‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 2 sur 99 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Pour^ubKr sâillésmeiit la vériié de ma premièfe proposition, et

4 PeUR LA FÊTE DE SAINT ANDRÉ.

pour vous eB douner d'abord la juste idée que vous en devez- avoû*» j'appelle dans les principes de rÉcrilure raccomplisseoàeni de l'apostolai» prêcher un Dieu crucifie, et, malgré les contradicUons de la prudence du siècle, proposer la croix aux hommes, comiue. la seule «ource de leur bonheur, comme le fondement/ unique de leur espé<rance, comme le mystère de leur rédemption, comme le moyen sûr et infoillible de leur salut : ainsi Ta entendu saint Paul quand U a dit r Noi auiempr€Bdicamui Christum crudfixum (1. Cor,.,Sjm Voilà à quoi il a réduit toute la fonction du ministère évangétiqne ; et telle est la fin pour quoi Dieu 9 suscité ces doiifàse princes dCilÉglise, ces piremiers fondateurs du christianisme, ces hommes envoyés au monde pour y annoncer Jésus-Christ , dont ils étoient les ambassadeurs^ et pour y ppblier sa loi, dont ils ont été par office les interprètes fidèles : Legadone fro Chritto fungimur ( 2. Cor,^ 5 ). Qu'oat^ils fait? ils bni prêché la croix; et au heu que la croix n'avoit été jiisque là qu'un sujet de malédiction et qu'un opprobre ; au lieu que la croix de Jésus- Christ étoit le scandale des Juifs, et paroissoit une folie aux Gentik, à force d'en exalter la vertu ils Tont rendue vénérable à toute la terre. Yoilà, dis-je, à quoi s*est terminée leur vocation^ et par où ils ontmé* rite leiaom d'apôtres. Or il est évident, Chrétiens, que saint André s'est signalé entre tous les autres dans ce glorieux emploi, et qu'il a eu un droit particulier de prendre , si j'ose m'exprimer de la sorte, pour devise de son apostolat : Nosautem prœdicamus Christumeruci* fixum. Et il est encore évident qu'il n'a jamais mieux accompli ce qui est marqué dans ces paroles, que quand il a été lui-même atuchéà la crmx ; pourquoi cila? parceque c'est sur la croix qu'il a prêché Jésus- Christ crucifié, ou, si vous voulez, la loi de Jésus-Christ, avec plus d'autorité et de graôe, avec phis d'efficace et de»conviction, avec plus de succès et de fruit : trois avantages.qoe sa croix lui a procurés, et en quoi JQ fais tonsister la perfection d'un apôtre et d'un prédicateur de rÉvangile. Reprenons, et auivez-moi.

Non, mes chers auditeurs, jamais saint André n'a prêché le mystère de la croix, ou la loi de Jésus-Christ, avec tant d'autorité et tant de grâce, que quand il a été lui-même crucifié ; et ma pensée sur ce point n'a presque pas même besoin d'éclaircissement ; car pour vous la rendre en deux mots, non seulement intelligible, mais sensible, il n'appartient pas à toutes sortes de [personnes de prêcher la croixé C'est une vérité éternelle qu'il faut porter sa croix ; et que, pour la porter en chrétien, il la faut porter volontairement jusqu'à l'aimer, et jusqu'à s'en glorifier : Absit gloriariy nisi in cruce Domini nostri (Galat.^ 6). Mais cette vérité, quoique éternelle, n'a pas la même grâce dans la bouche de tout le monde : les hommes, pour être sauvés, ont intérêt de la bien comprendre ; mais en même temps ils ont une secrète opposition à en être instruits par ceux qui ne la pratiquent pas, et qui n'en font nulle épreuve ; et si quelquefois un mondain s'ingère de leur ^

