PREMIÈRE PARTIE
De toutes les idées que l'Écriture nous donne de Jésus-Christ dans l'état de sa résurrection, là plus surprenante et la plus digne de nos reflexions, c'est celle qu'en avoit conçue saint Paul , quand il disoit aut Corinthiens : Et êl cognovinius seûundhm carnem Christum , sed inncjàm tumnovimus (S. Cor., S) : Ainsi, mes Frères, quoique autrefois tiens ayons connu Jésus-Christ selon la chair, maintenant qu il est ressiiscité et dans l'état dé sa gloire, nous ne le coimoissons plus de cette sorte; Mais sur qiloi l'Apôtre fondoit-il, ou sur quoi pouvoit-il fbnder cette proposition si étonnante, et inéme en apparence si contraire à la vérité du mystère dont il pàrloit? Car il est de la foi que Jésus-Christ étoit ressuscité dans la même chair oii il avok vécu , et o& il étoit mort ; et il est de la fol que la gloire de sa résurrection n'afuit point détruit cette chair. Cela est vrai : mais elle i'avoit tellement changée, que saiiit Paul prctendoit àvoii* droit de pe la plus reconnottrè. G'étoit un corps, dit saint Grégoire pape, mais qui p'avoit plus rien de matériel ni de terrestre, et que la gloire de sa résurrection rendoit si diflërent des autres corps, qu'il ne devoît plus être regardé que comthe un pur espHt. Aussi les apôtres troublés et effrayés s'i* maginoient-its, en le voyant , voir un esprit : Conturbati et conterrîti etistbnabant se ipirilum videre (Luc, 24). En effet , par un miracle inotil , et qui lie pouvoit être que le privilège des purs esprits, il entroit dans les divers lieux où les disciples se trouvoieut assemblés, sans que les portes lui en fussent ouvertes; pour montrer, ajoute le mémo Père, que dans Tétat de sa houvelle vie sa chair étoit bien de même nature que dans sa vîe mortelle et passible, mais qu'elle jouissoit d'une toutç autre gloire : Vt ostenderet esse post resurrectionem carnem suam, et éjusdem naturœ^ et alierius gloriœ (Greg.).
Excellent modèle de ce qui s*accomplit tous les jours dans l|8'viei^* gès consacrées à Jésus-Ch)*ist pour être ses chastes épouses. Voulez* vous savoir le premier avantage qui leur revient de cette consécration? lé voici. Quoiqu'elles Vivent encore dans la chair (c'est ainsi que s'exprime r Apôtre), elfes ne vivent plus selon la chailr, elles ne marchcilt
3t)4 SUR LE RAPPORTEES RELIGIEUX, etc.
plus selon la chair, elles n'agissent plds selon la chair : In came ombulantes, non secundùm camem militamus (2. Cor. ,10); c'est-à-dire que par la chasteté religieuseell.es sacrifient leurs ctrps à Dieu, et que leurs corps sacriHés semblent n'être plus ce qu'ils éiioent, tant ils sont ennoblis et perfectionnés dans l'ordre de la grâce. Divin parallèle de Jésus-Christ ressuscité, et de ses épouses; parallèle dont je ne puis mieux vous faire voir le parfait rapport; quen le réduisant aux quatre propositions où saint Paul marquoit les. prérogatives de la résurrection des corps glorieux. Peut-être serez-vous surpris de trouver toutes ces propositions vérifiées clairement et presque à la lettre dans la personne d'une vierge qui se voue à Dieu. Prenez garde. Le corps mort, dit le docteur des Gentils, est mis en terre comme un corps animal et matériel, et il ressuscitera tout spirituel : Surget corjms spirituale (1. Cor.f 15). Il est mis en terre plein de corruption, et il ressuscitera incorruptible : Surget in incorruptione (Ibid.). 11 est mis en terre difforme et hideux, et il ressuNcitera tout éclatant et brillant de gloire : Surget in gloriâ (Ibid.)- H est mis en terre privé de mouvenient et d'action, et il ressuscitera rempli de force et de vertu : Surget in virtute (Ibid.). Voilà, par rapport aux prédestinés, ce que fera un jour la résurrection. Or je soutiens que, dès cette vie, la chasteté religieuse, dans ceux qui l'embrassent , produit déjà tous ces effets. Je soutiens que c'est elle qui par avance, et même dans le sens de saint Paul, rend le corps d'une vierge tout spirituel ; que c'est elle qui le maintient dans une parfaite intégrité, et, si je puis me servir de cette expression, dans une sainte incorruptibilité ;'que c'est elle qui le remplit d'une force surnaturelle et divine; que c'est elle <]^ui fait déjasa ' gloire anticipée, et que ce3 quatre caractères des corps glorieux sont les quatre dons de grâce que la religion lui communique. Voilà ce qiie je soutiens, ' et dont vous allez convenir
J*ai dit que la chasteté religieuse, anticipant dès cette vie l'effet de la résurrection, rend un corps tout spirituel; et la preuve en est évidente : parcequ'il est certain que la chasteté, surtout avec ce caractère de stabilité que lui donne la religion, affranchit un corps de la, servitude des sens, le met dans une disposition à n'être plus dominé par la concupiscence de la chair, le rend souple et obéissant à la loi de l'esprit. Or pourquoi un corps soumis à l'esprit ne deviendroit-il pas spirituel, puisqu'un esprit esclave du corps est appelé dans TÉcriture un esprit charnel? Car la grâce, dit saint Augustin, n'est pas moins efficace pour le bien que le péché pour le mal ; et pui:>qiie le péché peut faire qu'une ame raisonnable, de spirituelle qu'elle étoit,* de- )i($iiiie.^out animal et toute charnelle , faut-il s étonner si la grâce, 0r une opération toute contraire, a la vertu de sanctifier un corps quoique matériel, et d'en faire un corps, spirituel? Neque enim absur" (ium estj quod sit in homine carospiritualis^ si potest esse in hoc vilâ spi' riiusipsecarnalis (August.). C'est le raisonnement de saint Augustin; et
SUR LE.RAPPORT J)£S REUGIËUX. etc. 365
pour mieux établir la proposition que j'ai avancée, consultons l'Évangile, et demandoos au Sauveuf du inonde en quoi consiste cet état de spiritualité où doivent élre élevés les corps bienheureux par la rësnrrectîoo. C'est Jw-méme qui nous l'apprend dans le chapitre viugtdetixièine de saiot Hslthieu. lu returrectione legite nu-
benlur; ttd erunt licut angeli Dei in cvelo i Après la
résurrection, dit le Fils de Dieu, les hommes ^ des al*
liances sensuelles, seront comine les anges ' nurquoi?
