DE L'AM£ R£UGI£US£ AV£C DIEU
Quand elle dit d'abord que ce céleste époux est à elle , c'est pour nous donner à entendre comment il a fait en sa faveur les premières avan-» ces 9 comment il l'a recherchée, et de quelles grâces il Fa prévenue; et quand elle ajoute qu'elle est à lui , c'est pour nous marquer avec quelle fidélité elle s'est rendue attentive à sa voix , elle a répondu à ses favorables poursuites, et suivi Tinspiration divine qui Tattiroit : Dilec^ tus meus mhi, et ego ti/t. L'un et l'autre étoit nécessaire. Si Dieu ne l'eût point appelée, si elle n'eût point été éclairée d'une lumière céleste, et que la grâce ne lui eût point &it sentir ses saintes impressions , jamais elle n'eût conçu le dessein de renoncer au monde et de se dévouer à Dieu : ou si, fermant les yeux à la lumière qui Féclairoit, et réprimant dans son cœur les mouvements que la grâce y avoit excités , elle eût été insensible à la vocation du ciel. Dieu , malgré elle , ne l'eût, point engagée, et tout^ les vues de sa miséricorde sur et\e seroîent demeurées sans effet, fiais lattrait de J^ d'une part . et de l'aatre la correspondance de l'ame; Dieu qui inVf, et l'ame qui consent ; Dieu qui s'offre , et l'ame qui accepte en se donnant elle-même : voilà, ma très chère Sœur, ce qui fornae cette belle alliance dont j'ai à voQs entretenir, et en conséquence de laquelle vous pourrez dire éternellement : Dilectus meus mihi , et ego t/ti. Alliance la plus pure , puisque c'est avec Dieu que vous l'alfez contracter, et que sa grâce en doit être lesacrénœud; alliance la plus inviolable , puisque vous {'allez jurer à la facedesautels, et par une profession solennelle; alliance la plus glorieuse, puisquelle ne vous donnera pas seulement la qualité de servante du Seigneur, mais d*épouse du Seigneur, et par-là enfin al iance pour
«us la plusavantageuse, puisqu'elle vous mettra en possession de toutes \ richesses de Dieu^ et en possession deDieu méme.Or pour vous profkser en trois mots, chrétiens auditeurs, le dessein de ce discours, trois choses , selon saint Augustin , forment une alliance : le choix , l'engagement et la société. Le choix en est comme le principe; rengagement en est comme l'essence , et la société en est le fruit. Choix mutuel, enjgagement réciproque, société commune. Que fait donc de sa panrt une jeune personne en embrassant la profession religieuse? c'est ce que. j'ai à vous ^représenter dans les trois parties de cet entretien , et ce qui fera tout le sujet de votre attention. Elle choisit Dieu, elle s'engage à Dieu , elle acquiert , pour ainsi dire , un droit spécial sur tous les trésors de Dieu et sur Dieu même. Voilà , ma très chère Sœur, les avantages inestimables du saint état auquel vous vous dévouez; mais voHà en niémé temps tout le fonds des devoirs indispensables et des obligations qu'il vous in^posera. Vous les remplirez, ces obligations; et ces avantages aussi , vous les goûterez. Sainte mère de Dieu , c'est soos vos auspices que cette vierge fidèle se consacre à votre Fils adorable , et c*est par votre intercession que j*obtiendrai les lumières qui me sont présentement nécessaires ; je les demande, en vous disant : Ae Maria,
978 SUR LALUANCE
PREMIÈftK PAftTn5«
C'est par le choix qu'une alliance doit commencer» et par le même choix qu'elle doit être conclue, pour être non seulement heureuse ', mais légitime : car, comme disoit i»aint Jérôme, une alliance sans choix ne doit plus être proprement appelée alliance, mais dégénère dan$ une espèce de servitude. En effet , le sort et le hasard peuvent bien décider sar toute autre chose de la destinée des hommci^; la force et la nécessité peuvent bien leur imposer un joug; rintérét et la crainte peuvent bien les déterminer à un parti : mais il n*y a que le choix, et le choix de préférence, qui puisse faire cette liaison volontaire et libre que nous entendons par le nom d*alliance. Or si cela est vrai des alliances purement naturelles, beaucoup plus Test-it, dans Tordre de la grâce, des alliances spirituelles, surtout de celle dont j'ai à parler, et que Dieu fait avec Lame religieuse, ^ que l'ame religieuse fait avec Dieu : car voilà, ^j^thers auditeurs, la première prérogative que je découvre dans la profession religieuse , et voilà Tidée que je m'en forme d'abord. Qu'est-ce que la profession