a bire des leçons, bien lob de s*y rendre dociles, ils se révoltent» et «epenTmit sonffirir qa*an homme à qui rien ne manque, et qui jouit liattqiiillemeat des douceurs de la vie , ose leur prêcher la pénitenoe et la mortification. Aussi , conmie remarque saint Ghrysostome. Jesos-Cbrist 9 toot Dieu qu'il étoit » pour s*accommoder là«dessus à la dispoàtion des hommes, ne vint annoncer au monde l'évangile de la croix qo*en se fiaisant lui-même un homme de douleurs, c'est-à-dire im homme dévouéà la souffrance etàla croix : Vir dolorum (Isai., â3). Indè^ie&àaminent de cette qualité, il avoit toute l'autorité d'un Dieu: y en ontfjens ; mais s'il n'avoit été que le Fils de Dieu, ou s'il avoit ioBJoars été, comme fils de l'homme, dans la béatitude et dans la pionne, sans participer à nos peines, il lui eût manqué, par rapport à Boos, une certaine autorité d'expérience et d'exemple, sur quoi est fondé le droit dont je parle , de prêcher aux antres la croix ; et de là Tient qu il se détermina à souffrir : car c^est ce que le grand Apôtre a prétoddu nous déclarer, quand il a dit que la ssigesse de ce divin législateur avoit paru, en ce qu'étant Fils de Dieu, il avoit appris par lui-même, et^r ce qu'il avoit souffert comme homme, l'obéissance qa*il exigeoît des hommes, et qu'il vouloit les obliger de rendre à sa loi ; loi parfaite, mais sévère, dont toutes les maximes vont à nous f aôre comprendre la sainteté, l'utilité, la nécessité de la croix : Qui cwn esset FiHus Dei^ du&cit ex îù quœ passui est^ ofredienltam {Hebr,^ 5). l^B effets û estaisé d'exhorter les autres à la pratique d'une vie austère, au retranchement des plaisirs, au crucifiement de la chair, tandis qu'il n'en coûte rien. Un homme bien nourri, disoit saint Jérôme, n'a point de peine à discourir de Tabstinence et du jeûne ; un homme abondamment pourvu de tout , à qui rien ne manque , et qui est en possession de mener une vie agréable et commode, s'érige aisément en prédicateur de la plus exacte réforme. Mais, quelque éloquent et quelque zélé qu'il puisse être, on croit toujours avoir droit d'en appeler à son exemple, et de lui répondre que ce zèle de réforme ne loi convient pas , que ce langage lui sied mal, et que, s'il veut porter les choses à celte rigueur, U devroit chercher des auditeurs dont il fut un peu moins connu. Non pas dans le fond que ce reproche soit absolument légitime, puisque Jésus-Christ ordonnoit qu'on obéit aux pharisiens, du moment qu'ils étoient assis sur la chaire de Moïse , et qu'on respectât leur doctrine, quoique leur conduite y fût toute contraire ; mais parcequ il est vrai que cette contrariété entre la doctrine et la vie est au moins un spéeieux prétexte dont notre malignité ne manque pas de se prévaloir contre tes vérités dures qu'on nous préche; et parceque naturellement nous nous élevons contre quiconque entreprend de nous assujettir à toute la rigueur de nos devoirs, et n est pas pour cela bien autorisé. Or là-dessus saint André a eu tout l'avantage que peut avoir un apôtre ; car il a prêché la croix dans un état où les censeurs les plus critiques et les ennemis de la croix les plus

déclares n'avoient rien à lui reprocher. Il ne l'a pas préchëe comme ces docteurs hypocrites dont saint Haithieli parle, qui mettent sur les épaules des autreji des fiirdeaux pesants, et qui se vondroieut pas eux-^mémes les remuer du doigt ; il ne Ta pas préchée comme ceux* doât saint Paul disait à Timothée, qu'il viendcoit dans les deriti«rs jours des hommes qui auroient l'apparence de la plus éclatante piété, mais qui seroient remplis de l'amour d'eux-*mémes, eniés d'orgueil et pervertis dans la foi ; o'est-à-dire il ne Fa pas préobée comme ont iWt presque dans tous les siècles certains prétendus néformateors de rÉglise, qui, eonnas d'ailleurs pour des hommes sensuels, n'en étoient pas moins hardis à invectiver ccoitre la mollesse; déplorant les relâche* metils de la pénitence, tandis qu'ils en rejetoiént les œuvres péniblef^ et laborieuses; plus occupés peut-être de^lenra personu^es et du aoia de leurs corps , que n'auroit été un mondain de profession. Non » Chrétiens, ce n'est pas ainsi-que saint André a prêché la croix; mais 'pour la prêcher, il s'est mis lui-même sur la croix. Ia croix a été la Chaire d'oh il s'est fait entendre : cftst de là, conuue nous lisons dans les Actes de sa vie, qu'il exhortoit le peuple à embrasser ce moyen salutaire et nécessaire, dont dépend tout le bonheur des âus de Dieu ; et voilà non seulement ce qui i'autorisott, mais ce qui donnoit de la force à sa parole, pour annoncer le mystère de la croix avec plus d'efficace et de conviction*

