PREMIÈRE PARTIE
Oui, Chrétiens, c'est en se soumettant à la circoncision de Tancienneioi, que le Fils de Dieu s'est montré véritablement Sauveur ; et
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c'est , à proprement parler, dans le mystère de ce joar qu^I a commence à en exercer l'office : écoutez-en les preuves. Car au moment qu'il Fut circoncis , il se trouva dans la disposition prochaine et nécessaire pour pouvoir être la victime du péché. Au moment qu'il fut circoncis, il offirit à Dieu les prémices de son sang adorable , qui devoit être le remède du péché. Au moment qu'il fut circoncis, et en vertu de sa circoncision , il s'engageait répandre ce même sang plus abondatnment sur la croix , pour la réparation entière du péché. Trois choses à quoi la rédemption du monde étoit attachée, et dont la foi nous assure que le salut des hommes dépendoit. Trois raisons solides, que Je vous prie d'approfondir avec moi, et qui vont vous faire comprendre , mais d'une manière sensible , sur quoi est fondée cette mystérieuse liaison qui se rencontre entre la circoncision de l'enfant et l'imposition du nom de Jésus : Circumciditurj et vocatur Jem$.
Au moment que le Fils de Dieu fut circoncis, il se trouva dans lâ disposition prochaine et nécessaire pour pouvoir être la victime dit péché; et par conséquent pour être parfaitement Sauveu)* : car pour sauver l'homme tombé dans la disgrâce de son Dieu, il falloit satisfaire à Dieu dans toute la rigueur de la justice : Dieu le vouloit ainsi, et c*est un point de religion qui ne peut être contesté. Pour offrir à Dieu cette satisfoction rigoureuse, il falloit un sujet capable de souffrir et de mourir; la croix et la mort étoient les moyens choisis pour cela dans le conseil de la Sagesse éternelle : toutes les Écritures nous l'enseignent. Pour être capable de souffrir et de mourir, il falloit au moins avoir la marque du péché ; la chose est évidente, et c'est sur quoi roule toute la théologie de saint Paul. Cette marque du péché ne devoit être imprimée sur la chair innocente de Jésus-Christ que par sa sainte circoncision; et en effet, la circoncision, quelque sainte que nous la concevions dans la personne du Sauveur, étoit en soi, et selon l'institution divine , le sacrement et le sceau de la justification des pécheurs* Que s'ensuit-il de là ? vous prévenez déjà ma pensée : il s'ensuit qu'avant que Jésus-Christ fut circoncis , il lui nianquoit, pojjir ainsi dire, une condition sans laquelle il ne pouvoit pas encore être la victime de ce sacrifice sanglant et douloureux que Dieu exigeoit pour notre rédemption. Cette condition , c'est-à-dire ce pouvoir prochain d'être immolé comme victime pour nos péchés , étoit la suite du mystère de sa circoncision ; et c'est ce que l'évangéliste semble nous déclarer par ces paroles : Posiquam comummatt sunt dies ut circumcide*» retur puer, vocatum est noràen ejus Jésus : Lorsque le temps d(î la circoncision dé l'enfant fut venu , et qu'en effet on Teut circoncis , on lui donna le nom de Jésus. Comme si l'Évangéliste noua disoit : Jusque là^ quelque perfection et quelque mérite qu'il eût , il ne portoit pas encore ce nom , parcequ'îl n'avoit pas encore tout ce qui lui étoit nécessaire pour être actuellement Sauveur; mais après la circoncision il enf^roit d'être appelé Sauveur, parcequ'il ne lui manquoit plus
rien pour Tétre. Donnons à cette vérité pins d*étendae et plas de jour.
