PREMIÈRE PARTIE
Non, Chrétiens, jamais la Providence n'a donné au monde un mo* dèle plus achevé de cette véritable sagesse, qui consiste à chercher et à trouver Dieu, que celui qu'elle nous propose dans la personne des mages. Examinons tous les caractères dé leur foi , dans son commencement, dans son progrès, et dans sa perfection : dans son commencement, c*est-à<>dire dans la promptitude avec laquelle ils se déterminent à suivre la vocation divine qui leur'est marquée par rétoile, et dans le courage qu'ils font paroître en abandonnant tout, pour obéir à l'ordre (de Dieu : dans son progrès, c'est-à-dire dans la constance qu'ils témoignent lorsque l'étoile vient à s'éclipser, s*infonnant avec soin du Ùeu où est né Tenfant qu'ils cherchent, le reconnoissant pour roi des Juifs jusqu'au milieu de Jérusalem , et même au milieu de la cour d'Hérode , et déclarant avec une sainte liberté qu'ils sont venus pour'lyi rendre leurs hommages : dan9 sa per£ec^ B. 3. 16
tioD» j^e veux dm danaradmirable discemement qu'ails font de Jésus- Christ^ ne se scandalisant point de l'état pauvre et humble où ils le trouvent (au contraire» canduant de là même qu'il est leur Sauveur; l'adorant en esprit et en vérité ; et par les mystérieux présents qu'ils lui offrent , lui donnant autant de preuves de leur pariait dévouement et de leur religion. Cherchez- vous Dieu de bonne foi , mes chers auditeur^, et voulez-vous savoir comment on le trouve? en voilà toute la science et tout le secret. Ne disons plus après cela que les voies de Dieu sont des voies obscures et inconnues : elles nous sont ici révâées trop cbârement et trop distinctement, pour avoir droit de tenir désormais un tel langage. Ne nous plaignons plus des difficultés qui s'y rencontrent » et des égarements qui y sont si ordinaires : après l'exemple de ces mages, qui n'y ont marché avaAt nous que pour nous y servir de guides , nos plaintes seroient également vaines et injustes. Supposez l'excellent ïnodèle que Dieu nous met devant les yeux, nos erreurs, en matière de salut, ne peuvent plus être excu^ sables; et si, malgré tant de lumières, nous sommes assez malheureux pour ne pas trouver Dieu et pour nous perdre , b'est à notre infidélité, c'est à notre lâcheté , c'est à notre inconstance , c'est à nos respects humains, c'est à notre orgueil, c'est à notre avarice et à un .attacliement opiniâtre aux biens de ce monde, c'est à nous-mêmes enfin, que nous devons imputer notre malheur. AttenticHiy Chrétiens : ceci me fournit pour vous des leçons bien importantes.
Promptitude à suivre la vocation du ciel : ce fut le premier effet de la foi des mages , et le premier trait de cette haute sagesse qui , par un changement divin , d'infidèles qn*ils étoient , les mit en état de trouver le Dieu Sauveur. Dès qu'ils virent son étoile , ils partirent pour aller à lui : Vidimns stellam ejus , et vemmiu (Matth., 2). Ils ne balancèrent point , ils ne délibérèrent point , ils ne s'arrêtèrent point , ni à former de vains projets , ni à prelidre de longues mesures. Attentifs à l'étoile qui les éclairoit , et uniquement appliqués à chercher eelni qu'elle leur annonçoit , ils hâtèrent leur marche : pourquoi ? parcequ'ils éfoient déjà remplis de cet esprit et de cette sagesse surnaturelle qui conduit les élus de Dieu. Or, comme remarque saiiit Chrysostome , chercher Dieu de la manière efficace et solide dont le cherche une âme fidèle , ce n'est plus raisonner , ni délibérer, c'est exécuter et agir : d'où il s'ensuit , dit ce saint docteur, que quand on délibère, quand' on consulte et qu'on raisonne, quelque intention qu'on ait de trouver- Dieu, le cherchant toujours, ou, pour mieux dire , se flattant t<A]jourstle le chercher , on ne le trouve jamais. Voilà sur quoi fut fondée la promptitude des mages. Ils virent Tétoile ; et , animés d'une foi vive, pressés d'un de»r ardent d'arriver au tei^me où rétoile les appeioit , ils n'écoutèrent rien de tout ce qui pouvoit les )iietenir : Vidimus et venimus; Nous avons vu et nous sommes venus. -Paroles, ajoute 4saint Chrysostome , qui expriment admiraUement la
