PRINCE DE GONDÉ , ET PREMIER PRINCE DQ SANG
DixU quoque rex ad servos suos : Num ignoratis quorUam prineeps et maxhnns cecidit hodie in Israël?,,, Plangentgue aclugens, a{( : Nequaqtuim ut mori soient ignavi, mùrluus est.
Le roi lai-méme, touché de douleur, et versant des larmes» dit à ses serviteurs : Iguoreivous que le prince e^t mort , et que dans sa personne nous venons de perdre le plus graixl ■homme d'Israël ?... Il est mort , mais non pas comme les lAchesont coutume de mourir. iSSscond livre des Aoi8,Qbap,xxiJU* --.i .^-^m.?
Monseigneur*,
C'est ainsi que parla David dans le inoment^u'il apprit la funeste mort d'un prince de la maison royale de Judée, qui âvoit commandé avec honneur les armées du peuple de Dieu ; et c'est, par l'application la plus heureuse que je pouvois faire des paroles de FÉcriture, l'éloge presque en méq^es ternies dont notre auguste monarque a honoré le premier^ prince de son sang , dans rextréme et vive douleur que lui causa la nouvelle de sa mort. Après un témoignage aussi illustre et aussi authentique que cehii-là , comment pourrions-nous ignorer la grandeur de la perte que nous avons faite dans la personne de ce prince? Gomment pourrions-nous ne la pas comprendre, après que le p!us grand des rois la ressentie, et qu'il a bien voulu s^en expliquer par des marques si singulières de sa tendresse et de son estime ; pen-
^ Monsieur le Prince.
ORAISON Fl]MÊBRE DE LOUIS DE BOURBON. 41S
dant que toute l'Europe le publie, et que les Dations les plus ennemies du nom françois confessent hautement que celui que la mort vient de nous ravir est le prince et le très grand prince qu'elles ont admira, autant qu'elles l'ont redouté? Gomment ne le saurions-nous pas, et comment l'ignorerions^nous à la vue de cette pompe funèbre» qui» en nous avertissant que ce prince n'est plus » nous rappelle le souvenir de tout oe qu'il a été ; et qui , d'une voix muette , mais bien plus touchante que les plus éloquents discours, semble encore aujourd'hui nous dire : Num ignaratis quoniam princept e^i9uurimu9 ceddit tnltraëlf
Je ne viens donc pas ici, Chrétiens , dans la seule pensée de voua l'apprendre. Je ne viens pas à la face des autels étaler en vain la gloire dece héro^, ni interrompre l'attention que vous devez aux saints mys* tères par un stérile , quoique magnifique récit de ses éclatantes actions. Persuadé, plus que jamais, que la chaire de l'Évangile n*est point fiiite iipur des éloges profiines, je viens m'acquitter d'un devoir plus conforme à mon ministère. Chargé du soin de vous instruire et d'exciter votre piété par la vue même des grandeurs humaines, et du terme fatal où elles aboutissent, je viens satisfaire à oe que vous attendez de moi. Au lieu des prodigieux exploits de guerre , au lieu des victoires et des triomphes, au lieu des éminentes qualités du prince de Condé, je viens , touché tle cho^s encore plM^randes et plus dignes de vos réflexions, vous raconter les misérîÉNrdês qua Dieu lui a faites, les desseins <pi^ Providence a eus* sur lui, 1^ sdins qu'elle a pris de lui, les grdoes dont eUe Ta con^Mé, les maux $Iont elle l'a préservé, les précipices et les abtmés d'où fHeVa^iré^Jes voies de prédestination et de salut par où il hii a plu de le enduire » et l'heureuse fin dont, malgré les puissances de l'enfer,- idlg^^eraiMné sa glorieuse course. Voilà ce que je me suis proposé, et leâ bornes dans lesquelles je me renferme.
Je ne laisserai pas, et j'aurai même besoin pour cela de • vous dire ce que le monde a admiré dans ce prince ; mais je le dirai en orateur chrétien, pour vous foire encore davantage admirer en lui les conseils de Dieu. Animé de cet esprit, et parlant dans la chaire de vérité, je ne craindrai point de vous parler de ses malheurs ; je vous ferai remar* quer les écueils de sa vie , je vous avouerai même , si vous voulez , ses égarements; mais jusque dans ses malheurs vous découvrirez avec moi des trésors de grâces, lUs<iue dans ses égarements vous reconnottrez les dons du ciel, et les vertus dont son ame étoit ornée. Des écueîls mêmes de sa vie, vouç'anpctndrez à.quoi la Providence le des* tinoit, c*est<*à-dire à être pèdr nri^iâéme un vase de miséricorde, et pour les autres un exemple propre Ik cSftfottdre l'impiété. Or tout cela vous instruira et. vous édifi^r^ : il s'agit d^n héros de la terre ; ' car c'est l'idée que tout'l'univêrs a^ue du pritace de CiMé; Mais je veux aujourd'hui m'élever au-deejfis de ette idée , en vous proposant
414 ORAISON rUNÈBRË DE LOUIS DE DOltlAON.
le prince de Condé comme un héros prëdesUné pour le cid; el d«M celle seule parole consiste le précis et l'abr^é du diseOurs qm j'ai k vous faire. Je sais qile d'oser louer ce grand homme » e'e^t pour moi une espèce de témérité» et qoe son éloge est QnMijet infini que je ne remplirai pas : maîa je sais bien aussi que Vous êtes assez équitables pour ne pas exiger de moi que je le remplisse ; et d» consolatioa est que vous me (daagneâ plutôt de la oéce^&é cfk je me sois trouvé dé l'enlnsprendre. Je sais le désavantage que j'aurai de parier de oe grand homme à des auditeurs déjà prévenu^^ sur le sujet de sa per* sonne, d'un sentiment d'admiration et de vénération qui sufpasaerii toujours infimmeMt ce que j'en dirai. Hais dans rimpuissamce. d'^n rien dire qui vous satisfasse, j'en appellerai è ce sentiment général dont vous êtes déjà prévenus; et, profitant de votre disposition, jlraj diercher dans vos cœurs et dans vos esprits ce que je ne trouverai pas dans mes expressions et dans mes pendéea<
Il s'agit, dis^jcf d'un héros prédestiné de Dieli, et v<»çi eogunse jç l'ai conçu : écouteE-en ia preuve ; peotrétre en SQrez-vous^ d'abord persuadés. Un héros à qui Dieu , par la plus singulière de toutes le$ graoes» avoit donné, en le fornmnt, upi cœur *solide » poiur soutenir h poids de sa propre gloire ; un cœi^r droit , pour servir de ressource à ses malheurs, et puisqu*une fois j'ai osé le dûre^ à ses propres égare* BEients ; et enfin un cœur (hrëtietr, pour couremier dans sa personne une vie gloriene par une sainte et précieu«É miart. Trois caractères dont je me siiis senti touché » et auxquels j'ai cru devoir d'im^mt plus m'altacher, que c'est le prince lui-méMTqui m-a donné lieu d'^n^ipe le partages H qui mfen à tracé comme le plan, dans cette dernière lettre qu'il écrivit 4u roi son souverain , en même temps qu'il se préparoit an Jujp^QDMiit de son Dieu, qu'il alloit subir. Vous l'avez vu. Chrétiens, et vous n'avez pas oublié les trois t^»p6.et tes trois états où lui-même s'y représente : son entrée dans le monde, n^arquéepar l'accomplissement de ses devoirs, et par ieâ services qu'il a rendus à la France ; le milieu de sa vie, où il reeonndt avoir tenu une conduite qu'il a lui-même cmtdamnée; et sa fin, consacrée auiSeigneur par las saintes dispositions dans lescfodles il parott qu'il alloii mourir. Car prenez garde, s'il vous platt : ses services et la gloire qu'il avoit ac<> qnise demandoient une cœur aussi solide qùé le sien , pour ne a'en pas enfler ni élever ; ses malheurs et ce qu'il a lui^^même envisagé eomme les écueils de sa vie demandoient^un <»eur aussi droit , pour être le premier à les condamner, et pour avoir tout le zèle qu'il a m de les réparer; et sa mort, pomvélre^issi sainte et aiis^ digne de Dieu qu'elle l'a été, demandoitHB cœur {A^in de foi et véritablement chrétien. • s. ••" *
C'est donc sur les t^iialités de^ion cœur que je londeaUjourd'hui son élogip.^ cœur, dont nous conservons loi le précient dépôt » et qui sertf étern^ltement l'dt^fet de notre reoonmiissance ; ce eœur^ <|ne
ORAiaON FUNÈBRE DB LOUIS &B BOUtOMSlf. 4tô
|a mure avoit fait si grand,, et qui/ sancUfié par la grac<^ de Jésus- Christ, s'est trouvé à la fin ua cœur pariait ; ce ccbur de béno^, qui, après s'être rassasié de la gloire du moade, s'est , par uue bumble pénitence, soumis à l'empire de Dieu „ je veux l'exposer à tos yeux ; je veux vous en faire coonoitre la solidité, la droiture et k piété. Donnez-moi, Seigneur, vous à (}ui seul appartient de sonder tes cœurs , les grâces et les lumières dont j'ai besoin pour traiter ee sujet chrétiennement. Le voici, mes chers auditeurs, renfermé dms ces titiis pensées. Un ccêur dont la solidiié a éié ài'épreuve de toute la gloke et de toute bi grandeur du.monde : c'est ce qui fera le sujet de votre admiration. Un cœur dont la droiture s'est fiiit voir jusque dans les états de la vie les plus malheureux, et qui y paroissoient pkis opposés : cWce qui doit être le sujet de votre instrodion. Un cœur dont la religion et la piété ont éclaté dans le temps de la vie le plus împorunt, et dans le jour du salut qui est principalement celui de k mort; c'est ce que vous pourrez vous appliquer pour en faire le sujet de voire imitation : et ce sont les trois parties Ài devoir funèbre que je vais rendre à la mémoire de très haut, très puissant et très exceUent prince Louis de Bourbon ^ prince de Gcîiidé, et premier prince d« sang.
PREMIÈRtt PAXtlÊ.
De quelque manière que nous jugions des choses , et quelque idée que nous nous JPormions du méiûte des ll^omme^, ne nous flattons pas, Chrétien^ : il est rare dé trouver dans le monde un vrai mérite ; encore plus rare d*y trouver un mérite parfait; et souverainement rare, ou pluiôt rare, jusqu'au prodige, d'y trouver un mérite universel , c'est-à-dire tQus les genres de mérite rassemblés et réunis dans un ménie sujet. Mais c'est pour cela méoie que ee mérite , quand il se trouve , est quelque chose île si difficile à soutenir ; c'est pour cela que la gloire d'un tel mérite est une tentation si délicate et si dange* rcuse , et que de s'en préserver, c'est une espèce de miracle dont il n'y a qu'un héros choisi de Dieu, et forme de la main de Dieu^ qui soit capable. Or voilà quel fut le çaratc^e de celui dont nous pleurons la mort ;;. et c'est , mes cbers auditeurs , le premier trait des miséricordes que Dieu , par son aimable providence , a exercées sur Jui« Je m'explique. '
On voit tous les j^urs dans le monde des hommes avec peu de mérite , aidés du hasard et de la fortune , ne laisser pas de s'acquérir de la gloire et foire de grandes actions , sans en être eux-mêmes plus grands. On voit dans le monde des hommes d'un piérite distingué, mais d'un mérite borné. On y volt des braves , mais dont les. autres quali^s ne répondent pas à la valeur; de grands cspiuines , mais hors de là de petits génies» Oa y voit des esprits élevés , mais en mêoie temps des âmes basses; de bonnes têtes, mais de méchants cœurs.
