‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 19 sur 72 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Tonte aœe chrëtûrane doit désirer la oomioiuiian , el rm n'esi plus utile pour nouff nipliis efficace que oe désir, dèft qu'il n'exoède point la mesure qui lui convient , et que nous aayoas la ccMMsir dapa les jnstea limites qu'une prudence évangélique lui preaerit. Observes» a'il vous plait , ce que je dis, qui se réduit à ces trctis points : le pvamier, que Iftous ()evons tous dasirer la communion, et vous em oompraMlnu ai^ sèment les raisons ; le second ^ que ce désir nous est très sakitaine, et vous en verrez lés fruits ; le troisième , que ce désir néanmoins doit dtre conduit par la sagesse de TÉvangile, et vous apprendtez à le régler. Aii»i les moiifo de oe désir, les avantages de ce désir, les rif^ deiCd ilesiff , voil^ sur quoi j'ai d'abord à tt'e^pliqucr, aft à vous don^ uer.luut l'éclaircissement ndeessaire.

Je.prëtends donc et j'avance que toute ame ehrétieiine doit desirar la communion. Pourquoi? Par ce grand motif où tons les autres sont reilferânés, savoir, que timite ameobréUenne doit désirer aauveraiiie* mesA 0i par<<}é8sus toute chose d'être unie à Jésus-Christ, puisque c'est»>fm JësHs-^Cbrist qu'elle trouve tous les biens; car c'est en lui qu'eU» trouve sa nourriture , sa force , sa consdadon , son espënaace , toutes^les lumières et tous les secours pour marcher dans lechamin du salut, et pour Arriver à ce bienheureux terme. D'où il s'ensuit que par amour', que par intérêt , mais un intérêt solide et tout spirituel, râeo'n'est plus à souhaiter ni à rechercher pour elle dans la ne, que fiette'UQÎon étroite qui l'attache à son Sauveur, et qui Ta fisiit entrer en partidpaUon de tous ses trésors. Or ce qui nous unit réellanent, ioiimeoient, substantiellement à Jésus «Christ, c'est la eommnnion. Geloî iqin wynge ma ohair demeure en moi , et moi je dmneure en lui r QuiînmidUcat ntemncamem^in me ntonel, et ego in iil^ (JoAiv., 6). Union si ûagulière, qu'elle ne peut être suppléée an ce monde par nul autPQ sacrement ; e« de là cette maaiime universelle des Pères et ide tous les malinds de la vie imêriénre et dévote , que , par rapport à oe lieu d-^xil où- nt>us somsnes^ ef^ pendant que pou» y so»imes, le plus grand mal ^«e nous ayonsià eraindre eai d'être séparés du corps de notre Dieu , comme notre pius grand bien est de le recevoir.

Tout cela , mes ebers auditeurs, est évident : mais vous me denaandez si ce désir de la commutfioa peut convenir à un pécheur dans Tëtat actuel de son péché ; car dans cet état il est indigne de communier. Il 4;st vrai ; dk saint Chrysostome, cette indignité peut bien être une raisc«î potir ne pas approcher de la communion ; mais ette ne peut m nedmt jamais être une raison pour ne pas désirer <â eommunionv Autre ch^se est de communier en effets et autre de^ le deswer seul^ tneAi, et dla»»$ lai ukanière que nous devras Féittténdte, D&eomnitinitr

ïmWi BT DÉGOÛT DB lA coimuNroMi m

«I «f fei, eeseroit iMHir un péthear, unt qa'ii^mfmatéiam bfààdrêce de Dieu et éua reogagenent du pécbëf un éW&niégB ei otfe pk*ofeitiat-» tîon; par conséquent la table du Seigneur lui est interdite alors, et il doit s'en exdure loi^nième. Mais tout exclu qu'S esedeeettentate table, il peut deurer d^y étrt rappelé d'y èlre rétabli , d'y être admis tout de noQYeau, npn paiot avec son pédié, mais après s'être lavé et pu-* rifié de la tadifide ses péché. Toudiié de son malheur et de la triste' disette oà il lanfpHt^ il peut entrer dans le même sentiment que l'Enfaut prodigue , et se Are i luinnéme 2 Quwai mêrcenarii in dovno' patrie mei atnmtitM pamk^it ego auiem Aie fonte pereo{Loc*y i6}: Combien d'aaies sur qui Dieu peut-être n'a jamais répandu ses grâces avec autant d'abondance que sur moi , paroequ'elles ont été fidèles et qu'elles ont prafité du peu de taleqts qu'elles avoient reçus , s'avancent, s'Mtretiennent, et, pour ainsi parler, s'engraissent dans la maieen du Père céleste , tandis que je péris de faim ! Il peut , en disant de solides réflexions sur le funeste abandonneihent où il vit , et regrettant les dommages infinis que lui cause l'éloignement de là conununion , s'écrier avec les paroles de David : Quandd vemàm et appareào ante fuciem Det (Ps. 41)? Serai*je donc toujours banni de la présence de mon Dieu et de son sanctuaire f Quand viendra le tempaf où je pourrai paroitre devant lui parmi les conviés , et prendre place comme eux à son festin ? A quoi tient*il ? et ne ferai-je point pour cda qudque effort 9 Voilà , dis-je , comment le pécheur peut souhal- * ter la oommunîen , et comment même il la doit souhaiter. Ainsi , soit que je sois positivement indigne de la communioti, oCI que je ne le sois pas , il me convint toujours de la de^rer. Si je n'en suis paâ. absohiment indigne , ce désir contribuera toujours de plus en phis à m'en rendre digne; et si mon indignité est expreëie et absolue par lé * pédié qui me domine et qui règne en moi, ce désir au moins me* préservera d'un endurcissement total , et sera toujours une ressource* pour moi. . . -

Il y a plus «icore; et fondé sur la maxime que je Viens d'établif , |e: • soutiens même que plus un homme est péeheur, plus il doit désirer fà^ oommunioui et la preuve en est convoineante ; parceque plus il est pé-' cbeur, plus il e$t malade, plus il est foible, plus il est éloigné de Dieu ?t or plus il est malade, plus il deit désirer ce qui peut le reftiettré^dâiiè ' une santé parfoite; plus il est foible, plus il doit désirer ée qnvpeutréparer ses forces perdues ; plus il est éloigné de DteiiT , plus il doit* soupirer aprèi Dieu pour le retrouver, et pour se rejbindi^ à lui; DèD^ ' là donc que la commvnion est le remède Je plus effleaeie dbtft noiîsf' puissions user, dès que c'est contre nos feiMesitos le sèeotii^ le fAttàpuissant que nous potssioBS employer, dèsquec^est le^ceatfdewôtré' rénpion avec Dieu, plus nos plaies sont proftmdes et nos nîaladied daiNgerensea, plus «lèv^ens-nous avoir d^amteun pour •siiproeh^ du: enédé^/ dn dont nous attendons notre guérison ; et plus noua àou^ Iroàvèw

i^ 06SIR ET DÉGOÛT DE LA COMMUNION.

loin d9 Qieo,' plus devons-nous aspirer vers Taotel , où il veut Neii eocore sç cpmmuuiquer à nous» et nous réconcilier pleinement avec lui.