forée et l'opération de la fjfrace , puisqu'il est Vrai que àâm f affaire du salot tout dépend de certaines vues jl qoci la grâce est «ttacbée , on plotdt en quoi consiste la grâce même. Ambulaie âum tuum habetù (JoAN., i2} : Marchez 9 disoit le Fils de Dîea pendant qn» vous avea la lamière. Or c'est ce qne font à la lettre ces sages préddstioés de la gentHité. Ik marchent , parceqn'une hnmère secrète pénètre iivlérieurement et touche lears coéars , tandis [qu'un noQTel astre brille extërieurement à leurs yeux. Ils marchent , parceque cette double lumière leur fait coonpttre la naissance d'un Diea et d'un Sauveur : d'un Dieu qui, ne se contentant plu» d'être connu dans la ludée, veut recevoir les hommages de tontes lés tiations; d'un Sauveur qui les a choisis , et qui veut commencer par eux à montrer quil n'est pas seulement venu pour Israël, mais pour tous les peuples de la terre. Ils marchent, et Textréme difigence dont ib usent est autant une preuve de leur sagesse que de Taotivilé de leur ^)e; ils s'empressent de chercher leur saint, en cherchant celui qui en ebt l'auteur, et qni en doit être bientôt le consonïtbat^ur : VkUmui «t venimus.
Ainsi agissent les mages ; mais nous comparant avec eut \ mes chefs auditeurs, quel est ici le premier et le grand désordre qtie nous avons à nous reprocher? Ne sont-ce pas les retardements éterfiels» les retardements affectés , les retardements téméraires et insensés , que nous apportons tous les jours à Fexécuiion des ordres de Dieu , et à ce que la grâce nous inspire? Peut-être y a-t-il des années entières que Dieu nous appelle, et que nous lui résistons. Élevés dans le christianisme, nous avons pour marcher plus de lumières que les mages : notre foi est plus établie, plus formée, plus développée; nous connoissons beaucoup plus distinctement qu'eux les volontés et les desseins de Dieu sur nous. Pour une étoile qu'ils voyoient, mille raisons nous convainquent, mille exemples nous confondent, toutes les Écritures nous parlent: tant de docteurs nous instruisent, tant de prédicateurs nous pressent, nous sollicitent, nous exhortent, mais eu vain, parceque nous différons toujours. Ne dtrons-nons jamais comme les mages , Vidimus et venimus : Nous avons vu , et nous sommes venus? Oui , j'ai vu , ou je vois aujourd'hui ce que Dieu demande de moi; et c'est pour cela que dès aujourd'hui je m'engage et je commence à l'accomplir : car que saîs-je si je le pourrai demain? que sais-je si je serai demain aussi louché de la vue que Dieu m'en donne? que 5ais-je si ce rayon de grâce fera dans mon a me la même impression? que saîs-je si la lumière de ma foi, après tant de délais qni Taffoiblisseni peu à peu , ne viendra point tout-à-fait à s'éteindre? que saisje si, mettant par-'à le comble à mes iniquités, je ne tomberai point dans cet aveuglement fatal dont Dieu punit les cœurs rebelles, et si r habitude que je, me fois de temporiser, et de ne jamais rien conclure, ne sera point enfin la source de ma réprobation? Ah! stiivcms
cette iQiBîère fevoraUe qui lait ^oore pour noas. Marchons, de peur que les ténèbres ne nous surprennent ; et ne remettons point à an autre temps ce qui doit avoir la préférence dans tous les temps, ou plutôt ce qui doit être l*affeire de tous les temps. Dieu m'éclaire maintenant, et je ne puis savoir s'il m*éclairera demain , ni s'il y aura -même un lendemain pour moi. Mais quand je le saurois, devrois-je et voudrois-je me prévaloir contre lui de sa patience, et jabuser de sa miséricorde pour Toffenser toujours avec plus d'obstination? Promptkade à suivre la voix de Dieu dès que Dieu nous la fait entendre, c'est la première leçon que noos fait l'exemple des mages; et coarage à surmonter pour cela toutes les difficultés qui se pr^ntent, c'est la seconde.
