjge et d'être superbe , elle sait que c'est un monstre aux yeux de Dieu ; eWesait, sans que jaint Augustin le lui ait appris, qu'autant qu'une Tiergêhumble est préférable, selon* l'Évangile, à une femme honnête dims le nariage, autant une femme humble dans le mariage méritet-elfe la préférence . sur une vierge orgueilleuse. C'est pour cela qu'elle s'humilie^ et que, par un rare exemple de sagesse , elle se réduit à la condition de servante; c'est pour cela qu'elle s'attache à une maîtresse fâcheuse, dont elle supporte les mauvais traitements, et à qai eiie obéit avec une patience et une douceur digne de l'admiration des anges; et c'est par-lù même aussi qu'elle évite le reproche que saint Augustin faisoit à une vierge chrétienne : Oluvirgo Dei, nubere noluisti, quod licebat; ci extoliis le, quod non licet (Aug.) : 0 ame insénsée! que faites-vous? Vous n*avez pas voulu vous allier ù un époux de la terre, ce que la loi de Dieu vous permettoit; et vous vous élevez par une fausse et vaine gloire, ce que la loi ne vous permet pas. , Hais pourquoi Geneviève ajoute-t-elle à ses exercices d'humilité une
98 POUR LA FÊtE DE SAINTE GENEVIÈVE.
si grande austérité de vie? pourquoi se coudamne-t-elle à des jeûnes si coniinuels, et fait-eHe de son corps une victime de pénitence? Cetoit une sainte en qui le péché n'avoit jamais régné ; c'éiiit une ame pure en qui la $<*ace du baptême s'étoit maintenue^: pourquoi donc se traitef si Hgobrëâsettient elle-mëthé ? Afa ! Chrétiens , c'est un Ihy^tèt^e t[ùe ta (Prudente de la chair ignore, mai§ qu'il plut encore à Dfen de révëti^r à ta simplicité iè Geneviève. Ette étoh vierge; mais ateàvdit4i5raerV*p%a^ginîrédh phïs cotrtagîelix de lôUS ïèsmaux, tltil est h liidll^^è dëè setii. Elle Stoh ^ible; thaië en^avôU un corps iatnrëlléîfleïjft t(tcps de péché, doîit elle dètôit feirè, comme dît àaint Piltil, uHfe bii^tie vH^dfMë. Elle UltAi socrttiise à Di^ ; ffiafs elle avoît Tthè cteifr fëbftlfé qu'A MliAi doînijter et assajetitf à res^nrit. Voîlà ce 1^ Mi fitoiMfër qu'lille é!bitihiidcetftd, pott^ èitibrasser Isuviô d'une pëiifUiëiJtë. I:ë mmifie he* rai^tfnis pa^àifisi; mais jts vou^ l'ai dit, la ^tstti&é sagesse fie GWéVlèVe esiâe i*aîsoàner tôtit autréftieot qoe le ttdildë. Lfe ftiondè , quoicftoè crîfhinël , pfétertd âvoh» droH de vivre dâfts les délîCéls ; et Gtnfevi6Ve, qudiqufe juste , ^ê feît imë loi de vivre d^^ la jpitiirqûë de 1d ïnortifil^tlon. ExcéHefffô pratique , par où elle se dispose aux communication^ les pltis sdblimes qu'une créature ait \ peut-être jamais eues avec Dieu. Nousavons peine à le comprendre ,
^^ inaîs c'est la merveille*de lajjrace : une fifte éàM instruction et sans
lëtb*es, telle qu'v^tbit Gc^évieVé, paNe néanmoins de Dieu comuie un ange du cléi. fille lié sâft rièh ; et. fonction qu'elle a reçue d'en fiaut loi en^ëi^^ë lotîtes 'dibses. Ëlfé demeure sur ta terre et dans ce lieu tfexîl; niais toute sa cbttvérsaHon èist parmi Tesliieiilîeareuxet dans le séjour de la glttîTfe. ïâtlHis cjue les dbbtîes^ëtivent à p^itie s'occuper une hèurettans rôràJsori, effe y passte les Jours et 1^ nuitstlia vue de soïi troupeau , l'aspect des éaiolpagnes , tout ce qui sfe présente à elle lui fait connottre vM et l'élève à Dieu : c'est une flënr champêtre, que la main deshomihes a peu cultivée ; mais qui, exposée atix rayons du soleil de jh^iôe , leh tfre but jp^t éclat )dthit btiUetrt les iûsj^es, et iôùte cfeit^ boûrfe ôdéur tie JéSus-Christ doht paHe saint Paul. Tant d'explications, d'e léçôAs,.de discours , de livrés , lîe %èl^véhf souvent hu'à nôVis confondre. Geneviève, «ans tous ces rebours , décotivre ce qu'il y a dans Dïeû de i)lus profond et We plus tâtehé»: potarqiibî ?parceque noite î)ieu, dit Salbmonisè |ilàît1i ptvlct aux simples : lEt cum simplidbus serfnodnaûo ejiiis (Prov., 3). Delà ces^ltasres qui la ra- ^vissent hors d'elle-même, et ées visions cëléstôs dont elle e^ éclairée; ce sont des mystères impénétrables poùt' tious, et des secrets qu*îl ne tui^tôU pas plus permis qu'à l* Apôtre de noastévèler : Areaiha verba (fiié'Mn licet h(fiiini lôcfui ^. Cor., ^1ï);Gracersingulîèresèl lïLVeurs divims d'autant moin^ sùsj!)ectes, iqcte jainais elles ne produisirent dans cette ame solidement humMe ni esprîtd'orpguea et'de isùffisance, ni esprit de censure et d'ime réforme outrée ,. ni esprit de singularité Vt de âiiititiçtion, m^is miodestie et réserve, mais soumission Bt Obéi««
