DEUXIÈME PARTIE
Pûavoir présenter à Diea le sacrifice du corps de Jë8u»<]hri8t , et
«voir pour cela dans le christia^isole un caractère particulier , c'est
CD quoi coDsiste l'essence du sacerdoce de la loi de grâce. Joindre
aa sacrifice adorable da corps de Jésus-Cbrist le sacrifice de soi-même,
et s'imoioler 8oi<-iQémo à Dieu au même temps qu'on lui offre ce
dim agneau immole pour le salut du Odonde, c'est , dans la doctrine
de^miàngustln, ceqni met le eomUe au saf^rdoce de la loi de ^ace,
et ce qui loi donne sa dernière perfection. Sacerdoce de la loi de
gnce^ dont je conviens que les prêtres seuls sont les premiers et les
priocipaujL minimes » mais auquel il est pourtant vrai que tous les
chffftiena, en qualité de chrétiens» ont droit et même obligation de
participer. Sacerdoce de la loi de grâce , qui » par cette raison , nous
impose à toost de quelque condition que nous soyons, Tindispensable
devoir de nous offrir nous-mêmes à Dieu comme un supplément du
sacrifice de ^ésns-Chrtst : car voUà , encore une fois, ce qui fait de*
vaut Dieu ]a perfeclioti du sacerdoce chrétien , dont l'Apôtre re«
levoit ai haut rescelleDoe et la dignité ; voità par oii ce sacerdoce lui
paroiaaoit si auguste, quand il le comparoit au sacerdoce de l'ancienne
loi ; et voUà ce qui nous le doit rendre vénérable: cet engagement où
DODs sommes, et ce pou voir que nous avons d'être, comme leSauvenri
deshosties vivanres présentées à Dieu par l'union de notre sacrifice avec
le sacrifice derHomme-Dieu • Or je prétends que saint André a su plei-»
nement s'acquitter de ce devcur : et où ? sur la croix. D'où je conclus
que c'est sur la croix , comme sur l'autel mystérieux que Dieu lui
avoit préparé , qu'il a heureusement trouvé la consommation de son
sacerdoce. Ne perdes pas le fruit de cette vérité « qui , tout avanta*
geuae qu'elle est au Saint dont je vous fais l'éloge , sera encore plus
aille et plus é^fàute pour voua.
le Tat dit » mes chers auditeurs , et je le répète , il faut « pour nops
rendre dignes de Dieu, que nous joignions le sacrifice de nous-mêmes
4a «acrifice du corps de Jésus«Christ : c'est le devoir essentiel à quoi
le christianisme nous engage ; et je ne crains point de passer pour
téméraire , ni de rien avancer qui ne soit conforme à la plus exacte
théologie , quand je soùiif ns que sans cela notre sacerdoce n'a pas,
selon Dieu , toute la perfection qu'il dort avoir ; car il est de la foi ,
qu'encore que le sacrifice de l'humanité de Jésus-Christ ait eu par lui*
même une vertu infini^ po^r nous sanctifier et pour nous réconcilier
avec Dieu , Dieu néanmoins , par une conduite particulière de sa pro*
videnœ, ne Ta accepté, pour nous accorder en effet la grâce de cette
réconciliation et de cette sanctifiiuàtion » qu'autant qu'il a prévu que
ce sacrifice devoit être et sèroit accompagné de notre coopération. Il
est de la foi qu'encore qu'il n'ait rièh manqué au sacrifice de notre
rédemption de la part de Jésus-Christ, qui l'a offert pour nous comme
notre médiateur et le souverain prêtre , il peut y manquer quelque chose de notre part; en sorte que ce sacrifice, tout divin qu'il est , par le défaut de notre correspondance , nous devienne infructueux , et ne soit pour nous de nulle efficace. Or ce qui peut manquer de notre part au sacrifice de Jésus-Christ , c'est le sacrifice personnel que Dieu exige de nous , et que nous lui devons faire de nous-mêmes , mais que souvent nous ne lui faisons pas. De là vient que saint Paul , à qui ce mystère avoit été spécialement révélé « se iaisoit une loi inviolaDIe d'accomplir tous les jours dans sa chair ce qui manquoit aux souffrances de Jésus-Christ : Adimpleo ea quœ desunt pasiionum Christi m came meâ (Colon, y 1). Il restoit donc encore pour saint Paul quelque chose à ajouter au sacrifice du Fils de Dieu. Prenez garde : quelque chose par rapport à saint Paul même; quelque chose d'où dépendoit en un sens , pour saint Paul même , le mérite , ou plutôt l'application actuelle du sacrifice du Fils de Dieu ; quelque chose par où saint Paul même se croyoit obligé de remplir la mesure des souffrances du Fils de Dieu. Or comment la rétaiplissoit-il , cette mesure? Par la ferveur de sa pénitence « par l'austérité de sa vie, par la mortification de sa chair; car c'étoient là, remarque saint Chrysostome f autant de sacrifices de liii-même qu'il unissoit à ce grand sacrifice de la croix, et en vertu desquels il pouvoit dire : AdîmpUo ea quœ demntpassUmum Christi in came meâ. '
C'est de là même aussi que saint Augustin trouvoit des liaisons si étroites entre ces deux sacrifices , je dis entre le sacrifice de Jésus- Christ et le sacrifice de nous-mêmes , qu'il ne vouloit pas qu'on séparât jamais l'un de l'autre : tellement que comme Jésus-Christ, en qualité d'Homme-Dieb, a été notre victime , nous devons être la sienne en qualité de chrétiens. Écoutez les paroles de ce saint docteur, que je ne dois pas omettre dans une matière si importante : Cujus redemptom ùc Domini^ et nos sacrificium esse debemusjfer ipsummet offerendi^ qui in homine quem suscepit , saenfieium ipse pro nobis fieri dignatus est (August.).
D'où il s'ensuit que toutes les fois que nous assistons aux divins mystères , nous devons faire état que ce n'est pas seulement pour y présenter l'agneau sans tache qui est immolé sur l'autel, mais pour y être nous-mêmes présentés et immolés. Et cela , reprend saint Augustin , non seulement par la raison de l'union intime qui est entre lui et nous, et qui fait qu'étant notre chef, et nous les membres de son corps, il ne peut ni ne doit jamais être sacrifié, que nous ne le soyons avec lui : Quia cum Ecclesiâ Christi sit corpus, et Christus Ecclcsiœ caputy tam ipsa per ipsum^ quam ipse per ipsam débet offerri (Idem.); mais par la convenance même et le principe de nos plus justes et de nos plus indispensables obligations : car quel désordre. Seigneur, que je parusse devant vos autels dans une moindre disposition d'humilité que celle où vous y paroissez; que vous y fussiez la victime de
POUR LA F£T£ de SAINT ANDRÉ. 45
mon péché , et que Texpiatioa de ce pécbë ne me coAtit rien ? Il ne suffit (kttc pas» conclut saint Léon pape, que nous offrions à Dieu le sacrifiœ da corps de JësnM]lhrist , si , selon le précepte de l'Apdire, Boosue nous offrons encore nous-mêmes ; comme il ne nous sufiroit jMs de lui oiirtr nos corps et même nos' âmes, si nous n'aTÎons à lui offrir le sacrifice du corps de Jésus-Christ* Notre sacrifice, sans celui de Jésos-Christ» seroit un sacrifice indigne de Dieu : et celui de JésufrChrist ^ana le nôtre seroit, non pas insuffisant, mais inutile pour nous. L'un avec l'autre, c'est ce qui consomme le grand ouvrage de notre justification , et ce qui fait le vrai sacerdoce des dirëtiens.
Or Toài, mes ehens auditeurs, ceque nvis voyons dans le glorieux apôtre dont nous honorons aujourd'hui la mémoire. Qu'est-ce que saint André» et sons quelle idée , nous attachant aux actes de son martyre . devoushnous le considérer? sous l'idéeJ'nn prêtre fervent , d'un prêtre z^é , d'un, prêtre plan de religion , qni , tous les jours d^ sa vie, ne manqua jamais d'immoler sur Tautel l'agneau de Dieu , et qni, pur sa niiort»cottranii|t son sacerdoce en s'immolant lai-même sur la croix : car ce scmt là les deux principales actions ^«e son histoire nous naarque, et à quoi je réduis toute la sainteté de son ministère. Écornez ced : André est conduit devant le tritmnal d'un juge païen ; et ce juge, avant que de le condamner, entreprend deio^rvertir, et le presse de radieter sa vie en sacrifiant aux idoles. Mais : Moi , lui répond l'homme de Dieu , sacrifier aux idoles ! Ne savez-vons pas qui je suis ? ignorez-vous la profession que je fois de servir lé Dieu du del et de la tmre« 6t l'honneur que j'ai de lui sacrifier chaque jour, non pas le sang des boucs ni des taureaux , mais l'agneau qui dWaoe les péchés du monde? Ego omnipotenti Deommotoquoàéii^, non tau* rorum carnes^ 9ed agnum immacuiaimn (Act. mort. S. Anér.). Oui , poursuit le généreux apôtre , c'est entre mes mains que cet agneau est tous les jours immolé; mais la merveille que vous né connoissez pas et que j*ai à vous découvrir, c'est qu'après l'immolation de cet agneau, il m toujours vivant, et que sa chair, quoique distribuée aux fidèles , demeure encore tout entitee, paroequ'elle est désormais incorruptible : CuJHs camem posUjuam omnii plebs credentitmi manducaverit, agmu qui sanctifiMm e<f , integer persévérât ^ et vivm (Ibid.). Témoignage invincible en faveur du sacrifice de la messe , et qui pourroit seul réfuter tcnites les erreurs des derniers hérésiarques touchant la divine Eucharistie, puisqu'il nous apprend comment Dieu, dès le premier âge de l'Église, a pris soin d'établir la tradition de ce mystère. Mais sans m'arrêtera cette controverse, et pour profiter, en passant, d'un exemple si authentique, permettez-moi, mes Frères , une courte digression qui, toute bornée qu'elle est dans la morale qu'elle renferme , ne laissera pas d'avoir son utilité ; car ceci nous regarde, nous qui» revêtus de la dignité du sacerdoce, sommes spécialement les mmistres de notre Dku et de'$es antds. Qu'est-ce quun prêtre de
H POUR LA FÊTE 0Ë SÀISTt AKOftË.
J^sits-Cb^st? le void. Un honime engf^ fêr sa voic&iibii k enlref tous les jours dans le sanctnaire; on hoaHne disposé, eômme saint André* à offrir tous les jours à Dieu ie saertfice non sd&giani du oorps du Sauveur* Yoili à quoi noiis soinows appe'él.'Mpis être prêtre» et ji'en faire que rar^eoi la plus noble fonotloo ; étreprétre , et méttie^ si TOUS ¥Oulex, grand-prétre, el ne parol|re à îautel qa*à eemine jours de eénéoionie » qu*€a oercaines oocasions d'éclat» <|ite lorsqu^oa ne peut s'«n dispenser, que quand oti s'y trouve ibreé |)àr nu respect faumaÎB et par un devoir de Ùensëânoe ; étfa pirétre, et s*absi»tiii^ d«s choses saÀites pour nener une tie toute preiane, pour ciQtfetlta# dans le monde de vaint^oonverces ^ poaf ae disÀ^per dans tes df^riisaemems du siècle^ on pliiiôt niener une vie dissipée^ profene^ «M^ daine, jusqu'à être maibeoreosensent dbifgé de s'abstenir dès i^ot^ maintes ; étte prêtre, et se mettire par sa «ondsiiie bons d*é(at ùè té* iébrer les saoïîis mystères» s'en rendre positivement indigne, e( lAi lieu de se nsprocher eette iodigaité volontaire oomme ;ttii 49rittie et an s^jet de cottfusion, s'autoriser par*là dsufs réioignemèiit dé Dféu Oft l'on >lt, et s'ea éiaire an faux prétexte de piété ; éM prétre-de la sonë« î»b ! mes Frères, lEi'éoriott saint Gbrysostomei est-il nendeplos opposié k la sainteté du saœrdoce, tiea de plus înjurteax à Jésos-Chrfat, riM de plus twte pour son épouse , qui est l'EgKsef et aMi'j'ajoait , rien de plus contraire i l'exemple que Dieu nous pro|)06edakis ta personne de saint André?