U faut pour cela des dispositions , je le sais ; mais voici les avantages de ce désir que je voudrois allumer dans vos cœurs. Car, pour passer maintenant à l'autre artide que je me suis proposé, je dis deux choses, que je vous prie de bien comprendre : premièremott, que le desir est lui-même la première disposition que nous devons apporter à la communion ; et secondement, que ce même désir est encore le principe et le mobile de toutes les autres dispositions que demande la communion. Expliquons-nous. C'est la première disposition : je ne dis pas que c'est une disposition suEfisante ; mais, encore une fois, que c'est de toutes les dispositions la plus convenable et la première. En efifet, le sacrement que nous recevons dans la conununion, en qudle qualité et pourquoi nous est-il donné? Comme l'aliment et la novrritnre de l'ame. C'est un pain , Panu quem ego dabo ( Joan ., 6 ) ; c'est une viande , Coro mea verè est cibm ( Ibid. ) ; c'est un breuvage, Sanguis meus verè est potus ( Ibid.). Voilà comment Jésus-Christ l'a institué, etcomment il nousjl'a Eait entendre dans les termes les plus formels. Or une viande ne prolBte jamais mieux, et n'est même communément utile et saine au corps, que lorsqu'on la prend et qu'on la mange avec appétit. Ainsi en est-il de cette viande divine qui nous est distribuée par les mains des prêtres. Le goût qu'on y trouve, la sainte avidité qui nous la fait rechercher ou du moins désirer, est un signe de la préparation du cœur à en tirer le fruit qu'elle peut produire. Et parceque ce fruit dépend de la grâce de Dieu, j'ajoute que c'est encore pour Dieu une espèce d'engagement, à nousaccorder c^e grâce, et à la verser sur nous dans toute son abondance. Pourquoi cela? parceque cette faim, que cette soif de la communion , si j'ose m'exprimer de la sorte, est un honneur particulier que nous rendons au sacrement de Jésus-Christ, puisque c'est un témoignage de l'estime que nous en faisons , et de la haute idée que nous en avons conçue. De là cette invitation du Sauveur du monde, que je puis bien appliquer à mon sujet : Si quis siût, veniaJt adme{ Joan., 7 ). Celui qui se sent pressé de la soif, qu'il vienne à moi. Plus il sera altéré, plus je répandrai sur lui ces epux vivifiantes dont mon sacrement est la source intarissable. De là cette effusion de tous les dons célestes que fait ce même Sauveur sur Tame affamée, selon le mot du Prophète : Ânimam esurientem satiavit bonis ( Ps. 106 ). U n'épargne rien pour elle ; et plus il voit croître sa faim , plus il prend plaisir à la rassasier. De là aussi ce redoublement, cette vivacité de désir, ce nouveau feu dont une ame quelquefois est embrasée. Une communion, bien loin de l'éteindre, ne sert qu'à Tenflammer davantage ; et c'est en cette ame que s'accomplit toute la parole du Saint-Esprit: Qm eduntme^ adbikc esu-'

rient (Eççles-rH)^

DESIR ET DÉGOÛT DE LA COMMUNION. iSS

Mais, Ghrëtiens, je vais trop loin : revenons. Oatre que le désir est kd-méme la première disposition pour bien communier, c'est encore le principe et comme le mobile de tontes les autres dispositions 'que demande la communion. Car quand je désire sincèrement et efficacement une fin, dès-tà je suis déterminé à tons les moyens qui sont nécessaires pour y parvenir. Si donc je désire de bonne foi la communion, ce seul désir m'engage à ne rien négliger de tout ce que ma religion exige de moi pour participer dignement au divin mystère.

Je sais, par exemple, que de toutes les dispositions, la plus essentielle est là pureté de la conscience, et que je ne puis, avec un cœur on corrompu par l'intérêt, ou enflé par l'orgueil, on amolli par la sensualité, ou aigri par le ressentiment et la vengeance, ou flétri de quelque autre sorte que ce soit, m'unir à un Dieu qui est la sainteté oaéme, et le Saint des saints : que fiiis-je, si c'est un vrai désir qui me porte à la communion ? Ne voulant pas proianei^e sacrement , et ne voulant pas non plus l'abandonner, je conclus que je dois rentrer en * moi-même, et purifier mon ame de tout ce qui pourroit blesser ToSil du Seigneur an momait qu'il daignera la visiter. C'est-à-dire, je conclus que je dois me dessaisir de ce bien qui ne m'appartient pas, que je dois réparer ce dommage dont je suis l'auteur et que j'ai injustement causé; que je dois rabattre cette hauteur d'esprit qui me rend en mille occasions fier et impérieux, vain et méprisant, colère, violent, emporté ; que je dois réprime^ cette ambition, qui dans le cours de ses entreprises me feit violer tant de devoirs et commettre tant d'injustices; que je dois renoncer à cet attachement, pardonner cette injure, me récoucilier avec cet ennemi , surtout me réconcilier avec Dieu, et pour cela avoir recours au tribunal de la pénitence, par une confession exacte, et aocompagnéede tous les sentiments et de toutes les résolutions qui en font le mérite.