POUR Ut FÊTE DE SAINTE GEIHEVIËYE^ Se
sanoe, mais charité et douceur, mais discrétion la plus parfaite et pra«
dence la plus consommée. De là ce don de discerner les esprits, de dé*
m&îT Tillusion et la è'érité, les voies dcitournées et les voies droites »
les fausses inspirations de l'ange de ténèbres et la vraie lumière de
Diea*; en, sorte que de toutes parts on accourt à elle, (qu'elle ostcoiif
sBhée coaune rdraclê, et que les maîtres Mm^s plus paires- ne jrM*
gifisent foi§i d'aire ses disciples , de recevoir ^ comeil# «I db Ut»
smvre» De la ceita confiance avec laqi^le f^ lui 4çwb la oovdoiia»
da\ierge$ et kk^^ des ve,uviis , pour les préservais dea.pi^gifs Jn
monde, pour hSaïc inspirer TaruQur de 1^ retraite, pour las fion^ma» wx
eurckes de J^ piété chrétienne, pour tes instruire de tous iefira é^
Yoirs, et pour les leur faire pratiquer. Saillie fioA^ w 9iW lui mimu\
préside, parceqiae c'e$t, si j'ose ^r\sc de la 9oriQ, Téocj^de la ain)^ii-
oitéévangéliqM^*
Mais, Chrétiens, qu'oppose le monde à cette siiQpiiciité tant rtiXHH^ mandée dams rÉcriture, e;t maiDi^soipt ^ piiu conqijie dans le chrislii^ ms]|ie?Une£»uss@sa^&^qjue Dieii r^iippoMve. Qo vaut raffiner sur tout, et jusque sur la dévotion.: on. se dégoàip de pes ao^ieiiDie^ pra* tiqii^, autrefois si vénérables parmi nos pè^es, et de pos jpui^u^gfirdées par des esptits pr^i^^oçaptu^x el C6fi)pji^ d'eux^mèm^s, oonciaifi de f rivées amusements : an ve^^d• J^ouvejf^ routes pour aller à Diexugfie nouveEes xm^b'odes pour s'eptre^^nif^vec Uieu, de niNiveUeB prières jgmr célébrée les grai^eurs 4p Di^ s on veut qu'une pcétendue raii|iBoit la règle de toute notre perfectiqn ; et tout ce qui peut en qu6iq||^ naanièra se Ressentir de cette cafideur et de cefte pieuse innocence, par oii> tant d'ameà avant pous se sont élevées et distùi** guéesypnle met au r^ng des sup^stition^ popubai^s, etii^n le rcfille avec mépris. Toutefois, ipes ct»àr^ aii^teursji comment le Sage noua apprend-il à chercher Di^p ? dansJa ^piifîité de Qotre cœur ; /n «bu* pitciiore cordts qtUBrite iUum (Sap,^ 1 ) : de quoi. Job est-il loué par YEsprit aéf^ de Dieu? d^ sa sijsiplicité ; JEl erat vir iUe êimplex et reC'tm (loB, l) : par quel moyen Daniel mérita* t-il la protection de Dieu? par sa sîmd^ité; Damel in simplicitatesuà tiberalus est (i. AToc^., Sij* Je sais ce qui le monde en :pen^ ; q^e c*i^st A^ne ^riii toute cpoiuraine à ses maximes , qu il en fait le sujet ordinçiire de^es<r^.eri^; JoiM malgré tout ce qu'en pense le monde, malgré .tout joe qu il >en 4ià et ce qu'il en dira , il n^e suffit , mon Dieu , de s^oir, comme votre Prophète , que vou^ aimez celte Inenheureu^e siiripliciië < Sdù quod simpUcitalem diligas ( Para/. , s^9 ); i^ceât a996ez{>eur4Uoiq«é vous éh connoissiez. Ip pi jx : Sciai Deus «^i»/?/iciM«^ a^lioiii (Job, ÂI^.
Voilà, mes Frères, ce qui doit nous aGferi^ir 4^88 ledffok che* min de la justice chrétienne, et ce q^' ip^us y*iiaiit "Êiim msuda» avec assurance, te monde pariera, le moiule;ri4r|^; ^ ia^^i mfim viendront nous drre de qi/e la femm^ de J^dis^ à S0s éfMMHt't AdkUc pérmanes in simpikime (ua< Ibid«, 2) .:(EIi>qtim! v«flis veoia
100 POUR. LA FÊTE DE SAINTE GEl^ËVIÈVE.
arrêtez à 'ces bagatellos? vous vous laissez allerà" ces scropuleis, et dans un siècle comme celui-ci, vous prenez garde à si peu de chose? quelle simplicité et quelle folie! On* nous le dira; mais nous répondrons : Oui, dans un siècle si dépravé, je m'attacherai à mon devoir , j'irai tète, levée , et je ferai gloire de i^ simplicité ; j'y vivrai et j'y mourrai daiistettesimpliciléde la foi, dans cette simplicité de Fespérance^ dans cette simplicité de la charité de Diiu et delà charité du prochain , dans cette simplicité lî'une conduite équitable , hîimble, modeste, désintéressée, sans détours , san$ai||||fices, sans iatrigues. Par4à j'engagerai Dieu à me conduire lui-même ; et, avec un tel guide, je ne craindrai point de m'égarer : Qui ambtdat simpliciter^ ambuUu confidenter(Prov.^ 16).
