DEUXIEME PARTIE
C'est un oracle de l'Âpôtre, et par conséquent un oracle de la vérité éternelle , que la sagesse de ce monde est ennemie de Dieu. Mais comme elle est ennemie de Dieu y cette sagesse mondaine , aussi Dieu < en est-il ennemi ; et c'est lui-même qui s*en déclare par un de ses prophètes : Perdam sapientiam sapientium {^ . Cor*, 1 •)• Je confondrai la prudence des prudents du siècle. Voilà , dit saint Gbrysostome , les deux caractères de cette fausse sagesse qui règne parmi les impies, et qui est le principe de leur conduite. Elle s'élève contre Dieu, et Dieu la confond ; elle fait la guerre à Dieu , et Dieu la réprouve ; elle vou- * droit anéantir Dieu, et Dieu la détruit etTanéantit. Caractère dont > lopposition même fait la liaison , puisque Tun, comme vous verrez, * est inséparable de l'autre. Elle est ennemie de Dieu , voilà son désor- dre ; et Dieu, par uû juste retour, est son plus mortel ennemi, voilà • son malheur. Or je soutiens que jamais ces deux caractères de la sagesse du monde n'ont paru plus visiblement que dans la personne d'Hérode. Car quelle a été la destinée de ce prince, et à quoi sa détestable politique fut-elle occupée? Vous le savez, Chrétiens ; à for- * mer des desseins contre Jésus-Christ, à lui susciter une cruelle persécution, à vouloir l'étouffer dès son berceau, et, par la plus abominable hypocrisie, à le chercher en apparence pour l'adorer, mais eu effet pour le faire périr. C'est ce que j'appelle le crime de la sagesse du siècle. Et que fit de sa part Jésus-Christ naissant, ou plutôt que ne fit-il pas, pour montrer que cette prétendue sagesse étoit une sagesse maudite et réprouvée? Vous l'avez vu dans l'Evangile : il la troubla» il la rendit odieuse , il apprit à tout l'univers combien elle est vaine et • impuissante contre le Seigneur ; enfin, il la fit servir malgré elle au dessein ,de Dieu , qu'elle vouloit renverser. Quatre eH^ets sensibles de la justice divine , qui , par une singulière disposition de la Providence , eurent dans Hérode leur entier accomplissement , et c'est en • quoi consiste le châtiment de la politique du monde. Appliquez-vous, mes chers auditeurs , à l'excellente morale que je prétends tirer de là , et que j'aurai soin d'abréger, pour ne passer pas les bornes du temps qui m'est prescrit.
Hérode, quoique étranger et usurpateur, vouloit régner dans la Judée , et sa passion dominante fut une damnable anàbition à laquelle il sacrifia tout. C'est ce qui le pervertit , ce qui l'aveugla , ce qui l'endurcit, ce qui le précipita dans le plus profond abimede Tini* quité. Il sut que les Juifs attendoient un nouveau roi, et par une grossière erreur il crut que ce nouveau roi venoit le déposséder. Il •
n'en AiUot pas davantage pour piquer sa jalousie : sa jalousie inquiète et tyrannique le porta aux derniers excès de la violenoe et de la fureur » et lui inspira contre le Saint des saints une haine irréconciliable. On lui dit que ce roi qu'il' craint doit être de la maison de David : pour s'assurer donc ou pour se délivrer de lui , il forme l'affreuse résolution d'exterminer toute la race de Qavid. £n vain lui remontre-t-on que celui qu'il veut perdre est le Messie promis par les prophèteSy que c'est lui qui doit sauver et racheter Israël; il renonceà la rédemption d'Israël plutôt que de renoncer à son intérêt» et il aime mieux qu'il n'y ait point de Sauveur pour lui, que d'avoir un concurrent. Bien loin de se préparer à recevoir ce Messie et à profiter de sa venue , il jure sa ruine : l'arrivée des mages à Jérusalem lui lait comprendre qu'il est né ; il emploie la fourberie et l'imposture pour le découvrir; il feint de vouloir l'adorer , pour Fimmoler plus sûrement à sa fortune; et pour en étrele meurtrier, il contrefait l'hommede bien. Lorsqu'il se voit trompé par les mages- et frustré de son espérance, il lève le masque , il se livre à la colère et à la rage , et dans son emportement il oublie toute Thumanité. Les prêtres qu'il a assemblés lui ont répondu que ce roi des Juifs devoit naître dans la contrée de Bethléem : pour ne le pas manquer » il ordonne que » dans Bethléem et aux environs» on égorge tous les enfants âgés de deux ans et audessous: et pourvu qu'il s'affermisse la couronne sur la tétCi il ne compte pour rien de remplir de sang et de carnage tout un pays. Telle fut la source de son désordre : son ambition le rendit jaloux» son ambition le rendit cruel, son ambition le rendit impie» son ambition le rendit faurbe et hypocrite, son ambition en fit un tyran» son ambition en fit non seulement le plus méchant de tous les hommes» mais le persécuteur d'un Dieu ; il est vrai» et c'est ce qui doit nous faire trembler, quand nous voyons dans cet exemple ce que peut et jusqu'où va une passion» dès qu'elle a pris une fois l'empire sur un cœur.
Hais il est encore vrai que l'ambition d'flérode n'eut des suites si affreuses que parcequ'elle fut conduite par les règles d'une politique humaine. Car si Hérode» dans sa malice» eût été un insensé» un emporté» un homme volage et inconsidéré, il eût été» dans sa malice même» moins opposé ù Jésus-Christ, et moins ennemi de Dieu. Sa politique fut comme la consommation de son impiété, et c'est ce qui mit le comble à tous ses vices. G'étoit un sage mondain, et par-là ( souffrez que je m'exprime ainsi) ce fut un parfait scélérat. Or ce que vous concevez en lui de plus monstrueux» et ce qui vous fait plus d'horreur, est néanmoins par proportion ce qui se passe tous les jours parmi vous» et ce que vous avez même cent fois détesté dans des sujets plus communs, mais aussi réels. Car ne croyez pas, mes chers auditeurs» qu'Hérode soit un exemple singulier, ni que son péché ait cessé dans sa personne. On voit encore dans le monde des Hérodes et
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des persécQteiirs de Jësas^brist : peat-écre y sont-ils phis obscurs et pkis caches aux yeux des hommes, mais peut-être n'y sont-ils pas moins corrompus, ni moins criminels devant Dieu ; et ma douleur est d'être obligé de reconndtre que la même impiété se renouvelle sans cesse jusqu'au milieu du christianisme; que dans le sein de l'Église il se trouve encore des hommes animés du même esprit, et pleins des mêmes sentiments que ce roi infidèle, dont au reste je puis dire que jamais il n'eût persécuté le Fils de Dieu, s'il l'eût connu comme nous le connoissons. Ce qui m'afflige, c'est de penser que je n'exagfère point, quand je parle de ta sorte; et qu'Hérode, dans Topinion des Pères, ayant été le premier Antéchrist, il s'en est depuis formé d'autres, dont le nombre crott chaque jour : Et nune AnHchristi multi facH nint(JoAN., 2). Car combien, dans le monde, de faux chrétiens, si je l'ose dire, aussi Antechrists qu'Hérode, et d'esprit et de cœur ? Expliquons-nous : combien, dans le monde, de faux chrétiens aussi contraires à Jésus-Christ , aussi opposés à ses maximes , aussi ennemis de son humilité, aussi remplis d'orgueil et de fierté, aussi ambitieux et aussi idolâtres de leur fortune, aussi jaloux de Fenr rang-, aussi prêts à tout sacrifier pour leur grandeur imaginaire? Combien de mondains du caractère d'Hérode, qni n'ont point d'autre Dieu que leur intérêt ; qui ne connoissent ni foi ni loi, et ne distinguent ni sacré, ni profane, qnand il s'agit de maintenir cet intérêt ; à qui cet intérêt fait oublier les plus inviolables devoirs, non seulement de la conscience, mais de la probité et de l'honneur ; en qui ce démon de l'intérêt étouffe non seulement la charité , mais la piété et la compassion naturelle ; que rattachement à cet intérêt rend durs, violents, in« traitables; qui , aveuglés par cet intérêt, renoncent sans peine h leur salut, non pas pour un royaume, comme Hérode, mais pour de vaines prétentions? Combien d'hypocrites qui se couvrent, aussi bien qu'Hérode, du voile de la religion pour arriver à leurs fins criminelles ; qui, sous les apparences d'une trompeuse piété, cachent toute la corruption d'une vie impure et d'un libertinage raffiné? Mais ce que je déplore encore bien plus, combien d'esprits préoccupés et entêtés des erreurs du siècle, qui, h la honte du christianisme qu'ils professent, se font de tout cela une politique, je veux dire qui, par un renversement de principes, se font de leur ambition même une vertu, une grandeur d'ame, une supériorité de gënie ; de leur injustice, un talent, un art, un secret de réussir dans les affaires ; de leur duplicité, une prudence, une science du monde, une habileté * qui , en suivant le mouvement de leurs plus ardentes passions, se croient souverainement saf^es, affectent de passer pour tels, se glorifient et s'applaudissent de l'être ; qui se moquent de tout ce que l'Écriture appelle simplicité du Juste ; qui ne regardent qu'avec mépris la soumission et la patience des gens de bien ; qui traitent de forblessela conduite d'ane ame fidèle, modérée dans ses désirs, occupée à régler son cœur, tran-