Pour sauver des pécheurs et des coupables (ceci vous surprendra. Chrétiens, mais c'est votre religion que je vous expose) , pour sauver des pécheurs et des coupables, il falloit un Juste; mais un Juste, dit saint Augustin , sur qui pût tomber la malédiction que traîne après soi le péché, et le châtiment qui lui est*dû. Or, ce Juste, c'étoit Jésus- Christ : il ne devoit pas être pécheur*; comme pécheur, il eût été rejeté de Dieu : il ne suffisoit pas qu'il fût Juste ; comme Juste, il n'auroit pu être l'objet des vengeances de Dieu : mais en qualité de médiateur, il devoit, quoique exempt de péché, et quoique impeccable même, tenir une espèce de milieu entre l'innocence et le péché ; et ce milieu entre l'innocence et le. péché , ajoute saint Augustin , c*étoit qail eût h marque du péché. Ainsi il falloit que Jésus-Christ fût Juste en vérité , et pécheur en apparence : Juste en vérité, pour pou« voir justifier les hommes ; et pécheur en apparence , pour pouvoir attirer sur soi les châtiments de Dieu. Car Dieu , tout irrité qu'il étoit contre les hommes , ne pouvoit s'en prendre à Jésus-Christ, tandis qu il ne voyoit en lui que justice et que sainteté;. et cette irrépréhensible sainteté de Jésus-Christ , quelque désir qu'il eût d'expier nos crimes, lerendoit incapable d'en subir pour nous la peine. Que fait-il donc ? il prend la forme de pécheur, et par-là il se met en état d'être sacrifié pour les pécheurs ; car. c'est pour cela , dit saint Paul , que Dieu l'a envoyé revêtu d'une chair semblable à celle du péché , Deus Filîumsuummittensin similitudincmcamispeceati (l{om., 8), expression dont les manichéens abusoient, lorsqu'ils concluoient de là que Jésus- Christ n avoit eu qu* une chair apparente; au lieu que lés Pères se seryoient du même passage pour combattre l'hérésie des manichéens» et pour prouver contre eux la vérité et la réalité de la chair de Jésus- Christ. En effet, comme raisonnoit saint Augustin, PApôtre oe dit pas préci.sément que Dieu a envoyé son Fils avec la ressemblance de la chair, in simUitudinem camis; il s'ensuivroit que Jésus-Christ n'auroit pas été vraiment homme, et cela seul saperoit le fondement de tout le christianisme : mais il dit que Dieu Fa envoyé .avec unei chair semblable à celle du péché, in simUitudinem carnis pecçati^ pour marquer que la chair de Jésus-Christ a eu l'apparence et la marque du péché , sans avoir jamais contracté la tache du péché ; et c'est ce que nous faisons profession de «croire. Il n'en falloit pas davantage, reprend saint Augustin, afin que Jésus-Christ fftt en état de souffrir pour nous; car il y a, dit ce saint docteur, entre Dieu et le péché' une telle opposition , que Tapparence seule du péché a suffi pour obliger Dieu à n'épargner pas même le Saint des saints, et pour le détei miner à exécuter sur la chair innocence de Jésus-Christ Parrét de notre condamnation. Oui , mes Frères, parceque ce Dieu-Homme est couvert deTombre de nos iniquités, Dieu le livrera à la mdfl, et
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à k mort de la croix; et parceqa'ii a consenti à parottre criminel , il sera traité comme s'il l'ëtoit. Vous diriez, à entendre parier rËcritore, que Jësus-Giirist, en conséquence de ce mystère, ait été nom seulement pécheur , mais le péché même , parceqn'il en a pris le caractère et la marque : Eum qm non noverat peccatum, pro nolis peccatum fecU (2. Car,^ 5). Ce sont les termes de saint Paul, qui, pris à la lettre, pourroient nous scandaliser ; mais qui , dans le sens orthodoxe , expriment une des vérités les plus chrétiennes et les plus édifiantes. Celui qui ne connoissoit point le péché , a été fait péché pour nous ; c'est-à-dire celui qui ne connoissoit point le péché, a paru devant Dieu comme s'il eût été lui-même le péché, et a été traité de Dieu comme le péché même subsistant eût pu mériter de l'être : Eum qui non iwverat peccatum, pro nobis peccatum fecit.
