‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 13 sur 72 · SUR IM ZÈLE , ETC · texte numérisé non relu

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diffiérentes. D'être sainte » c'est ce que la loi évangélique a de 80^ fonds» ou ce qu'elle a reçu de Dieu; mais de paroitre sainte, d'être estimée sainte , d'être révérée comme sainte » c'est ce qu'elle pçut recevoir de nous et de notre saîÉteté: comment? parceque notre sainteté sera le témoignage visible et irréprochable de la sienne.

Si donc» mes chers auditeurs» nous voulons l'honorer sous cette précieuse qualité de sainte» qui lui est si légitimement acquise , et qui fait un de ses plus beaux ornements» nous ne le pouvons mieux qu'en travaillant à notre propre sanctification. Et c'est pour cela que saint Paul, recommandoit tant aux fidèles de se rendre irrépréhensibles dans toute . leur conduite,'et de faire en sorte que lear païens et les idolâtres ne trouvassent rien à censurer en eux , persuadé qu'il étoit que rien ne relèveroit davantage la gloire du christianisme » et ne contribueroit plus à le répandre dans toutesles parties du monde. C'est pour cela qu'U exhortoitsi expressément ces mêmes fidëlosàpratiquer lebien,Qon paiement devant Dieu mais devant les hommes, afin que l'honneur en rejaillit sur la religion qui le leur enseignoit, et qu'elle en devint phis respectable^ C'est pour cela que tous les Pères de l'Église se sont tant appliqués à entretenir dans ceux qu'ils instruisoient l'innocence et la pureté de la vie» et à n'y rien souffrir contre l'édification publique ; ayant en vue, outre le salut de chaque particulier » l'avantage qu'en tireroit tout le corps de la religion » et le crédit oii elle s^établiroit. C'e^t pour cela que toutes les nouvelles sectes» foutes les hérésies» ont toujours affecté un air de réforme et un extérieur de régularité » par oii elles se sont insinuées dans les esprits » et elles ont fait de si tristes progrès.

Aussi quand saint Augustin, parlant aux infidèles» vouloit ei^ter la religion chrétienne et leur en donner une haute idée» il leur laisoit considérer les chrétiens : et voilà ce qui tant de fois a touclié les plus grands ennemis de l'Évangile et ses plus cruels persécuteurs. Quand ils voyoient parmi le troupeau de Jésus-Christ tant d*équité et de droiture» tant de candeur et de bonne foi, tant de piété et de retenue» tant d'union et de charité» tant de force» de patience» de désintéressement, tant de vertus» ils ne pouvoient refuser à une religion qui formoit de tels hommes les éloges qui lui étoient dus, et que leur arrachoit, comme malgré eux, la vérité dont ils étoient témoins. Voila pat où tous les Saints l'ont honorée, tant de samts ecclésiastiques» tant de saints religieux» tant de saints solitaires, tant de saints de tous les états et de toutes les conditions. Nous avons la même foi, nous en avons reçu les mêmes avantages » nous en attendons les mêmes récompenses : qui peut nous dispenser d'avoir pour elle le mên(^e zèle» et de lui procurer le même honneur?

Mais qu'est-il arrivé dans le cours des siècles, et que voyons*nou8 dans le nôtre, plus qu'on ne le vit jamais ? C'est que noua avons dégénéré» et que nous dégénérons tous les jours de cette preptière sainteté qui faisoit autrefois fleurir le christianisme» et dont ses d^^n*

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8»irs se aervoieBl pour en mfir&r restine et pour l'auioriser. Bi^ gurd&i^ discal Tertullioa pour sa justificaiion et pour oeUe de ses Mtres attaqués de toutef parts, et exposés à toute la vipleuce des ty* ransy r^gardeii pouupent np^s vivons, et vous ne mépriserez pas ee que flio» crpypqs. U n'y a enti^ nous ni fraude» ni injustice; il n'y a ni traître , ni so^ats. Vpvs avez daps vos prisons des chrétiens; nais leur seul crime, c*e§t le nom qu'ils portent et la profesaîon qu'ils efk tonU Bon de là que pouve^^vcus dire contre eux, et de. quoi les' pouvez-voQs accuser? Nous nous asseinblons, mais «ulement pour invoquer nptre Dieuî-et nos prières presque contûviielles sont suivies des exercices d'une sainte pénitence. Du reste » quel tort faisons* nous à personne, et quelle charité même n'i^erQons4iotts pas envers tous? à quels devoirs manquons^^nons? Jugez donc, concluoit cet ardenC . aqpologiste, juges par notre vie qui nous sommes; et de ce quenous sommes, jugez quelle doit être cette foi par qui nous lé sosmies. Telle étoil la rè^le qu'il donnait pour bien coonoitre la religiop chrétienne, et pour en iaire voir rexcelleuce. Mais à s'en tenir maintenant et pràâsèment à cette règle, au lieu que c'étoit alors la gloire de la religion, n'en seroit-ce pas, dans l'état présent du christianisme, la honte?

