POUR LA FÉT£ D£ SAINT JEAN-BAPTISTE. IM
girde, s'il vous platt : les Juifs ëtoient disposés» si saint Jean TeAt Touh, à le reoonnoftre pour leur Messie, c'est-à-dire pour leur Ubé-* nteor et pour leur roi; et Jead , avec une droiture d'ame qui lea éloDire, renonce à cette di{[nité pour la conserver à Jë^s-Christ ; il B'ayoit qu'à dire une parole, il n'avoit qu*à donner son consentement, ec toute la Synagogue seroit venue en foule lui rendre hommage i mais il sait trop bien ce qu'il est, et à qui il esc. Non , leur AtxAl^ mes frèr€s, je ne suis point ce Messie que vous attendez; vous lui feites tort, et vous vous faites tort à vous-mêmes de le confondre avec moi : ce n*est point moi ; c'est un autre plus grand , plus fort , plus puis-* aotqoe moi ; un autre à qui je ne suis pas digne de rendre les plus 1% services ; c'est celui-là, mes frères , qui est votre Christ et votre roi; ne le cherchez point dans ce désert , il est au milieu de vous, et lOQs ne le connoissez pas : je n'en ai^ni le mérite, ni la sainteté, Je sois un homme pécheur ; et l'erreur la plus pernicieuse et la plus grossière oii vous puissiez tomber est de m'attribuer cette qualité de lessie, qui est infiniment au-dessus de moi , et de tous les dons de ^ce que je puis posséder. Encore une fois, y eAt-il Jamais un tè^ JDoîgnage plus désintéressé et plus fidèle?
Concevez-le encore mieux par la réflexion que fait ici saiot Chrysostome, et dont sans doute vous serez touchés ; la voici : Saint Jean, par une heureuse conformité de caractère, se trouvoit si semblable i Jéstts-Christ, qu'on le prenoit souvent pour Jésus-Christ ; et Jésus- Christ, par ta même raison, quoique Fils unique de Dieu, étoit si semblable à saint Jean, qu'au rapport de l'Évangile, on le pretioit aossi souvent pour saint Jean. Car de là vient qu'Hérode, apprenant les miracles que cet Homme-Dieu ftiisoit dans la Judée, disoit quec'étoit Jean-Baptiste qui étoit ressuscité : et de là vient que les pharisiens , voyant la vie toute céleste que Jean menolt dans le désert « M doutoient point qu'il ne fftt le Christ, jusqu'à lui envoyer une ambassade pour le saluer comme Christ. Peut-on rien dire de plus gloriemt à l'avantage de ce grand Saint? oui. Chrétiens : et quoi? oest qiie Jean-Baptiste, étant pris pour le Christ et passant pour l'être, dë^ Clara hautement qu'il ne Tëtoit pas , et refusa , sans balancer j l'honneur qu'on lui vouloit faire , pour avoir celui d'être fidèle à son Dieu ; ear la fidélité de ce témoignage valut mieux pour lui que toute la gloire M tous les honneurs qu'il eût pu recevoir de la Synagogue. Mais ad-» mirez. Chrétiens , les autres marques de cette fidélité : C'est pour eela, disent les Pères , que saint Jean , Jusqu'à Tâge de trente ans » se tint caché dans le déseri, sans vouloir converser avec les hommes, de peur que les hommes, déjà trop prévenus en sa ftivenr, ne s'attachassent à lui, au préjudice du souverain attachement qti'ils dévoient avoir et qu'il vouloit leur inspirer pour Jésus-Christ. C'est pour cela que» ^Goreque la main du Seigneur tùi avec Itti, par une disj)ôsition pat*tM^ulière de là Providence, il ne ilt jamais de miipttble* » 4e pwit d'ÉH»
toriser l'erreur où étoient les Jui£s, qui le regardoient comme le Messie promis de Dieu : car s'ils étoient prêts » sans lui avoir vu faire aucun miracle, à le reconnottre pour le Messie, qu'auroient-ils fait s'ils i'a* voient vu ressusciter les morts, et commander aux vents et à la mer ? C'est pour cela qu'il ne parloit jamais de Jésus-Christ que dans les termes les plus magnifiques et les plus sublimes, et de soi-même, au contraire, qu'avec les sentiments de la plus profonde et de la plus parfaite humilité, prenant plaisir à s'abaisser pour exalter Jésus* Christ , disant de Jésus-Christ, Il faut qu'il croisse; et de soi-même ^ Il faut que je diminue; témoignant que le comble de sa joie et l'accom*^ plissement de ses désirs, étoit de voir Jésus-Christ connu et adoré: dans le monde. Ceux de mes auditeurs qui m'écoutent avec un esprit, et un cœur chrétien, comprennent et goûtent ce que je dis. Mais enfin, si saint Jean , fidèle