Je sais que, pour un fréquent usage de la communion , ce n'est point assez d'une vie exempte de certains vices grossiers, et du reste remplie de mille imperfections , lâche , tiède, négligente ; mais que cette communion fréquente suppose la ferveur de la piété, la fidélité aux moindres devoirs, la pratique des vertus. Si donc mon désir, sans se borner à quelques communions éloignées les unes des autres, m'inspire de les réitérer aussi souvent que je le pourrai et que mon éiat.le permettra, quelles sont les saintes conséquences que je tire? Voulant communier souvent et voulant communier utilement, je oondos que je dois sanctifier ma vie, et la conformer au nombre de mes communions : c'est-à-dire je conclus que je dois vivre dans la retraite et la séparation du monde, parcequela fréquente communion ne peut s'accorder avec une vie mondaine et dissipée ; que je dois renouveler sans cesse l'ardeur de ma*dévotion, et m'adonner sans relâche à tous les exercices du christianisme , parceque la fréquente communion ne

1^ Off^Ul ^T n^GpUT Dis U QQlIHUMIOIi;

Iieut QoaveBîr avec ^p^ yie par^^iue et inutile ; que je dôik, ratant qu'il est ppssibte» veiller à la gs^rde de mon cœur, en régler tons Im mouvements, en modérer toutes las passions, en déraciner les plus |é« gères h$|bitudea^ en bannir to|it ce qui n'est pas selon le gré de Bien et selon la perfection de sa loi» oi^ du moins le Vouloir ainsi et y travsiiller, pa^qeqi^e 1^ fréqu^te communion ne peut compatir avec des ioiperfections où Ton s*ei)tretiei)t volontairement» et dont oo ne prend ni l'on ne veut prendre nul soin de se défaire; que je dois être humble, charitable, patient, mortifié, assidu à la prière et à toutes les œuvres pieuses, ou du^ mojns que je dois m'appUqner à le devenir, parceque la fréquente communion est le prix de tout cela, de même aussi que tout cela est communément le fruit de la fréquente communion. Yoilà» encore une fois, ce que je conclus» et i quoi le désir de la communion me détermine*

Or par-là ce à^mv n'est-il pas pour nous comme un principe de sanctification ; et ei^ quelques égarements que nous soyons tombés, •tant que nous conserverons ce désir, ne sera-oe pas toujours un fonds d'espérance poi^r notre retour à Dieu et pour notre conversion ? D'où * vous juge^, mes^ cbers auditeurs, ou vous deves juger avec mm, de quelle conséquence il est de ne laisser pas éteindre ce deair dans le christianisme, mais de le réyeiiler incessamment dans les oœurs et de l'y faire croire. Voici néanmoins Tahus de notre siècle : qn'il me soit permis de m'en expliquer ai\jourd'bui, et de le déplorer en votre présence» Au lieu de nourrir dans les âmes ce desii* de la communion, au l|eu de le rallumer continuellement parmi les fidèles et de le redoubler, on le ralentit, on le refroidit, et l'on vient peu à peu à ranMH*tir to^t•à-fait et i l'anéantir. Gomment ? en ne représentant jamais |a communion au peuple chrétien que sous des idées et des images cl' frayantes ; en ne lu^ retraçât d^s Vesprii et ne l\ii nmttant devant les yeux que lexcellence du sacrements que Tindignité de Thorame , que le dangçr d'une mauvaise communion, et les suites mulheureuses qu'elle traîne après soi ; en ex^igérant les dispositions requises pour communier dignement , et les proposant dans un degré de perfection où il est d'une extrême diiPficuUé et presque impossible d'atteindre. Car n'est-ce pas là que tendent ces maximes outrées d'une mo« raie prétendue sévère? Maximes que Ton débite dans les entretiens' particuliers, que l'on fait entrer dans les discours publics, dont on compose d amples volumes, et que Ton appuie de citations sans nombre et souvent sans fidélité ; mais surtout maximes dont se laissent préoccuper, ou, pour luieqx dire, infatuer des âmes foibles, d'autant plus aisées à séduire, qu'elles sont moins instruites du fond des chosen et moins capab^ de s'en instruire par elle£emémesr ; donnant en aveugles à tont ce qui porte un caractère de rigueur ; suivant sans réflexion et sans modération les premiers sentîmems d'une tinudité naturelle çt nuil réglée ; ne distinguant! ni riUusjton ni la vérité ; n'écou-

mem bt dégoût db la GOMmjinoN. m

tani rien Ià«des$aS| et ne pouvant pr^fqne re?eirir de leura pi#rgë8 oontre la communion.

Cependant qu'arrivM-il de U? c'est qne la plupart, ai je puis rap* porter id cet exemple» raiionnent k Végwrd de la oommiurion comove les disciples de Jésus-Cbrist raisonnèrent à l'yard de T^at du mav riage» lorsque ce divin maître leur en qaarqua les engagements. 8'ii en est de la sorte, lui dirent-iU, il vaut donc mieux demepirer libre, et ne se point lier à de telles conditions : Si îfa efl, non exp$dtt nubarû (M Airn., 19). Voilà justement ce qu'on dit : Puisqu'il y f^ tfmt à craiqr dre en communiant, il est donc plus à propos de s'abstenir de la communion et de n'en avoir pas un usage si fréquent. Puisque la commu« nion dejnande des dispositions si relevées et si parfaites, quand serai-je parvenu-là? et le plus sûr pour moin'eyt-œpas de rendre mes communions plus rares , et d'attendre le temps que je m'y croirai asses préparé? On le dit, et on le fiiit. Cette crainte de la communion en. détruit le désir. D'un jour i on autre il dim'mue. On le perd enfin ; et n'ayant plus ce désir, on n'a plus l'aiguillon le plus piquant pour nous, exciter à la pénitence et à la réformation de nos mosurs» pour nous, tenir dans une vig^nce perpétuelle sur nous-mêmes , pour nous tirer de nos lâchetés et de nos tiédeurs*

