‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 63 sur 99 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

N*en doutez point , Mesdames • la nécessité de ces pauvres nouvellement convertis est très pressante; et si Ton ne pourvoit à leurs besoins 9 il est évident qu'ils doivent bientôt tomber dans rextréme misère : pourquoi? en voici la preuve sensible f c'est qu'ils n-ont pliis les secours qui les £aisoient autrefois subsister. Dès-là donc qiie vous ne suppléerez pas à ce qu'ils ont perdu» ou, pour mieux dire/à ce qu'ils Qnt volontairement quitté en se réunissait à l'Église, quelle sera leur ressource, et qui les soutfendra? Je m'explique ; et fidtea« ^*il TOUS plait , à ceci une sérieuse réflexion.

Car tant que )eur religion a été tolérée, et qu'ils- ont vécu dans rEgUse protestante, ils y étoient assistés , et bien assistés. On ne les Toyoit pcSnt alors.s'adresser à nous.; ils ne venoient point nous exposer'leur pauvreté; ils ne nou^ faisoient point entendre leurs gémissements et leurs plaintes : marque inÇailTible qu'ils ne sojifiroient pas , et qu'ils trou voient même sans peine, parmi leurs ^ères, ce qui suffisoit à . leur condition et à leur état. En' effet , ta pauvreté , parmi ncHT hérétiques, n^étoit ni négligée, ùi délaissée. 11 y avoit entre eux, non seulement de la charité, mais de la police et de la régie dans la pratique de la charité: G'étoit pqur eux un devoir de secourir les pauvres dans leurs maladies , de le^ retirer de la mendicité , de procurer des places à ceux qui pouyoient servir, de l'puvrageà ceux qui pou- Toient travailler, des aumônes à ceux qui ne pouyoient s'aider euxmémes,.ni s'àpjpliquer ; de n'oublier personne, et de veiller sans exception sur tout le troupeaii. Soyons de bonne, foi , et ne leur relusofts point la justice qui leur est diie. Rendons-Ieuir là-dessus lé témoignage qu'ib ont mérité, et qu'on leur a souvent rendu. Reconnoissons que sur ce point nous n'avoùs rien ^ leur reprocher, et souhaitons que, sur cela même» ils n'aient de leur part nul reproche ànousfaif^e.

Voilà, dis-je, comment leurs pauvres étoient traités. Mais depuis que ces pauvres, renonçant à l'erreur qui les séduisoit, se sont soustraits à la conduite des faui^ pasteurs qui les égaroient; depuis qu'ils sont sortis de leurs mains pour se jeter dans les nôtres , et que du sein de l'hérésie ils ont passé dans le ^ein de la Vraie Église, de quel œil désormais les regarde tout le parti qu'ils ont abandonné? Op les dénonce aux assemblées opmme de9 déserteurs , oh les efiace du nombre des frères, et oli ne les compte plus dans le oontistoire que pour des apostats et des excommuniés : onne teor donne plus de part aiix distributions, et on leur retranche tput ce qu'ils recevoient. Bien loin de s'intéresser pouf eux et de leur continuer les mômes gratifications, peut-être au fond de Tame se réjouit-on de les voir 3,4. 32

488 sua U CHARITÉ

dans la âQafTrance et dans la disette, et peut-étra en triompbe-t*<m. Ainsi donc, de ce côté-là, restent-ils sans espoir ; ces sources, auparavant si abondantes» se sont tout-à-coup desséchées,, et ont tellement tari à leur égard» qu*i)s n'y peuvent plus rien puiser; d'autant plus dignes de npire piété et de notre zè!e , que c'est par esprit de religion et pour se joindre à nous qulls se sont- privés de ce soutien , et qu'ils ont fermé les yeux à toutes les considérations humaines qni lès pon^ TOient retenir.