à son Dieu, refusa, comme il étoit juste, les. honneurs dus au seul Messie, que n'acceptoit-il ceux au moins qui lui convenoient, et que les Juifs, sans le flatter, ni se tromper, lui défëroient? que n'avouoit-il qu'il étoit prophète, puisqu'il l'étoit en effet f que neoonfessoit-il qu'il étoit Élie, puisqu'il en avoit l'esprit, et qne c'étoit personnellement de lui que le Sauveur disoit : EUas venu (Marc, 9), Elie est venu ; c'est-à-dire Jean-Baptiste, en qui Dieu fait revivre l'esprit d'Élie? Non, Chrétiens, il ne consent à rien de tout cela; il ne veut être ni Élie, ni prophète, ni docteur, ni maître; il se contente d'être la voix de celui qui crie : Préparez les voies du Sei* gneur. Ego vox; pourquoi ? parcequ'il veut être tout au Seigneur , et rien à lui-naéme; parceque, comme la voix n'a point d'autre usage que d'exprimer la pensée et de la rendre sensible, aussi Jean-Baptiste n'at-il point d'autre vue ni d'autre fin que de faire connoitre le Verbe de Dieu, en rendant témoignage à l'Homme-Dieu : Hic venit ut tesdmo^ nium perhiberet de lumine.
J'ai dit de plus que ce saint précurseur avoit été, à l'égard du Sauveur du monde, un témoin pleinement instruit : car tout ce que nous savons de Jésus-Christ, et tout ce que nous en devons savoir, tout ce que la foi nous en révèle d'important et de nécessaire au salut , c'est Jean-Baptiste qui nous l'a enseigné le premier, par les différents témoignages qu'il a rendus à ce Dieu Sauveur; et , en effet , c' estlui qui nous a fait connottre Jésus-Christ en qualité de Dieu-Homme, ea qualité de rédempteur^ en qualité de sanctificateur des âmes, en qualité d'auteur de la grâce et des sacrements à quoi la grâce est attachée , en qualité de juste juge , qui récompense et qui punit ; en un mot, dans toutes les qualités qui en ont fait un médiateur accompli : l'induction en sera sensible , et n'aura rien pour vous de Ëitigant. 11 nous a fait connottre Jésus-Christ comme Dieu-Homme, quand il disoit de lui : Post me venit vir qtà antè me foetus est, quia prior me erat (JoAN., 4) : Celui qui est venu après moi étoit avant moi. Car^ pour raisQno/eijr^vec saint Augustin , si Jé^us-Christ çtoît avant saint Jean,
POUft LA iFÊtE DÉ SAINT JEAN-ÉAPTlSTÈ. i^l
ce ne ponvoit être qu'en vertu de sa divinité i il étoit donc Dieu : s'il ttoit après saint Jean, ce ne pouvoit être qu'en vertu de son humanité; il étoit donc homme : s'il étoit tout ensemble avant et après saint Jean» ce ne pouvoit être que selon les deux natures qui snbsistoient eo loi; il étoit donc en même temps Dieu et homme. C'est ainsi que «onduoien t les Pères contre les ariens, les nesloriens et les eutychiens ; ce témoignage seul de Jean-Baptiste , Post me verni vir qui ante me fact«tefi(JoAN., 1), ayant dès les premiers siècles de l'Église confondu tons les héréiiques qui combattoient le mystère de l'incarnation. Il nous Tat fait connoltre comme rédempteur, quand il le montroit à ses discrples , en kur disant : Ecce Agnw Dei; Voilà l'Agneau de Dieu qui doit être iaimolé comme une victime pour le salut des hommes : Ecce qui toUit peccaium mundi (Ibid.) , Voilà celui qui efface les péchés du monde : ce qu'il ajoutoit , remarque saint Augustin , pour désabusa les Juifs de la fausse idée où ils étoient que ce Sauveur, si long-temps attendu et si ardemment désiré, devoit seulement venir pour les délivrer de leurs misères temporelles, et pour les affranchir de la domination des Romains; au lieu qu'il venoît pour les dégager de la tyrannie du démon et de la servitude du péché, et qu*il n'étoit Sauveur que pour cela. 11 nons l'a feit connoltre comme sanctificateur des âmes, quand il attoit prêchant partout que c'est de la plénitude de Jésus* Christ que nous avons tous reçu les dons célestes : Et de plenitw&ne ejus nos omnes accepimus (Ibid.). Il nous l'a fait connoltre comme auteur de la grâce et des sacrements, à quoi la grâce est attachée» quand il apprenoit aux Juifs que Jésus-Christ avoit établi un baptême bien plus salutaire et plus efficace que le sien, un baptême qui ne consistoit pas simplement dans la cérémonie de l'eau , mais qui , par le