Car pour suivre l'étoile et pour répondre à la vocation du ciel, ks mageSt aussi bien qu'Abraham, furent obligés d'abandonner leur pays, leurs maisons, leurs familles, et, selon la commune tradition, leiurs royaumes et leurs états. Ils durent faire dès-lors ce que fiaiot Pierre et les apôtr^ firent dans la suite des années; c'est-à-dire ils durent quitter tout pour Jésus-Christ, et ils eurent droit les premiers de dire comme saint Pierre, et même, dans un sens, avec plus de mérite que saint Pierre : Ecce nos reliqumus omnia, et seeuA sumuste (Matth., 19). Or leur courage à prendre une telle résolution, leur.détachement héroïque en s'éloignant de ce qu'ils avoient de plus cher, en essayant les fotigues d'un. long voyage, et en sacrifiant de la sorte leur repos, c'est ce que je puis considérer comme une seconde démarche de leur foi naissante, et comme une nouvelle preuve de cette éminente sagesse qui leur fit trouver Jésus-Christ. Car il est aisé, dit saint Chrysosiome, de suivre le mouvement de la grâce quand il 0'en coûte rien à la nature, et d'obéir à l'inspiration de Dieu quand il ne s'y rencontre nul obstacle de la part du monde. Le mérite de la foi et de la sagesse chrétienne est de renoncer même, quand il le faut, à ce qu'on aime plus tendrement, de quitter ses habitudes, de rompre ses liens , de se priver des commodités et des douceurs de la vie, et de se faire certaines violences, sans lesquelles on ne parvient point au royaume de Dieu. C'est alors , poursuit saint Chryso« stome , que la prudence de la chair est encore bien plus subtile et plus artificieuse pour nous détourner de la voie où Dieu veut nous conduire. C'est alors que, prenant le parti de notre amour-propre, elle tâche à nous persuader qu'il y a de l'indiscrétion dans un renoncement si général et si absolu. C'est alors que , tirant avantage de notre foiblesse,eUe nous représente ce parfait détachement comme une entreprise au-dessus de nos forces, et que nous sommes incapables de soutenir. En un mot, c'est alors qu'étouffant les saints desirs que Dieu , par les vives lumières de sa grâce, avoit excités dans nos cœurs, die nous rend lâches, froids, languissants dans une af* foire quî dçn^ande toute notre ardeur et tout notre zèle. S'il s* agis-
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soit d'un intérêt du monde , cette prétendue impossibilité que la {nru* * dence humaine nous oppose ne nous feroit pas balancer un moment. • Pour une fortune temporelle, et pour satis^re notre ambition» nous serions prêts à tout, nous oserions tout, nous nous exposerions in tout; maïs paroequ'il- s'agit de l'œuvre de Dieu et de notre oonversion , tout nous effraie , et tout nous devient impraticable. Or c'est ^ cette lâcheté que la foi doit combattre en nous, si nous voulons^ imiter l'exemple des mages; et par-là même, encore une fois, nous, devons juger si la voie où nous marchons est la voie de Dieu. Gar^ l'illusion la plus grossière est de nous flatter d'avoir trouvé oetle > voie de Dieu, -tandis qu'il ne nous en coûte nul efiFort. Il y a, pour y entrer et pour y demeiirer, des sacrifices à faire; et nuUe.voie n'^t> sûre pour nous, qu'autant que nous les faisons à Dieu, ces sacrifices.» : ou que nous y sommes efficacement et sincèrement disposés. Rêve- ' nons à notre modèle , et voyons le progrès de la foi des mages.
Us arrivent à Jérnsalem ; et l'étoile qui jusque là leur avoit servi de guide, par une conduite de Dieu toutç particulière, vient toufrrà*! coup à disparoître. Que ne pouvoient-ils pas penser? quene devoientr * ils pas craindre? leur foi n'en dut-elle pas être ébranlée, troublée ,1) déconcertée? Mais non, Chrétiens, la tentation la plus dangereuse, • l'épreuve la plus subite et la moins attendoe , le prétexte le plu& spé* : cieux qu'elle leur fournit pour penser à leur -retour, rien ne les fiaut: changer 'de résolution. A quelque prix que ce soit, ils veulent trouver le Dieu qu'ils cherchent; Ùs ont-vu son étoile, et Bsont senti ToBC^t don de sa grâce; c'est assez. Si cette étoile ne parolt plus, c'est qn ' secret de la Providence qu'ils adorent, mais dont ils n'ont garde de^ se foire un sujet de scandale; c'est une'occasion queDieu leur donner de lui marquer leur fidélité , et ils comprennent qu'il fout en de pa«.* reilles conjonctures se soutenir par la constance. Sans donc se trou-' blerfsans se rebuter, ils espéreront , aussi bien qu'Abraham, contre: l'espérance même ; ils continueront leur marche ^ sù^ du Dieu qu i les a appelés , et comptant qu'au défont de l'étoile il leur tracera lui* même le chemin.