416 ORAISON FUMÈBRË t>Ë LOUIS DE BOURfiON.
On y voit des sujets dont le mérite, quoique vrai , n^a pas le bonbear de pUire; et qui avec tous les talents dont le del les a pourvus, n'ont pas celui de se faire aimer. On y voit des hommes qui brillent dsms le mouveiknent et dans l'action » mais que le repos obscurcit et anéantit ; que les emplois font valoir, mais qui dans la retraite ne sont plus que Tombre de ce qu'ils ont été.
Oti voit-on l'assemblage de toutes ces choses ; ç'est-à-^Hre oti voiton tout ensemble , et dans le même homme » une gloire éclatante fondée sur un mérite infini; de grandes actions fiiites par dés principes encore plus grands; un courage inrâcible pour la guerre , et une intdtigeuce supérieure et dominamte pour le conseil ; un esprit vaste , pénétrant , sublime , nlgnonmt rien » et né pour décider de tout ; une ame encore plus belle et encore pliis noble; les vèrtas militaires avec leSfrCiviles , l'élévatioii du génie avec la bonté , la vivacité des lumi^es avec les charmes de la doucturf Où voit-on un homme également ai^ mable et redoutable , égalemoit ahné et admiré; un homme , Thonneur de sa natipn, la terreur des ennemis de so.n roi , l'ornement de la cour, l'admiration des savants , l'amour et les délices des honnêtes gens ; un homme aussi grand dans la retraite qu'à la tête des armées , aussi comblé de gloire; réduit à lui-même et se possédant lui-même , que remportant des victoires et donnant d^icombats? oh voit-on, disje , tout cela , et dans un éminent degré?
Vous rayez %n , Chrétiens , et je ne sais si vous le verrez jamais. Des 6\èàê^ ne fiîffisent pas pour en produire un exemple» et notre siècle est é siède heureux où cet exemple a paru. Mais l'idée que j'en donne est trop singulière pour pouvoîr convenir ni être appliquée à nul autre qu'au |>rince incomparable que j'ai prétendu vous marquer; et je ne crains pas que, remplis de cette idée, vous ayez pu vous y méprendre, ni en imajgfiner un autlvque lui. Or conduez de là , encore une fois, quel fonds de solidité il a donc fallu que Dieu lui donnât pour le fortifier contre une telle gloire'; c'est-à-dire non pas con^ tre la vame et la fausse gloire > dont il n'y a que les petits esprits qui soient susceptibles , mais contre la gloâ*e selon le monde la plus véntable, et par conséquent la plus propre à inspirer aux héros mêmes le poison subtil de l'orgueil, et d'une idolâtrie secrète dé leurs personnes. '
Non , Chrétiens , jamais homme sur la terre n'a été , ni dû être plus exposé à cette corruption de l'amour-propre , et k cette enflure de cœur qui naît de la connoissanoede son propre mérite, que le printe dont je fais l'éloge : pourquoi? parceque jamais homme n'a eu dans sa condition un mérite si complet, si généralement reconnu,' si hautement, si justement, si sincèrement applaudi.. Quel bruit ne firent pas dans le monde ses premiers exploits, et par quels prodiges de valeur sa réputation naissante ne <3ommença-t- elle pas à éclater ?
C^mme il étoit né pour la guerre, it ne lui fallut point d^apprentis«
sage poar le former. La supériorité de son génie lui tint lieu d*art et d'expérience, et il commença par où les conquérants les plus fameux auroient tenu à gloire de finir. Dans un âge où à peine confie- t-on aux autres la conduite d'eux-mêmes , il se vit toute la fortune de la France entre les.mains. Nous étions* menacés des derniers malheurs : la fotblesse d'une minorité , une régence tumultueuse , un conseil en buite à l'intrigue et à la cabale , des semences de di?isîon , des grands mé* contents, l'agitation de la cour, répoisement des peuples, foisoient concevoir à l'Espagne des espérances prochaines de notre ruine.
La valeur du duc d'Enguien apporta le remède à tous ces maux. Une bataille de laquelle dépeiidoit , ou le salut , ou la perte de Pétât » fut répreuvfd et le coup 'd'essai de ce jeune héros. On orut qu'emporté par l'ardeur de son courage , il alloit tout risquer ; et déjà sûr de It^ ^ en capitaine consommé , il répondit et se chargea de l'événemeat. jAi vain lui remontra-t-on qu'il alloit combattre une armée phis nombrei^ que la sienne, composée des meilleures troupes de l'Europe, oom* mandée pardeschefed'âite, fière et enflée de ses succès, avantageusement postée. Plein d'une confiance qui parut dans ce moment-là lui être comme inspirée d'en haut , quoiqu'aveç des forces inégales , il s'avança, U triompha , et, £aisapt tout céder à sa valeur, il déconcerta et il humilia les puissances ennemies.
Par-là il leur fit sentir que la France pouvoit être tout à la fois affligée et victorieuse, dans la désolation et eu état de leur donner la loi. G*est ce que la journée de Rocroi leur dut apprendre , et ce qu*el* les n'oublieront jamais. Mais en ménae temps par-là il sauva le royaume et le calma , et , si j'ose ainsi m'exprimer, il le ranima. U devint le soutien de la monarchie , et , par cette importante action , affermissaDt l'autorité d^ nouveau monarque , dcmt il éuÂi le bras , il nous fut dèslors comme un présage de ce règne heureux, glorieux , miraculeux» sous lequel nous vivons.
En effet, depuis ce mémorable jour, la fortune, inconstante pour 1^ autres, semblsi pour lui s'être fixée, et avmr fait avec lui un pacte éternel, pour être inséparable de ses armes. Vamcre et combattre ne fut plus désormais pour lui qu'une même chose. Ce ne fut plus qu'un torrent de prospérités , de conquêtes, de batailles gagnées, de prise» de villes. U.n'y eut point de campagne suivante qui , par la singularité des entreprises que forma le duc d'Enguien , et qu'il exécuta , n'égalât otf ne surpassât tout ce que nous lisons dans Vhistoirede phis surprenant.
Les journées de Fribourg et de Nortlingue , si célèbres par l'opiniâtre résistance des ennemis, et par les insqfmontables difficultés qu'il y eut à les attaquer ; ces journées , que l'on peut fort bien comparer à celles d'Àrbelles et de Pharsale , portèrent Talarme et l'effroi jusque dans le cœur de l'Empire , et forcèrent enfin TAUemagne à vouloir la paix aux conditions qu'il nous plut de la lui donner. Sans par- B. 4. 27
lar de cent autres actions que je supprime, et dont tous êtes bien mieux instruits que moi, la journée de Lens, encore plus triomphante ^ acheva de mettre ce prince dans la juste et incontestable possession ou ii se vit alors d'être le héros de son siècle. Une suite si étonnante de succès prodigieux et inouïes fit taire devant lui toute la terre (1 Mach. , 4 )« pour me servir dut terme de TÉcritnre ; ou plutAt , par un oontrailré effet I qjaoique par la même raison , fit parler de lui toute la terre, c'est-à-dire la fit retentir de son nom » et la fit taire, de tout le reste, Qr ywis saves eombien 9 avec de tels succès» il est difficile db ne pas s'éblouir et de ne. pas sortir des bolcnes de la modération bumainei vous savez le danger qu'il y a de s'oublier isdors soi-même , jusqu'l devenir l'adorateur de soi-même, et jusqu'à dire cpmme l'impie : Manm w^tra excelsa, et non Domitm» fmt hœe omma (Deul. ,2). Vous verres ppurtant combiai, par la miséricorde du Seigneur , notre prince en fut éloigné*
Mais ce n'est pas tout , et je ne crains point, d'amplifier ni d'exagé- Irer» quand* j'ajoute que ses succès n'ont été que la moindre partie de sa gloire, et que le principe de ses actions ëtoit encore plus propre à le flatter que ses actions mêmes ; parcequ'on ne peut nier que lui«^ même , et ce qui étoit en lui , ne fût encore infiniment plus grand que €» qui partoit de lut. Car j'appelle le |M*lncipe de tant d'héroïques actions ce génie transcendant et du premier ordre que Dieu lui atoit donné pour toutes les parties de l'art militaire , et qui , dans les siè^ des où l'admiration se tournant en idolâtrie produisoit des divinités , l'auroit fait passer pour le dieu de la guerre, tant il avoit d'avantage au-dessus de tous ceux qui s'y distinguoient,
J'apipelte le principe de ces graiids exploits cette ardeui* martide qn, sans témérité ni emportement, lui fiiisoit tout oser et tout entreprendre ; ce feu qui, dans l'exécution, lui rendoit tout possible et toilt fmih i cette fermeté d'ame que jamais nul obstacle n'arrêta , que ja- «ais^ nul pék-ii n'épouvanta , que jamais nulle ré8is|taiice ne lassa ni né rebuita ; cette vigihuice que rien ne surprenoit; cette prévoyance à laquelle rien n*échappoit ; cette étendue de pénétration avec laquelle, dans les plus hasardeuses occasions, il envisagent d'abord tout ce qui fiouvoit ou troubler ou favoriser l'événemeiit des choses , semblable à un aigle , dont la vue perçante fait en un moment la découverte de tout un vaste pays ; celte promptitude à prendre son parti , qu'on n'accusa jamais en lui de précipitation , et qui, sans avoir les iuoonvé* «îents de la lenteur des autres, en avoit toute la maturité ; cette science qu'il pratiquoit si bief, et qui te rendoit si habile à profiter des cob« jonctures, à prévenir les desseins des ennemis presque avant qu'ils fussent conçus, et à ne pas perdra en vaines délibérations ces moments -heureux qui décident du sort des armes ; celte activité que rien ne pou voit égaler, et qui dans an jour de bataile le partageant, pour ainsi dire, et le multipliant, faisoit qu'il se trouvoit partout, qu'il
lS
ORAISON tUNÈBRË DE LOUIS DE BÔURfeON. M
Sttpplëoit à tout , qu il rallioit tout , qu'il maintenoit tout , soldat et gif itérai tout & la fois, et par sa présence inspirant à tout un çorp^' a armée, et jusqu'aux plus vils membres qui le cbmposoient , son j^pur^gê bt sa valeur; ce sang-froid qu'il savoit si bien conserver dans l^^j)^ leur du combat; cette tranquillité dont il h'étoit jamais pl)is sûr <j|u^ quand on en venoit aux mains , et dans Fhorreur de là mêlée ;| i^\\k modération et cette douceur pour les siens , qui redoubrqit à pesiire que sa fierté contre Tennemi étoit émue ; cet inflexible oubÙ dé s^ personne, qui n'écouta jamais la remontrance, et auquel constarDmeiit déterminé il se fit toujours un devoir de prodiguer sa vie » et un jeiy de braver la mort. Car tout cela est le vif portrait que chacun dé vou§ ^ feit , au moment que je parle, du prince que nous avons perdu ;.et voîli ce qui fait les héros. "^' . . *
Geiix qu^a v^tés l'ancienne kome, et ceux qui avant lui s'itoiédi
'distingnés sur le théâtre de la France, possédoient plus ou moins <cle
resà
écoit le caractère de distinction de l'invincible Gondé. Ainsi lepupliji^if le grand Turenne, cet homme digne de l'immortalité^ mais W plufi 1^ giiime juge du mérite de notre prince^ ejt le plus zélé aussi bien qi;,^ le plus sincère de ses admirateurs : ainsi, dis-je. le publioil-il, et là J.ij3t tice (j^u'il a toujours rendue à ce héros, ^n lui donnant le rapg que je tau donne, est un témoignage dont on l'a ouï cent fois s*hbborér li|pr même. De là vient que le prince de Cpndé valoit seul à la France.deà armées entières; qiâe devant lui les forces ennemies jes plu^ redoutar blés 9'âfibiblissoient visiblement par la terreur de son nom; qu^ spi|â lui nos plus fotbles troupes devenoient intrépides et invincibles; que par lui nos frontières étoient à couvert et nos provinces çn sûreté ; que 'soui lui se formoient et s'élçvoient ces soldats aguerris, ces officier^ esLpéritnentés, ces biraves dans tous les prdres de la milice, qui ae sont depuis signalés dans iros dernières guerres , et qui n'ont acquiç tant d'honneur au nom ft*ançois, que parcequ'ils avoient eu ce prince pour mattre et pour chef.