feu de la charité et par l'opération du Saint-Esprit , purifioit tout l'homme pour en faire un sujet digne de Dieu : Ipse vos baptizalnt m Spiritu sancto et igm (Luc, 3). Il nous l'a fait connoltre comme juste juge, comme souverain rémunérateur, quand il assuroit que Jésus- Christ viendra à la fin des siècles, avec le van à la main, pour séparer le bon grain d'avec la paille : Cujus ventilabrum in manu ejus (Ibid.) ; c'est-à-dire pour séparer les élus des réprouvés, et pour rendre à chacun selon ses œuvres. Voilà en substance toute la théologie, qui se propose pour objet la personne sacrée de Jésus-Christ ; et cette théologie, comme vous le voyez , est contenue dans les témoignages de saint Jean. Ah ! grand Saint, de quoi ne vous sommes-nous pas redevables, après que vous noiis avez révélé de si hauts mystères ; et que ne vous doit pas l'Église , puisque c'est par vous qu'elle est entrée dans les trésors de la grâce suréminente et de la gloire de son divin époux?
Mais le témoignage que saint Jean rendit au FJs de Dieu fut-il aussi convaincant et aussi irréprochable qu'il étoit vrai? Oui , Chrétiens, il étoit convaincant et irréprochable, et jamais les Juifs opinii-
il» POtlll hk FÊTE DE SAINT J^AN-HAPTISTf:.
très, qui sont demeurés dans leur incrédulité» n'auront de légitime excuse, ni même de prétexte pour s'en défendre : car que pou voientils repondre au reproche que leur faisoit le Sauveur du monde? Jean- Baptiste est venu, leur disoit-il; vous avez eu de la vénération pour lui» vous l'avez respecté comme un prophète, comme un homme envoyé de Dieu ; et cependant , lorsqu'il a rendu témoignage de moi , vous ne l'avez pas écouté. S'il s'étoit lui-même déclaré votre roi et votre Messie, vous l'auriez cru ; car vous étiez déterminés à le reoonnoltre pour tel : et maintenant, parcequ'ii vous a dit que c'est moi qui suis ce Messie promis dans la loi, vous ne le croyez pas. Un homoie est-il moins digne de créance, quand il parle en faveur d'un autre» que quand il parle pour soi-même ? Vous l'auriez cru dans sa propre causé, et vous ne le croyez pas dans la mienne : comment pouvez-vous soutenir une telle contradiction? Ce reproche, dis-je, fermoit la bouche aux ennemis du Sauveur. Et quand il ajoutoit, dans une juste indignation : Au reste, sachez que les femmes prostituées et les publîcams ont été en ceci plus sages que vous : car, malgré la corruption de leurs mœurs ,ils se sont soumis à la parole de Jean-Baptiste; et vous qui cherchez tant à vous parer d'une fausse justice, vous vous obstinez à ne pas recevoir sou témoignage : or c'est pour cela que ces pécheurs et ces pécheresses vous devanceront dans le royaume de Dieu. Quand il parloit ainsi s^ux pharisiens , il les confondoit : pourquoi? parcequ'ii leur opposoit un témoignage qui les condamnoit par eux-mêmes , savoir, le témoignage de saint Jean. En effet, ceux des luifs qui furent fidèles à la grâce et qui crurent en Jésus-Christ , n'y crurent d*abord que sur le témoignage de son incomparable précurseur ; ce témoignage faisoit tant d'impression sur leurs esprits, qu'ils ne pouvoient y résister. Il est vrai , saint Jean leur disoit de Jésus- Christ des choses prodigieuses et inouïes : il leur disoit que celui qui jptassoit parmi eux pour le fils d'un artisan, éioit Fils de Dieu et égal à Dieu; qu'étant Dieu il s'étoit fait chair, et que, sans cesser d'être Dieu, il étoit devenu homme sujet à la mort : tout cela devoit naturellement révolter leurs esprits ; mais parceque saint Jean s'en faisoit le garant, ils croy oient touf sur sa parole, et ils aimoient mieux, dit saint Chrysostome, captiver leur entendement, jusqu'à reconnoltre qu'un Dieu s'étoit humilié, s'étoit fait esclave, s'étoit anéanti , que de penser en aucune sorte que Jean-Baptiste se fût trompé ; estimant l'un plus impossible que l'autre, c'est-à-dire se tenant plus sûrs que Jean- Baptiste ne se trompoit pas dans le témoignage qu'il rendoit, qu'il ne j(eur sembloit incroyable qu'un Dieu en fût venu jusqu'à cet excès d'humiliation et d'abaissement. Y eut-il jamais sur la terre un tel don de persuader et de convaincre?