Mais André en demeure-i*il là ? aati^ (Chrétiens f eMOme il êbt prêtre de la loi nouvelle, après avoir immolé la obaSf de }ésus*6hrist^ et sa^ ti^faii à ce qu'il y a de plus essentiel dans-son miiiicllâre, il y joint ce qui en doitélre la perfeetioti en s'in^mohntsoi'inéiaet Mo'eslidqve la.aix)iK hii tsertit de moyen poar parvenir à f acoomptissem^nt de ^ea désirs, et à la gloire consommée de sofi sacerdoce^ Je m'e^pli^ t snr le refus £|u'il fait de sacrifier aux idoles , on lui présente rinatrument de «on svpfrfice; et Comment envisage* t-il isette croix? comme un aà^ tre autel où il va préseoter à Di^ le saeriliee de sa personne et de ^ vie. Oui , Seigneur, dit*il , s'adressant à J<^iis-Clirist , c'est pour eela que je l'embrasse cetfie croix, parceque c'est sur ei1« que Je vais rem-^ plir dans toute son étendue mon sacerdoce. Assez long-iemps, 6 mùû Dieu, j 'ai fait l'of ficede sacrificateur à vos dépens; il faut que je le liasse aux dépens de moi-même. Je vous ai mille fiiis sacrifié pour moi : il faut que je me sacrifie une fois pour vous, et que par cet efibn de re* ooanohsance, vous rendant amour powr anumr et sacrifice pour sàcri->> 6ce, j'aie enfin la consçbtion d'être crucifié pour votre {{ioire, comme vous l'avez été pour mon sabit. Ainsi paria-t-il ; et , sans dIfHrer, il étend sur la croix son corps vendable : il n'attend pas que les bour^^ reaux l'y attac^enr, il prévient leur crvauté par sa ferveur, ne voulant pas devoir k un autre rfaooneur de son crncifieroent, mais regardant encore comme un précieux avantage d'être tout «osemble et k victime
POOH U FÈVE DE SÀINT ARDR^. I»
d kfirétis» de «on sacrifice 2 ear c'est en cela, dît saint Augustin» qn*a
particalièrement consisté l'exoellenee et le mérite du sacerdoce de
Mus Christ. Dans l'anoieBoe loi, on n*airoii rien vn de semblable; les
bonunes les plus saints s'étoient contentés d'kpnorer Dieu par des vit"
limes étraUgèces t et parceque ce culte éioit imparMt» le Fik de Dieu,
eomme pontife, étoit "venu hire à son Père cette pleine obhtion où il
loolnt être tout à la fois le sacriflostenr et rho^tle ; Idim êoeerdoê et
tiettma (Aogiist.) : mais ce qni iHit troi de Jésus* Giirist fest enœie
^ fisîiA àndrë, avec toute la proportion néanmoins ef tout le rapport
t|ti'n pent y avoir entre nn liomme H on Honune-DIeu. André mon-
rani sur la croin put dire après le Sauveur du monde t Yous n'avee
phis veolo, Sei^eur, de ia chair et dn ftang dM animai»; mais tous
m'av^ formé an corps t lea anciHsii hotoéaustes ont commencé è vooa
d^laire , on du moins ont cessé dé vouft plaire, et alors j'ai dit : Ife
voîd , Je vi^is , je ine présenté ; reoevez-moi comme votre vietimé :
1\ufû dud : Ecce vtnio {Piahn. 59).
Voilà , mes cberb auditeurs ,^ le modèle que Diev vous ihet k teoç deTam tes yeux; je dis, à tous tens différence ni de condition ni êe ran^. En qndqne état que vous soyès -, voua êtes , conimechréti^Ais^ nëcMsairemeni associés an sacerdoce royal de Jésiis-^^ibrist i et c'est k vmi8^ <|««sîqne laïques, que pat*loit saint Pierre, quand il appeloit les chrétiens race choisie , pnôtres-rois , nation sainte , peuple conquis : Vosaufem'§jÊftutdectHm,regàl€Baeerd(Hittm, gens ^ntta (1. Pbtr.,^). U est delà foi que sans autre caractère que celui de chréti^'ns, par la seule onction du baptême, le Sanveer des hommes nous a fliits n^a et prêtres de Dieu son Père : Et fkxiM noi Deù nourù regmim et sê^ cerdoies iApoe.j 8). Si je voias disois qtt'eh cette qtralité il ne tient tfu'à vous dViflHr toiis les jours à Dieu le même aif^neau <)n'immoloî( saint André, et qu'en éffef vous l*offrez aussi bien que ini toutes les fots t|M Tovs asristes an sacrifice de votre reKfi^on, peut-être serie^-vous sarpris de vous voir élevés par-lk à nne si hanre dignité. Mais voi s àfsm l'être encore bien plus, ou d'avoir ignoré jusqu'à présent ce qne vois êtes , ou de l'avoir su , et d'avoir manqué dn eèle poar vous acquitter dignement d'ane si gloriense fonction : car puisque ce n'e^t pas en simples témoins, mais en ministres du Setgnetir, que vous as* sistes à ce sacrifice , et que l'oblation du corps de lésns-Christ ne s'y fiait pas seulement en votre présence, mais en votre nom, qtielle attention, quel respect, quelle andeur de dévotion y devez-vous apporter? Cest ce qui rend vos irt^évérences si criminelles et même si abomrnabtes; c'est ce qui en fait comme autant de sacrilèges. Ah ! Chrétiens, tfnelle indignité, que vous présentiez au Dieu immortel , avec un esprit égaré, nn cœur froid, sans nul recueillement, stms nul sentiment, le même sactifica où notre saiot apôtre a épuisé tout te feu de sa charité! Qne dis-je? quelle proftnation. que vous y veniez pojtir y voir In aaonde et pour y éU'e v«S; ponr y étator tout ie foste du monde et tout
Tappareil de votre loxe , pour y contenter viaire vanité, voire curiosité, ^t pent-étre pour y entretenir vos plus honteuses passions ! Ssandale digne de toute la colère de Dieu» et qui n'est devenu, par Timpiété de noure siècle» que trop commun.
Mais ce n'est pas à quoi je n'arrête : ce que je prétends que vous remportiez de ce discours, c'est une sincère et forte résolution d'offrir continuellement à Dieu , comme saint André , le sacrifice de vos corps, et de l'unir au sacrifice du corps de Jésus-Cbrisi, pu^que c'est par-là que vous devez participer à l'honneur et à la perfection du sar œ^doce de la loi de grâce , à quoi votre vocation vous engage indis^ pensablem6nt« Ce que je vous (topiande, c'est que vous vous appliquiez sans cesse ce que saint Paul recommandoit si expressément aux Romains, quand il leur disoit : Obsecro vo$ per msericorfUamDei (Rom»f 12} : Je vous conjure, mes Frères^, par la miséricorde de notre Dieu , «t de quoi? de lui offrir vos corps dans cet état de sainteté , dsQS cet état de pureté oii ils puissent lui plaire, et où vous puissiez lui rendre un culte raisonnable et spirituel ^ ne vous conformant point au sîède .présent, nmis vous renouvelant chaque jour dans l'intérieur de l'esprit : j)aroles qui comprennent, e^ abrégé, tout le fond de la vie chrétienne, H qui devroient être le plus ordinaire sujet de vos ^xmsidérations. Mais, dites-moi, mes cbers auditeurs, vos corps ont-ils ces qualités nécessairement requises pour être la matière de ce sacrifice que saint Paul veut que vous présentiez à Dieu t sont-ce des porpa purs , dés corps exempts de la corruption du péché; en un mot, des corps digues d'être offerts avec le corps de Jésiis-Christ, et de composer avec lui 4e sacrifice complet dont je viens de vous parler? S*ils ne sont pas tels, os^ez-vous les offrir à Dieu ; et si vous n'osez les offrir à Dieu, comment pouvez-vous paroitre vous-mêmes devant Dieu , et approcher de ses autels? Ah ! Chrétiens, si l'on vous disoit que vous devez absolument, et à la lettre, faire de vos corps le même sacrifice que saint André ; que vous devez être prêts, comme lui, à sacrifier votre vie par un lang et cruel supplice ; que vous devez souffrir, comme lui, un rigoureux martyre ; que vous devez, comme lui, vous résoudre à mourir ;pour Dieu, et que, sans cela, il n'y a point de salut pour vous ; si, disje, Dieu mettoit votre foi à une pareille épreuve, quoique vous fussiez obligés de vous y soumettre, du moins anriez-vous droit de craindre, et de vous défier de vous-mêmes. Mon zèle à vous animer, à vous encourager, à vous soutenir dans une si dangereuse conjoncture , quelque ardent qu'il pût être , ue m'empêcheroit pas de compatir à votre foiblesse, et de trembler le premier pour vous. Mais quand je vous dis que ce sacrifice de vos corps, dont il est aujourd'hui question , se réduit, dans la pratique, à les maintenir dans une pureté convenable, à leur faire porter le joug d'une salutaire tempérance , d'une e;xacte sobriété, d'une prudente austérité, d'une solide mortification ; à leur retrancher les débduches qui les détruisent, la mollesse qui les corrompt.
POVK LA FÊT£ DE SAINT ANDRÉ. ' 17
VjràâTeté qai les appesantit ; à réprimer leurs rëyoltes, à ne pas vivre adûD leurs cupidités, à Tes rendre souples à la loi de Dien, à les assajettir aux. observances de la religion» à les endurcir au travail, choses communes et praticables dans les états mêmes du monde les moins jNurfmts : qa'avez-llus à rëpondret quand cette régularité de vie , quand cette sëvéribé de moeurs , quand cette exactitude seroit pour vous une espèccde croix, pourriez^vous justement vous en décharger, ou rcfiisar de la prendre? ne devriez-yous pas vous tenir heureux de la trouver dans des choses d'ailleurs si conformes à vos obligations, et rendre grâces à Dieu' de ce qu'enfin vous avez appris quel est ce sacrrficecâ vos cçrps par où il veut être glorifié? . ^
Cependant, Chrétiens, voici le désordre» et,'st je l'ose dire, la honte et l'opprobre du christianisme : des hommes associés par le baptême au sacerdoce de Jésus-Christ , et qui, selon la règle de PApôtre, de- . vroient offrir leurs corps comme des hosties pures devant Dieti, en font des victimes pour le démon, pour la sensualité, pour Timpureté, pour l'adultère. Saint Paul ne vouloit pas que , parmi les fidèles, on pro-* nqpçÀt même les noms de'c^ passions infâmes : mais le moyen de s*en taiire, dans le honteux débordement des vices qui infectent l'Église de Dieu? Pouvons-nous, disoit saint Cyprien, cacher nos plaies, quand elles sont mortelles ; et ne vaut-il pas mieux les découvrir pour les ^^rir^ que de les dissimuler pour nous perdre? 0 mon Dieu , où en sommes-nous, et à quelle extrémité le péché nous a*t-il portés ? Vous, Seigneur, qui, ((ans Tancienne loi, étiez si jaloux de la pureté des victimes qu'on -vous présentoit, et qui rejetiez celles où il paroissoit la moindre souillure, comment pouvez-vous maintenant agréer les nôtres? Le sacrifice d'un corps impur et esclave du péché, bien loin de vous plaire, ne doit-il pas plutôt vous offenser et vous irriter ? Mais enfin ,' medira-t-on, quelque corrompus qu'aient été jusqu'à présent nos corps par le péché; ne peuvent-ils plus être offerts à Dieu ? Qui, Chréileas, ils le peuvent, sinon par 1» sacrifice de la continence, au moins par oéluî de la pénitence : et c'est en ce sens que saint Paul nous avertit de les faire désormais servir, non plus au péché, mais à la justice. Dieu même tirera de vous alors one gloire particulière, et vous relève* rez d'autant plus le triomphe de sa grâce, qu'elle aura eu dans vous de plus forts et -de plu$ dangereux ennemis à surmonter. La pénitence vous tiendra lieu de croix, et cette croix sera l'autel où vous vous'immolerez. Ah! Seigneur, .répandez sur cet auditoire chrétien l'esprit de sainteté dont fut rempli le grand apôtre que nou^^honorons ; répandez sur cette église qui porte son nom, l'abondance de votre grâce ; donnez-nous cet amour de la croix , sans quoi il est impossible que nous vous fessions jamais le sacrifice de.nous-mémes; inspirez-nous le même sentimept qu'eut saint. André à la vue delà croix, lorsqu'il s*écria : O croix, source de mon bonheur! Ô bona cgtx {Act. maru S. Andr. ). Faites que nous le disions coimn^ lui , que nous le B. 4. 2
<8 POUft hk FÊTE DE SAINT FRANÇOtS-XAVÎÊR.
pensions comme lai, et que; par la voie de la croix » nous parveniottd à la même gloire que Ipif «fafest la gloire éiernelle, où nous couduiset etc.
SERMON POUR LA FÊTE IftE SAINT FflftNÇOIS- XAVIER.
Ecee non est obbrwiala tnanus Dam^i, ut êolvqr^ nequeaà. Voici un miracle ide ia yerta de Dieu, qui tait bien Yoir que le bras du Seigneur Q'eit pas raccourci, et qull peut encore sauver son peuple. Isifi, chap. ux.