Youlez-vous en effet, Chrétiens, que Dieu répande sur vous ses lumières avec la même abondance qu'il les répandit sur Geneviève ? voici pour cela quatre règles que je vous propose , et que me fournit l'exemple àe tette sainte vierge. Première règle : suivre le conseil de ceux que Dieu a établis dans son Église pour être les pasteurs de vos âmes , et pour vous diriger dans les voies du salut ; ne rien entreprendre d'important, et où Votre conscience se trouve en quelque péril, sans les consulter ; aller à eux comme à la source <jfes grâces , et les écouter comme Dieu même, leur ouvrir votre cœur, et leur^^poser simplement et avec confiance vos sentiments, vordesirs , vos béfaes et vos mauvaises dispositions : prendre4à-dessu$ leurs aviK*€it, quelques vues contraires qui vous puissent survenir à respriH, les tenir pour suspectes et les déposer, si ce n'est que vous eussiez-4'dflleurs une évidence absolue de Terreur où l'on vous conduit et de l'égarément où l'on vous jette : suivant une telle maxime, et la suivant de bonne foi, vous agirez sûrement; car Dieu est fidèle , dit l'Apdtre ; et puisqu'il vous envoie à ses ministres, il est alors engagé par sa providence à les éclairer eux-mêmes, à leur inspirer ce qui vous convient , et à leur mettre pour vous dans fe bouche des paroles dH|e. Je vais plus loin, et, pour votre consolatiQn , j'ose dire que si quelquefois ils. se trompoient, ou Dieu feroit un miracle pour suppléer |ieur défaut et pour vous redresser , ou que jamais il ne vous împuteroit une illusion dont vous n'avez pas été l'auteur, et dont vous n'avez pu moralement vous préserver. ' ■.
Seconde règle : fiiir le monde et ce que w>us savez être , dans le commerce du monde, ou pernicieux, du seulement même dangereux. Je ne prétends pas que tous doivent se renfermer dans le cloîtrg, et se cacher dans hr'solitude : Dieu dans le monde a ses serviteurs sur qui il fait reposer sob esprit, à qui il fait entendre sa voix, et qu'il comble ites trésors de sa miséricorde; mais pour goûter ces divines communications, il faut qu'ils soient au milieu du monde sans être du monde; c'est'^'dire, il faut qu'ils vivent séparés aii moins d'un certain monde, d'un monde ôorrompo où le libertinage règne, d'un monde médisant
POUR Lk FÊTE DE SAINTE GENEVIÈVE. 101
où le prochain est attaqué , d'un moade volage où l'esprit se dissipe, oùumte i*onction de la piété se dessèche, où l'on ne peut éviter mifle scandales, légers; il est vrai, mais dont fi conscience est toujours blessée : il fiaiU que , se réduisant à la simplicité d'une vie retirée, s'éloigoant du tumulte et du bruit, renonçant aux vanités et aux pompes humaines, uniquement attentifs i écouter Dieu, ils lui préparent ainsi el leurs esprits et leurs cœurs. Telle fut la prudence de Geneviève , deœue fille si simple selon le monde, mais, selon Dieu, si sage et Si bieu instruite des mystères de la grâce et des dispositions qu'eUe demande.
Troisième règle : s'adonner à. là pratique des bonnes peuvfes, et surtout des œuvres de charité et d^humilité, en faire toute sq{;i étude, et y borner toute sa science : ^t, pendant que les esprits curipax s'arrêtent à raisonner sur les secrets de la prédestination divinè^4)endunt qu'ils en disputent avec chaleur et qu'ils entrent sans cesse la^essus en de longues' et d'éternelles contestations , s'en tenir siinplem^ ^ mais solidement, à cette courte décision du prince des apôt^': Quapropter , Fratres , niagis satagite 9 utperbona opéra certam vestram elecûonenif admis (2. Petr., 1). Point tant de discours, mes Frères, point tant de controverses et de subtilités : vous ayez la loi, pratiquezla ; yous avez tous vos devoirs marqués, observez-les; vous avez parmi yoas des pauvres et des malades, prenez soin de les assister : soyez charitables, soyez humbles , soyez soumis, soyez patients, vigilants^, fervents^ C'est là tout ce qu'il vous importe de savoir, et dès que vous le saurez bien, vous en saurez plus que né peuvent vous en apprendre, dans leurs questions curién^s et souvent peu utiles, tous les philosophes et les théologiens : pourquoi? non seulement parceque c'est en cela qu'est renfermée toute la science du salut, mais parceque Dieu, qui se découvre aux âmes fidèles et humbles, se fera lui-même sur tout le reste votre maître, et vous donnera des connoissances où la flos sublinae théotpgie ne peut atteindre.
Quatrièipe et dernière règle : ajouter à la pratique des bonnes œuvres i'austérité dé la pénitence ; et comme votre vie, mes chers auditeurs, est déjà par elle-même une pénitence continuelle, puisqu'elle est remplie de souffrances, les prendre, ces peines et ces afflietions de la vie, avec un esprit chrétien, avec un esprit soumis, en un mot, avec un esprit pénitent. Voilà par où vous purifierez votre cœur, en vous acquiitaxit devant Dieu de toutes vos dettes : et où Dieu fait-il pluâ volontiers sa demeure, que dans les cœurs purs? Ainsi, quelque dépourvus que vous puissiez être de toute autre lumière, la lumière de Dieu vous conduira, vous touchera, vous élèvera. Il ne lui faudra point de-dispositions naturelles; il ne sera point nécessaire que vous soyez de ces grands génies que le monde admire , et à <{ui le monde donne un si vain encens. Sans cette doctrine qui enfle ; sans être capables ,
ji^ la supériorité de vos vues ou la profondeur de vos raisonnements,
102 POUft tk FÊTE DE SAINTE GENEVIÈVE.
âJ^ pénélrer le6 sècréis de la fiâtnre'les plus Cachés, d*éclaîpcir leti qu^iïc/ns deTéicole lés plhs ^ineû,seà èl les|^(ii& obscures, de former de tiaijtes çntrpprîses et die çoij vei iner' les étaits^ vous serez capables , daiis la flèrveiir delà pt-iêré, de Recevoir lés dons de Dieu,* et d'avoir 'avçc lui le commerce le plus sacré, le plus étroit, le plus sensible , le plds touchant. Vous l'aviez Vu daîj^s l'exemple de votre illustre pafjfohne. MÀis si fâ simplicité «de Geneviève a été plus éclairî^e que toute k sagCv^îse^du monde, je puis dire encore que sa foiblesse ^ <Sté plus forte que toute la puissance du monde : c^est la seconde partie.