^e vais encore plus loin, Chrétiens ; il faut qu'un témoin ait de l'ardeur et du zèle pour la vérité dont il rend témoignage. Ce zèle a-t-il jpa^qué à saint Jean? vous le savez » et en vaiu in'étendroi9*je sur od
POUR ta FÊTfi DE SAINT JBAR-fiAPTISI». 1»
|MMit i puisqull est éfideot que tont ie soin du divin prëcursesr a été Refaire conoottre Jésus-Christ, de le foire adorer, deleiaireainier, de liiiprocarer dans le monde l'honneur et le euhe qui lui est dû, et d'apprendre aax hommes à le recevoir d*une manière convenable à sa cÙ- ^(é, mais surtout à sa sainteté. Or, pour cela, il ne se contentoit pas ^ montrer aux JuiCs cel agneau de Dieu oomme l'espéranoe et le salai d'Israël; mais il Csisoit retentir sa voix dans tout le désert, pour le prêcher hautement ; mais , par un succès merveilleux que Dien doQQoit à sa parole, il attiroit lô bourgades, les villes entières, et les ooBverûssoi t à Jésus-Christ ; osais quand il trouvoit des esprits rebelles «f indociles, ne pouvant contenir son zèle, et animé d'un saint courrau, il ^'élevoît contre eux , il les traitoit de serpents et de races de vîpéres , il les menaçeit de la colère du ciel : GeninÙMa viperarum (Lcc, 3). Quel éioit doqc le grand exercice et Tunique occupation de Jean-Baptiste? de disposer les peuples à la venue de Jésus-Christ; de ks exhorter è la pénitence, parceque la pénitence est la voix qn doit nous conduire à Jésus-Christ ; de leur recommander surtout rbomi« lité , parceque c'est rhumiBté qui nous rend capables de participer à la rédemption de Jésus-Christ. Pêrmie vum Bomini (Ibid.) : Mes frères, leur répétoil-il sans cesse, préparez les voies d^ Seigneur. Voici votre Dieu qui vient à vous dans l'état d'une bunnilité profonde; ne paroisses pss devant lui comme des coUhies et des nsontagnes» c'est-à-dire comme des hommes superbes et orgueilleux. Pour rendre ces voies du Seigneur droites et unies, soyez petits à vos yeux , soyea humbles, et défaites-vous de cette propre estime et de cet amour propre qui vous enflent. Ainsi leur parlott41 , faisant l'office de témoin ; nais le faisant en apAtre. Yoilè pourquoi ce grand Sarot n'eut point de désir plus ardent que de gagner des disciples à Jésus-Christ; voilà pourquoi , non content de lui en former de nouveaux , il lui donnoil même les siens. Allez, leur disoit-it, mes chers enfants, je ne suis plus vou« maître ; le grand mattre est venu ; c'est le vôtre et c'est le mien : ae pensez plus désormais à moi. C'est à celui-là qu'il faut vous atta* cher : il a les paroles de la vie éternelle. Allez le trouver, demandez* hi s'il n'est pas ce ctesiré de toutes les nations que nous attendons depuis si long-temps, et vous verrez comme il vous répondra par ses Birades. Quel zèle, Chrétiens, pour la gloire de Jésus-Christ 1 Voulezvous un abrégé de toute la vie de samt Jean? en deux mots, le voici : U est venu, du saint Luc, comme un second Élie ; et, avec une ardeur infatigable, il a travaillé à la conversion des cœurs ; il a réuni les pères avec tes enfonts ; il a rappelé les désobéissants et les incrédules à la prudence des Justes : et pourquoi tout cela? pour préparer à Jésus- Cbrist un peuple parfait : Parare Domino plebem perfectam (Luc, 1). Voilà ce que j'appelle un témoin zélé.