Vous me direz que ce n'est pas là l'intention de ceux qui s'énoncent en des termes si forts sur la communion; qu'ils n'en combattent pas le désir, et qu'au contraire ils l'approuvent et le louent; mais que, pour rbonneur de Jésus^Cbrist et l'avancement des âmes, ils ne se. propoient autre cbose que d'arrêter et de prévenir les ei^cès ai| ce^ désir nud conçu pourroit nous mener, Ahl mes cbers auditeurs, n'examinons point ici Ie$ intentions : c'est à Dieu à en juger ; mais peu^^tre, si nous voulions là-dessus entrer dans une sérif^u^ disc^sr sion, trouvepions-nous queees intentions si pures en app^r§i^ce et sit saintes ne sont rien moins que ce qu'elles parot^sent, Qn a çert^M principes touchant la fréquentation du sacrement die nos autels* Qn voudrait, contre les vues de Jfjsus-Cbrist, contre la pratique des pp^i miers fidèles, contre la conduite des plus babilee maftres dans les vpieq de IMea, retrancher le pain aux enfents, selon Texpression de l'Écrir Uire ; c'est-à-dire qu'on voudroit abolir dans rÊgMse les fréquentes oonununiona; et pour y réussir, il n'y a point de plus sAr moyen qun d'inspirer aux âmes l'éloignement de la communion : par où ? par ces menaces qu'on leur f«it entendre, par ces peintures qu on leur tract, par ces frayeurs dont on les i^emplit. Quoi qu'il en soit, et sans péné» trer davantage dans les desseins qu op peut avoir, je m'en tiens à Tef-* fet , ei je n'en puis asses géiuir. Car ce qui s'ensuit immanquablement de là, c'est œ que nous voyons : je veux dire qu'on vit dans unoi différence mortelle à l'égard de la communîott, et qu'on va jusqu'à faire devant Dieu un préieasKiu mérite de cette indifférence et vertu*

Ce n'est pas que j'approuve tout desii- de la communion ; et comme, il n'y a rien de si saint en. soi qui ne puisse être sujet à l'illusion» dès que nous ne le prenons pas dans les vues ni selon l'esprit dn cbristia* nfsmey je n'ai point de peine à convenir que, dans le désir dont je re-lève ici les avantages, il y a des égarements à craindre et des ëcudls à éviter. C'est un désir réglé que je demande. Or un désir réglé n'est point un désir présomptueux qui nousôte le sentiment de notre bassesse, et qui nous fesse aller à Faiitel du Seigneur avec un orgueil de pharisien. Ce n'est point un désir aveugle qui n'examine rien, et qui ne soit accompagné de nulle réflexion sur nous-mêmes et de nulle oonnoissance de nous-mênfies. Ce n^est point un désir précipité , dont le premier mouvement nous emporte, sans accorder à une juste et solide épreuve de soi-même le temps nécessaire. Ce n'est pomt un désir volage et capricieux, que l'humeur gouverne, et qui soit sujet à de bizarres et de perpétuelles vicissitudes. Ce n'est point un désir frivole et visionnaire , qui par la plus chimérique alliance prétende concilier ensemble la communion, et une vie lâche, une vie molle, une vie toute naturelle. Ce n'est point un désir opiniâtre et entêté, qui ne se conduise que par ses idées et qui les suive avec obstination, ne prenant conseil de personne et ne voulant dépendre de personne. Car voilà les désordres qu'il y auroit à condamner dans le désir de la communion, et que je condamne en effet moi-même, mais un desîr humble, mais un désir éclairé ou demandant à l'être, mais un désir prudent et sage, mais un désir docile et soumis, en un mot un désir chrétien , ah ! mes Frères (je parle à vous , ministres de Jésus-Christ},, c'est ce que nous ne pouvons entretenir avec trop de soin parmi le peuple de Dieu et dans son Église. Or vous savez si c'est là toujours le soin qui vous occupe, et si, par une pratique toute contraire, on ne tourne pas aujourd'hui ses soins à ralentir toute l'ardeur que le premier esprit de l'Évangile avoit là-dessus excitée dans les âmes.

Quoi qu'il en soit, mes chers auditeurs, c'est ici que vous pouvez vous appliquer l'avis de saint Bernard. Si le guide que vous avez choisi, dit ce Père, pour vous diriger dans les sentiers de la justice et dans le chemin de la perfection évangélique, vient à se relâcher envers vous et à vous mener par une voie trop douce, ne perdez rien des sentiments de votre pénitence, et par des exercices volontaires et libres suppléez à ceux qui ne vous sont pas ordonnés. C'étoit la maxime de ce saint docteur; et, suivant cette maxime, je vous dis, moi : Quelque spécieuse que puisse être la direction que vous recevez, du moment qu'elle va à* refroidir votre zèle pour la communion, tenez-la dès-lors pour suspecte ; et si vous ne voulez pas encore l'abandonner, du moins vous-mêmes, avec le secours de la grâce et par toutes les conridératioDs que la religion vous fournit, travaillez chaque jour à renouveler dans votre cœur ce que peut-être on cherche secrètement à y détruire. Que'que leçon qu*op puisse vous faire, et en quelques

termes qu'on puisse s'exprimer pour ?oos peindre à toas^mémes comme pîécheors, oomme iodignes de la table d'un Dieu si saint, dites toujours avec le Prophète royal : Quemadmodum deMePoi eenuê ad fontes aquarum^ ila dedderat màma mea ûd te , Deiu (Pioi. 41). II est Trai, Seigneur, et je le reconnois devant vons, je ne suis qne faiblesse et que misère; mais, dans la ooim<N8sanee de mes foiblasses et de mes misières , que dois-je souhaiter pins ardemment que de trouver eo TOUS mon soutien et le xemède à mes maux? Plus donc je sentirai mes besoins, plus j'aspirerai vers celui qui y peut subvenir; et le cerf presse de la soif ne court pas aux fontaines d*eau vive avec plus d'ardeur que je soupirerai sans cesse après l'heureux moment où je pourrai reeevoir mon Dieu et le (dacer dans mon sein : Sitmt amma aiea ad Deum fortem^ tntfwn (Ibid.)* C'est le Dieu fort, et sans lui mon ame languit dans une triste défoilknoe, dcmt il n'y a qae lui qui la puisse relever. C'est le Dieu vivant et le principe de la vie ; et sans lui mon ame demeure dans un état de mort, d'où il n'y a que lui qui la puisse retirer iFuenciUmiiU lamimœ meœ foneêdieac nocte, dim dieitur ndld, Ubi est JDeus Ittus (Ibid.) ? Dès que je me vois éloigné de œ Dieu d'amour, il me semble que mon cœur s'élève contre moi , et qu'il me demande : Oii est ton Dieu ? où sont ces heureux moments où tu goùtois à sa table ^les douceurs de cette viande divine qu'il te présentoit? Et dès que je crois pouvoir encore être admise cette table sacrée , et qu'on m'annonce que j'y puis aller tout de nouveau, c'est pour moi la plus agréable parole , et je la reçois comme un homme affiuné qu'on appelle à un repas délideux : In voce exuUaUams et eonfessUmity sonus e/mUoÊtis (Ibid.). Puissiez-vous, Chrétiens, vous maintenir toujours dans ces sentiments, et vous préserver ainsi de ce d^&t de k communion, dont j'ai à vous parler dans la seconde partie!

