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228 SUR LA C3RC0NGISI0N DE JÉSn&CBRIST.
eit univenœ iegU faàendœ {Galau^ 8); conséquence onéreuse dont le Fils de Dieu fat bien éloigné de se dispenser, puisqu'il protesta depuis hautement qu'il émit venu pour l'accomplissement de la loi. Or Tacoomplissement delà loi, dit saint JérAme, par rapport à Jésus-Christ, c'étoit la mort de Jésus-Christ même : car Jésus-Christ étoit la fin de la loi, Finis enim legis Christus {Rom.^ iO) ; et il n'en devoit être la fin que par la consommation du sacrifice de son humanité sainte. Ainsi , du moment qu'il se soumit à être circoncis, il s'engagea, par un pacte solennel , à être crucifié et à mourir : pourquoi ? parceque son crucifiement et sa mort étoient le terme et comme le dénouement de toute la loi dont 0 s*imposoit le fardeau , et dont, selon l'expression de l'ApAtre , il devenoit , par sa drooncision , le débiteur universel : DeUior ufàversœ legi$ fadendœ.
Conduons, après saint Bernard, que c'est donc avec justice que le nom de Jésus lui est doi^né. Ah ! dit ce Père, nous ne devons pas considérer ce Sauveur comme les autres : car mon Jésus n'est pas semblable à ces andens sauveurs du peuple de Dieu , et ce n'est pas m vain qu'il porte ce nom : Neque etàm ad itutar priorum , meus iste Je^ Mtf nom^ii vwMjLm aut inane portât (Bern.). Il n'en a pas seulement l'ombre comme ceux-là , mais la vérité : Non ett in eo magni nomtim iim6ra, »ed veritas (Idem.). Quand les princes naissent sur la terre, nous les appelons rois, monarques, souverains; mais ce sont des titres pour signifier ce qui doit être un jour, et non pas ce qui est. Bien loin d'être en état de gouverner les peuples , ils ne sont pas encore en état de se connoitre; et dans cet ftge tendre et sans expérience, leur foiblesse les réduit à se laisser conduire par leurs propres sujets, avant qu'ils puissent les conduire eux-mêmes. Hais Jésus-Christ ne commence à prendre la qualité de Sauveur qu'au moment qu'il comnience à en faire Texerdce ; et dès ce jour on peut dire de lui ce que l'Écriture a dit du brave Éléazar, au premier livre des Machabées : Dédit se ut liberaret popiUum suum, et acquireret sUn nomen œiernum (1. Machab.^ 6). Il n'est pas plutêt né, qu'il se livre pour le salut des dens, et pour s'acquérir un nom immortd, qui est le nom de Jésus, rrest-ce pas pour cela. Chrétiens, que ce nom lui a été si cher, et que, dans la pensée de saint Jérôme , il lui a tenu lieu d'une récompense proportionnée à tM^ les humiliations de sa drconcision et à tous les travaux de sa vie? N'est-ce pas pour cela qu'il l'a porté sur la croix comme un diadème d'honneur , et qu'ayant souffert que les Juifs lui refusassent devant Pilate le titre de roi , il ne permit jamais qu'ils lui contestassent le nom de Jésus? N'est-ce pas pour cela qu'il a fait publier par toute la terre ce saint nom , ce grand nom , cet auguste nom ? N'est-ce pas, dis-je, parcequ'il n'est rien de plus naturel que de se glorifier des noms qu'on s'est acquis par sa vertu , plutôt que de ceux qu'on tient du hasaû*d , ou du bonheur de la naissance? Or THomme- Dieu n!a possédé le nom de Jésus que par titre de ccMuiaête : il Ta
mérite en sauvant les pécheurs , et il oommença à les sauver e^ voulant répandre son sang et subir la loi de la circoocisioD.
Mais quoi , mon Dieu , y avoit-il donc pour vous tant de gloire à racheter de vils esclaves ? trouviez-vous tant de grandeur à vous abais« ser si profondément pour eux , et des hommes valoient-ils m sang aussi précieux que le vdtre ? Oui , mon cher auditeur , voilà ce que valoit votre ame, et ce qu'elle valoit au j ugement même de votre Dim : c'est ainsi qu'il l'a estimée ; et en donnant son sang pour elle, il n'a pas cru trop donner ; car son amour , tout libéral qu'il est , n'est pas
Erodigue. Toujours dirigé par sa sagesse , il conforme les moyens à i fin ; et puisqu'un Dieu souflre déjà pour votre salut , il faut que votre salut soit le'juste prix des souffrances d'un Dieu. Or, mes Frères > est-ce là l'estime que vous en faites vous-mêmes ? est-ce de la sorte que vous en jugez? Saint Augustm disoit : Voyez ce que votre ame , ou plutêt ce que le salut de votre ame a coûté au Dieu Sauveur qui s'en est iiût la victime ; et par le sang qu'il a versé vous apprendrez quel bien il a prétendu adieter : Vide qwauà émit , et videbU qtM emii (AuG*). Mais je dis, moi : Voyez en combien de renconures vous l'avez sacrifié , ce salut ; en combien de rencontres vous le sacrifiez tous les jours à un vain intérêt , à un plaisir profane , et même si abominable ; et de là tirez , à votre confusion, cette triste conséquence , que le premier de tous les biens , le souverain bien, est de tous les biens le plus méprisé. Car si vous l'estimez, je ne dis pas autant qu'il le mériie , puisqu'il est au-dessus de toutes nos vues, et que Dieu seul en peut connottre tout le prix , mais du moins autant que vous le pouvez et que vous le devez , pourquoi l'oubliez* vous , pourquoi l'exposez-vous , pourquoi y renoncez-vous si aisément? D'où vient que donnant tout au monde , et faisant tout pour des affaires temporelles , vous ne faites rien pour celle-ci ; que vous ne voidez presque jamais en entendre parler ; que vous craignez ceux à qui le zèle inspire de vous en représenter les conséquences , et de vous y faire penser ; que toutes les pratiques chrétiennes , la prière, la médiuûon des vérités étemelles » l'assiduité à la parole de Dieu , la lecture des bons livres , l'usage des sacrements , moyens de salut si nécessaires, que tout cela vous fatigue, vous ennuie, vous rebute? Ah I mes cherâ auditeurs , quelle opposition entre ce Dieu droonda et nous , et en cela même quel aveuglement de notre part , et quel renversement ! U fiait sa gloire et son plus bel emploi de nous sauver ; et noua nous faisons un jeu de nous perdre. Lui étoit-il donc plus important d'être Sauveur* qu'il ne nous importe d'être sauvés? S'il est Sauveur, est-ce pour lui ? et si nous sommes sauvés , n'esi-ce pas pour nous-mêmes ? Sans être Sauveur , en eût-il été moins heureux , en eût-il été moins Dieu? et sans être sauvés, que pouvons-nous être, et quel anathème doit tomber sur nous ? Cependant, pour être Sauveur, rien ne lui paroit difficile ; et pour être sauvés» tout nous devient im-