Enfin, ce fut un témoin constant, puisque, depuis sa conception jus** tpt'à sa morli ik ufa point cessé da remplir son mini^lèra: car uapan-'
sez pas qu'il ait attendu jusqu'au temps de sa prédication pour rendre témoignage au Sauveur du monde : dès le sein de sa mère il avoit déjà commencé. Ce tressaillement que ressentit Elisabeth trois mois avant la naissance de ce fils si cher et donné de Dieu, cette joie dont il fat saisi et qu'il fit sensiblement parottre , ce furent les premiers témoignages qu*il rendit à son Dieu : Fervens nundus , s'écrie saint Pierre Chrysologue, quiantecœpitnumiareChristumf quàmvivere (Ghrtsol.)/ O le fervent témoin ! dit ce Père, qui eut l'avantage d'annoncer Jésus- Christ avant de vivre ! Mais ce témoignage précoce , pour ainsi dire , n'étoit qu'un essai de tous les autres témoignages que saint Jean-Baptiste devoit porter en faveur du Fils de Dieu ; ce qu'il avoit commeneé miraculeusement avant sa naissance » il le continua pendant tout le cours de sa vie; et comme il avoit vécu en témoin de Jésus-Christ, il voulut mourir de même : car mourir pour la justice et pour la vérité, mourir en reprochant aux grands du monde leur iniquité, mourir en instruisant Hérodede ses devoirs, mourir en feisant respecter jusque dans la cour la sainte liberté d'un prophète qui parle pour la cause de Dieu, n'est-ce pas mourir en témoin de Jésus-Christ? Ainsi Jean-Baptiste a-t-il été constant dans son témoignage , puisqu'il l'a rendu dès son entrée au monde, puisqu'il l'a rendu jusqu'au dernier moment de sa vie, puisqu'il l'a rendu par ses paroles , puisqu'il l'a rendu par ses actions , puisqu'il l'a rendu par ses souffrances , puisqu'il l'a renda par son martyre et par sa mort, et que partout il a irérifié ce qui étoit écrit de lui : Hic venit in tesîimoniumf ut testimonium perhiberet de lumine.
Excellent modèle que Dieu nous présente aujourd'hui , et qui doit faire le sujet de nos plus sérieuses réflexions. Je m'explique : nous tous qui faisons profession du christianisme , nous devons servir de témoins à Jésus-Christ ; voilà à quoi nous engage notre religion. Qu'estce qu'un chrétien? Un homme député de Dieu, un homme autorisé de Dieu , un homme qui a reçu de Dieu un caractère particulier, pour être le témoin de]Jésus-Christ : Et eritis mihi testes {AcL^ i). De sorte que, si nous ne participons à cette glorieuse qualité du précurseur saint Jean , nous pouvons dire avec confusion et avec douleur qu'il n'y a point en nous de christianisme, ni par conséquent de salut pour nous. En effet , dit saint Augustin depuis que Jésus-Christ est veno au monde et qu'il a racheté le monde, Dieu, dans le conseil éternel de sa sagess,^, a tellement disposé les choses , qu'il n'y aura jamais d'homme sauvé que celui qui , selon la mesure de la grâce attachée à son état , aura rendu témoignage à ce divin Sauveur. Tous les Saints qui sont dans le ciel , n'y sont qu'en vertu de ce titre ; les apôtres n'y sont asbis sur des trônes de gloire , que parcequ'ils ont rendu au Fils de Dieu le témoignage de la parole, en préchant son nom ; les martyrs n'y sont couronnés , que parcequ'ils lui ont rendu le témoignage de leur sang, en^uffrant et en mourant pour lui ; et les confesseurs n'y
