‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 21 sur 99 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Qdand je dis que saint Paul a parfaitement accompli tous les devoirs de son ministère^ ne pensez pas , Chrétiens , que ce soit là une louange commune. La grâce ntéme de l'apostolat l'a tellement distin-' gué, et a eu dans lui des effets si singuliers, que quand il se glorifioit d'être apôtre de Jésus->Ghrist, Panlus^ servus Jesu Chrisii^ vdcatus aposiolus ( Rom., i ), il ajoutoit qu'en vertu de ce titre ou de cette

grâce, il avoît été séparé pour prêcher F ÉvangBe de Dieil : Segngatus tn Evan^elmm Dd (R(m.A) ; comme sil'uii d^pneâpanx caractères oe sa vocation eût été la distinction de sa personne, et qn'ii n'eût pas suffi pour lui d'être apôire, s'Une l'eût été d'une façon toute partico. lière. En effet, Dieu avoit choisi saint Paul pour trois grands desseins qui dévoient occuper son zèle apostolique, pour confondre le judaïsme , pour convertir la gentilité , et pour former le christianisme dès sa naissance : voilà ce que la Providence prétendoit de lui , et à quoi il étoit destiné. Or saint Paul , par une pleine eorrespondanee à la grâce de son ministère , a accompli ces trois choses avec uo suecès dont il étoit seul capable , ou du moins qui lui étoit uniquement réservé. Appliquez-vous, s'il vous plaît, à ma pensée.

V falloit, pour l'établissement solide de la loi chrétienne, que FÉvangile fût prêché pa? un apôtre dont le témoignage en favear de Jésus-Chiist fût un témoigis^e absolument irréprochable, exempt de tout soupçon, et propre non seulement à epnvaiiicre, mais à confondre rincrédulité des Juife. Or cet apôtre, pair uiie disposition spé* ciale, a été saint Pani. J[e m'explique : quand tes autres apôtres préchoient Jésus-Christ, qu'ib protestoient dans les synagogues que Jésa»- Christ étoit le Measie envoyé de Dieu et promis par tes propiiètes ; quelques preufes qu'ils en donnassent et quelques miracles q^ilsr fissent pour le confirmer , on avoH toujours quelque prétexte de les tenir pour suspects; on pouvoit dire qu'ils étoient gagnés, et qu'ayant été les sectateurs et les disciples de ce prétendu Messie, il ne faitoit pas s'étonner s'ils se déclaroient pour lui ; et quoique mille raisoos pussent détruire ce prétexte, ce prétexte nelaissoit pas d'avdr je ne sais quelle apparence qui préoccupoit d'abord irignorançe des ^ns, et gai entretenoit l'opiniâtreté des autres. Mais quand saint Paul paroissoit confessant le nom de cet Homme-Dieu, lui qui venoit d'en être leper^ sécuteur , lui qui étoit connu dans Jérusalem pour avoln entrepris d*en exterminer la secte, lui qui avoit reçu pour cela et demandé môme des commissions et des or<fa*es^ et. que, p^jir un changeaient aussi subit que prodigieifXy il publioit partout que ce crucifié à qui H avoit fait si cruellement la guerre étoit le Sauveur et le Dieu d'Israël, qu'il étoit forcé de l'avouer, et qu'après ce qu'il avoit vu et entend^» il ne tefusoit point de mourir pour signer de son sang une vérité si importante; quand il parloit ainsi, que pou voit-on oppcMS^f^'^ force de ce témoignage? Étoit-ce préoccupation, étoit-ce intérêt, éloit-ce renversement d'esprit , étoit-ce indifférence ou mépris pour la loi de Moïse ? Tout le contraire ne se troti voit-il pas dans saint P^' • ce changement dans un homme aussi éclairé que li», et a«ssi zélé poor les traditions de ses pères, n'étoitrce pa^ une justification auibentiqae de tout ce qu'il disottà l'avantage et à la gloire de Jésus-Christ?

De là vient qtfe oe grand, apôtre* ne fiusoit presquejamaisde 00* cours dans les assemblées des Juifii , qu'il ne se proposât lui*iiiéiB^

