‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 19 sur 99 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Je lais l'éloge du prince des apôtres, du chef visible de l'Église, du vicaire de Jésus-Christ en terre» mais qui» par une disposition particulière de la Providence, n'a pas laissé avec tout cela d*étre pécheur ; qui» malgré tout cela » est tombé » et a eu besoin de se relever par la pénitence ; et qui, par la pénitence, est aussi rentré dans tous les privilèges et dans tous les droits attachés à son apostolat. Je parle d'un Saint dont Jésus-Christ a béatifié la foi» et le zèle à confesser la foi; mais qui » dans Tabondance même des lumières de sa foi» avant qu'il eût reçu le Saint-Esprit , n'a pas kissé d'avoir ses ténèbres , c'est-àdire sts erreurs ; et qui, malgré la ferveur de son zèle, a eu ses imper-

PODR Lk PÈTE DE SAINT PIERRE. m

fectioDs et ses foiblesses : or l'un et l'autre , dans le dessein de Dieu » doit aujourd'hui nous instruire, et contribuer à notre édification.

II est donc du devoir de mon ministère que je ne sépare point ces deai choses, et qu'en prédicateur fidèle de la divine parole, considérant saint Pierre dans l'éiat où TËvangile nous le représente, je veux dire dans cet état de béatitude commencée, mais non encore consommée par la venue du Saint-Esprit, Beatus es, Simon Batjona (Matth., i6), je vous parle de ses erreurs aussi bien que de ses lumières, de tts foiblesses aussi bien que de ses ferveurs, de sa chute et de son pécUiussi bien que de ses mérites. Il est vrai , c'est sur la foi de saint Pierre que la prééminence de sa dignité fut dès-lors fondée ; mais ^|fh tout, la foi de saint Pierre n*étoit pas encore parfaite, quand Jésus-Christ lui dit : Vous êtes bienheureux , parceque ce n'est point h chair ni le sang qui vous a révélé ceci, mais mon Père qui est dans le ciel. U est vrai, saint Pierre confessa que Jésus-Christ étoit le Fils du Dieu vivant , et c'est par cette confession qu'il mérita d'entendre ce que Jésus<]lhrist lui répondit : Vous êtes Pierre, et c'est sur cette pierre que je bidrai mon Église; mais après tout, en ce moment-là saint Pierre n'étoit pas encore à l'épreuve des tentations où sa foi devoit èlre exposée; il n'étoit pas encore inébranlable dans cette confession de foi qu'il faisoit avec tant de zèle. Or c'est à nous, comme je l'ai dit, de profiler, non seulement de l'exemple de sa foi , mais des imperfections mêmes de sa foi : de l'exemple de sa foi en l'imitant, et des imperfections de sa foi en les évitant. C'est à nous d'apprendre de lui à confesser de bouche la foi que nous avons dans le cœur; et si quelquefois nous sommes assez malheureux pour manquer de ferveur et de courage dans la confession de notre foi, c'est à nous d'apprendre à réparer comme lui, par une fervente pénitence, cette honteuse et scandaleuse lâcheté : deux points, mes chers auditeurs , où je renferme toute cette première partie. Écoutez-moi ; il n'y aura rien là qui ne soit proportionné à la capacité de vos esprits, ni rien que chacun de TOUS ne paisse et ne doive s'appliquer. Commençons.

La foi de saint Pierre étoit grande sans doute et très grande, quand Jésus-Christ lui dit, Beattu es : Vous êtes bienheureux, Siôion, fils de Jean. Car en vertu de celte foi , saint Pierre avoit tout quitté pour suivre Jésus-Christ ; en vertu de cette foi, il avoit marché sur les eaux pour aller à Jésus-Christ; en vertu de cette foi , plusieurs d entre les disciples s'éiant retirés du troupeau de Jésus-Christ , parcequ'ils se scandalisoient de sa doctrine sur le sujet de l'Eucharistie, et Jésus- Christ ayant demandé aux af ôires s'ils vouloient aussi se séparer de lui, saint Pierre lui avoit dit : Hél Sei<][neur, à qui irions -nous? car TOUS avez les paroles de la vie éternelle. Tout cela, marques évidentes de la grandeur de sa foi , qui ne fat pas, dit saint Augustin , une foi de spéculation et en idée, mais une foi réelle et de praii(|ue ; qui ne fut pas une foi morte, mais une foi vive et animée ; qui ne fut pas une foi

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stérile et infructuease. mais une foi, pour aipsi parler, riche ^t |é« conde, puisqu'elle produisit en lui de si surprenants et de si merveilleux efférs. Tout cela , preuves incontestables que, dès son premier eugagement avec J(&us-Gbrist , il Tavoit reconnp pour Fils du Dieu vivant. Car, comme raisonne saint Augustin, s'il Tavoitcru seulemeiit homme, il n'auroit pas renoncjé pour lui k fout ce qu'il possédoit 4aiis le monde ^ s'il l'avoit cru seuleo^ent homme, il ne lui auroit pas dit , Pomine , si tu es^ jubé f(ie ad te vemre super aqy^as (Matth., 14) : Si c'est vous , Seij^eur, ponunande^ , et dë§ ^'insitai^t je mariclierai sans crainte sur leau pour aller à vous; s'il Tavoit cru seulement hom^e, il se seroit scandalise , aussi ))ien que les autres , du commandeaient que lui fit Jésus-Christ de manger sa chair et de boire son sang; s'il Tavoit cru seulement hon^me , il n'fiurjoit p^;^ pris pe que Jésn^-Cbrîst leur annonçoit 4c ce mystère, pojyir des paroles de vie, et d'une vie impiorteile : Verbfipilœ ceterrue habes (Jo^n,; jS). Il e^ donc vr^i qiia ce n'étoit dès-lors, ni la chair ni le s^ng, mais l'espri^ ^éme de Dieu qui lui a voit (|onné le$ hi^utes et sublimes counoiss^uiciss dont jjl se troayoit rempli.