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portent > comme confesseurs , des palmes en lears makis» que parce- (p'ib lui ont rendu le témoignage de leur sainte Yte en pratiquant son Evangile : or <^est à nous , mes chers auditeurs , de nous former sur kur exemple. II y en a peu parmi vous qui soient destines au ministère apostolique, flous ne sommes plus au temps des persécutions, où la {race du martyre étoit une grâce commune; mais il font qu'avec Tesprit de la foi nous confessions tous Jésus-Christ par l'innocence de nos mœurs» par l'édification de notre vie, par la ferveur de nos bonnes œuvres : car voilà pourquoi il nous a choisis. Il a apporté du ciel une loi saônte et toute divine, et il veut que nous en convainquions le monde. Or le monde ne recevra jamais notre témoignage sur la sainteté de cette loi , tandis qu'il nous verra dans le désordre et dans la corruption davice. Pour être de légitimes témoinsdelaloide Jésus-Christ, il fent qoe nous nous conformions à elle, et que nous pratiquions fidèlement ce que nous confessons de bouche : sans cela, notre témoignage est vain. Que devons-nousdonc feire ? ah I Chrétiens, l'importante instruction pour vous et pour moi ! Ce que nous devons foire, c'est de rentrer souvent en nous-mêmes , et de nous examiner de bonne foi devant Dieu, en nous demondant à nous-mêmes : Hé bien ! la vie que je mène esi-die un témoignage recevable en feveur de Jésus-Christ et de sa loi? Siron en jugeoit par mes actions et par ma conduite, quelle idée le monde auroit-ii du christianisme que je professe? Ce pernicieux attachement aux biens de k terre , ce désir insatiable d'en avoir, cette crainte excessive d'en manquer, qui endurcit mon cœur, quel témoignage pour un Dieu qui a béatifié la pauvreté, et qui l'a consacrée dans sa personnel cette mollesse de vie dont je me fois une habitude et même une feusse conscience , ce soin extrême de ma santé, cette recherche continuelle de tout ce qui flatte mes sens , quel témoignage pour un Dieu mort sur la croix I cette ambition à laquelle je me livre, ces mouvements que je me donne pour me pousser, pour m'éiever, pour ne travailler qu'à l'accroissement de ma fortune, quel témoignage pour un Dieu qui s'est anéanti I Ah I Seigneur, doit dire un mondain dans l'amertume de son ame , pour peu qu'il ait encore de foi , je le reconnois : ce sont là comme autant de feux témoignages que j'ai portés contre vous. Car il n'y a point de témoignage plus feux que celui qu'on rend à un Dieu souffrant, par une vie toute sensuelle ; que celui qu'on rend à un Dieu pauvre, par une vie employée à satisfeire l'avarioe et la cupidité. Et voilà ce qui me felt trembler : si c'est un crime de porter feux témoignage contre un homme , que sera-ce , ô divin Sauveur , de Tavoir porté mille fois contre vous , qui êtes mon Dieu?
Telle est , dis-je , Chrétiens , la première leçon que nous devons BOQsfeire à nous-nciémes : il feut que nous servions de témoins à Jésus- Christ, mais il feut encore qu'àTcxemple de saint Jean nous soyons pour Jésus-Christ des témoins fidèles, des témoins zélés, des témoins B. 4. U
m 90m U FÉTfl DE SAIHT JBiN^BAPTtSTB.
ipr€y[^oa)i«I)lai, des ténoiHs eoDstaau. Ne perdes rien de toute cette momie : des tëmoins fidèles qui ne dqus cbercbions pee nous-mêmes; qui 9 soDSfOinbre de rhonorer, ne nous attjjnons pas Thonneur ; qui ne tepdipps p^» en le glorifiant, nux fins seorètes de notre amour-prepre ; gui, par un raffiaepient de piété , je dis de (ûété mercenaire , n'affec^ lions paSy en le servant, la gloire même de le servir; au contraire, qid nous fassifins un ((evoir de nous renoncer, de nous sacrifier, de nous îœoioler pour lai : nar si Ip monde , tout perverti qu'il est , produit bien dns hommes de ce earactère , c'est-àndire s'il se trouve des mi'nistres qui se distingnent par-là , qui sont tout à leurs maîtres , et rien à eax*m6raes ; si noiis en voyons des exemples , ouel sentiment la foi ne doit-elle pas là-dessus nous inspirer 9 Est-ce trop