Or c'est en cela que paroit le don de sagesse , d'intelligence , de conseil, dont ils sont remplis; et voilà, meschers auditeurs, comment notre Dieu tous les jours en use avec nous. Après nous avoir attirés à son service, et nous y avoir engagés, il retire pour un temps eer- * taines grâces sensibles dont il nous avoit d'abord prévenus. Nous ne sentons plus ces touches secrètes qui nous rendoîent son joug aimable, et qui nous foisoient courir comme David, avec une sainte allégresse , dans la voie de ses commandements. Ainsi délaissés au milieu de notre course, et, pour ainsi dire, abandonnés à nous* mêmes, nous tombons dans des états d'obscurité, de ténèbres, de sécheresse, de dégoût; et alors non seulement Dieu nous éprouve, mais il veut que nou^mé^es nous nous éprouvions. Car si ces grâces
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seasi^lés afusitoieBt tcNijoors présentes, si nous «a perdions jaoaaîs de vae cette étoile lumineuse qui fut le premier attrait de Aotre oonversîen» que» que nous fissions pour Dieu, nous se pourrions ni répondre de nous à Dieu, ni, dans le sens que je l'entends, nous assurer de nous-mêmes: c'^strà-dire notre ferveur dans cet état nous derroit'étrsiuispeGte; b sensibilité et TabondaBce des con^okitioas divines nous donneroit ou devnoit nous donner une défiance raison« nabie de éoure vertu ; au moins est«-il vrai que notre foi n'auroit pas cette imneté qu'elle ddt avoir, pour être une foi parfaite et digne de Dieu. U laut <lonc qu'elle soit éprouvée : et par où? par ces délaissements et ces privations si ordinaires smx an^s les plus justes; et^ nous.' ne sommes pas encore asseï forts pour dire à Dieu ce que lui disoit lePpophèCe royal : Proba me. Homme {Psalm. 23) : Éprouvez^nfdi, Seigneur; il fout qu'à lexemple des mages, nous soyons assez ssûntemeat disposés pour persévérer dans les épreuve» où il lai (datt de nous mettre; il faut que le souvenir des lumières dont nous* avons été touchés nous deiane lieu de ces lumières mêmes ^ quand Dieu vient. à nous les ïMer^ et qu'il nous suffise de pouvoir dire <: Vidimui stellam qus (Matth., 2) : Je ne vois plus ce qui m'excitmt autrefois, et ce qui m'attâcboit à Dieu ;. mais je Tai vu, mais j'en, ai oonoii la ^vérité et la nécessité , maïs j'en ai été persuadé. Or tout ee4que j'ai vu subsiste i^core; et puisqu'il subsisté «score, qu'il subsistera toujours , et qu-il aura toujours Ja vpéim force, pourquoi ne Ierà<t41 pas toiqour^ sur moi la.méBie jmpres^iou , et ne me servira-^! pas tiMijoucB de motif pour m'aoimer, et de r^le pour me conduire? Raisonner de la sorte , et indépendamment des goûts et des ooBsoiatimts intérieures, lienir toujours la mime route , et agir delà marne foçûn, c'est là. Chrétiens , que je recopnois la sagesse de l'Évangile, et ce que bous ue pouvons assez admirer dans les mages. ^
Cepmdavtqaefont^ib pour suppléer àl'étoile qu'ils ne voient plus? lis se servent des ikioyens nalunels q/œ leur fournit ia Providence; ils savent que le Dieu qu'ils cherchent se plait en effet à être cherché, ef que c'est ^ tieax qui te cherehenC îQ[u'U.ie découvre plus volontiers. C'est pour cela qu'ils s'isformenj; exactem^it du lieuxle saaaissafice, c'est pour eda ^'ils oui recours «aux prêtres et aux docteurs de la loi , eomne à oeux qu'ils, supposeiit plus inteWgfents et plus capables par leur caraeière de les insinuire ; c'est pour cela qu'ils parlent, qu'ils eonsuitent, qu'ils ne se dûapieiit aucun repos. Autre preuve de leilp sagesse , dont il faut que bous profitions ; car ea quelque état d'aveugtement et d'obsourité que je tonïbe, en quelque ignorance des voies de Dieu que je puisse être , en quelqu e désordre même que soit ma foi , si je cherche Dieu dans la simplicité du cœur, il est sûr que je le trouverai ; c'est lui-même qui me i'a dit , et sa parole y est ex* presse : In fmpikitaie eordii quœrite t/tem, qwomam uwemiur $Jb iis