oomme un argument et comme une démonÉration sensible de l'Évangile qu'il annonçoit. C'estmoi.mes Frères, lîur disoit-il, qui me suis signalé dans le judaïsme, au-dessus de tous ceux de ma professioiAet de mon âge. Vous savezde quelle manièrej'ai vécu parmi vous,etavec quel excès de fureur je ravageois cette nouvelle Église, que je reconnois aujoard'hui pour l'Église de Dieu. Il est vrai , j'étois plus infidèle que vous ne Fêtes, et plus rebelle aux lumières de la grâce ; mais c'est pour cette raison même que Dieu a jeté les yeux sur moi , et que Jésus- Christ a voulu foire éclater en moi son extrême patience, afin que je devinsse un exemple et un modèle pour vous porter à croire en loi. Oui, c'est lui-même qui m'a parlé , et qui, par des signes et des prodiges dont tous ceux qui m'accompagnoient ont été les témoins^ m'a réduit à l'état où vous me voyez; qui m'a terrassé pour me relever, qui Bi'a aveuglé pour m'éclairer ; qui , de blasphémateur que j'étois » m*a feii apôtre, et qui, pour réparation de tous les outrages qu'il a reçus de moi, veut mainteuant que je lui serve d'ambassadeur et de ministre auprès de vous. Ces paroles, dis»je, avoient une grâce toute divine dans la bouche de saint Paul, pour persuader les Juil^. £t saint Luc remarque que c'étoit assez qu'il parlât , et qu'il assurât que Jésus-Christ étoit le Christ , pour confondre tous les ennemis du nom chrétien: ùmfundeba^ Judieos ^ affirmem qtiomam hic est Christus (AcL^ 9). Au lieu qu'il AiHoit que les autres apôtres fissent de grands efforts, celuki n'avoit qu'à se produire, sa personne seule précboit; saint Paul converti étoit pour tou^ ceux de sa nation, non pas un attrait, mais une détermination invincible à enibrasser la foi. Et en effet, à bien méditer les circonstances de cette conversion , à peine avons» nous un motif de créance en Jésus-Christ plus convaincant et pli» touchant que celui-là. De là vient que les chefs de la Synagogue, qui avoient conjuré contre le Sauveur, se montrèrent toujours si passionnés contre bsàni Paul; de là vient qu'ils usèrent de tant de stratagèmes pour ie perdre et pour luiôter la vie ; et qu'entre les autres disciples ce fut celui qu'ils persécutèrent plus cruellement: pourquoi? parcequ'ils savoient que c'étoit celui dont le témorgnage devoit faire plus d'ifflfHression sur les esprits , et qu'il étoit impossible que Jésus-Christ ae fftt reconnu dans la Judéci pehdant que saint Paul y seroit écoute. Il avoit donc une grâce particulière pour faire l'office d'apôtre )à l'égard des Juifs.

Mais son ministère ne se bornoit pas là. Dieu l'appeloit à quelque chose de pins grand, et cette séparation mystérieuse que le Saint-Esprit cooMuanda qu'on ftt de sa personne, comme il est dit au livre des Actes, étoit encore ppur une entreprise plus haute. Prêcher Jésus- Christ aux Jttiis, c'éét-à-dire à. un peu{^e que Jésus^Christ avoit instruit lui-même, à un peuple déjà prévenu de la foi dti Messie, déjà éclairé des lumières de la vraie religion, c'étoit proprement le partage des autres apôtres, même de ceux qui paroissoient comme les colonnes

de l'Église, sans en excetter saint Pierre ; maïs répandre la grâce de l'Évangile sur toutes les nations de Tùnivers, prêcher Jésus-Christ à des Piïens et à des idolâtres, porter son nom devant les monarques et les souverains, persuader s'a religion aux philosophes et aux sages du monde, leur faire goûter la foi d'un Dieu-Homme, leur en inspirer le culte et la vénération, les détacher de leurs fausses divinités, et, ce qui étoit bien plus difficile, des fausses maximes du siècle, pour le» soumettre au joug de la croix ; faire adorer la sagesse de Dieu dans un mystère qui navoit pour eux que des apparences de folie: ah! Chrétiens, c'est pour cela qu'il falioit un saint Paul , et c'est pour cela que saint Paul étoit prédestiné. Quelque pouvoir général qu'eût reça saint Pierre au-dessus des autres apôtres, sa mission spéciale n'a]I(»t pas à convertir les Gentils. Le dirai-je? Jésus-Christ même ne l'avoit pas voulu entreprendre, puisque, tout Sauveur et tout Dieu qu'il étoit, il s'étoit réduit aux brebis perdues de la maison d'Israël : Non swn nùsstis nisi ad oves quœ perierunt domûs Israël ( Matth. ,15). Mais, comme )*emarque saint Augustin, ce que Jésus-Christ n'a pas fait par lui-même, il l'a fait par saint Paul : il n'étoit venu par lui-même que pour les Israélites ; mate dans la personne et par le ministère de saint Paul , il étoit venu pour tous les hommes : de sorte que saint Panl devoit être le supplément de la mission adorable de cet Homme-Dieu. Voilà le grand ouvrage pour lequel le $>aint-E$prit avoit ordonné qu'on lui séparât cet apôtre : Segregate nûhiSaulum {Act,^ 13).