Je Tai dit, et je ne puis trop le répéter, ni trop fortement vouir l'imprimer dans l'esprit : il y a, selqn la belle remarque de Tertullien, et celle d' Amobe après lui, il y a entre les fausses reUgjons du paga- . nisme et la religion chrétienne cette différence essentidle, que dans le pagam'sme ceux qui étoient bons et vertueux ne l'étoient point par i^aligiûo , puisque au contraire les religions païennes na. portok^nt qu'aux vices, et en donnoient dans leurs prétendues divinités les exemples. Pe sorte que tous les désordres qi^i se comm§ttoient parmi k» païens, on pouvpit les attribuer à leur religion, ou plutôt i^ leur sie perstition , sons lui pouvoir rien attribuer de toutes les vertus qui se pratiquoient. Mais , par un pnvilég^ directement opposé, tout ce qui. se fait de bien dans le chrisUaai&n^e doit tourner à Tbonnear de la religion chétienne, puisque c'est elle qui Tordonne et quj le persuade: et rien de tout ce qui se fait de mal ne doit tourner ^ sa confusion, puisqu'elle est la première et {a plus rigoureose à le défendre et à le oondanmer» C'est ainsi , mes Frères» qu'il en devroit ^ive ; mais nous savons néanmoins que par I4 malignité des esprits il en va tout autres ment. Qn a toHJours voulu , et l'on veut toujours, quoique inju^te^ ment, que nf^tre foi soit responsable de notr^ mauvaise conduite. Et qael avantsige, en effet, pour 1^ libertins, loi^&qij^*iIs voient au luilieu da peuple chr^liea, et parmi notps > les traUsoos et les perfidies, k^ inimitiés et les vnngeanoes, les débauches et lea^ impud^cUés ? Je dis parmi nous; car prenez garde, s'il y(m F^t • qui spp^ ^^^ qui scandalisent la foi que nous professons» et qui la déshonorent par le^ excès et les d?r^giêa^^ de leur vie ? Spat-ce 1^. I^rétiqfifis? Q^

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tont ce qoi vient de leur part, et n'y prend plus dHntérét. Elle ne se glorifie point, dit Tertullien, de leurs bonnes œuvres et de leurs vertus apparentes; mais aussi, depuis le grand scandale qulls loi ont caasë en l'abandonnant, de quelque manière qu'ils se comportent, ils ne sont plus capables de lui en causer d'antres : Nec vifiîs inqvinatur, nec virtutibui coronatur (Tertdll.). U n'y a que nous, mes chers auditeurs, qui puissions dans l'opinion des hommes la relever ou la rabaisser, bi couronner de gloire on la charger de confusion. Soyons saints comme elle et selon elle, la voilà dans le plus haut point de son crédit. Hais si nous violons toutes ses règles, mais si nous traitons son culte avec de scandaleuses irrévéroices, mais si nous allions, ou si nous prétendons allier la pureté de sa morale avec la contagion da siècle, avec les excès de la passion, avec les cupidités de la chair, avec le goût du plaisir et des voluptés sensuelles, c'est alors qu'dle tombe dans le mépris, et, si j'ose dire, dans l'ignominie.