Jt 1*iî dît d'aboM , Chrëtièti^ , et ié dois ïcî lé redire : c'est le propre dé ï>iëà, de se servir dln&triinîents foibles, et souvent même des plîis foîbles, pôtir îespïus grands ouvrage? de sa puissance ; et quand <!Msîodore veui ïair'e l'éloge de cette vertu souveraine et sans bornes que noB$ VeconnoissoDS en Dieu, et qui est un de ses preipiei's attributs , jl ne croit jpas en pouvoir donner uiie plus haute idée, aué de s'écWer, en s^âdressanît a Jésus-Christ :0 Seigneur! qui peut douter que vous ne soyez un bleu , et un Dieu tout puissant , puisque dans votre Sainte humanît^ , et ensuite dans la personne de vos serviteurs , Vous avez rendu les foiblessés et les 'misères mêmes (butes puissantes? 0 verè ommpotens, àu% ipsas mîserîas fecisti potentefi (Cas$iod.)! Aussi est-ce pour cela que Dieu tant de fois a fait des coups extraordinaires, â opéré deà miracles, a triomphé de ses ennemis, non par sa main, mais par là main d'une fémmç. ÉsL-îl question (de dompte^ î'orçueil tfu)j liôloferné ; il suscite une Judith. Faut-il dëfaVe des armées nombreuses, et tes ifriëttrià^n fiiite; 11 y emploie une tiébora, Vèut-il sauver ïôùt son peuplé, dont on à conjuré laVuîne; il ne Itiî faut qu'une Esihér. Mais voici, Clyétiens, quélaùè chQsVde dîùs surprenant, etqifi marque mieux la force de notreÔieH;*car,a{^és tout^ ces ïeiimes gonï nous par ^^^ l'Ecriture, et dont les faits héroïques orit été si hautement ïoûéç parlé Saint-Èsprit, c*étoïent de^ femmes distinguées, ^es princesses même et dès reines, des sujet^recom\nandables selon le tnbndê : îudfth po^ssêdo][t de grands biens, . Débora jugeoit le peuple avec une autorité sùr/réaje^ E'sther se trôuvojt a$sise sur le trône. Or, ^ dans ces con(|itiohs eminentés, une femme, toute foiblé qu'elle est, ne îaisse pas, sans i^ÏKaclè, de pouvoir l)eàucoup, et d'être capable d'entrepreridpe dés'cpôses importantes. Mais qu'uiaê bergère, telle qu*ë- Vou Geneviève, pauvre, dénuée dé lo^ut, sans nom, sans crédit, sans hppui, demeuriajfit dans son état vil et méprisable, i^emplisse le monde du bf'uit de ses merveilles, exerce un empire absolu sur les corps et sur les esprits, cfispose; pour ainsi dire , à son gré des puissances du ciel, commande aux puissances de la terre, fasse trembler leç puissances de l'eul^, dèvieûiie la proiéfclrîce des villes et des royaumes.
POUR LA FÊT£ DE MAINTE GENEVIÈVS. 10}
A! Qirét'ogs, c'Qst un des mystère^qoe saint Paul a vonla nous faire connoître* lorsqu'il a dit : Infirma mundi elegit Dem, ut confuwlM /or(ia. ^t j(|ipais cette pargle de rA|>dtre «*est-^le accomplife si visiblemsA et SI ^^e|)ij4i|e(ae)it qi^e 4wk I§t pers^Dn» 4ê <^^l{e bteptu»?