Quel trésor dans un état d'y posséder un tel homme I et qiiel vidj^ un tel homme par sa mort ne laisse- t-il pas dans UQi état ! Or, de penser qu'on est cet homme, etîélre en effet, lé savoir, le sentir, se Fen- -tendre dire à.toute heure, et jouir, mais aussi singulièrement que çe^' lui-ci, de cette haute réputation dont il semble que Dieu même a voulfi paroftrë jaloux, ayant si souvent affecté de s^appeler dons TÊcriLure le Dieu des armées; c'est-à-dire être entre les hommes^ comme le dieji des autres hommes, quelle tentation et quel piège pour le salut» surtout dans les maximes d'une religion qui ne couronne que |es huntbles, et qui réprouve les vertus même séparées de Thumilité! Vo.us allez voir si notre prince succomba à cette tentation.
MaÎ3 auparavant joignez à la gloire des armes celle de Fesprit, dont Tabus n'^est pas moins à craindre, et qui donna dans sa personne tant de jùstre à la qualité même de héros. Car il n*étoit pas, si j'ose me 'servir 'de ce terme, de ces héros incultes qui de la bravoure et de la science de la guerre se font un titre et un droit d'ignorance pour toitt le resté. Avec le magnanime et Théroîque, il sut accorder tout le britîant ef tout le sublime des talents de Tesprit.
Quelle capacité plus vaste, quel discernement plus exquis , quel goût plus fin, quelle compréhension plus vive, quelle manière de penser et de s'énoncer plus juste et plus noble? Qu'ignoroit-il» et dans l'immensité des choses dont il avoit acquis la connoissance, que ne savoit-il pas exactement ? Depuis le cèdre jusqu'à l'hyjsope, aussi bi&k que le sage SalombW^ c'est-à-dire depuis la plus relevée théologie jusques aux nfojndre» secrets de la mécanique, de quoi n'étoit-il pas instfuitf Que n'avoit-il pas lu et dévoré? profane et sacré, antique et moderne, de quoi ne parloit-il pas, et ne jugeoit-il pas ^ maître?
S'il falloit assister à un conseil, avec quelle force de politique, avec quelIè«abondance d'expédients, avec quel don de décision n'y opinoitil pas? S'il s'entretenoit avec des savants, que n'ajoutoit-il pas à leurs lumières par ses réflexions ; et dans ce qu'ils croyoient savoir, de oonobbien de faux préjugés, doué lui-même d'une science plus épurée, ne lès faisoit-il pas revenir? Quel poids, s'ils le consultoient comme auteurs, son approbation ne donnoit«elle pas à leu^s ouvrages; et quelle <9ensure plus infaillible que là sienne leur répondoit par avance du jugement in public? Tout cela se trouvant en. lui accompagné de ces Tertus qui font l'ornement de la société civile, et qui par une alliance rare /oignoient le parfait honnête homme à l'habile honime, au grand homme, au prince, au héros, que lui manquoit-il pour être, selon le inonde, iin homme achevé?
' Jamais hônome, encore une fois, n'eut donc tant de droit d'être rempli* de lui-Xnême, si jamais on peut avoir droit d'en être rempli; et jamais homme, pour se défendre de la vanité, n'eut donc tanvà craindre d^ côté de la vérité* Mais c'est ici où commence le miracle de la Providence. Car en même temps, parcequ'il avoit un cœur soUde (or voici à quçi je réduis la solidité de ce cœur, en le comparant et en l'opposant à lui-même), jamais homme, avec tant de gloire, n'a été si supérieur à sa propre gloire ; jamais homme , avec tant de mérite^ n'a été moins enflé de aon* mérite; jamais homme, avec tant d'éclatants succès, n^a'été si éloigné de Toâtentatidn, ni si ennemi de la flatterie ; jamais homme, avec tant de grandeur, n'a allié tant d'humanité, tant d'affabilité, tant de' bonté| jamais homme, avec tsiât de capacité et tant de lumières, n'a eu moins de présoifiptîon ; jamais homme, avec tant de si/jets d'être content de lui-même, n'a été moins occupé d^ lui-même, moins gâté'ni moins infecté de l'amour de lui-même, il^iraclçs, dis-je^ de la Providence, mais d'autant plus miracles , qu'ils paroissoient en
lui comme naturels. A ces traits, mes chers auditeurs , voù's fecon- Boissez encore ici le prince de Gondé. . ' *
Uo héros supérieur à sa propre glok*e , c'est-à-dire qui à tout fait pour l'acquérir, hors de la désirer et de te chercher, ce qu*il ne fit jamais. Quelle gloire avoit-il en Tue? Celle du roi et de Tétat. Pouf celle-là , il n'y a?oit rien qu'il ne se crût permis ; et la mesure de ses deaint, quand ii s'agteè^it de te gloire du roi, étoit de te désirer sans bornes, et de rapporter tout à elle, ou , pour mieux dire , de sacrifier tout pour elle, il ne pensoit à te sienne que pour en réprimer les mouvements , et pour s'en interdire te vaine joie, qu'il estimoit une bassesse : ayant souvent protesté que, quoi qu'il eût fait, il n'avoit jamais rien fait pour paroître brave; ayant toujours eu pour maxime d'aller au solide desdioses, d'aimer son devoir pour son devoir roérne, et de trouver dans le seul témoignage de sa conscience toute la récompense de ses services : solidité d'autant plus héroïque , qu'eUe est plus intérieure et plus cachée.
Un héros sans ostentation. Le vit-on jamais s'appteudir ou se prévaloir d'aucune de ces actions glorieuses qui Tavoient rendu si célèbre? S'il en parloît, c'ëtoit avec ime retenue dont jamais ni sa compteisanoe pour ceux qui l'écbutoient, ni leur curiosité qu'il faisoit souffrir, ne le fit rdâcher. S'il racontoit le gain d'une bataille, vous eussiez dit qu'il n'y avmt en nulle part; ce n'étoit que pour louer ceux qui y avoient montré de te valeur, que pour leur en donner la gloire, que pour les faire connoître à la cour ; jamais plus éloquent ni plus offi- ' deux que quand ilieurrendoit cette justice, et jamais plus en garde ni plus réservé que quand on vouloit ou surprendre ou forcer sa modestie, pour lui Caire dire ce qui le touchoit personnellement. A-t-on pu obtenir de lui qji*il écrivit les mémoires de sa vie, chose qu'il auroit faite si dignement, et dont la postérité lui auroit eu une obligation étemelle ; et avec quelque instance qu'on l'en ait pressé, son indocilité sur ce point, si je puis m'exprimer de. te sorte, a-t-elle pu être vainr eue? Tout ce que j'ai foit, répondoit-il, n*est bon qu'à être oublié : il lant écrire l'histoire du roi; toute autre désormais seroit superflue. Et on sait avec quelle abondance de cœur il parloit ainsi : sa sincérité n'étoit-^elle pas en cete une aimable preuve de sa solidité ?
Un héros ennemi de te flatterie. Vous me direz qu'il lui étoit aisé de l'être, parcequ'étant sûr de la vraie louange , et ayant tout ce qu'il avoit pour être sincèrement loué, à peine pouvoit-il craindre d'être flatté. Parlons donc plus correctement» Un héros ennemi de la louange, même la plus sincère et te plus vraie : car il étoit difficile qu'on lui en donnât d'autre ; mais c'ëtoit assez qu'elle fût louange, pour qu'il ne pût pas la soutenir. Avec quelle impatience et quel chagrin ne h supportoit-il pas, quand il ne pou voit l'éviter? et quand il en étoit le maître, avec quel air de dignité , quoiqae sans fierté, ne la rebutoit-il pas? Au lieu que [le foible des grands est d*aimer à être trompés et
^ QI^AISCIN ^ UXJËBUË DE LOUIS DE BOURBONi
d'ëoputer ^vec plaisir Tadulacioa et le mensonge dont on nourrit $auM cesse' leur âmour-projpre, le caractère tput opposé de notre princ# 4toit de ne pofiYoir souffrir le« Yérités même qui lui étoient avantageu^^ et qui, honorant ^on mprite, fatiguaient etgénoîentgamodear tie ; nor^ de là, passionné pour la vérité, c'estrà-dire aimant la yiérité qui Vinàtruisbit , qui lê déirempoit, qui le condamnoît, mais craignant et fuyfipt la vérité qui le louoit et qui Texahoit* Dis-je rien qae vous n'ayez vu? et ce caractère 4e ^lidité, si rare parnskles priaoes» ne vous a-t-il p9$ fait cent fois admirer celui que yoi^s regrettez ai^ joiird'hui?
Un héros au^i humain qu'il étoit gR|nd. Je sais qu'il. pouvoit être l'un sans préjudice de Tautie, et je conviens qu il étoit de l'intiérét de sa grandeur même qu'il eût ce fonds d'buipanité; qui le r^doit si a^ l^able ^t si accessible, parcequ'il ne paroissoit j^ipais plus gr{|nd qoe quand il se communiquoit et qu'il se laissoit voir de près. De çoHiMen peu de grands du monde en pourroitron dire autant? Mais aussi dans coipbien peu de grands du monde yojt-on cette application qu'il avoit 4 ^goier, par des bontés prévenantes, ceux qui avoient rhoqn^mr de Tapprocher t Vit-on jamais prince d'un çpinjpercô pbis aisé » plus U- Ve, plus commode? se sentoii-oa, qu^d on cppver^it avec lui, em- ])arrassé pu gêné du respea qu'on avoit pour s^.p^rsc^nne» quoiqu'on .en Alt péi^étré? quel soiq n'avoit-il pas de le teinpérer par tout ce qu'il y a d'obligpani : se fgn|iiiarisant avec les Mps» s^'atai^sant av^ }es autres,, s'ouvrant et se confiant à ceux-ci , entrant dans les affaires <}e ceux-là, s'^iccommodant et se proportionnant à tous? pouvoit-on sortir d'avec lui ;^qs 4tre charmé de son honnêteté » et sans ressentir une joie secrète d^ in^rqu(ss qu'on vçnoit d'en recevoir; et faut-|l s'étonner si, aviec deseipUl^ble^ manièresi après avpir gagné tant de
!)atailles, il avoit gagné taqt de cœurs? mais en falloitril un moins séide que le sien » pour pi^é^er » comme il fâis^Mt , cette conquête des cœurs à toutes cdles qu'il afoilvfait^ par sa valeur?
Uu héros que l'axaeiur de Ini-même n'ayoit point gâté. De là vient eèt attachement ad^ijrabl^ et o^ uiépuisable zèle qu'U avoit pour u>j|s ses devoirs. Cofxijpae il éjtoit peu occupé de soi» il pensoit éternéllemrat a ce qu'il oroyoit devoir aux autres* Fut-41 jamais un meilleur père, futil un plus aimable maitre, fuvil un |^$ pa^foit ami? Quelle ample ipatjère d'/éloges ces trois qualités ne me fourairojiefU^Ues pas» si je pouyof^ m'y arrêter ?
