‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 70 sur 99 · SUR L .OBSERVATION DKS RÈGLES · texte numérisé non relu

SUR L .OBSERVATION DKS RÈGLES

tcensare, tous les sentimeDtsdu oœar qui vous font alors parler, sont des péchés. Or qui ne sait pas combien il est facile et ordinaire que loes circonscaoceSy ou d'autres semblables, se rencontrent dans la transgression de nos règles? Ah! mçs chères Sœurs, rentrons en nous-mêmes, et faisons une sériease réflexion sur nous-mêmes; nous nous trouyerons beaucoup plus coupables devant Dieu que nous. ne raviolis cru jusqu'à présefit. Quoi qu'il en soit , des âmes dévouées à Pieu doivent-elles donc compter si exactement avec Dieu? et pour me . fiiire dwerver ma règle dans toute son étendue , pour m'engager à n'en pas omettre l'article le phis léger, ne doit-il pas me suffire, Sei- ItMur, que ce soit au moins une imperfection de la violer; que ce soit •n'opposer à i'exécution de vos desseins, et agir contre vos vues ? Dans 0)télat de contradiction, d'opposition mutudle et habituelle entre vous «et moi, que puis-je attendre de vous? et par quel titre pourroisje me promettre de conserver une sainte union avec vous? Ne seroit-ce pas, 81 je m'en flaUois^ le dernier aveuglement? ne seroît-ce pas la plu^ grossière et la plus dangereuse illusion? Il faut donc, si je veux avoir la paix de-Dieu , comme parle saint Paul, Fax Dei (Phiiip.^ 4), cette paix qui est au-dessus de tous les sens, cette paix plus précieuse que toutes les richesses, que toutes les grandeurs, que tous les plaisirs du inonde; cette paix que j'ai dû chercher dans la retraité religieuse, et quej'y dois chérir comme mon unique trésor; il faut, dis-je, pour l'avoir, cette paix divine , que je me soumette à ma règle. La nature y répugnera, et cette condition lui parottra onéreuse ; mais le fruit que j'en retirerai, ce fruit de paix, et d'une telle paix, est un assez grand bien pour me dédommager de tout ce qu'il m'en coûtera de violence et d'efforts. Avançons : sans l'observation de k règle, ppiiH de paix avec Dieu^et pcmit de paix avec nous-mêmes : c'est la seconde partie.

DEUXIÈME PAttTIB.

Comment une am.e peut-elle être bien avec elle-mêoie, lorsque dans elle-même elle est déréglée ; et le moyen qu'elle jouisse de la paix intérieure, tandis qu'elle entretient au milieu d'elle-même deux ennemis qui se combattent sans cesse et se livrent les plus rudes assauts? Or voilà l'élat d'une ame religieuse qiii né vit pas conformément à sa profession, etqiii veut s'affranchir des observances de sa règle. Saint Bernard, parlant de lui-même, s'expliquoit en des termes qui devroient nous surprendre, si nous ne savions pas quel esprit les lui inspiroit, et qu'ils partoient du fond de son humilité. Vous me voyez, mes frères, disoit-il à ses religieux ; mais me connoissez-vous, et savezvous quije suis? Ah ! poursuivoit cet humble serviteur de Dieu, j'aiîrois peine à le dire moi-même, et.à me bien définir. Car de la manière que je. vis,, je ne suis ni du mond.e ni de là religion. Je ne suis pas du monde, puisque j'y ai renoncé; et Je ne suispas proprement de la religion, puisque lout^ m« conduite est si peu religieuse; J'^tois appelé

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de Dieu à la sotHude, et il n'y a point d'tioHiiiie bî dissipé <pé moi. fal fait vœu de vivre dans la cloître, et totite ma vie se passe aa-dehors, dans les voyages, dans les cours des princes, dans les assemblées pubKques. Mon emploi davrolt être de vaquer à la contemplation des choses da ciel , et je me trouve chargé de tontes les afl^ires de hf terre. Qu'eat-ee que tout cela, et, dans une telle disposition, i^dmi-je pas me regarder comme nir monstre? Ain» le pensoit ce grand S«6t, jttosi le confessoit-ii ; et e'ëtoit, encore une fois, son humilité sesleqsi lui inspiroit ce sentiment et lui feîsdt tenir ce langage. Oar K a':^ soit en tout que par Fordre de Dieu. S'il traitofit avec les mis et lespo» tentats-du siècle^ ce n'ëtoit que pour travailler à leur conversioii. S^ se trouvoit dsns lea plus célèbres assemblées, ce n'^toit qofe poar ter» miner tes schismes et pour aceommoderJes difMrends. Oecopatioss cil ht cause de Dieu l'engageoit, et qui valoîent miemrquele repos des» solitude , outre qu'il la pof toit toujours dans sou eeeur, cette soliiiide 91 chère, qu'il l'y conservoit au milieu de tons les emJ^rras, et que s'il, sortoit de son monastère , c'étoit pour aller répandre dans la moode l'esprit de la religion, et non point pour apporter dans la réir gion l'esprit du monde.