Hais du reste , Mesdames , en feisant ce sacrifice , à quoi se sont-ils attendus, et à quoi ont-ils dû s'attendre? Us ont cru que Yotre charité les dédommageront de leur perte. Ils se sont persuadé que dans le parti de la vérité qu'ils embjrassoient, il y am*oft des âmes aussi tendres et aussi secourables que dans celui de l'erreur, dont ils' se défachcMent. Ils se sgnt promis que, devenant par ttne étroite alKanee nos amfs, nos frères, les membres du même corps , nous ne leur rëfnsertons pas les devoirs de Fomitié^de l'hospitalité , de la proximité , d'une sainte fraternité; que, priant devant 'les mêmes âniels que nous, participant aux ni'émes mystères que nous, mangeant avec nous le même pain céleste, et usant du même aliment spirituel à la même table, qui est la table de Jésus-Christ^ on ne les' laisseroit pas d'ailleurs li^anqùer de la nourriture ordinaire, ni lan(j[uir dans un triste abandonnement ; que- Dieu pdhseroit à eux , et qUè cette Église catholique -dont on leur disôit tant de merveilles, Gloriosa dicta sunt cfe ti, citiUaJf bei (Psalm. 86), que cette Église, à qui ils recouroient comme à leur mère , et qui les adihettoit parmi ses enfants ,'ne seroit pas insensible à leur indigence, et ne les verroit pas périr sans prendre de justes mesures pour 'la conservation de leur vie. Telle a été leur attente; et, dans .cette confiance, ils ont .fraiicl^i le pas; ils ont rompu les liens les plus forts , qui depuis dé longues années les ari:Ô- (oient; 41s n*ont écouté ni les sentiments dé la nature, en s'éfoîgnant de leurs proches , ni la voix de Jours ministres, dont ils ont également n}éprisé et les menaces' et les promesses, et les invectives et les offres. Ils nous ont tendu les bras, et nous^ tes avons reçus, Dans un premier mouvement, nous leur avons témoigné la même joie que le bon pasteur marqua à tous ses voisins lorsqu'il eut ramené sa brebis : Cùngratuiamim mîhi, quiainve^ ovem quœ perîeràt (Lvc, ^ 15).

Mais en queldeuil'doit-sé tourner» pour eux cette courte joie , si de notre part ils demeurent sans assistance? N*ayant plus rien de ce ^'ils avoîént , »et ue trouvant rien chez nôuy de ce qu'ils espéroîenl , ne'seront-its pas dans un délaissement absolu? Quand les Israélites se vireftt engagés sous la conduite dfe ttoïsé et d'Aaron dans une terre .Iridê et déserte, et qu'ils se sentirent pressés. de la fyim , il s'éleva parmi fcmte innombrable multitulde d'hommes, de femmes, d'énAnts, un murmure général cqntre leurs conducteurs et contre le Dieu même d*lsraél.;Oii sommes-nous, s^écrîèr*ent-ils , et en quel {)dys nqus à*t-on

ENVCIRS LES i^UV^^l^ CATHOLIQUES. m

f^ii yenir? Dumof^ w Ègfpie mm avjopsilq puin en ^iidincé': Com§(iebamus pqnemin saturitate, (Mxod,^iii). ie «ik^-HeiHlaQies » que ce muriBure des Israélites étoit injuste et trq> préeipitë. Cesi pour cela.qu7ls en furç^nt piiniç, el que Dieu en tipa une si pitHçpte et si rigoureuse \eng;eânce. MaU lorsque tant de nouyeaux. fidèfes resteront parmi nous daps fjoubli » et qu!ils y seront dépourvus de toutes ciioses» n*auront-ils pas droit de se.plaindre^? et que leur ré* pondrôns-nous , quand ils nous diront, Comedebanius paném in tatw^ ritate^ Rien ne nous mauquoit où nous étions; on nous recherchoit • on nous entretenoit. Vous nous avez appelé^ , VQus nous avez invités à vous suivre; vos prédicateurs» vos pasteurf, toutes les puissances ecclésiastiques et séculières nous ont pressés là-dessus » et fait des uh stances auxquelles nous n'avons pu résister. Mous nous sommes rendus , nous sommes venus , nous voici , et chacun semble nous méconnoitre, chacun se retire de nous? Que sera*ce quand ils le diront à Dieu? Comedebamus jianem in iatuHtate :,Hé! Seignéiû*! nouj; ayons éprouvé tes effets de votre providence » tandis que noiis marchions hors de vos vores;.nous y avez- vous attirés pour nous. donner la mort?' * •