SUR L'EPIPHANIE. fifô
quille dans sa oonâition et sincère dans sa relMon? Car voilà , mon Dieu, les désordres de cette prudence cbamâle qui r^e dans le nonde. Elle n'a pas épargné le Messie que tous y avez envoyé. Dès qQ*iI a paru, elle s*est élevée contre lui, elle lui a déclaré une guerre ouverte ; et depuis tant de siècles elle n'a point cessé de lui snsdter des peroécuteurs plus dangereux qu'Hérode même. Peiit-étre en voyez-vous dans cet auditoire. Ah ! Seigneur, que ne puis-je les toucher aujourd'hui, et leur imprhner une sainte horreur de l'état où les a réduits la fausse sa^sse à laquelle ils se sont abandonnés, et qui les a perdus I
Cepoidant si la sagesse du monde est ennemie de Dieu, j'ajoute que Dieu n'en est pas moins ennemi : et c'est ici, Chrétiens, que je vous demande une atteaticMi toute nouvelle. Car que fait Jésus-Christ naissant, pour confondre la malheureuse politique d'Hérode? En premier lieu, il la trouble : Audiens mitem Herodet reXf turbatm est (Matth. , S). Ce Dieu de paix, qui venoit pour pacifier le monde, commence par y répandre l'épouvante et la terreur; et comment ? voici la merveille : par son seul nom, pur le seul brait de sa venue, par leseul doute s'il est né. Chose étrange ! dit saint Ghrysostome. Jésus-Christ ne parott point encore, il n'a point encore fait de miracles, il n'est pas encore sorti de l'étable de Bethléem ; c'est un enfiaiit couché dans une crèche, qui pleure et qui souffre; et cependant Hérode est déjà déconcerté; le voilà déjà combattu de mille soupçons et de mille frayeurs : Audiens mtem He* rodes rexy turbaïus est. Quoi qu'il en soit de ce prince, etquelque puisse être le sujet de ses craintes, rien, mes Frères, ajoute le même saint docteur, rien n est plus capable de troubler la paix d'un mondain, que ridée d'un Dieu pauvre et humble; surtout quand, avec un esprit et un coeur possédés du monde, il ne laisse pas d'avoir encore un reste de foi, et d'être toujours, quoique très imparfaitement, chrétien. Car c'est alors que l'idée dun tel Sauveur a quelque chose de bien désolant pour lui et de bien effrayant. Ce reste de foi avec les sentiments et les maximes d'un cœur mondain, ce reste de foi avec une ambition païenne, ce reste de foi avec le d^ordre d'une passion déréglée, voilâ ce qui foit le trouble intérieur d'une ame partagée entre le monde et sa religion. Si Ton ne croyoit point du tout ce mystère de l'humilité d'un Dieu, peut-être seroit^on moins à plaindre : si on le croyoit bien, et que l'on conformât sa vie à sa créance, on jouirent d'un parfoit repos. Mais le cr(»re, quoique foiblement , et d'ailleurs penser, parler, agir comme ëi on ne le croyoit pas, c'est ce que le mondain prétendu sage n'a jamais accordé, ni n'accordera jamais avec le calme.
Et en effet, quoi qu'on fasse alors pour s'aveugler ou pour se dissiper, pour s*étourdir ou pour s'endurcir, on sent malgré soi un fonds de trouble qui subsiste, et dont on ne peut se défaire. Car au moins est-il vrai que le mondain, avec ce reste de foi, ne peut rentrer dans lu-mône sans être alarmé de ces réflexions affligeantes : Si le J)teu
qui vient pour me fliâuver est tel qu'on m'assure, je suis nn impie; si les maximes de ce Dieu sont aussi solides qu'on me le dit, je suis non .i^eulisment un insensé, mais.nn réprouvé: si je dois être jugé selon son Évangile , il n'y a point .de salut pour moi. Or ces réflexions, dont je défie le plus fier mondain de se pouvoir défendre, doivent Tabler, pobr peu qu'il ait de sens, des plus mortelles inquiétudes. Avec xela, quoiqu'il s'efforce d'étouffer les. remords de cette foi qui Tim- .portune, il reconnott bien par lui-même qu'il. n'en peut venir à bout ; ,ou s'il en vient à bout, sa condition poup cela n*en est pas meilleure. Du trouble que lui causoit sa foi, il tombe dans un autre trouble encore plus déplorable, qui est celui de son incrédulité. Leseul doute , si Jésus-Christ étoit né, fit trembler Hérode : le seul doute d'un mondain, si ces maximes qu'on lui prêche ne sont pas les vrais principes qu'il doit suivre ; le seul doute , s'il ne [se trompe pas ; le seul doute sur les risques qu'il court, et dont son libertinage ne le peut garantir, tout cela le doit jeter dans une affreuse confusion de pensées, et former en lui comme un enfer. Ah ! disoit le saint honune Job, ce sont deux choses incompatibles que d!être tranquille, et rebelle à Dieu : Quis resistit H, et pacem hahuU (Job, 9) ? Uérode n'y put parvenir : qui le pourra ?
, Je n'en ai pas encore dit assez. Outre que le Fils de Dieu, dès sa naissance, trouble la politique et la fausse sagesse du monde, il la rend odieuse. Hérode, comme persécuteur de Jésus-Christ , est devenu rfaorreur du genre humain. Il a tout sacrifié à son ambition ; mais sa mémoire est en abomination. Il n'a rien épargné pour satisfaire la passion qu'il avoit de régner ; mais c'est pour cela que son règne, au rapport même des historiens profanes, a été un règne monstrueux. Il a cru pour sa sdreté devoir répandre du sang ; mais ce sang répandu criera éternellement contre lui , et Dieu, jusqu'à la fin des siècles, vengera ce sang innocent par le caractère d'ignominie qui se trouve attaché au seul nom d'Hérode, et qui ne s'effacera jamais. Inévitable destinée du sage mondain, qui, malgré lui, se rend odieux en se cherchant lui-même. Qu'y a-t-il en effet de plus odieux dans le monde qu'un homme intéressé, qu'un homme ambitieux et jaloux, c'est-à-dire un homme ennemi par profession de tous les autres hommes, je dis de tous ceux qui peuvent lui donner quelque ombrage, et s'opposer à ses prétentions ; un homme qui n'aime sincèrement personne, et que personne ne peut sincèrement aimer ; un homme qui n'a de vues que pour lui-même, et qui rapporte tout à lui-même ; un homme qui ne peut voir dans autrui la prospérité sans l'envier, ni le mérite sans le combattre ; toujours prêt dans la concurrence à trahir l'un, à supplanter l'autre, à décrier celui-ci, à perdre celui-là, pour peu qu'il espère en profiter? Qu'y a-^il , encore une fois, non seulement de plus haïssable dans l'idée du monde, mais même de plus hai? Or, par-là, dit saint GJirysgstQme, le iponde, tout corrompu qu'il est.
SUR L'EPIPHANIE. SKT
86 fidt lai-méme justice : car T<Mlà, par un secret jugement de Dieu, ce que le mondain veut être, et en même temps ce qu*fl ne peut souffrir; ce qu'il entretient dans lû-méme, et ce qu*il déteste dans les autres : comme si Dieu, ajoute ce Père, se plaisoit à réprouter la sagesse du monde par elle-même; au lieu que le monde, quoique d'ail« leurs plan d'injustice, ne peut s'empêcher néanmoins d'aimer dans les autres l'humilité, d'honorer dans les autres le désintéressement, de respecter dans les autres la droiture, la bonne foi, toutes les vertus, et de rendre hommage par-là même à la sagesse dirétienne.