Mons^gneurS
% Quel est ce miracle dent nous avons été nous-mêmes témoins^ et en quel sens peuvent convenir ces paroles du prophète à Thomme apostoiiqiie dont nous solennisons la fête? Est-ce Télogede François- Xavier que j- entreprends, ou n'est-ce pers Téloge de la foi qull a préchée? et si le Seigneur , dans ce^ derniers siècles , a iart ëclatef sa toute puissante vertu par la conversion d'un nouveau monde, est-c^ au ministre de ce grand ouvrage 4|u*il en faut attribuer la gloire, oa n'est-ce pas pluidt au maître qui l'avoit choisi, et qni Ta si heureiftement conduit dans l'exercice de son ministère ? Parlons donc. Chrétiens, non pas pour exalter le mérite de l'apdtredes Indes et du Japon, mais pour reconno!tt*e la force de TÉvangile c^u'il a porté à tant de nattons barbares ; et tirons , des merveilleux succès de sa prédîcarion, une preuve sensible et tonte récente, de Tincontestable vérité de la foi à laquelle il a soumis les plus fières puissances de TOrient : Ecce non est abbremata ntnnus Domint. Voici un prodige que Dfeu nous a mis devant les yeux, pour nous convaincre et pour confirmer notre foi peutêtre chancelante, toujours au moins foible et languissante : c'est la propagation du éhrisiianisme en de vastes pays d'on l'infidélité Tavoit banni, et où Xavier, sur les ruines de Tidotâtrie et malgré tous les efforts de r«nfer,. a eu le bonheur de le rétablir. Je ne prétends point égaler par-là cet ouvrier évahgélîqlie aux premiers apôtres. Je sais quelles furent les prérogatives de ces douze princes de TÉdise, et quelle supériorité le ciel leur donna , soit par l'avantage de la vocation, soit par retendue du pouvoir, soit par là plénitude de la science. Mais après tout, comme saint Ao(>ustin a remarqué que ce n'étoit point déroger à la dignité de Jésus-Christ , de dire que saint Pierre a fait de plus grandci miracles que lui : aussi ne crois-je rien diminuer de la prééminence des apôtres, quand Je disque Dieu, pour Fampiffication de son Église, a employé saint François-Xavier à faire un miracle non moins surprenant ni moins divin que tout ce que nous admirons dans ces (;lorieux' fondateurs de la religion chrétienne.
C'est, Monseigneur , ce que nous allons voir ; et je ne puis douter qu'entre les honneurs que reçoit delà part des hommes l'illustre Saint
* Messire iPrançoist'anre, ^yétfae d'AmieBS«
K)OU LA FÊTE DE SAINT FRAIÎÇOIS-XaVIER. «
doMTOBS cëtebrons Mnémoire, il n'agrée snrtom le cttlte et le fémoi-)
gnage de piélé que ytÂve Grandeur vient ici lui rendre. On sait quel
Ait soD peq)ect et sa profonde vénération pour les évéques , légrtimes
(mteorsdii troupeau de lësus-Christ, et !es dépositaires df^aûtorité
deDiett;^a saîtavee cruelle soumission il voulut dépendre^d'eux ;
que c*étoii sa grande toanime ; que c'était^ disoii-il loi-méme , la bé<«
nédîdioQdetauiesses entreprises, étqueoTest eniin une dès pins belles
T€T\Bsqtte rbistotre de sa vie nous ait marqoées. Hais, Monfi^r{tQeiir,'
«Xavier eût Técu d^Bos jours, et qu'if e6t e^à IravâfiHe^oiis la
oo|dliii(eêt80usles ordres de Vôtre Grandeur, conibieD, outre ce ca^
ncière sicré quf wus est commun avec plusieurs, eût«il encore boiiorë
du» vous d*aatte& grâces qui vous sont particulières? Austi zélé qu'H
ërok pour ^ho1llleo^ de fÉvaogite , combien eflt-il révéré dans votre
persoinnin des plus célèbres prédicateurs qu'aient formes notre
Fraocd; un homme dont le mérite semble avoir eu du ciel le méoke
fartage que celfti de Moïse, ei à qui nous pôuvona sr bien appliquer ee
qai est dît de ce fameux législateur : Okmfiearit iMnà in eohfpetià
regum, eijumt ilR eoram pe^nlo SM {Eceles., 4S) : Diett Ta glôfiBé
devant les tétea eouromiées par le ministèiti de sa sainte parole, et Im
a donné 9llsuiië Flionorable commission de gouverner son peuple.
Voilà, Monseigneur, <s^ qui eAtsensiblanf)ent touché lecœur deXuiiW:
et Yofre Grandeur n'ignore pas comment lea nôtres sur cela mêmt
sont disposés. Que n'ai-je, pour traiter dignemeit le grand alijetqui
me ftfff aiyourd'bui monter ^ns tcëtte diairé, e( pai^ltre en voérê
préseni||^ ce don de la parole et cette étoqiieiice viyif el séMhne<]ui
tous est ai naturelle! «oate le sécouil^ du $ainl^Espi4< fStfppiëërti
i ma ferbil^se , et Je le demande f>ar là m^iëtiaf 4^ Mff4^4 AH
MiTta. . . V . .,^. .1 . .. ,
Uifedes difficultés fes phts ordi narrés ^que formoiëM auiréMi» les paj^QS contre noire rdigton, eTéielt, si nôu^ etf éré^ns le vëMérabîe B&e, qu'on n'y voyoît plus êtes m^acJes-dônt feu^parioîéft^'!éitfir*• tiells, et qti'ils pf oduisûtent comiiVie les preavei^eertaiaèSi dé «|'d(Vinil ee ({Ut fais<Mt conclure à <^ ebriemie dtf<A¥îaitianiMle*,oi q'é'ff'aWiît dé;>ënëré de ce qu'il étoît, ou qu'il D*avtrit^jàmafs Àéce qtfwf^éildoiL A cela, les Pèrearépôndoieiit divey^emèiit. Ilâst vrai, disdit 8||pil Grégoire pape, queeedondes miri^le» n'est plttsailJoiil*d'heif^rèOÉl^ man qu'il Ta ^ ààm k |>rimitrve È^isé, maiâ ^lia^i n'est"*!! pWs ééé>> ormais si nécesèarre ^1 Tétoié 9Mr& t car la foi, naiasaiilè ékieorei» n'étoit^ é^Bjus ces pr^iers temps, qu'une jeune plante q[éî, pour tifoitre H.puit se fbrt^fiér, devoit être arrosée et- nourrie de ces g^iMvls e^LtraofMHfiiies ; i^laîs mafc|Mant qu'elle a jeté <fc profbndes raciueil, et qu'elle est en état de se^uteni^ elle n'jipkisbeeohi'de cesècottfrf. Cette réponse est solide ; mais celle de saint Augustin me paroît plus sensible et plus convaincante, lorsqu'il raiynnoit de la sorte, en dis-
30 H>l}R LA FÊTE DE SAINT FRANÇOIS-XAVIEK.
puUDt contre les infidèles : Ou vous croyez les^iniraek^ sur quoi nous appuyons la vérité de la religion chrétienne ^ èà vous pe les croyez pas : si vous les croyez, c'est en vain que vous nous en deuMkidez de nouveàuiL puisque Dieif s*est assez expliqué par ceu& qu'il a^opérés d*abord,jian8 rétablissement du cjbristianisine : si vous ne les eroyez pasy du moins faut-il que vous en reconnoi^ez un, hklë aùihentique et plus fort que tous les autres, savoir, que, sans miracles, le monde ait été converti à la foi de Jésus-Christ : SiChristi miraeulû non are-' ititUf 8q$em huic mirêcdb credendum est^ mundum sine miracuUs fuisse convermn (Augcst.) En effet, qu'y a-t-ii de plqs miraculeux qu'jpe tellç conversion? Mais pérmettez-moi , mes chèr^^giiiditeurs , d^ajou* ter ma pensée à celle de ces grands hommes : car je dis que les miraclesd.e rÉgUse naissante n'ont pointxsessé; je prétends qu'as subsistent encore, et que Dieu les a continués jusque dans ces derniers sjècles; et fe puis toujours m'écrier, avec le prophète, que le bras tout puis* santiiu.Seigneur n'est point raccourci :,£c(;e non est abbreviaiamanu9 Dcmm. Pôurveus en foire convenir avec moi, je vous demande quel est, de tons les miracles qui se sont faits dans l'établissement de TÉglise, le plus merveilleux et le plus grand? n'est-ce pas, comme dit saint Ambroise, l'étabUssement de l'Église même? Rappelez dans votre es*» prit^^G. quelle manière la loi chrétienn^est répandue dans le monde; la suî^limité de ses mystères incompréhensibles , et même opposés, jeu apparence, à la raison humaine ; la sévérité <le sa morale, contraire à toutes les ûîdinations de l'homme et à ses sens ; les violents assauts jet les QOHBabatsi cpi'elle a eu à essuyer ; la foiblesse des ap6^pés dont jDieji s^t 9ervi pour la prêcher, et toutefois les succès étonnants de •leur pf^édicaition^ns les royaumes, dans les empires, (^instouslee^ états. Il n'y^ a point d'esprit droit et équitable qui, pesant bien toqî cela, n'y découvre'ùn miracle visible, et qui n'avoue, avec Pic de la Mirande, qua c'est une extrême folie de ne pas croire à l'Évangile : Mao(itfiœiMamœ,estEuangelio noneredere (PicHiiu) Or je soutiens iliie sjjint François-Xavier a renouvelé ce liiiracle, et je soutiens qU'il l'a renoi^velé par les mêmes moyens que les apôtres de Jésuè-Christ y ffnt eipployés; en deux mots, Xavier, pour la propagation de la foi, a fait d^s choses infiniment, au-dessus de toutes les forces humaines; c'^t Ifi preq^ière partiç : Xs^i^, comme les apôtres, a fait ces prodiges de zèle par des moyenS) qt^ ne tiennent rien de la, prudence et delà sagesse humgii^e; c'est la seconde partie. Un monde converti parFrançpts^Xavier, voilà le succès de l'Evaogile : Xavier travaillant ^ xx)nvertir tout un* monde par les abaissements et les souffrances, voilà la conduite de TÉvanglle : le succès et la conduite joints ensenvble^ c est ce que j'appelle le miracle de^ l^Évang^le, et voilà le par^tage de ce discours et le sujet de votre âltenlion.
PREMliBE PARTIE.
Saint Augastîn, expliquant ces paroles da Psaume quarante-qua- Inëme, Pro pairibus.tf^ nati iunt Hbi filii {Psalm. 44), en fiât une appfication bien juste/ lorsque, s'adressant à TÉglise, il lui parle de cette sorte: Saiote épouse du Sauveur, ne vous plaignez pasque le ciel TOUS ait abandonnée, paroeque^vous ne voyez plus Pierre et Panl, ces grands apôtres dont vous avez pris naissance, et qui ont été vos pères : Non ergo te putes esse desertan^y quia non vides Petrum, quia non vides Pauium^ quia non vides eos per quos nata es (AuG.). Car vous avez formé ^des enfai^s héritiers de leur esprit, et ^ui vous rendront aussi glorieuse et aussi féconde que vous le fûtes jamais : Ecce pro piuribus tuis nati sunt tibi filii. Or entre<;es enfants de l'Égfllse, successeurs des apôtres et comme les dépositaires 'de leur zèle, il me semble. Chrétiens, que je puis mettre Francs-Xavier tlans le premier rang; et le miracle qu'il a plu à Dieu d'opérer par son ministère en est la preuve évidente : Ecce non est abbreviata manus Domini.
£xanûnons-le, ce miracle. Après l'avoir étudié avec soin, pour ne rien dite qui ne soit autorisé«eWpar la voix publique, et par le témoignage inêipetle l'Église qui l'a reconnu ; sans rien exagérer dans une chaire consacrée à là vérité , mais à ne prendre que la substance de . la cbose, et à considérer le fait précisément en lui-même, dénué de toutes les circonstances qui lé relèvent, le voici tel que je le conçois et que TOUS le devez concevoir. Xavier, par la seule vertu de la divine Igarole, a soumis un monde entier à Tempire du vrai Dieu, a répanda en plus de trois mille lieues de pays la lumière de TÉvangile, a fondé un nombre presque innombrable d'églises dans l'Orient; est entré en possession de cinquante-deux royaumes, pour y foire régner Jésus- Christ; a dompté partout rinfidélité du paganisme, l'obstination de Thérésië, le libertinage de l'impiété ; a conféré de sa main le baptême h p\iis d'un million d'idolâtres, et les a présentés à Dieu comme de fidèles adorateurs de son nom : vo'ilà le miracle de notre foi. Mirade au-dessus de tout ce que nous lisons de ces héros, ou vrais, ou prétendus, que l'histoire profane a tant yantés ; miracle oii je puis dire, < en me servant de la. belle expression de saint Ambroisë, mé François-Xavier a fait réellement ce que la philosophie humain^ dans ses plus hautes et ses plus vaines idées, n'a pu même imaginer : Uinus est quod ilta finxit, quàm quod iste gessit (Ambr.) ; et miracle enfin qui seul suffiroit pour m'attachér inviolablement à la religion que je professe, et pour me faire connoître que c'est l'œuvre du Seigneur : Ecce non est abbreviata manus Domini.
