‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 52 sur 99 · DEUXIÈME POINT · texte numérisé non relu

DEUXIÈME POINT

Autorité de saint Benoît pour accréditer et faire observer sa règle. n sort de sa grotte; il descend de la montagne comme Moïse, portant les tables de la loi, c'est-à-^dire sa règle qu^il a concertée avec Dieu, et qu*il veut publier au monde. Plein de zèle, il parle, il sollicite, il presse : mais, aussi l^ien que Moïse , il ne trouve d*abord que des sujets rebelles et indociles ,'que des cœurs durs et intraitables , que des esprits farouches et grossiers , que des hommes légers qui Técoutent, qui se rangent sous sa discipline, qui le reconnoissent pour leur maître ; mais qui bientôt ; ennemis du jau^^ se soulèvent, se tournent contre leur législateur, et osent même attenter sur sa personne.

Que fera-t-il? Dieu l'appelle ailleurs, et il y va. Le mont Cassin étoit le lieu marqué par lu Providence, où la règle de saint Benoit devoit parnître dans le plus grand éclat. Changement admirable de la droite du Trè>>HaMt. Que vos conseils , ô mon Dieu , sont incompréhensibles ! qu'ils sont profonds et adorables! Qa'étoit-ce que celte fameuse montagne? Le siëge de Timpiété, où les peuples pro-

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ftternës devam Tidole d'ApeUan lui présentoieiit de Teiioeiis et Tadoroient. Mais c'est là même que le nouveaa tégislaieur établit la régie qa'il apporte. L'idole est renversée, brisée, foiilëe aux pieds. Lanoa- Yeite rèftleest reçue» pratiquée, autorisée. Comment saint Beadt TaiitoriseH-il ? 4 "^ Par ses e^Lemfiles ; 2o pm* ses miracles.

1. Par ses exeauples* Ce qu'il fait pratîqaer à ses diàoiples, ii^oin- VbMce pair le pratiquer hu-aiêtoie. Viouiez-tous , disoit saiot Grégoire fape, ipiiabrégédelarè^ledesnbtBeiott^ coasidérèz sa yie ; et vonîea-vous, ^outoit le nème soiiveraiu poalife , tm préM de la YÎe de -mût Bettcrft, (iMHisidérez sa rdgft. L une est une |îai*fiaite expressioa 4e rafitre.'.Gar ce grand Saiat, eét honme de Dieu, ne vivoit point autrement qu'il enseignoit, ni n'enseignoit point autremélit qu'il tiriÀ. Voilà* oà oonaistoit tout le secret de soo gouvernement, ll.feîsoit , et ilordonnoit^ D'ordoniMr et de ne pas faire , il eik cm être prévarioateur i de foire et de ne point ordanner selon qu'M le Moît, fi eût manqué au devoir de législateur. U disoit à aes diseipies : Soyez humblfiS; soyez petits à vos yeux ornais en même femfps il dierchoit en lottt à s'humiiîer Ini-méme, et donnoit tous les témoignages d'un parfait mépris de lui*méme. Il leur disoit : Cédez sans peine, et ne contestez avec personne; mais en même temps il abandonnoit luimême un monastère déjabâtiet pourvu de tout, afin de céder à la violence d'un prêtre qui le traversott , quoiqu'il lai fut aisé d'en avoff justice, et de le réduire à la raison par les toies ordinaires et les plus légitimes. H leur disoit : Aimez le prooiiain, aimez jusqu'à vos enneuns ,les plus déclarés ; mstisenméme temps lorsqu'il apprit lui-même la fin malheureuse de cet ecclésiastique qui s'étoit porté contre loi à de si étranges extrémités , il eu fut pénétré de douleur , ^t il le pleara, comme s'il eût perdu l'ami le plus cher et le plus fidèle. Mes Frères, leur disoit-il, exercez la okarité envers les pauvres, et faites-vous pauvres pour eux ; mais en même temps il se retrancboit lui-même jusqu'au nécessaire, il faisoit distribuer à des troupes de mendiants toutes les provisions de sa maison, et ne se réservoit d'autre ressource que la Providence. Ainsi du reste. Il n'est donc point étonnant que ses paroles fussent si efficaces , puisqu'elles étoient si bien sontenues par ses œuvres. G'étoit assez de le voir agir : ses exemples faisoient évanouir tous le$ prétextes , aplanissoient toutes les difficultés,confondoient la paresse des uns, excitoient la ferveur des autres, affermissoient la règle, et la mainienoieut dans toute sa vigueur.