Jésus-Christ fait plus : il apprend à tout Tunivers combien la sa* gesse du monde est vaine et inutile. Hérode a beau chercher le roi des Juifs, il ne le trouvera pas : il a beau user d'artifice en dissimulant avec les mages, pour les engager à lui en venir dire des nouvelles , les mages prendront une autre route , et ne retourneront plus à Jérusalem. Il a beau faire un massacre de tous les enfants qui sont aux environs de Bethléem , celui qu'il cherche n'y sera pas enveloppé. Il en égorgera mille pour un seul ; et ce seul dont il veut s'assurer, est celui qui lui échappera : pourquoi? parcequ'il est écrit qu'il n'y a point de conseil ni de prudence contre le Seigneur : Non e$t pru^^ dentia^ non est consilium contra Dominum (Prot;., 21). Ainsi, Chrétiens, sans parler d* Hérode, jamais le mondain, avec sa prétendue sagesse, ne parvient ni ne parviendra à la fin qu'il se propose; car il se propose d'être heureux , ^t jamais il ne le sera. 11 sera riche si vous le voulez , comblé d'honneurs si vous le voulez ; mais , suivant les principes et les règles de sa fausse prudence , il n'arrivera jamais au bonheur où il aspire. Or dès-là sa sagesse n'est plus sagesse, puisqu'elle ne peut le conduire à son but. Vérité aussi ancienne que Dieu même, mais encore plus incontestable depuis que le Fils de Dieu a établi la béatitude des hommes dans des choses où évidemment la sagesse du monde n'est d'aucun usage. Car supposé , comme l'Évangile nous l'enseigne, que la béatitude d'un chrétien conWte à être pauvre de cœur, à souffrir persécution pour la justice, à pardonner les injures; en quoi la prudence du siècle nous peut-elle être désormais utile? Quelle prudence du siècle, dit saint Ghrysostome, faut^il pour tout cela? Usant de cette prudence, quel avantage en tirez-vous, et à quoi vous mènera-t-elle? Si vous vous servez de cette prudence de la chair pour satisfaire vos désirs , vous renoncez à la béatitude du christianisme. Si vous prétende^ à la béatitude du christianisme , cette prudence de la chair n'y peut en rien contribuer. Par conséquent elle n'est plus prudence ; ou plutôt de prudence qu'elle sembloit être, elle devient folie, puisque, bien loin de vous découvrir la véritable félicité et de vous aider à la trouver, elle y devient un obstacle; ce qui faisoit dire à l'Apôtre : Notine Deus stul" tam fecît sajnentiam hujus sœculi (1. Cor,, i)? Enfin, le Sauveur, venant au monde, fait servir malgré die aux B. 3. 47
^ SUR L'EPiPDAIfif;*
desseins 4e Di^ la politique m^e du mo^de. Car, {^eue^ garde» i| falloit que ^ naissance de Jés|is-Çhrist fût pu|)liée ^t çoimue;el c'est la violence e\ la tyranpie d'Hérode qui la rend publique* U yoU'* loit éteindre le ^Q^k de ce nouveau roi d'Israël; ef. c'est lui qui le fait oonnoltre. 11 vouloit qu'il n'en fût point parlé ; et la voie qu'il pr^(| pour cela est justement le moyen d'en faire parler par toute la terre et dans tous les siècles. Quel bruit çn effet , et quel tumulte 1 q^e de mouvements différents, et que d'effroi» lorsque tant de victimes innocentes sont impitoyablement arrachées du sein de leurs mères, et ipnolées devant leurs yeux ! Quels cris confus et quels gémissements se firent entendre de toutes parts I Vox in Bwnd audita m , ploraim et ululatw muUw (I^Iatth., 2). Étoit-il possible qu'une action si éclatante demeurât cachée? Étoit-il possible que de la Judée elle ne passât pas bientôt dans les pays voisins , et de là chez les nations les plus éloignées? Étoit-il possible qu'on n'en voulût pas savoir le sujet, et qu'on ne prît pas soin de s'en faire instruire? Et , par une conséquence nécessaire, n'étoit-ce pas là de quoi rendre Jésus-Christ célèbre , et de quoi faire admirer sa puissance , lorsqu'on apprendroit que des mages et des rois étoient venus l'adorer ; qu'Hérode eu avoit conçu de la jalousie; que, dans l'excès de sa fureur, il ayoit £ait les derniers efforts pour perdre cet enfant; et que, malgré tous ses efforts , cet enfant sans armes et sans défense avoit su néanmoins se dérober à ses coups? Sagesse adorable de mon Dieu, c'est ainsi que vous vous jouez de la sagesse des hommes quand elle se tourne contre vous , et que vous employez a exécuter vos immuables décrets cela même qui devroit, selon nos vues foibles, les arrêter. C'est ainsi que s'accomplit cette menace que vous nous avez fait entendre par la bouche de votre Apôtre : Perdant sapientiam sapientium^ etpruden* mm prudentium reprobubo (1. Cor.^ 1 ) : Je détruirai la sagesse des sages du siècle, et je la réprouverai. Combien de preuves en a-t-on eues dans les â{;es précédents, et combien en avons-nous encore dans le nôtre? Combien de fois l'impie , selon le langage de lÉcriture, a-t-il vu retomber sur lui son impiété môme ; et combien de fois s'est-il trouvé , par une secrète disposition de la Providence, engagé et pris dans le piège où il vouloit attirer les autres? Aman vouloit perdre Mardochée, et tous les Juifs avec lui ; mais, courtisan ambitieux, ce sera vous-même qui servirez à l'établissement de cette nation que vous vouliez exterminer; vous-même qui servirea; à relever la gloire de cet homme jus& que vous vouliez opprimer; vous-même qui périrez , et qui périrez par le même supplice que vous lui aviez préparé. L'orgueilleux veut s'agrandir, et' c'est par-là souvent qu'il est dépouillé; le voluptueux veut satisfaire sa passion, et sa passion devient son bourreau , et lui fait souffrir les plus cruelles peines. Effets sensibles de la suprême sagesse de notre Dieu I Mais que ii*aije le temps de vous développer tant d'auures mystères qui nous sont
eacbéft ! mystères profonds , et surtout mystères d'autant flm terribles, qu'ils regfardeat, non plus la raine temporelle » mais l'ëtorsële damnation du sage mondain.
Renonçons , mes chers auditeurs » mais renonçons pom* jamais et de benne foi , à cette sagesse réprouvée qui se cherche ellenotiéme, et qui ae cherche qu'elle-même : en nous cherchant nous-mêmes, nons ttons perdrons. Je me !ro|npe, en nons cherchant nons*mémes, nous novstronterons ; mats le plusgrand de tons les malbeurspoar nous, est de nous trouver nous-mêmes , puisqu'en nons trouvant nous-mêmes» nons ne pouvons trouver que ce que nous sommes, c'est-à-dire que eonfésion , que désordre, qoe misère, que péché. Cherchons Dien, et, sans penser à nous, nous nons trouverons saintement , sûrement, heu* reusement en Dieu. Cherchons Dien, et dès cette vie nous trouverona notre souverain bien , qui ne peut être hors de Dieu. Et parœque Dieu ne pentphis être désormais trouvé qu'en Jésus-Chriât, à rexemfrfe des mages, pour trouver Keu, cherchons Jésiis-Cbrist. Et parceqne Je-» sus-Christ ne peut être trouvé lui-même que dans les états où il a vouhi se réduire pour nous servir de modèle, ne le cherchons point ailleuils; c'est-à-dire , parceque Jésus-Christ ne peut être trouvé que par la voie é^ane humilité sincère, d'une obéissance fidèle, dm véritable renonce* ment an monde , ne le cherchons point par d'autres vcnes que celles-li* Aimons-les, ces saintes voies qui nous conchiisent à lui; et poisqu'S n'y a phis d'autre sagesse que la sienne , attachons-nous à cette dîvîne sagesse : étudions* la dans les maximes de ce Sauveur, dans la pureté de sa doctrine et de sa loi , dans la sainfteté de ses mystères, dans la perfection de ses exemples. Préforons cette sagesse chrétienne à toute la ss^fesse du monde, ou plutôt faisons profession de ne connoitre point d'autre sagesse , pour pouvoir dire avec saint Paul : Non jtUUcavi me setre akqtM inter vos , tàH Jesum Christmn^ et hune eruciftxum (i. Cùr., â). C'est cette sagesse qui nous éclairera, cette sagesse qui nous sanctifiera, cette sagesse qui fera de nous des hommes parfaits sur la terre , et des bienheureux dans le ciel , où nous conduise , etc.
Sêquàbatur autemiUtÊmmuUa turba poptitt, el muliêrum quœ plangebant et lamen^ tabantur Ulum, Conversus autem ad iÙas Jésus , dixitiFiliœ Jérusalem, nolUe ftew super me} sed super vos ipsas fiete et super fUios vettros.