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possible; Mais ne noas y trompons pas , et ne croyons pas qu'il TeoiBe noas sauver sans nous, le l'ai die , et je ne pnis trop tous le redire , il Teat bien sans nons faire les premières avances ; il vent bien sans nous ••immder pour nous ; il veut bien , pour satisfaire ft la justice de Dieu^ et pour nous mettre en ëtat de Tapaiser nous-mêmes , se charger de nos iniquités» et en devenir la victime ; se présenter à son Fère tout couvert de sang , et s'engager à en répandre jusqu'à la dernière goutte : voilà ce qu'il veut , voilà ce qu'il feit , et comment , sans nous , et par une pure miséricordey il est Sauveur. Mais que dans la raîte il vous dispense de tout ce que vous devez contribuer au salut qu'il vous procure ; mais qu'il en fesse tous les frais y et que vous n'y mettiez rien de votre part ; mais qu'il vous transporte et qu'il vous tonmunique tellement tons ses mérites , que vous soyez pleinement Aéckargéâ du soin de vou£( les appliquer ; mais que tout innocent qu'il est , et t'innbcence môme, que tout saint qu'il est , et la sainteté même, ii porte la peine du péché , et que les pécheurs vivent dans les aises ^ les commodités de la vie, ce n'est pas là ce qu'il a prétendu y et , si j'ose ainsi m'eicprimer , le nom de Jésus entendu de la sone n^est qu'un fentôrae. Il est vrai , disoit le grand Apôtre, touché de cette pensée ; il est vrai que mon Dieu a sourrert pour moi ; mais etk acquittant mes dettes , ce que |e ne ponvois sans lui , il ne m'a pas dégagé de fobligation iU(fispensable où je suis de les acquitter moi-même avec iai ; et c'est pour cela que j'accomplis dans ma chair ce qui manque aux souffrances de Jésus^-Christ : Adimpleo ea quœde$unt paS" ^num Ckrisii {Coloss.^ i ). Ainsi parloit saint Paul ; et ainsi devonsnous parler nous-mêmes. Hais qu'y a4-il donc à faAre ? C'est , mes FVères , de coopérer avec Jésus-Christ à l'ouvrage de notre salut : et comment ? Ne sortons point de notre mystère pour l'apprendre ; car il Jësus-Christ a commencé dans ce mystère à nous sauver , par Tobéissance qu'il a rendue à la loi 'de l'ancienne circoncision , il nous y donne encore un moyen sûr pour nous aider nous-mêmes à nous sauver, par la loi qu^il a établie de la circoncision nouvelle : c'est la seconde parae.
DEUXIÈME I»ARTIB.
IThe dirconcisf on qui n'est pas seulement extérieure , mais qui pénètre, pour ainsi dire , jusque dans les parties les plus intimes de l'ame. Non qucè îii manifesta est eireumésio (Rom., 3) ; une ciroondsion qui ^'e$t plus àé la main des hommes-, mais qui est l'ouvrage de Dieu , et qui sanctifie l^omme devant Dieu, Cireumeuio non manu faeta (€(»jfo^s.,^; une circoncision qnine ccmsiste plusdans fedépouillemeiitde la diair, mais daVis le renoncement aux vices et aux concupiscences de là chair, In expoiiaûone corporis camis ( Ibid. ) ; une circoncision doM l'esprit et le cœur sont les deux principes , aussi bien que les deux sujets : les deù^ principes , parcequ'eHe s'exécute par eux ; et les deux
SUR LA CIRCONCISION DE JËSUS^GHRIST. SSl
sujets , parpequ'elle s'accomplit ea eux : c'est-à-dire une cirooncirion de cœur , qi|i se fait pou selon la lettre ^ mais dans la ferveur de l'es-» prit, Circumcmo oord» inspiritUy non liHerâ (Rom.^ 2) : yoUà , mes chers auditeurs » les saintes , mais énergiques et vives expressionif dont s'est servi le grand Apdtre pour définir ce que j'appëUe la nouvelle circondsîon, ou la circoncision évangélîque ; voilà l'idée qu'il en a conçue ; et par-là , dit saint Chrysostome» il nous a marché TesseiH tielle dif lérence et la perfection infinie du culte dirétien , compare à celui des Juifs et des païens. Car les païens , remarque oe Père ^ pra« tiquoient un culte tout à la fois charnel et faux ; les Jui£s « dans leurs oéréai0nîes , en.observoient un pareillement grossier et diâmel , mais véritable : les chrétiens seuls ont Tavantage » dans leur religion , &9l* voir tout ensemble, ei un culte véritable , et un culte. spiritneL G^est donc de cette véritable circoncision qu'il s'agit maintenant, de vous parler : encore un moment d'attention , s'il vous plalt* Qne feit atqonr* d'hoi le Fils de Dieu pour nous apprendre coinmeni nous devons coqk pérer à l'cauvre de notre salut ? Il noos|en propose m moyen aussi divin qtt'il est indispensable et nécessaire , savoir , cette mystériensf mais réelle circondsim de Fesprît et du costtr. CirooncisîoipL dont il nous ùit une loi , dont il nous explique le précepte , dont il nous fa^ dUitei'uisage : trois choses qui sont pour mws autant de grâces , que nOQsn'estûnercHiis jamais assès^et pour lesquelles nèns lui devons une éterndle reeonnmsanoe.