Or n'est-ce pas là que nous la réduisons , n'est-ce pas à quoi nous l'exposons? et n'est-il pas à craindre qu'il en soit de l'Eglise de Jésus- Christ comme il en fut de Jérusalem, lorsque ses ennemis, la trouvant toute dépeuplée et déserte, lui feisoient les plus cruelles insultes: Hœceine est urbs perfecU decoris (Thren. , 3) ? Est-ce là cette Église jadis si florissante et si belle ; cette Église qui remplissoit le monde de î'édat de ses vertus et de l'odeur de sa sainteté ; cette ÉgKse qui sanctifioit les villes, les provinces, les empves ; cette Église qui consacroît les s(ditades et les déserts, qui formoit les apôtres, les martyrs , les confesseurs, les vierges? Hœcàne est? Est-ce là elle, et en quel état l'aperoevons-nous? Qui l'a ainsi défigurée, et quels traits v pouvonsnous découvrir de son ancienne splendeur? Fac{l snntl^lii perditi (Thren. 1). Ses enfants, qu'elle avoit ëlevésdans son san, qu'elle avdt instruits à son école , qu'elle avoit éclairés de toutes ses lumières et pourvus de ses secours les plus puissants, sont devenus des enfants de perdition: Manum stuan mmt hostis ad amma dtsiderabiUa qus (Ibid.). Elle avoit toujours combattu le péché comme son ennemi capital, eDe Favoit tant de fois vaincu et banni des cœurs oit il s'étoit étaUi : mais il a repris sur elle tont l'avantage qu'elle lui avoit enlevé. U a répandu son venin sur tout ce qu'elle avoit de plus cher, de pLus sacré, et qu'die oonservoit avec plus de soin. H n'a pas même épaigné les ministres de ses autels, et la dépravation est générale. Faut41 s'étonner qu'elle en ressente une si vive douleur, et qu'elle soit pkmgée dans l'amertume? Et ipsa oppressa amaritudine (Ibid.). Elle adresse sur cela ses plaintes à son Dieu et à son époux ; elle lui représente sa peine : Yoyez , Seigneur, lui dit-dle, considi^ez l'afiBiction où je suis, et le décrî où m'ont mis ceux-là mêmes que jeportois mtre mes bras, et à qui j'avois communiqué vos dons les plus prédeux pour en proiter : Fûfe, Domine, etemmdera quamam facta swn viUs (Ibid.). Wm tandis qu'elle gémit jet qu'elle se plaînt, die est toufours

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en butte aw raUlmes et aux sauglants outrages des impies , des athées, des partisans de rhërësie».qai ne Fenyisagent qu'avec dédain, et qui se jouent de ses plus pieuses observances : Viderunt eom, et derUerunt sabbata qu9 : quoniam viderunt ignommiamqut.

Voilà, disje, ce que nous attirons à l'Église du Dieu vivant, et voilà à quoi nous ne donnons que Urop d'oecasion. Ce n'est pas qu'U n'y ait encore des âmes fidèles dont la piété, dont la vie régulière et sainte peut faire bonneur à la religion ; et à Dieu ne plaise que je leur refose les justes éloges qui leur sont dus I II y en a dans ledergé, il y en a dans le dotire; il y en a mémapanni les grands et parmi les pedts : car il a été de la bonté de Dieu de ne pas laisser prendre an viœ un empire si universel, que la ruine de son peuple fût entière ; et il a été de sa sagesse et de son adorable providence, pour la conviction des uns et pour leur condamnation, de conserver toujours dans le chris« tianisme, et dans tous les ordres, dans tous les rangs du christianisme, certains exemples. G*est la consolation de l'Église, et là-dessos nous pouvons lai dire comme le prophète disoit à Jérusalem : Consolamm^ eansolamm (Isài., 40). Sainte mère, soutenez-vous daus votre affliction, et consdez-vous ; malgré vos pertes, voici encore de dignes enfants qui vous restent, et qui peuvent en quelque sorte vous dédommager : Consolamni. Mais que dis-je. Chrétiens! et qu'est-ce que cette consolation, si nous observons bien deux choses : premièrement, la multitude presque infinie de pécheurs qui déshonorent leur foi, et qui, sans la renoncer peut-être d'esprit et de cœur, la renoncent dans la pratique, et par leurs actions criminelles ; secondement, l'injustice des hommes, surtout des ennemis de la vraie religion, qui ferment les yeux à tout ce qu'il y a d'édifiant pour n'en être point touchés, parcequ'ils ne le veulent pas être, et qui ne les tiennent ouverts qu aux scandales, dont ik font le sujet de leurs discours injurieux, et où ils appliquent toute leur réflexion ?

Car ne dois-je pas aujourd'hui reconnottre dans le christianisme ce que le Prophète royal avoit déjà depuis si long-temps reconnu dans le judaïsme ; et faut-il qu'un prédicateur de l'Évangile en soit réduit à fiûre publiquement cet aveu : Omnes declinaverunt ( Ps. 13) ! Tous se sont égarés ; ils ont tous quitté les voies de la sainteté qu'on leur avoit tracées et où ils étoient appelés, pour s'engager dans leurs voies propres, dans la voie de leur ambition, dans la voie de leur intérêt , dans la voie de la passion qui les domine. Oui , tous ils se sont ainsi livrés au péché, omnei : c'est-à-dire qu'entre eux le plus grand nombre est celui des pécheurs ; c'est-à-dire que pour un Juste qui se sépare de la multitude, nous pouvons compter mille pécheurs ; c'est-àdire que partout et quelque part que nous portions la vue. rien presque ne se présente à nous que des pécheurs : pécheurs de tout âge, de tout sexe, de tout caractère et de toute espèce ; pécheurs superbes et orgueilleux, pécheurs mercenaires et avares , pécheurs dissimulés