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qui non ienUmt iUum { Sap., i ) ; c'est^-dire si je le cherche sinoèrement et avec une intuition pure et droite , si le cherche avec humilitë, si je le cherche avec confiance, si je le cherehe avec persévérance , il estsûr que je ne serai point confondu , Qui suiHnent te, non eonfundm* tuT {Ps. 24 ), et qu'il ne me manquera pas, iVbn dereliquiai quœrentes te (Ps. 9). Il estsûr que mon ame, en le cherchant, vivra de la vie des Justes : Quœfiie Deum^ et vwet anima veora (Ps. 68). Il est sûr qu'à mesure que je le chercherai, je m'affermirai dans la pratique du bien et dans l'horreur du vice: Qiuerke Dommum , et eonfimumàni {P$. 104). Oracles de FÉcriture dont Une m'est pas permis de douter. Or esMlrien de plus propre à m'enconrager d^s le soin de chercher Dieu et d'étudier les voies de mon salut? Vous me dire» que vous n'avez point assez pour cela de pénétration, et que vos lumières sont trop foibles. 9e le veux , mon cher auditeur ; mais vous avez , aussi bien que les mages , un moyen facile pour éclaircir tous vos doutes, et pour vous tirer de l'incertitude où vous pouvez être. Il y a dans l'Église de Dieu des docteurs et des prêtres, comme il y en avoit alors ; il y a des hommes établis pour vous conduire ,'et qu'il ne tient qu'à vous d'écouter. Interrogez-les comme tos pères , et ils vous diront ce que vous avez à faire : Interroga piUrem tunni, et annHntlabtt tiln; majores tuas, et dicent tiln(Deut., 3S). Allez à fUK comme aux ministres du Seigneur; leurs lèvres , dépositaires de la science , vous enseigneront la science des sciences, qui est celle de trouver Dieu. Pouvez- vous l'ignorer avec cela , et avec cela pouvez-vous même vous y tromper, sans vous rendre absolument inexcusables?
Les mages nous apprennent quelque chose encore de {dus : et quoi? à chercher Dieu avec un généreux mépris de tous les respects humains, et avec une liberté digne de* la sainteté du christianisme que nous professons. En fut-il jamais un tel exemple? Au milieu de Jérusalem et en la présence d'Hérode,ils demandent où est né le nouveau roi des Juifs. Sans nul ménagement de pcrfitique , ils déclarent qu'ils sont venus* pour l'adorer. Uniquement occufM^de cette pensée, ils comptent pour rien tontes les considérations du monde qui pourroient refroidir leur zèle. Qu'Hérode s'en offense et qti'il se trouble ; que la Synagogue s'en scandalise et qu'elle en murmure ; qu'on pense et qu'on dise d'eux tout ce que l'on voudra : ni la censure des Juïfis, ni la malignité d'Hérode, ni la crainte de lui déplaire , ni le danger qui les menace , rien ne les empêcher» de rendre à ce Sauveur et à ce Dieu naissant le culte qui lui est dû. Est-ce ainsi , mon cher auditeur, que vous l'honorez? est-ce ainsi que vous pratiquez les devoirs de voire religion? est-ce ainsi que vous êtes, quand il le faut être, libre et sincère adorateur de Jésus-Chrisl? Combien, de fois un respect humain a-t-il retenu votre foi dans l'esclavage? combien de fois, jusque dans les sacrësmystères, lorsqu'ils'agissoît d'adorer le même Dieu qu'adorèrent les mages , avez-vous été un lâche prévaricateur? combien de fois, à
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la face des autels, la crainte dépasser pour un hotnine régulier et pieux vous a-t-elle foit oublier que vous étiez chrétien , et y par une foibiesse scandaleuse, vous a-t-elle fait parottre impie? combien de fois uae honte criminelle vous a*t-elle fermé la bouche dans des occasions où il falloit s'expliquer hautement et parler? où étoit alors cette liberté chrétienne dont vous deviez vous faire , et devant les hommes et devant Dieu, non seulement une obligation , mais une gloire? où éioit cet esprit de religion qui devoit vous élever au-dessus du monde? Sont-ce là ces saintes victoires que la foi doit remporter? Et hœc est Victoria quœ vinoit mundum, fides nostra ( Joan., 5)? Ce point de morale OQCuperoit un discours entier ; je le laisse ; et pour vous faire voir la sagesse des mages dans tout son jour , je passe à ce que j'ap-^ pelle la perfection de leur foi.