Or il étoit raivi d'une grande muiUtude d« peuple et de femmeB <|ui se fr«ppoient It poitrine, et qui le pleuroient. Et Jésus se tournant vers elles , il leur dit : Filles de Jérusalem , ne pleorez point sur mol, mais pleureisur vous-mêmes et sur vos enfants, saint Loc, chap. mu»
Sire,
Est-il donc vrai que la passion de Jésus-Christ, dont nous célë-* brous aujourd'hui L'auguste mais le triste mystère , quelque idée que
la foi nous en donne , n'^st pas l'objet le plus touchant qui doive oe-^ cuper nos esprits et exciter notre douleur? Est-il vrai que nos larmes peuvent être plus saintement et plus utilement employées qn'à pleurer la mort de THomme-Dieu ; et qu'un autre devoir, plus près* sant et plus nécessaire, suspende, pour ainsi dire, Tobligatioa qu'une si juste reconnoissance d'ailleurs nous impose, de compatir par des sentiments de tendresse aux souffrances de notre divin Rédempteur ? Nous ne l'aurions jamais pensé. Chrétiens; et c'est néanmoins Jésus-Christ qui nous parle, et qui, pour dernière preuve de sa charité, la plus généreuse et la plus désintéressée qui fut jamais, allant au Calvaire où il doit mourir pour nous , nous avertît de ne pas pleurer sa mort , et de pleurer tout autre chose que sa mort : Noiiu flere super me, sed super vos flete (Luc, 23). Saint Ambroise, faisant réloge funèbre de l'empereur Valentinien le jeune, en présence de tout le peuple de Milan , crut s'être bien acquitté de son ministère, et avoir pleinement satisfait à ce que ses auditeurs attendoient de lui , quand il les exhorta à reconnoilre, par le tribut de leurs larmes, ce qu'ils dévoient à la niémoire de cet incomparable prince, lequel avoit exposé sa vie et s'étoit comme immolé pour eux : Solvamus bono principi stipendiarias lacrymas , qui pro riobis etiam vitœ stipendium Suivit (Ambr.). Mais moi , engfagé à vous entretenir, dans ce discours, de la sanglante mort d'un Dieu Sauveur des hommes, je me vois réduit à vous tenir un langage bien différent , puisqu'au lieu d'emprunter les paroles de saint Ambroise , qui sembloient naturellement convenir à mon sujet, je dois vous dire, au contraire : Non^ mes Frères , ne donnez point à ce Dieu mourant des larmes qu'il n'exige pas de vous : ces larmes que vous verseriez sont dès larmes précieuses , ayez soin de les ménager; on vous les demande pour un sujet plus important que tout ce que vous concevez. Non seulement Jésus- Christ vous permet de ne pas pleurer sa mort , mais il vous le défend même expressément, si de la pleurer est pour vous un obstacle à pleurer un autre mal qui vous touche de bien plus près , et qui est en effet plus déplorable que la mort du Fils même de Dieu. Je sais que toutes les créatures y devinrent ou y parurent sensibles , que le soleil s'éclipsa , que la terre trembla , que le voile du temple se déchira , que les pierres se fendirent , que les tombeaux furent ouverts, que les cendres des morts se ranimèrent , que toute la nature en fut émue : l'homme seul, encore une fois, est dispensé de ce devoir, pourvu qu'il s'acquitte d'un autre moins tendre en apparence, mais plus solide dans le fond. Laissons donc aux astres et aux éléments, ou, si vous voulez leur associer des créatures intelligente^, laissons aux anges bienheureux le soin d'honorer les funérailles de Jésus- Christ par les marques de leur deuil : ces anges de paix, dit Is^e, l'ont amèrement pleuré. Pour nous, sur qui Dieu a d'autres desseins , au lieu de pleurer Jésus-Christ , pleurons avec Jésus-Christ , pleurons
SUR LA PASSION DE JËSUS^HRIST. 961
comme J&us-Ghrist\ pleurons ce qui a fait pleurer Jësus-Christ ; c'est ainsi que nous sanctifierons nos larmes , et que nous les rendrons s^tlutaires. Croix adorable! nous les répandrons devant vous, et vous leur communiquerez cette vertu céleste et ce caractère de sainteté que vous reçûtes en recevant dans vos bras le Saint des saints. Pleins de confiance , nous avons recours à vous, et nous vous disons avec toute TÉglise : 0 crnx ! ave.
Un mal plus grand dans l'idée de Dieu, que la mort même d'un Dieu ; un mal plus digne d'être pleuré, que tout ce qu'a enduré le Fils unique de Dieu ; un mal auquel nos larmes sont plus légitimement dues qu'à la passion de FHomme-Dieu , vous êtes trop éclairés» Chrétiens, pour ne le pas comprendre d'abord ; c'est le péché. Il n'y avoit dans tous les êtres possibles que le péché qui pût l'emporter sur les souffrances de Jésus-Christ» et justifier la parole de ce Dieu Sauveur, lorsqu'il nous dit» avec autant de vérité que de charité : Ne pleurez point sur moi » mais sur vous : Nolile flere super me, sed super vos. Pour obéir, Chrétiens» à ce commandement que nous fiiit notre divin mattre» et pour profiter d'un si important avis» ne considérons aujourd'hui le mystère de sa sainte pasàon que pour pleurer le désordre de nos péchés» et ne pleurons le désordre de nos pécha; que dans la vue du mystère de sa sainte passion. En effet» si Jé^ sns-Christ avoît souffert indépendamment de notre péché » sa passioD» queîquê'Hgoureuse qu'elle fût pour lui» n'auroit plus rien de si affreux pour nous; et si notre péché n'avoit nulle liaison avec les souffrances de Jésus-Christ» tout péché qu'il est» il nous seroit moins odieux. C'est donc par le péché que nous devons mesurer le bienfait inestimable de la passion du Fils de Dieu ; et c'est par le bienfait inestimable de la. passion du Fils de Dieu que nous devons mesurer la grièveté du péché ; du péché » dis-je (prenez garde à ces trois propositions que j'avance» et qui vont partager ce discours), du péché» *qui fut la cause essentielle de la passion de Jésus-Christ ; du péché» qui est un renouvellement continuel de la passion de Jésus-Christ ; enfin , du péché» qui est l'anéantissement de tous les fruits de la pasàon de Jésus-Christ. En trois mots» passion de Jésus-Christcausée par le péché » passion de Jésus- Christ renouvelée par le péché» passion de Jésus-Christ rendue inutile et même préjudiciable par le péché : voilà ce qui mérite toutes nos larmes» et ce qui demande toute votre attention.
PBSMIÈ&B PARTIE.
C'est quelque chose» Chrétiens» de bien prodigieux dans l'ordre de la nature, que ce qui nous y est aujourd'hui représenté par la foi» savoir , un Dieu souffrant ; mais j'ose dire que ce prodige, tout surprenant qu'il est, n'approche pas encore de celui que la même foi nous découvre dans l'ordre de la grâce, quand elle nous met devant les
an SUR LA PASSION DJS JÉSUS-GHRIST,
yeux UB Diai pénitent. Telle est néanmoins ( ô profondeur et abtme des conseils de Dieu ! )« telle est la qualité que le Sauveur du monde a voulu prendre, et qu'il a aussi saiptement que constamment soutenue dans tout le cours de son adorable passion. Tel est le mystère que nous célébrons ; et parceque, selon l'Écriture , la vraie pénitence consiste surtout m deux cboses, la contrition» qui nous lait détester le péché, et la satisfaction qui doit expier Je pécbé ; quand je dis un Dieu pénitent, j'entends un Dieu touché de la contrition la plus vive e^ vue du péché de l'homme ; j'entends u|i Dieu satisfaisant aux dépens de lui-même, et dans toute la rigueur de la justice, pour le pécbé de l'homme ; deux obligations dont THomme-Dieu, Jésus-Christ, s'étoit chargé dès le premier instant de sa vie, et dont vous ailes voir s'il s'acquitta exactement an jour de sa passion. Car voilà les deux états, et comme les deux scèpes où je vais produire ce médiateur par excellence entre Dieu et les hommes. Le jardin où il s'affligea, et le Calvaire où il expira : le jardin où il s'affligea, c'est là que je ferai pàroitre un Dieu contrit et ressentant toute l'amertume au pécbé : le Calvaire où il expira, c'est là que je vous ferai contempler dans sa personne un Dieu immolé pour la réparation du pécbé. D'où nous conclurons, avec saint Léon pape, que la passion du Fils de Dieu a été la pénitence universelle, la pénitence publique et authentique, la pénitence parfaite et consonmiée de tous les péchés des hommes, et que ce sont ainsi les péchés des hommes qui l'ont causée. jËn faut-il davantage pour vous obliger vous et moi à verser des {^1*^969, non pas d'une vaine et stérile compassion, mais d'ime efficace et sainte componction? Nolit0 flere $uper me^ sed super vos. Appliquez-vous, mes ehers auditeurs, et commençons par les douleurs intérieures de Jésus- Christ, pour apprendre ce qui doit être pour jamais le sujet de notre douleur.