parcequ'ils n'a u root plus entre enx d'autre si ; dont les
anges sont capables : Sed erunl lieut angeli onanifesM
qu'en ceci l'état de la relt(;îofl ressemble parfaitement à celai de la résurrection. Car qu'est-ce que la religion, qu'est-ce qu'un monastère de vierges, sinon une assemblée d' âmes élues qui sont vraiment les anges de la terre ; qui, s'étant assodées pour être , par une iovioUble et unanime proFi stiion, les épouses du Dieu qu'elles servent, n'ont point entre elles d'autre affinité que celle qu'elles auront comme les anges dans le séjour bienheureux ; qui, selon fa parole de saint Paul, ont des corps comme n'en ayant point, et usent du monde comme n'en usant point; enfin, dont il est vrai de dire, dans Je sras propre et naturel , JVe^ueiiubeRl, neque nubentur, ted erunl i sanctifié par fa chasteté et par la solennelle vierge, peut donc, dans les principes de Ji comme uncorpsspiriiueletangëlique; et!
sostome, par son aimable providence, a ai que de même qu'il ^ des hommes dans le honteux, déshonorent leur cofps et l'avil des bêtes , Ilomo ciim in honore euel, noi
jtanentu mtijnentibM, et taniiit factut est ilUs {Ptatm, 48),' aussi il y eût des vierges sur la terre qui , par la saioieté de leur état , oinoblissent c« même corps, et relevassent en quelque manière jusqu'à la condiiiun dep agges : Sed erunt tient angeli Dei in cœto. Suivons la pensée de saint P^ul.
Le corps, tout sujet^qu'il est pnr lulMiDéine à la corruption, ressuscitera tout incorruptible.: Sitrget in iiûorrupiione; ei je prétends que la chasteté, sans altendre|4rresurreciioti, nous faikdeja vuir cette merveille dans une épouse de Jëtus-Chi ist ; second privilège que je vous prie de bien comprendre. Quand Madeleine, dans la ferveur de sa conversion, répandit sur les pieds du Sauveur du monde un précieux parfum, Jésus-Christ, pour la défendre et pour justifier son zèle contre les apôtres qui en murmuroient , dit une parole bien remarquable, et qui convient admirablement ù mon sujet : Quod habuii hœc, fecit;prœoenitungere corpus meum in sepuUuram (MarC, 14) : ^e condamnez point c tte femme ; ce qu'elle a fait, c'a élé pour préveuir le temps de ma sépulture, et pour embaumer dès à présent mon corps, en me rendant par avance ce devoir de sa piété : Prœvaiit ungere cor-
866 SUR LE RAPPORT DES RELIGIEUX, trc.
piu mum. Or voilà, mes eMres.Sœnrs, ce quf vous avez satntemeai imité, et ce que Dien, par un« grtce cingutiire, vous a înspiré de pratiquer pour vous-mêmes dans la reli(pon. Cap Isch&sieté que vous »ya. embrassée est , daui la pensée des Pères, coniin«i^-oDCtif)n céleste répani' is; comme on bânme sacré qui mainllent vos
corps Eé parfaite. Oui, c'est cette onction de la chas-
teté n is conserve su milieu de tant de dérég'Iemenis,
OH lou ! malheureux sièL-le, semble être livrée; et c'est
celte c isteté vonée à Dieu qui felt que le monde, tout
perverti et tout corrompu qu'il est, ne peut néanmoins vous surprendre et vods pervertir. Hors de la religion, les vertus même les plus lolides sont exposées à celte corruptioa du monde. Sans une grâce tout extraordinaire, pour peu qu'une femme do monde vive selon l'esprit du monde , ce ver, qui infecte aujourd'hui ce qu'il y a de plus sain dans le christianisme , ce ver de l'impureté se forme peu à peu dans son «œQr: l'oisiveté, la mollesse , les délices ëe 1j vie, la liberté des entretiens, lesocoisions, les mauvais exemples, toot cela, sans qu'elle s'en aperçoive, porte avec soi un air contagieux, dont îl'est difficile qu'elle se défende. Mais votre état, mes chères Soeurs, f ïnEaillilrie contre tout cela : préservatif contre la 1 austérités de la profession religieuse ; pré«enaiif par le travail et les observances régulières qui partairéservatif contre la licence des conversattuDS mon- >reux entretlCDS et les saintes conférences qae vous Préservatif contre les occasroiflp par le divorce que :c le monde; prëservaiifcontre les mauvais exemples, jue vous donne une communauté tout entière, dont lutient, et dont la sainteté est pour vous, selon l'Écriture, une odeur de vie : Odor vitœ in vîlatn (2. Cor. ,2); au lien que les scandales dont le monde est plein sont pour les Justes mêmes qui y vivent «ne odeur de mort : Orfor mor(ii mmor(emi(lbid.)' Or, vous trouvant ainsi préservées de la ciâia^n^dimpn<le, et respirant sans cesse un air pur dans la mal^a de Dieu, il ne fout phis être surpris que votre vie soit avec tant de distinoliiii^l irréprocbableiqent exempte de cette corruption générale quij^gne aujourd'hui dans ie monde, et dans le monde chrétien. Une vierge, comme épouse de Jésus-Christ, a donc le bonheur d'être incorruptible yar nn don de la grâce, comme le seront un jour les corps des bienheureux par une propriéié de leur résurrection.
