SUR L'ALLIANCE
•de se séparer de son père et de sa mère, quelque sacrés d'ailleurs que soient les nœuds qui nous y unis)sent. En est-il de même des vierges qui vivent dans le mondée Non, continue le même saint docteur : parceque, toutes vierges qu'elles sont, elles n*ont pas encore choisi Je» sus-Christ d'une manière qui les autorise à se retirer de la maison paternelle. D'où il s'ensuit que , quelque profession qu'elles fassent d'une inviolable virginité, il n'y a point encore de parfaite alliance entre Jésus-Christ et elles : c'est aux vœux de la religion que cet avantage est attaché. Mais admirez, Chrétiens, ce qu'ajoute saint Bernard, et ce qui mérite une attention particulière. Parceque l'alliance d'une ame avec Jésus-Christ devoit être quelque chose de plus grand que toutes les alliances de la terre, Dieu , dit ce Père, a établi une loi proportionnée à la grandeur et à la dignité de cette alliance; et quelle est cette loi? la voici. Pour un époux de la terre on -est dans l'obligation de quitter père et mère; mais Die^ a ordonné que pour l'époux céleste, qui est Jésus-Christ, on se quitteroit soi-même. Car il étoit bien juste, poursuit saint Bernard, que pour un époux qui est Dieu, on quittât plus que pour celui qui n'a rien au-dessus de l'homme. Mais que pouvoit-on faire de plus que ^e quitter père et mère? Ah ! Chrétiens, encore une fois, on pouvoit se quitter soi-même. Or c'est ce qui se pratique, mais héroïquement , dans la profession religieuse : car c'est bien se quitter soi-nàême, que de quitter sa liberté. Propter Jwc, reUnquet homo patrem et matrem; voilà ce qui regarde les ^poux de la terre. Mais voici ce qui est propre des épouses de Jésusdhrist : Si quis vuUpost me venire, abneget semetipsum (Matth., 16) : Que celui qui veut venir après moi se renonce soi-même , se détache et se dépouille de soi-même ; et c'est cette loi , ma chère Sœiir , que vous êtes sur le point d'accomplir : loi que je vous propose, comme le principe sur lequel doit désormais rouler toute la conduite de votre vie; loi que vous devez vous appliquer par de fréquentes réflexions, et qui seule est capable de vous maintenir dans toutes les dispositions de piété et dé ferveur que voire vocation demande. Je suis à mon Dieu, car c'est ainsi. que vous devez raisonner avec vous-même ; je suis à mon Dieu, et je l'ai choisi : il faut dont que je vive désormais comme étant à lui; il faut que toutes mes actions portent et soutiennent ce caractère de consécration ; il faut que je parle , que j'agisse, que je traite avec les hommes comme une ame dévouée à Dieu, et que dans tout ce qui paroitra de moi, on puisse reconnoiire ce que je suis et à qui j^uis. J'ai choisi mon Dieu ; et en le choisissant, j|ai vu tout cequ'iKflfSfl^oAteroit. Rien donc désormais ne doit .m*être difficile pour hii| c^r je l'ai choisi pai^ amour, et Tamour rend tout , non seulement possible, mais facile, mais agréable. C'est ce que fait tous les jours entre des mondains un amour profane : l'amour de mon Dieu estnil moins puissant pour me faire tout entreprendre, tout exécuter, tout supporter? J'ai choisi mon Dieu, et je l'ai choisi uniquement :