Mon , Mesdames , ce n'est point ainsi que Dieu Ta prétendu. Ce $eroJt uhe honte» et pour sop service,-^ pour son Église. L'honneur de l'un et de Taulre dêmanltle qu qu n*y^ trouve pas moins d'avantage,, pas moins de douceur, paâ moins d^ charité, que dans de fausses i'«Ugions et dans des sectes formées ix)i)tre lui. Si donc il est touché des murmures qu'>l entendra , et si ces mArmures exci^nt sa colère , ce ne sera pas .tant à ré{;ard de ceux qui les fetont que de ceux qui les causeront. Il pardonnera ai&ément à de^ UKilheureux trompés dans leurs espérances , accablés (\q leur^' peines , incertains de leur sort, également troublés e% de la vue du passé , et du sentiment des miisères présentes , et de la crainte des maii:; à vepir. Mais sur qui il exercerai sa justice avec plus,jde sévérité, c'est sur vous-mêmes: pourquoi? parce que c'est vous qui les hurez réduits en ces tristesses profontdes et en ces désolations, .vous qui aurez été le sujet et l'occasion de- ces plaintes amères et de .ces révoltes, yous qui aurez rentersé les de$<* seins de la P^*ovideqce, qui" aurez; déshonoré TÉ^se de Jésus-Christ, et donné à Thérésie une espèce de s^ériorité et d'ascendant.

Car quelles .seront les rarileries et les insultés des hérétiques opî» niâtres et endurcis, lorsqu'ils verront le déplorable "état de ces troupes de catholiques tout récemment entrés datis TËglise, après s'élre séparés d'eux? M'auront-ils pas lieu en apparence de leur dire ce que Moïse djsoit avec vérité, aux Juif? incrédules et rebelles : Vbi sùnt dn, in quittiB' habebant,fiduci(m.{Deut. , 13)? Où Sbnt donc vos appuis? où fioni ces' béhéSietions du ciel , dont (hi vous rëpoudoic flvee tant c]*a9suranee% et âiurï|ilCH vous faisiez tant de fond? où «ont ces ûmes oliariu^bles, ces |H*Otectauw puissairts et vigilants , ces pflkrôns qui

500 SUR LA GHAMtÉ

devoieiit fous secoarir en loot ; et ne vous renvoyer jamais les nudti v^e^? Qn'ik paroiisent, ec qu'ils yods aonlagent an moins en de si flcheoses exif émités : Surgant^ et opittUentur vùfns^ et in nece$nme vos protegmt {Deut.y 32) . Or ces outrages. Mesdames, ne reUMnberomib pas sur toute rÉglise, et n'en seren-vous pas responsables à Dien?

Hais le nombre de ces convertis est trop grand: Trop grand, Mesdames? ah Me peut-il être trop? le pouvez-vous. penser"? le deyez* vous? ht qu'y a-t-il à souhaiter davapiage, que de le voir croître sans cesse, et d'être tous rassemblés , selon le désir du Fils de Dieu, dans une même bergerie et sous Un même pasteur? Et fiel unum o^Ue et unui fottor (Joan., 40). Le nombre de ces pauvres est grand: c'est |)our ceh que vous devez augmenter vos soins; c'est pour cêb que vous ne devez, pas vous contenter de vos aumônes ordioairés; c'est pour cela que vous né devez, pas 3eulemeùt y employer' toat le sliperfln de votre état , mais quelque chose du nécessaire. Disons la vérité : le nombre ne seroit pas trop grand , si chacune loisoit son devoir, et donnoit à proportion de* ses forces. H n^est donc trop grand que parceque plusieurs ne veulent rien contribuer, ou ne veulent pis assez contribuer.