C^qy'^tr^qi^lfl vi^de^^i^yièv^, ^Wmw^ attire d^iNrQclige##l
i^o^et Y ^-Ml iRiU^i^ i^ ppîpi^f «1 si ji^AUTiible qui |i'#iiCQdy»4 Ve^SIQ^ d^ s» 9ri^#? f); (;p 4qb dg^ £¥érJ9^m> (^ je jmtiM 4^^ Cent)}» 9^qj^ P^if #19 fiAe desgrj^ces pQQ^m.omi fi (Hviii^HrflB dWM la pfimù»^ ts^ W^VA ^^ qui ^-l»vl P^« «yj^ Pb» d'i^q^yt ? je i jurle j^ 4e pe^ gHéfîsoqil SmH^^* D^UCjyliÀres, fai|#s à b yi»e il'i
<PHJouri$ fiyojr dyoii,4f^s%^ir/^fèfk^^; «^Uji^iml^da.cesifttéri»
t*OQ( pu conji^ter^ ǧ ^ir^e dp» ^4^0tt « dopt j'JÉ^Ii^ jde pans cop^firve dM glQnua)^y)^ si c^rjtaiiïsj ç^Qt .o^^resilussi îiyx>iite8Ul|^ qua qilyi-làyi}ti't( o^ s/^roit ^sé^e produire, m^is dont je n'ai gande derim^ uj|^ifî(f9i^ W^ 4QÎt ^ryjf à vo.gre^(îcaiiop,«e4[ipii8iBar* «{V'Çii^-ill p^s de Jîi Wi^QJ^re la plus ^u^bî^ quai pouvoir jG^gneiûève allait i*Çlli^ 4# Q^ P^ur tou^œs effj^ de gr.ace et de j)onté qui sont lifUi-^^m d^ J^ /^M^j? ? Si son coips après sa morl q'a pas fïrophéti^ ocMwne /celui içl'JSIjiey ne sçm)>l(e-t*il p;^§,q^*il.^it encore îaît plus? n'ea est-ù fi^ &f>rû iqj^ Ipis mqi^ v^tu se^mblable i qeUe ^i sortoit dm Jésm-Çi^'i^t 10^)09/9» dji^^i 4»^ pous rappr.end rÉvaugile? n*est4i pas jusque dans le tombeau une source ,de yie4)0ur tous qbux qui ont re^ fiCM/o^ ^ celje jH#i^ti£^ reUque; et j^/9«()rits lei» moins dis(>osës à en convenir, qçnv^jacus p^ l^ur propre ei;périervpe , ne l^i ont-ils pas rend9 fjoe foff^fi^ ? téfaoip cette mif>f^ de graqes, «n forage d*.élog0, q^'l^r^i09i# C^|M>S9) «Il où ildécjl^ra sib^^ ajtri^Pi^asi^Llibératrioe^ ift^i/ii ne vivoit que par Je bienfait de «on iatercessiAnij.
fin* Y a 4V9 pour eUe-vaénie , Cbr^ijens, que Geneviève n'usa ja* • mais de œ doa des miracles, qw fut un (jie ces pLNis t>eaux privilèges , ayant passé toute sa vi^dan§ de$ iofi.r(ai|:és coi^ji^udles, et voulaut en cela se confori^r aji S&uveur 4^^ lio^imes ., ^ .qtfi l'oa i^epcoehoit d'avoir saunz^ le^ autres et de m s!éf»r^ pas saufté iniomâne. Mais Ja P9itience î»v>ncible q^ii'eileAt parxi|itr^^d|ios.to^Jes.if)|uixdont elleiat accablée, lajoje (j^teVI^£e<s^(ûtC9«iJt4ée^s(»^^ viguaitr
der€spr4|t (^h d^as m carp^iq^ioift, immm^m ém ^toutenlnepreadre at de 4out ex,éQM(ei* i A*^t9k-i^ pis ji i'iégard d'dUe-méoie «a plus gr^ fii racle queio^t^ce qii'elle /opéeott de pkis marxeitUnK en faveur d^ aiitrf^.? fit o^t^ vertu de Diefi deai elle éoit i-javé- Uife 9 lieirouvQÎt-elle pas de iquoi oelaier ^lOa, aelonie bannie de aaîf t Paul, de q^QÎ ^eperfectioanerdavanlage dans aae santé languissante,
104 POm LA FÊTE DE SAINTE GENEVIÈVE.
que dân; un corps robuste? Nam virttis in infirmitate perficUur i( 2* Cor., 12):
- A ce don de guérir les corps , ajoutez un autre don mille fois plus excelient, c'est celui de guérir les âmes» Ainsi l'avoit prédit le f^rand évéqne d'Auxerre, saint Germain , en disant de Geneviève qu'elle seroit on jour la cause du salut de plusieurs; prédiction vérifiée par l'événement» Combien de pécheurs a-t-elle retirés de leurs voies corrompues, et remis dans les voies de Dieu ? Combien de païens et d'idolâtres a-t-elIe éclairés dans un temps où les ténëbrestle l'infidélité étoient répandues sur la terre ; et quels fruits ne produisit point son zèle dans ce royaume maintenant très chrétien, maisoii Perreurdominoit alors, et étoit placée jusque sur le trône? Qui sait combien d'affligés elle coDsoloit, combien de misérables bile soutenoit , combien d'ignorants elle instruisoit dans ces saintes et fréquentes visités , où tour à tour elle parcouroit les prisons, les hôpitaux, les cabanes des pauvres, faisant partout sentir les salutaires effets de sa charité? Et , sans m'engager dans un détail infini , qui peut dire combien de cœurs, depuis tant de siècles , ont été touchés , pénétrés , gagnés à Dieu, et le sont tous les jours, par la puissante vertu de ses cendres que nous avons conservées, et que nous conserverons comme un des plus riches dépôts? Vous le savez, Seigneur, vous en avez été témoin, et vous l'êtes sans cesse; vous savez, dis-je, de quelle onction on est rempli à la vue de ce tombeau, dont vous avez fait notre espérance et botre asile ; vous savez quelles lumières on y reçoit , et quels sentiments on en remporte. Daignez, ô mon Dieu, ne tarir jamais cette source féconde de toutes les bénédictions célestes.
Voilà donc, Chrétiens, le miracle que nous ne pouvons assez admirer, et que je vous ai d'abord proposé: Geneviève, assez forte dans sa foiblesse pour fléchir les puissances mêmes 'du ciel, pour humilier les plus fières puissances de la terre, pour confondre toutes les puissances de l'enfrr. Prenez garde : je dis, plbur fléchir les puissances mêmes du ciel, apaisnnt, en faveur des hommes, la colère de Dieu, détournant ses fléaux, et l'engageant à suspendre ses foudres prêtes à tomber sur nos têtes; nous obtenant, après tant de désordres, un pardon que nous n'eussions pas osé demander par nous-mêmes, et dont i'énormité de nos crimes nous fendoit indignes* nous ouvrant tous les trésors de la divine miséricorde, et la fbrçai^t , en quelque sorte, à nous combler de ses richesses. Je dis, pour humilier les plus fières puissances de la terre : le fameux et barbare. Attila eu fut un exemple mémorable; ce prince^ accoutumé au sang et au carnage, marchoit à la tête de la plus noml)r«dse armée; déjà l'Allemagne avoit éprouvé les tristes eff^ de sa fureur; déjà notre France étoit inondée de ce torrent iDapétueux, qui répandoit partout devant soi la terreur, et portoit le ravage et la désolation. Que lui opposer, et par où conjurer cette affreuse tempête dont tant de provinces étoient menacées?