religieuse? c'est le choix le plus singulier que Dieu puisse foire de la créature, et le choix le plus authentique que la créature puisse faire de Dieu. Je m'explique. Dieu donne à l'ame chi éiienne une grâce de vocation par oii il lui parle intérieurement, et lui persuade de se consacrer à lui. Cette vocation est le discernement et le choix qu'il fait de sa personne; et en vertu de cette vocation , l'ame chrétienne se consacre à Dî( u par la solennité du vœu : or ce vœu n'est rien autre chose que le choix qu!elle fait de son Dieu préférablement ou plutôt privativement à fout ce qui n'est pas Dieu. Prenez garde, s'il vous plaît : Dieu Tappelle à f^ religion; et par cette grâce dont la. douceur ne dirinnue point Veî!^ cace et la vertu, il la st^pare du monde, il Félève au-dessus du monde, il ne veut plus qu'elle soit pour le monde, ni que le monde soit pour elle; il^e la réserve uniquement, et entre une infinité de vierges à qui il pouvoit faire le même honneur, il se'plaît à la distinguer. Il laisse les autres , sM m'est permis de m*exprimer ainsi , dans la masse commune d'une vie sensuelle et mondaine ; et il en tire celle-ci pour en faire une prédestinée parmi les prédesiinés mêmes ; c'est-à-dire , pour rélever au plus haut rang de ses élus. Car c*est en cette qualité qu'il Tinviie dans ce sacré cantique , et qu'il lui adr esse ces divines paroles , où le Saint-Esprit semble avoir eu dessein de nous marquer tout le mysiè' e de la vocation religieuse : Veni in hortum meum, soror mea sponsa {Cant., 5) : Venez, vous que j*ai spécialement choisie, venez dans ce jardin planté au milieu de mon Église , d ms ce jardin fermé, et inaccessible à tout autre qu'aux vierges qui me sont dévouées. Or il est évident , reprend saint Âmbroîse, que ce jardin fermé e&t la religion. C'est là que Dieu retire les âmes qu'il a honorées de son choit , là qu'il se les attache du nœud le plus intime et le plus étroit , là qu'il
DE I;AHE IU4JG1ËUSE AVEC DIEU. 379
vent être ioviolableiqem à elles, et qu'elles soient Joviolablenient à hii : Yeni in hortum riieum , $oror mea sponsa. Et de sa part que fait rame, quand elle suit le mouvement de cette vocation? Elle agrée les siûo tes poursuites de son Dieu, elle y consent; elle se fait non seulement un plaisir et une gloire, mais un devoir et une loi d*y répondre. Comme Jésus-Chriiït Ta choisie entré mille, elle choisit, entre mille, Jésus- Christ; et pour s*attacher à lui seul, elle fait un divorce entier avec le monde.
Oui , ma chère Soeur, c'est ainsi que Jésus-Christ votre Dieu vous a prévenue, vous a recherchée, vous a attirée par sa grâce; et c'est en conséquence du choix qu'il a fait de vous, et par ceite même grâce, que vous avez écouté sa voix, et que vous l'avez suivie. II a fallu que ce Dieu de miséricorde Ht les premières démarches ; mais dans toutes ces démarches et toutes ces avances il ne croit pas en avoir trop fait, puisqu'il trouve en vous une (Uic^osition si conforme à ses vœux : car la profession que vous allez Iwe est le retour qu'il se prometioit de votre fidélité, c'est-à-dire un retour de préférence , et , pour me servir toujours du même terme, un retour de chuixpar où vous secondez le sien. Un (effet, ce ne sont point les homniies qui ont négocié pour vous cette alliance divine; ce n'est ni la chair, ni le sang; leurs maximes ne vont point jusque là. Vous seule en avez pris le dessan, vous seule en avez traité avec Dieu, vous Ibeuie , animée de son esprit, en avez fait votre ouvrage. Connue vous ne pouviez l'entreprendre ni le conimencer sans lui ; aussi, tout Dieu qu'il est, il ne pouvait le conclure sans vous, dès qu'il voulgit que ce lût un choix pleinement volontaire et libre. Je dis p'US : car dans ce choix, ma chère Scëur, ce qui me paroit spécialement, avantageux pour voiis, c'est qu'en cherchant Jésus-Christ , vousn^avez cherché que Jésus-Christ même. On cherche, souvent d^ns les alliances du siècle un intérêt tout humain; mais ce n'est ni un rang, ni un établissement, ni une fortune temporelle que vous vous proposez , puisqu'au contraire vous quittez tout cela, et que pouvant posséder les biens du.moode, goûter les plaisirs du monde, recevoir les honneuis du monde, vous embrassez la pauvreté de Jésus-Christ , l'humilité de Jésus-Christ , la mortification dé Jt sus Christ.