C'est le second avantage de son apostolat, dit s^jint Ghrysostome, d*avoir montré par-là jusqu'à quel point il étoit persuadé luirméme de la véHté qu'il prêohoit, et d'avoir eu par*là même le don d'en persuader si fortement les autres, que, tout infidèles qu'ils étoient, ils n'ont pu résisteri la sagesse et à l'esprit de Dieu qui parloit en lui. Il faut, ajoutoit saint Bernard (et permettez-moi d'appliquer sa pensée à mon sujet), il faut que le prédicateur de l'Évangile, pour con* vertir les cœurs, fortifie sa voix ; et parceque sa voix n'est que foiblesse,^ il faut qu'elle soit accompagnée d'uûe autre voix puissante et pleine de force : Dabit voei mm voeem virtutis {Psaim. 67 ). Mais quelle est cette voix puissante et pleine de force ? La voix dé l'action, cette voix infiniment plus éloquente, plus pénétrante, plus touchante que tons les discours : montrez-moi par vos exemples et par vos œuvres qtie vous êtes vous-même persuadé, et alors votre voix me persuadera et me convertira : Dabis V0ci tuœ vocem virtutii; nquodmiki suadêê^ pHus iibi videaitis persuasisse ( Bern..). Or voilà par ou saint André triompha, et de rinfidélité des païens, et de la dureté des Juifs. H veut que sa voix soit pour eux cette voix toute puissante qui, selon le prophète, abat les cèdres et brise les rochers ; il veut que sa voix ait la vertu d'amollir les cœurs les plus endurcis, et de soumettre les esprits les plus superbes : Vax Domini eanfringentiÊ cedro^, pox DomM concuHentis deserium ( Psalm. S8 ). Que fiait-il ? il commence par leé convaincre qu'il est lui-même parbitement et solidement con-

POUR U FÊTE m &hm ANDRÉ. 7

tÛBCQ de œ q«*il leur proche; cpi*il est, dis^jet coimiaca de la në% cessité d*einbrasser la croix de Jésus-Cbrist t de s'attacher à elle par it esprit de foi, et de s'ea appliquer les fruits par le long usage des liNiffiraatea de la vie.