Or commenty a-t-il réussi? Ah! Chrétiens, à peine lui-mémeosoi^ il le dire, tant la chose lui sembloit surprenante ; à peine en croyoit-it à ses yeux, voyant, non pas les fruits, mais les prodiges que ses pré» dications opéroîent. Imaginez-vous, dit saint Chrysostome, et il nous est aisé de ^imaginer, un conquérant qui entre à main armée dans un pays ; qui mesure ses pas par ses victoires, à qui riev ne résiste, et de qui tous les peuples reçoivent la loi : voilà une image de saint Paul convertissant la gentilité. Il entre dans des pays où le démon de Tidolitriè étoit en possession de régner, et il le fait fuir de toutes parts. Depuis l'Asie jusques aux extrémités de l'Europe, il établit l'empire de la foi : dans la Grèce, qui étoit lé séjour des séiences, et par conséquent de là sagesse mondaine; dans Athènes et dans l'Aréopage, oii Ton sacrifioit à un Dieu inconnu ; dans Éphèse, pu la superstition avoit placé son trône; dans Rome où l'ambition dominpit souveraine-i ment ; dans la cour de Néron, qui fut le centre de tous les vices : il publie là, dis-je, l'évangile de l'humilité, de l'austérité, de la pureté, et cet évangile y est reçu. Ce ne sont pas seulement des barbares et des ignorants qu'il persuade; mais ce sont des riches, des nobles, des puissants du monde, des jugf s et des proconsuls* clés hommes éclairés qu'il fait renoncer à toutes leurs lumières, en leur proposant un Dieu crucifié : ce sont des femmes vaines et sensuelles qu'il dégage de Tamour d'elles-mêmes, pour leur faire embrasser la pénitence. Il an-

Donoe Je^&Chrîst dans des lieux où ce nom augaste et tënérable n'avoi t jamais été entendu , Non utn nominatus est Ckristus {Rom.^ 15) ; il y vit naitrevAes Églises nombreuses , ferventes, florissantes, qui remplissent toute la terre de l'admiration et de Todeur de leur sainteté. Qae pensez-vous, Chrétiens? Si la tradition, ou plutôt si l'expérience même n'autorisoit ce que je dis , peut-être le prendrions-nous, vous et moi , pour une Cible; mais tout l'univers témoigne encore aujourd'hui que c'est une vérité : le christianisme que nous voyons, la vaste étendue du royaume de l'Église, tant de nations devenues fidèles par la prédication dece grand Saint ; tantde peuples qu'il a engendrés par l'Évangile, et qui le reconnoissent encore pour leur père, nous-mêmes qui en sommes sortis, et qui n'avons point d'autre origine que cellelà, tout cela ce sont autant de monuments et de'preuves suffisantes des conquêtes de saint Paul sur la gentilité.

Cependant son ministère, pour un entier accomplissement, demandoit qu'il travaillât à former les chrétiens : c'étoit son principal et dernier ouvrage, et c'est ce qu'il a fait d'une manière qui lui est si propre, que, sans rien ôter aux autres apôtres, on peut l'appeler, par excellence, le Docteur de l'Église. En effet, mes chers auditeurs, sans parler du premier christianisme qu'il a planté, qu'il a arrosé, qu'il a culûvé par ses soins, c'est lui qui nous a' instruits à être ce que nous sommes ou ce que nous devons être, c'est-à-dire chrétiens, par la doctrine toute céleste qu'il nous a enseignée. Pourquoi pensez-vous qu'il ait été ravi au troisième ciel, et pourquoi Jésus-Christ, dans l'état même de son inunortalité,a-t-il voulu se faire le maître de cet apôtre? afin de nous dire, par labouche de cet apôtre, ce qu'il ne nous avoit pas dit par la sienne : Ego enim accépi à Domino, quod et tradidi volns (1 . Cor., 11). Il y avoit cent choses que le Fils de Dieu n'avoit pas révélées aux hommes, étant avec eux, parcequ'ils ne pouvoient pas les porter; et c'est saint Paul qui devoit les en rendre capables;

C'est lui qui nous a découvert les trésors cachés dans ce mystère inoompréhensîble de l'incarnation du Verbe^ qui nous a expliqué l'éoono* mie de la grâce, qui nous a fait concevoir la dépendance infinie que nous avons d'elle, jointe à Tobligation de travailler avec elle, afin de ne la pas recevoir en vain ; qui nous a éclairci ce profond abtme de la prédestination de Dieu, pour nous apprendre à l'adorer et non pas à le pénétrer, à nous en faire un motif de zèle pour le salut, et non pas de libertinage et de désespoir ; qui nous a donné ces hautes idées de l'ÉgUse de Jésus-Christ, qui nous a fait le plan de sa hiérarchie, qui nous a intimé ses lois, qui nous a développé ses sacrements. Sans tout cela nous ne pouvions pas être chrétiens, et à peine l'Evangile nous déclaroit-il rien de tout cela ; mais cette bouche, encore une fois, par laquelle, comme ditsaintChrysostome, Jésus-Christ a prononcé déplus grands oracles que par lui-même. Os illud per quod Ckristus majora quant per se ipsum locutus est (Ghrys. )» saint Paul nous en a pleine- B. 4. 14

ment informes ; c'est lui qui, par les divins préceptes deisa morale, a sanctifié tous les états, et qui en a réglé tou^ les devoirs ; Hiiqui apprend aux évéqnes à être parfaits, aux prétresà être réguliers et fervents, aux vierges à être modestes et humbles, aux veuves à être retirées et déta* ché^du monde, aux grands à vivre sans faste et sans orgueil, aux riches à ne se point enfler de leurs richesses, et à n'y point mettre leur appui; aux maîtres à veiller sur leurs domeslj||iisa^ aux domestiques à respecter leurs maîtres, aux pères et aux mères à conduire leur fa* mille, aux enfants à honorer leurs pères et leurs mères ; ainsi de tontes les autres conditions que le temps ne me permet pas de parcourir.

