‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 9 sur 99 · SERMON POUR LA FÊTE DE SAINT JEAN UÉVANGÉLISTE · texte numérisé non relu

SERMON POUR LA FÊTE DE SAINT JEAN UÉVANGÉLISTE

Cowtergus Peirus vidU Ulum 4Uelpulum çuem dUigebat Jenu têfièenUm, qui €t r#aûmU in ecend super pecttM ejus.

Pierre, se retoomant, vit itenir après lui le disciple que Jésitt aimoit, et qql pendant la ctae s'étoll rqpMé aar mm sein. SiWT Jiàn, thiip. ^z. .

Tel est , Chrétiens , en deux mots , Tëloge du bienheureux apôtre dont nous solennisons la mémoire eh ce isaint jour ; voilà ce qui nous le doit rendre vénérable , ce qui nous doit inspirer pour lui et un profond respect » et une tendre dévotion. C'est le discjple que Jésus aimoit : caractère qui le distingue, etqiij lui donne entre tous les Saints de la loi de grâce un rang si élevé. Saint Jean fut appelé comme les autres à Tapostolat; il porta , comme saint Jacques , le nom d'enfant du tonnerre. Ezéchiel nous le, présente comme l'aigle entre les évangélistes : son Apocalypse en a fait le premier et le plus éclairé de tous les prophètes du nouveau Testament: il a souffert une cruelle persécution pour Jësus-Christ, et mérité d être mis au nombre de ses plus zélés martyrs ; il tient dans le culte que nous lui rendons une placé honorable parmi les vierges ; les Eglises d'Asie l'ont reconnu pour leur patriarche et leur fondateur : mais tout cela ne nous donne point desa personne Tidée singulière qu expriment ces parolçs de moii

texte : Dtscipulm quem diligebat fesus , le disciple que Jésus-Christ aimoit. Attachons-nous donc à cette idée ; et puisque la règle la plus sûre pour louer les Saints est de nous proposer leur sainteté comme le modèle de la nôtre» ne nous contentons pas de dire que saint Jean a été le bien aimé disciple de Jésus , et , pour parler d» la sorte , son disciple favori ; mais examinons comment il est parvenu à cette faveur y de quelle manière il en a usé , les effets qu'elle a produits en lui; et de là, tirons de quoi nous édifier et «ous instruire. Car, quelque imparfaits et quelque éloignés que nous soyons des voies de Dieu 9 nous devons , mes chers auditeurs , aspirer nous-mêmes à la faveur de Jésus Christ ; et de tous les Saints qui Tout possédée» il n'y en a point dont l'exemple soit plus propre à nous y condoire , à nous y disposer , à nous y former , que celui du glorieux apôtre dont j'entreprends le panëgyriqne. Ainsi je veux aujourd'hui vous enseigner l'important secret de mériter la faveur de Jésus-Christ» de trouver grâce devant ses yeux , d'être de ses disciples bien aimés » et de lai plaire. Fasse le ciel que ce discours ne soit » ni pour vous » ni pour moi » une vaine spéculation ; mais que les leçons que j'ai à vous tracer entrent dans tout le règlement et tout Tordre de notre vie! -c'est ce que je demande par l'intercession de cette divine mère qui fut, entre toutes les femmes» la plus chérie de Jésus-Christ son fils. Ave Maria.

* Quelque avantageuse que puisse être» selon le monde, la fiaveur des grands et des princes de la terre , il^laut néannioins convenir que, par rapport au monde même , elle est sujette^ à trois défauts essentiels : car, premièrement, il n'arrive que trop souvent qu'elle soit aveugle » et qu'au lieu d'être la récompense du. mérite et de la vertu » elle s'attache sans discernement et sans choix , ou plutôt , par un choix bizarre» à d'indignes sujets; secondement» elle, devient souvent orgueilleuse et fière, et,* par l'abus qu'en fait le favofi, elle l'enfle en l'élevant , et le corrompt ; d'oii il s'ensuit , en troisième lien , qu'à l'égard de ceux qui en sont exclus » et qui auroient droit d'y prétendre , la faveur est presque toujours odieuse , et qu'en faisant le bonheur d'un seul elle est pour tous les autres un objet d'envie; trois défauts auxquels, par une fatalité presque inévitable, la faveur des hommes est communément exposée. Pour la rendre parfaite, que faudroit-il? trois choses ; qu'elle fût juste et raisonnable dans le choix du sujet; c'est la première : qu'elle fût modeste et bienfaisante dans la conduite de celui qui en est honoré; c'est la seconde : et qu'elle n'excitât ni la jalousie ni les murmures de ceux qui n'y parviennent pas; c'est la troisième : qu'elle fût juste dans le choix du sujet, parcequ'autrement ce que les hommes appellent faveur n'est plus l'ouvrage de la raison , mais un pur effet du caprice ; qu^elle fût modeste et bienfeisante dans la conduite de celui qui en est honoré , parcequ'autrement il en abuse , ne la faisant servir qu'à son ambition et à