Car quelle preuve plus authentique leur peut-il donner sur cela de h persuasion où il est, que l'empressement et Tardeur qu'il témoigne pour sûuffiîr? Ou lui prononce son arrêt , et toot-â-'Coup il est saisi i^uamouveoient de joie qui va jusques à l'extase et an ravissement; le peuple veat a'oppo^er à l'exécution de cet arrêt , et André s'en tient oflensé; on le conduit au supplice, et d'aussi loin qu'il envisage la croix qiù lui est préparée, il la salue dans des termes pleins d'amour «C de tmidresee ; il se fiiit une émotion populaire, pour le délivrer : Eh qnoil meç Frères, leur dit-il, dtes-vous donc jaloux de mon bonheur? ftut-il qu'eu vous intéressant pour moi , vous conspiriez contre' moi , et que, par une fausse compassion , vous me fessiez perdre le mérite d'une mort si précieuse? Le juge intimidé s'offre à lebirgir, et Audré Je rassure ; le juge commande qu'on le déiacbe de la croix, et André proteate que c'est en vain, parcequ'il y est attaché par des liens invisibles que F enfer même ne peut rompre, qui sont les liens de sa foi et de sa charité : s'il n'étoit en effet persuadé, penserott*il, parleroit«il, agiroit4l, aouffriroit'-il de la sorte? et, pour marquer que ses senti» menta sont sincères, persisteroit-il deux jours entiers dans le tourment le plus croel, ^irfiio pendens ( Acu mart. S. And. ) ; publiant toujours que Jésus-Christ est le seul Dieu qu'il faut adorer, et que toute la samteté, toute la prédestination dés hommes est renfermée dans la croix ? Mais supposé le témoignage que saint André rendit à cette vérité, quelle conséquence les spectateurs de son martyre n*étoientils pas forcés de tirer en faveur de Jésus*Ghrist et de sa religion? Considérant cet homme, d'ailleurs vénérable par l'intégrité de sa vie , illastre par les mirades qu'il avoit faits au milieu d'eux, et qui, par sa coadnite pleine de sagesse, s'étoit attiré le respect des ennemis mêmes de son Dieu ; le voyant^ non pas mépriser ni braver la mort par une vaine philosophie, nuis la désirer par un pur zèle de se conformer à son &uveur crucifié; aimer, par ce motif de christianisme, les deux choses que le monde abhorre le plus, savoir, Tignominie et la douleur; et, malgré les révoltes de la nature, faire de la croix l'objet de son ambition et ses plus chères délices : tout paiens, tout juifs qu'ils étoient, que pouvoient-ils conclure de là , sinon qu'il y avoit dans cet ap6tre quelque chose de surhumain, et que la chair et le sang n'ayant pu former en Ini des sentiments si élevés au-dessus de l'homme, il faHoit qu'ils lui vinssent de plus haut ? A moins qu'ils ne voulussent s'aveugler eux-mêmes et s'obstiner dans leur aveuglement, pouvoient-ils ne pas reoonnoitre qu'il n'y a que Dieu qui puisse inspirer à un homme mortel un amour de la croix si héroïque ; et à moins qu'ils n'eussent des oœnrs de pierre, quoique païens et infidèles, pouvoient-41s n'être

pas touchés, n'être pas ébranlés, n'être pas changés par la vue d'un spectacle si surprenant et si nouveau ? >

De là même aussi , mes chers auditeurs, suivit le succès prodigieux de la prédication de saint André, et la bénédiction que Dieu donna à son apostolat. Si nous en croyons les Actes de son martyre, de tout le peuple attentif à l'écouter prêchant sur la croix, à peine resta-t-il un païen qui , éclairé des lumières de la grâce et cédant à la force d'un tel exemple, ne renonçât à Tidolâtrie et ne confessât Jésus-Christ : au lien que Jésus-Christ crucifié avoit pu dire ce que Dieu, par 1^ bouche d'un prophète, disoit à Israël , Totâ die expandi manus mea* ad populum non credentem ( Isai., 65 ), J'ai tendu mes bras à un peuple rebelle et incrédule ; saint André eut au contraire la consolation de tendre les bras à un peuple docile, qui reçut sa parole avec respect » et qui s'y soumit avec joie ; pour accomplu*, ce semble, dès4ors ce qu'avoit dit le Fils de Dieu, que celui quicrorroit en lui feroitnon seulement les mêmes œuvres, mais encore de plus grandes œuvres que lui : Qui crédit in me, opéra quœ ego facio^ et ipse faeiet^^t majora horum fadet ( Joan., 12 ). Des milliers d'infidèles, que le supplice de cet apôtre avoît rassemblés autour de sa croix, convertis par ce qu'ils ont vu et par ce qu'ils ont entendu , s'en )*etournent glorifiant Dieu. De la ville de Patras, où Dieu, par le ministère d'Andfé, opère ces effets miraculeux, le bruit, disons mieux, le fruit s'en répand dans ton* tes les provinces voisines ; on voit avec étonnement les temples des idoles abandonnés, le^Milte des démoos aboli, le règne de la superstition détruit, le nom de Jésus-Christ partout révéré. Le frère* même du proconsul, jusque là zélé défenseur des fausses divinités, rend hommage à la vérité. Entre les Églises naissantes, celle d' Achaïe, où saint André a souffert, devient en peu de jours la plus nombreuse et la plus fervente. Qui fait tout cela ? la foi d'un Dieu crucifié, prêchée par un apôtre crucifié ; je veux dire, le zèle d'un^apôtre qui, à l'exemple de son maître, prêche la croix du haut de la croix, et qui, selon la belle expression de saint Jérême, confirme, par son amour pour la croix, tout ce qu*il enseigne de Tobligation rigoureuse, mais iodispen- sable, de porter la croix : Omnem doctrinam mam cruels disciplina ro^ borans ( Hieron.). En effet; donnez-moi un prédicateur de TËvangile parfaitement mort â lui-même, sincère amateur de la croix, et qui dise de boone foi avec saint Paul , Mihi mundus crucifiom est^ et ego nrnido (Galat. , 6) : Le monde est crucifié pour moi , et je suis crucî-