Mais les temps ^nt difficiles : j'en conviens ; mais aprëâtont^MeS' dames, ne m'obligez pas à réfuter cette objection, toute spéâeue qu'Ole est , par des preuves qui vous eonyaincroient et qui vons coifondroient. Gir ce sont des arguments pris de vous-mêmes, de votre propre exemple , de vos dépenses les plus communes dont nous sommes témoins, et dont nous gémissons. Quoi qu'il en soît, et quoi qui y ait à prendre sur vôus\ vous n'en ferez jamais tant pour bien accueillir ces généreux prosélytes , qu*ils en ont fait pour parvenir josqu'à nous,*et pouc vaincre tous lés obstacles qui s'opposoient àlenr réunion. Combien, se sont arrachés par une sainte violence d'entreies Inras de leurs parents^ qui les baîgnoient de leurs Jarmes et qui lenr perçoient le cœurdescris les plus douloureux Combien ont abandonné leurs héritages, et ont mieux aimé se mettra au hasard d'aae ruine entière, que de s\>I)stiner contre la lumière qui les éclairoit et contre la gracê qui les pressoit? Que leur ^courage vous anime; que leur désintéressement vous instruise: mais surtout ayez égard à leof salut étemel; et souvenez-vous qu'en les assistant dans feài? besoins, vous les confirmereis pstr votre charité dans la foi^ et vous acbèferei leur conversion , comme je vais: vous le montrer dans la^ seconde partie.

DEUXliun BARTIE.

Toute conversion, même sincé#e , n^'esl pas, Uesdames^ dans je sens que je l'entends 4 une conversion parfsiiie; et je n'appelle con^ienitt parfaite que celle où l'ame demeure bien affiertaisr sans être sojette à ces incertiludes quif endent «a foi cbancelaHHè, ni à ces retours qi

ENVERS LES NOUVEAUX CATHOLIQUES. iiM

Taitraioent dans ses premiep égarements» et dëtruisent en etteVœiivre de Dieu. Suivant ce princi(>e, nons pouvons dire que, s*il y a beau*» coup de catholiques nouvellement convertis, il y en a peu qui le soient pleinement et parfaitement; pourquoi ? parcequ'il y en a peu en qui la foi ne soit encore bien (bible , et dont on ne doive craindre de scandaleuse» rechutes. Il est donc d'une extrême conséquence de les fortifier, et de nous les attacher si étroitement , que rien ne puisse les rengager dans leurs anciennes erreurs » ni les détourner du droit diemin où la miséricorde du Seigneur les a conduits. Que faat*il pour cela ? Gagner leur esprit et leur cœur : leur esprit, en leur persuadant tou* jours de phis en plus la véritié de notre religion ; leur cœur, en les affectionnant à cette même religion et la leur faisant aimer. Ôr l'un et réitre; Mesdames ^ dépend de vous, et sera le fruit de votre cèle wÉav eux et pour tout ce qui les concerne. Voici comment ; écoutezle, s'il vous platt.