«m ÎBtérél ; qu'elle n'excitftt ni les mormures ni la jalousie de ceux qû n'y parviennent pas, parcequ'aiitrement la coiîcorde et la paix en est troublée. Or c*est sur ces principes , Cfaréliens , que je fonde rexcellence de la laveur spéciale dont le Fils de Dieu a gratifié saint Jeu; car voici les trois caractères et les trois qualités qui lui conlieoBent : elle a été parfaitement juste dans le choix que Jésus-Christ a fût de cet apôtre ; elle a été solidement humble dans la manière dxm\ cet apftlre en a usé , et elle n'a rien eu d'odieux à Tégard des autres disciples , auxquels cet apôtre semble avoir été préféré. Concevez bien le partage de ce discours. Je dis que le Sauveur du monde a bit un cboix plein de sagesse , en prenant saint Jean pour son disdple bien aimé, parcequ'ii a trouvé dans lui un mérite particulier qtie fl'aroîent pas les autres apôtres : ce sera la première partie. Je dis qw saint Jean a asé de la feveur de son maître de la manière la plus sainte, paroequ'outre qu'il ne s'en est point laissé éblouir , il en a rqtandu les fruits , en communiquant à toute TÉglise ce qu'il avoit pai$é dans la source des lumières et des grâces, lorsqu'il reposa sur le sein de Jésus-Christ : ce sera la seconde partie. Enfin, je dis que la faveur de saint Jean n'a point été odieuse aux autres disciples, parceque, tout favori qu'il. étoit\ il n'a point été plus ménagé que les autres , ni plus exenapt de souffrir : ce sera la dernière partie. Trois f(Hfits, mes chers auditeurs, qui me donnent lieu de traiter les plus solides vérités dfiL christianisine , et qui demandent toute votre attention.

preuièhe {>artie.

t^ Il n'y a que Dieu , Chrétiens , qui puisse choisir et se faire des favoris, sans être obligé, pour y garder la loi de la justice, à discerner leurs mérites ; et ce qui est encore bien plus remarquable , il n'y a <IQeDieu qui , se faisant ainsi des favoris sans nul discernement de leurs mérites , soit néanmoins incapable de se tromper dans le choix qa'ilenfait : pourquoi?les théologiens, après saint Augustin, en apportent ane excellente raison : Parcequ'il n'y a que Dieu , disent-ils , doot le. choix soit efficace pour opérer tout ce qu'il lui plaît de vouloir; c'est-à-dire y parcequ'il n'y a que Dieu qui, choisissant un favori, Ini donne, en vertu de ce choix, le mérite qu'il faut pour l'être. Il n'en est pas de même des rois de la terre. Qu'un roi honore de sa faveur un courtisan, il^ ne lui donne pas pour cela ce qui luiseroit nécessaire pour en être digne : il peut bien le faire plus riche , plus grand , plus puissant ; il peut le combler de plus d'honneurs ; mais il ne peut le rendre plus parfait; et quoi qu'il fasse pour l'élever, par cet accroissement d'élévation et de fortune , il ne lui ôte pas un seul défaut, ni ne lui communique pas un seul degré de vertu. Il n'y a donc, encore une fois , que la faveur de Dieu qui porte avec soi le mérite. Comme Dieu, il a seul le pouvoir de perfectionner les hommes par

