‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 37 sur 72 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

C'est un principe et une vérité de foi , que comme la grâce de Tinnocence et de la justice originelle sanclifioit l'homme tout entier, aussi l'homme tout entier a-t-il ressenti les pernicieux effets du désordre et de la corruption du péché. Il les a ressentis dans son corps , dans son esprit, dans sa volonté, et dans ses passions : dans son corps, par la révolte des sens et par leur mollesse; dans son esprit, par 1 orgueil; dans sa volonté, par l'amour de l'indépendance; et dans ses passions , par leurs désirs aveugles et déréglés. Il falloit donc que le Fils de Dieu , mourant pour détruire le péché , le fît mourir dans

tout rhomme. Or, en effet , je dis qu'il Ta fait mourir dans le corps de rhomme, en nous inspirant par son exemple la mortification contre la sensualité et la mollesse. Je dis qu'il Ta fait mourir dans l'esprit de rhomme , en nous insprant par son exemple l'humilité contre l'orgueil. Je dis qu'il l'a fait mourir dans la volonté de l'homme , en nous inspirant par son exemple la soumission contre l'amour de l'indépendance. Enfin , je dis qu'il l'a fait mourir dans les passions de l'homme, particulièrement dans la plus violente de toutes, qui est la vengeance, en nous apprenant par son exemple à pardonner les injures, et à rendre le bien pour le mal. Ceci me donnera lieu de vous le représenter encore en quatre états bien propres à nous toucher et à nous instruire. Suivez-moi toujours, s'il vous plaît.

Je me figure d'abord un chrétien sensuel , et esclave de cette concupiscence de la chair, qui est la source funeste du péché , ou plutôt esclave du péché même, qui est hi suite comme infaillible de cette concupiscence de la chair, quand elle est fomentée par une vie molle et voluptueuse : et pour détruire en lui ce corps de péché, dont parle si souvent saint Paul , je lui produis le Sauveur du monde dans l'état où Pilate le présenta aux Juifs , quand il leur dit : Ecce homo^ Voilà l'homme : c'est-à-dire , je lui produis cet Homme*Dieu tout couvert de plaies et déchiré de coups, tel qu'il parut après sa flagellation. Les évangélistes ne nous disent point quelle fut la mesure ou l'excès de ce supplice : ils nous le laissent à conjecturer; mais cette conjecture que nous en avons, peut-être surpasse-t-elle tout ce qu'ils nous en auroient appris ; car Pilate , ne pouvant contenter la haine du peuple , trouva enfin un expédient pour la satisfsiire, et ce fut de condamner Jésus à être fouetté. Voilà par où nous devons juger de ce que souffrit le Fils de Dieu. Ce peuple étoit transporté de fureur, il n'y avoit que le sang de cette victime qui le pût apaiser ; il demandoit ce sang avec instance , et Pilate vouloit qu'il fttt content. De là concluez avec quelle rigueur on le traita. Quand on nous rapporte sur ce point les révélations de certaines âmes pieuses et saintes, elles nous semblent quelquefois des exagérations , et à peine font-elles quelque impression sur nous. Mais quand je dis que le Sauveur du monde fut mis, par le commandement de Pibte , dans un état où la cruauté de ses ennemis, quelque impitoyable qu'elle fût, eut de quoi être satisfaite, n'en dispje pas autant et plus même qu'il ne faut? Pourquoi les évanfrélistes ne sont-ils pas entrés là-dessus dans un plus grand détail? Ah ! répond saint Augustin , parceque l'évangéliste de l'ancien Testament , Isale , s'en étoit déjà suffisamment expliqué pour eux. Qu'en a donc dit ce prophète? Des choses , Chrétiens, qui vont au-delà de toutes nos expressions; savoir, que Jésus-Christ, après cette cruelle flagellation , n'avoit plus la figure d'homme, Vidimus eum , et non erat aspec^ tus (IsAi., 55); qu'il foisoit horreur à voir, et qu'on Tauroit pris pour un lépreux frappé de la main de Dieu, Quasi Uprosum et percussum à B» 3. SI

3p» SUR LA PASSION ^E J£SI»*GI1RIST.

P^ (I^it,53). Car c^ n'est point par application ni par figure, maii 4ans le sens litt^a( de la prophétie , que ce texte d'kaïe ^e rapfwrte

^ Jésus-Glirist.