De ces deux espèces d'incorruptibilité; vous me demandez quelle est la plus glorieuse devant Dieu. Mais peut-on douter qUR ce ne soit, préff^ra bleui en t à l'autre, cel'e qui convient i l'épouse de Jésus-Chriït; et n'est ce pas encore ici que se vérifie la troisième proposition de ■aint Paul: Snr^ei in cr/oiiâ.' Non, tout céque nous concevons de l'écl>t et de la gloire des corpibtenhenreuxn'approchepoiDtdelt gloire
S|]R LE KitPPQRT AÏS HËUOIEUK, tic. 367
st^e «t iol^ieare d'uD«*vierge constcr^ à IMeu ; ie oeite ^otnt qvî li|i vieot de l'inviolable diastet^ qu'elle professe ; de cetia gloire que le Prophète royal lui auribue pur ces paroles du psaume quarantaquairiëme : Omnii gloria filûe regu ab înlùi (PitUm. 4i). Car c'est cette divine chasleté qui élève l'aoïe chréileoue i la sebÙine al'iaiicg qu'elle contnicie avec le Verbe de Dieu. C'est en vue de cette divin* chasteté que le Fil$ unique de Dieu ne dédaigne pas, mes chères Soeurs, de TOUS reconnoître pour ses f pauses, et que Tunge de l'Apocalypse disoit à saint Jean; Feni, et ottendam tibitponiam uXQrem A$>à{Apoc.f 21): Venez, je vous montrerai celle qui est l'épouse de l'Agneau.Tiirtr spécialement acquis aux ameg. religieuses, parcequ'il n'y a qu'elle^ dan3 l'Ëglisp de Dieu qui soient les épouses de l'Agaeau par un \(Bq formel et solennel, par up engagenteut éternel, par un renonoeoienf qui les met eu droit d'appartenir bien plus que les autres vierges à ce^ époux immortel. C'est par le mérite 49 cette divine chasteté que vouf suivez l'Agneau partout où il vj, que vous avez part à ses plus iplïmepi faveurs, que vous êtes rachetées d'eqtre les hommes pour être le» prémices de% offrandes qui lui sont ^îtes : Priimiùe De» et Agw (ApQC., \i,). Que pon\ez-yDus espérer d^ la résurrection future, qui surpasse cet hoDueur? et un coips aiiast dévoué par la religtou a-t-il besoin d'attendre la fin des siècles, pour étr ix de Dieu uo
corps revêtu de gloire? n'est-il pai'déja tel qu' » la béatitude
que Dieu lui préparc ?
Ce n'est pas qu'il n'y ait de la différence ei présent d'une
vierge, et l'étal d'un corps glorieux ; mais proportion U
même différence que saint Bernard a mise entre un ange et une vierge. Ils différent entre eux , dit ce Père , par le bonheur , et non par la force et la vertu: Différant felkitale,uimvirtute (Ber».]-J€ vais encore plus loin , et je préteods qu'à l'^rd même de ta venu et de la force , non wnlement il y a de la différence entre l'état d'une vierge sur la terre et celui d'nn corps glorieux dans le ciel, mais qu'à comparer l'un et l'autre , tout l'avantage est pour les vierges : commei^t cela? parcequ'après la résurrection, la pureté des corps glorieux sen désormais une pureté sans effort, une pureté sans combat, une pureté sans victoire ; au lieu que la pureté des vierges, épousea du Sauveur, est en cette vie une pureté victorieuse, ilae pureté sujette bu\ attaques de l'ennemi, et qui se soutient, qni résiste, qui-tiiomphe. Qr pour cela , quelle vertu ne faut-il pas? D'où je conclus que cette pureté met donc nos corps dans la disposition ou seront les corps des élus , quand ils ressusciteront pleins de force , et qu'elle opère déjà dans nos personnes ce qui doit un jour arriver quand te dernier orfr> de de saint Puul s'accomplira : Surget in virlule.
Biais ici , mes chères Sœurs -, permeltez-moi de faire avec vous um réSexion qui renfermera le fruit de cette première partie , et qui me parolt d'nae wnséqnence extrême pour votre édification et pour la