Car je sputienà. d'abord que^vous iieleur ferez j0qai8 mieux con* ookreia vérité de noire religion que parld charité qui s'y pratique, puisque la diarité est la marque la plus certaine de la saititeté,et que U sainteté e^t un des plus favorables préjugés de la vérît^. Je ne prétends pas néanmoins que ce soit là le seul motif de leur créance. On 9alt assez que toutes les hérésies ont affecté l'édat des bonnes oni- Tres et d'une charité fastueuse. On suit que saint Augustin pour cela vouloit qu'on jùjgeflt des personnes par la foi , et non de la foi par* les personnes. Mais qnand aux autres moiib lai charité se jointe une charité bienfaisante , une charité pr^vehante , nne charité toujours vigilante etconsuinte, c'est ce qui achève de déterminer les esprits ef, de les fixeiv Aussi est-ce cette charitéiienVers les pauvfes, qui si lon|[temps a donné du crédit à la religioa prétendue réformée. Ce n'étoH paa une preuve; sùf&ante p6iir elle , 4)aVceque ce n'étoit pas une preuve. entière et complète-; nteis enfin cette. preu;^e, quoique suspecte de s4 part, nelaJMait pas de fain^ impression» et de lui attirer une infinité de sectateurs. C'étoii un fsuix-métal « mais qui frappoit les yelix ; et ces pauvrêsy.dont . vous'éles présentement 'ciiSfgées, n'étbieirt la plupart retenusi]un par-là> et n'avoient point de plus puissante raison qui les convainquît. • .

Ainsi , Mesdattpte,pQur vous conformera leurs dispositions, ii faut maiatena^t que vous les détrompiez de 4a fausse opinion où l'on s'étu* dioit à les élever-: que de ion^ }es religions , il n'y avoit que la protestante qui s'iniéressAl pour les pauvrii^ Il faut que vous leur fassiez yoir qfi'entre le^ autres prérogatives de la religion catholique, elle a encore celle-ci, d'être la plus compatissknieet la plus^raiséricordianse. On prépare des missions pour leur instruction , et je- ne puis assez louer un d^t^on si.digne'duz&le apostolique. Maïs du reste, ilfaur, availt ^oufés choses , que vous soyez vous:mèmes l^rs missionnaires : par où? par vos libéralités. Car, pour app}iqiier ici la parole de saint

^i SUk LA CUxlHlTÉ

Paul, ihiîiêquod animale, deindè quùdspiritualeil,Cor., IS), le temporel oovre la voie au spirituel , et c'est .on <les préparatifs les plus effieaces. Voilà ce qui conciliei'a aux ministres du Seigneur rattentioo de ces noilveaux disciples ; voiiù ce qui donnera de la force à leurs paro* fwf, et ce qui appuiera leurs prédicaiioiisr. Quand ces pauvres, que rÉÇlise a recueîtlis dans son sem , verront dçs dames de qualité les Percher elles-méanes , les visiter , les encourager, les aider, c'est ce qui les touchera. Ils concluront qu'une religion qui inspire une charité si pure, n*est point aussi affreuse que leoi*s ministres la leur de* peigDoient. Us reviendront des fausses idées qu'ils en avoient conçues, et ils eu prendlront de plus justes et de plus vraies. Sans.cela, les pré* Aioateurs auront beau parler, toutes nos exhortations seront inutiles, 6t tout ce que nous dirons ne produira rienl Car ^^omment rei^erroot nos discoure dles gens à qui nous refusons lé pain et la vie, et qui, comparant ce qu'ils sont avec ce qu'ils étpient, se trouveront parmi nous aftstfittis de toutes sortçs de çalaitiitës, et sans espérance d'aucun soutient Hé croiront-ils pas qtie leur Aiisère esfune punitîoïi.dv ciel; qae Dieu condamne leur changement, et qu'il lesr en châtie ?elne penseronlrih pas à retourner en arrière, età rompre rengagement qu'ils avoient contracite avec nous*? Datigereiise tentation contre laquelle il ite lient qu'à vods , iMEesdafties , dé les prémunir, et. illusion subtile dont vos charités les détromperont. *