il nous propose te circoncision du oœur> et il nous en fait une loi : car il n'abolit l'ancienne circonctsioBy ou> pour parler plus exactement, l'ancienne cirdoncision ne finit en loi que parcequ*il éialtAk la nou** velle ; et, comme dit saint Augustin, il ne prend Tondire et la figure» que parœqa'il apporte la lumière e% h vérité : Smcifnt vmbram , îCatuncs lueem; nucipit figwram^ dtuurus ventatem (August.). Or la lumière et h vérité, c'étoit que nous fussions tous circouds de cteur, oomme les Juifs l'étoient selon la chair. Circoncision de coeur, c'est-àdire retranchement des deârs vagues et inutiles, des désirs inquiets et Inzarres, des désirs déréglés et immodérés, des désirs chafruels et mondains, des désirs criminels et illicites , qui naissent dans le casât et qui le corrompent. Ainsi l'a entendu saint Paul ; et pat'cequè ces perniciettx désirs sont excités en nons par de vains objets qui nous dmnnent, par de fiiux intérêts qui nous aveuglent , par des occasions dangereuses qui nous entraînent et qui nous pervertissent, cette tirconcision do cœur doit être une séparation entière de ces objets, un renoncement parfait à ces intérêts, un ëloîgnement salutaire de ces occasions. Car voilà, mes Frères, réprend saint Augastin^ ce qni nons étmt figuré par te circoncision judaïque; vorlà à quxii IMeo préparoit le monde, qmind il obligeoît Abraham et tous ses descendants à se drcondre. Comme les sacrements de ce tenips-là, arjoute le même Père, étoient non seulement des figiires»4nai8 des iiromesses, voitece
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qne Dieu promettoit au monde, quand il disoit à ce saint patriarche : C'est paHà que tu trouveras grâce devant moi lUtsitin tignum fœ" deris inier me et vos ( Gènes. ,17). Aujourd'hui la promesse cesse : pourquoi? parcequ'en vertu de la circoncision de Jësns-Christ , ce qui étoit alors promis est présentement exécuté ; je veux dire, parcequ'en conséquence du mystère que nous célébrons, nous sommes, ou du moins il ne tient qu'à nous que nous soyons circoncis en Jésus- Christ, de cette drconcision parfaite qui nous dépouille de nousmêmes, et qui nous rend dignes de Dieu : In quo et circumcm sumus. Car c'est nous, dit l'Apôtre, qui , comme chrétiens, sommes les vrais drconds. Nos enim sunms circumcià (Philip., 3) ; et c'est nous qui, par la profession que nous foisons de renoncer au monde, de nous détacher du monde, de mourir et d'être crucifiés au monde, avons droit de nous glorifier, en qualité de vrais drconds, d'être les légitimes enfants d'Abraham. Il est vrai ; mais aussi devons-nons reoonnoltre que si nous n'avons nulle part à cette bienheureuse drcondsion qui Informe l'intérieur de l'homme, dès-là, quoique extérieurement marqués du sceau de Jésus-Christ, qui est le caractère du baptême, nous n'avons que le nom de chrétiens, nous sommes encore Juife d'esprit et de cœur; ou plutôt nous ne sommes ni Juifis, ni chrétiens, puisque nous. n'avons ni la sainteté de la loi , ni la perfection de l'Évangile. État déplorable de tant de mondains qui vivent presque au miUeu du christianisme sans religion, parcequ'ils y vivent, pour me servir du terme de saint Paul, dans une incirconcision générale- de leurs passions ; et Dieu veuille, mes chers auditeurs , que vous^ne soyez point de ce nombre ! c'estjà, di&je, ce que nous prêche le Fils de Dieu dans celte auguste solennité.
n nous propose la circoncision spirituelle ou la drcondsion du cœur, comme un moyen indispensablement requis pourlesalut; car qu'ya-t-il de plus nécessaire au salut que d'arracher, que d'étouffer, que de mor* tifier, que de détruire ce qui est en nous une source et un prindpe de damnation ? Or la source de damnation est dans notre cœur ; et quieonr que la cherche ailleurs ne la connott pas, et ne se conùott pas soi-même. Car c'est du cœur, disoit à ses disdples notre divin nùdtre, en leur expliquant la parabole dont ils lui demandoient l'éclaircissement, c'est du cœur que partent les mauvaises pensées, les actions lâches, les desseins injustes et violents ; du cœur que sortent les trahisons, les meurtres, les lardns, les faux témoignages, les médisances, lesimpudicités, les adultères : c'est dans le cœur que tout cela se forme et s'engendre, et c'est tout cela qui perd l'homme et qui le condamne : De corde exeunt co^tationes, adiUteria, furta (IUatth., 15). 11 faut donc que ce cœur soit drconcis, si noua en voulons faire un cœur chrétien, un cœur épuré de l'iniquité du siècle, et capable de participer à la grâce de la rédemption^ : il faut que tout ce qu'il y a dans ce cœur de corrompu, de maliui de videux» de contagieux, soit retran-
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ché |>ar uDe mortification solide, et que nous soyons bien persuadés qae sans cela c'est un cœur réprouvé de Dieu. C'est aussi, mes chers auditeurs, ce que Jésus-Christ m'oblige à vous annoncer de sa part. Au lieu que saint Paul, instruisant 1^ Gentils qui se oonveriissoient au christianisme , leur déclaroit que , ^'ils se fUsoient circoncire , Jésus-Christ, qui toutefois étoit venu pour les sauver, ne leur serviroit de rien : Ecee ego Pautm dico vobiSy quoniam H drcumctctonînt, Chri»' iusvQbisnUùl proderit (Galat.f 5) , paroequ'en effet, après la publication de rËvangile, la cirooncisi<m de la chair étoit au moins poiur les Gentils devenue un obstacle au salut : moi je vous dis, au contraire, de la drooncision du cœur : Si vous ne la pratiquez généreusement , si vous ne t'accomplissez fidèlement, ce Jésus que vous invoquez aujourd'hui , tout Sauveur et tout Dieu qu'il est , ne vous sauirera pas, et ne sera point Jésus pour vous : Christus vobis nilnl proderii.