Vous savez, mes chers auditeurs , par quelle occasion et quel dessein fut appelé l'homme apostolique, dont je parle,. pour passer iiux Iodes : car je laisse ce qu il fit en Europe, et je viens d'abord à ce qu'il y a dans mon sujQ.t (^essentiel et de capital. Certes, ce furent deux
ai POW U FÊTÉ DE SAINT FfiANÇOIS*XAVIER.
entreprises bien différentes que celle de Jean III, roi de Portugal, et celle de Xavier; et il est bien à croire que, selon la politique mondaine, Tane ne fut que l'accessoire de Tauire. En effet» si la piété du prince lui fit souhaiter d'avoir un hoino^Ç. 4iS • P^?M pour aller combattre la superstition, le soin de sa propre* gi^r^nct^ur. lui fit équiper une flotte eptière pour étendre ses conquète^y et pour établir ça de nouvellea et de vastes contrées sa domination. ïeliês étoient les vues de ce mo* narque; telle étoit la fin que se prbposoient les ministres de s6n état • (nais le ciel en avoit tout autrement disposé. Le dessein du roi da Portugal ne fut qu une occasion ménagée par la Providence pour ou* vrir le cheroin à Xavier» et pour le faire entrer dans la moisson qu'il devoU recueillir. U ne faut que lui pqufc^t important ouvrage; lui seul, il fera*plus que ce pompeux et ^rribte appareil d'armes et de vaisseaux, et il portera plus loin les bornes du c^iristianisme que Jeaa les limites de son empire^ , .
Déjà je l'entende, ce saint apôtre, qui rallumant toute l'ardeur de sa cliarité, et ^appelant toutes les forces de son ame à la vue de l'iin* meose carrière qu'on lui donne à fournir» s'encourage lui-ttiéme» et s'excite à tout entreprendre pour la g|q|re du souyerain maître qui l'envoie. Allons» Xavier » dit-il en de fervents et de secrets colloques, puisque ton Dieu est partout» il faut qu'il soit partout connu ei adoré; ce seroît un reproche pour toi, qi^e l'auteur de tQq être' fût loué dans tous les lieux du monde par les créatures insensible», et qu'il y eût un endroit de l'univers où il ne le fût pasdëf créatures intelligentes et raisonnables. Et pourquoi inettrois-tu entre les hommes quelque différence, et vondrois-tu en faire le choix» puisque le créateur qui les a formés les embrasse tous datis le seiD;de sa iniséricorde? Non» non : sduviens*toi .qu'en te. confiant son Evangile, il t'en a rendu redevable t toqs» et que c^e^t^ pour tous qu'il t'a communiqué sans restriction tout sqa pouvoir. Cejiie sont point là» Chrétiens» mes propres pensées» qi mes expressiopsl, jouais celles de Xavier» qu'il nous a laissées dans ses épîtres» fidèles interprèles de son cœur» et lettres sacrées que nous cons^rvqns coinmeles précieuses reliques et les mo*' numents de son sèle* , .
G'es<1i(»nc en de teUes dispositions etavecdesînoblessentimentsqu'il s*embarqiie à Lisbonne, qu'il traverse deux fois la zone torride» qu'il échappe heureusement le fameux capde Bonne-Espérance» qu'il aborde dans l'Inde» qu'il p^sae'dansl'ilede la Pêcherie. Je serois infini, si j entreprenoisde faire (e dénombrement de ces longues et fréquentes courses qui n'oQt pu lasselr son courage» et qui peut-être lasseroient votre patience. Mais un peu de réflexion, s'il vous plaît : le voilà rendu au cap de Gomorin,. et d'abord vingt mille idolâtres viennent le reconnoitre pour l'ambassadeur du vrai Dieu. D'où l'ont-ils appris, et qui Idleur adit? Ah! voici lé miracle : Xavierne sait nilalangtte»ni les coutumesdu pays ; et cependant il persuade tous les espriv^ etgagne tous les cœurs.
POUR iÊL FÊTE DE SAINT FRANÇOIS-XAVIER. 13
Chaque jour toute onebourgade est initiée âu saint bapiéme. Les prêtres desbux dieux en conçoivent le plue violent dépit, et.s'y opposent; les didsdu peuple, les magistrats, en sont transpqrtës jusqu'à la fureur ; Bttis; pour user des termes de saibt Prosper sur un sujet à peu près s«inblafile, c'est de ces ennemis méaaes, de ces emportés et de ces furieux, qu'il compose une nouvelle Église : Sed de kis resistenHbtu^ uBvienlUmif populum chrittianum augebai (Prosp.)>A peine ces sages Indiens l'ont-ils eux-mêmes entendu, qu'ils veulent devenir enfants, pou» se foire instruire des mystères qu il leur enseigne. A la seule préftneedç ce prédicateur inspiré d'en haut, toute leur sagesse s'éiriBouU; et par-là ils semblent vérifier la parole de l'Écriture, selop k sens que lui donne saint Augustin : Absorpti nmf jùncti petrœ juéees eorum {Psalm. 140) : Leurs juges, c*est-à*dire les savants de leur loi et les maîtres du paganisme, mis auprès de Jésus-Christ, qui est la pierre angulaire, ou des ministres de son Évangile, oat été entrailles , ont été comme engloutis et absorbés : Absorpti sunt,
N*étoit-ce pas un spectacle digne de l'admiration des.ang(s et des hommes, de voir ce conquérant des âmes former dans les plaines de Travanéor des milliers de catéchumènes, faire autant de chrétiens qu il assembloit autour de lui d'auditeurs , s'épuiser de forces dans œt exercice tont divin; et, comme autrefois Moïse, ne pouvoir plus^ lever les bras par la défaillance où il tombe; et avoir besoin qu'on les lui soutienne, non point pour^ exterminer les Amalécites, mats pour ressusciter des troupes d'infidèles à la vie delà gmce? Quel triomphe pour la foi ' qu'il venoit de leur annoncer, quand il marchoii à la tête de ces néophytes qu'il les f ondulsoit dans les temples des idoles, qu'il les animoit à les briser, à les fouler aux pieds, et, comme parle saint Cyprien, à faire de la matière du sacrilège un sacrifice au Dieu du del ?
H n'en demeure pas là. Bientôt il parott chez les Maures, fameux Wiuilaires, d^aatant plus chérs à Xavier qu'ils sont plus connue par brnr barbarie, et qu'il en attend de plus rigoureux et de plus crUels traitements; car voilà ce qui l'attire, voilà ce qu'il cherche. Mais, pro«> videnoe de mon Dieu, que vos vues sont au-dessus des nôtres, et que VOBS savez conduire efficacement, quoique secrètement, vos impéné* trahies et adorables desseins ! Quii'eût cru? cette brebis au milieu des loupa, sans rien craindre de leur férocité, leur communique toute sa douceur. Ces tremblements de terre si communs parmi eux, lui donnentoccaUondeiesentretenirdesgrandeursduDieunu il leur prê'** che, et de la sévérité de ses jugements; Ces montagnes de feu qui sortent du sein desal>tmes lui servent d*iii|(ige8, mais d'images affreuses, pour leur représenter les flammes éternelles, et pour leur en inspirer une horreur salutaire. Il les cultive, il lesrendtraitables,illes transforme en d'antres hommes. Toute i' Inde est dans l'étonnement, et ne peu compreîidre qu'en peu de jours it ait réduit sous le joug de la loi
chrétienne jusqu'à trente villes.Yous diriez que, comode les cœurs des rois sont dans la main de Dieu, tousies cœurs de ces peuples sont dans celle de Xavier. Jl edtre dans Halaque, et d'une Babylone il en fiiit une Jérusalem, c est-à-dire d'une ville abandonnée à tous les vices il en fait une ville sainte. Le grand obètacle aux progrès de f Évangile, c'est Tamour du plaisir et la pluralité des femmes : honteux dérèglement que la coutume avoit introduit, et que la coutume autorisoit. Il l'attaque et il l'abolit ; mais comment? avec un ascendant sur les esprits et un empire si absolu, que nul homme engagé Sans ce libertinage n'oseroit paroftre devant lui. Et parcequ'ils l'aiment tous codkme leur père, parcequ'ils veulent toKs traiter avec le saint apôtre, de là vient qu'ils renoncent tous à ce désordre. Plus de quatre cents maridges prétendus, cassés par son ordre, les liens les plus forts et les plus étroits engagements rompus, toutes les familles dans la règle : qu'y eut-il jamais de plus merveilleux? et si ce M sont pas autant de miracles, qu^est-ce donc, et à quel autre qu'à Dieu .même attribue* rons-nous un, changement si difficile, si prompt, si universel ? ^
Cependant, Chrétiens, un nouveau champ se présente à cet ouvrier infatigable ; et , sans nous arrêter, suivons-le partout oii l'ardeur de s(m zèle porte ses pas. Le Japon l'attend, et c'est là, pour m'exprimer de la sorte, que Diep a placé le siège de soo apostolat; dans l'Inde il a travaillé sur un fonds où d'autres avant lui s'étoient exercés ; il a marché sur les traces des apôlres; mais ici il peut dire comme saint Paul : Sic autem prœdicavi EvangeUum hocy non ùbi nonnnatus e$t ChrïstuSy ne super alienum fundarnentum4iedificarem; sed^ stciUscrip^ iiim est^ quitus non est annunliatum de eo (Rom., të) : Oui, mes Frères, j'ai prêché Jésus-Christ, mais dans des lieux où jamais ce nom vénéiable n'avoit été proàoncé ; et Dieu m'a fait cet.honneur, de vouloir qu^ j'édifiasse là où personne avant moi n'avoit bâti. Xavier en effet est le premier qui ait porté à cette nation le flambeau de l'Evangile ; je dîâ, à cette nation si fière et si jalouse de ses anciennes pratiqiies et de la religion de ses pères; à C€|tte nation où le prince des ténèbres dominoit en paix depuis* tant de siècles, et qu'une licence effrénée plongeoit dans tous les désordres. Il s'agissoit de leur anooncer les vérités les plus dures, et d'ailleurs les moins compréhensibles; uoe doctrine la plus humiliante pour l'esprit,/ et la plus mortifiante pour les sens; une foi'aveugle, sans raisonnements, sans discours; une es« péranoedes biensiuiurs et invisibles, fondée s^irle renoncement actuel à tous^ej biens présents ; en un mot , une loi formellement opposée à tous lefi préjugés et à toutes les inclinations de l'homme. Voilà ce qu'il falloir leur faire embrasser, à quoi il étoit question de les amener, sur quoi Xavier entreprend de les éclairer : quel projet ! et quelle en sera l'iàsue? Me craigoons point, m^s chers auditeurs : c'est au nom de Dieu qu*il agit; c'est Dieu<]ui le députe comme (e Prophète, et qui lui ordonne d'arracher et de planter, de dissiper et d'amas-
POUR LA FÉT£ DE SAllTf FRANÇOIS<XAVI£R. 25
sev , de roivener et d'élever. Il arradera k» erreurs les phis profondément enracinées » et jusque^ dans le sein de ndolàtrie il {ihsiiera le signe d» sainte il dissipera les légions info^alés codjorëhi contre lai , et malgré tous leurs efforu il rattemblera les élus du Sejgoenr ; il renversera ce fort armé quLs'étoit introduit dans Théri* Ufe du Diea vivant, et de ses dépouilles il érigera un trophée à la graœ victorieuse qui raccompagne» et qui se r^andra avec abondance* Parlons sans figure» et ne cherchons point de magnifiques et de ]^mpeii8^ expressions pour soutenir un sujet ^qni par lui-même est au-dessus de toute expression. François*Xavier se présente» il montre le crocifix, il proteste que ce crucifié est son Dieu et le DieA de loas les hommes : cela suffit; sur sa parole il est cru comme un oracle; les rois Técoutent et le respectent» celui de Bungo reçoit le baptême ; de mille sectes répandues dans le Japon» il n'y en a pas une qu'il ne confonde ; les bonzes les plus opiniâtres se font non seulement ses disciples» mais ses ministres et ses coadjuteurs. Tous les jours nouYelles Églises ; et quelles Églises? disons-le» mes cbers auditears, à la gloire de Dieu» auteur de tant de merveilles : des Églises dont les ferveurs ne cèdent en rien à celles du christianisme naissant ; de^ Églises oii l'on a vu toute la pureté des moeurs» toute l'austérité de vie, loule la perfection que demande la plus sublime et la plus étroite morale de l'Évangile ; des Églises^ éprouvées par lés plus cruelles persécutions que la tyrannie ait jamais suscitées contre Jésus- Christ etson troupeau; qui» bien loin de se scandaliser dç la croix etd'en rougir» comme Timpo^ure a voulu nous le persuader» se sont immolées pour la croix et par la croix» se sont exposées pour elle à toutes ks rigueurs de la captivité » à toutes les ardeurs du feu» à toutes les horreurs de la mort; enfin» des Églises où l'on a pu presque compter autant de martyrs qu'elles ont eu de fidèles. Tels sont les fruits 'de la nûsnon de Xavier. Qui les a fait naître» ces fruits de sainteté ? c'est Xavier coopérant avec Dieu ; c'est Dieu agissant dans Xavier. Nous poavons cUre l'un et l'autre» cooune nous le voudrons» pourvu que nous reconnaissions là le miracle de notre foi : Ecce non est abbreviata numus Domim. 4C •>
Cependant» ad milieu de ses victoires» ce héros chrétien en voit tont-à-oonp le cours interrompu. Insatiable dans ses, désirs» il tourne son zèle vers le vaste enSpire de la Chine» et la Chine lui échappe. Quelle subite et triste jévohition ! Ainsi vous raviejU)rdonné» Seigneur. Hais s'il m'est permisde pénétrer daqs un de ces secrets que votre providence tient cachés à nos yeux» et qu'il n'appartient qu*à votre sagesse de bien counoitre» pourquoi» mon Dieu» arrêtez-vous un apôtre ^uniquement occupé du soin de votre gloii^e» et pourquoi lui refusezvous l'entrée d'une terre oifil ne pense qu'à &ir% célébrer vos grandeurs? Voua ne permîtes pas à Moïse d'emrer dans la terre de Ghanaan» parcequ'il avoit manqué à vos ordres» et qu'il n'a voit pas sanc«