Mais nous, mes chères Sodurs, quand nous négligeons netrerègleel que nous en abandonnons^ la pratique , ne pouvons^nous pas dire, à notre ccmfusion et avec vérité, ce que saint Bernard disoit pour soniB* stroction et pour s'humilier? Car qu'est-ce qu'une personne reli* greuse sans régularité? n'est-ce pas comme un faviômeetqaedii* mère? Elle est du corps de la religion , et elle n'en est pas. Elle n'est pas du monde, et eHe en est. Prenez gardé: elle est^ du miondie, potqu'elle a l'esprit du monde^ qui est de vivre sanffègle; cft eHen'estpis du monde, puisque son état l'en sépare. EHe est dtt oohps deterO' ligion, puisqu'elle a les engagements de la religion ; et néanmoioseDe n'est pas piembre de la réugion, puisqu'elle n'est pas animée de l'esr prit c(ë ta région. Elle est Tun et Fautre toUt à*la fois , car eHe tient quelque chose de l'un et de l'autre ; et elle n'est totit à la fois^ Ton ni Tautre, car éJle ne veut pas être l'un, et elle ne peut pas étrerafr tre. Or, dans cette contrariété, je prétends qu'il est impcissibte qu'elle ail la paix : pourquoi? parceque delà doivent natire dans elle des affections, des désirs, des sentiments tout opposés , et que celte (^ivc^ site de sentiments, de désirs, d'affections, doit exciter dans son cœor une guerre perpétuelle.

Vous savez ce qui faisoît gémir saint Pauf. Malheureux qae jesms, s'écrioit ce grand apôtre, qui me délivrera àe ce corps mortel , où j'ai tous les jours de si violents combats à soutenir? Je sens presqaeà chaque moment la chair s'élever contre l'esprit, et Tesprlf contre la cb»fî tellement qu'ils ne s'accordent jamais, et que j'en porter tottte la peia* • Caro enirmcQncttpiscit advershk spir'itum, éptrituê aulei»ii*#èraÂf w ^em;- fceec enfm riU invieem advmantttr ^àfAm^^ '8)'.-HéWr?*l«f cM-

SUR L'OBSËRVAliON DES hÊÔLËS. »S»

T«s Sœurs, ne sommes-iiDiis paâ encore datas un ëtal plus ftch^x, qualnd détit esprits contraires et absoltimënt incompatibles se trodirént tout ensemble àa toiilîefi de nous pour nojls toyrmeillir, Tesprit dé h réglée H l'esprit de la libërtd? Tësprit de là règles cjite tfous avons* reçu des holhè enftncë spiritiiéllè, si je puis pi'ë^ltpfim^r de M Sorte j €'est«à-dire dès noire entrée dans la maison de Dieu ; et TeSprit dé Itf KbëHéi qui âané là Mvé à répris stir nods Son ëtupite, et k'eéi ètApéré dé ileirë VkÉtib i l'esprit de la règle , dut faôùs inspire la Sdntdissidn ; ^ respTiidé là liberté, qui liôils porte à j'itldëpendattce : i'^^prit de là r^lle, qui Ubris éâptite, et par-IS noué devient insupportable ; et l'ëspHt d« la liberté, qUi iidtis flatté, çt cjttî par-là tiiâme ndas corronopt; Càè e*est bien atoH ()ue dons pontbns notis écrier, avec tout tfd autre stijet qhe lé Docteur des nationé t InfriUt ego futrào, quîs M Hberabit de cot' père htùrti$ hùjm {Rom.^ 7)? Hë ! Seigdeur, juSqnes à quand Sërai^jé dans le trouble, et en de éi cruelles agitations ? Je ne suis plus d'ac* cord avec moi-même i je iHii ëôinbattu par mes prdpr-es Sentiments. Je cbndaaihe ce qile j'aime, et f aime ce que je condamne. Je veux, et je ne veux pas,; et tant que ié d^eurë aind partagé, puisjè avoir là ptix et m'établir dans une situation tranquille ?