Choix si excellent et si parfait, qnel'ame religieuse a droit pour cela de'quitter père et mère , de rompre en quelque manière les liens les plus sacrés de la nature , d'abandonner ceux de qui elle tient la vie, de s'émanciper de leur dépendance et de leur conduite ; et cela, non seulement sans rien faire contre la piété, mais par ract|M||^ii^ le plus héroïque de laplus pùreel de lapins insigne piété. Elle H^|lat, dis-je, et, autorisée delà loi de Dieu, elfe use en effet decepouvoir.Car,selon ^a remarque de saint Bonaventure, c'est à l'état religieux que nous pouvons appliquer ces paroles du Fils de Dieu : Proper /loc, relinquel homo patrem ^î malrem ( Mâqlc. , 10) : t^onr cela , it sera permis
SHO SUK L'ALLIANCE
de se séparer de son père et de sa mère, quelque sacres d'ailleurs que soient les nœuds qui nous y unislsent. En est-il de même des vierges qui vivent dans ie mondée Noii, continue le même saiut docteur : parceque, toutes vierges qu'elles sont, elles n'ont pas encore cboisi Jésus-Christ d'une manière qui les autorise à se retirer de la maison paternelle. D'où il s'ensuit que , quelque profession qu'elles fassent d'une inviolable virginité, il n'y a point encore de parfaite alliance entre Jésus-Christ et elles : c'est aux vœux de la religion que cet avantage est attaché. Mais admirez, Chrétiens, ce qu'ajoute saint Bernard, et ce qui mérite une attention particulière. Parceque l'alliance d'une ame avec Jésus-Christ devoit être quelque chose de plus grand que toutes les alliances de la terre, Dieu, dit ce Père, a établi une loi proportionnée à la grandeur et à la dignité de cette alliance; et quelle est cette loi? la voici. Pour un époux de la terre on -est dans l'obligation de quitter père et mère; mais Di^ a ordonné que pour l'époux céleste, qui est Jésus-Christ, on se quitteroit soi-même. Car il étoit bien juste, poursuit saint Bernard, que pour un époux qui est Dieu, on quittât plus que pour celui qui n'a rien au-dessus de l'homme. Mais que pouvoît-on faire de plus que (|e quitter père et mère? Ah ! Chrétiens, encore une fois, on pouvoit se quitter soi-même. Or c'est ce qui se pratique, mais héroïquement , dans la profession religieuse : car c'est bien se quitter soi-niême, que de quitter sa liberté. Propter hocy relinquet homo pairem et matrem; voilà ce qui re^jarde les ^poux de la terre. Mais voici ce qui est propre des épouses de Jésus- Christ : Si quis vultpost me ventre, abneget semetipsum (Mâtth., 16) : Que celui qui veut venir après moi se renonce soi-même, se détache et se dépouille de soi-même ; et c'est cette loi , ma chère Sœur , que vous êtes sur le point d'accomplir : loi que je vous propose, comme le principe sur lequel doit désormais rouler toute la conduite de votre vie ; loi que vous devez vous appliquer par de fréquentes réflexions, et qui seule est capable de vous maintenir dans toutes les dispositions de piété et dé ferveur que votre vocation demande. Je suis à mon Dieu, car c'est ainsi. que vous devez raisonner avec vous-même ; je suis à mon Dieu, et je l'ai choisi : il faut dont que je vive désormais comme étant à lui; il faut que toutes mes actions portent et soutiennent ce caractère de consécration ; il faut cpie je parle , que j'agisse, que je traite avec les hommes comme une ame dévouée à Dieu, et que dans tout ce qui paroitra de moi, on puisse reconnoitre ce que je suis et à qui j^^^uis. J'ai choisi mon Dieu ; et en le choisissant, j[ai vu tout ce qu'il^drallcoûteroit. Rien donc désormais ne doit m'étre difficile pour hii{ câàr je l'ai choisi par amour, et l'amour rend tout , non seulement possible, mais facile, mais agréable. C'est ce que fait tous les jours entre des mondains un amour profane : Tamour de mon Dieu est-iil moins puissant pour me faire tout entreprendre, tout exécuter, tout supporter? J'ai choisi mon Dieu, et je l'ai choisi uniquement :
DE LAUE RELlGIEt'SË AVEC DIEU. 381