POUR LA FÎlTE DE SAINTE GENEVIÈVE. 105
Sera-ce par les supplications et les rcmoatrances des plus grands hoounes, qui, tour à tour, font sans cesse de nouvelles tentatives auprès de ce redoutable conquérant pour le gagner? Mais, enflé de ses succès, il n'en devient que pins audacieux et plus intraif able. Sera-ce parles menaces et par les promesses? Mais ses forces, jusque là in- Yincibles, le mettent en état de ne rien craindre ; et les plus belles promesses ne répondent point encore à son attente, et ne peuvent contenter son insatiable ambition. Sera-ce par la multitude et la valeur des combattants? Mais tout plie en sa présence, et sur son passage il ne troQTe nul obstacle qui l'arrête. Ali ! Chrétien^, l'Jieure néanmoins âpprode où ce cruel tyran doit être abattu, et toutes ses forces détruites; ce tison fumant, pour user de cette expression d*Isaîe, sera ëteÎDt : et conunent? C'est asâez pour cela de quelques larmes qui couleront des yeux de Geneviève, et qu'elle versera au pied de Faute/. Oui, ces larmes sufBsenif: l'ennemi se trouble, une subite frayeur le saisit, cette formidable armée est en déroute, et Forage, comme une famée, se dissipe. Enfin, je dis, pour confondre toutes les puissances de l'enfer : avec quel empire a-t-elle commandé aux démons mêmes , avec quet respect ces esprits de ténèbres ont-ils écouté sa voix, et lui OQl-ils obéi? avec quelle tibhte ont-ils vu leur domination renversée, et sont-ils sortis des corps, au premier ordre qu'ifs en ont reçu? C'est de quoi nous avons les preuves certaines, et ce qui me lait reprendre avec le Docteur des nations : Infirma mundi elegit Deus, ut confundat
C'est pour cela même aussi, mes cliers auditeurs, vous le savez, que Usage piété de nos pères n'a pas cru. pouvoir njieux fléfendre et conserver cette ville capitale où nous vivons, qu*en la confiant aux soins et la mettant sous la protection de la toute puissante et glorieuse Geneviève : ceci vous regarde, et demande Une réflexion pariiculière. Dès le temps que la monarchie française prît naissance. Dieu lui désigna cette protectrice. Parit devint dans la suite des siècles nne des plus nobles et des plus superbes villes du monde ; et s'il s'est maintenu iusqai présent dans celte splendeur? si, maigre les vicissitudes continuelles des choses humaines, il & subsisté et subsiste encore, si mille fois il n'a pas péri ou par le feu, ou par le fer, ou par la famine, ou par la contagion, ou par la sécheresse, ou par l'inondation des eaux, igno* rez-vous que c'est à sa bienheureuse patronne qu*il en est Redevable? Après les secours qu'il en a reçus dans les plus pressantes nécessités , après qu*elle l'a si. sou vent préservé et des fureurs de la guerre, et de l'ardeur des flammes, el des injures d-3 l'air, et de la stérilité des campagnes, et du (l^bordement des fleuves, les païens auroîent érigé Geneviève en divinité ; mais vous, mes Frères, hiîeux instruits, vous vous contentez, et devez en effet vous contenter de la reconnoître pour votre bienfoitrice, de l'honorer et de l'invoquer comme votre avocate auprès du seul Dieu que vous adpre?, Protection visible dont nous
106 POUR lA FÈTË DE, SAJMTË $£1S£VIËVË,
avons ea et dont nous avons tous les jours les plus éclatants térnoi'* gnages ; protection visible^ et non moins efficace en mille rencontres sur la personne de nos rois, et sur tout le corps de Tétat ; protection (le dirai-je, ines chers auditeurs, mais n'est-il pas vrai?)* protection d'autant plus nécessaire, quel^iniquité du siècle est plus abond^te^ et doit plus irriter le ciel contrç nous^
Car qu'est-ce que cette yiWe si nombreuse/ et quel spectacle présenterois-jeà vos yeux, si je vous ^a/j^oisyoir toutes les abominations? Qu'est-ce , dis-je , que Pari^ ? un moq^trueui; assemblage ^e tous 1<q$ vices, qui croissent, qui se multiplient, qiii infectent et l^s petits et les grands^ et les pâuA^es et lés riches; qui profapçpl; même ce qu'il y a de plu$ sacré, et qui s'établissent jusque dans Içi noaison de Dieu. I^e tirons point le voile qui couv/re.en partie ces horreurs ; nous n'en connoissons déjà que trop : orqueseroit-çedonc, siiioiis n'avions pas une médiatrice pour prendre nos intérêts auprès de Dieu, et pour arrêter ses coups ?