A peine est-il entré dans le jardin où il alloit prier, qu'il tombe dans une tristesse profonde t Cœpit contrUtari (Matth., 26). Le sentiment e$\ si vif, qu'il ne le peut cacher ; il s'en déclare à ses disciples : Tristis est atùma mea usque ad mortem (Ibid.). La frayeur le saisit, Cœpit pav^e (Maho., 44); Tennui l'accable, Ccepit tœdere (Ibid.) ; à force de combattre contre lui-même, il souffre dqa par avance une espèced'agonie, Feictus in agoniâ (Luc, 22) ; et par la violence de ce oombal, il sue Jusqu'à du sang. Foetus est sudor ^us $icut guttœ <angmms (Ibid.). Que signifie tout cela, demande saint Chrysostooie » dans un Dieu qui étoit la force même, et dont les foiblesses apparentes ne pouvoient être qu'autant de miracles de sa toute-puissante charité 2 Qae craint-il , de quoi se trouble*>t-il? pourquoi cet accablenaient daqs une ame qui, jouissant d'ailleurs de la claire vision de Dieu, ne laissoit paa d'être comblée des plus pures joies de k béatitude ? pourquoi eetie guerre intestine et ce soulèvement de passions dans un e^pi'it i<ieapablQ d'être mi| p4r d'autres ressorts que ceux de la souve-
SUR LA PASSION DE JÉSUS-GHRlST. SISS
rtine raiscm? Ah ! ChrëtienS; voità ce quenoas avons à bien Méditer, et oe qm nous ne pouvons trop bien comprendre pour notre édification. Car de dire que le Sauteur du monde s*a(fligea seulement parcëqn'il alloit mourir ;qtte l'ignominie seule de la croix, ou la rifpient du supplice qu'on lui préparoit, lui causèrent ces agitatmns, ces dégoûts, ces ciraiàtes mortelle^, ce ne serdt point avoir une assess haute ictee des passions d'un Dieu. Non, non, mes Frères, reprend ëlotjfùem- * ment saint Chrysostome; ce n'est pas là de quoi cette grande ame fût' plus trouUëe. La croix que Jésus-Christ avoit choisie comme rinstni- * ment de notre rédemption, ne lui parut point un objet si terrible. Oette croit, qui devoit être le fondement de sa gloire, ne ftd devint; point un sujet de honte. Lecdiee queson Père lui àfvoit donné, et qur,' t)«r cette- raison même, lui éCoit A prédenx, né Ait poiùt celâiTice amei^ dont il témorgfaâ tàtit d*hbrreiir : et ce qiii fit sortir de tous les membres de sbn corps unie sueur de sang, ce né furent point précisément Jes approchés dû my^ëHeux baptême dé sa' mort. Car, quelque sàn- * glant que dût êtr^ ce baptême, il l'avoit lui-même ardemment désiré, ' Il ravoit recherché avec de saints einpressemeâts, il avoit dit à ses apAtres : Bàpciimo hàbeo bapttzari^ et quomodd coarctor, ùsqùc.(éum perfieiàttÊT (Lvc, 12)! Je dois être baptisé d'un baptême ; et qu'il me tardie queceb:lptétoé nes'acbomplisse! Il y eut donc autre chose que la prëseîloè de la mort ^? te désola , qui le consterna. Et quoi ? je vous ]^ déjà mâitftté, hié^ èUè^s auditeurs ; mais il me faudroit, Seigneur, ' pdilr lé bieA imfyf iiifèr et dans les esprits et dans les coeurs de ceux qld ii'éeouletit, i6ni le zèle dont vous fâtes consumé ; quoi , dis-|é ? le péehé^ te seul db tous les êtres oppiosé à Dieu, le seul mal capable ' d'attrister momme^Dièu, et de* faire dé ce Dieu de gloii^e un Dieu souffrant et pénitent. Élevez- vous, Chrétiens, au-dessus de toutes les. pensées humaines, et concevez , encore vluë fois , cette grande vérité.' £ii void l'exposiflon fidèle tirée des Pètes de l'Église, mai^ surtout de sahtt Augëstin.
Car tandis que les prince^ desptêtres et les pharisiens tenoiènt clie2 CMphe^fllseil contre Jésiis*Ghrist, et qu'ils, se jl^rép^^roient k Topprimier pAr de fausses dbôusëtiotfs et f>ardes crimes supposés, Jésus-Christ luimême, dané Iejardiri;'humfl^ et pi^osterhé^ devant son Père, se consî-; dém,' toutefois saris préjudice de son inn.ocence, comme chargé de crime^ véritaMes ; et fliuiVant Forâcle d'isafe, qui se vérifia à la lettre, Dieu ' orit Sttl^hiS toutes les iniquités du monde : Posuit in eo iniquitatem om' ' làmn iêoétrvBni (IsÀi., 53). Or, en conséquence du trauspoï^t que Dieu fit de nos iniquités sur so^ Filsâdorable, ce Juste, (ùri n^avôiï jamais connu le pédië, ^ troùvst éôUVert dès pécKés de toutes lès nations, des péchés de to«s les sièeles, dèsf péchés dé tous les états et de toutes les conditions. QhA , tous les sacrilèges qùf jamaîk dévoient èci e (iommîs, et qtfs ioht îufiMè pt^esttiëbce Ini fit disCinctment pl^évoir^ tous' les bta'sptaèmelffque MttdiëVtrft (MrôMrer côiktré^fe ciel , toutes les abomîàa-
aB4 SUR LA PASSION DE JÉSUS^GHRIST.
tions qui dévoient faire rougir la terrç, tous les scandales qui dévoient éclater daQS l'univers» tous ces monstres que l'enfer devoit produire, et dont les hommes dévoient être encore plus les auteurs, vinrent l'affliger en foule et lui servir déjà de bourreaux. Qui nous Tapprend? Lui-même, seul témoin et seul juge de ce qu'il souffrit dans cette cruelle alarme : Circumdederunt me dobres mùrtu,et torretUes iniqui' tatis conttirbauerunt me (Psalm. 17). Car, selon Tinterprétation de saipt Augustin , c'est personnellement de Jésus-Christ que dévoient être entendues ces paroles du Psaume : Les douleurs de la loipi^t jQ'oot environné, et des torrents d'iniquité ont rempli mon ame de trouble. Ce fut diHic en vue de ce bienheureux et tout eneiemble de ce^doulourçux nio^ent, que Jérémie, comme prophète, ait droit de, dire là Jesus-Chr^. : ilfa^na est velùt mare çontritio tua ( Thqjsn., 2,} : AJh ! Seigneur, votre douleur est comme une vaste mer dont on ne pept sonder le fond, ni mesurer l'immensité. Ce fut pour grossie et pour enfler cette mer que tous les péchés des honunes,- ainsi que parle i'Ér criture, entrèrent comme autant de fleuves dan« l'ame du. Fils de Dieu,; car c'est encore de. sa passion et de l'excès de sa tristesse qu'il faut expliquer ce passage : Salvum me fae, Deus, quomam in* traverunt aquce usque ad animam meam [Psalm. 68). Avec cette dif;férenpe, qu au lieu que les fleuves entrant dans la mer s'y ccmfondent et Vj: perdent, en sorte qu'il n'est plus possible de les distinguer 1^ uns des autres, ici, tout au contraire , c'est-à-dire dans cet abîme de péchés et âans cette mer de douleurs dont l'ameduSauveur futjij^nd^e, il discerna sans confusion et sanis mélange toutes les espèces 4p ^ chés pour lesquelles il alloit souffrir. : les péchés des rois et o^x des peuples» les péchés des riches et ceux .des pauvres,.les péchés des pègres et ceux des enfants, les péchés des prêtres et ceux des laïques^ Dans ces torrents d'iniquité, il démêla les médisances et les c^omnies^ les impudicités et les adultères , les sîmonjes etjesjisure^, lestrAUsons et les vengeances. Il se représenta, mais avec toute la viva^térde S9 pénétra^tion divine, les emportements ,des.«4q>e|rb^s et da^ ambitieuxy les dissolutions des sensuels et des . voluptueux ^ ies,(i«)piétâ^ des athées et des libei:tins^ les impostures et 1^. malignités des hypocrites. Faut-il s'étonneî* si tout cela, suivant la métaphore du Saint- Esprit, ayant formé un déluge d'eaux dans cette aine bienheureuse, elle en demeura comme absorbée ; et si d'ailleurs^ dans le sermeptde cœur et dans la tristesse qfie lui causa son zèle poipr Djeu et sach^ rite pour nous, ce déluge d'eaux fut suivi dunç sueur, de safig2,F4K>tus est sudor ^us sîcut,fiutt<B sanguinù (Luc, 22). / î
Voilà , Chrétiens , ce que j'appelle la contrition d'un Dieu , et ce qui fut le premier acte de sa pénitence. Est-ce .ainsi que nous envisageons le péché, et la douleur que nous en ressentons opère-WIe en nous par proportion de send)lables effets ? Entrons aujourd'hui dans le secjcet de nos consciences; e(, profitât du iqodèl^^^ie Diei nous