ypilà^ mes chers auditeurs, 4es qualités de la foi de ^int Pierre , et voilà en quoi la jFoi de saint Pierre dojit ^fre le n)0(}èlede la nôtre. Pnspez garde : ce fut pue ^oi pratiqua , ^ne fg^ ef^cace et agissante, que ce)Ie de saint Pierre, et telle doit être notre foi ; car une foi oisive, une foi qui s'en tient k des paroles, une foi qui ne consiste qu'en de belles et dcjspécieuses maximes, une foi qui se borneàdps senlinientJ^^ans ^ller jusqu'au]^ œuvres , c'est une foi qjui ne peut servir qu'à notre condamnation ; c'est la foi des démons , qui croient, qui trembleni , et qui en denieurent là. Ce fnt une foi généreuse, en ver|ii de laquelle çaint JPierre abandonna non seulement tout ce qu'il possédoit, m^is tpi|t ce qu'il étoit capable de posséder, mais tout ce qu'il poq voit espë* rer, mais tout ce qu'il pou voit désirer; tellement qu'il eut bien raison de dire : Eccè nos reliquimus omnia (Matth. , 19) : Voici que nous avons tout quitté. Et c*est ainsi que notre foi doit nous détacher de tout, en sorte que nous quittions tout, non pas toujours réellement e^ en effet, mais au moins de cœur : ç'est^à-dijre que nous soyops disposes à quitter tout ; que nous soyons dégagéjs de toute affection aux biens que nous possédons; que nous soutt^nions avecpati/sncela perte de ces biens, quand il platt à Dieu de nous les enlever ; que rous soyons tranquilles et soumis, quand !a Providence permet que ces biens diminuent ; que nous nous dépouillions avec joie d'une partie de ces biens pour en assister les membres de Jésus-Christ et nos frères, qui sont les pauvres ; car une foi en conséquence de laquelle on ne renonce à rien , on pe quitte rien , on ne se refuse rien et l'on ne veut rien se refuser, c'est une foi chimérique, qui ne peut être de nul mérite devant Dieu, et que Dieu même réprouve. Ce fut une foi pleine de con< gjtnce qui fit marcher saint Pierre §ur les eaux , sans crajodr^ le péril

MUR LA PÊT£ DE SAIHT NERRB. 19S

où il s'exposoky ni la tempête dopt la mer ëtoit agitée ; et si netre foi est toile que Dieu la demande » il faot qu'elle se soutienne au milieu dfis dangers du monde, au milieu des persécutions et des disgrâces da monde, au milieu des changements et des révolutions inëvit2d>le8 dans keonrs du monde; ear une foi qui doute, une foi qui hésite , n'a plus ce caractère de fermeté qui est essentiel à la vraie foi. de fiit une foi à fépreuve da scandale où tombèrent ces dis(»ples iacréduleSy qui, ne pouvant comprendre l'adorable mystère de noft autels que Jésua« Christ leur annonçoit, en prirent occasion d'abandonner ce Dieu fiaoïeur ; et notre foi, comme celle de saint Pierre, doit nous fortifier eoatre tant de discours que nous entendons , contre tant d'exemples <|iieiK)tts avons sans cesse devant les yeux, afin que nous puissions kin à Dieu la même protestatioD que fit ce prince des apôtres : Et ri «mnes icandalixati fuerint în t«, t<d non ego (Marc. , 14) : Non^ Seiçceor, je ne m'éloignerai jamais de vous ; quand tous les hommes vous SQToient renooeé, et que de tous les hommes je resterois seul sons robéissance de votre loi, je ne m'en départirai j«mais : follût-il résister à toutes les puissances de la terre, fallàt-il donner ma vie , vous me trouvera toujours fidèle : Et si oportumt me commori tibi , non te nega6o(ll4aG., i4)«

Telle élok , dis- je , la foi de saint Pierre ; mais quelque grande que fàt sa foi, j'ai ajouté qu'elle n'était pas encore parfaite, parcequ*il n'avoic pas encore reçu le Saint-Esprit : il ne fout que lire l'Évangile pour en être persuadé ; car immédiatement après que saint Pierre eut rendu témoipage à ia divinité de Jésus*Christ, le Fils de Dieu ayaat déclaré à ses disciples qu'il alloit à Jérusalem , et que là il devoit être livré aux Gentils, moqué, outragé , déchiré de fouets, crucifié : Àb! Sei^eur, reprit le saint apôtre, à Dieu ne plaise que tont cela vous arrive ! parole dont Jésus-Christ parut indigné, et qui lui fit dire à ce chef même de son Église : Retirez-vous de moi , satan ; vous êtes un scandale pour moi , et vous n'avez point de goût pour les choses de Dieu, mais seulement pour les chospsde la terre : Vatte post me , «atana , scandalum es mihi (Matth., i6). Il s'en fîilloit donc bien, remarque saint Ghrysostome , que la foi de saint Pierre ne fut dans le degré de perfection où elle devoit être, puisqu'il se trouvoit prévenu d'une erreur aussi pernicieuse et aussi grossière que celle de croire qu'il ne convenoit pas à Jésus-Christ de mourir pour le salut des hommes. Elle n'étoit pas non plus parfaite, cette même foi, lorsque saint Pierre ayant d^abord marché avec confiance sur les eaux, mais voyant ensuiteles flots de la mer agités, craignit, et s*écria: Seigneur, sauvez^ nous, autrement nous sommes perdus ; sur quoi le Fils de Dieu lui fit ce reproche : Homme de peu de foi, pourquoi avez-vous eu peur? Modtcœ fidet, quare dubitasti (Matth., 14)? Enfin, sa foi étoit bien impai'fâte, quand, pprès avoir été trois ans entiers à l'école de Jésus* Cbiîst I nprès «voir entendu ^i souvent ce divin maître expliquer 1«|

Tëritës évangëliques, i! ne les comprenoit pas; car, comme Ta formellement observé saint Luc, ce que cet adorable Sauveur disoit à ses disciples de la nécessité des souffrances, de l'avantage des croix , du renoncement à soi-même , ils le regardoient comme des mystères cachés, et comme autant de paradoxes : Et erat verbum Utud abicandi^ lum a^ m (Lvc, 18).