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son amour; 61 quand il les admet au nombre de ses fayoris (c'est la belle réflexion de saint Jérôme) , il ne les y appelle pas parcequ'ils en sont dignes; mais il fait, en les y appelant, qu'ils en soient di^j^nes : Non Uhmeos tocat, sed voeando faeit idoneos (Hier.)' Cette raison seule devroit suffire pour justifia le choix que le Sauveur du monde fit de saint Jean. Ce Dieu-Homme le voulut ainsi ; c'est assez , pmsque , en le voulant^ il rendit son disciple tel qu'il devoit être pour devenir le flivori d'un Dieo. Mais sans prendre la chose de si haut , et sans remonter à la source de la prédestination ét«*nelle, je prétends que le Fils de Dieu eut des raisons particulières qui l'engagèrent à aimer saint Jeaïi d'un amour spécial ; et que la prédilection qu'il lui marqua ftit , dé la part même de ce glorieux di^iple, très solidement fondée. 8«r quoi fondée sur le mérite de cet apôtre , lequel , entre tous les apôtres , a eu des cjualttéd personnelles qui l'ont distingué, et qui lui ont acquis la feveur de son maître. L'EvangMe et les Pères nous en proposent surtout deux , et les voici : car. il a été vierge , dit saint Jérôme, et de {dus il a été fidèle à Jésus-Christ dans la tentation ; il a été vierge , et c'est pour cela qu'il eut l'honneur de reposer snr le sêhi de cet Homme-Dieu dans la dernière cène : Qui tt recwbuit super pectusejut (Joam., S4) ; il a été fidèle à Jésii^Christ danlla tentation, lui seul l'ayant suivi Jusqu'au CaWalre ; et voilà pÊT où il mériu d'entendre celte consolante parolequi lui donna spécialement Marie pour mère , et qui le donna spécialement lui-même à Marie pour fils : Ecce mater tua, ecce filius tuu9 (Joan., d9). Or ces deux avantages qu'eut saint Jean,tle reposer sur le sein d'un Dieu , et d'être substitué au Fils de Dieu , pour devenir après lui le fils de Marie, sont les deux plus illustres et plus authentiques preuves d'une fiiveur toute singulière , et vous voyez qu'ils ont été l'un et Fautre les récompenses de sa vertu ; celui-là de sa virginité , celui-ci de son attachement à son devoir et de sa fidélité. 11 est donc vrai que le choix de Jésus- Christ fut un choix d'estime , et fondé sur le mérite de la personne* Ecoutez-moi , s'il vous plaît, tandis que je vais développer ces deux pensées.

Ne nous étonnons pas , Chrétiens , que saint Jean ayant été , de tous les disciples du Sauveur, le seul vierge par état , comme noos l'apprenons de la tradition , il ait eu sur eux la préférence et la qualité de disciple bien aine. Dans l'ordre des dons divins, l'un sembloit devoir être la suite de l'autre : car de même que saint Bernard, parlant de l'auguste mystère de l'incarnation , ne craignoit point d'en tirer ces deux conséquences, ou d'avancer ces deux propositions , savoir, que si un Dieu incarné et feit homme a dû naître d'une mère, il étoit de sa dignité que cette mère fût vierge ; et que si une vierge, demeurant vierge , a dû coûcevoir un fils , il étoit comme naturel que ce fils fût Dieu: Neque enim aut parlus alius vtrgtnem, aut-Deum de'* cuit partus alter (Bern.) ; aussi puis-je dire aujourd'hui que si un