que seroit*ce si, non contente de Dien, je voqIws reprendre certaiw restes dn monde ; si, comme les Jnifs dans le désert toarnoient le» yeaK vers l'Ëj^ypte, je portois encore quelquefois mes regards vers le monde; si pour m'ailoucir lejoag, et pour me remettre des faiiga^s et des ennuis de mon ëiat, j'appelois à mon secours le monde? J'ai choî<.i mon Dieu : et i>ourquoi ? atin de l'honorer d'un culte particulier, et de ne plus vivre que poor lui. Quels reproches donc n'uuroit-it pas à me Fuire et ne devroi's-je pas me faire moi-même, si je dégéuérois de la sainteté de ma profession ; si , me bornant à une vertu commuoe, je néglîgeois le soin de mon avancement etde ma profession ; si je n'avois de l'étal relicîeux que l'habit et que le nom? Etqu'éioitil besoin pour cela de sacrifier toutes les prétentions du siècle et tous les avantages qu'il meprésentoitîqu'étoit-il besoin de m'éloignerde mes proches, et de sortir d'une famille où je trouvois, avec l'opulence, avec la splendeur et l'éclat, de la probité et de la religion? qu*étoit-iI besoin de passpr par tant d'épreuves, et d'embrasser une vie si sajnte en elle-même ? Que dis-je ! et n'eùt-il pas mieux valu m'en tenir h ce quej'élois, que d'être ce que je suis? car être ce que je suis, c'est éire à Dieu et n'y être pas. Or cette contradiction, n'esi-ce pas ce qui doit faire ma Condamnation devant Dieu, et ma confusion devant les hommes? C'est, ma chère Soeur, ce qui fera l'u épouses infidèles qui ne savent pas soutenir le chc Dieu : mais je puis me promettre que vous le si son é;endue, aus&i bien que l'engagement qiû j j'ai à vous parler dans la seconde partie. i
DltUSIÈHB PARTIE. I
H n'y a proprement que Dien avec qui il soit geux de s'engager ; et c'est une des dioses en réiredeDieusetaitçonnoiireetse distingue. Il de$ hommes. La grande règle de prudence, en traitant avec les hummes, est de s'engager le moins qu'il est possible , et on dispute poor cela comme pour le plus important de tous les iatéréts : pourquoi? parcequ'en s'engageSnt M4li-. M> hoofmes, on perd sa liberté, on com' mence d'être moin^i^soi-niiâm^OH entre dans un étatdedépendunce, et de dépendance de la créature, qui ne peut être qu'humiliant et onë reux: au lieu qu'à l'égard depieu,legraiid avantage est des'engager le plus qu'on peut, parceqn'à: proportion que l'on &' engage à Dieu, os se trouve plus attaché à sou souverain bien. Cet eugagetnent, loin de préjudicier à la liberté, perfectionne la liberté, puisque la véritable liberté de la créature est d'être daos la dépendance et sous la domination de Dieu; et que jamais elle n'est plus à eile-méuie, qus quand elle est parfa)temeat;^t invialablement à Dieu. Or c'est dans cetengageînent que vous çntrez, vous. Chrétiens, par la prof^ssiou du baptême ; et vou$, ma cb^re 3oear , par la profes^pn r^igiçuse. Eu-
îteâ SUR L'ALUANCE
gement ptfor lequel on peut frè^ biea voiîs appliquer ce qiié disoU Fesprit de Dieu parla bouche da r6i-prop&éle , fornlant et iastruisaDt nneame juste : AuA, /î/ta, et vide, et inclina autetn tuam ( Ptalm. H) : Écoutez, ma fille, mais ëcoatezaltenlivemeiit ce que je vais voiis taàre entendre ; sppliqnez-y toutes les puissances de foire ame ; gravez-Fe dans le fond de votre cœur ; ayez soin de le toédîter tous le» jours de votre vie, et ne l'oubliez' jamais. Par l'action que vous allez faire, vous vous engagez .avec Dieu; mais d'une espèce d'eDgagemenf assez peo connu , du moins daas toute son ëleadiie , et dcint je puîs' àiîeaprës Jésus>Cbrisl : Pion omna capiunt verbum iatud (StATT-, J9). Or c'est pour cela même qile je dois vous ett itistruii'e ptùs exactement, et qu'ajoutant à vos lumières Celles d'une solide théologie, je vous dis en un mot , ma chère Sœur , que l'engagemeot de la profession retîgiease est le plus grand dont ane créature soit capable. Età ♦oici Ifâ raisons : parceque c'est un engagement saCré, parceqae c'est, un engagement solennel , parceque cVst un engagement irrévocable et qui ne doit jamais finir. Autant de paroles, autaut de vérités essenlietlfspour voaseï pour moi : comprenez-les.