ront et le croiront, les libertins et les impies se soumettront à lui, les sensuels et les voluptueux subiront le joug de la pénitence : pourquoi? parceque telle est, dit saint Jérôme, la vertu de la croix prêchée par un homme souffrant lui-même et mourant sur la croix : Omnem doc*

irinam suam crncis disciplina roborans.

POUR LA fj6;të de saint ANDRË. 9

\oîQt donc 9 Ghrélieiis , le prëdicatear que Diea a snscifé pour iK>tre îDStmction : et qui peut dire à la lettre qu'il n'a point emplofë, en vous précbanti les discours pemasîfs de la sagesse humaine, mais les effets sensibles de l'esprit et de la vertu de Dieu ? Et sermo meus a frœdieatào mea^ non m persuabiUbui kumancB'sapienHfe verbis, sed in osiennone sphitus et virtuHs (1. Cor», 3). Voilà ce que Dieu veut que vous écoutiez : c'est saint André sur la croix. Ne me considérez point» n^SYcaL nul égard ni à mes paroles x^i à mon zèle , oubliez la sainteté de mon nûaistère; je ne suis aujourd'hui, si vous voulez, qu'un airain sonnant et qu'une cymbale retentissante , et ce n'est point à moi de vous prêcher un Dieu crocifié ; c'est à cet apôtre , c'est à cet homme crucifié , dont la prédication , plus pathétique et plus efficace que la mienne , se fait encore entendre dans toutes les églises du monde chrétien. Le voilà , dis-je, ce ministre irrépréhensible, ce prédicateur contre lequel vous n'avez rien à répliquer : mais que n'a*t-il pas à vous reprocher? U vous pr&be encore maintenant le même Dieu qu'il a prêché aux Juifs et aux païens, un Dieu qui vous a sauvés par la croix. Le croyez- vous ? la vie que vous menez lé fiait-elle voir ? cet amour-propre qui vous domine , ces recherches de vous-mêmes , cet attadiement servile à votre corps, cette attention à le ménager, à le flatter , à ne lui rien refuser ; ces commodités étudiées et aHectées , cette horreur des souffrances et de la vraie pénitence; en un mot, cette vie des sens, si opposée à l'esprit chrétien , cette vie molle et voluptueuse dont vous vous êtes fait une habitude : tout cela marquet-il que vous êtes bien convaincus de la prédication de saint André?

Ah! mes chers auditeurs, si saint Andrt nous avoit prêché un autre Jésus-Christ et un autre Sauveur; si dans le conseil de la sagesse étemelle il avoit plu à notre Dieu de nous sauver par la joie, aussi bien qu'il lui a plu de nous sauver par la peine, et que saint Andrénons eût annoncé cet lÈvai^le, ce nouvel Évangile ne s'accorderoit-il pas parfaitement avec notre conduite? Figurons-nous que cet apôtre vient aujourd'hui nous dédarer que ce n'est plus parla croix, mais par les plaisirs, que nous devons opérer notre salut; figurons-nous que ce que je dis cesse d'à* tre une supposition , et devient une vérité : y auroit-il en vous quelque chose à corr%er et à réformer ? Répondez , mondain , répondez ; c'est à vous que je parle : interrogez votre cœur, et reconnoissez jusqu'oik l'esprit du monde corrompu vous a porté : ce système de christianisme ne vous seroit-il pas avantageux, et ne se rapporteroit-il pas endèrement à votre goût et à vos idées? Il fout donc de deux chosas l'une , ou que votre vie soit un monstre dans l'ordre de la grâce, ou que saint André, avec toute la vertu et toute la force de son apostolat, ne vous ait pas encore persuadé; que votre vie soit un monstre dans Tordre de la grâce , si, croyant d'une façon , vous vivez de l'autre ; si , chrétien de profession , vous êtes juif d'esprit et de cœur; si, reconnoissant que votre salut est uttaché à la croix,