Voilà, Chrétiens, les ténèbres de la foi de saint Pierre; mais en même temps voilà les écneils de notre foi, et ce que nous devons éviter. Saint Pierre crut Jésus-Christ Fils du Dieu vivant, mais il se scandalisa du mystère de sa passion et de sa mort ; c'est ce qui nous arrive tous les jours , car nous adorons la personne de Jésus-Christ, mais nous nous scandalisons de sa croix , nous nous scandalisons de son Évangile : l'orgueil et Tamour-propre qui nous dominent , forment en nous une opposition secrète à ses maximes et à sa loi. Ce scandale parolt dans nos actions : nous nous disons chrétiens, et nous vivons en païens. Que fit Jésus-Christ, justement offensé du scandale de saint Pierre? Il le reprit avec aigreur, il le traita de Satan, il le rejeta.Prenez garde, mes Frères, dit saint Hilaire : le Fils de Dieu brûloit d'un désir si ardent de souffrir pour nous, qii'il ne put voir sans indignation que Pierre entreprit de combattre ce dessein. Or ce même Sauveur n'auroit-il pas encore plus droit de nous dire, comme à son apôtre : Vade post me, satana : Allez, hommes lâches et sensuels, amateurs de vousmêmes et idolâtres de votre corps , vous n'avez jamais connu le prix de ma croix ; car ce mystère de la croix est trop relevé pour vous ; et tant que vous serez esclaves de vos plaisirs, vous ne comprendrez jamais que ce qui peut flatter la chair et satisfaire la cupidité. Dès que saint Pierre fut assailli de Forage, il trembla, malgré la confiance qu'il avoit d'abord marquée; et tandis que nous sommes dans la prospérité, que les choses du monde vont selon nos souhaits, et que rien ne nous trouble, nous nous confions en Dieu, nous nous soumettons à Dieu , nous bénissons Dieu ; mais sommes-nous dans la peine et dans l'affliction , une disgrâce imprévue nous arrive-t-elle, les affaires du siècle prennent-elles pour nous un mauvais tour, c'est là que notre courage nous abandonne, nous commençons à douter de la providence du Sei- .gneur, nous nous élevons contre elle, nous manquons de foi, ou nous n'avons qu'une foi timide et chancelante : Modicœ fidei^ qtuure dubi" tasti î Mais avançons.

Saint Pierre ne se contenta pas de croire la divinité de Jésus-Christ, il la confessa hautement, il la confessa avec zèle, il la confessa au nom de tous- les apôtres ; et c'est particulièrement en vue de cette confession de foi, que Jésus-Christ le choisit pour être la pierre fondamentale de son Église : Et ego dico tibi. Quia tu es Petrus^ et super hanc petram œdificabo Ecclesiam meam (Matth., 16). Autre exemple que Dieu nous propose en ce saint jour ; autre règle qu'il nous ordonne de suivre, et à laquelle nous devons nous conformer, si nous voulons so-

lidement établir notre salut; car pour être sauvés, Chrétiens» il ne suffiipas, selon saint Paul , que nous croyions de cœur, mais il faut encore que nous confessions de bouche; il ne suffit pasqu'iuiérieuremeot et dans l'amie nous adorions Jésus-Christ comme notre Dieu , mais il faut qu au dehors, et devant les hommes, nous lui rendions le témoignage qui lui est dû ; et comme toute TÉ^lise est fondée sur la confession que fit saint Pierre de la divinité du Fils de Dieu , j'ajoute qae le salut de chaque fidèle d^t être fondé JBXkv la confession qu'il fera de sa foi. Confession, prenez garde, s*il vous platt, confession de foi doot Tobligation rigoureuse est également et de droit naturel » et

^ droit divin; confession qui renferme .deux préceptes, l'un négatif, permettez-moi de m'exprimer de la sorte, après les théologiens, l'autre posiûf : Tun qui nous défend de rien faire, de rien dire qui soit seulement, même en apparence , contraire à la foi que nous professons ; l'autre qui nous oblige à donner des marques publiques de celte foi, selon que les sujets et les occasions le demandent pour l'bon.ncmr de Dieu et pour l'édification de l'Église : deux devoirs absolument jpdispensables, s'agit-il de tous les.blens du monde et de sacrifier jusqu'à notre vie ; confession selon laquelle, au jugement de Dieu, nous serons ou reconnus, ou réprouvés de Jésus-Chr ist. Car quiconque me reconnoiira devant les hommes, disoit cet adorable Sauveur, je le re« connoîirai devant n^on Père : Qui confitebitur me coram hcrniinilnu , confitebortt ego eum coram Pâtre meo (Matxh., iO), Et, par une règle toute contrail%, quiconque devant les hommes m'aura renoncé, je le renoncerai en présence de mon Père : Qui negaverit me coram homi" nibus, negabo et ego eum coram Pâtre meo (Ibid.). C'est donc à nous d'imiter saint Pierre dans cette confession si nécessaire : c'est ce qu'ont fait les martyrs , quand ils ont paru devant les juges de la terre, et qu'ils ont versé leur sang pour .la cause de Jésus-Cbrit; c'est ce qu'ont fait tant d'hommes apostoliques , quand ils ont passé les mers et qu'ils ont pénétré jusqu'aux extrémités du moude pour y. annoncer le nom de Jésus-Christ ; et c'est ce que nous devons faire nous-mêmes, chacun dans notre condition , et autant que le demande l'honneur de Jésus-Christ.