Cesi un engagement sacré qnc celui de la profession religieuse ;
Voilà sa première' qualité; et la preuve en est bieii évidente : parceque
eo. Or le vœu dans sa substance eslquelque
éme de droit dii in. 11 a été tel dans tous les
i comme dans la loi nouvelle, parcequ'i! est
rensuit-il de là? ahf mes chères Sœurs, que
es les âmes sincèrement touchées deleurâ dé'
rliculier? Car je conclus qne noire engage-
ionc d'un ordre supérieur à tous les enga*
cooséqùenr qu'il ne peut élre Violé que par
trente et au-dessus de tons lesantrescrimes.
iecorrclos qu'en ceqiii tou'^he l'Observance' des cboses que fionsavoios
vouée», nous neponvon^plusdësormaisconnhetlre d'infidélité envers
Msus-Cbrist, qur ne tienne de la nature dtt sacrilège : pourquoi? fat~
ceqn'ea conséquence du vœu, nous sot^m^s spét^alement consacrés it
Jés*) 3- Christ. Cette conséquence est terrible, et me doonerolt lieo, ce
sèifible, de dire ittOBies celtes qnï Ont lljiinilènrd» porter Cecsractëre
<fe COdsécration,ce que leur disuit saint Àugn^in: Nvne verdquia lé-
nelur apud Deam ipomio tua, non te ad magtiam justitiam iticito, «rf
k magnà iniqmiaie deierreo ( Avgcst. ) : Ame Sdèle, souvenez-vonsque
TOUS n'êtes plus à vous-même, et que quandje vous parle d'ar?complir
les promesses que vous avez fiaitesàvotie Dieu, ce n'est pas taat polir
Vous inviter à une haute sainleië, que pour vous préserver d'Une
ifireuse iniquité. Mais d'ailleurs, ajoute le même Pèi-e ,' celte pensée
est infiniment capable de vous animer et de vous fortifier. Car le
comble de votre joie doitétre de s'avon* pins une pernicreose liberté
de faire le mal ; el l'avantage d* votre professiott est de ne pouvoir
D£ L'AMË REUGIÉU^E AV£C DlËli. S$5
être plus unie à Dieu que vous Têtes : or c'est ce que rengagement des vœux vous procure. D'où vient que saint Augustin conclnoit : Nfc ideo te vovisse pœniteat : imo gaudejam tiln non iicerCy quod cunt detrimento tuo licuisset. ( August. )
Je dis plus : l'engagement de la religion est un engagement solennel, et c*en est la seconde prérogative. Car il n'est appelé profession, que pancequ'il est célébré à la face des autels et devant les ministres de l'Église, suivant lé modèle que Dieu en proposoit autrefois aux parfaits chrétiens dans la personne des Israélites , dont l'Écriture notià dit qu'à mesure qu'ils èntroient dans la terre promise, ils alloient tous se prosterner aux pieds dû grand-prêtre, et ^isolent entre ses mains cette profession publique t Profiteor ho£è coram Domino Deo tuo , quddihgressus sum in terrampro quâjurtwit patrtbus noslris, utdaret eam nolns{Deut., 26):Oui,jepTOtesteqnec'estaujoard'hui que je suis entré dans cette terre de bénédiction, ou le Seigneur m*a appelé. Voilà ce que fait l'ame religieuse dans la solennité de ses vœux , puisque c'est alors qu'elle entre dans une terre abondante en vertus et en sainteté, et qu'elle n'y entre qu'après en avoir fait la protestation à celui qui. lui représente Jésus-Gbrist, lesouveratn prêtre. Et ne croyez pas, mes chers auditeurs , que cette solennité soit une pure cérémonie. Quand David disoit : Vota mea Domino reddam in conspectu omnîs populi ejuSf in airîis domûsDoniini^ in média tut, Jerusaiem (#%. fft) : J'offrirai mes \œux au Seigneur ; mais je les offrirai en présence de tout son peuple, daàs l'enceinte de son temple, au milieu de Jérusalem ; il prétendoit faire quelque chose de plus grand que s'il les eûft seulement formés dans le secret de son cœur. Et en effet , «m vœu solennel est bien différent d*nn \œUt particulier et secret : carl'ÉfKse accepte r^m, et elle n'accepte pas Tautre; elle ratifie l'un, et elle ne ratifie pas l'autre; elles'obligéelte-même dans l'un, et elle ne s'oblige pas dans l'autre : circonstances bien remarquables en matière de vœu. Quoi qu'il en soit, il ^aroit bien par cette solennité que la profession religieuse est une véritable alliance de l'ajfne chrétienneavec Jésus-Christ. D'où vient que saint Ambroise; instruisant une vierge qui avoit pris le voile sacré, lui disoit ces belles paroles : Sacro vehi-^ mine tecta es, uti omnis populus dotent tuamiubscribens, nonatramento^ »ed gpiritu, clamavit : Amen (Ambr.) : Vous vous êtes engagée à Jésus- Christ, et tout le peuple qui étoit présent a signé votre contrat , non pas avec une encre matérielle , mais de Tesprit et du cœur, en y ré« pondant : Ainsi soit-^l. Or c'é^t, mes chères Sœurs, ce qui s est fait à votre égard , et dont nous devons éternellement conserver le souvenir. Car si nous étions asseï infidèles pour oublièrent engagement, tout ce qu'il y a eu de témoins de notre profession s'élèveroient contré nous et rçndroien| témoignage au Sauveur du monde , de la foi que nous lui avoHS jurée.
