DE M. LB PREMIER PRÉSIDENT OE LAUOIGNON
( Qnelqoefe Jonn après la luert de M. le premier président db liàMisifon, le t^re Boa rdilooe pricha le semen de rAimtee dans «ne asseiiibKe de cliârité ; et «près avoir eipU que ces paroles qu'il avoit prises pour texte : Qui pensez-vous qu'est le se^-viteur prudenl et fidèle que son ihtHtrëa établi sur loufé sûnialion, dr/IH qu*Hpourv\iiiê à fikrs Besoins, et q»'H l0itr distribué dans h temps ta nourriture néee^aîré? il ^Utiiè & Ift fltt de Tëkordé i)
Je pourrois , Chrétiens , si la douleur toute récente me le permettoit , rappeler ici k vos esprits une idée sbdsible dé Ce serviteur prudent et fidèle dont l'Évangile nous parle aujourd'hui. Dieu nous en avoit mis devant les yeux un rare exemple, bien plus capable que mes parole de vousédifieri si neua avions ionériÙ oe le posséder plus
* Noniif fDenr Tévèqn^ d'Aatun.
long^teiÀps. Ce grand et illustre mafristrat, qu'une mort aussi prompte que douloureuse vient de nous ravir ; cet homme, Thonneur de son siècle, ^ornement de sa condition, Tappui et le soutien de la justice, le modèle vivant de la probiië, Famour de tous les gens de bien; cet homme parfaitement chrétien, et encore plus recommanda- Ue par sa' religion que par toutes les éminentes qualités dont la nature Favoit enrichi ; cet homme qui sut si bien accorder la grâce de sa modestie avec l'élévation de sa dignité, la douceur de son esprit avec la fermeté de son ministère » les vertus qui le feisoient aimer avec celles qui, malgré lui-même, le faisoient révérer et admirer; cet hommu, enfin , dont le nom ne mourra jamais, et qui vient de s'ensevelir dans la bénédicrion des peuples, c'est celui que je pourrois TOUS proposer comme la parfaite imagé du serviteur fidèle de TÉvangile, puisqu'il n'y a personne de vops qui ne lui rende ce témoignage, qu'il a été par profession , par inclination, par choix de Dieu et par élection , le père des pauvres, puisque l'un des caractères par où il s'est distingué est d'avoir chéri les pauvres comme ses enfents et comme sa propre famille; puisque ni l'éclat, ni la foule de ses importantes occupations , ne lui ont jamais 6té un moment de cette application infatigable qu'il a eue pour le bien des pauvres; puisqu'il n'y a point de maison ni d'établissement de pauvres qui n'ait été l'objet de son zèle, et qui n'^n ait ressenti les effets ; puisque les pauvres euxmêmes , par leurs gémissements et par leurs larmes , protestent avoir perdu en lui un protecteur^ qu'à peine espèrent-ils recouvrer jamais. Je pourroia^, dîs-Je, pour l'exécution même de mon dessein , vous retracer l'idée de cet homme incomparable, et l'éioge-que je ferois de sa personne ne seroit qu'une rèconnoissance publique que vous cou* fesseriez lui être due. Mais mon regret particulier (car combien ea particulier me doit être, non seulement vénérable , mais précieuse et chère sa mémoire?), ma douleur très vive et très sincère m'empêche de vous en dire davantage , et de m'expliquer autrement que par mon silence. Suspendons pour quelques moments les réflexions que nous aurionsà faire sur une perte que nous ne pouvons assez pleurer; et pour bien comprendre ce que c'est dans la maison de Dieu qu'un serviteur fidèle, adressons*noos à la Vierge qui prit la qualité de servante du Seigneur, au temps même qu'elleen fut déclarée la mère. Ave Maria.
2V. B, On à cm ne devoir pas omettre ici l'esiai d'un panégyriqoe de saint Benoit, que te Père Bonrdalooe avoit tracé pour une célèbre communauté de religieuses bénédictines, et qui se trouTOit placé à la fin du second volume des Pensées.
Non est similis UU {liUgislatoHbm.
Entre les législatenrs il n*7 en a point de semblable à loi. lAore àe Job, cbap. xxri.
C'est de Dieu mc^me que ces paroles doivent s'entendre dans le sens
SERMON POUR LA FÊTE DE SAINT BENOIT. 44i
de l'Écriture; et le saint homme Job en^parloit ainsi, parceqne Diea est en effet le premier et l'incomparable entre les législateurs. Je sais que Dieu a ce degré d*excellence , en quelque qualité que nous le considérions; mais il faut avouer qu'en qualité de législateur, il a un caractère de perfection qui le rend encore plus inimitable , et qui le distingue plus paiticuliërement des autres. Car, selon la remarque de saint Grégoire de Nazianze, il est tellement législateur, qu'il est' en même temps la loi^ c'est-à-dire que la loi de Dieu n'est rien autre chose que Dieu même; et que Dieu, qui donne la loi à tous les êtres créés, est lui-même la première et essentielle loi de toutes les créatures. Caractère propre de la divinité. Caractère fondé sur la nature et la prééminence de l'être de Dieu. Caractère incommunicable à tout autre que lui : et voilà par où lui convient dans toute son étendue ce bel et magnifique âoge y qu* entre les législateur $ il n'y en a pas un qui ligale.
Permettez-moi néanmoins. Mesdames, d'appliquer en quelque manière ce même éloge au grand saint Benoît, dont vous célébrez aujourd'hui la fête. Ce fut un législateur envoyé de Dieu, et suscité dans rËglise pour y établir des lois de sainteté et de perfection. Tel est le portrait que TËglise nous en a fait elle-même , et c'est son» cette image qu'elle nous l'a représenté en le mettant au rang des Saints. Un homme , dit-elle , qui fut le restaurateur de la discipline monastique , presque entièrement ruinée dans l'Occident. Et par où. la rétablit'il? Par l'institution de sa règle; de cette règle qui a sanctifié des millions d'ames , et opéré des effets de grâce que nous ne pouvoiis assez admirer.
Or , pour expliquer mon dessein , entre les qualités nécessaires à un législateur, il y en a trois principales , la sagesse , l'autorité, et le succès : là sagesse pour disposer la loi, l'autorité pour la faire observer, et le succès pour la répandre et lui soumettre un grand nombre de sectateurs. Le législateur doit avoir des lumières et delà prudence , pycequ'il doit ordonner; il doit avoir de l'autorité et de la force» parceq^'il doit obliger ; et il doit avoir du bonheur dans ses entreprisés, parcequ'ir doit engager les hommeè à recevoir sa loi et à l'agréer. C'est sur ce plan, Mesdames, que j'ai formé le panégyrique de votre glorieux patriarche. De tous les instituteurs que la Providence a choisis pour l'établissement des ordres religieux , nul ne fit paroître plus de sagesse dans les mesures qu'il prit pour bien disposer sa règle, et pour attirer sur lui l'esprit de Dieu ; premier point. Nul ne témoigna plu^ de zèle, et n'eut plus d'autorité pour maintenir sa règle et pour la faire pratiquer; second point. Enfin, Dieu ne donne à nul autre plus de succès pour la propagation de sa règle et pour la perpétuer ; troisième point. Dans ces trois points, qui partageront ce discours, vous trouverez de quoi vous instruire et ^equoi vous éditer, si vous voulez. m*honorer de vo^rç attention.