96 POUR LA PÉTE DB SAlNT*FRANÇ0I8«&iLVIEIl.
tifié Totfd nom parmi le peuple : Qttta prori^iirtdift éHïM t^nira me^ »l * nonsarœA/Ua^tumeinterfilios Israël (I)euu,ii). Mm^foid un holnine soumis'à voVfp parole, un hoifame selon votre cœur, et vous le retenez dans une ile déserie! lorsqu'il médite ^une conquête si glorieuse |ioiir vous, et après laquelle il soupire depuis si long-temps, vous Taban- donnez à la mort, qui fait échouer toutes ses espérances ! Je me trompe, Ghrétiensy Xavier est entré dans la Chine ; au défaut de son • corps, son esprit y a percé ; il y est encore vivant, et' il y soutient tant de prédicateurs de tous les états et de tous les ordres de TÉgiise ; c'est * lui qui les dirige'^pâr «es leçons, lui qui les anime par ses exemples, » lili qui les con&ole dans leurs iîatigues par le souvenir de fies travaux, et lui enfin qui, du haut de la gloire , foit descendre sur eux ces ée* * cours de grâces dont ils tirent toutes leurs forces, et qui achève ainsi dans le ciel ce qu'il n'a pu accomplir sur la terre.
Or revenons ; et, sans vous feîre im détail plus elact de tant de nations qu'il a instruites, de tant de provinces et de royaumes qu'il a parcourus, de tant de mers qu'il a traversées, et ou si sodvent il s'est vu exposé aux tempêtes et aux naufrages, tenons-nous-en à l'idée gé- • nérale que je viens de vous tracer, et qui n'est encore tfu'uneébauche très légère des progrès de la foi par le ministère de cet homme vraimentapostolique« Pour peu que nous raisonnions, etqu'examinantavec * attention toutes les circonstances de ce grand miraçié dont Dieu même* fut l'auteur, et dont Xavier n'a été que l'instrument, nous oonsidé-' rions le caractère des peuples avec qui il eut à traiter, l*obstinAtion de leurs esprits et leur attachement à de feusses 4ivinités, la corruption de leurs mœurs et leurs habitudes vicieuses et profondément enracinées, leur férocité ou leur fierté naturelle ; d'ailleurs, la sublimité de la loi qu'il leiir a préchée, son obscurité daosles mystères, sa sévérité dans la morale:; et avec cela ce consentement universel, cette soumission prompte et cette étonnante docilité avec laquelle ils Tont reçue, ne &ommes^nous pas obligés de nous écrÛTque le doigt du Seigneur éioit là? Digituê DA eii hic (Exad., 8)« Et quetles marques plus sensh> blés pourrions-^npus avoir de la vertu divine qui l'accompagnoit? E€C0 nonest abbrematamanusDomini. '-^
Il est vrai : tandis ou presque au même temps que Ffançôis-Xavier sanctifioit l'Orient ^ des hommes suscités de l'enfer, je yeux dire un Luther er uti Gaivîn , perverti»soient l'Qêcident et le Septentrion. lïi publioient que I^u les %Toit choisis et inspii^s polir réfofc*ffler TÉ* glise, qu'un esprit particulier Içur avoit dicté ce qu*il falloit croire, qu i's étoient les dépositaires du sens de fÉcriture, et qu'on le*de<^ voit apprendre de leur bouche. Ainsi tys fonx piSdphètes s'érigeoient^ ils , dé leur propre autorité , en maîtres de la docii^ine : et » par le. plus déployable aveuglement, les peiipleties écoutèrent, les grands les appuyèrent , les états changèrent de lois et de coutumes t t«l fht; si j'ose m'exprimer de la sorte ,. le miracle de l'Iiérésie. Hais entre ee
pràeMki mirade «c oekii dont je pSLr\e , quelle diVfërence ! Je ^e dis pont que Xavîttr «voit reçu sa laiattoa de FÉglise, et qae le$ autres ièxmi iogërës d'eux-mêmes ; je m dis point que Xavier était Irre* produible dans se vie, et que œs hérénerques furent constamment aotti oorrompas dans toute leur conduite que dans leur foi; je ne dis poist que Xavier, revêtu d'an pouvoir tout divin , commandoît aux MlKots, ealmoh les flou de la mer, paroissoit à la fois en divers i RewL, voyoit ravenir, lisoit dans tes cœurs, chassoit les démons, pimKMl les malades^ ressuscitoit les morts ; et que jamais ces docteurs de rerreiïr ne firent rien voir qui marquât en eux une vocation spéckie et propre, et qtai donnât à connottre que le Seig^neur étoit^ am eux. Je ne dis point tout cela ; mais vbici à quoi je m'en tiens , H oe qui me suffit : c'est qu'ils préchoient une fMMon favorable à h nature , conomode aux sens , qui retranchait lousles préceptes de relise, qui dégageoit de l'oblifration des vœux , qui délivroit du joug de la confession , qui , soiis prétexte d'une impossibilité imagiaaire dans la pratique des commandemenu et d'un défiiut de grâce , oonduisoit les hommes au libertinage. Or, pour établir une telle religion dans le monde, il ne faut point de miracle, puisque le monde n'y est dé|a que trop disposé de lui-même : au lieu que le saint apô« tre des Indes et du Japon apportoit une loi contraire à tous les sen* timents nat'urek; une loi qui dédaroit la guerre aux passions, qui condanmoft les plaisirs, qui prescrivoit des, règles de continence, ca« pables de rebuter tous les esprits ; qui obiigeoit à verser son sang , â donner sa Vie, à endurer les plus cruels supplices pouria défendre et la soutenir. Or, d'avoir fait agréer cette loi à une luultilude presque infinie d'idolâtres de tout sexe , de tout âge , de tout caraotère', de tout état, aux grands et aux petits, aux sages et a^tx simples , à des voluptueux et a des sensneb , k des opiniâtres et à des présomp- Uieux, n'est^oe pas là le plus évident de tous les miracles, et quel Mtre que Dieu même Pa pu opérer ? Miracle par où Xavier réparoit Itt raines de l'Église , et les brèches qu'y faisoit le schisuscde Théréaie, puisqu'il est certain que, par ses prédications apostoliques , il a pins gagné de sujets à la vraie religion que Luther et Calvin ne lui en ont dérobé, et n'en ont porté à la rébellion. Tellement que nous pouvons lui appliquer le bel éloge qne saint Basile donnoit autrefois à saint Grégoire de Nazianze, et rappeler le supplément deTËglise, Sappletnentum Eccieiiœ (Basil.), parcequ'il a supplée avanta^<jeusement, par son zèle, à toutes les pertes qu'elle avoit faites par la divi-> sion des hérétiques.
Ah I Chrétiens, que la charité est généreuse vfaris sfs entreprises , qu'elle est ferme et constante dans ses poursuites ! mais surtout qu'elle est heureuse dans ses succès ! Que ne peut point un homme possédé de l'esprit divin , libre de tous les intérêts de la terre , et uniquement passionné pour la gloire du^ Seigneur? Ne fout-il pas que Fambition
â8 POUR LA FÉTË DE SAINT FRANÇOIS-XAVIER.
humaine fosse iei Tavea de sa foiblesse; et qu'elle cède au zèle d'un apôlre qui ne cherche qu'à foire connottre et honorer Dieu ? Si Xatier eût imbrassé la profession des armes « conune sa- naissance sembloit l'y engager,. ou s*il eût borné ses vues à %e distinguer dans les lettres, selon son inclination particulière et le caractère de son esprit » qu'eûtil foit? et quoiqu'il eût foit, son nooD yivroit-il encore dans la mémoire des honunes,*et ne seroit-il paa peut-être enseveli avec ftmt d'autres dans une profond^ obscurité? Mais maintenant on publie partout ses merveilles ; les siècles entiers n'en peuvenjt effacer le souvenir, et jusqu^à la dernière consommation des temps y il sera parlé de Xavier dans toutes les parties du monde. Je dis plus : car, pour nie servir de la noble e^admirable figure de saint Grégoire pape, comment paro!t|iK*il dans cette assemblée générale de l'univers, où Dieu viendra couronner ses Saints, surtout ses apôti^es, et leur ren- ^ drè gloire pour gloire? C'est là , dit le saint docteur dont j'ai emprunté cette pensée, que les apôtres traîneront après eux, et comme en triomphe , toutes les nations qu'ils ont conquises à Jésus-Christ ; là que Piei^re se montrera à la tête de la Judée qu'il a convertie ; là qu'André conduira l'Achaie; Jean, l'Asie; Thomas, toute i'inde : IH Petrus cum Judœà conversa apparebit; ibi Andréas Achainm^ Joannes Asiam, Thomas Indiam in conspectu judicis , régi conversam ducet (Gregor. Magn.). Et moi j'ajoute : C'est là que Xavier produira, pour fruits de son apostolat , des troupes sans nombre d#touteff nations, de tous peuples, dé toutes tribus, de toutes langues, qu'il' a réduites sous le joug de rÉvangile , et tout un monde dont il a été la lumière : Ex omnibus geifUibus, et trlbubus , et populis, et lingms (Apoc.^ 7). - "
Mais sur cf la même, mes chers auditeurs , quels re|Mroches n'avezvous pas à vous foire? C'est par le ministère d'un seul prédicatéfir que Dieu, Jusqu'au milieu de l'idolâtrie, a opéré ces miracles de conversion; et dans le centre de la foi tant de prédicateurs suffisent a peine pauv convertir un pécheur. Xavier préchoit à des infidèles, et il les touchoit ; nous prêchons à des chrétiens, et ils demeurent insensibles. A quoi attribuerons-nôus cette monstrueuse opposition ? est-ce que Xavier étoit Saint , et que nous, ministres de la divine parole , ne le sommes pas? mais notre foi ne seroit plus ce qu'elle est , si elle dépendoit ainsi des ministres qui Tannoiicent; ils ne prêchent pas et ils né convertissent pas comme Saints , mais comme députés de Dieu , et comme envoyés de Dieu :.or quelles que soient les qualités de la personne, cette députation et cette mission n'est pas moins légitime. Quand «donc vous dites , Si c'étoient des Saints ^ je les écouterois et ils mé persuadèroient , vous commettez , selon saint Bernard, trois grandes injustices ; Tune, par rapport à la grâce, dont vous bornez l'efficace et le pouvoir à la vertu , ou plutôt à la foiblesse d'un bomme ; Tautre , par rapport au prochain , en imputant aux ouvriers
éiidBgéliqaes ce qui ne viptt pas d'eox , saToir, votre impénitenoe et \Qtre obfttmation ; h dernière , par rapport à vons-mâines-, en cherdniitde vaines excuses dans vos désordres, et des prélexles pouf* Toas y autonser. Quoi dtAc ! est«ce que Xavier avoit nn antre Evangile à prêcher que nous? est-ce qu'il feisoit oonnottre un autre Dieu? est-€equ*il enseignoit d'autres vérités? est-ce qu'il proposoit d'autres pdnes et d'autres récompenses ? rien de tout cela : mais c'est qu'il insmùaiHt des peuples qui , quoique nés et quoique élevés dans Tinià/BèMi, , saiveieo t les impressions de la grâce ; et qne vous » dans le christianisme, vous la combattez, votis la rejetez, vous l'étouffez. De là des BulUoniTd'athées ou d'iciblâtres él/(Aeat tont-à<-eoop changés en de vraisGbfétieos, et tous les jours deschrétiens dtoTÎenneat des imh pies et des athées. Je dis des athées^ car il n'y en a que trop et de toutes les manières : athées de créance et athées de volonté ; athées qui ne reoonnoîasent pi^t de'Dieu, et athées qui voudroient n'en point reoonnottre « et qu'en effet il n'y en eût points athées dans les cours des princes, athées dans la professioades armes , atl^ dans les académies des savants , athées dans tous les lieux et tous les états où rèffke la dissolution du vice. Ah l mes Frères , n'est-ee pas ainsi que s'aocomplit la parole du Sauveur du monde, cette parole si terrible poar nous, que j^usieurs vîendroièpt de l'Orient, MulH ah Oriente ventent {Matth., 8)5 qu*3s prendroient place dans la Jdpire avec Atiraham et fous les saints habiuiats de ce séjour bienheureux , Et yecumbent cum Abraham y Isaac et Jacob ( Ibid. ); mais que, pour les enlants et les héritiers .du royaume , ih seroient chassés et précipités dans les ténèbres de l'enfer : Filiz autem regni 'ijieièntur in tene^ hias exieriou^ (Ibid.)? Ne soyons» pas du nombre de ces chrétiens réprouvés; et pour tels, réveilbns notre foi, ranimons^la, rendonsla fervente et agissante. lé viens de vous en proposer uiv des plus gruids mot^ 1 o'estce miraele de rÉvaii^le, renouvelé par François- Xavier dans la éonyersion des peuples âe. l'Orient. Hais ce qui y met , ce me semble 9 le oon(ible, c'èàt que Xavier l'ait renouvelé par les mêmes moyens dont se âont servis les apAtre$ dans la^oonversion du fflonde..£ncore quelque attention , Vil vous platt, pour cette seconde [psl^tie• . '■ ^ • ' ' ' . ■
Faire de grafades choses^ cç n'est point précisément et uniquement en quoi consisté la toute-puissapce de Dieu ; mais feire de grandes cbo^ de riéîàfl c'est le propre xte la vertu divine, et le caractère particefier qtti Id^distingiie. Ainsi DÏèu en a-t-il ysé dans la création et daifs Tincailaàtïon , qui soiît, par' excellence , les deux chefs-d'œuvre de sa main. Dans la. création , lia tir^teus les êtres du néant, c'est sur le néant qti4l a travaillé ; et piarceqù'il agissoit en Dieu , il a donné % ce fiéakit une fécondité fnfinié : dans Tincarnàtion . il a réparé , re-