lu poua u f£të dis saint anoré.

vous nj» laÎMez pas de fuir et d'ubhorrer la croix : car qu'y a-t-il de p\m monsirueui que cette coptradiclion ? Cependant , mes Frères » diâoit saint Bernard , tel est le caractère de mille chrétieos , disciples de la croix de Jéaus - Christ * et tout ensemble ennemis de la croix de JéausrChrisi; Ou bien , mon chef auditeur , si vous votts> plqveï d'éire de ces gfénies prétendus sages , qui agissent eouséquem* ment , il font que saint André » ni par rautorité de sou ^lemple , ni par Teffioace de sa parole , ne vous ait pas encore touché , puisque vous êtes toujours sensuel et idolâtre de votre corps, Ainsi jfe pouï*roia vous appliquer, au sujet de la croix de saint André» ÇQ que saint Paul; en gémissant, disoit aux Galates de celle du Sauvepr ; Srgà évacua-* It^ estscandalum cruàt (GiUaUsSj' Malheur à vous, mon Frère, qui, par votre infidélité , vous êtes rendu inutile l'exemple de ce gIo<» rieux apôtre, et pour qni le scandale, c'est-à-dire le mystère de la croix, est anéanti ! Ergo evamatum est icanialtm crucis. On vous a dit cent fois, et il est vrai , qu'au jugemeift de Dieu, la croix de Jésus* Christ paroltra pour vous être confrontée ; TÉvangile même nous rapprend 3 Et tunçparelnî ngnum Ftlii Jïominif (Matth., 24) : mais outre la croix de Jésus-Christ, on vous en confrontera une autre, c'est celle de saint André. Oui , la croix de cet homme apostolique , après lui «voir servi de chaire pour nous instruire , lui servira de tribunal pour nous condamner. Voyez-vous ces infidèles? nous dîra-t-il : la vue de ma croix les a convertis ; de païens qu'ils étoisnt , j'en ai fait des chrétiens , et de parfaits chrétiens^ Voilà ce qui nous coofon* dra : et ne vaut*il pas mieux dès aiyourd'hui commencer à nous con* fondre nous">oaémes , et par cette confusion salutaîpe et velontaire prévenir une confusion forcée , qui ne nous seia pas seulement inu* tile , mais très funests ? Il £iut , Chrétiens , qu'à l^exemple de saint André , nous soyons et les sectateurs et les prédicateurs mêmes de la croix. Je dis les prédicateurs itl comment? en portant sur nos corps la mortification de Jésus-Glirist : Semper mortifiemianem J&m CkmA tn cfirpore nostro cireunifevmksi% Cpr., 4). Car eu la portant sur nos corps, nous en ferons copnoltre aux hommes le mériie et la vertu 1 Vt et vita Jesu matiifestetitr in c&rporibm nostris (Ibid.). Ne concevez point ceci comnne impossible , ni même comme d\f$eSk* Je vous l'ai dit : le saint usage des afflictions ^t des croix de cette lie , l'aoceptar tion Êumble et soumise de celles que Dieu nous envoie, la résignation à celles que le monde noussusette , notre patience dans les calamités ou publiques ou particulières , dans les pertes de biens , dans les maladies , tout cela prêchera pour nous, et nous prêcherons par tout cela, (^est ainsi que saint André a trouvé sur la croix Taccomplissement de son apostolat; et voici encore eonunent il y a trouvé ia consomipation de son sacerdoce. Donnez, s'il voua platt, une attention toute tumvelle à cette seconde partie.

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