2. Par ses miracles. Ils furent écliaiants et fréquents. Or qu'étoitce que tant de prodiges divinement opérés par le ministère de saint Benoit? C'étoient comme autant de témoignages que Dieu rendoit à jsn règle , comme autant de sceaux dont Dieu la sceiloit et la confirmoit, comme autant de voix paV où Dieu disoit aux disciples du saint abbé : Voilà mon serviteur que j'ai choisi, voilà le législateur et le maitre que je vous ai donné ; écoutez-le, et obéissez-lui ; il est revêtu

SfiftIfON POUH LA FÊTE DE Sàm BSNQST. W

dâ aM pottiprâ* ;. et si v»ils en doutez^ les- i.neryeillea que j^'opère par \m doivenl: vaitfr en coDvaincre.

Attssû Mesdames, prenez garde ^ &'tt voiUr piteU » ^ une reivarqiie bien particulière et bien ÎAipoKiante touchant It^ipiraGles de votre glorieux feadMeur. £Ue est ik Vabba Godefi?oy, 4^i4ne de$ g^saïuiks hunièrea de li'ordre de saint Beoef t^ Car de ntéme-q/au^ Moïse «e fit jaflEiaîa demiraeles que pour autoriser l4ir loi de Dieii r. da même qia'à la naissance de VÉgilise» kâapètre^ne fir^ni^defr miracles lyie pour ^ta* blir la foi qu'ils annonçoient; de même saint Benoit n'en fit-il aucun, ou presque aucun, que pom^domerdlki poids à sa règle et pour Tap^ puyer. Il fait marcher i^a de ses. disciples sur les eaux , il Êiit sortir du sein delà terre une fontaine^ il multiplie les pains, il chasse les démons et délivre les pos^édés^ il ressuscite un mort, il connoît les secrets des cœurs et les révèle, il' prévoit Tavenlr et le prédît : tout cela, et bien des faits e^ue je passe, tout cela , dis- je, pourquoi? afin de jfaire valoir et de relever tantôt la règle de l'obéissance, tantôt celle de f humilité, ou celle de la charité, ou celle de la tempérance et de la sobriété, ou celle de la confiance en ÛieU „ ou celte de la solitude et de la clôture , ou quelq/ue a^itre. De là cette autorité avec; laquelle saint BeaoU donacit ses ordres, et dé là même cette soumission avec laquelle ses ordres éioient reçus et suivis. Ce n^étoit point par la multitude des paroles, par la sévériië des menaces, par la rigueur des châtiments^ par des airs impérieux , qu'il se taisoit obéir. Tout en lui ne respiroit que douceur, que bonté, que miséricorde: mais puissant en œuvres, et d'ailleurs le premier à toutes les observances, il y eugageoit encore plus ses frètes par l'édification de ses exemples^ que par i'ëclat de ses miracles.

Édification, Mesdames, que vous vous devez vous-mêmes les unes aux autres. Édification d'une extrême importance pour le soutien de la règle que Vous professez. Car vous êtes toutes intéressées à la maintenir autant qu'il est en voire pouvoir ; et si vous n'avez pas pour cela le don des miracles, il ne tient qu'à vous , par la grâce du Seigneur, de vous procurer mutuellement fe secours du bon exemple* Rien de plus fort que Texemple pour toucher les cœurs et pour les gagner» Il ne faut quelquefois, dans une communauté religieuse, qu'une fille exemplaire pour y entretenir la régularité, la piété, toutes les vertus. On la voit, on est témoin de ses actions, on ne peut lui refuser l'estime qui lui est due, et chacune entend au fond de Famé une \o\%, secrète qui lui dit : Pourquoi ne feriez- vous pas ce que celle-ci fait? ne le pouvez- vous pas? ne le devez- vous pas? Ce reproche piquç, réveille, encourage. Mais, par un effet tout contraire, souventne faut*il qu'une fille qui s'émancipe de ses devoirs et qui se dérange, pour déranger toute une. maison. Point de contagion plus prompte à se communiquer que le mauvais exemple. Il répand même d'aulant'pltts vite son venin, qu'il est secondé parle penchant de la

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natare corrompue, qui d'elle-môme tend toujours vers le relâcbement. On ne l'a que trop vu de fois : mais, par une bénédiction particulière dif ciel, vous ne le vîtes jamais parmi vous «Mesdames , et TOUS ne Ty verrez point. Le précieux dépôt que votre père vous a transmis, vous le conserverez ; ce qu'il a commencé et ce qui lai coûta tant de soins , vous le perpétuerez ; cette règle dont vous avez hérité, ffe perdra rien entre vos mains de sa perfection et de sa force. Elle vivra dans vous, et vous-mêmes vous vivrez par elle.

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