30 POUR LA FÊTE D£ SktUt FRAKÇOtS^XAVlËft.
nottvelë'y réformé toute la nature , et , pow cela , i| a en besoin d'un Homme-DieQ ; m^\^ il a foUii que cet Homme-Dieu a*anëâiiltt , afin «que Dieu pût s'e& servir pour raocompU^emoit du fraiid mystère de la rédeiiii^Q dti mcnde. Or voik aasflA l'idée que Jésus-Christ a suivie dans rétablissement de FÉvep^ie. Il yootoit oeoyaittcre Tuni» ver9 que c-étoif Toravre de Dif u , et ^ae Dieu flteot en ëtok raote«r« Qu'a*t-il foit? il a choisi des«iyels vilt ei méprisables , des hommes sans ^ppui » sans créditv amis taic^t ; : des disciplea qui furent k M^ ki^^ mèm»^ des apdtres qiu n'eurent poiçtt d'autres 4»*mea que la pa^iencïe^,, poîal d'autres tcésûrs que b pauvreté , |Mint d'autre con-^ ^çil f^m ksimpliebé : iVoit imrJl» pûtente^^ non mniià nôHtes , sed qitëê Bi^Ua $unt»mun(ii\.el0git ,Dem (l.Cor.f i). Et» qumLSeigtfear, eût pti lui dire au aage du siècle f sontHse là ceux que vous descifteis à une ^i haute éntre^risQ? Ayeo d^ hymnes aussi dépoarttis de tous les secours httfliains, que préteudei^yous. et qù'aiteBdfz^voiiaf Mais: Vou^ vous tronq>éz, lui eût répondu ce Dieu Sauveiir^ vous raisott* .liiez eu hoeame. et j'agis en Dieu. Ces siniples et ces foibl«s r ^ snmk les ministres qm je demande, parcequè )ai de quoi leseondiiirô et les souleni?. S*iia avôiçnt d'autres qtttlités , ils feroitttt parbltte teiir .puiSsiM^ce 9 et non la mieaoew ikmr faire réussir moQ ^ssé|ii v il ine faut dôs hpmmeft qui ne i^diéiit rien sèkm le monda» «i qui ne soieint que le rebu| du aiQnde;^k première cattâhio» requise daiis im apôtre et un prédicateur de mon Évang^e^ c'est qu'à soit mort au monde
^ à lui-m^me- f
TcÛq éioit , si ^ puis parjer de la sdorte, la poliëtine de lésu»*" Christ : polilique siur laqueUe.H a fondé tout rédifiee de sa neUgidn , •et politique dont saint Fra&çois«Xavîer a saiti ëxaeçemmit iès ma#* jn^ dans tpute sa oonduke. ConsmiSliit éds^i médiv^ez^Toais^ Xai^ n'avoit-il pas toits les ayantagës dm moufle? n'étoiHl pas de là pn^ . lisière noblesse de Navarre? ne s Qt{Ht4l pas distnigué dans r^uniycrsîié de Piuû^? m p^i^^doit'il' pas fi» tsdsnts e:Ktraecdinair8S? et cfuslqfie pi^ofes^iw qti'H eût embrassée:, hii ntianquoit^il Vncunedes diappl^tloas t)§QQ$B^re6 pour, s'y avança*, et même peur ^ eiteeUer? .Tout cêke^'Yuai ; oia^îe prétends que rien 4^ tosut tela a a contribué au miracle que Dieu a opéré par son mihistère : pourquoi?, patolqu'il a fallu qt|e François-Xavier qinttit tout cela et qu'il s'en dépouillât, pour uayailler avec sucçèsakp Oui, il a fallu qu*il renonçât à c^ qu'il etpit, qu il ouÛiut ce q\i!il; sayoîf ; 'cj(u*il devint, par son choix, tout ce qu*aY<Meût jété, Içs. ^P^^res pV leur conditièn , afia de se disposer qpmn^e eux aux Içqotioa^ agp^toliquea , et de pouvoîj^l'emptoyer èlïjçacenwnt et heurjçusei^nt à éteadre le royaume de Jésus-Christ, . ' i i, .
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POUR U FÉTS 1>E SAUtT FltÂNQQlS-XAVIËR. H
ir*ecfr ici le porlrail de cet apôtre ! toss y verriez la parfaite iaiage d'wisaÎBt Pâ«U e'esi-à'dire un homine détaché de tout par le renonemmi le plua universel à tous les biens de la vie , à (ous les bonnears dasiiole , à tous tes plaisirs des sens ; on homme crucifié # et portant sar soB aorp4 toute la nwrtiflcation du Dieu pauvre et du Dieu souifktiat qu'il wnOBçcii( t uu homme immola coAime une victime^ et sacrifié iQ salttl dii,procb|ûa; un homme anathème pour ses frères» on voulant l'étf e , et to^joitra prêt à se livrer iui-^inéme , pourvn qu'il pAt les affranebir de l'esd^age de l'enfer et (es sauver. Mais encore par qoeUe vei^jtu a^t4i Isil 4ant de merveilles dans la conversion de l'Orient Y estait oroyahleque œ soit pnr tojut ce que ijoiis lisons dngrson liifitoire? je veux dire pfir une abnégation totale et sans réslerve, par me bumîtiM sans mesupe^ par «ndesir^ardent du mépris, par noé' IMitieaoeà Tépreuve de tous les outragea, par la plus rigoureuse pauvreté, par Tamoiir le plus passionné de% Iroix et des souffrances , en un mot, par un abandon général de tout ce qui s'appelle douceurs, oommodités » intérêts propres? Est-ce aînu qu'A s'est insinué dans les eiprits, etsoni'-Qa là Je$ re${M>rts par où il a remué ies^xeurs pour ks tounier vers Dieu? Je vous lai dit. Chrétiens ^^ et je le répète ; e'esiper^là méOfO, et jamais il n y employa d*autres jnoyens. En vpttkz^vaas \a pràiver? le voiâ en quelques points où je me renîernie : car, dans na styet ^ étendu , je" dois me prescrire des IJbrnes , et ^me CQBlsQier de quelques laiis plus marqués, qui voua ferpnt jugi^r de toBs les aiitres.
Uétoitd*d|e ôômplexion. délicate, et bi vue seule d'une phiie toi faiesit horr^r :. niMS rien n'en doit (aire à un apôtre; il faut qu'il MnaOBte eei|p delivate^se, et qu'il apprenne à triompher de ses 9^ê avttit quà'd^Uei^ combattre lesenneinià de son IKeu. Son cela que ini inspire son zèle? VOMS Favez cent fois entendu ;'m9is poûvez-vous asses I entendre peur la {floire de Xavier et pour votre édiflcsation^ Jleiiré dans un bdpital, et employé auprès des malades, quel objet il apprçott devant ses yeui^ ! et n^çat-ce pas là que tout son tioîimgfe ssl nue k l'é|>reuve, et qiie> pour vaincre les révoltes de la nature, H a hesuln de toute sa ferveur et de toute sa farce? Cétoit un malade ; disons mieux , c'éteit un cadavre, vivant ^ dont 1* infection et la pour*riture anrotent rebutéla plus héroïque vertu. Que fera Xavier? An prenniâr aspebt sdîi èc^ur malffé }m se «oidève ; mah bientôt à ce sou<lèvemeitt imprévu succède une sainte indignation contre lui-même : Ehqeoil dit-il, faut-41 que mes yeux trabtesent mon cœur, et qu*Hs aient peine à voir ée que Dkû m^oblige à* aimer ? l'ouché de ce repr^«> €he,t il s'attacheà cet bMime oenivert d'uieèrés^, il embrajssse ce cadâ^ vre que la foi lui fait envisager comme -un des niembtres n^ystiques^ JéaQ«B42hrlsl'; ret inftl^lbisi il baise ans futaies avee le même respeei et ' le ioàp» Uùqiif ^uf Ifadékme.pénitBnte baisa les pieds de son San* veur : il fait plm; àfm Jis^Mtoage ^dtpefoihèesso, et je veux bien y
. avoir égard , pour voys épargner un réck où peut-être vous m'accusez de ne m*étre déjà que trop arrêté. Or qui pourroit direcombien celte victoire qu'il réimporta sur luî-méine lui valut pour la conquête d^ âmes? De là , et par ce seul effort , il devint insensible i tant le res^ j pour n'être plus sensiUe qu'aux impressions de la charité. De là , les hôpitaux , dont il avoit un éloignement naturel , devinrent povr lui une demeure ordinaire et agréable ; de là , il apprit à vivre parmi les pauvres , à converser eti se familiariser avec les barbares^ à les visiter dans lenrs cabanes, à les assister dans leurs besoins « à les sdder de ses conseils dans leurs affaires , et à s'attirer ainsi tcHite leur cbn^foice : car cès^ sauvages» tout sauvages (Qu'ils étoient, se trouvment forcés de raimer,..vQvant qu'il aimoit jusqu'à leurs misères; et, Kémoins des secours qu'ifs en recevoient datt^ les infirmités de knrs corps et dansf toutes leurs i^écessités temporelles , ils lui abandôiinoient au même temps le foin de leurs intérêts étemds et la conduite de leui^s âmes. .
Ce n'est pas assez : il faut qu'un apôtre soit pauvre luinnême, selon l'ordre que donna le Sauveur du monde à ces premiers prédicateurs de l'Évangile, qu'il envoya dans toutes les contrées de la terre , sans biens , sans revenus , sans héritages , et à qui même il marqua en termes etprès, s'ils avoient deux mibits, de n'en garder qu'un, et de B*ètre pdint en peine de; leur entretien et de leur subsistanee. Dans les entreprises bumaines , pour peu qu'elles soient importantes , ou a besoin de grandes ressources , et ce n'est souvent qu'à tbrce det tibéralités et de profusions qu'on lea fait réussir : uiais n^avoir rien i ne posséder rien, et dans cette extrême disette exécuter des desseins à '^ouoi d'immenses trésors et les plus amples largesses ne guffirdient pas, êési là que paroît évidemment le pouvoir et la vertii de Diim. Autre moyen qu employa Xavier à la conversion des peuples. Il pavt iie Rome pour se rendre à Lisbonne ; c'est un roi qui l'invite, c'est le soiivieraia pontife qui l'envoie, c'est de la dignité même de légat du Saint-Siège^ aussi éminente que sacrée , qu'il e^t revêtu : mats qi|dle pompe l'accompagné , ce ministre d'un grand roi et ce légat apostolique? En deux mots , mes ch^s auditeurs , vous allez l'apprendi'e : iin habit usé et un brévjaire » voilà tout l'appareil de sa marche et .toutes les richesses qu'il porte avec soi. Peut-être, lorsqu'il s'agira d'entrer dans le champ divSei^eor, et^uede Lisbônneil faudra pasr ser dans les Indes, pensera-t-il à se pourvoir? Que dis-je! il se croita toujours abûndanmient pourvu de toutes choses »< tant qu'l meitr a sa confiance en Dieu , et qu1l ^*àband<mnera aux soins de sa providjence; tout autre secours, il le refusera, se tenant plus riebe de sa pauvreté que de tous les biens du monde.