Or dans quel moment de la vie du Sauveur cette étonnante proposition fut-elle exactement et spécialement vérifiée , et quand peut-on dire que Jésus«Ghrist s'est pour la première fois présenté aux yeux de son Père , comme s'il eût été le péché même ? Au moment de sa circoncision : je m'explique. Dès sa naissance il étoit homme ; mais il n'avoit rien encore alors de commun avec les pécheurs. Son incar«^ nation , l'œuvre par excellence du Saint-Esprit, sa génération dans le sân d'une vierge toujours vierge, son entrée miraculeuse dans le monde , tout cela l'éloignoit des moindres apparences du pédié. Maia aiqourd'hui^ dit saint Bernard , qu'il se soumet à la loi de la circoncision, cette loi n'ayant été faite que pour les pécheurs, il parott pé» cheur. Le voilà donc dans l'état où Dieu le vouloit pour l'immoler à sa justice. Avant qu'il subit cette loi , Dieu offensé cherchoit une vic«^ timepour se satisfaire, et il n'en trouvoit point : Super quopereutiam (IsAi., i)? disoit-il par un de ses prophètes : Sur qui déchai^erai-î& ma colère, et sur qui dois-je frapper? Sur les coupables, qui sont les pécheurs? quand je les aurois tous anéantis, ma gloire p'en seroit pas réparée. Sur ce Juste, qui vient de naître dans Fobscurité d'une étaUe? c'est mon Fils bienaimé » en qui je me plais souverainement» et en qui par-là même je n'aperçois rien qui puisse mériter ma vengeance. Voilà , mon Dieu , où votre justice en étoit réduite ; et jusquea à l'accomplissement de ce mystère, il n'y avoit point encore de Jésus qui pût être pour nos péchés l'hostie de propitiation que vous demanr diez. Le Messie qui venoit de paroître au monde , pour être tropsainl» n'étoitpas encore en état d'éire pour nous un sujet de malédiction.., Factus pro nobis maledictum (Galat.^ 3); et pour être trop digne de ) votre amour, il ne pouvoit encore ni ressentir, ni apaiser votre juât 3 courroux : mais maintenant qu'il porte, comme circoncis, la marq« e du péché, souffrez. Seigneur, quo nous vous le disions avec cou ifiance, nous avons enfin un Sauveur. Vous demandez sur qui voq 's frapperez pour vous venger^ Super quo percutiam^ C'est sur ce divi n enfant; car il a désormais tout ce qu'il faut, et tout ce que vous poi i- B. S. iS
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tez désirer poar tirer de lai et pour vous donner à vons^méme une 8âtis£iictk>n entière. Il a la forme d'un pécheur pour éprouver la rigueur de vos jugements y et il a la sainteté d'an Dieu pour mériter vos miséricordes : en faut-il davantage pour noas sauver? Vengez-vous donc 9 6 mon Dieu ! pourrois-je ajonter avec respect ; vengez-tous ûnx dépens de la chair de cet agneau, qui devient aujourd'hui semblable à la chair du pédié , et qui , par cette ressemblance même» se trouve en état d'être la précieuse matière de ce grand sacrifice, qui doit détruire le péché. C'est ainsi que le Fils de Dieu se met, en vonlant être circoncis , dans la disposition prochaine et nécessaire pour sauver les hommes.
Mais en demeure-t-îl là? Non ^ Chrétiens, sa charité va plus avant : il ne se contente pas d'étrè en état de nous sauver ; 3 veut dès aujourd'hui en faire Fessai , et dans sa circoncision il en trouve le moyen. Comment cela ? £n offrant à Dieu les prémices de son sang , qui de- • voit être le prix de notre salut. 11 est vrai , disent les théologiens, que la moindre action du Fils de Dieu , eu égard à la dignité de sa personne, pouvoit suffii-e pour nous racheter : mais dans Tordre des décrets divins , et de cette rigide satisfaction à laquelle il s'étbit soumis, il falloit qu'il lui en coûtât du sang. Ainsi étoit-il arrêté, dans le conseil de Dieu que ce seroit lui qui pacifieroit par son sang le ciel et h terre, lui ^ui par son sang nous réconcilieroit avec son Père, Pocîficans pcr êanguinem crucis ejus, sive quœ in terris^ sive quœ in cœRs sunt {Coloss.