*&fai^ après toiit, ^es Fxère^, Pieii ne se lasser^-t-il point? la mesure de nos crimes ne se remplira-t-elle point, et ne pourra-t-il pas arriver que ce secours de Geneviève cesse enfin pour nous? Quand les Israélites eurent oublié le Seigneur, jnsques à faire des stcrifices à un veau d'^or, pendaiu que Mojse étpit sur Ja montagne et prioit pour eux, rJËcril.ure noi|S apprend que Dieu enISt un reproche à cç législaieur. Va, Môise, lui dit-il, descends de la montagne, et lu verras le désordre dé ion f^yple; car c'est ton peuplée» et non plus le çwen tYode j descende, peccavit populus tuus (£a:o(i.,32). €e n'est plus moj^ peuple» puisqu'il a choisi un futre Dieu que moi, et que, dans f ^tat de corruption où iîesl réduit, je ne le connois plus; mais cjest encore le fien, puisque, tout corrompu qu'il est, ii^ viens wtercéder et me solliciter pour lui. Va donc, et tu^eras toi-même témoin de sesdéréglemei^ts et de sçs excès. Tu te prons^eitoîs quelque chose de sa piété et de s^ religion ; mais tu connoîtras en quelle idolâtrie il est tombé dfir puis qu'il t'a perdu de vue : après s*é(j*e abandonné à l'intempérance, aux jeux, aux jFestins, à là bonne chère, après s'être .plongé dans les débauches les plus impves et les plus abominables, tu verras avec quelle insolence il s'est fait une idole qu'il adore comme le Pieu d'Israël, protestant qu'il n'y a point d'autre divinité gue,celle-là qyi rait pu Mrer de la'servilude; voilà où en est ce peuple qiii t'est si cher : V.ade, descende, peccavit populus tuus (Ibid.). Mais laisse-m(M, Moïse, ajqute }0 Seigneur ; car je vois bien que c'est un peuple in4ocile et ençiurciî daps î^n péclié, Cerno quod pôpulfis iste durœ fiervicis «if; ne me parie, clç^nc pli^ ^n sa faveur, ne t'oppose plus au 4essôin qu^e jgi de i'extiçrflûiîïier et deie pçrdc^; tes prières me font violence : donn^ moi t^'ève j[)our qpelqueîs moqpiepts^ afin que nia colèrfe éclate : Dmîtie m^, ut ira^iiaturfuror meu* (Ibid.). Je sais, Ciirétien^^ ce (^ue fit Moïse; qu'il ne désista pas pour cela de demander grâce; qU'U don jura Dieu de rptepir éncçre ^gn brais, lui remonirapt qu'il y alloit de sa
POUR lA FÊTE Dli SMMfi «EMIiVIÈVE* W
gWre, riatà-^esaoi Rar In eomMv9tikn d'Abrabam, d'Isaac et de Jt* cob ; consentant plutôt à être eff^ lui-même du livre de vie» que de TokDérir ce peuple, et, par des iimanoessi fortes, faisant enfin phan* gef^rrét.^iie. la justice divine avoir prononcé: mais voussaTBZ q»a cène fut ^s sans d^ euites bien funestos et.biep terrîbiea, poia^ que, outre leSpVifigMreis mille honjmes «pie Molaé» poArjpuiur 4se scandale, fit passer par le fil de Tëpée, de toii3 les»flras qui« irott.- ^ren^ ocwpables, il n'y en eut pas un qui enira dans la terre de
Ghanaaa.
Fam-il, nés cbers auditeurs» q«ie je vous explique cette figure,^ pour mieux dire ^ cette vérité qni ^e voue ftonvieat que JM*QP ? f^*» bit»pms pas voos*mémea rupplicaition , et n'en découvrezrvons pas de/a toat k aiyatère? Tandis queGeoevîève vî voit«iHv)a terre» et qu'elle aBÛnoit le peuple par sa présence«t par son exemple» Paris ^it dans la ferveur, et fonadmîroit Tiniioçence et la saiuteté#}e«epe|it msmi bre df^ chrétiens qui rhabitoienV Maialenant que la mort fions a.i'a^ ce grand modète« et qu^ Geneviève est slir la moniagnci, ^k leUep^ présente à Dieu nos besoinsi. 4K>us n^uslrcenoiot^^noii^ fio^s|ais<Maa des idoles à qui nous présentons notre ennene, desidoles d'or^ des idoles de chair, et» comme les l6rûéUtes,<no«s njtfusdiscwtesu|is^ux|aur très: VoUàlesdieuxque nousdewonsd^rvir :|{ia«tM4tiîiii«^j^^?<M(.j^- Or^ sur cela, mesohers auditeurs, leSeigoeur, «i indîpement4ii^lé| et si justement oMif roucé «onlre nousv n'a4-41 îpae dreît fd# (dîne à ^ saiufe pot^fonnedoBt vous iiUflorez auprès <de Mi Ji'#aaiaAW%<»4^'il (Usent à M Oise : V(uleyAmeeude^'pee»mkfi^uki$mt$'iJ^]^ quel est trïe peuple pour qni Hftea en9f>lQis«ii«ifi«e Wtt défaite «vur^^ A^* ditvQue ce soit voire peuple, j'y t^Dusene ; «aïs eefn*#at pluf^ i^m^^ car e'eat Ma fpmfi» idolâtre : jd«léUf« idu mo«4A.;ipi'41 iito»» imm^ son Dieu ï ichlfttirede»iMriK!bietts4u#i«)duv^doQ(il imb^i^^ se ronpli^ par tous les lÉoifens que bû'si^^ère ae«4piaft«^(e f^onvi^itîse;idoIâtre desgrandbura dutfuonde, tai sesawbilieiixidasifis \fita^t, sanscesse aspirer^ îdol&treiâesplaienisduuliiftdeet^asi^Mâtf^ volopiés, où il demeure hoMeasement ploi^. jR^iiii|uoi «doue IM#s feuez-vcas entre lui et moi? poiit>quei entrepvenaatvoas de toueiier ma miséricorde, et que ne laisaez-voûs agir ma jusûce? ^itniueme» ut ircactuur furçr meus. Qui doute , «enoare «ne fois, Ghrattei^^qpe Dieu ne parle, ou ne puisse parler de la sorte à Geneviève, #t qui ef ît si Geneviève eHe-^nâmet, indignée que «tous uâdundilsua si : Ml ses «rins^^ieae rabnerutpfii? si peut-être eUèiieee<tuuHU»A#lli««Mre nous? carJesSaint8U*astpa&miAn8<]te«èie9aiH'(bgl»ve4a{^ pour notre saiut*: qui sait, dîs-jè^jele ré{^^, quirsait ti<ifpqi(iè¥0(;>de sa part, ne répondra point à^Bieu : Seiffûeup, 'veits êtes jii«lii»'e,t-4lias vos lugements sont équiUd^les ; j'ai veilié'sur*te'peil)[>)e quejsèuSAviez confié à ma garde ; Je tous ai mi^Ie km trfiert pour hi» mes^^mtok^ et vous lea aves éoouiés^ mais c'est toH}ours.Jun.pe^dq Inidèfo» tasfw^