Un plus parfait ami. Servez-m'en ici de témoiosi vous qui eu avez fait l'épreuve. £n avezrvous qonnu un plus^dèki, un fl\m sûr, uu plus içxaçt obiservateur des droÂs sacrés deTasHiié? vous qui êtes assez
Îieur^ux pour avoir été honorés de celle de ce £^rand bommci^ rappeez-en le spuvenir, et dite^iuoi , vous a-t-il jamais manqué ? a-t-il eu de l'ij^dif fiance pour ym iAtéirâts ? s est-il otonuré insensible à vos ;i)allienr$? lui eM-il écbiw^ 4in secret que vous lui eusses conUé?
ORAISON FUNÈBRE DE LOUIS D£ fiOURBON. 4â3
avez- VOUS découvert en lui ces foibles auxquels famiiié des grands est si stijette, ou plutôt qui font que les grands connoissent s! peu Tàmitié? Ses défiances et ses froideurs tous ont-elles causé de Tmquii^tudet «(vez-vous eu à essuyer ses inégalités? a-t-ii exigé de vous des dépendances servîtes? Quand il a pu vous obliger, vous a-t-il fait valoir ses grâces? 11 aitrnoit et il vouloH être aimé : a-t^il rien omis [tour y téusàir, et jamaî^prittce y est-il mieux parvenu , c'est-à*dire jamais prince a-t-îl eu tant d'amis choisis, tant d'amis désintéressés, tant d'aiïiis àt- Isrcbés à la! pour lui-même, tant d'amis de toutes professions et dé tous états, à la cour et hors de la cour, dans la robe et dans Tépée ? Mais l'aimoit-Gn 'comme on aime ordinairement les princes, par intérêt, par politique, par nécessité ; et n*avoit-il pas l'avantagé d*étre ai* nécomAie les particuliers, par inclination, par choix, par estime; M un moi, parcequ'il étoit aimable? L^auroit-il été, quoique grand fnrtnee, s'il ik'avoftété solide?
Un meilleur père et plus digne d'en porter le nom. Mais il ne m'appartient pas de toucher à cette qualité ; il n'y a que vous, prince et princesse qui m'éoouiez, à qui elle ait été pleinement connue. Nous «iv^nslessoinsinliais qd'i) s'est donnés poui^ yous élever, et poui- feire devons dos princes parfaits; «laisîl n'y a que vous-mêmes qui puissiez dire ta tendresse qu'il a eue pour vos personne». Je vous le démanderois ki, si }e n'apprëhendois de rouvrir yos plaies^ et ce n'est qn'eA UesiblftDt que je vous y fais penser : maii dût-ii vous eiï coâter de là douleur, an «loins par-là comprendra-t-on combien vous iui avez été ohers, et jusqù'oà il a porté l'amour paternel. Permettez^^moi donc dé le dire, et aux dépens de ce qu'en souffrira votre oœur, écoutez reloge d'un père que la pieuse, quoique profane antiquité, n'aurott pas aoiiis révéré sous ce nom de père, que sous celui de héros; &uik père dont vous avez été la joie, comme il a été votre gloire. H ^ rempli le devoir et le nom de père jusqu'à n'épargner pas sa propre vie, et ju^-
Si'à se fairQ «a f^isir de la sacrifier pour ses enfants ; et , pbîsqu'îl ut le dire enfin, la mesure de l'amour qu'il a eu pour eux est qu'eki «ffet il en a été ta nctime.
Or, tout cela compris ensembieest ce que j'ai appelé un cœur solide, opposé à ce cœur vainque Dieu réprouve, particulièreihéntdans les grands de la terre. Et jfsÀ dit,- mes chers aiuditeurs, qefe par - fà Dieu avoit donné à notre prince un préservatif admirable, non seulement contre la gloire du monde, mais contre tous les désordre^ qui la suivent, et cfùi sont si funestes pour le sakt. Car qu'est-ce qui perd leiB grands dunionde? Vous le savez : cette plâittude d'eux-méftiés , cette enflure de leur grandeur, cet abus de leur dignité, cet oubli de leur devoir, cette^habîlude d'indépendance, oe mépris et ce rebut des antres, cette haine de la vérité, cet amour de la flatterie, cette dureté, cette fierté, cette jalousie et cette ostentation d'autorité, cette crainte du mérite d'aotrui, cette présomption da leur propre, cet enléleonent
de ce qai leur esl du ; que sais-je? voilà ce que la gloire du inonde leur attire; et dans Tusage qu'ils en font» voilà ce qui les perd et ce qui les damne« Or» grâces au Seigneur, rien de tout cela ne s*est trouvé dans notre prince, parcequ'il avoit uir cœur solide, à l'épreuve de la vanité et de toute l'iniquité qui en est inséparables Dieu , lui donnant ce cœur solide, préparoi t donc dès-lors en lui le fonds sur lequel devoit agir sa grâce. 11 éloignoit donc déjà de lui tous les obstacles que sa grâce auroit eus à surmonter, si elle avoit trouvé en lui un autre cœur. Cette solidité de cœur entroit donc déjà dans le dessein et dans l'ordre de sa prédestination étemelle : pourquoi ? parceque, dans les vues de Dieu, elle devoit être en lui le contre-poids de toute la gloire qu'il avoit à soutenir. Mais voici quelque chose de plus : car j'ai ajouté queDieu^ par une seconde faveur, lui avoit donné un cœur droit, pour servir de ressource à ses malheurs; et c'est le sujet de la seconde partie. ^
DEUXrÊHE PARTIE.
Il n'y a point d'astre qui jie souffre qpelqne éclipse ; et le plus brillant de tous, qui est le soleil, est celui qui en souffre de plus grandes et de phis sensil)les. Mais deux chosesen ceci sont bien remarquables: l'une, que le soleil, quoique éclipsé, ne perd rien du fonds de ses lumières, et que, malgré sa défoillance, il ne kdsse pas de conserver la rectitude de son mouvement ; l'autre, qu'au moment qu'il s'éclipse, c'est alors que tout l'univers est plus attentif à l'observer et à le contempler, et qu'on en étudie plus curieusement les variations et le - système. Syinbole admirable des états où Dieu a permis que se soit trouvé notre prince, et où je me suis engagé à vous le représenter. C'est un astre qui a eu ses éclipses. £n vain eatreprendrois-je de vous le§ cacher, puisqu'elles ont été aussi éclatantes que sa lumière même : et peut-être serois-je prévaricateur, si je n'en profitois pas pour en &ire aujourd'hui le sujet de votre instruction^ J'appelle ses éclipses le malheur qu'eut ce grand homme de se voir envdoppé dans un parti que forma l'esprit de discorde, et qui fut pour nous la source funeste de tant de calamités : et, considérant ce grand homme dans sa profession de chrétien, j'entends, par l'éclipsé qu'il a soufferte, ce temps oii,.livréà lui-même, il nous a paru comme dans une espèce d'onbli de Dieu; ce refroidissement où nous l'avons vu dans la pratique des devoirs de la religion. Deux choses que je ne puis pas disconvenir avoir été les deux endroits malheureux de sa vie: l'une par rapport à son roi, et l'autre par rapport à son Dieu. Mais c'est ici, adorable et aimable Providence, où vous me paroissez tout entière, et où je découvre le secret de voire conduite : car vous aviez donné à ce héros un cœur droit, qui, dans les maux les plus extrêmes, lui a été d'une immanquable ressource; un cœur droit qu'il a conservé dans ces deux malheureux états, et qui, ayant toujours été entre vos mains ,
ne s*est jamais absolument ni perverti ni démenti ; un cœur droit , dont vous vous êtes avantageusement servi pour ramener ce héros à lout ce qu'il vous a plu, n'ayant permis qu'il s'écartât du droit chemin que pour Ty faire rentrer, et plus utilement pour nous, et plus glorieusement pour lui-même. Voilà, Providence de mon Dieu, l'effet de vos miséricordes, que je dois foire observer à ceuxqni m'écoutent, et qui vont être pour eux autant de leçons de leurs plus importants devoirs.
Oui, pour le malheur de la France, le prince que nous pleurons se vit mêlé dans un parti que la discorde avoit formé, et qui le détacha de nous. D'autres, plus éclairés que moi , ont appréhendé de toucher •ce point de son histoire : et moi , pour l'intérêt de mon ministère, je me suis senti inspiré de m'y arrêter. Car j'ose dire que jamais point d'histoire ne fut plus propre à vous faire voir ce que peut la droiture d'un cœur dans l'extrémité des disgrâces humaines » ni plus propre à imprimer dans vos esprits la grande maxime, non seulement de la véritable politique, mais de la pure religion, qui consiste dans l'inviolable attachement que l'on doit avoir pour les puissances établies de Dieu, et pour ceux en qui réside l'autorité légitime, ou qui en sont les dépositaires. Et je ne crains pas que le zèle que vous avez pour la gloire du héros dont nous parlons vous fa3se supporter avec peine cette morale^ puisque c'est de la droiture même de son cœur et de la pureté de ses sentiments que j'en vais tirer les preuves les plus convaincantes.
Il est donc vrai. Chrétiens : ce prince jusqu'alors l'appui de Téiat , par la conjoncture fatale des dissensions civiles , en devint tout d'un coup la terreur. Il est vrai qu'entraîné par le torrent , il se trouva malgré lui hors .de la routé que sa sagesse et sa raison lui faisoient tenir , et qu'il avoit résolu de suivre. Mais il est vrai aussi (première circonstance bien essentielle) que jamais son cœur ne se aentit si cruellement déchiré : et nous n'avons qu'à rappeler le souvenir des choses passées , pour lui rendre aujourd'hui cette justice, qu'au moins les maux que nous souffrîmes, causés par la guerre qui s'alluma dans le royaume^ ne durent point lui être imputés, puisqu'ils ne furent que les, suites de la violence qu'on avoit foite à son cœur. £t, en effet, on sait combien il s'efforça de détourner l'orage de celte guerre, et de quelle manière, sur le point qu elle alloit éclater, il s'y opposa. Malgré les chagrins dont il étoit accablé, et dont il pouvoit se promettre par elle du soulagement, on sait combien il y résista. Vaincu par d'autres intérêts que les siens, auxquels il ne put être insensible, et qui l'y engagèrent enfin, on sait le desespoir qu il en témoigna; car il étoit natureUement ennemi des conseils violents, et, auxdépens de ses intérêts propres, il en avoit de l'horreur. Son cœur, dont les intentions éioient droites, n'eut donc par lui-même aucune part à nos misères; et si les mouvements de ce cœur eussent clé suivis^ vous le savez, jamais Tcsprit de division n'auroit prévalu ; ja mais
m ORAISON FUNÈBRE DE LOUIS DE BOURBON.
notre repos n'eût été troublé, çt jamais la France n'eût eu la douleur de voir le prince de Condé séparé d'elle. Ce fut la main du Seigneur qui s'appesantit sur nous ; ce fut le fruit de nos iniquités ; ce fut la justice de Dieu qui ^ pour nous punir, nous ôta ce prince , sur lequel, et avec raison, nous comptions bien plus que sur la multitude de nos lésions et de nos forteresses.
Je ne dis point ceci pour vous justifier sa conduite. A Dieu ne plaise que j'excuse ce que lui-môme a détesté, ni que je prétende faire ici une apologie dont il seroit encore le premier à me faire un crime ! Qu'il ait été foible une fols, et qu'une fois il ait succombé à une tentation humaine (seconde circonstance), au moins est-if vrai qu'il a eu le mérite des cœurs droits et des grandes âmes, en se condamnant luimême : et à Dieu ne plaise que je diminue'rien , par mon discours , d'un mérite'aussi rare quecelui-là ! Car je soutiens que, pour unhéros comme lui, cette condamnation de soi-même, surtout avec les suites qu'elle a eues, et dont nous l'avops vue accompagnée, a été, dans Tordre politique aussi bien que dans la religion, cette espèce de pé» nitence qu'une bouche éloquente de notre siècle assurolt fort bien ri'étre pas moins glorieuse que l'innocence. Tel a été le sentiment de celui qui devoit en être le juge, c'est-à-dire du plus grand des rois ; et nous savons combien ce désaveu sincère d'une conduite malheureuse a eu de pouvoir sur lui pour regagner sa confiance et son amitié.