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«t vMknBh, pécftëttm ^letits et êtap&tiés, pitheéfs tt^SiM «T métfisati» ; âifisi dé9 âlittres. Omhe» deelinaifèrunti Ettcore i*ilÉ èatcdcmf , dans leur itai(}tiité, se prescrire de««ttàiifes bofilesr, et deliiearer daiite les limites d'tirie ca^taine pMèvtt i rts^ôÉ y dH-il H^ dâits Ità phis sales

Slièimis de ^ hife(H; M de si hoiiteàx ok fl^ tte sè laissent enttrâS&er? 'est-'cè paie M hiélhe de totis lès Vfce!^ (^ëlnl qtA knt etA detemi le plus Cômmofi^, eéhi 6i)r ils se ploto0^t pftis pi^mptemeiit, celiii <sh 9s iritent phi% bàbtdMIethetit, eehri âotd ib rèvi^ofnèÉft ptos îrâreàtiôit , eeitti dont Sb t^ong^issént itibîni, ûàût ils se font fnôins de écîruptile et iikitt'iié de |!^Aéy dom 3^ se glorifient q)iel(|uéft)fe plus IiMtément? ihtmptî iufti {Pi. 1^. h ft'osérds Iti'e^pliqdél^ darrantagê, et je les jhenfroieâii ténïofgfuàge dd letii^ eodsciettee, pofl^ penser en eôs-méffie^ (ai oepeildâtit il n'est pas plus â ][tf ôpos qu'ils efraèent absoktnent de letfr esprit ces h^fettoes idées, à moins que ce ne ^it tiii sentiment de pMiehcë qui letfr en retrace un souvenir ^énét^i), pour penser, dis^Je, eu eùit-mémes^ et pour se dire à eux-mêmes en quels abîmes dé corruption et à quelles abominations la sensualité qnl les gouverne les à condoits r AbomlnabUés facti smt (Ibid.). Ab ! mes Frères, JTéso^ Christ, notre législateur et notre maître» fut moqué, fût insulté, tut outragé dans sa passion : mâ!^. Comme nous fa renouvelons par le pé- (fbé, cette passion è\ igtiominteuse , je pi/is bien conclure avec râoqnent Sahien que nous en renouvelons tous les opprobres, et qu'ils Iretombent sur là sainte loi que ce divin Sauveur est Venu nous enseigner : Innolns opptobnurrL patimr Christus |Salv.).

H est Vraî, et il en faut toujours convemr, que pamâ tant rfîvrâîe semée dans le champ deTÉglise, il y a quelque bon grafai. Je sais qu'A se trouve encore dans la relfgion chrétienne quelques chrétiens capà- Mes d'en soutenir l'honneur. Mais est-ce sur eu^ que le libertinage attache ses regards? Est-ce au bien qu'îU font , est-ce aux exemples qu'ils donnent et aux vertus qu'ils pratiquent, que le monde se rend attentif? Dans une société, dans une compagnie, un homme scandaleux fait plus (f impression sur les esprits que tous les antres ensemble, quelque réglés qu'ils puissent être.

Finissons, mes chers auditeurs, et fasse le ciel que ce discours rallume tout votre zèle pour le soutien de votre foi et pour sa gloire! C'est ainsi que, sans passer les mers et sans porter JL'Évangîle à des

Seuples éloignés, vous pouvez participer au ministère des apôtres, e détruisons pas ddns le sein de l'Église ce que d'autres bâtissent au milieu de l'idolâtrie : et tandis que des ouvriers infatigables vont chercher des nations barbares, et leur inspirer le respect de nos saints mystères, ne les avilissons pas dans l'esprit même des fidèles, et ne leur donnons paâ lieu d'en être moins touchés. Nous sommes si sensibles à Thonneur d'une famille où nous avons pris naissance, si sensibles à l'honneur d'un corps où nous avons été associés comme membres : ne le serons-nous point â l'honneût d'une religion où nous atvons

été shheiiMisemeDt r^ënërës, à qui nous sommes si ëtroitëmenten-*' gagés, par qui nous avons reçu tant de grâces, et-dont nous attendons encore une oottronde immortelle? Car si nous sommes, selon l'etpression de l'Apôtre , par la sainteté de nos mœurs, la joie et la couronne de notre religion, Gaudmm meum et corona mea^ elle sera la nAtre ; et autant que nous Taurons honorée en cette vie, autant serons4ioiis glorifiés dans Téternité, que je vous souhaite, etc.

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