•Il y a plus : en pefsuadaijtleurs esprits, vous gagnerez leurs cœurs: car rien ne ga^e plus le cœur que l'affection qu'on* nous témoigne, et que le bien qu'on nous fuit, itsirouverobt de la douceur daus la foi <mtfaolique^ etpar^là ils la coûteront; elJe^leuf deviendra chère et aimable. Tel est ie moyen dont 'seservoit lé Sauveur çiômedu monde: petit ëauvel* tes âmes , il^uéris^it lès^eorps , et « peine >l-il opéré Fttu de ces miracles s»rs Fàutre. Cdaparoît intéressé; mais VlfUf doDt hi providéBce est ddorabte , çhipfoîe fôui à la vocatiott et au sata de ses éhw. Les( riches et lespaufres sfe gâgUeut» difftremmeni: celtax^îà d'une certaine maafière, ettîei>x-cî parlesdoàs. Mais qu'importe , pouVvu qu'efl effet on les gagné tons *, et qtï'à Kexemple de notre divin inalirQ nous profitions dès beëoms dés paitvres pohr les ^quérir à l'Église , et nous noug prévalicftîs de leur indigence pour la gloire et les intérêts de^liieu? Moyèhle plqs proportionné i léui'fciblesse: convertis 'ou noil* convertis, ce sont les membres f de Jésos- Christ , mais les membres àoqffranls et langui^isants , *qifil feat, par conséquent, ménageV,* et mettre en état de bieiï digérer la sainte nourriture qû'èri leur destina.' Comme pauvres, ils doivent être évairgélisés : Pauperés evan^elixantuc ( kfAtTH. , H ) ; mais il est nécessite , a leur éèard, iqftte l'Évangile soft accompagné datoplés largesses et d*uUles secours*: moyen que vous avez' entre les mains, votas, Mesdames , que Dieu a pourvtjes des biens de ce monde, et qui aurez là -dessus plus de comptes à fui rendre. IToii s'ensuit utoe décision qui

ENVEU5 LÉS N0UVI^:AUX CATHOLIQUES. 803

vous étonnera peut-élre, et qui pourra troubler. vos consciences; mais dont vons serez obligées de, convenir, pour peu que vous y fassiez 4'attention , et qu'e vous conoprepiez les principes les plus communs et les plus indubUables de la morale chrétienne. C'est par-là que je finis, et c'est dans cette conclusion que je renferme tout ce qui me reste à vous -représenter jsur un sujet si important. . Voici donc comment je raisonne.. Il est certain que les œuvres de miséricorde ne sont pas seulement dé conseil, mais de précepte, dans le christianisme, puisque c'est, particulièrement sur ces œuvres de miséricorde queïioùs devons être jugés un jour, et récompensés où réprbuvéa éternellement. Il est certain que ces œuvres de miséricorde, ordonnées sous de si grièvi^s peines, ne regardent pas seulement leç besoins du corps, mais les besoins de J'ame; et même les besoins de Famé encore plus que ceux du corps , puisque Tame .est bien plus no- Ue que le conps. De là je conclus que ce qui suffiroit pour être coupable d^un péché moriel par rapport anx besoins du corps, suffit a ]dlis forte raison pour être également criminel par rapport au& he* soins.de Tame.* Sfdonc, comme il est évident et comme vous le reconnoîssez toutes ,'ce seroit un péché digne de la damnation, d'abandonner le pauvre dans le danger prochain de perdrç la vie du corps , iaute d'ua secours qu'on peut lui fournir, c'est une conséquence incontestable, que ce ûe sera pas un nâoindre crime ( e devrpis .dire qiieie çera un crime mille fois plus grùpd ) de l'abandonner dans le prochain danger de perdre la vie de ('«me et de se pervertir, lorsqu'on peut, par une assistance salutaire, le mettre à couvert de ce nlalbeur et l'en préserver. Or ne savez- vous pas, Mesdames, que c'est là le péril où se trouvent une infinité de pauvres à demi convertis? Je dis , a demi convertis ; car, malgré toutes les démonstrations extérieures et toutes les paroles«qu*ils ont données, nous ne devons p^s supposer qu'à leur égard tout soit déjà fait,' et nous' devons pluiôt supposer q|ie tout est encore à faire.. En effet, les uns, ainsi que je vous lai d'abord marqué , quoique convertis de bonoe foi, ne sont pas néanmoins bien établis dans la grâce de leur conversion. D'autres sonr dans le trqubleet dan^ l'agitation qu'a dû l^r causer ui^ changement qui les éloigne de-tout ce.qu'ils avoient de plus cher, et qui les engage à .une créance et à des pratiques où ils n'ont point été élevés. Quelques uns demeurent dans une indifférence et une froideur qui ne les attache à rien; et pli/isieur^ enfin ne se ^nt soumis que par force, et catholiques au-dehors, ne le sont guère dans le cœi^r. Ju^ez ce qu'il doit arriyei* de tous ces gens-là , si votre charité n'y remédie. Jggez si l'oq peut raisonnablement espérer qu'ils aient assez de persévéi^ance pourtenir fejr'me dans raffiiciion et dtms la disette. Ce sont des arbres transplantés : s'il n'y a point de suc dans la terre pour le^ nourrir, si c'est pour eux une terre &èché,.^y prendront-ils racine, et dès le premier orage ne serônt-ils pas renversés?