C'est pour cela que saint Ghrysostome appeloit saint Paul le grand livre des chrétiens, et c'est pour cela même qu'il exhortoit tant les fidèles à la lecture des divines Épitres de cet apôtre. Il n'en fallut pas davantage pour achever la conversion de saint Augustin ; vous savez en quelles perplexités il setrouvoit : Dieu l'attiroit fortement, et le inonde le retenoit ; la grâce le préssoit, et ne lui donnoit aucun repos; mais la passion d'ailleurs livroit à son cœur les plus rudes combats, et l'habitude fàisoit évanouir ses plus belles résolutions. Quefalloit-îl donc pour le faire triompher de l'habitude, pour le fortifier contre la passion, pour l'arracher au monde et à tous ses engagements? Rien autre chose que ce que lui marqua cette voix qu'il entendit ; et c'étoit d'ouvrir et de lire les Épitres de saint Paul : Toile, lege ( August. ) : Prenez et lisez. Il obéit, et tout-à-coup ses fers furent rompus : quelques paroles de ces saintes lettres dissipèrent tous les nuages de son esprit, et, d'impudique qu'il étoit, en firent un homme chaste et un Ss^int. A quoi tient-il que nous n'en retirions le mâme fruit? l'esprit de Dieu, dont ces excellentes Épitres sont remplies, n'est pas moins puissant pour nous qu'il le fut pour saint Augustiit.

Ah ! Chrétiens , pourquoi pensez-vous que le christianisme ait de nos jours dégénéré dans cette coi^ruption d^ mœurs, et dans ce désordre où nous le voyons ? Disons^le à notre confusion : après tout ce qu'a fait saint Paul pour l'accomplissement de son ministère, pourquoi avons-nous encore la douleur de voir, au milieu du christianisme, nn certain levain de judaïsme et de paganisme? car j'appelle levain de judaïsme, cette opposition secrète à Jésus-Christ, qui est dans le cœur de tant de chrétiens ; opposition, dis-je, à la croix de Jésus^brist, à Thumilité de Jésus-Christ, aux maximes et aux exemples, de Jésus- Christ: j'appelle levain de paganisme, cette malheureuse coutume qu'on se fait de n'agir que par les vues du monde, sans prendre jamais les vues de la foi; de ne se conduire en toutes choses que par politique, que par raison, que par des.considérations et des respects humains, sans consulter jamais la religion. Est-il rien aujourd'hui de plus commun que ce scandale, et d'où vient cela ? c'est, mes Frères, que nous n'écoutons pas saint Paul, «t que nous ne profitons pas des salutaires enseignements qu'il nous domne : tout mort qu'il est, il nous

prêche encore, disons mieux, 3 est encore vivant dans ses incomparables écrits. Voulez-vous réformer le christiani«ne, ou plutôt voulez- Toos vous réformer vous-mêmes? Toile, tege : Prenez et lisez. II ne TOUS faut point d'autre maitre , point d'autre prédicateur, point d'autre {juide et d'autre directeur que saint Paul , tel que l'Église vous le présente, et tel qu elle vous le fait entendre. Je dis plus : voulez-vous avoir part au ministère de ce grand apôtre? voulez-vous, pères et mères, faire de vos familles des familles chrétiennes? servez- vous de h morale de saint Paul ; ayez soin de vous en instruire et d'en instruire les autres. Au lieu de tant de livres scandaleux, de tant de livres impies, de tant de livres médisants et insolents , attachez-vous à celui-là, et dans peu vous en Gonnottrez le mérite, et en ressentirez l'efficace : ce sera votre sanctification particulière, et la sanctification de vos maisons. Quoi qu'il en soit, comme saint Paul a pleinement accompli le ministère de l'apostolat par la prédication de l'Évangile, il l'a encore parfaitement honoré par la conduite qu'il a tenue dans la prédication de l'Évangile : c'est ia seconde partie.

DEUXIÈME PÀRTJE.