Mais ne croyez pas qu'il n'en ait coûté à notre prince qu'uif stérile et vain repentir (troisième circonstance encore plus notable). Pour donner à ce repentir plus d'efficace et plus de poids, Tun des soins de noire prince fut de le rendre utile et salutaire à tous ceux quiétoient tiers compagnons de son triste sort. Ébigné de la cour et du royaume, il en faisoitdes leçons au jeune prince son fils; et, par des confidences paternelles de l'état douloureux où il se voyoit, ilrectifioit'en lui, ou^ si vous aimez mieux, il prévenoit les conséquences de son propre exemple. En père aussi tendre que sage , il lui représéntoît les horreurs de ces sortes d'engagements; il lui mettoit devant les yeux, et il lui faisoit sentir la déplorable destinée d'un prince réduit à chercher un asile, et à dépendre de la protection d'une puissance étrangère, qui se défie toujours de lui, et dont lui-même ne peut jamais s'assurer. En un mot, il lui apprenoit à profiler de ses malheurs : et son unique consolation , dans lé comble de ses disgrâces, étolt de penser qu'il élevoit, dans ia personne de ce fils, un autre lui-même; mais qui , instruit et formé par lui, seroit plus heureux que lui, mieux conseillé que lui, le dirai-je? plus irrépréhensible que lui dans la chose dv monde où il avoit plu^ recherché et plus passionnément souhaité de l'être^ Ful-il jamais droiture (te cœur comparable à celle-là? Ce n'est pas assez.
Pénéiré de ces sentiments, et parcequ'il avoit le cœur droit, ce prince, quoique abandonné à sa mituvaise fortune, refusa constamment
tous les avantages qoî auroient pu ta relever, mais qui, en la relevant, hii auroient été un obstacle à son rétablissement dans les bonnes grâces et dans Tobéissance du roi (quatrième circonstance , dont vous avez dû faire avant moi la remarque). A quelle épreuve sur ce point l'Espagne ne le mît^^llepas, et à quelles conditions ne fut-ellç pas toute prête à traiter avec lui , s'il avoit voulu pour jamais s^attacher à die? Mais avec quelle fermeté , quelle hauteur ne rejeta-t-il pas les propositions , quoique spécieuses , par où on le tenta? On lui offrit, en pleine souveraineté, ées villes et des provinces considérables ; et il ne répondit k ces offires que par une généreuse indignation d'avoir été cru capable de les écouter. Le retour à l'obéissance de son roi lui parut qudi[|ue ehosede meilleur et de plus avantageux pour lui, que â'étre Ini-'méâie souverain ; et il préféra le droit qu'il 8*étoit réserva de travailler à ce retour et de pouvoir l'espérer , à tous les titres dont «on ambition auroit pu , hors de là, être flattée. Elle étoii irritée pair la misère, mais son devoir le soutint. Il ne pût ni souffrir, ni consentir d'aèheter à pe prfx une couronne ; et il aima mieux s'exposer à étr6 toujours malheureux, que de renoncer pour jamais à être fidèle. Voilà ce que j'appelle un cœur droit.
Eut -il un moment de joie, tandis que, séparé de nous , il se vit danàl'affreuse nécessité d'être, malgré lui-même, notre ennemi? Non, Messieurs; séparé de nous, il gémissoit , dans le secret de son cœur, des succès mêmes de ses armes ; sa valeur, employée contre sa patrie, lui étoit odieose à lui-même : forcé à en iaire un tel usage , il auroit toulu , ou en avoir moins, ou être hors de toute occasion de la produire. Que ne fit-il pas pour mettre fin à un état si violent? (cinquième circonstance, dont je suis sûr que Vous fûtes alors touchés?) Omit-il rien de tout ce qui dépendoit de lui pour disposer les choses à la paix? Dans les négociations des Pyrftées , où il. fut question de Irégier ce qui regardoit sa personne, voulut-il être considéré au préjudice de la cause commune? Hésita-t-il à sacrifier tout, plutôt que d'apporter à ce grand œuvre le moindre retardement? Les intérêts de ses amis exceptés, ne pria-t-il pas qu'on oubliât les siens , et qu'on l'oul)liàt lui-même, si de là dépendoit la conclusion d'un traité qui devoit pacifier l'Europe? Et pourvu qu'on lui ménageât le seul bien aprte lequel il soupiroit, savoir, les bonnes grâces du roi, ne protesta*tH( pas qu'il seroit content? La paix entfe les deux couronnes ne fut-elle pas le comble de ses vœux, parcequ'elle l'assura que ce bien lui étoit accordé? et n'avouoit-il pas que le jour de sa vie le plus triomphant étoit celui où, rétabli à la cour, et favorablement reçu du rai, il étoit rentré dans la possession de ce bien ?
Mais avec quel zèle ne travailla-t-il pas ensuite à se l'assurer et à s'en rendredigne plus que jamais (sixième et dernière circonstance ) ? Et quel soin n'eut-il pas, après son retour , de réparer ses malheurs parte redoublement de ses services? Ici un nouvel ordre de choses se
présente à moi, et je me trouve encore accablé de mon sujet. Car ce seroit le lieu de vous iiaire voir notre prince suivant le roi dans ses^ glorieuses campagnes, qui ont été les miracles de notre siècle ; et prenant partà ses conquêtes, dont un jour la postérité aura droildedouter». ou peut-être même qu'elle ne croira pas , parcequ'elles sont bien plu& vraies que vraisemblables. De quel œil les regàrda-t-il? Si la droiture de son cœur n'en avoit encore sur ce point régules mouvements , peut» étreauroit-il eu peine à n'en pas concevoir une envie secrète, lui qui ju»^ que là n'avoit rien trouvé dans la guerre qui pût être pour lui tm sujet d'envie. Mais il fut alors convaincu qu'il y avoit quelque çho^ de non» veau sous le soleil; et parcequ'il avoit un cœur droit , il vil avec joie un plus fort que lui, selon le terme de l'Écriture ^ su^le théâtre du inonde , obscurcissant tous les héros, et lui causant à lui-même de l'étonnement. Je vous représenterois, dis-je , le prince de Condé suivant les pas de Louis le Graùd, qui étoient des pas de géant, et se surpas» sant par la nouvelle ardeur que lui inspiroit l'exemple de ce Inonar» que. Vous le verriez, ainsi que parle Daniel., rajeuni comn^e l'aigle, et, dans un corps usé de travaux rallumant tout le feu ,de ses premières années, combattre, et, CQOune un autre Hercule, défaire à Senefrhydre conjurée contre nous, c'est-à-dire les trois formid^ibleg armées de l'empereur, de l'Espagne et de la HoHande, en poursuivre les restes, et les dissiper par la levée du siège d'Oudenarde ; repasser en Allemagne, et^ par sa présence^ sauver l'Alsace, exposée en proie i l'ennemi et désolée par la mort de M.'^de Turenne; empêcher les funestes suites de la perte de ce général ; avec les débris d'une armée et avec une poignée de gens, arrêter toutes les forces deFEmpire, les iaire honteusement échouer devant Haguenau et devant Saverne, les fatiguer, les consumer, lu pousser au-delà du Rhin; partout secondé de son illustre fils, qui pariageoit avec lui la gloire de ses actions, et à la valeur.aussi bien qu'à l'amour duquel il eut, à Senef, la satisfaction et la joie de se voir lui-même redevable de la vie ; partout s'immolant et se sacrifiant, mais partout triomphant, et remplissaut la mesure de cette glorieuse réparation qu'il faisoit à la France. Changeant de scène, vous l'admireriez hors du tumulte de la guerre et dans une vie plus tranquille ; achevant en ceci de se satisfiaiire par une conduite envers le roi qui n'eut peut-être jamais d'exemple , maïs qui en pourra éternellement servir à tous ceux qui m'écoutent.
En effet, il n'y avoit point de particulier dans le royaume à qui le prince de Condé ne fût un modèle de l'attachement , du dévouement, de la soumission et de Tobéissance qui sont dus au roi; il n'y avoit point de courtisan qui n'apprît de lui à honorer, à révérer, à aimer le roi ; il n'y avoit point d esprit chagrin, ni mécontent, qu'il ne iredressât en lui inspirant la vénération et la tendresse qu'il avoit pour le roi. Ce mérite du roi, si connu, avoit des charmes pour lui qu'il faisoit sentir aux autres ; et on ne concçypit jamais ime idée plus haute des
grandes qualités du roi, que quand le prince de Gondé s'en expliquait» €t qu'on Tên entendoit parler. Avec quelle application n etudioit-il pas les volontés de ce monarque» pour y conformer les siennes? avec quelle ardeur n'alloit-il pas au-devant de tout ce qui pouvoit lui plaire? avec quelle joie ne voyoit-il pas sa famille UDie à la personne de ce grand roi par te lien d'un heureux mariage? avec quels saisissements de db&lenr et de crainte n'apprenoit-il pas et ne ressentoit-H pas les moindres maux dftt la santé précieuse de ce grand roi étoit attaquée? avec quelle vivacité ne s'intéressoit-il pas pour sa con- ^rvation? Après avoir cent fois tremblé des affreux périls oii il avoit vu ce roi conquérant poussé par son héroïque valeur, avec quelle reptation ne Tempécha-t-il pas^ de s'exposer aux dangers où la maladie de la jeune princesse , c'est-à-dire où l'excès de sa bonté et de son amour de père aUoit Rengager? avec quel courage» dis-je, et quelle ¥iguetir notre pfHnce, quoique lui-même languissant et déjà mourant, ne l'en retira-t-il pas ? Mais ne peut-on pas dire alors » et n'èut-il pas droit dépenser,* qu'il rendoit par-là un service à l'état » seul capable d'effeeer te souvenir des choses passées ; que par-là il s'acquittoit envers la France de tout ce qu'il pôuvoit lui avoir dû; et que lui consemer son roi étoit ne lui devoir plus rien? Voilà, mes chers aii^liteurs , de quoi nous Nommés redevables à la droiture de son cœur. Mais voyons de quelle ressource la droiturie de Son cœur lui a été par rapport à son Dieu ; et c'est ici où votre piété va trouver de quoi se satisfeire.