DBOXIÂIIB PARTIE.

Le croiroit-on qu'une ame pût se dégoûter de cette nourriture céleste qui n'est autre que Dîeu même, et pourroiton jamais se persuader qu'un pain capable de faire les délices des anges devînt insipide aux hommes, et qu'ils eussent de la peine à en user? C'est néanmoins ce que nous oe voyons que trop dans le christianisme ; et c'est peutêtre le déplorable état de bien des personnes qui m'écoutent: état qui leur doit causer une affliction mortelle^ et dont je voudrois aujourd'hui leur représenter assez vivement le malïïeur, pour les engager à en sortir, et à ne rien négliger sur cela de tous les moyens que la sagesse évangélique peut leur fournir. La plus dangereuse marque d'une santé ou déjà altérée, ou qui commence à s'altérer, c'est le dégoût des viandes les plus saines et les plus propres à exciter Tappétit. On se croit dès-lors atteint de quelque maladie secrète ; on juge qu'il y a dans le corps quelque mauvais levain , et l'on emploie tous les se-

m nsm bt dégoût m la ooMKiiRRm;

«ours de Tart pour ne le laiwer pts métérir et peor en pré? enir ta effets. Or voilà eammenl oonsdetow r«isoiiner> et comment nous defiom egir aveeplus de sujet» au Regard deralôneiit de nos amesw Perdre l0 goAtde la lojsuntanimi^ o'est un des signes les pins à craio^ dre pour nous; et n'élre peint tcmebé de se voir dans ee dégoût^ y n'me avec îndiiérttiee et éaas inquiétude^ c^eet le eomble de feiidnr* (jssementi et le téoK^igaaiiié certain d'ui» oonsoieDoe ou absohrmeui déréglée, ou mr le poitil de tomber daaa utt /Mrëglenievt entier ^ et de se pei^e«

Eatplî4Uoas<neife touCèfeiB» Giiitéiien»^ et oomprenes d'abord de qiiciie sorte de déflfeAi je pnKoBdsparleri II y a un dégoût delà conn Uttuaion qtii vient de Dieui et il y eà a an qui vient de neus»mtaree ei i0 notre fomis : Tun^ cpii n'est qu'une épreuve de IJften^ éa qu'iM di&ttateM p«Bsag€fr de Dieo^ ec rantre ^ qui proeèOe^ d'une ottuvaisé dieposîtioA de B<»tre cœur» et d'une indîfiyÉ'eiiee bebluieDe et volon^ laird pour les ehesès de Dieu^ Éf^reuve de Dieu ; car c'est ainsi que Dieu, de temps en temps^ traite même kè a»es fidèles. Afin de leur donner liiNi die se faire raieni: connexe à lai» et de lui prouver leur fidélité» ik ieur. Ole eertaina sentiments d'une dévotion tendre, et eer* laîns goûta qu'elles trouvaient i la eommilnion. Il veut qn'eUea ne viennent à bii que pour kn ; et par eeqa^tl seiï>it à craindre que Tabofr' danœ des Qoaaolations divinea ne les aoooutumût à se cbetcher eilea» mémee dans la fréquentation des sai»t$ mystères^ autant qne Dieu, 9 les laisse éana un eut d'aridité et de sécheresse oii il setnble que tout le feu de teur auM^ur soit amorti , et où eHes oût besoin de toute la force cbrélieniie .pour ne se pas troubler et ne pus succomber. Or dans cette disposition une ame doit en effet se tenir aussi tranquille qu'elle le peut être; contente de tout ee qui platt à Dieu, toujours paiement assidue et constante à s'approcher de Dieu, toujours attentive sur elle-même» et dans une continuelle vigilance pour ne manquer à rien de tous ses devoirs et de toutes ses pratiques envers Dieu; du rè^te, se confiant en Dieu^ et $e persuadant bien que si Dieu Tépure de la sorte, ce n'est que pour la rendre plus digne de ses faveurs, et pour la mieux disposer à recevoir ses plus intimes communications.

Cb&tîment de Dieu, mais châtiment passager. Je dis châtiment , et c*est unecondnite assez ordinaire de Dieu. Il punit le^ infidéh'tés d^une ame et ses fragilités, parla soustraction de ces grâces particulières et de cesattraits dont elle étoit vivement touchée. Mais j'ajoute, châtiment passager; car ce n'est pas pour abandonner cette ame qtre Dieu la châtie, mais pour la corriger, mais pour l'engager à se reconnottre y mais pour lui faire prendre, en Taîdânt à se relever, une ferveur toute nouvelle. Du moment qu'elle a satisfait , qu'elle a rempli la mesure de sa pénitence, qu'elle s'est retournée vers Dieu, qu'elle le réclame et qu'elle le rappelle, il ne tarde pas à revenir; ou s'il se feit encore attendre , il revient enfin pour répandre ses dons sur elle avec plua

JMBm ET DÉGOUt MB LÀ CDAMÛMION. Of»

d'efFiision qoe japMU, el pouir lui rendre tout ee qnli lui à voit ëtitevi Cette épreaVe, Ofaréttens, ce châtiment ont leurâ théines, ils i)nt leurs daogers; et nom devons même oommai^ëment detnalnder à Bieu que s'il a, ou i Éous éproufer^ ou A nous punir, ce ttë«oit point par la dégoài de ht commiMÉ». Biais outre ce dégîoflt, que àous pouvons plus àttribaer à Dm» qu'à nôu»néni(es, ii y en a iin autre mille fois pifls pènùeienx^ et dont la sourœ est dans nous : dëgott si commua dans le monde » et dans le monde ehrëtien ! Yollà celui dont je veux id vûns enireleniri TAdioiis * en découvrir le principe , voyons*en les suites innestes , «t apprensi etffiii ipiéb eii boni lek remèdes. Tout oed mérite votre attentioik^