Tirer de Thoimeur de son ministère parcequ'on l'exerce dignement, c'est la récompense du mérite ; affecter l'honneur qui est attaché à son ministère et s'en prévaloir, c*est l'effet de l'ambition humame ; se faire honneur aux dépens de son ministère, c'est une criminelle prévarication : mais foire honneur à son ministère aux dépens mêmes de sa per^* sonne« c'est le caractère des grandes âmes , et en particulier celui de sajnt Paul : il ne se vit pas plutôt engagé dans ce ^glorieux emploi de prêcher l'Évangile aux Gentils, qu^il s'en expliqua hautement : Voins enim dico gentibus : Quamdiù qmctem ego sum genHum aposîoltu, mùàsterium meum honorificabo ( Rom. ^ 1 1 ) : Oui , mes Frères , leur dit-il , je vous le déclare , puisqu'il a plu à Dieu de me choisir pour être le ministre de sa parole , et q]u'il m'a établi votre apôtre , tant que j'en porterai le titre et le nom, je travaillerai à le soutenir honorâblement. C'est ainsi qu'il parloit aux Romains, et il n'en iaudroit pas davantage pour vérifier ma proposition ; mais il est nécessaire , pour notre instruction, de la développer et d'entrer dans le détail, afin d'apprendre l'usage d'une maxime aussi essentielle au christianisme que ceOe-d , qui est d'honorer les ministères que Dieu nous confie. Voici donc. Chrétiens , de quelle manière y procéda saint Paul : appliquez-vous à cette morale, plus capable que tous les éloges du monde de vous faire admirer cet apôtre.

Première règle. Il considéra que si quelque chose pouvoit jamais déshonorer le ministère apostolique , et l'exposer à la censure des hommes 9 c'étoil surtout l'esprit d intérêt^ esprit bas et sordide dans quelque condition qu'il se trouve, mais honteux et infâme^ quand il outre dans le commerce *ctes chtraes saintes. U prévit dès-lors ce qui

obscurciroit dans te suite des temps Fëclat et la gloire de TÉvangile de Jésus-Christ , ce seroit la cupidité de certaines âmes mercenaires qui y chercheroient des avantages temporels , et qui, sous des apparences spécieuses, feroient trafic du don de Dieu, Existimantium quœstum esse pietatem (1. Ttm., 6) ; que cela seul ruineroit de réputation et de crédit, non seulement les prédicateurs de la vérité et les dispensateurs des sacrés mystères, mais la vérité et les mystères mêmes ; que cela seul feroit perdre aux peuples tout le respect qu'ils dévoient avoir pour eux , et seroit un prétexte éternel pour les rendre odieux et méprisables aux ennemis de l'Église : au contraire , qu'un désintéressement parfait seroit toujours l'ornement de leur état et de leur fonction, et qu'ils n'annonceroient jamais Jésus^hrist avec plus d'honneur, que quand ils paroîtroient plus libres et plus dégagés des prétentions de la terre. Voilà le principe qu'il établit ; et que conclut-il de là ? Àh ! Chrétiens , ce qu'il conclut ! IL se fit une loi, mais une loi inviolable et qu'il observa dans toute la rigueur, d'exercer gratuitement le ministère dont Dieu l'avoit chargé ; et dans cette vue (ne perdez pas , s'il vous plaïc, ceci), de renoncer à tous les droits , même les plus légitimes et les plus acquis , bien loin d'en exige rde douteux ; ne demandant rien , n'acceptant rien , se passant de toutes choses, se retranchant Inille commodités de la vie, dont la dépendance et la recherche est ce qui rend les hommes intéressés ; ne se fondant, même pour le nécessaire , que sur Dieu et sur soi ; vivant du travail de ses mains , se faisant serviteur de tous, et, pour Fhonnenr de l'apostolat , ne tirant service de personne , afin qu'on ne lui reprochât jamais qu'en nourrissant le troupeau il s'étoit enrichi de sa dépouille , et qu'en semant d'une main il avoit moissonné de l'autre : car voilà proprement l'esprit, de saint Paul. Vous le savez, mes Frères, disoit-il aux Milésiens en se séparant d'eux, si j'ai jamais désiré votre or ni votre argent , et si d'autres mains que celles que vous voyez ont fourni à ma subsistance ; vous ni'étes témoins si j'ai été à charge à aucun de vous , et si , dans mes fatigues les plus laborieuses , je me suis permis ou accoirdé le moindre soulagement qui vous pût être onéreux, m'étant toujours souvenu de la parole de notre maître, qu'il y. a plus de bonheur à donner qu'à recevoir. Cela les feisoit fondre en pleurs, dit le texte sacré; ils se jetoient tous avec respect aux pieds de l'apôtre, et , en l'embrassant avec tendresse , ils s'affligeoient de ce qu'ils ne le verroient plus. S'il étoit sorti de leur ville bien pourvu de tout , c'est-^-dire chargé de leurs biens et de leurs présents , l'auroient-ils pleuré de la sorte? Ils l'honoroient , dit saint Chrysosiome, ou pour lÀieux dire, ils horioroient l'Évangile en lui, parceque dans M l'Évangile n'étoit point avili ni dégradé par cette servitude 'de l'intérêt qui avilit et dégrade les choses les plus nobles. Ce n'est pas , ajoutoit ailleurs ce grand apôtre écrivant à ceux de Corinthe , que je sois obligé d'en user ailiî ; car ne suis-je pas libre.