Perfection de leur foi. Entrons avec eux dans Fétable de Bethléem : car ils y arrivent enfin après tant de peines et tant de périls. Or quel spectacle pour des rois y qu'un enfant couché sur la paille et dans une crèche? mais sous des dehors si vils et si méprisables , le discernement qu'ils font de ce Sauveur n'est-il pas l'effet de la plus éminente sagesse? Us le reconnoissent dans la pauvreté et dans la misère, dans l'enfance et dans l'infirmité» dans rbumiliation et dans le plus profond abaissement. Bien loin que cet état où ils le trouvent altère leur foi, ils en sont touchés , ils en sont édifiés; et pénétrant le mystère, ils découvrent sous ces voiles obscurs le Messie promis au monde. S'ils n'eussent eu qu'une foi foible et chancelante, l'étable , la crèche , les langes de cet enfant les eussent rebutés , leur raison se seroit révoltée , leur sagessealors toute mondaine leur eût inspiré du mépris pour un Sauveur réduit lui-même en de telles extrémités ; ils auroient dit ce que dirent ensuite les Juifs : Nolumtu hune regnare super nos ( Luc, 19) : Nous ne voulons point d'un maître sans biens , sans forces, sans pouvoir, sans nom, dénué de tout: qu'il paroisse sur le trône, qu'on nous le fsisse voir revêtu de gloire et de^fnajesté, et nous nous sopmettrons. Voilà comment ils auroient parlé, et ce qu'ils auroient pensé. Mais parcequ'ils sont animés d'une foi vive, d'une fo parfaite, d'une foi divine, ils en jugent tout autrement. Ils concluent que Jésus-Christ est roi par lui-même; c'est-à-dire que pour se faire rechercher et obéir en cette qualité, il n*a nul besoin de toutes les marques extérieures et de tous les ornements de la pompe humaine. Si les autres rois en étoient dépouillés , auroient»ils autour d'eux ces troupes de clients, et ces cours nombreuses qui remplissent leurs palais? Ce n'est pas sur cet éclat et sur cette grandeur apparente qu'est fondée leur royauté; elle vient de Dieu, qui leur a fait part de sa puissance; mais, après tout, si leur royauté s'attire tant de respects, et si le monde lui rend tant d'honneurs, c'est parce qu'elle est accompagnée d'une splendeur et d'une magnificence qui frappe les yeux ; au lieu que , sans cela , ce roi nouvellement né se fait respecter et honorer
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par les rois mêmes. Ils coilcltteiit qu'il est roi des esprits et des cœurs, puisqu'il les a si miraculeusement édairës, inspirés, toucliës. Les plus grands rois de la terre n'ont pas ce pouvoir: ils régnent sur nous, dit • saint Jérôme ; mais Jésus-Christ règne dans nous, et il n'appartient qu'à lui de s'insinuer comme il veut dans les âmes, et de leur donner telle impression qu'il lui plaît. Us concluent qu'il est roi universel , roi du ciel où il vient de faire éclater un nouvel astre , et roi de la terre où il fait sentir sa souveraineté et sa présence aux nations même les plus reculées; roi des Jui6 et des Gentils, de tous les étals et de toutes les conditions, puisque de toutes les conditions et de tous les • états il a Clément appelé à lui et les grands et les petits. C'est , dis-je , ce qu'une sagesse toute céleste leur découvre ; et c'est avec ' la même sagesse et la même foi qu'une ame qui , par un retour sincère et par une pleine consécration, s'attache désormais à ce Sau- * veur qu'elle a retrouvé, lui dit comme ces bienheureux mages, « car je ne puis douter que ce ne fût là leur sentiment : Rex regum , • el dominus dominanlium {Apoc,^ i6): Vous êtes le roi des rois et le maître des maîtres; vous serez le mien en partisuliér. Troplong-temps le monde a exercé sur moi sa tyrannie ; trop long-temps ' il m'a tenu dans une dure servitude et soumis à ses lois, ou plutAt à ses bizarreries et à ses caprices; il faut enfin secouer un joug ù pesant et si honteux. Vous régnerez dans mon cœur et sur mon cœui^; vous y régnerez seul , et seul vous en réglerez tous les désirs, toutes » les vueS| tous les desseins. Ainsi le pensent les mages ; et ainsi , • mes chers auditeurs, devez-vous le dire vous-mêmes, et encore plus * le penser.