propose, Toyona si nos dîspôsitibiis dans Te'sercice de la pénitence chrétienne ont an moins la juste mesure qui en doit feire la validité. Est-ce ainsi , dis-je, que nous considérons le péché? en concevonsnous la même horreur? en perdons-nousle repos de l'âme? en sommesnous agités €ft désolés? Ce péché, par l'idée que nous nous en formons, BOQsest^l un supplice comme à Jésus-Christ? le craignons-nous , comme Jésus-Christ y plus que tous les maux du monde ? nous réduit-îl par ses remords dans nne espèce d'agonie? Ah ! mes Frères ^ s'écrie saint Chrysostome , touché de cette comparaison , voilà le grand désordre -que nous avons à nous reprocher, et pour lequel noas devons éternellement pleurer sur nous. Un Dieu se trouble à la vue de notre péché , et nous sommes tranquilles; un Dieu s'en afflige, et neos nous en consolons; un Dieu en est humilié, et nous niarchons k tête levée ; un Dieu en sue jusqu'à l'effusion de son sang , et nous n'en visons pas une larme : c'est ce qui doit nous épouvanter. Nous péchons, et^ bien loin d'en être tristes jusqu'à la mort, peut-être après le péché insnitons-nous encore à la ju^ice et à la providence de notre Diett; et dîsops-nons intérieurement comme l'impie : Peccavi^ et quîd mihi acddit triste {Ecclu^ 5) f J*ai péché, et que m'en est-il arrivé de Clcheax? En snis^je moins à mon aise, m'en considère-t-on moins dans le monde, en ai^je moins de crédit et d'autorité? De là cette £ausse paix, si directement- opposée à l'agonie du Fils dé Dieu, cette paix dont on jQttit dans l'état le plus affreux , qui est l'état du péché. Quoiffue ennemis de Died , nous ne laissons pas de paroître contents. NdD senlementinous affectons dele paroftre, mais nous sommes capdilesde l'être, jusqu^à pouvoir nous dissiper et nous répandre dans les joies frivoles du siècle : paix réprouvée qui ne peut venir que de la dureté de nos (;œurs ; paix mille fois plus funeste que toutes les antres peiBes<dii péché, et, dans un sens, pire que le péché même. De là cette vaine confiance , si contraire aux saintes frayeurs de Jésus- Christ : confiance présomptueuse qui nous rassure, là où cet Hommes Dieu a tremblé ; qui nous fait tout espérer , là où il a cru pour nous devoir tout craindre ; qoi nous flatte d'une miséricorde , et qui nous promet de la part de Dieu une patience sur laqueBe il "ne compta point. Miséricorde mat entendue, patience molle et chimérique], qui ne serviroit, et qui , en e£fet , par Tabus que nous en faisons , ne sert qa*à fomenter dans nous le péché. De là cette hardiesse du pécheur, et , à j'ose nser de ce tarme , cette êf!front^ie qui ne i^ougit de rien , et qtà pareil si : monstrueuse quand elle est mise en parallèle avec la confusion de Jésns-Christ. En péchant contre Dieu , on n'en est pas moins fier devant les hommes; on soutient le péché avec hauteur ; et Ixen Ion de s'en confondre , on s'en glorifie , on s'en applaudit , on s'en élèire , on en triomphe. C'est ce qui oblige le Verbe divin à s*anâmtir : Vinsolence scandaleuse de certains pédieurs ne pouvoit se ré- IMirer pard'aiitre$ bumiliatioiis que celles de Jésus-Christ ; l'aveugle
aS6 SW LA. PA$SK)N DB 1ÉSUS4HBI8T;
lânërité de tant de libertins ne pouvoit être expiée par d'antrc^cnin. tes que celles de Jésus-Christ ; Tindifférence de tant d'ames insensibles n'avoit pas besoin d'un moindre remède que la sensibilité dé Jésus-Christ. Afin que Dieu fut satisfait comme il le devœt être , que le péché f&t une fois détesté autant qu'il étoît détestaUe^ il falMt qu'une fois on en conçût une douleur proportionnée à sa iialioe. Or il n'y avoit que l'Homme^Dien capable de mettre cette proporti<Hi^ parcequ'il n'y aveit que lui capable de oonnoitre parf^utement et dans toute son étendue la malice du péché ^ et par conséquent il n'y avoit que lui qui pût nous apprendre k hur le péché* C'est pour eeta qu'il est venu, et que » dans les jours fte sa vie morteUe^ eemme dit saint Paul > ayant offert même avec larmes ses prières et ses supplr*^ cations à celui qui pouvoit le sauver de la mort» il nous a donné la plus excellente idée de la pénitenee chrétiemeie. Si donc nous apportons encore à ce sacrement des cœurs tièdes, des cœurs froids , dès cœurs secs et durs, ne doutons point, mes Frères, conclut sfeûnt Bernard , que ce ne soit à npus->mêmes que le Sauveur adressé aujourd'hui ces paroles : NoUte jlere super m^, $ed super vos. fieU (Luc, 25;.
En effet, •savez'i'Vous ce qui nous condamnera davantage Su juge-' ment de Dieu? Ce ne seront pomt tant nos péchés» que.nos prétendues contritions : ces contritions languissantes, et si peu conformes à la ferveur de Jésq^-Christ pâiitent; ces contritions superficielles , où nous savons si bien conserver toute la liberté de notre esprit , toutré* panouissement de notre cœur , tout le goût des plaisirs , tontes les douceurs et tous les agréments de la ^OfAété; oes contrititMis ima^màires qui ne nous affligent point, .et qui, par ime suite farfirîMibie, ne nous convertissent point. Si nous agissions par Te^prit de la foi, il ne foudroit qu'un péché pour déconoerter toutes le» puissances de notre ame , pour nous jeter dans le même effroi que Gain « pour noos faire pousser les mêmes cris qo'Ésaii/.qttand il se vit exclu de l'héritage et privé de la bénédiction de son père; pour nous faire firênr comme ce roi de Babylone, lorsqu'il aperçât la main cpii éerivtl son. arrêt : disons mieux, et en un mot^ pour nous faire sentir au fond du cœury selon la parole de l'Apôtre , 00 <|tte Jésus^Chrlsl sentit evt Imrinéne : Hoc enim senâte in vobis quod et in CMsto Jesu {Philip. ^2)^ Jinis par-' ceque l'habitude du pécbéa fait pet k peu dé nos cœurs ites eœors de pierre, ce qui effeaya Jé$us*Chrbt ne nous étonne phis, ee qui èx^iia toutes ses passions ne nous tœcbe plus. Ah! SeigneuB^ diseît David, et devonsrW>us dire avee lui , guérissez mon âae : Sahip ammusm meam {Ps. 40). Mais pour guérir pleinament mon àme.^ guériMada de ses contritions foibles et impar&itess qui rendent ses blessures e»* core plus incuraUes , au lifu de les férmeir, Sèna eoniriti^tes gsis {Ps, 59); guénssez4a, parcequ'au moins eUe est ébtajrié^ fi«wir qifiacammoia. est ClbidO* Ataisoe n'e^t point, asse^qn'ettt^^bra»-
SI» LA PAflSiOIf DB IÊ8U8-GB1UST. Mf
lëe, il faut qu'elle soit <x>nTertie par H forée invincible de Texemple et de la pénitence de son Dieu. GonforraoQs-nous à ce modèle; cpielque pëcbeurs ique nous soyons f nous tronveroDs graee auprâ de Dieu* Ayons toujours ce modèle devant les yeux i la pénitence , doni nous avons si souvent abusé, nous devioidra salutaire. Ce ne sera plus pour nous» commaelle l'a été tant de fois, une pure cérémonie ; oe sera un vrai retour» un vrai cbangementi une vraie conversion. On vous a dit, et il est vrai , que la douleur du pécbé, pour être reoeva*» ble dans Je sacrement , devoit avoir des qualités aussi rares que nécessaires; qu'elle devoit être sutnaiurelie, absolue, sincère, efficace» universelle; que Dieu en devoit être le principe» l'objet et k fin; qu'elle devoit surpasser toute autre douleur , et que , le péché étant le souverain mal , elle devoit nous le fsire abhorrer au-dessus de tout autre mal; qu'il n'y avoit poiiit de péché , même possible , qu'elle ne dût evclure, point de tentation qu'elle ne dût avoir la vertu desurmon* ter, point d^oocasion <]pi'elle ne dût nous bàre éviter; et que, man* quant d'une seule dé ces qualités, ce n'étoit plus qu'une contrition vaine et apparente. Mais je vous dis aujourd'hui que toutes ces qua* lités ensemble sont comprises dans la contrition de Jésus^^Christ ; j# vous dis que , poikr vous assurer d'une coetNtion solide, d'une con* triUon parfeite, vous n'avez qu'à vous former sur Jésu&^hrist, en vous appliquant ce que Dieu disoit à Moïse : Insjfict, et foc seçundum exem* fùar {Exod., 25). Si «e n'est pas là notre règle, pleurons pour cela fBêmBf mes ehers auditeurs, et plaurons d'autant plus amèrement» que MMs ne pOttvoàs n<ms en prendre qu'à nous^ Insensibles à nos péchés» pleurons au oNMaa Mtre iiisensifaiiitë ) p)eurona de ce qim nous ne pto^ roas pas, et aiffigeonsiious de ce qiHe ^oue^nenous affligeons pas. Par* là nous potrronaarriver à la véritable contrition, et par*là nous co|i^ meoeeroMs à devenir les imîiateuFs de la pénitence du Sauveur.