Dmm les malsiUea de faùie eomitae datis éelles du oorps, il est d'une exiréme knpbrtance de comottfe d'abord lé principe qui les à fomées. 0^ il ne linit mini chin^Ber d^autre pHndpe de ce dégoAt dont il est nmnteUsitt question , ^ue le relâchement de la vie. Je sais qu'on riofipute à des causes moins proohsineii et plus apparentes. aux smns du monde « aux inquiétudes du monde , aul distractions du monde. Je sots qu^à l'exemple èeë oouviés defÉvaugile; on dit : Yitlam end { L|ig.\ i4) ^ J'ai an bien à cultiver et è faire valoir : Vxorem duxi (Ibîd. ), J'ai un ménage à condàire et nne maison à régler : Jn^ èowm emî qubique (Ibid»)^ Je Suis dans un trafic, dans un cours d'afiaires qui m'occupe tout entier ; et le moyen avec cefa de fréquenter le sacrement de Jdsos^Ghrist et d'y apporter la prëpara- UoD Gonvenable? Dès que J'y veux penser, l'ennui me sàtsit, et mon esprit» nmlgré moi » me porte ailleurs. J'efti conviens, mon chéraudîtear;mnis comment ces sobs temporels, comment ces embarras et œs mouvements du monde vous inspirent'-ils le dégoût de la communion» si ee n'est par le relâchement de vie où ifs vous fout tomber? Dans œtte dissipation perpétuelle où Ton vit , on oublie aisément INen et tout ne qui a rapport au etilte de Dieu. On n'est attentif qu'aux ohoses dh monde, qu'aux vanités! du monde, qu'aux divertissements du monde> qu'aux intérêts du monde, qu'à toutes les scènes différentes qiii se passent dans le monde et à la part qu'on y peut avoir. On n'est touché que de cela , on en est rempli et possédé. Or oomme le cœur fivré à un Obj^ devient indifférent poUr tous les antres » on pofd peu k peu toutes les bonnes dispositions où l'on étoit à l'égard do la piété ; on ne s'affoctiomie plus aux exercices du christianisme ; on n'a plus qu'une foi languissante , qu'une espérance incertaine» qu'une charité làobe et tiède, et c'est slors que l'on conçoit de i'éloignànent pour la communion et qu'on s'en (ail une peine.

Car voici ce qm arrive. On conserve encore assez de religion pour ne vouloir pas communier indignement, et l'on est toujours assez éclairé pour voir que la communion ne peut s'accorder avec la vie relâchée que l'on mène. Cependant on aime cette vie aisée et commode, cette vin sensuelle et délicate , cette vie dissipée et mondaine ;

160 UESIR £T DéGOUf DE LA COMBIUNION.

et tout ce qui est capable de la troubler parott mnpportable. Ainii la communion n'est plus qu'une géae, et ne présente plus à Teâprit qu'une. idée ficheuse et rebutante. On dit ce que les H)H di^îent de la manne ; Anima noêtra nauseat super dbo Uto {Num.^ 21). I^ourquoi tant de communion$? cela est bon pour les personnes retirées et dévotes par profession ; mais je n'en sois pas encore là , et je ne me sens point encore appdé à une si'grande retraite, ni à une régularité si scrupuleuse. On prête volontiers l'oreille à ces discours si ordinaires et si spécieux sur l'extrême facilité aviBC iaqûelle des di* recteurs trop indulgents ou prétendus tels permettent l'usage de la sainte table. On approuve ces maximes étroites et rigoureuses qui vont à exdure presque tous les fidèles de la communion fréquente ; et afin de pouvoir vivre du reste avec plus de liberté , <m se déclaTe sur ce point pour le parti, de la morale sétère; car à l'ombre de cette morale sévère on est en- repos. On n'a plus tant à veiUer sur soimême 9 plus tant à s'étudier soi-même; on n'a plus tant de reproches à soutenir au fond du cœur sur l'incompatibilité de la conduite qu'on tient et des communicms qu'on fait ; on a pris le plus court» qui étoit de se retrancher la commoni<m ^ et dé s'affrandiir par-là du joug d'une pratique si incommode et si embarrassante.

Ah ! mon cher auditeur, egt-ce ainsi que vous raisonniee et que vous agissiez à ces temps d«une ferveur chrétienne, où vous étiez animé de l'esprit de Dieu? Parceque vous aviez alors du zèle pour la perfection de votre ame, et pour votre avancement dans la voie du salut; parceque vous étiez appliqué aux devoirs de la religion, et que vous vous faisiez un point capital de les accomplir tous et de n'en négliger aucun, la communion vous consoloit, vous attirent, vous fortifioit. G'étoit un entretien pour vous, et le plus doux entretien; vous y trouviez Dieu , et vous Ty . goûtiez : mais di^is que ce preioiier feu qui vous brûloit n'a plus eu la même ardeur, let que votre charité s'est ralentie comme celle de cet évêque de l'Apécalypse, Charitatem primam reliquisti {Apoe.f 2)*, depuis que vous vous êtes émancipé de ces règles de conduite qui vous attacboient à certains exercices et qui vous retenoient ainsi dans l'ordre» c'est là que vous avez pris d'autres sentiments à l'égard de la communion. Jusque là vous en approchiez, non seulement sans peine, mais avec dévotion, mais avec onction; jusque là vous étiez persuadé qu'il ne falloit pas se tenir long-temps éloigné de l'autel du Seigneur et de son divin sacrement : mais avouez-le de'^bonne foi , vous, avez commencé à vous en dégoûter, quand vous avez commencé à vous relâcher dans la prière, quand vous avez commencé à quitter la lecture des bons livres, à n'entendre plus si assidûment la parole de Dieu, à n'assister plus si régulièrement à l'office divin ^ ni anx cérémonies de l'Église; quand vous avez commencé à vous lasser des saintes pratiques et des œuvres de charité qui vous occupoient, et qu'au contraire vousavess pris goût

DESIR ET DÉGOtlT DE LA COMMUNION. 161

aux bagatelles et aux amusements du siècle , à ses assemblées, à ses ooDversations, à ses jeux, à ses spectacles.

Et cela est vrai par proportion dans tous les états; car si je pouvois étendre ce détail jusques à l'état ecclésiastique , jasques à l'état religieux , yoQS verriez que s'il y a dans l'Église des prêtres ou qui se dispensent volontiers d'offrir le sacrifice du corps et du sang de Jésus-Christ , ou qui ne s'acquittent de cette importante fonction qu'a« vec une indévodon et une précipitation scandaleuse» très disposés à s'en exempter s'ils n'y étoient engagés par un intérêt toutbumain, c'est qu'il n'y a que trop de ces ministres qui n'ont de leur profession que le caractère et l'habit , sans en avoir la sainteté et le zèle. Que s'il y a dans les communautés et les monastères des personnes religieuses qui ne communient pas aussi souvent que la règle le leur prescrit et qu'il convient à des âmes séparées du monde et dévouées au service de Dieu, ou qui ne communient qu'avec répugnance et par une espèce de coptrainte, ce sont communément ceux ou celles en qui l'esprit de la religion s'est plus altéré» en qui l'on voit moins de fidélité à leurs observances , de qui l'on est moins édifié dans une maison» et qui se montrent moins exacts à remplir leurs obligations. Il est donc certain que le principe le plus universel du dégoût de la communion » c'est la tiédeur et le relâchement de la vie. Or dès que ce dégoût vient d'une telle source» en faut-il davantage pour nous le feire considérer comme un mal« et un très grand mal ; et quand le principe est si corrompu» que devons-nous juger de l'effet?