SM SUA LA CHARITÉ ËNVëKS UN SÉMINAIRE.

Reprenons , Mesdames :.il est donc vrai que celte nombreuse multitude de nouveaux catholiques est exposée à retomber dans Tiiécésie » à renoncer la foi et à se damner. I\ n*est pas^ moins vrai que vous ppuvez les arrêter sur le bord du précipice et les sauver en les duUivantyCn les consolant et les soulageant, en subvenant à leur infortune. Si vous ne le faites pas , vous en croirez- vous guîties devant Dieu?

Hé ! Mesdames » qu'oi^ vint actuellement vous dire 'qu*à la porte de cette maison un pauvre est sur le point d*expirer par ta faim qui le consume, y en a-t-ii une de vous qui ne courût à Taide, et qui s*en itnt dispensée? Or je vous avertis, moi, et vous ne pouyez Tîgnorer, que des milliers dç pauvres sont prêts à périr spirituellement, pVLVceqne vous les laissez périr temporellement ; et sur cela, vous vivrez tranquilles et sans scrupules? vous penserez n'en être point comptables à Dieu? vous ne craindrez point cette formidable menace qu'il vous fifit dans rÉcriture , aussi bien qu'à ces prêtres qu'il avoit choisis pour la conduite de son peuple? Sàngùinem autem ejsis de mahu tua requî' ram (Ezech., 3) : Voilà des âmes dont le salut dépendôit (jie vous. Elles m'étoient bien précieuses, puisqiie^je les avôis rachetées de mon sang; mais les voilà perdues par votre faute. Je \o^^ les redemande; et si vous ne pouvez me les rendre, il faut q^e la v^tre m'en réponde: Sàngùinem autem ^us de manu tkârequiram» Oui, Mesdames, la vôtre en répondra : mais ce qui doit être aussi pour vous d'une consolation infinie, c'est qu'autant d'ames que Vous conserverez à Dieu , autanjt mettrez -vous le salut de la vôtre en sûreté: autant Dieti la comblëra-t-il de grâces en cette Vie , et de gloire dans l'éternité bienheureuse que je vous souhaite, etc.

EXHORTATION

Maria ergà aeeepU libram ungumti nardi pi^fid pretioH, et unxU pedes Jêstr, Marie Madelieiiiè prit noe lim d'huile de sentei^i? d'un nard éxoeSeat et de gnuid firix , et elle en arrosa les pieds 'de Jésus. Saiht JiulN , diap. xu.