C'eSt av^ le signe de cette ninte pauvreAi^iil arrive à Ifoaambique , qu'il se fait voir à Mélinde,. à jSocotbra , a $k>a ; qu'il va mouil- * 1er à la oôte de la Pêcherie, qu'il pareoiilh le royaume 4e Travanoôr;
qu'il ^ite les lies de Manar, d'Amboine, de Ce]flaii , les Bioluques; vivant de ce qu'il a soin de memUer, et, du reste» aussi peu attentif i a ooarriture , ksa demeure , à spu vêtement , que s'il n'avoit point deoorps à $outuW. Mais quoi ! n'étoit-oe pas avilir son caractère? A'étoit-ce pas tenter Dieu ? Non , Chrétiens , ce n'étoit ni l'un ni f autre; car, d'une part, les dignités ecclésiastiques n*en deviendroienc que plus vénérables, et ne seroient, en effet, que plus respectées et plus référées , si la pauvrelé de Jésus-Christ et la simplicité de l'Évangile ea bamussotent Tabondance , le luxe et le fastc^ et d'ailleurs , Xavier a'jgnoroit pas qu^ Dieu ne manqua jandais à ses mimstres^ dés qu'ik ne cherehent qne lui-^méme et que sa g^ire , et qu'il fait méoie servir leur pauvreté au succès de leur ministère : aussi dbmlûea fut efficace je désintéressement de notre apôtre auprès de œs infidèles , qui en furent tout à la fois et les témoins et les admirateurs? Pourquoi , disoient-ils , et comment un homme si réglé'et si sage dans toute sa conduite ^Irt-ii quitté sa patrie, traversé tant de mers, essuyé unt de périls , pouf venir ici mener une vie pauvre et misérable ? estce la nature, est-ce. l'amour de soi-même qui inspire un tel dessein? Il faut donc qu'il y ait dsois son entreprise quelque chose de particuher» et aa-deasns de nos oonnoissances ; ii faut que ce soit un Dieu qui Fait envoyé, et que la loi qu'il nous annonce ait une vertu^upérienre et toute céleste, qui nous est cachée. Ce raisonnement étoit comme le préliouoaîre de leur conversion, et bientôt la grâce achevoit, parmi ces' Indiens , ce que la pauvreté volontaire de Xavier avoit commencé. Et par quelle voie pénétra-t-il jusque dans la capitale chti Japon? U providence de mon Dieu! que vous êtes admirable et adorable, lorsque vous employei ainsi la foiblessè même, la bassesse même, ri{ua»lité même|^t rhumilité la plus profende , à soumettre les forts, les puissants, Ic^grandsl Oui, glorieux apôtre , c'est sur le. fondelaent de,yotre. bumilité , comme sur la pierre ferme ^ que Dieu établit cette Église du Jap&if , si célèbre par ses combats pour la foi de Jésos-Christ, et plus célèbre, encore par ses triomphes. Le Sauveur des liommes, descendant sur la terre, s'humilia pour nous, dit jsaint Paul, et pour notre rédemption, jusqu a prendre la forme d'esclave : Exinanivit semetipsum^ formam servi accipieru (PAt/tp., 2). Pennettez-moi, mes chers au(iiteurs, d'en dire par proportion autant de Franç(Ms-Xavier, lor^ue,.pour entrer dans Méaco, le siège de ce grand empire où Dieu Tappeloit, et dont il voyoit les avenues. fermées , 0 voulut bjai , par le plus prodigieux abaissement , se réduire à la condition d!tm vil serviteur; que*, dans cette vue, il se donna à un cavalier, qu'il se.chàrgea de son équipage, qu'il le suivit durait près d*uoe journée par des chemins raboteux et semfô-d-ëjfAies qui lui déçhiroiait .les pftêds; et que, malgré tôdites oesi]tffieultëi& qu'il eut à surmonter, malgré Vextxême dé^U^ceoii leiinttit tomber tant de jEatigaes , U parvint enfin au terme d'une ooarse si hinniifantf; et si
U POUR Là FÊTE DE SAINT FRANÇOIS-XATIER.
pénible : Exinanivit $emeûpnim , formam servi aciipkms. Le voilà 4onc sdoQ ses voçux , mais, du reale> $eul et sans escorte que deux oompagnoofli qu'il s'ciat associés ; le voilà , dis-je , sui milieu d'une terre ennemie; et que prétend-il? la conquérir tout entière, c'est-à-dire la purger de set anciennes erï^eurs , l'instruire et la sanctifier. Et de quelles armés veut-il pour cela se servir? point d'antres armes que celleadont usèrent avant lui les apôtres, les armes des vertus. Mais ê&core de quelles vertus? lioB pmat tadt de ces vértua Matantes qtti frappent les vjbusi et qui brillent devant les kommes ^ qvtê ëes tertus les. plus obscuresr^ i^bie, et les pins capables de le dégràder» de le rabaisàer^ de ranéantiri d'un anoor du mépris qm Itri fàk ainftr et rechereher les opprobres et les ipionHntes^ d'tine t>àtiei]ee inaltérable^ qui Inifeit supporter^ sani^M» plaindre, les pins sensibles âfibenis et les injures les pins sanglantes; d'une constance i&ébràtt-> kble aiL milieu des plus craelles perséGuti<Hts.i|iie l'enfer lui snseite; d'une cundescendanoe infatigable j|ni le fiiit dest^dre à tout, ji^ré-^ naot soili lui-môme de l'inâtrueiion des eninnts , parceitrant les rues là clocbeite à la main pour les assembler , et se fiiisiint c6mtne en^ fant avec.etiai pour en faire des enfants de Disi. . Combien d'esprits proianes et imbus des matimes du riionde tè mëprissent <«l ocunbisn encore le mepriserotent, en le voyant au milieu de ocs enfants qui le suivoient en foule, et qiji'il retmoit avec une bonté ^ père! Mais chose sdmirabh^ et que nous devons regarder comme le plus visible témoignage de la présence et de ropérairon rairaeuleose* de Tespnt divin qui présidoit à ces saintes assemblées! e'est de ces enluits mêmes qiie Xavier formoii des twmpè» SiHiliaires » plus terribles'à Tenfer que tontes les puissances de la te^re ; e'eSt de ces enfants mêmes, qu'il faisoit des apôtres ; c'est à ces enfants qu^il donuoit des nrissiOBS, qu'il comHMHiiqsoit le pouvoir de guérir les ihalades, de chasser les démons de^précher la foi. Confiteor tttn ,'Pattt, Do^ mine cariai et terrm ^ fitia obscQnd&tA kmc à iàfientikus , et r^eltuH ea parvuli9 (Matth«, il) : O mon Dieu , dismt ce saint homme daîis une de ses Épitres, j'adore votre pravidence éti^rnelle, d'avoir attaché à de si foîblés moyens un de vos plus grands ouvrages ! Mais je ne m^en étonne point , Seigneur ; car vous ne vouieiK pas qne le prit de votre mort soit «uianii : or si Téloquence des hoi|^es ponvoit exécuter cette entreprise, rhumîlitéde la croix seroit imirile et sans effet : Nofi in êëpimtiâ verbi^ ut non evacuetur ctux Chrhti (I . Cfor., 1). Ensuite» s'adressant à Ignace, à qui, par une confiance fili^de^ il dédarmt tous lesimottvenients de son cœur : Plat à( Dieu, peursutvoit-jl, que tels et tels qÊe nous avons connus dans runiveniié jde IParis, rembli^de science et des plus fadies qualités de l'esprit; fussent iei pour admirer avec m^i la. for»e de la parole de Dieu , quand tBilp ulest |^tnt d^ttisée par l'artifice , ni corrompue . par l'intention ! Ils oublieroient tout ce qu'ils savenlf pour ne savoir plas que Jésu^hrist crucifié; et au Heu
POUR LA ftTE DE SAINT FRANÇOISfXAYIfill; 35
de ces diseours qu'ils préparedt avec tant tfâttdè lot qa'Hs. débitent aveosifiea de fruits iU se réduiroient à Tétat de^esâttits, afifl^dede- Teoir teâ. pères d^ peuples. Ainsi parlait Xavier^ et dèJài^itebdle'
• jeçon qu'u^faisoit à un^de ses plus illusiras.caiÉpliffiBDltt, -rècttÉta*.di( jHMif eau collège d^ .Goa : Barsëe* Inidis^it^, cfue le 8oifl(dli oatéchkine
^m\ le premier s^iil dé veire obarSe» C'a été Ifémipioi dM apAtrea^ et o'e^le ptu^impdi'mdtdesdtre conpaipièL Neix*o]Ptz pasdrrair içiéii iaft, aï Y0«s le n^lii^; et coan^tiea siti* tom le l^scef taiiiJaqHe tùa afaoïaiuera avec âdéiitë d'un exercide éi utile et si Héoessâire* Or ob que Xavier conseilloit là-deMOs èot au<ihes, tfaal ce i}u*il pratiquait lui« même a^ec d'autant plua de Me^ qiilli y trotfroit idii émeniiiie ai dq quoi a'Jwmilkr* et de quel avançai* plus aârèfieiaftt et phM dificaeameiit la 0lw^ de Di/h^é
Yotts me direz qu'il s'est yh cetoblé d^bonôett^s dans fea eeari des roirr qtt'ils Tonl reçu avec distiaeticÉ dans leiira patah , qu'ils l'ont invité à leurs tables, qu'ils l'ont admis dans leurs entretient ka plua bmîlieta et les plus inliiiies* Je le saia^ mâîa c'est en calk méine (}ue aoK^ ddcgavirons^ la :copduile de INeu# qui él^e lés peikt , qui doÉne M Vouura («ï^e» uu attrûit doatjea ^Unes les phia hautaines et les (dus in* do^et se sentent toacbées) et cflii ^ loUt aiépflsables (fu'ils pai^tlssenl selon le iMade^^ leur £ait t^ouve^ g^aœ^nqi»^ des princes et dos ijie« narqu^fiB^ Fous me direa qu'il faisott des aritades^ et que ces mieaciea li aftfjpnants et si fréquenta pcévenoîenttea peuiiies en sa faifeur, tl la reMbieiit célèbre dans l'Inde e& dass le lapéfa ïém conviens ; vMÎ pourquoi Dieu^loi iuii»ilde la sorte soat pouvoir itanà les liiàiBs? par* sequ^ c'était un bomUe qui, sans se oêùficir jamais es loi'^iïiéBfe # ne se eenfioîl quea JXeu^ un homme qui , sans jamais s'Éttrthuer rien i hu-anéme, Kétéroît tiOMI à DJeu} un Uoinm^ qui» ennenli de sa propre gloire et delui-même, atelier ohait pour l«*-mdiÉieda]is tousses travaux que le travail, et ne ponsoijL qu'à faire àdorei' 'et aimer Dieu ;.eàfin, uir bomme qui , dans le déouement^ei^er et kn parfait dépouiUemèiift oik 'A s'étoitrréduit , doanoit à cqnwdtre que tout ce qu'il opéroit de plu» merveilleux et de plus grand n'étoit l'effet ni dé la priKleâae , ni do ropulenee, ni de la puissance bumaine ^ maài umquement et incodtes«> iM^lement l'ouvrage de Dieu.
Kea disons pas dUvantage, mes cbers auditeurs 9 car je. n'ai pas le
. temps de m'éteindre ici plus au long, et il faut finir. JMah adît que Boosomék^rions le succès de Fran^oia^Xavier dans le tours de su missiw « son que nous ayons ^rd aux moyens qu'il y a fait servir» Hons pouwna cnplareque^eputssànit Paul , le cbefeu^ dea ^aiioas^ jamais homme ni, pu di^py^ec plus de vériks, m. plus da si^t ftie Xavier : £^mlimo itsbt/ memitiut/ccmeià m^imt ûpbkoUé (SL Cort^H); le arois n'en avoir pas iauins fait jqoe lea plus ^railda,ap6irej». Ô^aâ^d saint Pftiii parèail-cie la sorte ^c'étoit sans {Préjudice de sonbwMbtéi. puiaque danslle fondPit se regardoit comme le défais des apûtrea;*