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Dieu descendu du ciel devok avoir un favori sur la terre , il ëtoit convenable que ce favori fût vierge ; et que si le tilre de vierge devoit être Décessâire pour posséder la faveur d'un maître, ce maître ne pouvoit être qu'an Dieu. En effet, qui méritoit mieux d'avoir part à la faveuf de JésQs-Ghrist, que celui de tous qui ^ par le caractère de distinctioii qa*il portoit , je veux dire par sa virginité , â'étoit rendu plus semblable à lésus-Cfarisi? qui devoii plutôt reposer sur ce sein vénérable oùViabiiûU corporellemeut la plénitude de la divinité, que cet apôtre dontk sainteté étoit, en quelque sorte, au-dessus de l'homme, par la profession qu'il faisoit d'une inviolable pureté? qui se trouvoit plus digne d'Are le dépositaire et le confident des secrets du Verbe de Dfeo, que ce disdple, lequd, ayant épuré son cœur dé tous les désirs cftarneis, éloit , selon l'Évangile , par une béatitude anticipée , déjà (SifdAe de voir Dieu» et par conséquent ce qu^f y avoit de plus intimeet de plus caché dans Dieu ? Quiconque , dit le Saint-Esprit, aime la pureté du cœur, aura le roi pour ami : Qui dilîgit cordis mundi^ tiam, habebit amicum regem [Prov.^ 22). Voiià , Chrétiens auditeurs , raccomplissement de cet oracle. Les autres apôtres, engagés dans le mariage, en avoient comme rompu les liens , pour s'attacher au Fils de Dieu ; et c'est pour cela même que le Fils de Dieu, le Roi des rois , ne dédaigna point de s'attacher à eux par le lien d'une étroite ami* tié : Jam non dicam vos servos, vos autem dixi amicos (Joân., 15). Mais saint /ean n'avoit point de liens à rompre ; et parcequ'il étoit vierge, il 'est parvenu à un. degré bien plus haut ; car il est entré non seulement dans l'amitié , mais dans la familiarité , dans la privante , dans la confidence de ce Roi de gloire : Dhcipulus quem diiigebat Je m (JoAur., 13). Ceux-là ont été les amis, parcequ'ils ont aimé la pureté: mais oeliti-ci a été le favori , parcequ'il a aimé la plus parfoite pureté, qui esl la pureté virginale : Qui amat cèrdis munditiam, habe* Kt amicum regem, Voyez-vous , mes Frères , nous fait remarquer làdessus saint Grégoire de Nysse , jusqu'à quel point notre divin Rédempteur a aimé cette vertu? Entre toutes les femmes, il en a choisi une pour mère; et entre tous les disciples qui le suivoient,il en a choisi uo pour son favori; mais il a voulu que cette mère et ce lavori eussent le don et le mérite de la virginité. Marie devoit être vierge, pour porter dans ses chastes flancs le corps de Jésus- Christ ; et saiiit Jean le devoit être, pour devenir un homme selon le cœur de Jésus-Christ : Oiligebat eum Jesus^ quoniam specialis prasrogativa castitatis ampliori' tàlecûone fecerat dignufa (Grbg. Nyss.).

Vous me demandez pourquoi ce Sauveur adorable , éuint sur la croix, voulut encore, par une autre grâce, donner à saikit Jean le gage le plus précieux de son amour, en lui résignant , si je puis ainsi m exprimer, sa propre mère : et ne vous ai-je pas dit d'abord que ce fot pour reconnottre la fidélité et la constance héroïque^ de ce généreux apôtre qui lé suivit dans sa passion et jusqu'à sa mort» lorsque