et ne m'employant qne pour vous , ne m'étes-vous pas redevables de tout ce qui me manque ? n'ai-je pas le même droit que les^utres de vivre de vos aumônes, et de recevoir ce tribut et cette reconnoissance de votre foi? n'est-il pas juste que celui qui plante la vigne en mange des fruits, et que celui qui sert à Fautel ait part aux oblations de Tautel? Mais, pour moi, je n*ai point voulu me servir de ce pouvoir, ayant mieux aimé souffrir des incommodités extérieures , que d'apporter tant soit peu d'obstacles à l'Évangile de Jésus-Christ. Tout ceci ce sont ses paroles : car c'est en quoi , poursuivoit-il , consiste ma gloire , et malheur à moi si je la perds jamais I Encore une fois, Chrétiens , ce renoncement si généreux et si absolu , c'est ce qui rendoit si vénérable le ministère de saint Paul ; avec cela il parloit hardiment et sans crainte, il reprochoit, il menaçoit , il faisoit trembler le vice, ne l'épargnant et ne le respectant dans quelque condition que ce fût. Car que ne peut un homme qui ne prétend rien, et qui est détaché de tout intérêt quand il porte la parole et les ordres de Dieu? S'il eût été d'humeur à faire valoir ses droits et à les disputer sans en rien rabattre, on n'eût eu que du mépris pour son zèle ; et s'il se fût proposé une fortune et un établissement , il eût lui-même ménagé son zèle, c'est-à-dire qu'il l'eût corrompu par de lâches complaisances : car ce qui rend tous les jours la parole de Dieu timide, foible, esclave des respects humains , n'est-ce pas l'intérêt ? ce qui fait qu'on Ja d^uise, et qu'on trouve le secret deTaccommoder aux passions des hommes, n'est-ce pas l'intérêt? ce qui la retient captive dans l'injustice , et ce qui empêche que la vérité ne soit écoutée dans le monde, n'est-ce pas l'intérêt? Mais parceque saint Paul avoit triomphé de cet intérêt, et la parole de Dieu et la vérité remportoient dans sa personne de continuelles victoires.

Je dis plus , et c'est une seconde règle ; ce grand Saint conçut qu'il y avoit encore un autre intérêt secret , d'autant plus dangereux qu'il étoit plus subtil et plus délicat : car Dieu lui fit voir en esprit un certain genre d'apôtres , qui , par le plus funeste de tous les abus , au lieu d'avoir pour fin d'honorer leur profession , se serviroient de leur profession pour s'honorer eux-mêmes ; qui, au lieu de prêcher Jésus- Gbrist , se prêcheroient eux-mêmes ; qui, au lieu d'attirer les âmes à Dieu, se les aitireroient à eux-mêmes : c'est-à-dire qui, au lieu de faire que Dieu régnât en elles , entreprendroient eux-mêmes de régner sur elles, qui se proposeroient en elles un fonds de domination, de juridiction , d'empire , et bien d'autres avantages dont , comme parle saint Grégoire pape , le ministre seroit glorifié , mais le ministère détruit. Que fit saint Paul ? il eut horreur de tout cela, et, par un effet de cette fidélité qui fut en lui sans exemple , il sépara l'honneur de l'Évangile du sien ; il ne confondit point l'un avec l'autre ; il considéra le sien comme un néant , il le foula aux pieds , pour n'avoir plus désormais en vue que celui de l'Ëvangile. Gomme H s'étoit dé<