pour le Dieu qui nous a sauvés et à qui nous appartenons, que nous soyons tout à lui? la fidélité dont nous lui sommes redevables, doit-elle être d^ une moindre étendue que celle dont on se jMque envers les sonverains de la terre? lauC-il que le monde nous apprenne sur cela notre devoir? fiiut-il que Dieu ait en nous des sujets moins dévoués que nous ne les voudrions pour nous-mêmes? Cependant voilà notre désordre, jusque dans le culte que nous rendons à notre Dieu : nous ne regardons souvent que nous-mêmes , nous rapportons tout à nous-méqies , nous ne pouvons nous défoir^ de nous*méme|5 , et nous n^agissons jamais sur ce grand principe de s^int Paul, que nou$ ne sommes plus à nous-mêmes, mais à celui qui nous a rachetés. Des témoins zélés, pour soutenir, en mille occasions qui se présentent, la cause deilésus-Ghrist; et la soutenir, contre qui? contre Fimpiété, contre te libertiaage, contrôle vice, qui sont proprement ces races de vipères à la malignité desquelles la force et Tefficaee de notre zèle doit s'opposer ; étant, comme nous devons Péire, bien persuadée que, parmi les mauvais chrétiens, cet Homme- Dieu n'a pas des ennemis moins dangereui^ qu'il en avoit parmi les Joife ; et que c'est à nous, conime héritiers du zèle de saint Jeanfiaptyste, de combattre ces ennemis, de les réprimer et de les confondre. Que si en cela nous sommes lâches, si le respect humain nous fer^e la bouche , si la crainte de déplaire au monde nous rend timides; si , à force de vouloir être prudents, nous devenons prévaricateurs; si , au lieu de nous élever contre le scandale, nous nous contentons d'en gémir; si, par nos ménagements et nos tolérances, nous le fomentons; si nous nous taisons où il fiiudrmt parler, et si nous dis^mulons oii il fiiudroit agir; dès-là nous sommes indignes d'être à Jésus-Christ, et Jésus-Christ ne nous reconnott plus. Des témoins irréprochables, qui ne détruisions pas d'une part ce que nous prétendons établir de l'autre , qui soyons à l'épreuve de la censure, et qui, par certains enflroits , n'affoibiissions pas le témoignage que Jésus- Christ d'aiUeurs reçoit de nous ; nous souvenant de l'avis de saint Bernard, que le monde est trop éclairé pour que nons puissions aisément {ai imposer; que , qu^k^ue soin que nous preni<ms de now Vaeber, il
POUft LA FÊTE OG SAINT JEA1I-BAPTI8TE. I«S
déeottviira natre faible,, et qu'il ne manquert pas de nous l'obfeoier ; qtt'o9 aeiil point qui le scaadaii^ra dans noua,4^nftpécile^a à son ëgafd iMt Teffeyt des v^rius les plus exemplaires que nous pourrions pratiqoer; et, qu* à moins d'être irrépréhensibles, dans le sens que Pentend saisit Paul, nous sommes incapables d'être les tëmcnns de Jésus- Gkrisl. Ëofin, des témoins oonstants, pow* lenirlenae et pour ne nous point relâcher dans les persëcutîoas que l'enfisr noua suscitera, pofir supporter avec paticMce les coniradictioas des hoinoies, pour vésialer iios propres foibiesses et pour vivre «t mourir, selon l'exemple de tÛDliean, en rendant témoignage à ce Seigneur, qui veut spëeialeuméite honoré par notre per&évirance. Voilà, mes diersaiiÀteurs» c» (pie nous devons être. Alais c'est à vous, ô mon Dieu , de foire, par votre grâce toute puissante, que nous soyons tel$, comme cTest à nous de coopérer à ceue grâce pour arriver à cette perfection : c'est à vous à nous imprimer ces caractères, et à nous de vons présenter des ooears iquî en soient susceptibles. Vous avez vu, Chrétiens , le témoignage de saint Jean en faveur de Jésm^brist ; voyez le témoignage de Jésoa-Glirist en faveur de saint Jean : c^est le sujet de la seconde partie.
DBUXIÈHE PARTIE.