C'est moi qui vous le dis, Chrétiens, et qui vous le dis avec toute l'autorité que me donne mon ministère : mais m'en croirez- vous pour cda, et en serez-vous plus dociles à ma parole , qui est celle de Dieu même f A combien de ceux qui m'éodutent n'aurois-je pas droit de faire le même reproche que saint Etienne feisoit aux Juife avec toute l'ardeur de son zèle : Dura cért^ce, et iitctrctimctm cordibtu, vos sem^ per Sfùritui saneto restsftits ( Acu^ 7 ) : Hommes durs et inflexibles « hommes indrooncis de cœur, vous rÀistez toujours au Saint-Esprit? Maïs il n'étoit pas étonnant, reprend saint Augustin, qu'ils résistai sent alors au Saint-Esprit; et le prodige auroit été qu'avec des cœurs incirconcis, c'est-à-dire avec des cœurs immortifiés, avec des cœurs envenimés, avec des cœurs passionnés, ils^ eussent été soumis à l'esprit de Dieu qui leur parloit. Aussi ne suis-je pas surpris, mes Frères, que parmi vous il y ait encore tant de chrétiens rebelles aux vérités que je leur prèdie ; tant de chrétiens qui ne m'entendent que pour me contredire secrètement, ou tout au plus pour satisfeire une vaine curiosité qui les attire, mais disiinés et déterminés à ne se pas rendre : pourquoi? ce sont des cœurs incirconcis, des cœurs emportés, dominés, tyrannisés par leurs psfesions; des cœurs qui n'ont jamais fait nulle épreuve, et qui n'ont aucun exerdoe de cette mortification chrétienne, laquelle apprend à s'assujettir, à se contraindre, à se modérer; des cœurs en qui l'amour du monde règne souverainement, et agit avec toute la vivacité qui lui est propre. Or, à de tels cœurs rien de plus inutile, ô mon Dieu , que votre parole, quoique sainte, quoique divine. A des cœurs ainsi disposés, rien de plus difficile que le salut ; et c'est ce que Dieu voulut expressément nous figurer dans la coib dttite qu'observa Josué à l'égard des Israélites, quand il fut sur le point de les introduire dans la Terre Promise. Que fit-il ? Il les obligea tons sans exception à se faire circoncire ; et de tant de milliers d'hommes qui l'avoient suivi dans le désert, aucun ne^f ut admis dans cette terre bienheureuse, qu'il n'eut auparavant s^bi la rigueur de
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cette kH. Cela sefamitAl saos dessein? Non, sans doute, r^nd «aiiU Jérôme ; mais Tintention de Dieu ëtoit de nous faire comprendre que nul de nous ne devoit entrer dans ta gloire, a'il n'avoit ia marque de la circoncisicii évangélique , c'est-à-dire s'il ne portoit en son corps» et surtout dans son cœur, la mortification de Jésus-Ghrist ; et que ce Trai Josuë, ce sauveur, ce conducteur par exceUence du peuple de Dieu , n'ouvriroit jamais les portes du ciel qu'à ceux qui auroient le courage de vouloir être circoncis en lui et avec lui ; qu'à ceux cpii seroient résolus à se bke les violences nécessaires, et à foire à Dieu les sacrifices convenables pour mériter d'être reçus dans cette terre des vivants.
Car il fout pour oeJa, ajoute saint Jérôme; et cette instruction est encore plus essentielle à mon sujet, et plus propre à vou^ édifier que tout ce que je viens de dire; il fout, pour être sauvés, une cyrconcîsion entière, une circoncision universelte, une drcondsion qui s'étende à lottt et qui n'excepte rien. £t la raison, dit ce Père, en. est bien évidente ; parcequ'il n'y a point de vice en nous qui ne -puisse nous foire perdre le salut, si noiis le laissons croître et se forlîfier ; point d'affection déréglée , de quelque nature qu'elle soit, si die prend l'eknpire sur nous, qui ne puisse être la cause de notre ruine ; point de passion, si nous ne la soumettons à Dieu^ qui ne suffise pour nous damnelr. En t^ffety ce n'est communément qu'une passion qui faiitou^ le désordre de notre aiîie, et qui nous expose à la réprobation éternelle : toutes les autres , d vous voulez, sont dans l'ordre; ceUe-là neuie^ parceqpie nous la négligeons^ et que nous ne travaillons pas à la réprimer, nous précipite dans l'abîme. Il 'fout donc que la dnconcisioû du cœur aille jusqu'à die, on plutôt il faut qu'elle oommeiice par elle, ^ qu'elle a'y attache. Et cette mortification universdle des pasdons, cette mortification sans réserve et sans restriction , c'est ce que i'ap|)eD0 une drcondsion en Jésus-Ghrist : In ^no ei circumàsi mmus. Voilà le précepte nouveau qu'il âabfit^ et dont il pouvôit bien noua dire dèsrlors ce qu'il dit ensuite à ses apôtres, du précepte de la^diarité : Mondatum novvm do vobis ( Joak., 15 ) ; voilà ce qu'il avoH anta«kt d^ drciit d'appeler son eonamandem^t : Hoc est prœceptummeum {iQ^*^ 15) ; yoilà l'admirable et sainte loi dont il deveit être Je législateur» c«Ue loi de la drcondsion des cœurs. Mais il ne se contéiile |>as de i'él^dbUr» il veut encore nous Texpliquer par son exemple , et c'est ce qu'il fait d'we manière toute divine dans ce mystère.