Cependant (ô profondeur! ô abime des conseils de Dieu! ) Pierre, tout éclairé qu'il étoit d*en haut, n'étoit pas encore inébranlable : c'étoit la pierre sur laquelle l'Église devoit être bâtie ; mais cette pierre n'avoit pas encore toute la stabilité nécessaire pour l'affermissedibnt de rÉglise, En un mot, saint JPierre, après avoir confiasse Jésus-Cbrist, le ren{>Aça ; après avoir dit à cet Homme-Dieu, Vous êtes le Chrïst, Fils du Dieu vivant, il fut assez foible et assez lâche pour dire, pariant de ce même Sauveur : Je ne le connois point. Dieu le permit ainsi. Chrétiens , et la Providence eut en cela ses desseins particulier^, que nous devons adorer. Mais dans cet exenople reconnoissons-nous nousmêmes, car yoi\k ce que nous faisons en mille rencontres : naus con- B. 4. • 12

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fessons Jésus-Christ de bouche ; mais combien de fois dans la pfati« 4ue Tavons-nous renoncé plusindi{jnement et plus hontènsement que saint Pierre? combien de fois et en combien d'occasions n*âYons-nous pas rougi d'être chrétiens? eombien de fois avon^nous paru devant les autels da' Seigneur, comme si jamais nousnei'avîcinstontiu? et eela, tantôt par un respect homain, tantôt par tme fausse politique» tantôt par un libertinage affecté^ tantôt par un scandateqninous a en^' iratnés, et à quoi nous- n'avons p;;ts%i la forée de résister,' d'autan!: plus coupables, en trahissant notre foi, qu'il ne Vagîssoit pas pouf éOHS, comme pour saint Pierre, de perdre te vie. Chute «tesîlint Pierre, qui doit toujours nous faire trembler, qui que nous soyons, et qudqifc formes, jusqu'à présent, que nous ayons pu être ; ^r si cet apôtre, et ce prince même des slpôtres a eu un soit si déplorable» que ne de vousnOtts pas craindre pour nous? si ce fondement de TËglise de Jésus- Christ a été ébranfê, et s'il est iùtùhé en mine, nous qui sommes la ftribksse même , la fragilité même , la pusillammité même , avec quelle défiance de nous-^mêmes et quéUe . frayeur des jugements de Dieu ne devônâ-nous pas nous conduire? Chute de saint Pierre, qtti procéda tit trois causes : de sa présomption, de sonofgueil et de son imprudence/ De sa présomption, qui lui fit dire à Jésus-Christ, avant que t)e s'être bien éprouvé Ini^iéme : Je suis prêt à voussuîvrel jusqu^àlamort; quoique Jésu8*Christ lui éftt dit : Avant que le coq chante , vous me renoncerez trois fois. De son orgueil -, car H se préiBéf aà tous les auti*e$ apôti*es; en sorte que le Fils de Dieu leur ayant drt, Vous m'abandônnerfez tous aujourd'hui, Pierre, rempli d une vaine opitîon de lui-même, lui répoiïdit hautement : Quand voxn tes autres vous abandonneroient, pour moi, je ne vous abandonnerai pas. De son imprudence : tout foible qu'il éioit, il ne laisia pas de s'exposer à l'occasion, en entrant dans la 'maison du pontife, et en demenrarrt àul milieu des efnnemis de Jésus-Christ. Trois causes, mes chers auditeurs, qui nous font tous les jours tomber dans le même désordre que saint Pierre : nous sommck présàmptueitî comme lui, vains comme loi, hnpinidenls et tértiéraires comntë lui. Chute de saint Pierre, qtii doit, après tout , nous consoler, puisque le dessein de Dieu, en la permettant^ a été de nous faire voir, dans la personne de cet apôtre, un'pécheur prédestiné pour être un vase de miséricorde.

Ei par quelle pénitence en effet se releva-t-îl d'une telle chute , et là îlpara-t-îl? Pénitence la plus prompte; il ne fallut, pour le toucher et le. convertir, qu'un regard du Fils de Bieù : pénitence la plus fervente ; il pleura, et il pleura amèrement : pénitence la plus CônJtante; durant tout le reste de sa vie oublia-t-il jamais son péché, et ne l'eutil pas toujours devant les yeux^ pour le pleurer toujours avec la même amertime? pénitence qui non-seulement rétabfit sa for, mais qui le mît en état de rétablir là foi de tous les autres; cat c'est à lui que le Sauveùr du njbnde avoît dît :Et m afiqUandà couverais , cmjima fratret

POUR LA FÊTE DE SAINT PIERRE. Ùé

tuos ( JoAN., 2^) : Quand vous serez converti et que vous serez revente de votre égarement , travaillez à rappelei^ Vos frères dispersés , à les msseikibler ^t à les confirmer : or n 'est-ce "pas ce qu'il à fait, et n'eutil pas une grâce pkrlicultë<*e pour gdgner fe^ cœurs les plus ismfurdSy pour convaincre les esprits: les plus opiniâtres, et pour leur ih^irei^ le don de la foi? Dès les premières prédications qu'il fit aàx Juin, né sotttiiiC*il pas à l'Évangile, tantôt jusqu'à trois mille âmes, tàhtfttjtisqu'a dnq mille? et ûûûs le coufs de son apostolat , conlbién de prô- %^esa-t-il éclairées, combien d*Églisçs a-t-il ftindées? Ah!tal^ dièlfs auditeurs , il parloità des Juifs déclarés contré là foi qu'il leu^ ' «toDoçoit ; il parloit à des païens élevés dans les supel'Stitiètas et léS têaéb^s de la plus grossière idolâtrie; et cependant il le^ persuadait, Dlessanctifioit, il en faisoit de parfaits clirétiehà : nous vous préchoi^s la même loi que lui, nous vous annonçons les niémc^ vérités ; paf quel iDODstrueux renversement te serôiént-elles pas aussi efficaces dans le centredû christianisme, qu'elles Totit été au milieu du judaïsme et d\]|[>agànisme?Quoi qu'il en soit, aitachons-nous à Ik foi de saint Pierre'; et si nous sommes tombés comme lui faisons pénitence domm'e lui ; dîsonsl Xésus^hrist :TttesCfcrîsm«, MusDei tm. (M[AitH.,ie) Oui, Sëigneùi*; je veux vivre et mourir dans celte Sainte fci, qui vous reconûoit pôuf TeAvoyé de Dieu, pour le Christ et lé Fils àh l)leû : si le libertinage àè moDcœunfn'aséduiteti certaines rencôhtrbs et en certains temps de ma vie, maintenant que votre gi*ace répï^nd dans mofa esprit une lumièt^ë toute nouvelle, je renonce à mes errent*^, et je vousVends' l'homknage d'une foi spuitiiseet docile. Jamais saint Piei're ne se dévoua plus ardemment à v^tre service qt}*aprè$ son pêche; et mes égarements passés ne serviront qu'à redoubler mon zèle pour vous. Àirisf, Chi^ëllens^ devons-nous iiiiiter la foi de ce saînt'apôlre; pour Imiter encore soii