368 SUR LE RAPPORT DES RELIGIEUX, etc.
mienne. Il est vrai qne ans corps , par une gl-ace particulière de notre état . et par une prérogative de la profession religieuse , parUcîpent dès maintenanl à la g'oire de Jésus-Cbrist ressuscité ; mais soDvenonsnous qu'ils n'y participent qu'auunt que nous y coopérons, et que par notre tidélitë nous travaillons à les maintenir dans celte perfection. Souvenons-nous que nos corps, quoique consacres par le vœu de la chasteté, ne sont en cette vie ni fpirituele, nî incorruptibles, ni rerélus de gluire, ni remplis de force qu'autant que nous avons soin de les rendre tels par une application consiante à tous Ifs devoirs de la religion. Au lieu que les corps glorieux posséderont dans le ciel ces excellentes qualités sans aucun danger de les perdre, et au lieu qne ces qualités leur tenant lieu d'une récompense éternelle, ils les posséderont par une invariable et bienheureuse nécessité ; souvenons-nous que ces qualités ne nous ppuveut convenir que dépend a minent du Iwd usage que nous fiisons de notre liberté ; que dfpendammenl de l'uttcmion que nous avons sur nous-mêmes, du couruge avec lequel nons combattonsconire nous-mêmes, delà guerrequenousdéclurona à notre chaîr.commeà la plus dangereuse ennemie de nous-mêmes, del'espritde péniléncequenouseniretenonsdansnous-mémcs. C'est cequiaugmcnte devant Dieu notre mérite ; mais aussi persuadons-nous bien quec'esl ce qui irtonspeciion et notre crainte. Car en-
fin , qi js donne la religion, elle ne nous donne
poini I ;s dont elle nous fortifie, quelque puit-
saates s , ne sont point des grâces à fomenter
notre . , sa autoriser notre présomption. Qud-
que fonds que nous puissions faire, et que nous ayons droit de foire jur ces sEcours abondants de la religion , il faut après tout reconnuftre que, n'étant ni absolument impeccables, ni cooSrmés en grâce, nous pouvons toujours déchoir de cet état de pureté oh noire vocation nous éialilit ; que plus cette pureté est dans un degré éminent , plus les chuies sont grièves et redoutables ; que plus elle est éclatante, plus il est aisé dVn ternir le lustre ; que le moindre soufHe de l'esprit impur est capable d'en effacer les plus beaux traits; qae portant, comme dit saint Paul, ce trésor dans des vases de terre, nous devons marcher avec une sainte frayeur, et mesurer tous nos pas; que la coniJuîte la plus téméraire s»TOit de nous glorifier de cet état de pureté, «t de ne pas trembler dans la vue de notre fragilité ; que non seulement les vices grosiiiers , mais les moindres relâchements, peuvent avoir des suites funestes ; que la recherche de certaines commodités, qne l'attache même trop grande aux nécessités de la vie , sont autant de dispositions à faire levivre en nous ce corps terrestre, dont la destruction doit éti*, avec la grâce, l'uuvrage de notre ferveur, et surtout de notie mortification ; que oos corps, quoique sanctifiés par la chasteté , ont toujours un penchant à s'affranchir des devoirs-pénibles , et que , par une malheureuse sympathie, ils entraînent l'anie
SUR LE RAPPORT D£S RELIGIEUX» fifc. S6U
pA à peu , ik l'appesantitteDl , la rendent tardive et ian^issante , lai font porter avec dégoût et avee chagrin le joug de Dieu« Tëritës dont nous sommes assez instruiu ; et plaise au ciel qu'une fatale expérience et une preuve perseon^ie ne vous les fasse jamais sentir!
Que devons-nous donc faire pour nous préserver de ces désordres ? vous en savea» mes chères Sœurs , l'important secret » et votre rie en pourroit être ppur les autres une leçon. C'est de mettre en mu* yre toutes les vertus religieuses qui doivent nous aider à entretenir cette admirable conformité de nos corps avec le corps glorieux de Jésus-Christ. Et quelles sont ces vertus? La vigilanjDe* qui nous est représentée par'qe.^oD de clarté qu'eût le corps du Saiiveur aprëa sa r&urrectîon ; l'obéissance» qui nous est marquée par fedôn d'agilité; la pénitence» qui éteint en nous toutes les passions» et que nous figure le don d'impassibilité : mais par-dessus toiites ^es autres , une humilité sincère» sans laquelle il ne peut y avoir en tout cela ni s&reté'pour nous » ni sob'dité. Donnez-les-nuus, mon Dieu» toutes ces vertus ^ nous vous les demandons. AcheVIz l'ouvrage que vous avez commencé; et puisque vous nous avez engagés dans la sainte entreprise que noits avons formée » ne nous y abandonnez pas. Dans Tàbligationoà nous sommes d'accomplir notre sacrifice » s'il nous manquoit une de ces vertus» où en sciions* nous? si» par une vaine dissipation» nous <)on« nions encorp à nos sens une dangj^iHise liberté; si» par l'infraction de la règle qui nous est imposée ,J|us tâchions d'en éluder la sévérité ; si dans la prati(|ue de l'obéissance tiohs trouvions moyen 9 par les artifices- de notre amour-propre » de ne faire jamais que notre volonté ; si nous prétendions être chastes sans être huinbles, et si la sainteté de notre vœu ne nous dégageoit pas des sentiments d'une secrète vanité : ah ! Seigneur,» notre profession ne servîpoit qu'à notre confusion ; et n'auroit-on pas bien sujet alors» mesi||il|res Sœurs» de nous faire Je reproché que saiot Paul faisoit aux Galaté^ : Nonne earnjalei esti», et secundumhominem ambulatis (1^ Cor,^ 3)?Quelqi^e spirituels que vous
paroissiez etque vous vous piquiezd'^étre» vous êtes encore toutchariteis. C'est à vous-mêmes» hommes du siècle» que vous devez appliquer cette morale.Car sans être religieux il vous suffi) d'être chcétiens» pour avoir une indispensable et essentielle obligation de vous conformer à Jésus Christ» conune à votre modèle. £'est-à-dire que si vous êtes spirituellement ressuscites avec ce divin Sauveur» que si dans cette solennité de Pâques vous avez été véritablement et sincèrement con«» vertis» vous ne devez plus être esclavt^s de la cupidité et^de la chair* vous ne deve^ plus suivre les appétits et les aveugles convoitises de la chair; que cette chair» purifiée par le sacrement du corps de Jésus- Chrisjt-» ne doit plus être désormais sujette à la corruptj^n du péché ; et qu'au lieu c^ue nous gémissions autrefois^e vous voir honteusement dominés par les. sens » nous » les ministres du Seigneur» nous devons avoir la consolsition de vous trouver beurepseiQent changés et trans^
S7e SUR LE RAPPORT DES RELI6t£l>X, etc.
