SERMON POUR LA FËTË DK SAINT BENOIT
discipline il doit établir pars»! eux. Reprenons encore, s'il vous plidc, el donnoris à ceci un nouvel éciaircissement.
1. Il quitte le motkde. De quitter le monde, œ ne dut pas être pour saint Benoit un léger effort , ni une médiocre vertu. 11 étoit grand selon le monde ; et en renonçant au monde , H renonçoit à de riches prétentions. Hais ceue séparation du monde étoit nécessaire pour racconipiissement des desseins de Dieu sur lui. Qu*éût4l appris dan» le monde ? les maiîmes du monde, les coutumes , les règles , les lois du monde. Quelle prudence y eût-il acquise? une prudence v^ondaine, cette prudence réprouvée de Dieu. H n'y avoit que le désert où il pût être éclairé d'une sagesse supérieure et toute céleste. G'étoît là que Dieu devoit lui déclarer ses volontés, et lui foire connottre ses. voiesl G'étoit là même que, dégagé de toutes les vues humaines etde^ tous les objets capables de le distraira, jl devoit être plps'attenttf à la voix de Dieu et qu'il pouvoit mieux f entendre.
9. Il jeûne , et ce jeûne s*étend à toutes les œuvres de la plus sé-^ vère pénitence . C'est un autre Étie : malgré la délicatesse de son corps , il se couvre du vêtement le plus grossier. G'e^t un autre Jean-Baptiste : on peut dire de lui, comine du saint précurseur, qu'il ne mange ni ne boit*. Sa demeure , c'est un amtrè ténébreux et pteill d'horreur : on diroit plutôt que c'est un sépulcre, que la demeure d'un bt)mn)e vivant. Le liioù il repose, c'est la pierre dure. Et s'accorde-t-il mém^ quelque repos , ou du moins ne regrette-t-il pas le peu de repos qu'il est forcé d'acc€«4er à ses sens, et à quoi la naiure nidgrë lui l'assujettit? Quelle vie i quelle mortification t queHe ;rt)iléga« tion de soi-même! Et pourquoi? ati A que tous tes appétits sensuèh étant réprimés et comme éteints, nul sentiment imlTureV, Hutte itt<slination, nulle passion ne péttrooMer les opérations àë i'am^, tiî f einpéchei' d'apercevoir les i*ttyônsde ce soleil de justice i*"ofc luiderofeat venir les plus pures et les plus suMimes eôntroisslitïces. San« ceta, dît saint Basile , le jétUne et tbut ce qui l'aocompà^e, IfMe iK^eàt ^ ajppirocher de cette nuée lun^ïîneiisé où le Seigneuf lui apparut. Amii e$t-pe le jeûne , ponrsifrt îe même Pè^e ^ qui «été l'esf)**lt , ^ -«iç» gère les bons cobseiis , qui donne la sagesse aux lé^fi^teurs*
à. II prie. N entreprenons point de lé saivre Jusque dans le «el*^ la Divînîljé, où par lé secours tie Foralson il ta s'abîmer et se pei^rë; Que df$-]e , se perdre ? Jamâîs îé disciple bieto aimé , saiirt Jeau , >ié pénétra plus avant daits les seétiefs de la sagesse divintô, qu'après s'être pai^ibleihetit endormi Sur la poitrine et lésus-Chri^; él qllf péùtfHfé tout ce que l'esprit de véi^é 4îctoh Intérféur'ettttwt 4 tiot^*è éaittt s»rti^ taire,.dans le doux et nniystérieux SÔrttirtieH d'Wptdfoiade Coutettilrfa'^ lion? <?étoit là son école , et il ite lui fi^loit iioWt 4*«iu!te màtre «|ue vous, Seigneur; il tfen'vouloît^oîMd^awrfe. 8àg«j da^ièiie , fâtti
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sa^Dts , taisez- vous; ou si » pour fialter votre orgueil , vous faites ea de longs et vains discours le pompeux étalage de celte science |>roiane dont vous êtes adorateurs , parlez tant qu'il vous plaira : ce n'est point à vous que Benoît aura recours i ce ne sont point vos leçons qu'il prendra. Aux pieds du crucifix où il se prosterne» à la vue du ciel ob il tend incessamment et affectueusement les bras, dans une union étroite avec le Dieu qu'il adore et à qui il ouvre son cœur, il en apprendra plus mille fois qu'au milieu de tous les philosophes et dans, les plps fameuses académies. '