Mais quéHe foj? c'est ict la troisième qualité As Keogagement telU
384 SUR L'ALIjANGE
gieax : une foi dont le lien est indissoloble » et plus indissoluble même que l'engagement des époux du siècle. Car TeDgagement des ^poux du siècle cède quelquefois à la profession religieuse. Ainsi les •conciles le dëcIarent-ilSy et ainsi l'avons-nous reçu par tradition apostolique; d'où il s'ensuit que le vœu de la religion est donc un engagement plus irrévocable encore et plus indispensable que celui du grand sacrement établi par Jésus-Christ dans son Église : SacramerUum magnum in Ecclesiâ.(Ephes.^ S). L'engagement des époux du siècle est naturellement sujet à se dissoudre par la mort; au lieu que la profession religieuse est un engagement éternel, qui ne doit jamais finir. Tandis que Dieu sera Dieu, tandis que Jésus-Christ régnera» vous serez à lui. Si c'étoit tout autre que Dieu et tout autre que Jé.>us-Chri8t , celte parole devroit vous foire trembler. Car avec tout autre que Dieu » vous pourriez craindre de fâcheuses humeurs à essuyer , des imperfections à supporter, des ennuis à dévorer. Mais plus on est à Dieu et avec Dieu , plus on le goûte, et plus on trouve en lui de consolations. Il est vrai que c'est un grand pas à faire que celui d'un engagement éternel ; mais, encore une fois, avec Dieu, plus l'engagement est grand, plus il ^t aimable. Si cet engagement pouvoit finir , il ne feroit plus notre parfait bonheur ; sa félicité consiste surtout dans son éternité: de sorte que, par iin merveilleux effet de la grâce, ce qui^it^Je joug et la servitude des alliances du siècle fait le précieux ;a^vanfage de la nôtre, parceque nous sommes liés à Dieu, avec qui l'on est toujours bien, et de qui l'on est toujours content , dès qu on s'y donne et qu'on le cherche de bonne foi. Ce n'est donc pdint du côté de jDieu qae nous devons trembler. Ce qu'il y a à craindre pour nous est dans nous-mêmes et vient 4e nous-mêmes. Ce sont nos légèjretés et nos variations , c'est notre inconstance. En effet , quelque ferveur et quelque disposition présente qui paroisse en nous, nous gommes fragiles, et sujets au changement. Nous nous engageons pour toujours :^ mais notre volonté a ses vicissitudes et ses retours; et la difficulté est, avec une vo|onté.si changeante, de soutenir un engagement qui ne doit point changer. De la part de Dieu, il n'en est pas ainsi : son engagen^ent et sa volonté sont également immuables. Au moment qu'il a parlé et qu il apfomis, il est incapable de révoquer sa parole, parceque c'est un Dieu souverainement vrai et souverainement fidèle: Jwavit JQominuSy et non pœnHebit eum {Psalm. ^09)., Mais pour nous, qui n'agissons que par les mouvements d'une liberté volage,. et à qui le repentir esi aussi naturel que le choix, nous énsommes réduits à une condition bien différente, vivant toujours dânsl'obligatjon de garder notre foi, et dans le danger delà violer. Voilà cequi doit exciter, âmes religieuses^ toute notre vigilance ; voilà ce qui nous doit niaîntenirdans une sainte défiance de nous*môm)es, et par conséquent dans une attention continuelle sur nôus-mémès. Car. quel désordre seroit-ce, et quelle indignité , dç $e déo^entir après des paroles si au*
DE VàME RELIGIEUSE AVEC DIEU. !»5
tbattique^iftl ai fiolennelies ; de se lasser d'être à Dîea, lorsqu'il ne se lasse point d'être i nous ; de n'y vouloir être qu'à demi, lorsqu'il vent être pleinement à nous ; de nous dégoûter de lui malgré ses infinies perfections, quand, tout imparfaits que nous sommes, il ne se dégoûte point de nous, et qu'il fait même ses dâiœs de demeurer avec nous ? C'est par une persévérance inébranlable que nous nous préserverons, mes chères Sœurs, d'une infidélité que Dieu nous reprocheroit éier» nellement. Persévérance qui fut toujours le caractère des élus : persévérance non point seulement dans l'habit, mais dans l'esprit de la religion ; non point seulement dans la dêture et la retraite, mais dans l'eiLacte observation de nos devoirs ; non point seulement dans l'exercice extérieur des pratiques de notre état, mais dans une régularité solide et intérieure. Voilà comment , après avoir choisi Dieu , après nous être engagés à Dieu, nous entrerons avec Dieu dans une sainte communication, et dans une espèce de société d'intérêt et de biens. Vous l'allez voir dans la troisième partie.