Aussi quelles en sont les suites? Plût au ciel» mes chers auditeurs, que nous n'en eussions pas tant d'expériences » ou plât au ciel que tant d'expériences que nous en avons servissent à vous instruire» et vous fissent sortir du danger le plus évidentet le plus prochain où vous puissiez être d'une ruine entière! Comprenez ma pensée» et suivezmoi : car il y a entre les maux de Famé» comme entre les autres , une malheureuse connexion qui fait que le mal produit par un principe rend encore' son principe plus mauvais» et contribue de sa part à l'augmenter. Ainsi le relâchement de la vie mène au dégoût de la communion» et le dégoût de la communion» par le retour le plus naturel» mais en même temps le plus funeste» porte à un nouveau relâchement de vie. Gomment cela? il est aisé de Tentendre : c'est que le dégoût de la communion éloigne de la communion. Uu roabde qui a conçu du dégoût pour la nourriture qu'on lui présente » la rejette» quelque saine d'ailleurs qu'elle puisse être» et quelquefois s'obstine si opiniâtrement à la refuser» qu'il n'est pas possible» malgré tout ce qu'on lui dit et toutes les raisons qu'on lui apporte » de le résoudi^ à la prendre. Or voilà ce qui se passe au regard de la communion. Du moment qu'une ame» bien loin de se sentir attirée à la table du Seigneur» se trouve dans une disposition toute contraire , je dis dans une disposition où d'elle-même elle s'est réduite « du mo- B. 5. M

i^ DESm ET DÉGOÛT DE LA COMMUNION.

ment que la communion est une peine pour elle, est une fetigoe, est un sujet de combat , il est immanquable qu'elle évitera de communier le plus qu'elle pourra » qu'elle aura toujours des prétextes pour s'en abstenir, qu'elle remettra toujours d'un temps à un autre tempi, et que ce sera beaucoup si elte n'en vient pas jusqu'à se contenter de la communion que l'Église nous ordonne une fois chaque année. Je veux croire qu'elle n'ira pas tout d'un coup jusqu'à cette extrémité. On garde d'abord certaines mesures; on retient quelques communions, et Ton en retranche d'autres : mais enfin, à force d'eu omettre et d'en retrancher, on s'accoutume peu à peu à ne communier presque pliis ; on perd sur cela tout sentiment ; on est déchargé d'un fardeau qui, tous les jours, devenoit plus pesant ou le parois* soit ; on est content de son état , et l'on s'en accommode.

De là que s^ensuit-il? Par rapport au corps, l'abstinence des viandes contribue quelquefois à là santé: mais il enva tout autrement à l'égard de rame. Moins on communie, moins on a de*grace$, moins on a de forces, moins on a de vigilance, d'attention sur soi-même, de zèle pour son avancement; et par conséquent moins on communie, plus on tombe dans le relâchement et dans l'Qubli de Dieu. Remarquez bien tout ce que je dis. Moins on communie, moins on a de grâces ; pourquoi? parcequ'on se tient plus éloigné de Jésus-Christ, qui est la source de toutes les grâces, et qui ne les distribue nulle part aUleurs avec tant d'abondance que dans son sacrement. Il y a des grâces attachées aux autres sacrements, puisque c'est Jésus-Christ qui les a institués : mais Jésus- Christ n'a pas seulement institué l'adorable sacrement que nous recevons par la communion, il s'y est encore renfermé lui-même, et c'est pour cela que nous le regardons d'une façon plus particulière comme son sacrement. Or quels effets de grâce doit opérer Jésus-Christ même présent en personne, et qu'est-ce que de se priver d'un si riche fonds? Moins on communie, moins on a de forces ; pourquoi? parceque le soutien de l'ame, c'est la communion, puisquQ le sacrement auquel nous participons dans la conmiunion est le pain de l'ame et son aliment. Moins on communie, moins on a de vigilance, d'attention sur soi-même, de zèle pour sa perfection et son avancement ; pourquoi? parcequ'on n'a plus le frein le plus puissant pour nousarréter, Faiguillon le plus piquant pour nous réveiller, le motif le plus pressant pour nous exciter, qui est la vue d'une communion prochaine ; parcequ'on n'est plus si fortement engagé à réprimer ses passions, à éclairer ses démarches, à peser ses paroles, à régler toutes ses actions, pour se maintenir dans une préparation continuelle à la communion ; parcequ'on n'est plus touché de ces mouvements secrets, de ces^reproches intérieurs, de ces lumières divines, de ces conununications de Dieu, qui sont les fruits de la communion.

Le cœur donc se refroidit d'un jour à un autre ; Dieu se retire, le monde prend sa place; et comme dans une terre inculte, les ronces et

les ëpines, les mauvaises herbes, c'est-à-dire tontes les ifidiDations vicieases, croissent et se fortifient. On les suit» on s'y laisse conduire en aveugle, etsouventotm'emportent-elles point une âme? Ah! chré^ tiens auditeurs, on en a vu des exemples et Ton en voit encoif'e qui vous feroiedt trembler, si j'osois ici les produire. On a vu dans les plus saintes sociétés des chutes presque semblables à ceDé de cet ange, qui du plus haut des cieux- fut précipité an fond de l'enfer. On a vu IjBS sociétés elles-mêmes tout entières se démentir, et devenir le scandale de la religion; par où? parce dégoût et Cetéloignement delà communion. Si l'usage de la communion s'y fAt conservé tel qu'il y dèvoit être, c'eût été une ressource contre les abus qui si'y assoient. Mais entre les abuà qui âi'y sont introduits, nU des plus dangereux a été dé négtiger hi communion, et celui-là seul a fomenté tons les antf es, et causé enfin une décadence totale. Car le Prophète l'avoit ainsi prédit, lorsqu'il disolt à Dieu : Tous ceux qui s'éloignent de vous, iSeigneur, périront : Ecce qui elongant te à te, peribuni {PsaL fS!j.