clarë aux<^<lèles qa*il ne cherchoit point leurs biens » mais leurs personnes, Non qucero quœ vestra sunt, seU vos (2. Cor,, 12) ; aussi protesta-t-i] qu'il ne se préchoit point soi-même, mais uniquement Jésus* Christ : Nonnomtetipsos prœdicafnus, sed Jesum Clirîstum (2. Cor., 4).. Et parcequ'il est aisé de le dire , et que ta difficulté est de se défendre soi-même dans une matière aussi sujette aux illusions de la vanité que celle-là , il le dit en sorte qu'il en donna les preuves les plus sensibles. Car [»renez garde , Chrétiens, s*il vous plait : pour cela , lui qui étoit naturellement éloquent , il n'usa jamais , dans le ministère de la prédication, ni de discours élevés « ni d'aucun ornement des sciences humaines, comme il Tauroit pu faire avec succès : pourquoi? de peur que rÉvangite de la croix n'en fût affoibli : Vt non evacuetur crax Chrisd (1. Cor.^ 1 ). Un autre que luise seroit prévalu de son talent, et, au hasard du véritable et solide bien de la conversion des cœurs, auroit fait valoir ce qu'il sa voit et ce qu'il pouvoit ; mais c'auroit été au détrimentde la parole de Dieu et de sa grâce, et c'est dequoi saint Paul étoit incapable. Pour cela, il eut toujours une aversion sincère pour tous les vains applaudissements des hommes, dont les emplois éclatants, comme étoit le sic» , sont ordinairement suivis. Hé ! que faites-vous ? disolt-il aux Lycaoniens, quiétoient idolâtres de lui, et qui seprépardent à lui rendre des honneurs extraordinaires; que faites-vous? ne savez-vous pas que nous sommes comme vous des hommes mortels , pécheurs , sujets aux mêmes infirmités? Si Dieu a voulu se servir de nous pour vous enseigner la voie dû ciel, et s'il a voulu autoriser sa parole par des prodiges et des miracles , est-il juste que la gloire nous en revienne ? faut-il que , par une fausse bienveillance que vous avez pour nous , vous nous rendiez les usurpateurs d'une gloire qui ne nous est point due? Pour cela , il ne souffrit jamais que , âous ombre d'estime et de confiance , on s'attachât à lui personnellement : chose d'ailleurs si engageante, et à laquelle les hommes les plus spirituels à peine peuventils s'em pécher d*étre sensibles. E t parceqn'il s'étoit formé dans Corinihe un parti de chrétiens qui se déclaroient pour lui , qui reconnoissoient ne devoir qu'à lui tout ce qu'ils étoient selon Dieu , et qui , se détachant en quelque sorte des autres apôtres , disoient : Nous sommes les disciples de Paul, Ego sum Pauli (1. Cor.^ Ij ;il les en reprit. Hé quoi ! mes frères, leur remontroit-ii, est-ce Paul qui a été crucifié pour vous? est-ce au nom de Paul que vous avez reçu le baptême? qu*estce que ce Paul que vous vantez tant? c'est un instrument foible et inutile de celui en qui vous avez cru. Pourquoi donc me regarder autrement, et pourquoi vous partager, en disant que vous êtes à rnoi , au lieu de penser à vous réunir tous comme appartenant tous à Dieu? 0 merveille ! s'écrie saint Chrysostome, un homme ému d'une véritable indignation, parcequ'oaa du zèle pour sa personne; un homnàe affligé de ce que Ton est trop à lui , parcequ'il craint que l'on en soit moins à Jésus^Christ ! Ah ! grand Saint , c'est ce qui s'appelle travailler pour la

POUR LA FÊTE DE SAlIfr PAUL. 21S

gloire de son ministère. C'est ainsi que toqs avez donne crëdit & TÉ- Tan{|[ile ; et c'est pour cela que la grâce que vous dispensiez n'a rien perdu entre vos mains de son efficace. Dans les nôtres, elle la perd tous les jours : parceque nous nous cherchons nous-mêmes , nous nous trouvons misérablement nous-mêmes, et en nous trouvant , nous devenons la lionte et l'opprobre de cette grâce. Nous parlons d'elle magnifiquement, mais elle n'opère rien par nous; le monde nous applaudit, mais le monde ne se convertit pas; nous établissons notre réputation , mais nous n'établissons pas l'empire de Dieu : pourquoi ? parceque nous n'avons rien moins que ce zèle d'honorer le ministère que Dieu nous a commis.

Voulez-vous, Chrétiens, une preuve encore plus solide et plus convaincante de celui qu'avoit saint Paul? oubliez le reste, et appliquezvous à ceci : c'est qu il étoil aussi zélé pour son ministère exercé par d'autres que par lui-même; troisième règle. C'est que le bien des âmes et l'avancement du christianisme lui étoient également chers, soit qu'il le vit procuré par d'autres, soit qu'il le procurât lui-même : c'est qu'il se soudoit peu par qui Jésus-Christ fût annoncé , pourvu qu'il fût annoncé : jusque là (ô admirable et divine leçon , si elle étoit bien entendue! ) jusque là que quelques uns prêchant par un esprit d'émulation et de jalousie contre lui ( car dès-lors , Chrétiens, on voyoit des contentions entre les ministres de l'Évangile ; et c'est une simplicité et une erreur de regarder ce scandale comme un scandale de notre siècle , puisqu'il est aussi ancien que l'Église , et que Dieu , pour notre instruction , l'a permis dans tous les temps ) : jusque là , dis-je , que quelques uns préchant Jésus-Christ par jalousie contre lui et dans le dessein , comme il parle lui-même, d'ajouter de nouvelles traverses à celles qu'il avoit déjà éprouvées, Existimantespressuramse suscitare vinculis mets ( Philip., 1 ) , il ne laissoit pas de s'en réjouir : In hoc gau* ieOy sed et gdudebo : touché d'upe part de la malignité de leur intention, et ravi de Tautre de ce que l'Évangile profitoit de cette malignité. Car que m'importe , disoit-il , qu'il soit publié par ceux-ci ou par ceux-là , qu'il le soit par mes amis ou par mes ennemis , qu'il le soit à ma confusion ou à ma gloire, pourvu qu'il le soit véritablement? Or parler ainsi et être disposé de même , c'est faire honneur à son ministère et non pas à soi. Car de n'estimer le bien que quand il se fait par nous,denele ge&ter qu'autant qu'il a de rapport à ndus^de ne pouvoir supporter que les autres soient plus employés que nous dans les intérêts de Dieu , d*avoir peine à souffrir qu'ils le soient autant , de souhaiter peut-être qu'ils ne le fussent point du tout ; et ensuite diminuer leurs succès , sans prendre garde que ce sont les succès de l'Evangile , et amplifier les nôtres comme s'ils étoient les fruits de notre industrie: qu'est-ce que tout cela , Chrétiens , sinon s'usurper l'honneur de son ministère et le dérober à Dieu? Je serois infini si je m'étendois sur tes autres règles que saint Pattl