amour , dont j'ai à vouk parlei^ Jkns là âecbnde partie*

Selon Pordre que nous a marqué saint Palrl, le fotad«menl de toutte le^ vâ^ttt^, c'est la foi^ mais ja charité en est le ccmitileetla pc^fidcâolit Mùjor ttutem korum ett oharitas (1. Cor,, 13) : aussi lé 8ativett)r Ile . (io^na-^ilà saint Pierre, preférablemient à tous les atilires apôtres , lé gouvernement de son Église, que parceque; entre tou^'tds autres, dé fin saint Pierre qui lui témAigna plus d amour. En cotibéqkienoe énS sa foi, ou plutôt de sa confession de foi, Jésus-Christ hii atoit proitiiii les cleis du ciel, la puissance de Hei^ et de délier , lâ juridiction spiii^^ tuelle et universelte sulr tout le monde chfétien; Mâfis Confisent fuHl mis en possession de ces clefs, de cette puissance et de cette autotilé souveraine? par son amoar, et à cause dQêon amouf . L'tmiôur ddlic^ > dit saint Augustin, acheva ce que la foi avoit commencé. Saint PiehPe,^ en c64fessant la divinité dé Jésus-Ghrist, avoit inétiié qtie Jéaos-Ghpfcc. loiftt cette promesse soletmene et autltentique, (^«lit èuf fbus qiië jfiHf'

bâtirai mon Église, et par, vous queje la gouvernerai ; et saint Pierre» par son anîour pour Jé$,us-Christ , mé/ ita que Jésus-Christ ratifiât dans la suite ex accomplit cette promesse. Appliquons-nous encore ceci , mes éher^ auditeurs ; et après en ayôir tiré une nouvelle ma* tière d'éloge pour notre glorieuxapôtre, tirons-en pouc nous-mêmes une nouvdle instruction.

Le Sauveur du monde, comme il s'y étoit engagé, veut établir saint Pierre pasteur de son troupeau et chef de sou Eglise; mais pour cela que fait-il ? Il ne demande plus à cet apôtre : Que disent de moi les hommes? Hiais il lui demfinde : Si'aimez-vous? Simon Joanms\ amas me ( JoAd., SI )?£t, sans se contenter d'un amour ordinaire, il ajoute: Avez-vous plus d'amour pour moi que tous ceux-ci ? c'étoit des autres apôtres qu'il parloit : Simon Joannis , diUgis me plus his (Ibid. ) ? Non pas, dit saint Chrysostome, que cet Homme-Dieu eût besoin d'interro* ger delà sorte saint Pierre pour être instruit de ses sentiments, puisqu'il n'ignoroit rien de tout ce qui se passoit dans son cœur; mais il rinterrog'e,, pour donner lieu à saint Pierre d'effecer, par une proiesti^tion d'amour jusqu'à trois fois réitérée, le crime qu'il avoit commis em renonçant trois fois ce divin maître ; ilTinierroge pour faire voir qUel doit être celui à qui cet adorable pasteur veut confier ses ouailles, piiisque ce n'est qu*à celui qui aime Jésus-Christ, et qu'on ne mérite de conduire ce troupeau fidèle qu'autant qu'on ai^e Jésus-Christ ; il l'interroge pour montrer par-là cdmbien Jésus-Christ aime lui-même son tifoiipeau, puisqu'il n'en veut donner le soin qu'à celui qui lui témoigne plus d'amour ; mais que répond saint Pierre ? Vou5 savez, Seigneur, queje vous aiine : EtiaM Domine, tu scis quia amo'fô( Ibid.). Eh bien ! répond le Fils de Dieu* paissez donc mes.agnqâux, c'est-àdîre mes fidèles i pasce agnos ,meo8 ( Ibid. ). Car ce sont les miens , et non pas les vôtres, et je veux que vou» les gouverniez comme étant à moi et non point à ^us ; et qu'en les conduisant , vous n'y cherchiez point voire intérêt, mais leurutîlîîé €i ma gloire. Ce n'est pas assez : le Fils de Dieu lui demande^une seconde fois , M'aimez-vous? pourquoi? afin qu'il, paroisse davantage quipramour de s^nt Pierrç.estiin amour éprouvé et solide,* et pour une itrcNSième foi^ il lui de^nande, M'aimez'-vous plus que tous les autres? afin de tirer de lui cette pa<> ,role si vive et si ani(née. Vous savez toutes choses. Seigneur, et par-la m0me voi(^ sdvez que je vous aime , et cfttQ je suis prêt à donner ma vie pour la vôtre ; sur quoi JésuB-Christ ne lui dit plus seulement. Paissez mes agneayx , Posée agnos meos ( Ibid. ) -, mais, Paissez mes brebis , Posée oves meas , voulant ainsi lui faire entendre qu'il ne lui dpnaoit pas seulement le soin de son troupeau , mais des pasieurs c te son troupeau, marqués sous la figure des brebis qui nourrissent les

a gneaux.. * ^ . » t

C'est donc sur l'amour de saint Pierre pour Jésus-Christ qu e&i

fo adée la prééminence de sa dignité et de la juridiction qu'il a eue, sur

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tonte l'Église. Mais quelles furent les qualitës de cetâmoui»? <i'esl ce que nous devons considérer^ et ce qai doit servir à votre édification. Eodeux mots, ce fut un amour humble, et ce fut un amour généreux. Amour humble» et par-là opposé au zèle présomptueux de cet apôtre pour JésasGbri&t, dans le temps de sa passion. Amour généreux, et )ar-là opposé à la foiblesseet à la làdieté de cet apôtre lorsqu'il renonça Jésus-Christ. Or« dans l'une et dans l'autre de ces deux qualités, l'amour de saint Pierre doit être le modèle du nôtre. Appliquez-vous.