Perfection de leur foi : non contents d'honorer Jésus^hrist comme ' le souverain monarque du monde , ils l'adorent comme leur Dieu ; non contents de lui rendre un culte extérieur en se prosternant devant lui, Ei proàdentes (Màtth., 2), ils lui rendent un culte intérieur, et l'adorent en esprit et en y/érité j Adoraverunt eum (Ibid.). Caç ce fut un culte religieux; et pour être un culte religieux, il devoit par* tir du cœur. Combien de faux adorateurs dans le christianisme! c'estle vrai Dieu qu'ils adorent, mais sans l'adorer comme le vrai Dieu le doit être : pourquoi ? parcequ'ils ne l'adorent que par cou-^ tume, parcequ'ils ne Tadorent que {Mir cérémonie, parcequ'ils ne Ta* dorent que par je nesais quelles bienséances à quoi ils ne veulent pas manquer, tandis que leur cœur porte ailleurs toutes ses pensées et tous ses vœux; c'est-à-dire qu'ils sont chrétiens en apparence, mais sans i'éire en effet, comme les nuiges commencèrent à le devenir.
Perfection de leur foi : que présentent-ils à Jésus-Chrîst, et, suivant l'explication des Pères et des interprètes , que de mystères sont renferméis dans les trois offrandes qu'ils lui font ! Toute l'idée de Jésus-Christ même y est imprimée d'une manière sensible, sa divinité, • son humaoilé, sa souveraineté : sa divinité, par l'encens, qui n'est dû >
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qu'à Dieo; son faiimanité, par la myrrhe, qui servoki embaumer et à conserver les corps; enfin , sa souveraineté, par Tor , qui est le tribut ordinaire que nous payons aux princes et aux monarques : Et aper* m thesauris suis^ obtuierunt d munera, aurum, îhus' ei myrrham (Hatth., 2). Voilà les grandes vues que leur donna une sagesse supé* rieure à toute la sagesse du siècle ; et ce ftit dès-lors que le Sauveur des hommes put bien dire qu'il n'avoit point trouvé tant de foi, même dans Israël : Non inveni tantam fidem in Israël (Uatth., 8). En effet, demande saint Augustin, que devons-nous plus admirer, ou la foi des mages, ou Tavenglement et Imfidélité des Juifs? Les Juifs avoirat au milieu d'eux le Messie, et ils ne le connoissoient pas : les mages en étoient éloignés; et, malgré la (dus longue distance des lieux,il8 viennent le chercher dans la Judée , et ont le bonheur de Ty trouver. Les Juife le renoncèrent, quoique né dans leur pays; et les mages, quoique étrangers, l'adorèrent. Les Juift , dans la suite des années, le crucifièrent, lors même qu'il opéroît les plus grands miracles; et les mages, tout enfent qu'il ëtoit encore, se dévouèrent à lui tors même qu'il n^étmt pas en état de prononcer une parole. Cenx-d le virent sur la paille, réduit à la plus vile condition des hommes, et cependant ils s'humilièrent devant lui comme devant un Dieii : ceux-là, témoins des fiantes merveilles dont il étoit l'auteur, le virent agir en Dieu; et toutefois ils ne lui rendnrent pas même les devoirs de jmtîce et de charité, qu'on ne peut sans crime refuser à un homme. Marque évidente , reprend saint Augustin , mais eiïet terrible de leur endurcissement.