Cependant, oaire cette passîoil întéridure, si je puis ppirler de la aorte, que lui oauaa d'abord le péché, en toici une autre dont k^ aena sont plus frappés, et dent le péché ne fut pas moins le si^at malheuretx et k prÎMÎpe. Car du jardin où Jésus^hrist pria, sans m'arréter préaeateuMntà tout le reste, je vais auGalvaireiOiiil expira : et là» contemplant en esprit ce Diea erue^é, l'auteur et le consommateur de notre foii^ qui, sd<m l'expression dli gr^wd Apôtre^ au lieu d'une vie traaqnitte et heureuse dont il pAro^ jouir , meurt de Ja mort la pins cmelle et k phis ignemkiiei^ r surpris d'un événement si nouveau , j'ose en* demander à Dieu la raison,. j'en appelle à sa sagesse, àea justiw , à sa^bonté ; et, tûlùt ehréUen que je mk » il s!en iiutpeu qa'à ^exemple du. Jmf infidàle y je ne me faâse de ee myat^ de ma rédenq^n iin.soandale. £t qu'est-ce , en effol^ tl^ ¥oir le phis innooent des bommes* traité comnie le plus criminel, et livr^ à d'impiiQyaUearbMrreaflKX? Mais Dieu , jaloux de la gloire de ses^ttiâmo , et intilreaBé|dét{tiwaun ms^i^e aussai spéuieux en ^wamme^ miàs
dans le fond aussi pernicieux que celui-là, sait bien réprimer ce premier mouvement de mon zèle : et comment? En me iaîsant connoitre que cette mort est la peine de mes péchés ; en m'obligeant à confesser que tout ce qui se passe au Calvaire, quelque horreur que j'en puisse concevoir , est justement ordonné , sagement ménagé , saintement et divinement exécuté : pourquoi? parcequ'il ne falloit rien de moins pour punir le péché , et qu'il est vrai , comme Ta remarqué saint Jérôme , que si y dans les trésors de la colèhe de Dieu , il n'y avoit point eu pour le péché d'autres châtiments que ceux qu'approuve notre raison, notre raison étant bornée, et le péché, de sa nature, étant quelque chose d'infini , Dieu n'auroit jamais été pleinement satisfait.
Notre erreur (Chrétiens, appliquez-vous, s'il vous platt, à ces deux pensées bien dignes de vos réflexions), notre erreur est de considé* Ter aujourd'hui le Sauveur du monde par ce qu'il est ^ soi , et non par ce qu'il youloit être pour nous : ce qui nous trompe , c'est de 1^ garder sa passion par rapport aux Juifs, qui n'en ont été que les instruments, et jamais par rapport à Dieu, qui en a été l'agent principal et le souverain arbitre. Je m'explique. Jésus-Christ en soi est le Saint des saints , le bien-aimé du Père, l'objet des complaisances de Dieu , le chef des élus, la source de toutes les bénédictions, la sainteté substantielle et incarnée. Voilà pourquoi notre raison se révolte en le voyant souffrir : mais nous ne prenons pas garde qu'au Calvaire il cessa, pour ainsi dire , d'être tout cela ; etqu'aii lieu de ces qualités', qui furent pour un temps obscurcies et comme éclipsées, il se trouva téduit à être, selon le texte de l'Écriture, malédiction pour leshonnnes. Foetus pronobiB maledictum {Galat., 5); à être la victime du péché; 'Propitiatio pro peccatis (Joan, 2); et puisque saint Paul l'a dit, je le dirai après lui , et dans le nièine sens que lui , à être le suppôt du péehé, et le péché même : Eum- qui non noverat peeeatum, pro nobis peccatum fedt (S; Cor., 5). Or, en cet état, remarque saint Cbryso^ s€ome, il n'y avoit point de supplice qui ne fût dû à Jésus-Christ : humitiations» outrages, fouets, clous, épines , croix ; tout cela, dans le sVfle de l'Apôtre , étoit la solde' et le paiement du péché : et puisque le Fils de Dieu représentoit alors le péché, et qu'il s'étoit engagé à être traité de son Père comme raucpit été le péché même , il étoit de r<^rdre qu'il essuyât tout ce qu'iRi eu à endnner. Le prenant de la sorte, a-t-il trop souffert? Non : sa charité, dit saint Bernard^ a été pleine et abondante , mais elle n'a point été prodigue; il s'appelle l'Homme de douleurs, mais, répond Tertollien , c'est le nom qui lui <^nvient, puisqu'il est l'honsme de péché ; nous le voyons déchiré et meurtri de' coups , mais entre ie nombre des coups qu'il reçoit et la multitude des crimes qu'il expie , il n'y a que trop de proportion : on l'abandonne à des scélérats barbares et cruels, qui ajoutent à l'arrêt de sa nvOft tout ce que la rage leur suggère ; mais qiuti qu%ajoslent
à l'ârrét de Pilate» ik n'ajoutent ricB à oriui de Dieu : on le maltndte et on Tinsulte, mais ainsi le péché, s'il se produîsoît en substance » mériteroit-il d'être insulté et maltraité; il expire sur la croix, anssi est-ce le lieu où le péché doit être placé. Rectifiez donc. Chrétiens» vos sentiments; et tandis que ce divin agneau est immolé, au lieu de vous préoccuper du mérite de sa sainteté et de ses vertus , souveoes-vous que c'est pour vos désordres secrets et publics qu'on le sacrifie , que c'est pour vos excès, pour vos intempérances, pour vos attachements honteux et vos plaisirs infâmes. Si vous vous le figurez tel qu'il est, chargé de tontes nos dettes, cette flagellation à laquelle on le condamne n'aura plus rien qui vous choque ; ces épines qui le déchireot ne blesseront plus la délicatesse de votre piété ; oesclous, dont on lui perce les pieds et les mains, n'exciteront plus votre indignation. Mon péché» direz-vous, en vous accusant vous-mêmes, méritoit toutes ces peines; et puisque Jésus-Christ est revêtu de mqn péché , il les devoit toutes porter. Anssi est-ce dans cette vue que le Père éternel , par une con? duite aussi adorable qu'elle est rigoureuse, oubliant qu'il est son Fils» et l'envisageant comme son ennemi (pardonnez-moi toutes ces expressions), se déclare son persécuteur, ou plutôt le chef de ses persécuteurs. Les Juifs se font de leur haine un zèle de religion, pour exercer sur son sacré corps tout ce que peut la cruauté ; mais la cruauté des Juifs ne suffisoit pas pour punir un homme tel que celuici, un homme couvert des crimes de tout le genre humain ; il falloit, dit saint Ambroise , que Dieu s'en mêlât , et c*esjt ce que la foi nous découvre sensiblement.