il est Vrai» ce prince » ou livré à lui-même , ou » si. vous voulez» emporté par i'espnt du monde» nous a paru quelque temps comme dans un^^ espèce d'oubli de Dieu. Mais quoiqu'il ait paru oublier Dieu (6 profondeur et abtme de miséricorde !), il ne Ta jam^ûs méconnu ; ^ malgré son relâchement dans la prati^que des d^voûrs de la religion » il n'a jamais» dans ie ^^ebret de son coeur » abandonné la feligion^ ilu'a jamais perdu la foi^ il n^a jamais doyté de nos mystères. Ainsi ra-t-il hiî-méme déclaré, et nous savons que son témoignage est vrai,.puis({tie jamais prince ne fbt moins capablç que lui» surtout dans un sujet pareil , de dissimuter t^i de feindre^ Quand il'ne l'auroii pas assuré » certains traits de sa vie, quoique alors moins. chrétienne et plus di^ipée, nous enjtui*oîent suffisamment, répondu.' Ce soin qu'il avdt,aprèàûti6yictoirer remportée., sur le champ même. de-batailie •tesgenouxen tètte, d'en rendre à Dieu tes premières actions de' 'grâéès ;*c'est oe qQ*ii fit à Rocrot : ces ordres si absolus et si sévères qu'il ftit gaodèr, pour empêcher» dàâsia licence de la guerre» la profanation des Ij^ux saints ; cette exactitude à ne confier les bénéfices auxquels ilclevoit.ponrvoir, surtout quand ils.éioient chargés de la conduite des âmes, ^|à des sujets choisîSsCt sans reproche, jchose qu'il obset^a toujours ; ce zèle si louable qu'il léraoignoit pour la conversion do moindr<^ de sesdomestfques engagé dafis l'hérésie : c'est ce
480 ORAISON FUNÈBRE DE LOClS DE BOURBON.
que nous avons va ; ces conseils saluiaires qQ*il a û souvent donnés à ses amis mourants, et à ceux qui dans les attaques étoient blesses auprès de lui, lés exhortant le premier à mettre lefju* salut enassurance, et s'employant à Jeur en procurer les prompl^ secours; ces marques de christianisme si édifiantes qu'il donna lui-pnéme à Gand, dansée danger d'une maladie , et ce qui nous a enfin paru i sa mort, on, comme parle le Saint-Esprit, se ffiit^l^anifestation des seDliments de f homme et de ses œuvres : In fine fumùnis tkaïudaiio operum ipmus (£^ cfes., il) ; tout cela, dîs-je, montre bien qu'au milieumémedesi^ramentsdu mondfe, la religion s'étoitconservéedanssoncœur.OreHene s'y étoit conservée que parcequ'il avoit un cœur droit ; et fmAk jepn^ tends , mes chers auditeurs^ rendre ici à la religion un des plus mvîacibles témoignages qui puissent lui éUre rendus^ p;ir-yi|epréiends ùmr fondre le libertinage, et tous lés monstres d'impie^ ^ pourrcHeni régner parçii vous; et je veux par-là vous faire ^dprer la Providence, qui sait si bien des plus grands maux lirer #a gloire et notre bien. Ecoutez-moi , et qu'au moins ce que je vais dire ne sok pasua joir le sujet de votre comdainnationv
Témoignage ihvincible et irréprochable en faveur, de la religion : IfKynrquoi? parcèquë jamais hooi^ie (à pcwe ep ^exioeptierois*]^ saint Au^stîn ) n'a tant examiné' la xçligion p ni avec un esprit si édakpë que nôtre prince; et ce que je vpus prie en i^éme temps de remsrqirer,îainais homme ne Fa étudiée avec moin^ de précaution jquelui^ ai avec plus de danger de la perdre , c'est-à-dire avec un ejsprit pins cnirienx, et plus éloigné de cette spuniisslon aveugle que la^TeUj^ien demande. Or que s'ensuit-il de là? |é voicit non pas coipnie je TiniagiM» niais comme le prince lui-même la éprouvé, p^r fH don diet grâce dont i^ a depuis tant de Fois rendu gloire à fiiieu^ Û s'ensuit .de, là -qu'il n'a donc conservé la religion pure Jqçe par/ceque^ malgré sp curiosité» il l*a cdnhué vraie; > c'est-à-dirie qnep^rpeque sa c^riosîté, son savoir, sa pénétratioifi , n'ont pu y découvrir d^ foibie ;.qne.patceqa'.à Yexemple dé âain% Augustin , plus il étiidioit cette reljgion, plqs eHe lui paî'oissoit'ïbndée sur les principes étemels dçla v^iléetdeia saîntetë ; que pareeque toutes ses recherches n'abouti^soiea) qà'à l'ea convaincre; que parcequ'au milieu. m^e des é^'ar^o^nts du mo^de, H avoit, aussi bien que 'saint Augustin , une Vaisou saine ^ et que son cOeur, qni étoit droit , a toujours été , sur le point de la religion , d'intelUgence et d'accord, avec sa raison.- Ga^yoijl^oe que l'iniqnt^do monde n'a jamais pu corrompre dans ce grand IjoiniaQie, et voilà ce qui l'a sauvé. S'il. avoit eu moins de lumières, sem|)kÂ>le> ce^demisavants qui ne sont impies que parcequ ils son; ignpraqts., il auroit» comme dit l'Apôtre, témérairement condamné tout ce qu'il auroit ignoré (JuU. Epîst.), S'il avoit eu moins de drohure, U n'auroit cru que ce qu'il* auroit voulu, et à l'exemple de l'inseBsé» qui voudroit qu'il n'y eût point de Dieu, il auroit dit dans son cœur : /( n'y a fioinl
OkAISON rUNÈBRE DE LOUIS DE BOUtiBbN. 431
de ï)ieu{P»alm. 15). Mais parce que la droiture de son cœur rëpondoit parhiitement à Fabondauce de ses lumières et à Tintëgrité de sa raison, malgré l'impiété du monde, il a toujours dit et dans sa raison et dans son cœur : Hy aun Dku; et pai: un enchaînement de conséquences , contre Tévidlence desquelles il a cent fois confessé que le libertinage le plus fier n'avoit.rien à opposer que de foible et de pitoyable , son cœur, de concert avec sa raison, lui a toujours fait conclure : Il y aun Dieu, Il y a une religion qui ett le vrai culte de Dieu. De toutes les religions du monde^ ta chrétienne est uniquement et incontès» iablement Voùvrage de Dieu, be toutes les sociétés chrétiennes, il ny i que dans la cattiolique où se trouve l*unitéf où subsiste l' ordre ^ et par conséquent où réside l'esprit de Dieu*' Cest ainsi ^ mes chers auditeurs, que raisonQoit ce grand prince, et c'est à quoi, s*en ouvrait lui-même à ses plus confidents amis ^ il protestoit qu'il s*en étoit toujours tenu.
Or voilà ee que ie prétends avoir été rbeiijreuse ressource oii la remède souverain de ses froideurs et de ses relâchements dans la pmlîque des cje^irs chrétiens. Car d'un cœur ainsi disposé^ que ne doiton pas attendre? D'un cœur en qui la religion n est pas éteinte, que n'a-t-on pas lieu dlespérer? Avee ce priocipe de reUgioa , de quoi ne revientfon pas? Tandis que la foi est encore vivante, fam^il s'étonner si , malgré la dissipation des voi^s du siècle , malgré la dureté <jié la pierre, Jrialgr^ les épines qui l'étouffent, cette divine semence i surmontant tout cda par sa vertu , produit enfin des fruits de grac^ de sàlut et de sainteté? Et niéstrce pas lé miracle de la miséricorde que nous avions- vu dans la personne de notre JncompaiT^ble prince? JLedirai-je; Chrétiens? Dieu m'avoit Jonué comme un pressentiment de ce miracle ; et dans*le lieu même oh je vous parle- aujourd'hui, dans une cérémonie toute semblable à cdle pour laquelle vous êtes id assemblés; lé. princialai-ipêmê ai'écoutant, j*ep avois non sèulejn^t formé le vœu , mais comme anticipé Teffet, par une prière qui parut j^ors tenir qilelque chose de la prédiction. Soit inspiration On transport de zèle , élevé au-dessus de moi, je m'étois promis,' Seigneur, ou plutôt je m'étois assuré de vous ^que voits ne laisseriee pas cegrand homme, avec un cœur aussi, droit que c^ que je lui connoissois, dans la voie de la perdition et de la corruptioii djîrmonde. Ljjî- Biême, dtat lapr^enoem'aoimoit, en ftit ému,.^£t qui sait^ ô mon Dieu , ^, voiis servant dès-lors de mon foibte organe,- vous ne com- «lençâtes pas dans ce moment-là à T^clairer et à le toucher de vos divines himiè^és? Qu6i qu'il en s^it, mes vœusç et mes souhails n'ont point été vains. Il vous a plu , Seigneur, de les exaucer, et j'ai eu la consolation de voir ma parole accomplie. Ce prince, qui m'avoitéeou té, a depuis écouté votre voix secrète ; et parcequ'il avott un cœur droit, il a suivi Fatlrait de votre grâce. Mais je m'aperçpis que j'entre dans ]e sanctuaire de ce cœur, et que sa droiture m'a insensiblement con-
4Sâ ORAISON FUNÈBRE DE LOUIS DE BOURBON.
dait à sa piété : derDière qualité qui , dans sa personne , a couronné, comme j'ai dit , une vie glûrieuse par une sainte et précieuse mort. Encore un moment de votre attention, et je vais ifinir.
TRÇISIÈMË PARTIE. •
C'est k la mort , dit saint Chrysostome, que le secret dé la prëc]estination des hommes commence à se développer ; et c^est , si j'ose parler ainsi ; dans ce dénouement dé la vie , où nous voyons tous les jours le discernement que Dieu feit déjà du bon grain et de la paille» c'est-à-dire des lâches chrétiens et de ceux en qui* la foi' est viictorieuse du monde , par la différence des caractères etdes dispositions dé ceux qui iheurent. Car les chrétiens lâches, dit ce saint docteur, par un effet de réprobation visible, qui est la suite ^plorablè de leur lâcheté, quoique chargés de crimes devant Dieu, obstinés à jouir de la vie, remettent l'importante affaire de leur conversion au temps de la mort; font parottre des fpiblesses honteuses, et, supposé les principes de la religion, affreuses et scandaleuses dans la nécessité là plus pressante de se disposer à la inort ; ont pour Dieu dès cœiirs froids et des cœurs durs, dans la vue même prochaine de la miort.' Tellëest la destinée fatale des mondains que Dieu rejette. Àû contraire, cçux qu'il choisit peur être, comme dit saint PauF, des vases; d^ miséricorde» s*ils sont dans Je désordre du péché, préviepHént la mort>par une véritable pénitence ; purifiés, par la pénitence , regardent h mort avec tranquillité, et en* soutiennent le combat avec fermeté; mourant, achèvent de se sanctifier par la mort x ou plutôt sanctifient la mort même, et se b reûdérit précieuse devant" Dieu par la ferveur de leur piété. Ainsi meurent les élus de Dieu : et c'esf ainsi , ines chers auditeurs, qu'estmort le grand prince à qui nous rendons aujourd'hui les devoh*s funèbres.
11 est mort €D sage chrétiét), par'céqu'il a voulu que sa mort fût précédée de sa' conversion et de son retour à Dieu; il est mort en Héros chrétien , parce qu'il a fait parôître en, mourant toute la grandeur^ de son ame ; il est mort eh parfait chrétien/ parcequ'il a consacré les derniers moments de sa vie par tout ce que là religion peut inspirer de plus saint et de plus tendre à un cœiir fervent. N'ai-je donc pas eu raison de-lui appliquer cet éloge de l'Écriture : Nequaqikamj ut mhrijùlent ignavi, mortuvt est /(î2, Reg., 5). Il est mort, mais nph pas comnons les^lâch^s inbndains , ni comme les lâcher impies ont confirme de mourir. Or voilà,, hoôimes du siècle, ce que vous devez imiter* Ni la' valeur de ce prince, ni ses qualités héroïques , ne sont presque pas des exemples pour vous,' tant elles ont^té élevées îju-<iessu8 de vous. Mais- Sa conversion et sa mort 'soifl des modèles que Dieu vous aVôit réservés, et dont je défie les cœur« les plus impénitents, et les plus endurcis pécheurs, de n'avoir p»s été touchés.