Ce fut un amour humble; car Jésns-Christ demandant à saint Pierre, Vaifflez-vous plus que tous vos frères? Pierre ne lui répondit pa« , Om, Seigneur, je vous aime plus qu'eux ; maïs il se contenta de lui dire simplement , Je vous aime, n'osant pas Se préférer, ni même se comparer à eux. 11 ne dit pas^ même absolument à Jésus-Christ, Je vous aime ; mais, Vous savez» Seigneur, que je vous aime : comme s'il eAt voulu lui dire : C'est à vous, Seigneur, d'en juger ; car vous êtes le scrutateur des cœurs. Peut-être me tromperois-je dans le jugement que jeporieroisdu mien; peut-être me flatterois>je d'avoir pour' vous plus d'amour que je n'en ai; peut-être présumerois-je de moi-même : mais vous en êtes le juge, et vous connoissez mes véritables sentiments. Aussi quand le Fils de Dieu l'interrogea de la sorte, ce ne fut pas tant poup éprouver son amour, par comparaison avec les autres apôtvPSf que^p^ur éprouver son humilité; car il n'ignoroit pas que saint Pierre ne pou voit savoir quelles' étoient les dispositions intérieures des apôtres, et par conséquent qu'il ne pouvoit pas dire : Je vous aime plus qu'eux. Mais ce divin maître voulut que Pierre fit voir son bamilûé, et qu'au li^u de dire comme autrefois , Quand tous les autres ne vou^aimeroient pas, je vous aimerois ; il dit seulement : Je vous aime. Ah ! Chrétiens, sans l'humilité il n'y a point d'amour ni de vraie charité; et si l'amour de Dieu étoit mêlé d'orgueil , il cesseroit d'éU'e amour de Dieu, et dégénéreroit dans un amour criminel de soimême.' C'est sur cette humilité que Jésus-Christ a état>li la première de toutes les dignités ; c'est sur ce fondement que doivent être établies toutes les vertus.

Cependant* notre saint apôtre s^attrista , et il s'afligea , voyant que Jésus-Christ lui demandoit jusqu'à trois fois : M'aimez- vous t et pourquoi s'affligea«t-il? c'est > répond sQînt Chrysostome, qu'il commença à se défier de soi-même ; c'est qu'il commença à douter si en effet il aimoit autant Jésus-Christ qu'il prétendoit TainMir ; c'est qu'il commença à craindre que Jésus^Ghmst ne vit dans le fond de sou cœur quelque disposition contraire à l'amour sincère qu'il se fiutloit d'avoir pour cet HommorDieu. Il se souvintde la prédiction que le Sauveur du monde lui ayoit faite dans une autre rencontre , en lui disant : Vous me rettoncerez iusqu'à trois fois :ce qui étoijt arrivé malgté ses protestations et ses resolutions ; et il craignit qu'il n'en.arriv&t ici de

^ POUR ^A FÊTi^ ^ SAllHT MEftRfi.

nème, et que la demande dn Fils de Diéd ne lui annonçât dans Tave* nir une chate nouvelle, et aussi funeste que la première. Voilà ce qui Faurista et ce qui l'affligea : car, teucbë qu'il étoit de l'amour le plus solide pi)nr Jésus-Christ , rien ne lui parut plus douloureux et plas affligeant que de n'être pas assuré de cet amour. M'aimer pasJësus- Gbrist , c'est ee qu'il regarda coonme le souyeraio mal , et le oombte de tous les maux. Et d'être seulement soupçonné de n'aimer pas cet aimable Sauveur, ee fiit pour lui un' sujet de tristesse dont il se sentit presque accablé : Côntristatus Petrus ( Joan. , 21 ). Ah ! Seigneur, lui dit-il, ne m^affligez pas jusqu'à ee point, que de me laisser dans un tel doute. Je crois voua aimer ; mais pour rendre mon amour plus certain, mettez- le à telle épreuve qu'il vous plaira. Le plus sensible témoignée de l'amour, c'est d'être prêt à mourir pour celui qu'on aiçie ; je veux bien passer par celte épreuve ; et déjà, dans la préparàition de mon/œor, je donne noa vie pour vous : Et animam mem pra te pan/am (Joan. , 15). Tirez-moi seulement, Seigneur, de cette cruelle incertitude où je suis , et du trouble où vous rne jetez en me denoandant si je voua aime. La mort me seroit mille fois plus douce, et îe wuwrois tranquille , si j^ pouvois compter que je vous aime et fMe vom^ m^aimez.

Il n'étoit V^ possible que Jésus-Christ , qui avoit admiré l'huinililé du centenier ^\ celle de la femme ehanianéenne , ne*fut louché de Vhumilité d^ Sie» apôtre, il exauça ses vœux ; et pcpr l^î marquer çooij^leii il se tenok sftr de scm amour, il le niit à la tête de tous les apôtres , il l'éleva au-^detsua d'evx ; il le distingua : tant il est vrai « Chrétiens , quie comme celui qui s'exalte lui-même sera abaissé, celui, au contraife', qui. s'abaisse sera «xâhé. Quand ^aint Pierre présuma de. luM-lnéme, et qu'il se orut assez fort pour résister à%t teiîtatîoni Dieu peruvt qu'il succombât , afin de lui faire connettre sa foiblesse; mais quand il s'huoiilia, et que, dans une sainte défiance de ses pro* près s'mtifflettts , iè n'osa fsûre fond sur son cœur» é'est alors que Dieu h plaça dans^ le plus haut rang , et que Jésns-Ghrist , par la plus édatanie distiactàm et sans nulle réserve , le fit dépositaire de ses droiu et de sa puissance. Amour de' saint Pierre, amour humble; et, de plp , aifUMir g^éreux , au'tiie qualité bien remarquable-.