^ 1) ; et que ce traité de paix entre Dieu et nous ne commenceroit à être ratifié que quand le sang du Rédempteur auroit commencé à couler : d'où vient que lui-même il Tappeloit le sang de la nouvelle alliance : Hic est sanguis meus novi testamenti (Matth., 96); Ainsi étoit-il ordonné que , dans la loi même de grâce , nul péché ne seroit remis sans effusion de sang , Sine sanguînis effusiane non fit remissto (Hebr.y 9), et que le sang de Jésus-Christ auroit seul la vertà de nous purifier et de nous laver : Sanguis Jesu Chrisû FiUi gus emundat nos abomni peccato ( Joan., 1|), Ainsi la foi nous apprenddle que TÉglise, comme épouse du Dieu Sauveur, devoit lui appartenir par droit de conquête ; mais que ce droit ne seroit fondé que sur Vacquisition qu'il en auroit faite par son sang : Ecclesiamy quant acquisivit sanguine suo (Act.y 20). Or c'est ici que la condition s'exécute; et quaùd je vois, sous le couteau de la circoncision, ce Dieu naissant, je puis vous dire bien mieux que Moïse : Hic est sanguis ' fœderisy quod pepigît Dominus vobiscum {Exod.f 24) : Voici le sang du testament et de l'alliance que Dieu a faite en votre faveur. C'est donc proprement en ce jour que commence la rédemption du monde, * et que le Fils de Dieu prend possession de sa qualité de Sauveur» '• puisque c'est en ce jour qu'il en fait les premières fonctions , et qu'il ^' entre dans le sanctuaire, non plus avec le sang des boucs et des tau*rsaux, jpaîs avec son propre sang, en vérifiant à la lettre cette pa«-
SDR Là CIRCONCISION DE JÉSDS<;iIRISr. aSff rdIedérApdtre : Perprofmumsansmneminirowkià iàMàiamtàri,^} Ah 1 ikies Frères , «'écrie saint Augustiii, que oette oonàtile de Jësittl Christ est différente de celle qui nous est représentée dansi'Hisioîre $ainte , au troisième Uvre des Rois I Nous lisons ^ue les pcophètet et tes prêtres de BadI, dans la célèbre contesmiion qa'ils eurent ateh Allie, se faisoientà eux-mêmes, par nn sële superstitieux , et pour honorer leur Dieu, de douloureuses incisions, jusqu'à ee qu'ils fàssent couverts de leur sang : Et midêbam se juxtaritum nmrn eiOtrU eiianceobs, donec perfiinderentur $anguimi^. Heg., 48).Mais aujourd hui nous voyons un Dieu qui, par l'excès d'une ardente chaiM, se lait circoncire pour sauver son peuple. Quelle opposition entre Jesns-Christ et Baal, ou plutôt entre lès adorateurs de Baal et ceux du vrai Dieu ! Dans le temple de Baal, les hommes répandaient leur sans pour leur dieu : et dans le temple du vrai Dieu , c'est Dieu même qm verse son sang pour les hommes. Là un peuple idolâtre décbiroit sa chair pour plaire à une fausse divinité; et ici le Dieu incarné n'ë* pai^ne pas sa propre chair pour feiré un peuple fidèle. Un sang IMp. pur offert à Baal, voilà le mystère de rimpîété ; le sang d'un Dieu qui BOUS punfie, voilà le mystère de Famour divin. Mais aussi, poursuit saint Augustin , devons-nous recomiottre que dans cette opposition , ou dans ce parallèle, toute la glote est du cdté de Jésus-Christ : car jamais la superstition n'a donné à Baal, ni aux autres dieux des nations, le titre de Sauveui»; il ëtoit réservé à Jésus-Christ seul, et ne convenoit qu'à lui. Les païens, comme le même saint docteur le montre évidemment dans son admirable traité de la Cité de Dieu , les païens étoient plutôt les sauveurs de leurs dieux , que leurs dieux n'étoîent leurs sauveurs : mais pour nous, reprend-il , nens adorons mi Dieu, et un Dieu Sauveur ; et de ces deux qualités, l'une nous sert pour conclure l'autre ; car nous comprenons que Jésus-Christ h'a rien épargné pour nous sauver, parcisqu'il étoit ûotre Dieu; et ftous ne pouvons plus donter qu'il ne soit notre Dieu, puisqu'au prix même de son sang il a voulu nous sauver.
Cependant, me direz-vous , ce n'étoit pas à la circoncision du KIs de Dieu, mais à sa mort, qu'étoit attaché le sa(ut du monde : f^ coil^ ^ens, mes chers auditeurs ; mais convenez aussi, et souvenets-vous de ce que j'ai ajouté, savoir, que la circoncision fut pour te Fil» de Dieu un engagement à la mort. Souvenez-vous qu'au moment qu*il fiit cir^ ^ncis , il s'obligea solennellement à consommer sur k croix le sacrifice sanglant dont il ne faisoît alors que la première oblatiou ; et de là recotinoissez avec moi que le salut du monde eut ddn* i^oore une connexion essentielle avec notre mystère. Ce ne sont point id mcfe pi'opres pensées, ni des spéculations; c'est l'expresse doctrine de saint Paul , lorsqu'il déclaroît aux Galales que tout homme qui se feisoit carconcîre, en vertu de la drœncision même, se chargeoit d'^ccomplnr toute la loi : TesAiUct omni homm cirçuÀuiami se, ^u&mofnuMiêar