G*est le tédloignage.que Madeleine , Tune des'phis illustres pénitentes de rÉglise de Dieu , et ,~ si j'ose user de cette expression ,Tune des plus saintes amantes de Jésus-Christ, donne à ce divin maître des sentiments de son cœur, et dé Tattachétaent le pkis pur et le plus sacré. Le parfum le plus précielix ne Test point encore assez pour satisfaire son zèle , et il n'y a rien qu'elle voulût épargner, dés qu'if s'agit de ce Sauveur adorable dont elle a embrassé là.loi, et à qui elle s'est dévouée sans réserve. Beau -modèle que vous propose , -Mesdames , l'évangile de ce jour,* et qui m'a paru convenir admirablement à ce que vous venez faire dans cette assemblée. (Test la charité qui vous y amène , et une charité d'autant plus relevée et plus paVfoite , qu'elle

SUR LA CHARITÉ ENVERS UN SÉBimAIR£. SÛ&

regarde les prêtres du Seigneur et ses ministres. Je puis donc la comparer avec l'amour de Madeleine, et avec tout ce qu'illui iuspire aujourd'hui pour honorer le Fils de Dieu et pour lui marquer son invio«^ lable fidélité. Je dis plus, et je prétends môme que Totre charité a dea avantages qui la distinguent, el. voici dans une comparaison suivie tout le fonds et tout le partage de cet entretien. Jésus-Christ témoigna que Faction de Madelane lui étoit agréable , Stnke illam (Joàn., 12) ;: mais votre charité doit être encore devant lui d*un plus grand mérite; c*est la première partie. Judas et la plupart des apôtres traiterait de prodigalité l'action de* Madeleine, et en'muf murèrent : Vi quidpenU-- Ito hœc [Matth., 26)? mais votre charité doit être d'une utilité si évidente, qu'il hé peut y avoir d'esprits assez critiques pour ne la pas ap-^ prouver : c'est la seconde partie. Enfin > toute la maison fut rempUe* de Todeur du parfum que Madeleine versa sur les pieds du Sauyeuç dû monde, Et domm hnpleta est ex odore wiguenti (Joan., 12) ; et le fruit de votre cltàrité se répandra dans toute TÉglise : c'e§t la dec«^ nière partie* Donnez-moi , s'il voiiç plaît , votre attention.

PREMIÈRB PARTIE.

Cést unç témérité de vouloir faire cprmparaison du mérite des Saints ; et saint Jérôme traite d'indiscrets et d^esprits peu sensé^ceux qui entrepreodroient d'examiner si dé deux Saints, l'un est plus grand devant Dieu qu^ l'autre , et s'il le surpasse dans l'état de la gloire : Qui SanctQrum mérita stultè comparant. Mais on peut, sans* imprudence, et* même avec sagesse, faire cony)araisoQ des bonnes œuvres et des actions des' Saints, en jugeant les unes plus méritoires, plus louables, plus agréableis à Dieu que les autres, pârceque Pieu nousa donné dans l'Écriture d& règles pour les discerner de la sorte,^t tes Gonnoitre. II ne nous a pas réveléjequel des bienheureux dans le ciel est plus élevé et plus glorieux ; mais ilnous a révélé, par exemple, que l'obéissance vaut mieux que le sacrifice, et qu'il faut quitter l'autel po^r aller se réconcilier avec son ffère. Il miest donc ici permis de comparer la charité que vous êxerceab enyers les prêtres de Jésus- Christ, avec l'action que fait'Hadeîeine'en répandant un parfiioi pré* cieux sur les pieds du même Sauvqur ; et je ne crois point manquer au respect dû à cette sainte pénitente , ni diminuer sa gloire, quand je disque de contribuer par vos aiunônes à la ènbsistance des ministres de .l'Église, c*est quelque^hôse encore de plus excellent dans l'estime de Dieu, et 'dont ilse tient infiniment plus honora'. Jésus-Cbrist disoit bien, en parlant de sa propre personne^ que celui qui crbiroit en lui » feroit déplus grands miracles<que lui-même ^ Qm crédit in me ; opéra quœ ego facto et ip$e faciet^ et majora horum /octet (Joan.^ 14). Pour* quoi ne pourrions-nous pas djr.e,,sans rien perdre dé Thùmilité c^é« tienne, qu^vec la grâce de Pieu^ et par la grâce de Dieu, nous sommes* capables d'être employés à une œuvre plue; importante en elle-

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