En effet, vous me donandez à quoi se réduit cette drœudskm ttouvdle, et si nécessaire au salut? Pour le bien apprendre^conddé* Tons plus en détail ce qui se passe daoe la circo(Bfcîsionr4u Sauveur» Son exemple nous fait voir ce que nous die^ons surtout netranche^ dans nous-mêmes, ou pintéc ce que la griaoe y doit reteauta* aox dépens de la nature et des inclinatiotts corrompues de itoire ooaiir : osr » ilaas la drcondsion de JésusHChrist, nous trouvona les quatre jpas*
SUR Là CIRGONGISION m JÉSUS-CHRIST. SSK
tions les phu dominaiites et les plas diCGciles à vaincre^ parfoitement sacrifiées et soumises à Dieu; celle de la liberté, celle de Tintërét» «elle de l'hoimeiir et celle du plaisir : celle de la liberté, dans Tobëis-i fiance que read ce Dieu-Homoie à une loi qui ne Vobligeoit pas ( pre^ nés f^arde, s'il vous plaît, à cette circonstance) ; celle de rintérét, dans le dépouSIeaie&t et le dénuement oii il veut parottre; celle de Thon^ sear, dams ce caractère ignominieux du péché, dont il consent à snbir tonte la honte; enfin, celle du plaisir, dans cette opération sanglante et douloureuse qu'il souffire. Tels sont, mes chers auditeurs, 1^ de* foirs les plus essentiels d'une circoncision chrétienne : comprenezFles» Pour vous, mondain, elle consiste, cetteKÛrconcision en esprit , à re^ trancher de votre cœur cet amour de Findtf pendance , et ce désordre d'une volonté libertine qui ne vent s'assujettir à rien, qui ne suit que ses idées et son caprice, i qui la régularité la plus douce devient in* supportable, dès4à qu'dle est régularité; surtout à retrancher de vo» tre coadaite cette facilité malheureuse de s^acoorder des dispensesse- Ion son gré, d'interpréter la loi en sa fitveur, de croire qu'elle est pour les autres et qu^eile n'est pas ppur nous, de s'en «doneir le jpug par mille artifices que l'esprit du monde sait bien suggéner, de k^ prescrire des bornes, et de n'en vouloir observer que l'essentid et le nécessaire, d'en abandonner toute la perfection pour e'aisacher .précis séinent à Tobi^iation ; maxime la moins soutenaUe et la plus pemip deuse au ssAot. Car sans vous fan*eici remarquer combieÉ il est in* digne de traiter de la sorte avec Dieu, sans vras fidre.craindee le rélovr funeste à quoi vous vous exposez, engageant Mmi par-là à vouf traiter vous^mâme dans toute la rigueur, et i ne vous accorder que ces grâces conMnunesque sa pnevidence générale ne refuse pas à ses frins grands ennemis ; sans parier de la conséipience terrible qui s'en^isnîvroît de cette soustraction des granes spédnles et des secours estraofdinaires^tte Dieu est bien moins obligé de naqs doaner, qne nous ne le sommes de hàfe pour sok service ce que nous appelons tenvres de swrérogaiioH i sans lîen dire de tout cela, je piîàends« Chrétiens, que vous permettant ainsi tout ce que la Im vous permet» vous n'éviterez jamais de vous permettre miiie choses que la lai m vous permet pas. Pourquoi ? pareequeje sais certain que, dans ie discernement ÛHthù^m pernnseset ncm permises, vous vous ilatteres; vous vous aveaj^ereK. vous vous tromperez vous^inéibes ; et parce* qnll m'est encore évident que^ quand vous ne vous tromperiez pas, votre passion vous emportera, et que vous ne serez jamais assez fer* mes ni assez matcres de vous-mêmes pour vous en tenir exactement à œ cpiS vous est sicotfnlé par la loi, et pour ne pas nikr plus loin. Mais c'est un commerce Hmocent , </est un entretien honnête, c'est un di« vertiasement qui n'a rien de criminel : il n'importe, retranchez, mon cher auditeur. Quand un habile médeciu veut guérir une plaie euve* mmée, il Mt couper la cbait vive, aMn que la contagion ne secommu-
niqae pas. Or tous ne devez pas avoir moios de soin du salut de voire ame qu'on eo a du salut et de la santé du corps.