Non, mes chères Sœurs, noiis ne l'aurons jamais: et quelles douceurs poùrrions-nous goûter? Les douceurs du monde nous sont ni" terdlles ,* et nou^ nous privons des douceurs dé la religion. Nousn*avofli pas tes joies apparentes du monde, parceque nous ne lé pouvons pas; et nous n'avons pas lès joies solides de la religion , parceqne nous né le voûtons pas. Le monde à ses divertissements et ses plaisir^; mais fiOus h* Y pouvotis préteqdre, puisque nous TavoÀs quitté. La religion à ses consolations toutes spirituelles et toutes saintes,' mais elles ne sont pas pour nou^, puisque nous vivons s|ins règle : car de mépriser Isl! fëgle et d'en ressentir TodctloD, c'est te qui ne fut jamais, et ce qui ne peut être. Or n'ayant phis ni consolation ni douceurs dans la vie religieuse, n'est-ce pas une conséquence Nécessaire que nous n'ayons >lus ni calme ni repos dans le cœur ? De sorte, mes chères Sœurs pardonnez-moi si j'applique ici ces {[i^aroles de saint Bernard ,'et si l'use de cette compstraison, dont vous pourriez justement être blessées, si je Tentendois à la lettre, et que je n'y miâse pas toute la proportion convenable ) ; de sorte que ce qui se passe à l'égard dé ràUiè réprouvée dans lé lieu de son supplice éternel, se vérifie eii Quelque manière dès mîuntenant à l'égard de Tame religieuse 9ààs le liéU' inéme oï lé cehlupTe lui étoit destiné , et oit elle devoit trouver son bonheur. Voulant, éè soustraire à sa règle , elle ne f eut jamais ce qu'elle devroit vouloir, et elle veut toujours ce qui lui eàt défendu et te qu'elle ne peut avoir. Elle toUdi*oit Vivre â sa discrétion, ordonnet^ elle-même séfpn sorf gjré de toutes sfes acliôns, fïe Faire qtfe ce. qui lu^

Îlatt, que comme If Inijplaft, due Ibr^^'îf îkiî pfàît, et tf est ce tîuî ué} i! pm étre'pâihis; Elle ité tdddron^int dépendre, se càptiVër, sd

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gêner; et c'est à quoi néanmoUis elle. est iodispensablement obligée. Or, dit saint Bernard , qu'y a-t-il de plus pénible qu'une volonté ré^ dnite à cette double nëfeessité? n'est-ce pas là l'image de l'enfer ? Qmd tàm pcenoM, quàm semper velle quod nunquam erit, et semper noUe qmd nunqmm non erit f quid tàm damnalum, quàm vobMa^ addieta, huic necessitatif

Cependant que fait la conscience? ne parle-t-elle point? n'agit-^Ue point? et dans ce désordre ne vientrelle pas ajouter peine sur peine, et percer une ame de ses pointes les plus douloureuses? Ah! mes chères Sœurs , il n'y a que Dieu et nous qui soyons témoins de ce qu'elle nous fait sentir quand nous sortons des voies que notre r^e nousatracéeSy et que nous nous abandonnons à nous-mêmes. Si peutêtre, à certains moments où les objets nous dissipent et nous entraînent, kious ne sommes point touchés de ces remords secrets» que ces moments sont suivis de retours amers, de traits \iis et piquants, de pensées tristes et a^geantes! Car, au milieu de tant de bons exemplesqu'on a devant les yeux, au milieu de tout ce qu'on voit et de tout ce qu'on entend, dans la confession, dans la communion , dans l'oraison » dans tous les exercices dont on ne peut s'absenter , et ou Ton assiste au moins de corps, si l'on n'y est pas de cœur , il n'est pas possible qu'il nevienneàresprit mille reflexions qui l'inquiètent, et mille reproches qui le piquent : Je ne suis pas ce que je dois être, je ne vis pas en religieux, je n'en ai que l'habit. Pourquoi me distinguer ainsi des autres» et ne pas faire ce qu'ils font? Pourquoi m'exempter des lois communes? et qui m'autorise à prendre toutes les lib^ertés que je me donne ? Que seroit^^e si chacun en usoit comme moi? et quelle forme de religion y auroit'il dans une communauté? Mais enfin, à quoi se terminera la vie lâche que je niène, el que me.servira4'avoir quitté le monde ?.Que deviendrois-je si Dieu m'appeloit à lui , et quelle consolation aurois* je de mourir en cet état? Est-ce un état de perfection? est-ce même, par rapport à moi et à mes engagements, im état de salut ? Tout cela, mes chères Sœurs, ce sont autant de vues dont on ne peut se défendre, et qui nous causent malgré nous les plus mortelles alarmes. Car vous l'avez sagement ordonné, mon Dieu , disT)it saint Augustin ; et c'est un effet de votre niiséricorde aussi bienque.de votre justice, que tout esprit hors de la règle trouve dans soi-même son châtiment et sa peine : Jussisti^ Domine, et sic est ^ ut omms inordinatus animiu pœnn. sit ipsi sibi ( AuG. ). '

N'en cherchons point d'autre témoignage que l'expérience , elle suffit ici pour vous convaincre; et souffrez qu'outre les connoissances propres^ que vous pouvez avoir, je vous fasse encore part desmîeones, et de ce qu'un long usage doit m'avoir appris. La Providence qui m'a hpnoré du saint ministère où je m'emploie par ses ordres, et dont je tâche à'm'acquitter,celteProyi(](ençe divise m'a conduit en bien des lieux différents ; çHe.m'a fait qbii^bitrêj'iutérieurdqlne&ilé^ai^^

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