‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 12 sur 72 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Quenotre religion soit sainte, et même de toutes les religions la plus sainte» disons mieux, et même de toutes les religions l'unique vraiment et parfaitement sainte, c'est un principe. Chrétiens, que j'ai déjà ^blî dans un discours exprès sur cette matière , et qui, selon mon dessein » ne demande point ici de nouvelles preuves pour vous

SUR LE ZÈIE , STC. 105

en convaincre : elle est sainte dans son auteur, sainte dans ses maûmes, sainte dans ses préceptes et ses conseils , sainte dans ses mystères, sainte en tout ; car c'est ainsi q^e le Saint-Esprit nous Ta représentée toute pure et sans tactie» et voilà l'idée que je vous en ai donnée moi-même, et que vous en avez dû concevoir. Ceci donc posé, j'ajoute une autre vérité non moins certaine ni moins indubitable : que de toutes les qualités et de toutes les prérogatives qui relèvent la religion de Jésus-Christ que nous professons, il n'en est point de plus excellente, ni par conséquent de plus glorieuse que sa sainteté : pourquoi? parceque c'est par sa sainteté qu'elle est digne de Dieu; parce* que c'est sa sainteté qui la rend agréable à Dieu ; paroequ'entre tous les témoignages, nul autre que sa sainteté ne montre plus inAulliblement , ni même si infailliblement, qu'elle est de Dieu. Dans cette reVgion Dieu a renfermé tous les dons : le don des miracles , le don deslangues, le don de prophétie, le don de science, le don de sagesse, et les autres dont saint Paul nous fait le dénombrement ; mais avec ces dons , si ce n'étoit une religion sainte, dès-là elle seroit réprouvée de Dieu ; et indépendamment de ces dons , elle seroit toujours selon le gré de Dieu, dès qu'elle seroit sainte. D'oii il s'ensuit que ce qui honore davantage la religion , c'est ce qui fait plus éclater sa sainteté , parceque c'est ce qui la rend plus vénérable.

Or il est constant que ce qui fait plus paroître la sainteté de notre rdigion , c'est la sainte vie de ceux qui la professent. Car , pour appliquer ici la figure de l'Évangile , on juge de Tarbre par ses fruits : s'il produit de bons fruits, on counott que c'est un bon arbre, Arbor bona faàt fructus bonos, La sainteté des effets marque la sainteté du {urincipe qui les opère ; et il faut qu'une religion soit sainte, pour avoir la vertu de sanctifier. Ce n'est pas après tout qu'elle ne puisse être sainte en elle*méme, sans que ceux qui en portent le nom et qui s'en déclarent les sectateurs acquièrent la même sainteté. Car , bien qu'ils 7 soient attachés par un engagement de parole et de foi, la perverâté de leur cœur peut les en détacher dans la pratique par une criminelle et volontaire corruption de mœurs. Us peuvent croire ses vérités, ils peuvent admirer ses maximes, ils peuvent même désirer sa perfection d'un désir ioefficace et de pure complaisance , tandis qu'entraînés par le poids de la nature, et emportés par l'ardeur des passions auxquelles ils se laissent gouverner, ils vivent tout autrement qu'ils ne croient, et suivent des maximes toutes contraires. Le désordre de leur vie vient de leur volonté qui se dérègle , et non point de leur religion, qui n'en est en soi pas moins parfaite ; et voilà la juste et solide réponse à ceux qui voudroient s'en prendre à la religion dirétienne des vices qui régnent parmi les chrétiens. Tout cela est incontestable; mais enfin il faut toujours avouer que ce qui donne |dus de lustre à la sainteté d'une loi, c'est la sainteté de ceux qui l'ont embrassée. Être saint et paroître saint , ce sont de^ix c|io§es toutes

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