fonoésên d'autrea^hommes ( de 9orte que nous-puissions dire de tocs : Ji^ si eognovimus iecUndkni camem , sed nunc jàm non novimus. Car veilà ooiiiineiit vous porterez rimage de l*homiQe céleste. Voilà les caractères de ton corps (glorieux, et voici ceux de sa bienheureuse ame dans rëtat de la résurrection, non moins fidèlement ex'pKmés dans fine ame chrétienne qui se consacre à la retraite et à la vie religieuse. Henottvflefe votre attention potii* cette seconde partie.
n£DXIKH£ PARTI£.
> 0*lttt line réflexion de sa'mt Paulin qui me paroit Aussi solide qu'édifiante, savoir, que le mystère de la résurrection du Fils de Dieu oe fiouBjeenfirmè pas seulement dans la foi et dans l'espérance de notre résnrrectiotf fature, mais qu'elle nous enseigne même la forme de vie ' ^âè lions Rêvons tenir, comme chrétiens; dans le siècle présent; et ^ne cette vie nouvelle consiste Surtout dan$ la séparation du monde, qui de tonf tremps a été regardée par tes vrais serviteurs de Diea comme une des parties les plus essentielles de la saioteté : Mysterio domMeœ tesurreclionîs,non ad solam resiirrectionis nostrœ fidtm^ied ûd volUntariam hnjus s(Bculi abdïcationem instruimur (Paulin. ).En effet ^ s'il y eut jamais un pprfait modèle d'une vie retirée , et en particnlier de la retraite religieuse , il est évident que c'est le mystère ou ptntdt l'état de Jésus-Christ réssuscit4{« avant qu'il montât au cieli, et pendant les quarante jours qn'il^demeara sur la terre. Appliquez-vous à la comparaison que je vais faii*e de l'un et de l'autre , et voyez s'il est rien de plus naturel et de plus juste. Voici dans Jésus-Christ ressuscité l'exeÂiplaire, et vous en reconnt ttréz aisément dans l'ame religieuse la ressen^blance. Le Sauveur du monde, après sa résurrection, demenre encore sur 'lj|^ terre; mais il y demeure séparé du cammercè des hommes , s^aré de ses disciples , sépare de ceux que rÉvangile appelle ses frères , séparé même de Marie sa mère : première circonstance , <|ui doit avoir pour vous, mes chères Sœurs, qyetqfue cho&e de bien touchant et de bien consolant. Tout séparé qtt't) est dès siens , îl ne laisse pul^ de leur apparoitré quelquefois et îé se fifire voir à eux ; mais il ne leur apparoît que pour des besoins imiportanis , et qu'autant qu'il le juge nécessaii^e pour leur donner des mJorqnes de son zèle et de sa charité : seconde circonstance encore très propre à vous servir de' règle. Dans ces apparitions, quoique pass'jgères, il les voit et il leur parle , mais en leur témoijgnant toujours une sainte impatience de les quitté>r, et une espèce d'empressement d# relonrnerà son Père : troisième circonstance , qui vous fait une leçon non moins mile que les antres, ni moins convenable à votre état. Dii reste, il n'a d'entretien qu'avec Dieu; toute sa conversation est dans lé ciel , dont il se Regardé déj x comme possesseur, et la terre n'est pins pour lui qu'unç demeure étrangère : quatrième et dernière dreonstanee , qui achèvera de vous instruire , et de vous faire goû-
SiJR LE RAl^PORT DES REUGlÉUX, Ère. 371
ter votre bonfaetir. Or n'est-ce pas là en figure et en abrëç^ toute, la^ perfiectîon ^t tonte la sainteté de la vie religieu3e ? Mettons ces quafre^ traits df ressemblance dat)s tout leur jour, et suivez-moi.