TROISIÈUX PARTIE.
C'est l'effet propre d'une véritable et parfaite alliance , d'établir entre les personnes qu'elle unit ensemble, une société mutuelle etune pltine communication de biens : et puisque de toutes les alliances , la plus parfisiite , ma très chère Sœur, est celle que vous contractez avec Dieu par la profession religieuse, il faut conclure qu'en vertu di) sacrifice que vous allez lui faire de tous les biens qui pourroient vous appartenir dans le monde, et surtout en vertu du sacrifice que vous allez lui fidre de vous-même, vous aurez désormais, par le plus juste retour, d'incontestables et de légitimes prétentions sur tous les trésors du ciel, et , si je puis m'exprimer de la sorte, sur tous les biens de Dieu. Mais quels sont ces biens de Dieu dont une ame religieuse , en conséquence de sa profession, est si heureusement et si abondamment pourvue? Ah ! répond saint Augustin , ne les cherchons point hors de Dieu, ou plutôt ne les distinguons point de Dieu : c'est Dieu même. Et ce saint docteur avoit bien raison de le dire ainsi ; car Dieu n'a point de plus grand bien que lui-même ; il est son souverain bien, et, par une suite nécessaire, il est le souverain bien de toutes les créatures : tellement qu'entrer en société de biens avec Dieu, ce n'est rien autre choie qu'entrer en possession même de Dieu. Or tel est en général le bonheur d'une ame qui se consacre à Dieu dans le christianisme, et tel est plus avantageusement encore et en particulier le bonheur d'une ame qui , faisant un divorce entier avec le monde , se dévoue à Dieu dans la religion. Quand David parloit à Dieu, et qu'il s'entretenoit avec lin dans l'intérieur de son ame, il ne lui disoit pas. Je sais que vous êtes le Dieu du ciel et de la terre, le Dieu de toute la nature ; mais. Je sais que vous êtes mon Dieu : Dixi Domino , Deus meus es tu {Psalm. i5). Mais, demande saint Augustin, pourquoi B. 4. 23
$78 SUR LALUiMCË
I^HKHIÈRK PARTIS.
C'est par le choix qu'une alliance doit commencer, et par le même choix qu'elle doit être conclue, pdur être Don seulement heureuse^ mais légitime : car, comme disoit .saint Jérôme, une alliance sans choix ne doit plus être proprement appelée allianciB, mais dégénère dans une espèce de servitude. En effet , le sort et le hasard peuvent bien décider sur toute autre chose de la destinée des hommes; la force et la nécessité peuvent bien leur imposer un joug; l'intérêt et la crainte peuvent bien les déterminer à un parti : mais il n'y a que le choix, et le choix de préférence, qui puisse faire cette liaison volontaire et librie que nous entendons par le nom d'alliance. Or si cela est vrai des alliances purement naturelles, beaucoup plus l'est-il, dans Tordre de la grâce, des alliances spirituelles, surtout de celle dont j'ai à parler, et que Dieu fait avec U|^e religieuse, ^ que l'ame religieuse fait avec Dieu : car voilà, i^^chers auditeurs, la piemière prérogative que je découvre dans la profession religieuse , et voilà l'idée que je m'en forme d'abord. Qii'est-ce que la profession religieuse? c'est le choix le plus singulier que Dieu, puisse faire de la créature, et le choix le plus authentique que la créature puisse faire de Dieu. Je m'explique. Dieu donne à l'ame chrétienne une grâce de vocation par où il lui parle intérieurement*, et lui persuade de se consacrer à lui. Cette vocation est le discernement et le choix qu'il fait de sa personne ; et en vertu de cette vocation , l'ame chrétienne se consacre à Dieu par la solennité du vœu : or ce vœu n'est rien autre chose que le choix qu'elle fait de son Dieu préférablement ou plutôt privativement à fout ce qui n'est pas Dieu. Prenez garde, s'il vous plaît : Dieu l'appelle à ^ religion; et par cette grâce dont la. douceur ne dimfnue point Veîl^ cace et la vertu , il la sépare du monde , il l'élève au-dessus du monde, il ne veut plus qu'elle soit pour le monde, ni que le monde soit pour elle; iljse la réserve uniquemeiit, et entre une infinité de vierges à qui il pouvoit faire le même honneur, il se'plaîi