Ah ! mes Frères , n'est-ce point une image de ce qui nous an*ive à nous-mêmes, ou de ce qui doit bientôt nous arriver? Jusque dans le sein de rÉ<?lise et dans le centre du christianisme, avons-noasla même foi que les mages ? ou , si nous croyons comme eux , agissonsnous comme eux, et cherchons-nous Dieu comme eux? Ks furent, ces ssàntfi mages , selon la pensée et l'expression des Pères, les prémices de notre vocation à la foi : c'est par eux que Jésos-Christ voulut commencer à nous transmettre ce précieux trésor de la foi , dont il les fit dépositaires : c'est par eux qu'il commença à substituer les Gentils en la place des Juifs , ou plutôt qu'il voulut associer les Gentils et les Juifs dans la même créance. Mais au lieu d'imiter ces Gentils fidèles , nom imitons les Juifs incrédules. Nous sommes le peuple de Dieu, et à peine connoissons-nous Dieu , ou si nous le connoissons, nous n'y pensons pas ; ou si qu^elquefois nous y pensons , ce n'est que pour rendre notre malice plus obstinée , en nous éloignant de lui , et ne retournant presque jamais à lui. Il est vrai que nous avons reçu la foi que les Jnif^ ne voulurent pas recevoir : mais ce riche héritage, comment Favons-nous conservé , comment l'avons - nous cultivé » quels fruits en retirons-nous , et comment le faisons-4i^us profiter? Car qu'est-ce maintenant que la foi des chrétiens, cette fei si pure»
Sm L'EPIPHANIE. 3Si
si ferioe, si généreuse, si agissante dans les nages ; mais d^iis nous si languissaobe» mais dans nous si paresseuse et si lente, maïs dans nous si stérile , et dépouillée de toutes les œuvres qui la doivent accompagner, et qui la vivifient devant Dieu? Or ne craignons-nous point que Dieu ne prononce enfin contre nous le même arrêt qu*il prononça contre les Juifs par la bouche de son Apôtre? Vobis oportebat pri' màon hqm v^bton Dei; sed quoniam repelHtis tltadj et mdignos vos jwdicaiis œtemœ vUeSy eece corweràmuradgenUi : sic enim prcccefni nO" bis JDamsnas (Act.^ 13). Mes Frères, leur disoit saint Panl, c'étoit à vous qu'il feiloit d'abord annoncer la parole de Dieu , puisque Dies vous avoit spécialement choisis; mais vous la rejetez, cette divine parole , vous la méprisez, et vous ne voulez pas l'entendre. C'est une parole de vie; mais vous renoncez à cette vie éternelle oirelledevoif vous conduire. Le Seigneur donc nous ordonne de porter aux nations le saint Évangile que vons refusez d'embrasser : Ecce cotwerUmur ai génies ;àeenimpr4BeepUnohkDovimus. !N'avons-noBspas,dis je, sujet de craindre que Dieu neuous traite de la sorte; qu'après nous avoir distiûgués entre les nations, qu'après avoir feit luira sur nous sa lumière, eC nous avoir doniaé la foi par préférence à tant de peuples qu'il a laissés dans les ténèbres, il ne nousealève le talent qu'il nous a confié, et qu'il ne le transporte loin de nous dan| des terres étrangères? N'est-ce point déjaméme ce qui commence à s'accomplir? Nous entendonsparler des merveilies qu'opère la prédication de l'Evangile auntelà des mers; nous voyons partir d'auprès de nous des ministres de Jésus- Christ, pour aller culii ver une chrétieuté naissante au milieu de Tidolatrie; le nom du Seigneur est porté aux extrémités du monde. Qae votre miséricorde , 6 mon Dieu , en soit éternellement bénie ; et malhear à nous, si nous avions sur cela d'autres sentiments ! Mais, Chrétiens, selon la parole expresse du Sauveur des hommes, taudis que les peuples de l'Orient entrent dans le royaume de Dieu , les enfants méoMsdu royaumien'en seront^ils point bannis? La ruine des Juifs fit Fabondanoe etl'éiévaiion des Gentils; et la richesse de tant de nations, sur qui Dieu répand ses' trésors, né fera-t-elle point noire pauvreté et notre misère? Si la foi passe en de vastes contrées oii elle étoil inconnue , n'est*^ poîiit qu'elle nous quitte après que nous l'avons si iong-temps outragée , si long-temps déshonorée , si long-temps retenue capdvè dans l'injustice et dans Tiniquité? Prévenons, mes chers auditeurs , cet affreux chAtiment. Ranhnons notre foi , et suivons-la ; c'est notre guide , c'est noire étoile ; ne la perdons jami^is de vue. Allons à Dieu , et n'y allons pas les mains vides. L'encens que nous loi devons présenter , o'est , selon Texplioation de saint Grégoire , la ferveur de nos prières; la myrrhe que nous lui devons offrir , c'est, suivant la pensée du même Pèra, la mortification de nés corps et Tauslérité de la p^itence ; l'or qu'il attend de nous , ce sont nos bonnes œuvres. Avec cela, nous le trouverons aussi bien que
les mages ; et j'ai dit que c'étoit le souverain point de la solide sagesse des élus. Voyons maintenant, dans l'exemple d'Hërode, quelle est t'aveugle sagesse des impies et des réprouvés : c'est la seconde partie.