Tout ressuscité qu'ëtoit le Sauveur des hommes» il demenroit^ên- 6ore sui' la terre, mais sans y avoir avec les hommes ce,comm^içrcQ ordinaire qu'il avoit en pr^ndant sa vie mortelle ; et de la ni^nièce dôoc^ fl se comportoit à leur égard , on peut dire qu'il étoit absolumeûl ^aré d'eux. (Test ainsi qu'il s'en expliquoit lui-même aaùs une de ses âppsiritioiis , lorsqu'il leur disoit : Bœc suhtverbaquœlocûtuimni ëd voi^ cum adhiic enem tiohiscutn (Luc, 24) : Vous voyeai Vaccoi|an plissement' des choses que je vous ai prédites lorsque j1étoi6 avec' v,û|U» Ré quoi! reprend saint Atiguslin, n*étoil-iL pas encore avec ^ux auand il leur parloit de la soWe? Il y étoit, dit ce saint docteur» piusquu leur paff'loit : mais il n'y étoit |^>lus comme il y àvoit été lorsqu'il eîitretenoit avec eux une Société réglée ; parcequ*en soru^nt do tom-' beau, et ne voulant plus mi'ner sur ta terre qu^une vie solitaire» il s'ëtoit séparé de ceux qui lui étoient le plus étroiienleb^tinis, sans en excepter même sa sainte et bienheureuse mère. Beau modèle de Tétat d'une ame consacrée h la vie religieuse. Car voilà, mes chèreft Sœurs, ce que par la miséricorde du Seigneur vous pratiquez. Vivre dans le monde séparé du monde , loin des intrigues du monde , hors du tumulte et de l'ebibarras du mondç, sans engagement et sans liaison dïntérét avec le mondé; avoir des famÙles, et ^e regarder comme n^en étant plus; avoir des prolhesijgt s'en détacher connue ne leur appartenant plus; avoir des ami^, et ne les fréquenter plusr; être au milieu du monde , et jusque dans le cebtre des vil« les , aussi retiré que les anachorètes dans les dést rts : voilà votre vocation. De là vient que le Fils de Dieu, pour faire entendre qû^H étoit venu appeler les hommes à lu perfection évangéliquei^ disoit qù*ii étoit venu séparer le père d'avec son fils, et la file d'avec sa mère : Veni separare hommem advenus patrem sunm, eifiltam adveriiii ma^' treni iuam (BIatth., 10). Or où voyons-nous la pureté, la sainteté; la* snbtnnité de cet esprit de séparation ailleurs que dans la religion f où voit-on des filles , sans préjudice des ^roits sacrés. de la nature, saintement et pour jamais séparées de leurs merés, si oe n'^est dans la personne de ces. vierges dont 19 vie, selon saint t^aiil, est cach^ avec Jésuà-Chribt en Dieu? Vitc^ vestra abscofndiia est cum ^hfisto in Déo i Coloss.y 3}. C'est donc à vous , mes chères Sœurs, ^ de ^uteoir dignement ce caractère; et, grâces ati Seigneur, vous le soutenez avec oae perbévératice et une régularité qui édifie toute TÉglise. Une vie cachée dans le monde auroit par tlle-môuie qtlelque cliosede triste;
mais^lesdetlxcirconsumces que l'Apôtre y ajçute, qMûnd il. dit que c'est une vie cachée eh Dieu, et cachée fivec Jésus-Christ, sont plu^ que âufBsautes, non seulement pour vous rendre supportable , mais pour vous rendre aimable la retraite que vous avez embrassée, et pour vous
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édomma^er de tous les vains cooimerces à qupi vous avez renoncé. Car avec Jësus-Christ et avec Dieu , de quoi ne se j>asse-t-oa point ; et que peut-on désirer' lorsqu'on aie bonheur de posséda Dieu et Jésus-Christ?
Cependant toute comknunication avec le monde est-elle interdite à ràmé religieuse? Non y'Chréiiens; et Talne religieu*«e, toute séparée du monde qu'elle est , peut et doit même quelquefois converser avec lé. mondé» pourvu qu'elle ^se conforme à l'exemple que Dieu lui propose, et qu'elle doit elle-même se proposer : car il en faut toujours revenir au mystère de Jésus-Christ ressuscité» comme à la règle de flioftre pérféctioi|. Et voici , mes chères Sœurs ^ le second rapport de votre éivit avec le sien. Quoique séparé de ses disciples» il ne laisse ^âsdé leur ajpparotlreà certains temps» et de converser avec. eux. Mais quand et pourquoi leur apparoît>il? vous lé savez : quand sa présence leur e^t nécessaire pour les affermir dans la foi; quand il ^'à'gît de les consoler» de les ijistruire» de les édjfiér; quand ii est question de leur parler du royaume de Dieu» de le^ délrooiper de leurs elrreuf s» de les ramener de leurs égarements ; en lin mot » quand Tcfi'drede Dleu»>et que là charité l'y engage. Ainsi» auprès du sé- ^Tcre» il apparott à une troupe de femmes dévotes» pour les combler d'une sainte joie; il apparoît k Madeleine dans le jardin» pour, essuyer ses larmes ; il apparoît à saint Pierre», pour Vencourager dans sa pénitence ; il apparoît à saint Thomas, pour le guérir de son incrédulité; il apparoît aux d^eux voyageurs d*£minâiîs» pour leur reprocher leur peu de foi » et ftàiv rallumer dans leurs cœurs le fçii de son amour ; il apparoît à tous les disciples assemblés» .pour leur donner le Saint-Esprit» et leur recomuiander la paix. Jamais' d'apparitions que pour des fins dignes de sa sagesse» et conveùables à sa missibn de'Sauveur. Or ce que nous apprenons de là » mes chères Sqeurs^ ou te que nous devoir apprendre » c'est qu'en vertu de la profession que nous faisons de vivPiHlan& le monde séparés dû monde» nos conversa- ^ons avec les hommes du monde doivent être à leur égard ce qu'ér toient à l'égard des disciples' les apparitions de Jésus Christ», et produire par proportion leà mêmes effets quepi^ô Jufsoient les apparitions de Jésus-Christ. Je veux dire qu'en qualité de religieux , nous ne devons avoir de comnierce. avec les ^irétiens du siècle qu'autant que nous spmmes capables de Contribuer à leur édification » qu'autant que le zèle de leur salut nous y peut obliger, qu'autant^que la Providence nous fait naître des occasions de^Ieur être sâinten^^t ou utiles» on méine nécessaires. 0uand il y aura dans nos familles quelque intérêt de Dieu à appuyer, quelque œuviè de Dieu à procurtr». quelque parole pour Dieu à porter;, quand nos proches vivront dans te désordre» et qu'il s*agira de leur conversion ;' quand il se f(H*meEâ parmi eux des inimitiés» et quil faudra s'employer à leur réconciliation; quand il leur arrivera des disgrâces, et qu'ils auront besok» jploup les sup