Pour vous 9 avare, elle consiste, cette sainte circoncision, à retrancher cet esprit d'intérêt qni vous possède ; cette insatiable cupidité qui vous brùle et qni vous dévore ; ce désir passionné d'avoir, cette impatience d'acquérir, qui vous £ait commettre les plus grossières injustices ,* cette crainte de manquer, qui vous endurcit aux misères des pauvres ; ce soin de garder, qui vous rend odieux à ceux mêmes que les sentiments de la nature devroient vous attacher d'un nœud plu» étroit ; ces chagrins de perdre, qui vous désespèrent, et qui vous révoltent contre le ciel ; ceue^ folie d'amasser , d'accumuler toujours biens sur biens, qui sortiront de vos mains, et qui passeront i des impies ou à des ingrats. Pour vous, ambitieux, votre droondsioD fioit être, selon l'Évangile, de retrancher cette passion démesurée de vou» pousser et de vous élever, à laquelle vous sacrifiez tout; ces vues de fortune qui vous occupent uniquement, et que vous vous flattez em vain de pouvoir accorder avec les règles d'une droite conscience ; ces empressements de parvenir à ce qu'un orgueil présomptueux s'est proposé pour objet ; cette disposition secrète à employer pour y réussir toutes sortes de moyms, fossent-ils les plus honteux et les plot bas ; «es envies du bonheur d'autrui et de ses prospérités, dont vous vous Aites an supplice ; ces jalousies qui vont jusqu'à vous inspirer les baines et les aversions les plus mortelles, comme si le mérite du prochain étoit un crime dans lui, et qu'il ne put, sans vous offeniser, jouir des avantages dont le del , préforablemimt à vous, l'a gratifiée £nfin, ce que vous devez retraincher, c'est, homme sensuel et volup* tneux, cet attachement opiniâtre qui vous tient depuis si loog-temps dans le plus dur et le plus vil esclavage ; ce jeu, qui, jusqu'à présent» a été la source de tous les désordres de votre vie.; ces conversations licencieuses , quif» d'un jour à un autre , vous font perdre insensibleinent la pudeur et l'horreur du vice ; ces lectures, dont le poison subtil a commencé et fomente encore maintenant votre libertinage ; ces parties déplaisir, qui sont pour vous de si dangereuses tentations, et qui allument le feu dans votre ame : c'est, femme du monde, cet amour de vousHoême, dont vous êtes toute remplie et comme enivrée; cette idolâtrie de votre personne, qui'uttaque directement le premier devoir de la religion ; ces soins outrés de votre santé, qui vous font si aisément transgresser les plus inviolables et les plus saintes lois de riiiglise ; ces dépenses excessives en habits, en ajustements, en panires, et ce luxe dont rougifoit une piuenne; ces nudités immodestes» et ces désirs de j^re, qui vous rendent complice et responsable de tant de crimes ; cette vie douce, commode, moUe, qu'il est si difficile et comme impossible d'allier avec l'innocence do cœur et la pureté des moeurs. Voilà, Chrétiens, pourquoi il £iut vous armer de ce glaive cpie Ijd Sauveur du monde a lui-même apporté sur la terre ; ou, pour
parier plos simplement, YoUà à quoi ddt s'étendre cette droonckion dont Jésus-Christ a voulu lui-même être le modèle : sans cela point de salut.
Hais il s'ensuit donc que, pour se sauver, il faut mourir à soimême. En doutez-vous, mon cner auditeur? Le Fils de Dieu ne nous Pa-i-il pas expressément déclaré, quand il nous a dit que, pour être son disciple et pour être digne de lui, il fidioit renoncer à tout, et porter sa croix ? Saint Paul ne nous dit-il pas que, sans la mortification chrétienne, on ne peut avoir part à l'héritage de Dieu, ni régner avec Jésus-Christ? £t n'est-ce pas ce que nous lait admirablement enten* dre saint Augustin au livre treizième de la Cité de Dieu? Les paroles de ce Père sont remarquables, li parle^e l'obligation qu'avoient les martyrs de mourir pour la défense de leur foi : mais ce qu'il dit con« vient parfaitement à mon sujet, et peut très naturellement s'appliquer à la mort des passions. Oui , mes Frères (c'est ainsi que s'explique ce saint docteur) , il iaut mourir au monde pour vivre à Dieu. On disoit autrefois au premier homme , Tu mourras si tu pèches ; maintenant on dit aux fidèles, Mourez pour ne pas pécher : Olim dieium est Aomtnî, Moriem H peecaoeru; wme f&di:iiT'eknntanOy Morere nepeceei ( AuGusT., iS, de Gvii. Dei ). Ce qu'il falloit craindre alors pour ne pas pécher, maintenant il faut le désirer et le faire pour se préserver du péché ; Quod Amendum tune fiierat ut non fteecaretur^ numc tuiâ^ piendum est ut non peccetur (Ibid.). La foi nous enseigne que si nos premiers parents n'eussent pas péché, ils ne seroient pas morts ; et la même foi nous apprend que les plus justes même pédieront s'ils ne meurent : Nisi pececusent tÛi, non morerentur ; Jutti autem peccabuni^ mit moriantur (Ibid.). Ceux-là sont donc morts, parcequ*ils ont voulu pécher ; et ceux-ci ne pèchent point, parcequ'ils veulent bien mourir :- Mortui 9unt ii/i, quia peccaverunt; non peccant isti^ quia moriuniur fibid.). Ainsi, conclut saint Augustin, Dieu a donné tant de bénédictions à notre foi, que la mort même, qui détruit la vie , est devenue m moyen pour entrer dans la vie : Sic Dem tantom fidti nostrœ proN siiiii gratiam, ntmorê^ quam vitœ constat esse contrariam, instrument tum fieret per quod transiretur ad vitam (Ibid.).
Celte morale, direz-vous, n'est propre que pour les solitaires et les religieux. Erreur, mes Frères : en quelque état et de quelque condition que vous soyez, elle vous regarde, et j'ose dire qu'elle vous est encore plus nécessaire dans le monde que partout ailleurs. C'est ce que vous avez tant de peine à vous persuader, et ce qui néanmoins est incontestablement vrai. Il faut que l'homme du monde et le religieux soient circoncis de cœur ; mais à comparer les besoins de l'un et de l'autre, cette circoncision du cœur est encore, dans un sens, d'une obligation plos indispensable pour l'iiommedu monde que pour lere^ ligieux. Pourquoi? parceque l'homme du monde a beaucoup plus de choses à retrancher que le religieux, à qui les vœux de sa profession
S8 SDR LA CIRCONCISION SE JÉSO&CHRIST.
mit dëja toat dté ; paroeqae fbomine du monde a des passkns beau* coup plas vives qhe le religieax, puisqu'il a beaucoup plos d'objets capables de les exciter; parceque Tbomme du monde est beaucoup plos exposé que le religieux, et qu'il doit par ooDséqûent veilfer beaucoup plus sut* bU-mébie^ et ftiré de plus grands efforts pour se dëfisndre et pour se soutenir. Après le pren^ier pas qu'a iiait le religieux^ après ce preuiier sacrifice qui Ta dépouillé de tout, il ne lui reste {dus rien, œ semble, à offrir; mais vous, dans le monde, qu'avez-vous jusqu'à présoit donitié à Dieu , ou que n'avez^vous point encore à lui sacrifier?