108 POUR LÀ FÈTÈ DE SAINTE 6ENEVIÊVE.
pleendurcî; j'en aî pris soin, et rien île le touche» rien ne le guérit : je lé remets entre vos mains, et je te livre à vos vengeances?
A Dieu ne plaise,, mes chers auditeurs, que nous attirions sur nous une telle* malédiction! Il y a, j'en conviens, nne providence de Diea tonte spéciale sur cette ville; mais aussi cette providence de faveur a ses bornes^ qu'elle ne passe point, et hors desquelles elle ne nous sui* vra point. Geneviève, il 'est vrai, fait des miracles, mais ces miracles ne doîvçfit point sei'vir à fomenter vos désordres , et à vous auipriser dans votre impénitence. Dès que vous en profiterez pour vous tonvertir, tout ira bien, et jamais ils ne cesseront; mais quand vous en abuserez pour pécher avec plus d'impunité, avec plus d'obstination et plus d'audace, ce seroient alors des miracles contré Dieu môme; et qui peut croire que Dieu voulàt communiquer à ses Saints sa ^ote^piiissancp, bu .qu'ils vonlc^sent la recevoir, pour en user contre ses propres intérêts ï'Qiie faut-il donc faire? Imiter la foi de sainte Geneviève, la ranimer dans nos cœurs, 1^ réveiller, cette foi divine : avec cda, si nous ne faisons pas le; mêmes miracles que Geneviève a faits, nous en ferons d'autres, c'est-à-dire nous nous convertirons, et nous rentrerons en grâce avec Dieu ; nous guérirons les maladies, non pas celles de nos corps, mais celles de nos âmes, dont les suites sont eucore bien plus dangereuse's et plus funestes pour nous ; nous confondrons l'enfer, et nous lé surmonterons, en nous dégageant de ses piëges et de la honteuse captivité où il nous tient asservis; nous chasserons de notre cœur les démons qui nous possèdent, le démon de l'avarice, le démoli de Tanibition, le démon de l'impureté ; nous triompherons du monde et de tous ses charmes : car voilà les miracles que Dieu exige
' de nous/et pour lesquels Jésus-Christ nous a promis sa grâce : Signa autemeosqm crediderint, hœc sequentur : innomne meoéasmoma eju cient; super œgros nianus imponent, et benè habebunt (fifARC, 16). Aux premiers temps de l'Église, tout cel^ s'accomplissoit à la lettre, dans l'ordre de la nature : maintenant que TËglise n'a plus besoin de ces témoignages sensibles, tout cela peut s'accomplir en^esprit, et dès aujourd'hui sascomplira, si nous le voulons, dans l'ordre surnaturel.
' Sans ces miracles, ne comptons point suHa protection de Geneviève :
^ car elle n'est point la protectrice de nos vanités et de notre luxe, de
' notre mollesse et de nos sensualités, de notre amour-propre et de nos
^ passions.
Ah ! grande Sainte, reprenez en ce jour tout votre zèle pour notre
" sanctification et nôtre salut; et dès ce même jour nous reprendrons les voies de notre Dieu, et nous embrasserons une vie toute nouvelle. Comme prédicateur de l'Évangile, j'ê ne viens pomt ici vous demander, pour mes auditeurs, des prospérité» temporelles ; cest ce qui les a perdi]|3 en mille rencontres, et ce qui achèveroit de les perdre : je
• ne vous prie point de dëtoutner de nous les fléaux salutaires qui peuv^t AoiM rappeler de nos <^ements et nous convertir; Tefifet de
POUR hJk FÊTE DE SAINTE GEIŒVlËyE, lOQ
oetle prière nous seroît ^rop prëjudteioble et trop fuii|^te. Mais ce que je vous demande, et ce que doit vAis demandei^touijchrétieu éclairé d( s lumières de la foi, ce sont les grâces de Dieu, ces grâces pure- DCfiCspiritueiles» ceSjgraces fortes et victorieuses, ces grâces propres à iHMiïRloiiGhery à nous avancer, à nous perfectionner. Si les afflictions el lesTidversitës humaines nous Sont pour cela nécessaires, j*ose, en mon nom et au nom de toutes les âmes vraiment fidèles, vous supplier de nous les obtenir. Agissez contre nous, afin de mieux agir pour nous. \oQs connoissez dans Dieu nos véritables intérêts, et nos intérêts sont bien mieux entre vos mains que dans les nôtres. Gependapt, Cbràîeos, il nous reste à voir opounent enfin la bassesse de Genef^éie, poor.user toujours de cette expression, a été plus honorée que 100(6 la grandeur du monde : c'est le sujet de la troisième paçiie,