AfUMJ^ généreux, cest^à-dire amour fervent, amour patient» ^aaourk héroïque, opposé à l'amoùp làcbe, à l'amour timide, à Tamour f ciblé et langnisaant qUecet apôtre avott fait parottre. Amour fervent: de qufil&iji et de q«elèe ardeur étoit animé cet apôtre , quand il p^ obéît JésuShChnst^ (pjsUd 9 rendoît hautement témoignage à Jésu^' Chciai , quand il formott et qu'il exécutoit tant de saintes entreprises pour iésiis-£t|rist? Âmpiir fiadent : que ne dut poldt souffrir ^^^^ tnataumiiKen de tant d'ennemis qu'il eut h combattre , et d» tant d od^ fitacJe^i qu'il eua à surmontée pour la propagation de-l'Éva^fi^V^ JkÉ«ift^€hris^.'ct;pM]ir raffermissement de son ÉgHse^ sLIescoui^

POUR lA FÊTK DE SAIKT PIEIBR^ 1«5

fréquentes» ni Ie$ longs voyages, ni les veilles continuelles» ni les mi* sères, ni les persécution^} , niJ^s prisons, jamais rien pnm tasser son zèle et le rebuter ? Amour héroJique , en vertu auquel cet ap6tre eat je couruge et la force de s'expoier à I91 pl^s cruelle et ki plus honteuse mort ; vous me direz qu'il fut crucifia » et que la croix n'éioit plus un supplice ignominie^ 1 puisque d^n^i 1a personne de Jésus-Cbrist elle étoit plutôt devenue un sujet de glo^e; vous me direz que Jésgs-Gbrist ayant subi lui-œéroe ce genre de mort, les vrais -disciples ne devoienl ]l«sle regarder comme^n opprobre, mais comme un triomphe. J'en oonnens ; inais cest de là même que je tire une preuve incontestable de joa proposition ; car saint Pierre ne put envisager la croix comme JesDjet de sa gloire, que parcequ'il aimoit Jësus-Cbrist de l'amour le plus héroïque. Saint Pierre ne put désirer Ja croix , ne put sçupirer après la croix , ne put aller Chercher la croix , que parcequ'il fut tran$porté*poiir Jésus*Christ d'un amour sans bornes, «t qu'il voulut loi en donner une marque , en lui rendant amour pour amour, sacvi'* fice pour sacrifice. Saint Pit'rre ne put s'estimer heureux de nàourir sur la croix comme Jésus*Cbri&t , que parceque TeKcès de son amour lui fit souhaiter d*étjre en tout semblable à oet Homme-Oieu^, et oièma jusqu'à la mort, et à la mort de la croix.

Qutt qu'il en ^oit, ÇhréiieDs, c'est sur le modèle du prince des apAtres que nous devons tous nous former : car nous avbns.tous la mêmeobligatioQ d^imer Dieu* gi Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, et Diieu luj-ffléme. Or notre amour pour Dieu ^ et pour le FHs de Dieu , es^ce un amour généraux comme celui de saint *Pierre , c'est-à-dire* est-ce un amour fervent? est-ce un amour patient? estrce un amonr> héroïque? Prenez garde : est-ce un amour' fervent? mais qu'avons- Dous fait jusqu'à présent pour Dieu, et que faisons-nous ?, Peut-êtreappelonsonous amour de Dieu certttins discours v£|gnes et saus fruit: > car telle est l'illusion ordinaire de s en tenir à de spécieuses paroles, qui ne coûtent rien , et qui dans la pratique ne vont à rien. Peut^lre prenons-nous pour amour de Dieu certains sentiments dont le^cœur est quelquefois touché , mais sans effet. Autre erreur encore plus subtile et plus dangereuse : on compte pour beaucoup quelques mouvements affectueux dont l'ame se sent remuée et nttc^ndrie ; mais si les œuvres manquent, si l'on mène une vie tranquille et oisive, si, dès qu'il faut agir, qu'il fout prier, qu'il faut soulager les pauvres , au 'il faut visiter les hôpitaux , les prisons , qu'il faut vaquer aux exercices ' de la religion, on devient lâche et paresseux, que servent alors les plus beaux sentiments, et de quel prix peuvent-ils iy e devant J)ieu? Est-ce un amour patient? mais qu'avons-nous souffenrjusqu* à posant pour Dieu, et que voulons-nous souffrir? une foibie violence qti'il y a à se faire, une légère contradiction qu'il y a à soutenir, n'est-ce pas assez pour déconcerter toute notre piété, et pour ^^ndrc tout^e feu de ce prétendu amour de Dieu, qui paroissoit à certaines heures

si vif et si animé? On suit lésus-Chrîst |usqu*à la cène , mais on l'abandonne au Galvairç; on aime Dieu , ou Ton croit Taimer, et cependant on ne yolidroit pas se gêner pour lui dans la moindre rencontre , se refuser pour lui le moindre plaisir, sacrifier pour lui le moindre iniérét. Est-ce un amour héroïque? car il doit être tel, pour être un véritable amour de Dieu ; et s'il n'est pas assez fort , assez efficace pour me disposer à verser mon sang en certaines occasions, et à donner ma vie pour Dieu, cen*estplus amour d,e Dieu. Or, de bonne foi , mes chers auditeurs, pent-on penser que nous soyons dans une pareille disposition , quand on nous voit céder si aisément aux premiers obstacles qui se présentent , et nous rendre, lorsqu'il est question du service de nôtre Dieu , à des difficultés que nous surmontoqs tous les jours pour le monde? Si donc Jésus-Christ nous fiiisoit aujourd'hui la même demande qu'il fit à saint Pierre, Amas me? M'aimez-vous ? pourrions-nous lui répondre? Oui , Seigneur, je vous aime, et vous le savez : Domine, tu sets, quia àmo te (Joan., 24). Si nous osions le dire, nos œuvres n^ nous démentiroient-elies pas? Cependant, sans l'amour de Dieu et de Jésus-Christ, Homme-Dieu et notre espérance , que pouvons-nous être autre chose devant Dieu que des anathèmes et des sujets de malédiction? Ah! Chrétiens, ranimons dans nos cœurs ce saint amour ; et si nous ne l'avons pas , ne cessons point de fe demander à Dieu. Servons-nous de notre foi pour l'exciter davantage et pour le rendre plus ardent^ et, par un heureux retour, cette charité^divine servira à vivifier notre foi et à la rendre plus agissante. Pour l'un et pour Tautré , employons auprès de Dieu l'intercession du glorieux apôtre dont nous solennisons la fête : c'est le patron de tous les fidèles , puisqu'il est le chef de toute l'Église ; et c'est en particulier le vôtre dans cette église, où il e&t spécialement honoré. En lui adressant nos prièries, travaillonVà imiter ses vertus, pour avoir part à sa gloire dans l'éternité bienheureuse que je vous souhaite , etc.