à la distinguer. Il laisse les autres , s'il m'est permis de m exprimer ainsi, dans la masse commune d'une vie sensuelle et mondaine ; et il en tire celle-ci poiir en faire une prédestinée parmi les prédestinés mêmes ; c'est-à-dire , pour l'élever au plus haut rang de ses élus. Car c'est en cette qualité qu'il l'invite dans ce sacré cantique , et qu'il lui adresse ces divines paroles , où le Saint-Esprit semble avoir eu dessein de nous marquer tout le mystè' e de la vocation religieuse : Vent in hortum meum, soror mea sponsa {Cant., 5) : Venez, vous que j'ai spécialement choisie , venez dans ce jardin planté au milieu de mon É(jlise, d^ns ce jardin fermé, et inaccessible à tout antre qu'aux vierges qui me sont dévouées. Or il est évident , reprend saint Amb^-oîse, que ce jardin fermé e&t la religion. C'est là que Dieu retire les âmes qu'il a honorées de son choix , là quil se les attache du nœud le plus intmie et le plus étroit , là qu'il
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veut être inviolablenieiu à elles, et qu'elles soient inviolabkment à lui : Yeni m hortum riieum , spror mea sponsa. £t de sa part que fait l'aine, quand elle suit le mouvement de cette vocation? Elle agrée les siân (es poursuites de son Dieu, elle y consent; elle se fait non seulement un plaisir et une gloire, mais un devoir et une loi d*y répondre. Comme Jésus-Christ Ta choisie entré mille, elle choisit, entre mille, Jésus- Christ; et pour s'attacher à lui seul , elle fait un divorce entier avec le monde.
Oui , ma chère Soeur, c*est ainsi que Jésus-Christ votre Dieu vous a prévenue, vous a recherdiée, vous a aitirée par sa grâce ; et c'est en con^quence du choix qu'il a fait de vous, et par cette même grâce, que vous avez écouté sa voix, et que vous l'avez suivie. II a fallu que ce Dieu de miséricorde fit les premières démarches ; mais dans toutes ces démarches et toutes ces avances il ne croit pas en avoir trop fuit, puisqu'il trouve en vous une (^É^osition si conforme i ses vœux : car ia profession que vous allez Iwe est le retour qu'il se promettoit de votre fidélité, c'est-à-dire un retour de préférence, et, pour me servir toujours du même terme, un retour de choix par où vous secondez le sien. En effet, ce ne sont point les homn\es qui ont négodé pour vous cette alliance divine; ce n'est ni la chair, ni le sang; leurs maximes ne vont point jusque là. Yqus seule en avez pris le dessein , vous seule en avez traité avec Dieu , vous hen\e , animée de son esprit, en avez fait votce ouvrage. Comme vous nç pouviez l'entreprendre ni le conimencer sans lui ; aussi, tout Dieu qu'il est, il ne pouvait le conclure sans vous, dès qu'il voulgit que ce lût un choix pleinement volontaire et libre. Je dis p^us : car dans ce choix, ma chère Soelur, ce qui me paroît spécialement, avantageux pour vous, c'est qu'en cherchant Jésus-Christ , vous u*avez cherché que Jésus-Christ même. On cherche souvent d^ns les alliances du siècle un intérêt tout humain ; mais ce n'est ni un rang, ni un établissement, ni une fortune temporelle que vous vous proposez , puisqu'au contraire vous quittez tout cela, et que pouvant posséder les biens du monde, goûter les plaisirs du monde, recevoir les honneuis du monde, vous embrassez la pauvreté de Jésus-CUi ist , i'humilité de Jésus-Chi ist , la mortification de JrsiiisChrist.
Choix si excellent et si parfait, quel'ame religieuse a dr9it pour cela de'quittèr père et mère , de rompre en quelque manière les liens les plus sacrés de la nature , d'abandonner ceux de qui elle tient la vie, de s'émanciper de leur dépendance et de leur conduite ; et cela, non seulement sans rien faire contre la piété, mais par YacXfjm^û^ le plus Kéroïquedelapluspùreel delapliis insigne pieté. Elle SlRut, dis-je, et, autorisée delà loi de Dieu, elbî use en effet decepouvoir.Car,selon Ta remarque de saint Bonaventure, c'est à l'état religieux que nous pouvons appliquer ces paroles du Fils de Dieu : Proper hûc\ relinquel homo patrem çî malrem ( Ma^c. ,10) : l?our cela , ît sera permis