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porter et pour en profiter, dje notre consolation , paroi^^cms alors coiume Jësus-Ghrîst, et faisons-nous voir à eiix. Saactifions4es. par nos discours, fortifions-les par nos conseils, soutenons- les.dana leurs peines, et, pour- les engager à se les rendre salutaires, £iispns4eiir oonnoltre le don dé Dieu dans les afflictions; imprimons-leur le désir et l'estime des choses du ciel, détachonis-les de celles du monde,. d^Sr abu|^s-les des fausses maxiines qui les séduisent, donnons4fur du goijP|)our la solide piété, inspirons-leur Thorreur du libertinage $ qu'ilé se retirent (^'auprès de nous convaincus et touchés, de* Mm^ devoirs; enfin, sans rien prendre de leur esprit, tâchons k leur coi|i^ muniquer le nôtre. Car voilà ce que Dieu attend de notre fidélité, ^ pourquoi il nous a donne grâce. Çpipl)ién de fois une aive religieux a-t-elle par-là servi à l'exécution des desseins de Dieu \es plus inoip^* tants pour l'avancement de sa gloire et pour le sâlut du .prochain? Combien de fois, par la sainteté de ses conversations avec' le içondé; a-t^elleeu le bonheur de gagner à Dieu des pécheurs endurcis; çt combien de fois Dieu a-t-il donné plus de b^édiction à ses paroles^ qu'à celles des plus zélés et dea plus éloquents prédicateurs? Çoo^ bien de fois , quoique solitaire et séparée du monde , a-t^elle été dans sa famille un ange de paix, pour y réuniries cœurs aigris et divisés; et combien de fois, par sa prudence, a-t-elle apaisé les , différends et les querelles que l'esprit de discorde y ayoi.t suscités? Yoilà ce que j'appelle des conversations semblables aux. apparitions du Sauveur; et vola comment une vierge consacrée à Dieu doit se piroduire.^ monde , et s'intéresser à ce qui s'y>passe« Elle n'en doit pas demeurer là; mais j'ajoute que ses entretiens avec le monde doivent être accompagnés d'une sainte impatience de retourner à sa. solitudq, comme ceux de Jésus-Christ ressuscité l'étoient d'un désir ardi^ntde remonter à son Père. Il apparoissoit à ses disciples, et il leur parloit; mais en leur témoignant toujours qu'il ne sefoit pas long*^temps avec eux , et que, dans 1 eiat Ue la vie nouvelle, qu'il avoit commencée « ^ n'avoit plus que déS moments à leur donner. Il faut, leur disoit-ij^, que je vous quitte; et il le faut non seulement pour moi, mais pour vous-mêmes, puisque je ne vous quitte que pour aQer faire l'ofilçff d[e votre intercejsseur auprès de Dieu : Expfiftit vôbisut ego vadaoi ( JoAN., 16). Je suis sorti, reprenoit le pnème Sauveur , je suis GtOrti du sein de mon Père pour venir dans le tnonde : maintenant je. me sens pressé de sortir du monde pour rentrer .dans le s^.de.fqon Père i.Exivi àPçi,lrje^ eiveni in mundum; u&rnm relinquonmndumy^t vcuio adPatrem ( Ibid. j. Encore unjpeu cle.temps,,concluoit-il,e^,vous me verrez; et puis, encore un ç^n ioe t^m|is, et vop ne me. yér(;^z plus, p^eque je in*en vais à celifi qui^m'a envoyé : Modiqum et nïde* lnÙ9 me'i et iterum modicunj^ et noti videhitïs mpp qûin vç^do 'od Patr^ (Ibid.). Ainçi, (lis-je, leur p$irloit-ii; non pas qu'il n'eût toujours jpour eux la même tendresse, mais parceque l'état de sa gloire ne souÀroit
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pas qu'il entrettot avec eux un plus long commerce, nî quil apportât le «oindre retardement à Tordre de son Père, qui le rappeloit. Jci, ines àïèvé» Sœurs, ne croyez-vous pas entendre parler unejde ces religieuses ferventes dont le nombre parmi vous est si grand? ne feroyez-vons pas la voir agir? Si pour la gloire du Seigneur elle converse quelquefois avec'ie siècle « de quel autre soin est-elle plus occupée que de retournera ses devoirs, que de reprendre ses observances ^ ses exercices? Que dit-elle à ses proches dans les visites qu^^ en reçoit? ce ique Jésus-Christ disoit à ses disciples {"Expedit vobtstu ege iHUiafn: Il est nécessaire que je vous laisse, parœque c'est Dieu qui tàe l'prdpmie, et qui me Fordonne pour vousj car en me séparant de Hibus, et priatit pour voQs, je vous serai plus utile qu'en demeurant '•▼éc vous. Elle leur dit dans lé même esprit: ModîcumetvidebitU me; Fêifr un moment vous me verrez, mais né me demandez rien da- VMttiige : j'ai des fonctions à remplir; et, comme religieuse, il fout ^ue je m'acquitte de ce que je dois à Dieu et à mon état. Elle pourroit i^oiiter : Je suis sortie dç roasolitudéî parcequé vous m*en avez tirée; <9t j'y retoame, parcequé Dieu m'y attend. La charité que je vous dois lit'6bligecf}t à f un, et la charité que je më dors à moi-même m'oblige ^à Tautre. Conduite dont le monde même le plus profane s'édifie, bien Min d'en être blessé. Mais(!(ué le monde l'approuve ou ne Tapprôuve pas , une épouse de Jésus-Christ ne peçse qu'a plaire à l'époux céleste, pour qui elle a fait un divôrôe éternel au monde.