Il voulut en sage chrétien, par un retour à Dieu aussi sincère
qa^exemplaire» prévenir la mort. Ce fat votre ouvrage, Seignenr, et la gloire en est due encore aujourd'hui à votre graoe toute puissante. U auroit pu y suivant le malheureux usage des esclaves du monde , attendre jusqu'^ la dernière heure, et par d'opiniâtres délais, dans rimpuissance de se résoudre, pousser jusqu'au bout le désordre d'une espérance présomptueuse; mais ilavoit trop de lumières pour prendre un si mauvais parti. Persuadé qu'une conversion à la mort ii'étoit d'ordinaire qu'une conversion forcée , et qu'une conversion forcée ne pouvoit jamais être une conversion chrétienne , il en médita une qui, au nloins de ce côté-là, ne pût pas à lui-même hii être suspecte; et il voulut , par des épreuves solides de soi-même , se donner le loisir de se convaincre que c'étoit lui qui quittoit sotf péché, et non pas son péché qui le quittoit. Touché du souvenir des dangers qa'ii avoit courus , et dans lesquels , prodigue de son ame aus&i bien que de sa vie, il avoit mille fois risqué son salut éternel , il conçut l'importance et Tobligation de l'assurer une fois. Son ame , sauvée de tant de pé» rijs, lui parut précieuse; il ne voulut pas qu'en vain la Providence eût fait tant de miracles pour le conserver.; il crut lui devoir cet hommage, nonjseulementdene.la plus tenter, mais de racheter, par ce qui lui restoit de jours et d'années , l'oubli de Dieu et de soi*même, dans' lequel il avoit vécu. Le moment de salut arriva pour lui; il le connut, et dans u^ temps où le monde ne s'y attendoit plus , mais où le Dieu des miséricordes avoit préparé son cœur» ce prince, qui n*avoit si long-tdnps balancé que pour s'affermir davantage, après avoir pris toutes les mesures pour s'attirer le don du ciel, se déclara enfin par un changement qui réjouit les anges et qui édifia les hommes, qui consola les gens de bien et qui confondit les impies. Quel coup de foudre pour ceux-ci, lorsqu'ils virent éclater les véritables sentiments de ce héros, duquel ils s'étoient jusque là, quoique injustement, prévalus pour autoriser leur conduite ! Ce coup, mes chers auditeurs, les atterra et les consterna. De tout autre exemple, le libertinage en auroit appelé • ou plutôt, contre tout autre exemple, il se seroit ou élevé ou inscri en faux. Car voilà l'iniquité de Tesprit libertin du biécle. Qu'un mondaio, même de bonnefoi, réforme sa vie, on raisonne sur sa conversion, on en cherche les motifs, on veut que l'intérêt soit le ressort qui ait donné le mouvement à la grâce; et quand tous les dehors sont hors dé prise, on va fouiller jusque dans les intentions les plus secrètes, pour y trouver le levain caché de l'hypocrisie et de la dissimulation»
La conversion de notre prince fut à couvertde tout celi» Sa bonne foi et la sincérité de son procédé étoient si établies dans le monde, que l'impiété la plus maligne se tut, et respecta dans sa personne l'œuvre de Dieii. En effet , jamais retour à Dieu ne fut plus humble, plus uniforme, pus constant ni mieux soutenu, p! us accompagné de toutes les conditions que le uionde'mémé respecte, et qui font dans les actions des hommes ce caractère d'irrépréhensibiiité dont parle saint 4. B. 28
m OBAISON FUNÈBRE Bk LOUIS DE EOfJKBON.
Paid. Qudies wesnatea de prndeBce, je cfo d« prudenee ebrëtfemtf, son biittilité D*y obser¥a-t-<ellepas? Eg/Aernemi ennemi de raffeetatkm et de rosteatatron, îlévim migûemêment tout oe qui petnroit ressefttir l'une ou f autre dans l'accomptisseinent d'une résolution isi mainte; et l'une de ses appiieatione fat de n'y mélep «teune singalaritë par où il semblât avoir Youlo s'en faire bonneur,^ s*ëMint proposé potfr modèle le sage ei rbunMe saint Àuguslin , qui en usa de la sotte » de peur, dîsoil'il lui-même dans le K? re de ses Gonfesdons , qu'on ne J'^cewât on qu'on ne le soapçonnàl d'avoir ?onltt paretlre g;rand jusque dans sa péàisenee : Ne convêrBa tu fmnwm mêum intttenûum ma é&cenM quàd qtumtippêiiiMeni magna» tnderi (jL. 9, C^nfen., 3J. A;vee quelle égaUt'é é'ame et quelle co^tance notre prinee lie pouraoifvilhit pas ce que lagrnee d» Seigffienr luf a^oil s) divkienieM itepiré? Incapable d'un win projet, tt sepreserivil dès-lors à soi-même une fome de vie ^retienne , qu'il pratiqua saiMr relâche , et de laqùeUe il ne se dëmentk jamais : assisiant efaaque joar, nMHS avec un respect dij^delHeu, au mystève adorable ei redeutabie; priant, comme le centepier CorneiUe, SFvec assidinté; nourrissant son ame de la lecture des Écriture» saintes , dont Dîeti lui aiFoit donné lé g[Oùt ; la purifiant par la pattenee, qui, selon f Apôtre, devint Téprenve de sa fcrf^ aussi bien que la matière desapéiitence; bénissant Dieu dans ses dodeurs, et lui en faisant par sa soumission un sa^ntce continuel : tout cela à la vtt9 desa maison, qn'il écfilioit et qu'il régiort par son exemple ; n'afantpas f^ moins de zèle pour dentier, sefon TEvangile, les marques nécessaire» de sa conversion , et ponr en Mre voir les frmU » que de modestie pour en éviter Féelnt ; et jusqu'au temf^ que le Seigneur ackieva d*y mettre le seeau de 1» graine fiaale , ayant soutenu avec une inviolaljle persévérance ce qu'il avoit si sainteal^Bt et si mû- .jrement entrepris.
Ain^ préparé du (^é de J)ieu, faufil s'éiontter s'il a feit parottre en mourant toute )a grandeor de son ame, et s'il est mort en béros (Arétien? Car on peat bien dire de Im ceqtfa dit l'Écriture' d- on saint roi dffa% oHe a canonisé la piété, i^rffu magfte vie^ nltima {Eeeles. , 46), qii'il a envisagé sa En avec cet esprk de héros qui fut encore ici son cn^actère, et qui jamais ne fut plus grand que q^iaind il se trouva dans-sa personne sanetiiié par la roKgimi t Spmtu inagno. Les impies et les enfonm du siècle, malgré la prétendue force d'esprit qu'ils affec* lent pendant là vie, laissent voir aux approches de la mort toute leur f^iessevils^son^désolés à la mort, parceqn'ils n'ont pas assez de force pour se résoudre à quitter la vie. Ile veulent à la mort être trompés» parcequ'ils n'ont pas le courage de s'entendre dire qu'il faut mourir. Leur en porter la parole est pour eux une mort anticipée, que la fausse prudence du siècle croit toujours leur devoir épargner. Un malheureux respect humain, fondé sur leur conduite passée, et encore plus sur leur disposition présente, ferme sur èela la bouché aux phis
a(Hë» de leurs anris. On écarte lés ministres de rÉglisef» dont an meins la vue les averttroit d'y penser ; et la crainte d'et-frayer un pécheÉr œourani» mais parûculièrenent un grand du monde ^ fait qu'on fe U^ vre tel qiCi) «st»et qu'on Tabandonae à la rigueur des jugements de Ôieu : terribtev x^^s V^^^ châtiment de^a Uicheiéé
C'est ce que nous vovoas tous tes jours : mais c'est ce qu'on n'a p«s v« dans k héros dont je vous propose l'exemple. Que fsk-il? Frappé d^ la in^ladie qm doit dédder de son sort^ pour en hkm soutenir Inilaque, îlei veut sa!Voir le péril: il cQaunaiiile« mais en prince et ^ jB^aîilFe» qu'on ne lui déguise rien do félàt oâ ii est ; il diilige ceux qu'il a honorés de sa confiance i lui rendre cet important, quoique doulolireux office; il leur en lève kti-mémo toutes h» diCficnltés; il reçoit la «iouvellede sa mort comme il a ceot fois reçu les ordres de son sou- ' voraia , e*esl-à*dire eomme un ordm du oisi , auquel il est prêt d'o- .bâr; et le premiur seoitiment dont il est touché, e'ëst d'adorer en esprit et en vérité l'auSeur de son étre> en lui disant avec une soumîisksd également ohrétienne et héroïque : I>umisiis M; (fuod koHum r«t in octt/if tuis fadàt (1. Reg.^ 3) : U est le nmttre de ma vie; qu'il fiissede moi ee qui est agréaUe à aes yeux. Po6séda*t-il jamais son ame avec plus de fermeté ; et dans un jour, de faataiUet eut*ii jamais plus de présence et flos d'application d'esprit qqe ce jèur-là f Quoique mourant, aueun de ses devoirs ne lui échappe. U éoril' au roi une lettre a iissi tendre que respectueuse* U profile de te moment pour obtenir unéi graee qu'il a £1 ardemmisM souhaitée, et qui vpt finir la, disgrâce d*un prince qu'il ne. peut oublter; d'un prince qm'il a rsoonnu si digne de ses soins ; d'un prince qu'un mérite éprouvé, et dont il répond, lié a l^endu encore plus cher «pie la proximité du sang. U pourvoit Sux^ittaires de sa mais<Hi avec autan t de liberté que de sagesse. U pense à seë amis ; et malgré eux, par les bienfaits don t il les qomUe il leur donne les dernières marques de sa précieuseamitié. Vonsdiries qu'en elïét la mort n'est pour lui qu'un départ et un voyage auquel ilse dispose ; au lieu que Ififtnpie la regarde comme uaeentière roioev et comme une totaledestruction : Et fuod à nobig €9t iier extanmnium (Sup., 3). Uais laissons là tes devoirs du monde, etattachons*noiis à ce qu'il fait comme chrétien. Le désordre, ou plutôt le scandale des mondains qui'mèuit^nt, e^t qu'on n'ose même leur parler de ce que l'Église a pour eux de plus salutaire et de pkis saint. Cette idée de sacrements de l'ÉgNse^ qui, dans les vues de la foi, devrait les remplir de consolaiion *«t de force, du moment qu'on la leur propose, les jette dams des abaltemeute d'4àprit qu'on ne sait si l'on doit imputer à une simple lâcheté, ou à une énorme dureté; et Dieu veuille qu'4l n'y entre point d'infidélité ! Quels détours ne faut-il pas prendre, et, à la honte de la religion, quels ménagements ne faut-il pas apporter pour les déterminer à se marni* de ces divins secours, et à se pourvoir de ces remèdes sonrerainS qui sont les sources du salut? Mi ménagements ni détours ne sont néces-
îà8.
43B ORAISON FUNÈBRE DE LOUIS OË BOURRON.
flaires poor y détermiDer notre prince. Il les désire lui-même avec ardeur, iJ les demande avec empressement ; il n'attend pas que son es* prit aflx>ibli ne soît plus en état d*en profiler ; il Vent, pour en ressentir toute la vertu, ôtredans un parfait usage de sa raison, et posséder son ame tout entière pour s'en appliquer tout le fruit. Instruit de cette grande vérité, que les choses saintes ne sont que pour les Saints, il s'y prépare, non seulement par une confession fervente, mais parnne exacte et rigoureuse discussion de toutes les obligations que sa religion lui prescrit, et auxquelles il achève de satîsfoire. Œuvres de piété, de charité, de justice, il n'omet rien de tout ce que la délicatesse d'une conscience aussi éclairée que la sienne peut lui suggérer : et ce que l'on a admiré, ou «aéme vanté dans les consciences les plus timorées, est ce qu'il accomplit avec toute Thumilité du serviteur inutile, mais pourtant fidèle. Si quelque chose, malgréses soins , ce trouve avoir manqué à ce qu'il ordonne, et à quoi il fut obligé, il y supplée parla plus sûre et la plus efficace de toutes les voies. Il sait l'amitié qu'a son fils pour lui, il connoît son cœur, et il ne croit pas pouvoir donner à Dieu une caution plus inlEaillible de ce qui lui resteroit à acquitter, que l'amitié de ce fils sur laquelle il se repose. Se trompoit-il, et, fondé sur cette amitié, n'avoit-îl pas droit de s'assurer de tout ? Mais achevons.