Mais à cela quel remède? Vous le voulez savoir, mes Frères, et je conclus par-là ce discours. Le remède, c'est de s'appliqueir d'abord à bien comprendre, comme je viens de vous les représenter, et le principe ordinaire du dégoût de la communion, et ses suites. De les reconnotire dans soi, et de raisonner de la sorte avec soi-ioaiéme : Je vois des personnes approcher bien plus souvent que moi de la sainte table, et y aller sans peine, y aller même avec désir, et avec un désir très ardent. Si de bonne foi je veux leur rendre justice, je suis obligé d'avouer que ce sont aussi des personnes plus réglées et plus chrétiennes que moi*. Autrefois moi-même, surtout à certains temps où je pensois plus à Dieu et à mon salut,-je fréquentois bien davantage le sacrement de nos autels; et il faut aussi couyenir que je vivois alors beaucoup mieux que je ne vis à présent, que javois l'esprit plus recueilli et la conscience plus délicate, que mon cœur étoit plus susceptible de certains sentiments de dévotion. Maintenant que je ne tiens presque plus aucun compte de la communion, et que je me dispense si aisément de ce saint exercice, il semble que je sois insensible à tout ce qui regarde Dieu, et comme endurci. Mais où se terminera cette langueur habituelle? Quelle en sera lu fin, et quel en est au moigs le danger ? Ces réflexions, mes chers auditeurs, et d'autres que vous pourrez faire, sorit capables de TOUS imprimer une juste crainte; et cette crainte, en vons faisant sentir l'importance de la communion, sera peut-être assez efficace pour vous engager à mieux user désormais d'un sacrement si salutaire et si nécessaire. .

Le remède, c'est de ne point suivre le dégoût où vous êtes, et d'agir môme contre ce dégoût pour le surmonter. Voici ce que je veux dire* Un malade qui se sent du dégoût pour les viandes, et qui voit par-là son corps défaillir, fait effort et prend sur soi autant qu'il lui est possible, afin de s'accoutumer tout de nouveau à la nourriture dont il cout-

noît qu'il ne peut se passer. Et en effet, à force de se faire violence et de se vaincre, il se remet peu à peu dans son premier appétit et répare ses forces affoiblies. Voilà comment vous devez vous-mêmes vous comporter. Vous n'avez nul attrait à la communion, vous y avez même une répugnance actuelle. Il n'importe, communiez : car, avec toute votre répugnance» vous pouvez, après tout, vous mettre dans la disposition essentiellement requise pour participer au divin sacremoit. Il vous en coûtera, et vous aurez à combattre contre les révoltes de votre cœur; mais ce ne sera pas en vain. Dieu, témoin du désir que vous lui marquerez de le retrouver, des démarches que vous forez pour cela et des soins que vous vous donnerez, se laissera fléchir en votre faveur. Il fera descendre sur vous la rosée du ciel et l'onction de sa grâce. Il vous comblera de ces bénédictions de douceur dont il prévient ses élus, selon la parole du Prophète, Prœvenisti eum in benedic' tiombus dulcedinis (PsaL 20) ; et vous éprouverez ce que mille autres ont éprouvé, et ce qu'il ne tient qu*à vous d'éprouver comme eux: c'est-à-dire qu'étant venus à la table de Jésus-Christ par le seul mouvement d'une fois pure et d'une religion sincère, mais du reste sans nulle affection sensible etsans goût, vous en sortirez remplis de consolation, et plus touchés de Dieu que jamais. Car Dieu ne manque guère à se découvrir de 1^ sorte, dès qu'on le cherche en esprit et en vérité.

Le remède, c'est de vous confier à un ministre de Dieu, à un homme de Dieu, dont la conduite soit exempte de tout reproche et à couvert de tout soupçon ; de le consulter et de l'écouter, afin que ses conseils solides et sages vous servent de préservatif contre les égarements et l'es illusions que vous auriez à craindre, si vous ne preniez pour guide que vous-mêmes et que vosvues particulières. Instruit par vous-mêmes de vos dispositions, il vous réglera prudemment et utilement l'ordre» le nombre, les temps de vos communions* comme un père partage le pain à ses enfants, selon la mesure qu'il sait leur convenir. Et la nouvelle habitude que vous vous ferez, suivant ses avis, de converser avec Dieu, d'approcher de Dieu, de recevoir en vous votre Dieu, vous rendra le goût que vous aviez perdu, et rallumera tout le feu de votre première ferveur.

Enfin, le remède, c'est d'avoir recours à Dieu même, de le solliciter par de fréquentes et d'humbles pftères, de lui demander qu'il fléchisse votre cœur, qu'il l'attire à lui, et de lui dire avec l'épouse des Cantiques : Trahe me post te {Canl., 1). Âh ! Seigneur, personne ne peut aller à vous, si vous ne l'y attirez vous-même. Vous voyez la dureté de mon cœur, et vous pouvez l'amollir. Vous pouvez dans un moment faire fondre toute la glace qui le rend si froid et si indifférent pour vous. Il ne faut qu'un rayon de votre grâce. Je sais, mon Dieu,, combien je mérite peu d'avoir avec vous ce commerce intime dont vous honorez à votre autel certaines âmes choisies. Ce n'est point encore là que j'aspire : mais du moins favorisez-moi d'un regard ; fiites luire a

SUR LE JUGEMENT DE DIEU. i65

mon esprit quelques étincenes de ces lumières vives et ardentes qui les pénètrent, et qui les ravissent hors d'elles-mêmes; (aites-moi sentir quelques unes de ces touches secrètes et de ces divines impressions, qui les jettent en de si doux transports aux approches de votre aimable sacrement. Serai-je toujours en votre présence coqurne une terre sèche et aride? Serai-je toujours lent et paresseux, lorsqu'il s'agit de parottre à votre table? Traheme pott te. Si je vous demande que vous changiez mon cœur, c'est afin qu'il s'attache pour jamais à vous, afin qu'il ne se tourne plus que vers vous, afin qu'il ne goûte plus de plaisir qu'en vous. Notre bonheur dès cette vie est de vous posséder sous de firagiies espèces, et notre suprême félicité en Tautre sera de vous posséder dans la splendeur de votre gloire, où nous conduise, etc.

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