Achevons, et disons que, par un dernier trait de ressemblance avec IroH Sauveur ressuscité , quoiqu'elle soit encore sur la terre, toutes ses vues ne sont plus que pour le ciel; que toute sa conversation est dans lé ciel, et qu'elle a un droit particulier de s'appliquer ces paroles de PApôtré : rfostra autem cônversatio in cœtis est ( PW/ip., 3). Il est vrai, depuis sa résurrection et avant le tribmphe de son'ascensiôn gloi ieuse, le Fils de Dieu éioit encore présent parmi les hommes : ms^is où éle- Voit -il ses pensées? mais où portoit-ii ses désirs? mais où habiioit son içsprit? Dbns ce royaume qui lui éioit acquis cooiime son héiitage, qui foi étoit dû comme sa récompense, et où il aspiroit sans cesse, comme >u séjour* éternel de son repoé. Or qui l'imite en cela plus parfeiteâient quel'ame religfeuse ? qui de tout le monde chrétien observe plus ' éxsctemeut et plus à la lettre çétie grande leçon que faisoit saint Paul aux premiers fidèles, et qu'il nous fait à nous-mêmes : Si consuf' rexiitis cum Christo , qûœ sursîim sunt quœrlte, utn Christus ^t in Hexterâ Bel sedens {Coloss.y 3) : Si vous êtes ressuscité avec Jésus- Christ, cherchez les solides et les vrais biens; fnais n'espérez pas les ' trbuverailleursqu avec Jésus-'Chiist, et que danscêtle saintedemeure où JéiiUs-ICbrîst est assis £ la Broite de Dieu; Quœ sursiilfn st(/tt sapite^ nonmiçe iuper terram: Goûtçz, non plus les choses de b terre , qai s6m an-dessous de vbds, etquj par conséquent ne ypusi rencjroiit jamais heureu:^ ; mais goûtez les choses du tîél , et ne goûtez que
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les choses du ciel, qui, vous élevant au-dessns d€ vous-roAmes, tous élèveront à la source du parlait honheur. Telle sera, ma chère Sœur, TuniquS occupation de voire vie, et delà vous comprenez encore mieux que luoi ceque vous devez aux miséricordes infinies de votre Dieu* qui vous appelle à une si.éminente perft clion.
Car voilà, digne épouse de Jésus-Christ, ce qui doit être aujnur* d*hui le sujet de votre reconnoissance; et je m'assure que dans cette cérémonie religieuse la reconnoissançe est, de tous les devoirs, celui dont votre aroe est plus vivement touchée. Yoila ce qui doit vous iaire dire avec le Prophète royal : Quid retribiiam Domino pro omnt'* bus quœ retribuit mïhi {Psalm, 115)? Que rendrai-je au S^eigneur pour tout ce qu'il m*à donné, ot pour toutes le§ grâces dont il m*a comblée? mais que lui rendrai-je en particulier pour la protection visible dont il m'a favorisée etqu*ii a fait éclater sur moi, pour les soins pa« ternels qu'il a pris de moi , pour les miracles de providence qu'il a opérés en moi? Que lui rendrai-je pour les ressources qu'il m'a fait trouver au milieu de mes malheurs , pour Tasile qu'il m'a préparé dans son sanctuaire et dans sa sainte maison, pour le bonheur inesti<ï mable que je vais avoir de vivre avec ses épouses^ et d'être du nom« bre de ses épouser? que lui rendrai-je pour tout cela? Quii retri^ buam (Ibid.)? Je lui offrirai mes vœux en présence de tout son peuple i Votamea Domino reddam in conspectu omnispopuli ejus; et c'est par^. là que je m'ac^quitterai de ce que je liii dois; par-là que je lui rendrai amour pour amour, sacrifice pour sacrifice; par-là , tout indigne que je suis , et tout Dieu qu'il est , que j'aui^ai l'avantage d'avoir tait poun lui, autant qu'il m'est possible, ce qu'il a faix pour moi; de n'avoir, rien épargné fOur lui, comme il li'a rien épargné pour moi; d'être b victime de sa gloire , comme il a été la victime de mon salut. Car c'est ainsi que vous m'avez prévenue , Seigneur, de vos plus abondant^ bénédictions. Vous avez rompu les liens qui m'attachoient au monde f et qui m'attachoient à moi-même , Dirvpisii vincula mea (Ibid.); et voilà pourquoi je vous présenterai un sacrifice de louange et d^actions de grâces , Tibi sacrïficabo hostiam tandis (Ibid.) ; voilà pourquoi , à la iace (lu ciel et de la terre , témoins de la disposition intérieiire et àes sentiments de mon cœur, je vais , au pied de.cet autel et au milieu de cette bienheureuse Jérusalem qui est votre Église, mç dévouer à vous pour jamais : Vota mea Domino reddam in atriis domûs Domini^ in medio fut , Jérusalem (Ibid.)*
Ainsi , dis-je , ma clièrq Sœur, devez-vous parler ; mais l'esprit de Dieu, dont vous êtes remplie, vous en inspirera plus dans un moment que je n'en puis exprimer par toutes mes paroles. Vous le saves, et vous voulez que je le publie ici hautement : vous êtes la fille de la Providence; et qui jamais dut être plus convaincu que vous qu'il y a un Dieu dans le ciel., protecteur des âmes affligées? Ce Dieu qui donne la mort et qui rend la vie, qui perd et qui sauve, qui précipite dans