Voilà, Mesdames, quels furent les principes qui donnèrent naissance à votre règle, à cette règle marquée, selon l'expression de saint Grégoire , d'un caractère singulier de sagesse et de discrétion; à cette: règle, ni trop courte ni trop étendue , ni trop vague ni trop détaillée, ni trop -rigide ni trop indulgente; à cette règle qui , par le plusjuste tempérament , mortifie tellement la nature qu'elle ne Tacc^te point , et la ménage aussi de telle sorte qu'elle ne la flatte point ; qui s'accommode à tous les ftgfes et à toutes les dispositions, aux foibles et auxforts,aux sains et aux malades, aux jeunes et aux vieux, à l'un età l'autre sexe; à cette règle que Its conciles ont approuvée et confirmée, que les instituteurs des siècles suivants ont étudiée comme un excellent modèle, et dont ils ont profité pour le gouvernement des saintes sociétés qu'ils avoiênt à conduire. Voilà, dis-je, Mesdames, comment elle fut originairement conçue; et voulez- vous en prendre vou&^mêmes l'esprit, la vouless-vous former et maintenir dans vous, cène peut être, . avec la grâce d'en haut, que par les mêmes moyens , je veux dire que par la fuite du monde , que par la sévérité de la pénitence , que par l'exerdoedeToraison. . '
Fuite dumonde. Car l'esprit de votre règle est un esprit de retraite; et il en est de cet esprit comme de ces essences précieuses , qui ne: peuvent se consei^ver et qui s'évaporent dès qu'on les produit au jour. Vous savez ce que disoit cet homme si intérieur et si versé dans la vie spirituelle et religieuse : Toutes les fois que je me suas mêlé dan* let conversations des hommes ^f en suis sorti moins homme et plus imparfait que je ny étois entré S Ah I Mesdames , la belle parole , et qu'elle contient un grand senç! Si pour converser avec les hommes on en devient moins homme, à plus forte raison en devient-on moins chrétien ,Qioins religieux , moins régulier , moins fervent, et, dans votre eut, moins rempli de l'esprit de saint Benoit. J'en parle avec d'autant plus d'assurance et plus de consolation, que c'est en présence d'une communauté où cet esprit de solitude n'a pas reçu jusqu'à présent l'atteinte la plus légère de la part du monde.
Austérité de la pénitence.. Il .y a dans nous deux lois toutes contraires : la loi de l'esprit , et la loi du péché , qui est celle des jsens. Afin
* çuotie^ inter hwnines ffiit, mi^or. ftomç redH (Iinit. ChiiitOi
donc qae l'esprit prévale, afin que « dégage de tout obstacle , il puisse 4igir dans une pleine liberté, il fout que les sens soient soumis, et ils ne le peuvent éire que par la moriification et la pénitence. C'est à quoi , Mesdames , il n'est pas besoin que je vous exhorte. S'il y avoit quelque chose à corriger sûr cela parmi vous, ce seroit plutôt un saint «xcës dans le retranchement des commodités et d^ aises de la vie. Excès, il est vrai, qui doit être réduit à de justes bornes; mais, du reste, excès plus Jouable que toute la prudence delà chair et ses faux ménagements ; exoès.oii porte cette sainte folie de la croix , dont le grand Apôtre se glorifioît; excès, dit saint Bernard, qui, par raffoiblissement Yoloutaire du corps , élève l'esi^rit à la véritable sagesse, et lait la sanctification de l'ame.
Exercice de Tôraison. En est-il un plus propre de la retraite , et , par conséquent , plus conforme à la règle que vous avez embrassée ? Moins vous traitez avec le monde , plus devez-vous traiter avec Dieu ; car ce n'est que pour traiter plus librement , plus assidûment , plus familièrement avec Dieu, que vous vous êtes retirées du monde. Dans la voie où vous marchez , toute droite qu'elle est, il peut y avoir pour vous des écueils à éviter , des égarements à craindre , des chutes, des décadences, des relâchements à prévenir. De prétendre trouver dans vous-mêmes les règles de votre conduite , les vues ,* les secours nécessaires, ce seroit une présomption et une illusion. II faut donc aller plus haut; il foiit vous dégager de vous-mêmes , il faut chercher ailleurs que dans vous-mêmes , et cela par une fréquente prière. La prière vous approchera de Dieu ; et plus vous approcherez de Dieu , plus vous participerez à ce don de sagesse qu'eut en partage votre bienheureux père , et qui fut particulièrement en lui le fruit de l'oraison.