SUR l'obéissance a l'église.

Et ego dieo tibi , quia tu es Petrus, et super hanc petram œdificabo Ecclesiam meoM, et portœ inferi non prœvalebunl adversus ecun,

Etmo{ je vous 4is qae vous êtes Pierre, et que sor cette pierre je bâtirai mon Eglise, etqne le portes de renier ne prévaudront point contre elle. Saiat Mattaieo, cbap. xvi.

Ce sont , en peu de paroles , deux grands éloges tout à la fois prononcés par la boultie de Jésus-Chcist, l'un en faveur de saint Pierre, le ptince des apôTres, dont nous célébrons aujourd'hui la fête ; et l'autre eift'aveur de l'Église. Saint Pierre est le fondement sur qui l'Eglise a été bâtie, et 5rur qui elle subsiste : voilà l'abrégé de toutes ses grandeurs. L'Églîsè est un édifice spirituel, dont la solidité et laiermete est à l'épreuve de tous les effort$ dé l'enfer : voilà tout ce qui se peut

dire de plas avantageux et de plus glorieux pour elle. Jésus-Cbrist ne sépare point ces deux choses , parceque ces deux choses «ont renfermées Tune dans l'autre. La gloire de saint Pierre vient de ce que l'Église est fondée sar lui » et la force de TÉglise vient de ce qu'elle €st fondée sur saint Pierre ; cVst l'Église djjui honore' saint Pierre ; et c'est saint Pierre qui soutient l'Église : car, encore une fois, Chrétiens, \oilà proprement le mystère de ces paroles du Fils de Dieu ,*que j'ai prises pour mon texte : Tu es Petnu, et super hanc petrum (ndificabo EcMam tneam. Ce seroit trop entreprendre , que d'embrasser ces deox sujets dans un seul discours ; ainsi je me borne à vous parler de fÉgSse, et en partfci|tier de l'obéissance que nous lui devons : matière d'one extrême conséquence , et l'tfne des plus importantes qu'un pré* dicatear puisse traiter dans la chaire. Car l'Église, Chrétiens, est l'épouse de Jésus-Christ , et Jésns-Christ veut que son épouse soit écoutée; qu'elle soit obéie, et qu'on ait recours à elle comme à l'ora* de ; c'est celte Sion d'où sort la loi , et cette Jérusalem d'où la parolç de.Dieu est annoncée. Marie même, toute mère de Dieu qu'elle étoit , s'est glorifiée de ce titre de fille de l'Église. Avant que d'expliquer mon dessein , adressons-nous à celte vierge si fidèle , et disons-lui Ave Maria,

Pour entrer dan^ le dessein de ce discours, je trouve que l'Église exerce envers les fidèles deux fonctions différentes ; elle les instruit et elle les gouverne; elle les instruit par les vérités qu'elle leur propose, et elle les gouverne par les commandements qu'elle leur fait : elle les instruit en leur apprenant ce qu'elle a appris elle-même du Fils de Dieu, son époux, ei elle les gouverne en leur prescrivant des lois. Le Sauveur des hommes lui a donc donné deux sortes de pouvoirs : l'un d'enseigner de sa part, et l'autre de commander ; l'un peur nous dire, Croyez ceci, et l'autre pour nous dire, Faites cela. Or, sur ces^ deux pouvoirs qui conviennent à l'Église, je fonde Tobligation de deux sortes d'obéissance qui lui sont dues, dont la première est une obéissance de l'esprit, et la seconde une obéissance du cœ^r. Nous lai devons Tobéissance de l'esprit , parcequ'elle nous propose les vérités de la foi ; c'est le premier point : et nous lui devons l'obéissance du coeur,' parcequ'elle nous impose des lois et des préceptes pour le règlement de notre vie ; c'est le second point. Parcequ'elle a droit de nous dire. Croyez ceci. Dieu nous oblige d'avoir pour elle une par» faite soumission d'esprit ; et parcequ'elle a droit de nous dire. Faites cela, Dieu veut que nous lui obéissions avec une entière soumission de cœur. Plftt au ciel, mes cbers auditeurs, que nous fussions bien per* suadés de ces deux devoirs ! Je dis persuadés dans la pratique ; car dans la spéculation nous n'en doiitons pas, et nous sommes trop ca-» tholiques pour former là-dessus quelque difficulté. Mais je voudrois sur cela n^éme que nous eussions dans toute ngu-e conduite un 2èlei

186 POUR U. FËTË DE ^AINT f>I]5RKEi

proportiçDtfé aux lumières que Dieu dous a données. Car voici qq deux mots toute la perfection d'un homme chrétien, en qualité d'eafaut de l'Église : d'avoir un esprit docile et soumis pour tpui ce que rÉglise nods enseigne, et d'avoir une volonté pronap.te et agissante pour tout ce que l'Eglise nous ordonne : c'est à quoi je vai$ vous exciter, et ce qui fera tout le sujet de votre attention. /

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