Je n'ignore pas, après tout, que eette drcoadsidn qu'on voas de- Boiande a ses peines ; elle est difificilo, j'en conviens : mais comme Jésus-Christ nous en fait une loi , comme il nous en explique [le pré« oqite, il nous en feciKte l'usage ; et cela par où? par la vertu même du sang qu'il commence à répandre : car ce sang divin porte avec soi liné double grâce; Tune intérieure, et l'autre extérieure* Grâce inté* Heure, c'est celle du Sauveur ; cette grâce que le médiateur des hom-* mes a lui-même apportée ; cette grâce qui nous éclaire l'esprit et nous iait connoftre nos devoirs, qui nous touche le cœur et nous les &it aimer ; cette grâce victorieuse et toute puissante, qui réprimoit dans saint Paul l'a^uHion de la chair dont il étoit si violemment tour* mente, qui souteaoit les martyrs contre toute ^horreur des tourments, et qui seule, dans notre plus grande infirmité, peut être pour nous rapptii le plus ferme et le plus inébranlable. Grâce extérieure, c'est celle de ce même exemple par où Jésus-Christ nous expKqtie sa loi, et par où il nous encourage à l'accomplir : car à la vue de ce sang qu'il verse, de quel prétexte pouvons-nous colorer noire lâcheté? Que nous * demande-t-il qui égale ce qu'il a fait , et comment, dit saint Bernard, le remède qu'il nous présente peut-il nous parottre amer, après quil l'a pris lui-même avant nous et pour nous?
Il est donc temps , Chrétiens , de nous réveiller du profond sommeil où notre foi demetire ensevelie : c^est l'avis que nous donne !'A>pôtre: fif ora eHjam nos de somno sur gère (Rom,j 15). Il est temps, poursuit le maître des Gentils , que , renonçant à l'impiété et aux passions mottdainës , nous vivions dans le siècle présent avec tempérance et avec justice, en vue de celte béatitude que nous attendons, et de ce glorieux avènement de notre Dieu , où il couronnera ses élus, marqués dû caractère de l'agneau. Nous entrons aujourd'hui dans une nouvelle année : combien Dieu en voit-il dans cet auditoire aui la commencent , et qui ne la finiront pas ! Si tel qui m'écoule étoït convaincu qu'il est de ce nombre, et si de la part de Dieu je lui disois avec certitude : Pensez à vous , car votre heure approche , et c'est dans le cours de cette année qu'on vous redemandera votre ame ; c'est dans le cours de cette année que vous devez comparoître devant le tribunal de Dieu , et y rendre compte de vos actions; si*, tlis-
SUR L'ÉPIPHAIflB.
je, tel à qai je parle en était assaré, et qu'H n'en ddtttAt point, je li'aiirois alors nulle peine à iuî persuader cette circoncision du cœur dont je viens dé vous entretenir. Quelle impression ne foroit pas snr son esprit cet arrêt de mort que je lui aurois prononbéf Pésëtrë de cette pensée , Ycnci ia dernière année de ma vie , quelles résolutiotts ne formeroit**iI pas? quelles mesores.ne prendroit-il pas? avec quels saitiments de repentir et de douleur ne sortiroit-il pî» de cette prédication? quelle pénitence neseroit-il pas disposé k entreprendre? quel changement et quelle réforme ne verroit-on pas dans toute sa conduite et dans ses moeurs? penseroit-il à sa fortune, seroît-il occupé de ses plaisirs? Ah! Chrétiens, sans avoir la même assurance que loi, la seule incertitude où nous sommes ne suffit-elle pas pour produire en nous les mêmes effets? Ayons toujours, comme le Prophète royal, notre amè dans nos mains : Anima mea in tnamlms meU tem» per ( Ps. i49). G'est-à-dire, soyons toujours prêts à partir, toujours prêts à nous présenter devant Dieu ; pourquoi? parceque nous ne savons quand il nous appellera , et que ce sera peut-être dès cette année. Quoi qu'il en soit, sattctifions-Ia, et feisonis-en une année de salut : elle passera ; mais ce qui ne passera jamais , c'est la récompense étemelle qui vous est promise , et que je vous souhaite , etc.
Cém natus esset Jésus in BetMeem Judœ, in diêbus fferodis régis, eeee magi ab Oriente venenmt Hierosolymam, dieentes : Vbi est qui natus est rex Judœomm ? Fidi' vtusenim^teUameSusiin Oriente, £t wnimus adorare eum. Audiens emtemffeYode* reXf turbiUus est, et omnis Hierosolyma cwn Ulo.
Jésos étant né dans Betbléem de Juda, aa temps qae régnoit Hérode, des mages vinrent d'Orient à Jérasalem, et ils demandoient : Où est le roi des Juifd , qai est nouveUement né ? car nons avons vu son étoile en Orient, et noas sommes venus l'adorer. Le roi Hérode, ayant appris, cela en fut troublé, et toute la viUe dé Jérusalem avec lui. Saint BIatthiiu, duip. 2.