tous les autres ravoient lâchement et honteusement abandonné? Représentez-vous , Chrétiens , ce qui se passoit au Calvaire : le Sauveur du mortde étoit à sa dernière heure, et sur le point d'expirer ; il avoit un trésor dont il vouloit disposer en mourant, c^étoit Marie» la plus parfaite de toutes les créatures. A qui la donnera-t-il , ou plutôt , y eut-il lieu de délibérer? Un dépôt si cher ne de voit être confié qu'au plus fidèle : or le plus fidèle, ne fut-ce pas celui qui fit paroître un attachement plus solide à son devoir? De tous les disciples de Jésus- Christ, Jean est le seul qui dans Tadversité n*a point manqué à son maître; tout le reste Ta trahi, ou renoncé, ou déshonoré par une fuite scandaleuse. 11 n'y a que Jean qui ; sans crainte et sans nulle considération humaine , Tait accompagné jusqu'au pied de la croix; il n'y a que lui qui y demeure avec une fermeté inébranlable. Jésus- Christ, regardant de toutes parts, n'aperçoit que lui. C'est donc à lui que ce Sauveur se trouve comme obligé de laisser Marie ; et puisqu'il veu$ partager avec un de ses disciples la possession de ce trésor, c'est à' Jean , préférablement à tout autre, qu'il doit faire cet honneur. Jfais admirez, mes chers auditeurs, la manière dont il le fait. Tout attaché qu'il est à la croix , tout réduit qu'il est dans une mortelle agonie, il jette les yeux sur son disciple, Cùm vidisset discipulum stantem (Joan., 19). Dans un temps où il est appliqué au grand sacrifice de iiotre rédemption , interrompant, si je l'ose dire , pour quelques moments l'affaire du salut du monde ; ou plutôt, selon l'expression de saint Ambroise, différant de quelques moments à la consommer, Paulisper publicam differens salutem (Ambr.], il pense à saint Jean , il lui recommande sa mère , il le substitue à sa place, il en fait un autre lui-même. Comme s'il lui eût dit : Cher et fidèle disciple , recevez cette dernière marque de ma tendresse , comme je refois ici la dernière preuve de votre zèle. Mes ennemis m'ont tout ôté, et je meurs pauvre, après avoir voulu naître et vivre pauvre; mais il me reste une mère dont le prix est inestimable, et qui renferme daus sa personne des trésors infinis de gracè. Je vous la donne, et je veux qu'elle soit à vous ; înais en sorte que vous soyez pareillement à elle. La voilà, Ecce mater tua (Joan., 19) : soyez son fils comme je l'ai été moi-même, et elle sera votre mère comme elle a été la mienne. Qui parle ainsi. Chrétiens? c'est un Dieu; et à qui parle-t-il? à saint Jean. Ne falloit-il pas, dit le savant abbé Rupert, que Jean fût un homme bien parfait , puisqu'on ne le jugeoit pas indigne de remplir la place de Jésus-Christ ? Marie, ajoute ce Père, perdoit un fils (voici utae pensée qui vous surprendra , mais qui n'a rign néanmoins d'outré, puisque c'est le fond même du mystère que je vous prêche) , Marie perdoit un fils, et elle en acquéroît un autre; elle perdoit un fils qui l'étoit par nature, et elle en acquéroit un qui le devenoit par adoption : or l'adoption est une espèce de ressource pour consoler les pères et ks mères de la pert^e de leurs enfants. Marie allôit perdre

POOR LA FÊTE DE SAINT JEAN L ÉVANGÉLISTr, M

lésas-Christ « et par Tordre ^e Jésus-Christ même elle adpptoic sûat Jean. II falloit donc qu'elle trouvât daos sl^ut Jean , non pas de cpioi se dédommager, ni de quoi réparer la perte qu'elle iaisoit de Jësus* Chfist, mais au moins de quoi l'adoucir, et se la rendre plus supportable ; il falloit qu'entre saint Jean et Jésus-Cbrist il y eût des rapports de conformité, tellement que Marie, voyant saint Jean, eût toujours devant les y^ux comme une image vivante du fils qu'elle avoit perdu et uniquement aimé, afin que»la parole du Sauveur se véri« 6&l; Eue Itlitu tuus (Joan., 19). Peut-on rien concevoir de plus gkn ' rieox à ce saint apôtre? Non , répond saint Augustin ; mais aussi fûtil jamais une plus grande fidélité que la siâine^ et jamais vit-on un attachement plus inviolable et plus consuint ?