se proposa, et qu'il observa. Ah ! mes Frères, dit saint Grégoire pape^ que ce grand apdtre fiit éloigné de l'aveuglement de ceux qui croient ne pouvoir soutenir leur ministère que par le fesie du monde , que par l'affectation de la grandeur, que par la magnificence du tram , que par l'éclat d'une somptuosité superflue, que par \es disputes éternelles sur les préséances , sur les prérogatives, sur la dignité, en un mot, que par toutes les choses dont l'ambition des hommes s'entête et s'occupe! Non, non, saint Paul n'en jugea pas ainsi; il prit pour maxime ce que Tesprit de Dieu, qui est l'esprit de la vraie sagesse, lui avoit enseigné, que ni son ministère, ni tout autre, ne seroient jamais moins honorés que par-là ; et que , s'ils le dévoient être, c'étoit par une conduite irréprochal>le et exempte de blâme, par une vie qui ne fftt point sujette à rougir^ qui ne craignît point la lumière du jour, qui fût à l'épreuve de toutes les censures; par une réputation qui n'eût rien de suspect ni d'équivoque , et que le libertinage même respectât. Maxime qu'il avoit à cœur par-dessus tout, et qu'il inspiroit à ses disciples, leur disant sans cesse : Mes Frères, comportonsnous comme des ministres de Dieu ; rendons-nous recomihandables par la pureté de notre doctrine , par l'intégrité de nos mœurs , par la douceur de notre charité , par les armes de la justice; que nos entretiens soient religieux et nos actions exemplaires : et pourquoi ? Ah ! mes chers disciples , ajoutoit-il , afin que la parole de notre Dieu ne soit point .exposée aux blasphèmes des hommes , et afin qu^ notre ministère ne soit point déshonoré : Vt non viiuperptur ministerium nos^ trum (2. Cor., 6). Gela seul le faisoit agir ; cela seul étoit en lui comme lé premier mobile de toutes les vertus qu'il pratiquoit. Gette ferveur sans indiscrétion et cette prudence sans ménagement , cette humilité de cœur sans bassesse et cette grandeur d'ame sans orgueil, ce mépris du monde sans arrogance et ce zèle pour le monde sans attache, cette tendresse envers les pécheurs, jointe à cette sévérité envers le péché ; cette exactitude de discipline, accompagnée de cette sage condescendance ; cette science de se modérer dans la prospérité^ et de se soutenir dans l'adversité : voilà ce qui faisoit de saint Paid un homme respectal)le, et ce qui combloit d'honneur son ministère.

Arrêtons-nous là. Chrétiens : car voilà au même temps notre modèle et notre exemple. C'est ainsi que nous devons , chacun dans notre condition , honorer le ministère où il a plu A Dieu de nous appeler. Ayons-y le même désintéressement que saint Paul. Dès que nous ne penserons point à nous-mêmes , nous nous^ préserverons de mille fautes qui avilissent les plus saints emplois,* en avilissant les ministres qui en sont chargés; nous serons exacts , droits , réguliers, équitables , vigilants , et Ton en seiti édifié : mais au contraire , dès que nous aurons des vues intéressées , toute notre conduite s'en ressentira ; nous aurons beau vouloir cacher cet intérêt , le monde le remarquera bientôt ; et nous ferions alors des miracles » que le monde ne nous

croira pas. Travaillons à faire le bien pour le bien même , pour la gloire de Dieu , pour Favantage du prochadn , selon Tesprit éf la fin de notre état. Car souvent on faii le bien pour soi-même ; on le fait parce' qu on se met par-là dans une certaine estime ; on le fait parcequ'on s'acquiert par-là un certain crédit; on le fait, parceque le monde le verra et qu'il en parlera. De là tant de foiblesses humiliantes, que nous découvrons dans des gens que leur âge, leur exp^ience, leur mérite en devroient pleinement dégager. S'ils en portoient toute la honte, et qu'elle ne retombât point sur leurs ministères, le mal seroit moins à craindre : mais de ces exemples, quelles conséquences ne tire-t-on pas contre les plus saintes professions et les dignités les plus sacrées? Je sais que, pour ce désintéressement parfait que demande le vrai zèle, il faut beaucoup prendre sur soi ; mais quand il faudroit même s'immoler pour son ministère, n'est-ce pas le devoir d'un serviteur fidèle? c'est ce que saint Paul a fait , comme je vais vous le montrer dans la troisième partie.

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