Cest «ne question qui se présepta njUttfeUemeat à l'eaprit, savoir lequel des (iâu^ fut plus av^aiïtageiax à Jea«-Baptisle , ou de ce qu'il servit de témoin au Fils de Dieu^ ou de ce que le Fils de Dieu lui servit lui-même de témoin ; et je prétends qja*on peut bien appliquer ici ce que disoit saint Augustin, lorsque, faisant le parallèle des deuic apôtres de Jésus-Christ, saint Pierre et saînt Jean Tévangéliate, il de* inandoit qui des jdeux avoit eu une destinée plus souhaitable et plus digne d'envie: ou saint Pierre, qui, selon le rapport de l'Évangile, sembloit avoir aimé son maître plus ardemment ; ou saint Jean, qui , comme disciple favori, en avoijt été plus tendremeùt aimé : car ce saipt docteur répondoit qu'à jugier de l'un et de Fautre par les règ^jes de la religion, il y avoit eu plus ie mérite à aimer comme saint Pieri^, mais qu'il y avoit eu plus de bonheur et plus de faveur à être aimé comme saint Jean; et qu'ainsi la comparaison ne pouvoit être qu'à.ravaotage des deux, parceque ^ saint Jean avoit eu au-dessus de saint Pierre la préférence de la tendresse et ia prédilection de Jésus-Chjist, saint Pierre l'avoit emporté sur saint Jean par la ferveur et le «èle qu*il avoit témoigné pour Jésus*Cbrist. Il m'a paru, dis^je, que c^ce décisioQ de saint A^ugustin convenoit parfaitement à la question que je me suis proposée touchant le divin précurseur saint Je^n-Baptiste; car en voici la juste application : avoir servi de témoin ^ Fils de Dieu, c'est ce qui a fait le mérite de ce grand Saint ; mais avote* eu pour témoiq Je Fils de Dieu même, c'est œ qui a fait son bonheur et 9a gloire; et je viiis vous montrer que cette gloire a été la rëcom-*
pense et le couronnement de son miérîte, comme il est vrai qne son mérite a été le fondement et le principe de cette gloire. Écoutez-moi ; il n*y aura rien en tout ceci qui ne vous instruise et qui ne vous édifie.
Ne vous étonnez pas, Chrétiens, qne le Sauveur du monde, par une espèce de reconnoissance, ait bien voulu rendre témoignage à saint Jean, et servir de témoin à son témoin même; c'étoil, dit saint Ghrysologue, pour vérifier dès-lors, et pour accomplir, par avance cette promesse si solennelle et si authentique : Qui eonfUebitur me coram homniifus^ confiubor et ego eum ecram Paire meo (Matth., 10) : Quiconque me confessera et me reconnoitra devant les hommes, je le recounottrai devant mon Père et devant les anges, au jour de mon dernier avènement; ainsi Tassuroit le Fils de Dieu, parlant des Justes en général : mais à l'égard de Jean-Baptiste , il a encore plus fait ; car sans attendre la fin des siècles, il lui a servi de témoin dès cette vie, il Ta reconnu , il Ta glorifié en toutes les manières. Je m'explique : qu'a fait le Sauveur du monde pour honorer son précurseur? il a rendu témoignage à la grandeur de sa personne , il a rendu témoignage à la dignité de son ministère , il a rendu ténioignage à l'excellence de sa prédication, il a rendu témoignage à l'efficace de son baptême, il a rendu témoignage à la sainteté de sa vie et à l'austérité de sa pénitence : tout cela, autant d'éloges sortis de la bouche du Fils de Dieu même, en faveur de saint Jean : pesez-les , mes chers auditeurs, et admirez-les.
Non , jamais homme ne s'est attiré et n'a reçu tout à la fois tant d'honorables témoignages que saint Jean-Baptiste. C'est ce que nous apprend l'évangile de ce jour; car nous y voyons les anges et les hommes, par une espèce de concert, occupés à l'exalter. Les hommes, au premier bruit de sa naissance, en sont déjà dans le ravissement, et manquent, ce semble, de termes pour exprimer les hautes idées qu'ils conçoivent de sa personne; ils se demandent les uns aux autres, Quis, putas, puer iste erit ( Luc, 1 )? Que pensez-vous que sera un jour cet enfant? comme s'ils disoient : Yoid un enfant en qui la nature et la grâce ont déployé tous leurs- trésors, un enfant de bénédiction, un enfant de prodiges et de diràcles. Déjà, tout enfant qu'il est, hi main du Seigneur, c'est-à-dire lapuis^nce et la force de Dieu, est avec lui ; déjà il a délié la langue de son père' Zacharie; déjà il a rendu féconde la stérilité de sa mère Elisabeth : mais sll a fait en naissant tant de merveilles, que fera-t-il dans lejprogrès de sa vie ? s'il est si grand dès son berceau , que sera-ce quand, avec Tâ.'je, il aura atteint la perfection d'une vertu consommée? c'est un secret, ajoutent-ils, que nous nous contentons de-révérer, et qu'il ne uqus est pas possible de pénétrer : El posuerunt omnes qui audierunt, in corde suo^ lUcentes : Quis, putas, puer iste erii (Ibid. ). Après avoir entendu toutes ces merveilles, ils les conservent dans leur cœur, et ils demeu-