Voilà» mes Frères, par où saint Jean mérita la faveur de son maître, et Toilà par où nous la mériterons nous-mêmes. Voulez-vous que Dieu vous aime, et voulez-|nus être du notobre de ses élus ; traînaillez à purifier votre cœur : Qià diU^t carél^ imincKtiam, hatfelni amicum regem (Prov.^ 2j)t^ S^as cela, mon cher auditeur, qui que vous soyez, vous êtes indigne et même incapable d'être aimé de votre Dieu : or, du moment que vous êtes exclu de son amour, dès-là vous êtes anaihème et un sujet de malédicUon. Il est vrai que Dieu, comme souverain arbitre de la prédestination des hommes , n'a acception de personne ; qu'il n'a égard ni aux qualités , ni aux conditions de ceux qu'il choisit: l'Écriture nous l'apprend, et c'est un article de notre foi : Non esi personarum acceptor Deus (Act,^ ^0). Mais il n'est pas moins de la foi que le même Dieu, qui ne considère ni les conditions» ni les qualités des hommes prises dans l'ordre naturel, sans déroger à cette règle, ne laisse pas, dans l'ordre de la grâce, d'avoir des égards particuliers pour les âmes pures, jusqu'à les élever aux premitBrs rangs de ses prédestinés , jusqu'à les. combler de ses dons les plus exquis, jusqu'à les honorer de ses plus intimes communications* C'est pour cela qu'il les traite d'épouses dans le Cantique , c'est pour cela que, dans l'Apocalypse, les vierges seules nous sont représentées comme les compagnes de l'Agneau ; c'est pour cela qu'elles environoeor son trône , et que plus elles sont pures , plus elles ont d'accès auprès de lui ; c'est pour cela que rien de souillé n'entrera jamais dans le ciel , qui est sa demeure et le palais de sa gloire. Ah ! mon cher auditeur , si je vous disois qu'il dépend aujourd'hui de vous d'être en faveur auprès du plus grand roi du monde; ^ je vous ey marquols le moyen, et si je vous le garantissois comme un moyen inbilli]3le, que feriez-vous? y a-t-ii sacrifice qui vous étonnât? y a-t-il engagement et passion qui vous arrêtât? la condition que je vous proposerois pour cela vous paroiiroit-elle onéreuse? y trouveriezvous quelque difficulté? Or ce queje ne puis vous promettre de la faveur d'un roi de la terre , c'est ce que je vous promets ^tce ;qui est incomestablen^ent vrairil^ la faveur d'iin.plus grand qiva tous les B,4, " 6

89 POtîR LA PÊTE DE SAINT JEAN L'ÉVÀNGÉLISTE.

roi's de Funiv^rs : car je dis que la &vQpr de Dieu vôtis est acl^ùisè ; ponrva que vons vous pr^erviez de la corruption de ce péché qui souille votre ame en déshonorant votre corps ; s'il vous reste une étincelle de foi , poûvez-vous être insensible à ce motif? Pour en venir au détail et voiis mieux instruire, je dis que vous n'avez qu'à rompre ces amitiés sensuelles qui vous lient à la créature, ces funestes attaches qui vous portent à tant de désordres , ces passions que le démon de la chair inspire,- ces commerees qui les entretieniient , ces libertés prétendues innocentes , mais évidemment criminelles dans les prin* eipes de votre religion : dès que vous vous ferez violence là-dessus » je vous réponds du cœur de Dieu.

Je vais plus avant , et je dis aussi que , sans cette pureté , vous êtes du nombre de ces réprouvés que rÉcrilure traite d'infâmes, et contre lesquels notre ap6tre a prononcé ce formidable arrêt : Forts canes et impudid {Apoc.y 22) : Hors de la maîioh de Dieu , voluptueux et impudiques. Je dis que éès le commencement du monde , Dieu s'en est jui-méme déclaré par ces paroles de la^^Genëse : Non permanebit Spi* riius meus in œlernitm m hotnine, qvia caro est [Gènes., 6) ; Non, mon Esprit ne demeurera jamais dans Tbomme , tandis que l'homme sera esclave de la chair. Et en effet, mon Dieu l ne toyons-nous pas Taceomplissement de cet oracle? n'éprouvonsrnous pas tous les jours, qu'autant que «ous nous laissons dominer par la chair, autant vot^e esprit se retire de nous; qu'après avoir succombé à une tentation impure, confus et piqués des remords secrets de notre conscience , nous n'osons plus nous présenter devant vous ; que, seûiblables à Tinfôrluné Gain , nous fuyons de devant votre face , nous nous éloignons de vos autels , nous nous regardons comme bannis de votre sanctuaire , el absolument indignes du sacreitaent de votre amour? au lieu que fious en approchons avec une humble et ferme confiance , quand notiS croyons avoir ce cœur pur que vous béatifiez dès cetie vie : Beati mnndo corde (Matth., 5). Sainte pureté qui nous ouvre le ciel! c'est le premier titre pour obtenir la faveur de Dieu , et l'autre est la fidélité et une persévérance que rien n'ébranle.

