SUR L'OBSERVATION 1>ES RÈGLES
religieases; elle m'a confié bien des âmes, qui n'ont pas dédaigné de m'accepter pour leur servir de conseil et pour être le dépositaire de leurs plus secrets sentiments* J'en ai été édifié» j'en ai été touché., j'ai eu mille fois occasion de me confondre moi-niéme, et malheur à moi si je n'en ai pas profité! Mais au mifieu de tant d'exemples édifiants et touchants, on trouve quelquefois de ce^ personnes malcontentes et chagrines, à qui tout déplatt dans leur profession, et dont la vie, . par-là même» n'est qu amertume et dégoût. U y en a beaucoup moins que le mondé ne veut se le persuader ; et c'est uire injustice qu'il fait, à notre état, de croire q^e ce soit là le grand nombre; mais enfin il y . en a eu de tout temps , et il y en a encore. Or voici , jnesi chères SœurSy ce que vous pouvez observer avec moi : c'est que de ces âmes ainsi rebutas et affilgées, la plupart ne le sont que parceque ce sont des âmes paresseuses et négligentes, que parceque ce sont des ame^ immortifiées et indociles, que parcequece sont des âmes ennemies de toute contrainte, et qui n'ont jamais su se faire quelque violence pour se former à l'ordre d'une communauté et pour s'y accoutumer. Car tout ce qu'il y a de religieuses ferventes et fidèles à leurs devoirs , bien ioin de trouver le joug pesant et de se plaindre, ne cessent point au contraire de rendre gloire à Dieu, et de le bénir de ses miséricordes envers elles : tout leur devient praticable, tout leur devient aisé; elles se plaisent à tous les exercices de la religion , parcequ*elles les aiment ; et elles les aiment , parcequ'elles aiment la règle , et que ce sont des exercices que la règle ordonne. Mais ces âmes tièdes , volages , dissipées, répandues audebors, sans exactitude et sansfidéliiié à leurs pratiques et aux fonctions de leurs emplois , voilà celles à qui les moindres observances paroissent insoutenables, etqui s'épanchent là-dessus en dé si fréquentsmurmures. D'autant plus aveugles que, par une erreur dont on ne' peut près* que les détromper, elles.se persuadent que ce sera en se mettant plus au large, si je puis parler ainsi, en se rendant moins sujette auxpratiques d'une maison, et en s'attrihuant comme de plein droit des priviléges particuliers, qu'elles se procureront du soulagement et qi^les diminueront leurs peines: illusion la plus spécieuse dans l'apparence^ mais, dans le fond, la plus fausse et la pliis tronipeuse.Car jedis,moi, que plus elles chercheront à s'émanciper et à se licencier, ()lus elles seront exposées aux mécontentements et aux ennuis : la raison en est que tout.ce qu'elles voudront avoir de commodités et.de vaines satisactions aux dépens de leurs devoirs , ne servira qu'à les rendre en* Gore plus sensibles, plus délicates; et que plus leur délicatesse, p!us leur sensibilité augmentera, plus elles sentiront augmenter pour elles le poids de la règle. Il est vrai qu'elles se déchargeront d^une partie de cette règle ; mais, quoiqu'elles fassent, il y aura toujours mille exercices dont elles ne poiu*rontsô dispenser ; il Ëiudra toujours garder certains dehors, il faudra toujours suivre un certain plan de vie ; et , n'agissant alors que par p^easitéf t par contrainte , vqus juges assez