Après avoir reçu son Dieu , plein de zèle et animé de cette ferveur qui est comme l'effet sensible du sacrenlent dans ceux qui le reçoivent bien disposés,.il répand son ame en présence des siens. Prince et prin* 4*esse qui m'éeoutez, oserai-je vous remettre devant les yeux ce triste spectacle que votre douleur eut tant de peine à soutenir? Mais suspendez pour un moment votre douleur, et dites-moi : avez-vous jamais ouï parler avec plus de diglkité, avec plus de grâce, avec plus d'énergie et plus de force, de vos plus essentiels devoirs , que vous en parla ce héros mourant? Mon, je ne craindrai pas de vous rappeler ses dernières paroles. Je sais que vous ne pouvez les oublier, et que vous en fûtes trop vivement pénétrés pour en perdre jamais le souvenir. Quand vous n'auriez pas eu jusqu'alors les sentiments de religion que Dieu vous a donnés , ce prince, i organe de Dieu, vous les auroit inspirés dans le moment qu'il se Répara de vous ; et le dernier effort qu'il fit, lorsque, bénissant sa famille dans vos personnes , il vous dit que la véntable grandeur cotuistoit à servir le Maître des maîtres^ et à mettre en lui sa confiance; et que vims insériez jamais ni grands hom' mes ni grands princes, qu'autant que vous seriex chrétiens et attachés saiidement d Dieu; ces paroles, dis-je, que vous recueillîtes avec autant de respect que de piété, auroient bien fait sur vous plus d'impression que les prédications les plus touchantes n'en feront jamais pour vous le persuader. C'est avec ces parolesqu'il vous quitta, ou, pour mieux dire, qu'il s'arracha de vous.
Pour mourir en parfait chrétien , il voulut mourir par avance à ce qu'il avoit le plus tendrement aimé. C'est à vous seul, mon Dieu, qu'il
voulut consacrer les dernierà moments de sa vie. Pour se détacher de la chair et du sang, il vous en fit» Seigneur, un sacrifice digne de vous qui Tacceptâies, et de lui qui vous le présenta; et pour exécuter luimême l'arrêt de cette douloureuseséparation, à laquelle vous le prépariez, il vous immola toute la tendresse de son cœur, en faisant retirer le prince son fils et la princesse sa belle-fille, dont la présence étoit encore pour lui quelque chose de si doux, et dont, pour tout autre que pour vous, il n'aùroit pas voulu, ô mon Dieu , perdre un seul moment. El c'est alors qu' uniquement occupé de vous, et déjà mort à tout le reste,, il entra en esprit dans votre sanctuaire, pour n'avoir plus d'auirf s peu* sées que celles de votre justice et de votre miséricorde : huroibo in pote»(tas Domim^ memarabor justUiœ tuœ êoUus ( Psaim. 70). C'est alors, mes chers auditeurs, que renonçant à tout te faste de la gloire mondame, et se souvenant seulement qu'il étoit pécheur, il donna cea marques publiques d'un cœur contritet humilié, que Diieu ne méprisa jamais dans le plus vil coupable, mais que je ne sais s*il n'admire point, aussi bien que la foi du centenier, dans un héros pénitent. C'est alors qu'empruntant la voix et employant le ministère de celui 'qui l'assistoit, il déclara le désespoir où il étoit d'avoir, par ses discours et par ses exemples, mal édifié son prochain y et en particulier ses domestiques et ses amis. C'est alors qu'ajoutant au mérite de la patience le deair de la souffrance et le zèle de la pénitence , réduit à une langueur extrême, il s*affiîgea de ne pas souffrir assez,. et souhaita, pour l'expiation de ses fautes, d'endurer les douleurs les pins aiguës. C'est alors que, rempli de foi , il répondit à toutes les prière de TÉglise , se les faisant répéter, parcequ'U y trouvoit, disoit-il, les motifs les plus solides de son espérance, et achevant d'une voix mourante, mais qui étoit encore le souffle de cette vie divine de la grâce dont Dieu Tanimoit, les psaumes qu'on tùi commençoit. C'est alors qu'embrassant la croix de son Dieu, et s'upissant à elle par de saints baisers, il pria celui qui alloit être son juge de n'oubUer pas qu'il étoit son Sauveur, lui disant ces paroles aflectueqses qui justifièrent le publicain , Deux, prafitàki esta nUhi peccaiari (Lut., 18). C'est alors que, se livrant aux ferveurs de la charité la pluwonsommée, il ne fut plus touché que du aeul regret d'avoir trop tard aimé son Dieu, et de la seule crainte de ne pouvoir pas l'aimer jusqu'à h fin. Je crains , dit-il » que mon esprit nesaffoiblisief et quepar'làje ne sois privé de la consolation queyau-' rois eue de mourir occupé de lui, et m'unissant à lui.
Mais il ne m'appartenoit pas. Chrétiens, de vous faire goûter ni sentir l'onction d'une mort si précieuse* Ce don étoit réservé à une bouche plus sacrée et plus éloquente que la mienne. L'illustre et savant prélat qui vous a parlé avant moi a déja'épuisé cette matière ; et après ce que vous avez oui, c'est à moi dé me taire ici, en me réduisant à cette seule parole de mon texte : ^Nequaquam , ut mori soient i^navi, mortuus est. U est mort, mais non pas comme les mondains, à la mort
desquels H ne paroît qu'impënHençe, qoe dureté, qu'insensibilité pour DIen, et que lâcheté. Voîlà, Monsergneur , ce<jui devoit mettre le comble à l'éloge de notre -incomparable prinée, et ce qui devoît couronner sa glorieuse vie. Sans cela, lont ce qu'il a Mx , et tout ce que f ai dît de lui , seroit devant Dieu , non seulement vanité des vanités, mais sujet de réprobation. C'est par-là que devoit finir son éloge, « rfest par-là qu'il a mérité d'étre^ce liéros de la terre dhoiA de Dieu, et prédestiné pour le ciel. Dieu, Monseigneor, vous a donné dans«a personne ridé»! de ta véritable j»!olfe. Maïs en vain et poiK" loi et potrir vous seroît-il anjourd'hrf fidée de la véritable gloire selon le monde, si vous ne trouviez en lui Itdée de la véritable piété. Vous avez bérité de ses grandefurs, de ses lumières, des rares talents de son esprit, et, malgré le silence que votre modestie m'impose, de ses qualités héroïques : mais tout cela, séparé de sa piété, à quoi vous conduiroit-il? c^mme , au contraire, tout oeta, sanmlfié par sa piété, à cfuoi ne vous élèvera-t-II pas? Ily a peu d'années que hii-mémeenteadoit ici l'éloge dci prince son père^ et voasfvitendez aujourd'hui lé sien. Ainsi seter- , miroe k gloire des hommes : mms celle que vous aurez d'4miter sa fol et Sa -religion ne se termlnei% Jamai«$. Les miaéricordes et le^ grâces singulières ddWt Dieu l'a prévenu, voi& ^ qui fait le si^ét de votre confiance, vbilà (se'qià fett la consolation de w princesse votre digne épousa, dont ce grand homme a tant hotmré )a vertu, et duut je puis dire que la vertu est l'an dèà plus 'pufMamsmotift qui a servi à la sancii^eation de ce gra)ùl homme, dar jusqu'à quel point n'en 9Ht«il pas été touché, et qu*y avoit-H de plus propre à lui ftiire goûter Dieii et à lui faire aimer fa relrgion, que la cjEmduite édifiante, que ta fieï^réprébensible, que la dévotion e xem^àire de «eite piiscesse sëon sou cœur, dont la douceur le ^^harmoit, eh métnë Xemps que son masshemehtt tous ses devoirs lej)ersnaéiô%? Vue vie hérofqtie, ehrétioM^ meilt et samtement tem^ée, voilà ce quête jeune "prtnfse vtÂi»e fils tiurà «ans ce^^ devant les yeux, ce qu'il «e sowvtenAPUd'afyoïr^, «c T% qfïi!uS insprre d^ ces ïfd^es é, ces généreux semimeMsis que imus >ô*nihcmî5 'en lui. Fot^mé et câtivépar ce héros, «n p(Niveik-4( sv^ d'autres? l'Oilâ le mod^e que tous 'les fonces de vovè^ maison onrotii; ft'ertîéflehiem à se propeser, pour être eui-mêmes des prio0B6 par- «as et dès ï^rinces prédeslm^.
iïaffs bprfe leur ivoîr réjw^ësenté un modèle %i propre 'àîes lôu<*er et si capable de le$v:onvâlîncre, c'est àTious, Sonseîgneur, fie renëffe W)oiird1ipï^ celiérôsles devoirs de la >lus juste<t de la plus scfennette Tecohnois^auce, dootnous ne nous acquitterons Jamais, le^jarie ici aîi nom de toute une compagnie qu'il a honorée de saproteèiten , de sa ttenveîflance {oseraï-;|e le dire), de sa confiance , de son estime 'et de son aminé. Vous le savez, ^nes ïferes, et -je suSs sûr qu'au mo«mèfnt que je dis ced, vos cœurs, aussi vivement émus que ^enofieh, répondent par un 'témoignage unanime à tout ce que je Tpense et *
ÉtOGË DE M. D8 LàMOiGflON. 409
UMit ce que je sens : vou$ «avez ee que aous detims à ce grand princet et ce que pous avons ferdu en ie perdant ; il étoit notre appui ^ notre conseil 9 notre consolation» Nous avions recours a l«i comme à iMtre père; nos intérêts le toncfaoient /nos disgrâces l'affligeoient^ ilpre* noie part au2L «iAQçès,de^A9s ninulAf^; w boalé pour nous nous^ervoit daQS If roood^ de défense, et nous vajoiit meux qiie tontes iel apologies. Qiiejle marque ne ^ws ftri^ pas donnée de cette èontë i après nous avojr iconfié » pendant sa vie » «fls qu'il avi^t au nooiide de plus cber, il a voi^lii mourpr entre nos mains; i^ >aourant> il noué a laissé uDe partie de lni*niènie, ji|ùi est son coMr« Ce cœar plus grand, que l'univers; C(B cœur que toifie la France auroit au]oiird'hi|i droit de nous envier; ce cœur si solide « si droîi^, si digne de Dieu, il a voulu que nons le possédassions, et que nous en fussions les dépeaî«( taires. Nous le serons» grand Pfincei et jamais dernière volonté n'aura été ni plus respectueusement ^ «î plus fidètement exécntiéèx autant de ooeurs que noos avons » ce son) comme autant de mausolées vivants ou nous placerons le v6tre. Ce bronge et ce marbre ne sont desiinéis que pour en conserver les cendres ; mais il vivra étemelle* ment ei| nous : tandis que cette compagnie subsistera » il y sera en vénération» iusques aw extrémités de Ja terre^ on prendra part à ren**» gagemeot où nous sommes d'bonorer ne eoelir. Dans Taucien tnondc et dan# le noiiveau « il y aura des ee^urs pénéirris des obligations im* n»)rtelies ^ue nous avons au prince de Gondé. Atde&noua, minîstm de Jé^as^hrisi \ k rnmptiri dans tonte son étendue, un si sainl devoir. Pontife du Dien vivant, prélat que ce héros a disi ingiié entre ses pM cbér^ et ses plus eoiifidents amîs^ aides •naos à lui rendre^ devant Dieu» le tribut solide de notre véritable gratitude, et, par le sacrifice de l'Agneau sans laeh^ que vous allez immoler, acteves de pul'ifiet* ce cœur que toute In gloire dû monde n'a pu remplir , part^eqU'il élûit né pour cette gloire étemalie m imxHrapiîbie que Dieu préparé à ses élus.