Car, selon la belle remarque d'un Père de l'Église , il se trouve î^sez de chréliens qui suivent Jésus-Christ jusqu'à la cène , comme Jes autres apôtres ; mais il y en a peu qui le suivent , ccîfnme saint Jean, jusqu'au Calvaire; c'est-à-dire, il s'en trouve. assez qui marquent de la^erveur et du zèle quand Dieu leur aplanit toutes les voies du saltft et de la sainteté chrétienne , mais peu qui ne se relâchent dès qu'ils n'y sentent pins les mêmes consolations , et qu'il s'y présente des obstacles à vaincre. Or c'est néanmoins à cette constance que la faveur de Keu est attachée. Oui, Seigneur, une victoire que bous remporterons sur nous^mê/nes , un effort que nous ferons, un ^dégofit, ttb ennui que nous àoutiendrons, sera devant vous d'ua pfus griattâ prix 9 et contribuera plus à nouiïtvancer, que de stériles

POUR LA FÊTE DE SAINT JEAN L^iYAHOÉLISTE. »

imtiinents^à oertaiaes heu\jt% où yohs répu^^ez l'oactîM céleste, et

cpte les plus seblimes élévations de l'ame ; car ce sera dans cette tîd*

toire, dans cet effort » dans ce dé(;oùt et cet ennui sonlenu^ coDstam**

meot, que nous vous donnerons les preuves les phis solides d'un d^

Tonement sincère et fidèle. Les hommes du siècle, qui n'ont nul usage

des choses de Dieu, ne comprennent pas ce mystère^ mais les^Jôstel,

qui en ont l'expérience , et à qui Dieu se fait sentir, le conçoivent bien.

C'est ainsi que saint Jean est parvenu à la faveur de Jésus^Ihrist :

vo|<MDA de quelle manière il en a usé. Je prétends que , comme le ckoix

dece fupri a été juste et raisonnable de la part du Fils de'DieB,la fà^

• yeur étfi\s de Dieu a été, de la part de ce bien aimé disciple, égih

&BieDt'niodeste et bienfaisante : je vais vous le montrer dans la se*

ûMideparti<ft

DEOXlÈinfi PAtlTin.

Il n'est rien de plus rare dans le monde qu'un homme humble et élevé , puissant et bienfaisant , modeste par rapport à kli-méine éi charitable à l'égard des autres. Ce tempérament d'élévation et de mo« destie a je ne sais quoi qui tient de la^nature des choses célestes et de la fierfedîon même de Dieu; car Dieu, le ptus parfeit de tous*leé êtres, est aussi le plus simple et le plus égal : les deux , dont la spl^ère est supérieure à celle de la, terre, sont, dahs leurs mouvements rapides, les corps les plus réglés et les plus Justes; et c'est Fexce^ lente idée que saint Jérôme nous dotfne d'une sage modération dana les prospérités humaines. Mais ce qn il y a de plus admirable , ajoute ce Père, c'est avec cette modération un naturel heureux, ouvert, li* béral 41 obligeant; de sorte qifon mette sa gloire à faire du bien, qa'oe^e renferme point en soi-même les grâces dont on est comblé, qu'on se plaise à les répan<|pe ou-dehors , et qu'on ne les reçoive que pour les communiquer. Alors , Chrétiens, la faveur du particulier de- ^i le bonheur public , et le favori n*est plus que le dispensateur des bienfats du souverain ; semblable à ces fleuves qui ne ramassent leé eaox et ne se grossissent que pour arroser les campagnes, ou comme ees atfMft qui ne luisent que pour rendre la terre , par la bénignité deleoIRnfiuettces; beaucoup plus féconde. Or voilà le second canctère de la faveur de saint Jean : elle a été modeste et bienfaisante ; en pouvAt-il faire nn usage plus saint, et plus propre à nous servir d'exemple?

Je dis modeste par rapport à lui. Voyez, dit saint Augustin, avec qudle hnmilîtéil parle de lui-même , ou plutôt, voyez avec quelle humilité il n'en parle pas. Jamais (cette remarque est singulière) , jamais, dans toute la suite de son Évangile , s est-il une fois nommé ? jamais a-t41 marqué qu'il s agit de lui , ni fait copnoltre qu'il eût part à ce qu'il écrivoitV J^ourquoi ce silence? Les Pères conviennent que ee Alt on silenoe de mdde&tîèy tt qu'H n'a vouln de la sorte suppri*<

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