36 POUR LA FÊT£ DE SAINT FRANÇkMS-XAVlËR.
Ego enim inin^ minimum apostolofmn.(i . Cor,, i5). Et qo^pd je mets 06 gloriéux.térDOî|piage dans la bouche de Xavier, ce n'e^ pas pour ex- * primer :qb qu'il pensoit de lui-même , mais ce que nous en deroas penitèr .Mille chose lui a manqué, c'est de verger son sang^câmme les apôtres, et de joindre à la gloire de Tapostolat la couronne du martyre. Mais, BMn Dién, vons-savez quels furent sur cela les sentiments et les dispositions de son cœur. Vous savez quel sacrifice Q eut à yous faire» et il vous fit,^ sur ce rivage où il plut à votre providence de Tarréter^et de terminer sa course. Si le destr peut devant vous suppléer à Teffet, ah! Seignenr, sonhaita-t-il rien plus ardemment que de sacrifier pour, vous sa vie? Et même ne la sacrifia-t-il pas; et une vie volontairement exposée pour l'honneur de votre nom, et pour la i»H>pagation de votre Église, à tant de fetigues sur la terre, à tant d'Âages sur hi mer^ i tant de traverses de la part de vos ennemis , à tant de souffirances et de misères , ne fut-ce pas une mort continuelle et un martyre? -i
Quoiqu'il en soit, mes Fr^*es, voilà le modèle que cette sainte solennité nous met aujourd'hui devant les yeux; et quand je. dis mes Frères, j'entends ceux que Dieu a choisijf pour les mêmes emplois et le même ministère que François-Xavier, ceux qu'il a destinés à la conduite des âmes, à la prédication de l'Évangile , à toufes les fonctions du sacerdoce, tels qu'il s^en trouve ici plusieurs, séculiers. et- rell« gieux, de tous les états et de tous le84>rdTes. C'est, dis-je, à vOu$;mes Frères, que je m'adresse présentement, à vous qui êtes les prêtres de Jésus-Christ,' qui êtes les ooopërateurs du salut des hommes, qui êtes établis pour la sanctification des peuples. Une m'appm*tient pas de vous ap|R*endre vos devoirs^ mak encore est-^il boa que nous nota instruisions quelquefois le^uns les autres; et puisque noushonorons en ce jour la sainteté d'un pvètre, d'un missionnaire, d'un prédicateur, d'un confesseur, d'un directeur des consciences, et que nous participons à toutes^ces qualités, n'est*il pas convenable quenous f^ sîons quelque retour sur nous-mêmes, pour voir comment nous les soutenons ? Dieu a foit des prodiges par le ministère de saint François- Xavier, et souvent il ne fait rien ou presque rien par le nôtre, ù'eit vient cette différence? Il est bien juste que nous en recherchions la cause, et que nous examinions si notre zèle a les mêmes caractères que celai de Xavier ; s'il est aussi pur, s'il est aussi Vésintëressé, s'il nous détache aussi parfaitement du monde et de nous-ndémes ; car vo«is le savez mieux que moi,^ mes Frèrb, toute sorte de zèle n'est pas le véritable zèle de la charité^ et il n'y a rifia qui de^pnde plus de discernement que le vrai zèle, parcequ'il n']^ rien eii général de frfus sujet que le zèle à l'iliasioa et à la passion. On ^a quelquefois trop de zèle, disent le grand évêque de Gen^e, saint François de Saies; et en mêlée temps, ajoutoit-il , l'on n'en a pas assez. On a en troi^d'apparent^ et l'on n'eilu pas assea deeolide ; onen a trop pour tes crésivres».
et fou n'en a pas assez poiri* Dieu ; on en a trop pour les autres;'^ l'o» a*aa palpasses pour soi*mônie ; on en ^ trop pour les riches et pènit les grands, et Ton n*en a pas assez pour les pauvres et pour les petits r or tout oda , ce sont des fontômes de zèle.
Ibis le point important, mes Frères, c'est ce que fai dit, et œ que Xavier nous a*-si bien appris , savoir, que nous ne serons jamais des instruments dignes de Dieu, et propres à Vavaneementde sa gloire, sfnous ne mourons à nous-mêmes, et si nous n*entroiks dans cet esprit d'anéantissement » qui fut Tespfit du Sauveur des hommes et l'esprit de tous les apôtres. Voilà de quoi nous defoos être persuadés comme d'un principe de foi : avec cela , Di&i se servira de nous ; sans cela , Dieu n'agréera jamais nos soins. flous pourrons bien faire des actions éclatantes, mais nous ne gagnerons point d'âmes à Jésus-Christ; le monde nous applaudira , mais le monde ne se convertira pas; nous établirons notre réputation, mais Dieu n'en sera pas plus glorifié : et pourquoi voudroic-on que les choses allassent autrement? sur quoi l'espéreroit-on? Dieu a prétendu sauver le monde par l'humilîté : le sauverons-nous par la recherche d*nne vaine estime et d'un faux honneur ? le Fils de Dieu s'est anéanti lur-mème pour opérer le salut des pécheurs : y coopérerons-nous en nous élevant. et en nous faisant valoir? Non, non, mes Frères, cela ne sera jamais : Bien n'a point pris cette voie, et il ne la prendra jamais. Les apdtres ont converti le monde par l'opprobre de la croix, et c'çst par-Jà que nous le devons convertir.
De là vient que quand je vois les ouvriers évangéliques dans l'âér vation et dans l'éclat, favorisés, honorés, approuvés du monde, je tremble, et je me défie de ces avantages trompeurs : pourquoi? parce- <|iie je dis : Ce n*est point de la sorte que le monde a été sanctifié. Au ooDU*aîre , quand je les vois en butte k la censure et à la malignité du nM)Qde, dans Tabjection, dans la persécution, dans le mépris et la ^e du monde, j'en augure bien : car je sais que ce sont là les moyens dont lésus-Christ et les premiers ministres de son Église se sont ^m. Pardonnez -moi, mes Frères, si je vous explique ainsi mes seoiiments ; je le fais plus pour ma propre instruction que pour la vôtre. IV>ar TOUS, mes chers auditeurs, qui n'êtes point appelés de Dieu à ces fonctions apostoliques, tout ce que j'ai à vous demander, «test que voQs soyez les apôtres dé vous-mêmes , et que vous ayez pour votre ame , chacun en particulier, le même zèle qUe François-Xavier a eu pour celle des autres. Est-ce trop exiger de vous? Tout ce que j'ai à TOUS demander, c'est que vous soyez les apôtres de vos familles, et que vous fassiez au naoins servir Dieu dans vos maisons, et par vos domestiques, par fos proches, par vos enfants, comme François-Xavier Ta fait servir dan^ des terres étrangères, et par des sauvages et des barbares. Cela n'èst-il pas raisonnaà[»le? Ah! Chrétiens , si. nous venons à nous perdre» ejtsi nous. négligeons le salut de quelques âmes
31 pom u rtïnm saint thqm^bi ABûfnus*
qui noqa sont cpttfiées» qu'turoQS-^nous à i1iponilre> qii^d Dieu nou» tieUr^ d^vftnl tes yeo3( d«s apdtres, qui, non contents de4e sauver enx-m^mes , ont anoorç «auvé avec mm des untions entières Y Pr^ve-* Bons un si terrime reprocIiQ, ei« pi^F ttné ferveur tonte nouveile, metton$-»nous on ét^t d# imrye^ m Jour à c^tti souveraine braiiiude'que la foi nous propose çomà^ Iç if^ précieuide lous les biens , «ique javQussoi^aitie^rte»
SERMON POUR LA FÉTB Dfi SAINT THOMAS, APOTRE.
Ne soyez point incrédule, mais soyez fidè|ç. SiiHT JbàiV) cbap. u.
Ce sont les deux points d'instruciion qpe le Fils de Di^u nous propose dans révabgile de ce jJQur» et qui renferment en deux niotis ce qu'il y a de plus important dans fa vie chrétienne et dans la voie dii ss|lut éternel. Ne soyez point incrédule ;voil^ Técueil que nous ayons à ^vitej* : soyez âdèle ; voilà T heureux ter(ne où nous devons parvenir. En effet, $1 no.ii|§ étions vraîniént fidèles, nous serions |ustes, nfiu^s serions saints, nous serions parfaits ; et nous ne sommes commuâf^ment vicieux, impies/cbrrompus , que parceque nous sôrpmes incrédules. La (bl, telle ouë la vent saint Paul, nous inspireroit la ferveup, le zèle, la piété ; et 1 incrédulité ne produit dans nos esprits et ^^n? no$ cœurs que relâchement, qu'aveuglement, qu'endurcissement. Coinpie la foj^ selon le concile deTriente,*est le pnncipe et ta racine de nptre lustification y rincrédulité est l^orïgine et la source dé notre réprol)2|tîon : comme la foi nous sauve, rincrédulité nôrfs perd. C'est doifc un abr^é de toute îa qiorâle .chrétienne \ que ce que djt Jèsùs-Çbri§(2| saii|t l'bpmas ; ]!folîesse increMtu,8çd fidfslîs. C'est aussi ce qu,e j en-^ treprends de yous pontrer dans ce discours, où, ^àps m'arretej[* à foire le papçgyrîque du glorieux apôtre dont nous célébrons Ifi fjête, je veux, en vousapplimi&t son exemple^ vous in^lruire prejoiièreïpçnt du désordre de rlncréduliié, et en secQnfl lieu du mérite dé \^ foi : du désordre de rîricrèdûHté^ pour Vous en donner de f ^orreur ; dij inérite (ip la foi , pour vous engager à l'acquérir. Àîpsi , mes chers auditeurs, p attendez point de moi d'auire morâlit^ que celle qui regjirde la priHrfljue et f usa[>e dé la foi ; car c'est à cçla que je ^'attache uniquement. ï)ans lou3 les autres entretiens de cet i^ventj^ je me suis servi des règles essentjj^ljjes de la foi, pour réformer Vos mœurs ; ai^oûrd'hui je veux me servir des règles mêmes de v6s mœiirs , pour perj* feplionner votre foi, fiemandonS les lumières du Saint-Esprit par Tinterccsjion de Ifjrie. Ave Maria.
C'est une propriété do Tôtre da Dîeo , que-le Prophèl^ i*oyrf a re* •marquée, et dont il a prëtêndu faire un suj*ét ^élo'p^è ; qtiand H à dit qw les ténèbres où Dieu se dérobe à nos ^^eux , 'ec qoi noua te csichent
POUR LA FtTE DE S41MT THOMAS, APUTRB. »
dans cette vie, ne sont pas moins admirables que sa lumière iri^me , et
que tout ce que nous découvrons d'éclatant et de lumineux dans ses
perfoe^BS adorables n'est pas plus glorieux pour lui, ni plusvénéra-
hb poor nous» que ce qui nous y. prolt en? eMppé de nuages^ et ooiT'
wt da TQîle d'uM myaiérieuio pbseovité s car c'est ainsi que saint
Aatoiasa akpUqué ee passage du Bsauaia : 5!ciii m^^rm^^ lia et
kmin 9U {Psabn. 138) i Sa lumière eit comme ses ténèbres , et ses
téaèbra aat qa«iqii6 chose d'aussi divin que sa lumière. Permettea-
noî, GkfétieDs , eu gardant toutes les mesures nécessaires , et sans
voaWr es aacaiM aorif comparer la créature avec Dieu, d^appliquer
osi jttrotcs i l'upAtrasaiot Thomas, dont la conduite et Tetemple nous
doit 9^r ici dé leçon. L'Évangile nous le représente en deux ^ts
Im oontraûrea ( safoir, dans les ténèbres de TiaSdélitéi et dans lea
liuuières d*uiiQ foi vive et ardente ( dans lea ténèbres de l'jnidélité ,
lorsqu'il dottto de la réaiirraotioa deiéfus-Christ, et quil reftise de la
Graine; dans les hiuiières d'une fbi vive et ardente, lorsque* pteinement
psrsuadé de œtte résurrection , ii reconnoh Jésus-Christ opur sou
&iguei|r H son Dieu. Or je prétends que dans ces deux états , saint
Thâmapartîci|ML|ei| quelque fiaçon à êetie uierveiUeuse propriété que
Oavkl auribuoil a Ôieu , et qu'on peut très bien dire de lui , quoique
dana w sens tout dififiérent : Sktu ienêbrue c;tt«, tia cl lumen efu$.
Comsaajt eéla? pameque les lumières de sa foi et ks tendres de son
infid^té» sana les considérer pf r rapport à lui-même , ont été égide^
ment utiles et salutaires poiir nous. Lesiénèbres de son iuQd^té nous
font comettre le désordre de la nôtre; et lea lumières da sa foi ont
Q|ie vertu particulière pour ^Hermir et po«r anraièr nofre foi : Sms
t«aeéi« lyui M «la «^ bàmn t§ui. Ausd est<-ce une question entre lea
Nres, si l'ËgUsea mohisipratté de l'inidélitéda saint Thomas, que de
a fia s on ai^ foi da aaint Thoadas a éié pluaanile.à L'ÊgKse, qaie aàn
îaUéiité : H tpus omwiannent que la foi de cet apAtre, sans sonûa*
crièdtté , ne uaua auroit.pas siiffi; que son ioerédàlité^ sens' sa foi ,
vas uiroit été pernicieuse : mais qy^ son iuciiédulité aùivie de sa foi »
00 pifliàc que sa foi préoédée de son incrédulité , a été pour nous une
seunoede gtaoes. Or mou dessein est de vous les découvrir, ces gpaces$
etpoar y observer quelque oidre, j'avauCe deux proposiiians : car je
(Siqae l'incrédulité de saint Thomas, par une conduite de Diea bitti
torprenuiiio , sert è la justification de noire foi; voffit Tavautage que
noos ttrobs die ses ténèbres^ el ce eera la prière partie : j'ajoute que '
b foi de saint TfaNns»,% par une yertu partîoaiiève , est le remède de
notre infidâilii ; voilà en cjuoi nous pr^teaés de sis hiqiièr!es« et ee
sers la seconde partie : iSîctti tiiteèras efâs, Ua et lumen ejut. Un apô^
tre incrédule , qui » par ami iucrédidîté même , noua apprend à être
fidèles ; «n. apAtne pimn de foi , qui , par la eoufession de sa foi, nous
eiapéohe d'être inoréduleè i c'est tbuale sujet de votre aitentiou; j