Oui, Chrétiens, c'est Dieu même et non point le conseil des JuiGi qui livre Jésus^Christ : ce Ju$te, mes Frères , leur disoit Pierre, ne vous a été remis entre les mains coomie coupable», que par un ordre exprès de Dieu et par un décret de sa sagesse : DefinUo eomilio et prosscientia Dd traditum ( Acu, 2) ; déclaration qu'il faisoit dans leur, synagogue » sans craindre qu'ils s'en prévalussent » ni qu'ils en tirassent avantage pour étouffer le remords du déicide qu'ils avoient commis. II est vrai que les pharisiens et les docteurs de la loi ont poursuivi Jésus*Christ pour le faire mourir ; mais ils ne Tout poursuivi , Seigneur , reprenoit David par un esprit de prophétie , que parceque vous l'avez frappé le premier : Domine, quem tu percussuti, persecuti suai ( P<. 68). Jusque là ils l'ont respecté, jusque là, quelque animés qu'ils fussent, ils n'ont osé attenter sur sa personne ; mais du moment que vous vous êtes tourné contre lui , et que, déchargeant sur lui votre courroux, vous leur avez donné main-levée, ils se sont jetés sur cette proie innocente» et réservée à leur fureur. Mais par qui réservée» sinon par vous, 6 mon Dieu » qui, dans leur vengeance sacri- 1^, trouviez l'accomplissement de la vôtre toute sainte? Car c'ëtoit vous-même» Seigneur» qui justement changé dans un Dieu cruel, faisiez sentir» non plus à votre serviteur Job » m«i9 à votre Fils unique ,
tn SUR U PASStQM DB JÉSUS^HRIST.
h peunteur de votre bras. Depaie ioofu^eoips ^us attendiesi cette yidiiDe ; il Moit réparer votre gloire et satisfoire votre juatioe : vous y pensiez ; mais ne voyant dans le monde que de vils sujets, que des lé^ criminelles^ que des hommes foibles dont les actions et les sonf* firances ne pouvoient étt*e d'aueon mérite devant vous« vous vous trouvies réduit à une espèce d'impussance de vous venger. Aujooitf bui vous avez de quoi le foire plein^nent ; car vinei une victime digne de vous, une victime capable d'ei^pieri les péc hës de mitte mondes, une victime telle que vous la voulez, et que vous la méritez. CSe Sauveur attaché à la cirwt est le sujet que votre Justice rigoureuse s'est elle-même préparé. Frappez maintenant. Seigneur, frappez: il est disposé à recevoir vos coups ; et sans consMérer que c'est votre Christ, né jetez plus les ycMX sur lui que pour vous souvenir qu'il est le nôtre, c*e8t-à-dire qu'il est notre hostie^ et qu'en Kmraolant vous satisferez eetie divine haine dont vous) hiâssez le péché.
Dieu ne se cont^te pas de le frapper , il semble voidoir le réprath ver , en te délaissant ec l'abandonnant au milieu de s<m supplice ; Ihus meu9f Dms meus^ ni quid àereliqtmA me { Matth., 27 ) ? Ce dé» bûssement et cet abandon ée Dieu est en quelque sorte la peine An dam, qu'il falloit que Jésus-Christ éprouvât pour nous tous, comme dit saint Paul. La réprobation des hommes auroît été encore trop pea de chose pour punir le péché dans toute l'étendue de sa maliee : ilfatloit, s*il m'est pemûs d'user de ce terme, mais vous en pénétrez le sens, et je ne crains pas que vous me soupçonniez de Tentendre seloa la paiséede Calvin ; il falbit que la réprobation sensible de THomme- Dieu remplit la mesure de la malédiction et de la punition qui est due au péché. Vous avez dit , prophète , que vous n'aviez jamais vu n Juste déiaiMé, Nonvk&jmmm dere&etum (Ps. 36) ; nsais en voici us exemple mrâiorable que vous ne pouvee désavouer, Jésus-Gbrisc abandonné de son Père céleste , et pour cda n'osant prescpie plus te réclamer sous le nom de Père , et ne l'appebmt que son Dieu : Deut meus , nt qmd dereHqtdui me f Toutefois ne vous en scandalisez pas» puisque -après tout il n'y a rien (kns ce procédé de Dieu qui ne soit selon les règles de l'équité. Non, conclut saint Augustin, il n'y eul jamais de mort, ni plus juste , ni plus injuste tout ensemble , que cdiie du Rédempteuv : plus injuste par rapport aux hommes, qui en furent les exécuteurs ; plus juste par rapport à Dieu , qui en a porté la seiH tencCk Imaginez-vous, mes ehers auditeurs (c'est la réflexion de l'abbë Rupert, dont vous serez peut-étîre surpris, mais qui, dans la doctrine des théologiens , est d'une vérité certaine); imaginez-vous que c'est aujourd'hui singulièrement et souverainement le jour prédit parles oracles de toutes les Écritures , je veux dire lejour de la vengeance du Seigneur, Dies uliionk Domini ( Isai., 54). Car ce n'est point dam le jugmneat damer que notre Dieu-t olKensé et irrité, se sauMene»
SDR UL PASSION SB lAsOS-CHRUT. flTt
Dieu ; ce n'ek point di(D8 Fenfiec qo'îl se déoliir* piM aMtli«iiti<iiM« ment le Dieu des vengeances ; c'est au Gahaîre : DcHf «Momm Aomi» nus ( PsaL 93). G*est là que sa jastîpe vindicative agit libremeni et sans contrainte, n'étant point resserrée » comme eJle Test aillears, par ia petitesse du sujet à qui elle ae fait sentir : Dem uUkmm Hkerè egit ( Ibid.)* Tout ce que les damnés souffriront n'est qu'une deopyh vengeance pour lui ; ces grincements de dents , ces gémîssemenia et ces pleura» ces feux qui ne doivent jamais s'éteindre, tout cela n'est rien ou presque rien» en comparaison du sacrifice de Jésus-Chrisl mourant:
Voilà, mescfaers auditeurs, ce que le péché coûte ^ un Dieu; mais que nous a-t-il coûté jusqu'à présent à nous-mêmes? et dans U mons* trueuse opposition qui ^ trouve là-dessus entre loi et nous, entre hn tout saint qu'U est , et nous tout coupables que nous sommes, nVt-il pas bien droit de nous dire : Me pleurez pas sur moi, mais sur voua : Noâu flore super me, sed super vos ftete. Car n'est-ce pas le plus éé^ plorable renversement, de voir des coupables épargnés, tandis que k Juste fait péniience, et une si sévère pénitence ; des pécheurs ménagés et flattés , tandis que Tinnocent ^t sacrifié ; le péché même dans l'honneur et dans les délices, tandis» si je puis ainsi parler, quek ressemblance du péché est dans l'opprobre et dans les tourmenta Y Toutefois, hommes du siècle, hommes délicats et sensuela, c'est la triste par sdlèle qui se présente ici à vos yeux, et qui doit vous couvrir de confiisiôn. Il meurt, cet agneau sans tache, ce Dieu qui pour nous s'est (ait la victime du péché ; et il meurt, conMoaent? déchiré et eon sangknté , couronné d'épines et attaché à une croix. Et vous, dignes de tous les fléaux et de tous les châtiments du ciel» comment vivesvous? tranquilles, et recherchant toutes les commodités » jouissant de toutes les aises, goûtant toutes les douceurs de votre condition. Aht Seigneur » puisque le péché , ce monstre que l'enfer a formé contre vous, vous a causé la mort, et la mort de la croix, ce seroii assez à des cœurs reconnoissants pour concevoir contre lui toute hi haine dont ils sont capables 1 mais vous nous ordonnez dç ne pas verser nos. pleurs sur vous, et de ne les répandre que sur nous-mêmes ; et puisque le péché nous cause la mort à nous-mêmes , non point comme à vous une mon naturelle et temporelle , mais une mort spirituelle , ime mort éternelle, que ne devons-nous point employer pour le détruire? Cependant, au lieu de travailler à le détruire daus nous, nous l'y entre* tenons, nous l'y nourrissons, nous l'y laissons dominer avec empire* Y a-t-il maintenant quelque pénitence dans le christianisme; ou s'il y en a, quelle est la pénitence des chrétiens, et à quoi se réduit^ille? £s(^ ce une pénitence qui châtie le corps , une. pénitence qui mortifie les sens, une pénitence qui crucifie la chair ? Vous le savez, mes chers au» diteurs ; et ce qui doit encore plus sensiblement vous toucher, c'est de Yoic la passion de Jésus-Chriàt^ m^n plus seulement cwsée par kpéb
272 SUR LA PASSION BE JÉSUS-GIffilST.
ché, mais renoavelëe par le péché ^ comme je vais voiis le Montrer dans la seconde partie.