Voilà, chrétienne Compagnie, Taccomplissement de la parole cfe Siméon, lorsque, tenant entre ses bras renEsmt Jésus, il disoit à Marie, sa mère : Cet enfant que vous voyez sera la ruine et la résurrection de plusieurs : Ecce pontus e»l hic in rumcMi et in résurrection nem muUorum (Lcc.,2). Des mages partis de TOrient pour venir adorer ce divin Sauveur, ce sont ceux pour la résurrection desquels il conunence à parohre au inonde ; et Timpie Hérode , troublé de sa venue et du seal bruit de sa naissance, nous marque ceux au contraire poiir qui il doit être une occasion de ruine. Voilà Feffet de ce que le même Fils de Dieu, après le célèbre miracle de la guërison de Taveugle-né , dit à ses disciples : In judidum vem in hune miai^ dum, ut qui non vident^ videant; et qui vident ^ cœci fiant (Joan*, 9); Je suis venu dans le monde pour y exercer un jugement en conséquence duquel les aveugles voient, et ceux qui voient deviennent aveugles* C'est en ce jour que oe jugement s'accomplit à la lettres*
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Les mages, aa milieu des ténèbres de la geotilitë» sont éclairés des plus vives lumières de- la grâce. Hérode et les Juifs avec lui , dans le centre de la vraie religion , sont frappés d'un aveuglement terrible. La crèche de Jésus-Christ est le tribunal où , en qualité de souverain juge» il prononce ces deux arrêts, et où par avance il peut dire : In judkiuni veni in hune mundum,ut qui non vident, videant; et qm vident, ccBci fiant. Figurez-vous donc» Chrétiens, ce Sauveur naissant, sous ridée que Jean-Baptiste son précurseur en concevoit, ayant dès aujourd'hui le van à la main, Cujus ventilabrum in manu sua (Matth., 12 ) ; c'est-à-dire faisant dès aujourd'hui le discernement des hom* mes; prédestinant les uns, réprouvant les autres; appelant et éclairant ceux-ci, abandonnant et aveuglant ceux-là ; attirant des étranger et des infidèles , rejetant les enfents et les héritiers du royaume. Mystère étonnant ^ où nous devons avec respect adorer les consdls de Dieu. Mystère impénétral^Ie qu'il ne nous est pas permis de sonder, et où je dois néanmoins trouver de quoi vous instruire. Or pour cela, mes chers auditeurs, je m'arrête aux deux premières vues qui se présentent d'abord, et qui semblent partager notre évangile. Nous y voyons, d'une part, les mages qui viennent chercher Jésus- Christ, et de Tautre, Hérode qui conspire contre Jésus*Chrîst. C'est à quoi je m'attache , et d'où je veux tirer deux grandes instructions qui voi|t faire la matière de ce discours, après que, etc. Ave Maria.
C'est des Juifs en particulier que saint Paul a voulu parler, quand il a dit que nul des princes de ce monde n'avoit connu la sagesse cachée dans le mystère d'un Dieu fait homme : Sa^^tnûam in mys' terio^quœ abscondita est y quant nemo prtncipum hujus sœeuli cog* novit (1. Cor. y 2). £t la raison qu'il en apporte le fait bien voir, puisqu'il ajoute que s'ils avoient connu celte sagesse, ils n'auroient jamais crucifié le Seigneur de la gloire : Si entm cognovissent^ ntcitquam Dominum gloriœ crucifixissent (Ibid.). Par-là , dis-je, il est évident que les seuls Juifs étoient ceux que l'Apôtre avoit en vue , et dont il déploroit le sort : car il ne pouvoii d'ailleurs ignorer qu'entre les Gentils il y avoit eu des, sages du monde, des hommes distingués selon le monde , des mages qui , sous la conduite de l'étoile , ou plutôt sous la conduite de Dieu même , ayant cherché Jésus-Christ et l'ayant adoré, étoient parvenus à la connoissance de cette sagesse divine. Mais saint Paul , dans la suite du même passage, nous hit remarquer que les Juifs, qui n'avoient pas connu , et qui avoient eu le malheur de ne vouloir pas connoitre cette sagesse de Dieu , cachée dans le mystère de l'Homme-Dieu , s'étoient piqués de connoître et de suivre une sagesse tout opposée, savoir, la sagesse du siècle. Sagesse réprouvée, et dont Dieu, disoît-il, avoit pris plaisir à amfoi^dre la vanité jusqu'à la convaincre de folie : Nonne Deus stttUam
feeit tapientiim hujus tœculi [\. Cor., 1 )? Or il est encore ceriaÎQ qu'entre ces princes dn monde qui, dès le temps de sanit Paul, s'étoient ainsi aveuglés dans le judaïsme, Hërode, par loute sorte de raisons, a dû tenir le premier rang. Voilà donc, mes chers auditeurs, les deux idées que je me propose, et où je trouve que doit se rapi porter toute la morale du grand mystère que nous célébrons, l'idée de la vraie sagesse, et Tidée de la fausse sagesse : Tidée de la vraie sagesse , qui consiste à chercher Dieu ; et Tidée de la fausse sagesse , qui consiste à se chercher soi-même : l'idée de la vraie sagesse, dont nous avons le modèle dans Texemple des mages; et Tidée de la fausse sagesse , que je découvre dans l'exemple <J'Hérode : comprenez , s'il vous plaît, ces deux pensées. Qu*étoit-ce que les mages, dont nous honoTonslamémoirè? G'étoient les sages de la gentilité,et tous les Pères conviiennent qu'ils ont été les prémices de notre vocation à la foi. Il étoit donc naturel que Dieu nous donn'ât dans eux un parfait modèle de la sagesse chrétienne, et c'est ce qu'il a prétendu , comme je vais vous le montrer dans la première partie. Au contraire, qu'étoit-ce qu'Hérode dans le judaïsme? Un sage politique, un sage mondain, le plus infidèle de tous les hommes envers Dieu. Il étoit donc plus propre que tout autre à nous faire comprendre le désordre de- la fausse prudence, et c'est ce que vous verrez avec étonnemeiit et avec frayeur dans la seconde partie. Ainsi , la solide sagesse des élus et des vrais chrétiens dans la conduite des mages , en cherchant le Fils de Dieu ; et l'aveugle sagesse des réprouvés et des impies dans la conduite d'Hérode , en persécutant le Fils de Dieu; Tune, qui nous fiiit connoitre les saintes voies par où nous devons marcher pour arriver au terme du salut; l'autre, qui nous feit voir sensiblement les voies d'iniquité dont nous devons nous préserver, et qui ne peuvent aboutir qu à la perdition : c*est tout mon dessem.