C'est dan^ cet é^t qiiie je )e propose mx pécheurs da sîàde , avee ces parplea si touchantes et si capables d'attendrir les cœurs nème les plus endurcis ; Ecce homo (joan., 19) : Le voilà. Chrétiens, eet bptnme que vous adorez comme votre Dieu , et qui l'est en éUeè ; le reconnoisse^-you^? c'est vous qui Tavez ainsi défiguré» vous qui l'avez ainsi i^eurtrl et ensanglanté. INfe vous en défendes point ; car il s'en déclare lui-même, et il en doît élre cru : Supra darmm meum faM* cwevunt pêcca$are8 {P*alm. 128). B nous fait entendre qne ce sont les pécheurs qui ont déchargé sqr lui leurs coups , et n'étes-vous pas de ce nombre ? C*est donc ^ v<ius que ce reproche s'adresse. Oui , c'est par Youa et pour vous que sa chair innocente et virginale a été imBMH lée dans ce s^cri^ce de douleur. Sans parler d'un mithoii de désordres dont je ^e veux pas ici vous retracer l'idée, c'est pour vos dé* licatesses , c'est pour ces attachements indignes à servir votre eorps , à Vengraisser, à Tidolfttrer, à lui donner tout ce qu'il demande, et pins qu'il ne d^ande; c'est pour ces recherches affectées d^ toutes vos aises , pour çe^ s(Mns outrés de votre santé aux dépens des devoirs les pjkis essentiels dfi la reUgiou, pour ces dispenses que vous vous accordez au préjudice des lois de Clieu et de son Église, ponr cette oisiveté criminelle , pour ces divertissements sans mesure , pQur cette horreur de la vrai^ péuhtence, pour cette vie des sens, si contraûres à bi raison même, et qui entretient dans vous le règne du péché; c'est , di»* je, ponr tout cela que Jésus-Christ est devenu un homme de douleurs. Car si votre chair avoit été soumise à Dieu , jamais la sienne n'eût été livrée aux bourreaux. Ecce h$mo : Voilà l'homme élabli de Dieu coRune notre chef, et à qui il £aut , par- nécessité, que nous soyons ujnàis en qualité de membres vivants. Or, entre les membres et te chef, il doit y avoir de la proportion ; et c'est une chose mimstruevse, dit saint Bernard » qne de voir dés membres délicats W9iÊiè un chef couronné d'épines. QMand le chef souffre, tous les membres souffirent par sympathie; et s'il y en a quelqu'un qui ne souffre pas, c'est un membre gité et corrompu. Eece Aiotno ; Voilà l'homme à f iflMge duquel Dieu nous a prédestinés, et auquel il faut, par conséquent, que vous vous rendiez semblables , ou que vous soyez réprouva de Dieu. Car, de quelque condition que vous puissiez être, il n'y a poîm de milieu entre ces deux termes , la conformité avec Jéstts*Christ soirffrant , ou la réprobation éternelle ; et de quelque espérance qne l'on vous flatte , il faut que vous choisissiez l'un de ces deux partis , puisqu'il est certain que jamais Dieu ne reiflchera rien de b rigueur de cetieloi : Quosjn'œscivitetprœdestnuaiitcmformes/ieriinHuiiniiFM sui {Rom.,S). Voilà l'homme 1 £^6^ komo; l'homme dont saint Paul veut qme voua, famez pnroitre la vie dans vospersonnea» Unesecon-

Fi^lérknr de vo» 9im& ; U vêtit ^^ vous bi êsgi«z parolire wtArie»» remoit» cd iim v«& corps ea portent les caractères sensibles, (> cela M se pe^l fsirequa par la m^nitetion de la cbair; et de Ut WMqm ee graad apAtta Yoiilok qna nos earps f ussem (xmtmwelkw^nt fe\(h tus de oeMe saiote martifeation : Sempet worti/mtionem Jmii t« wr» pme nmtro cinmmfaftnêe$ (S. Coft» 4J; en sorte, diac^HUi, 9iela vkk de Jésus , qui n'a été que mortifioatioD^ paroisse dan^ mm commci en autant de sm'ete qa'eUa doit vivifier et aiHiner : Ut ^t atia imi st/èsiecttr m cQrpmà^s moâÉtù (Ihid.). Car il y a de bi qu'un eopps nouvri dans les délices, et qui n'a aucun u^a^.debpér' niiance chrétienne , représenta e^ Jésus , qui vioat d'éprouver à la ço?-. kmne un trsùtenmit si rigoureux. Ecee kmo •* Voilà f homnte do«| la ohair, quelque mortifiée qu'elle ait été par les çruaiptés qu'on % aercéea sur die, danande eneoee,, pour la perféotian de aes $0B&* frnnçes» quelque chose qui kii aiuique , et sans quoi tout ca qu'^Ue^ a fioufitet n'est de nul e^t pour nous devant Dfeu. Or ce qui li4 manque , c'est ca qui nous reste à accomplir nousHuémes, Jffii^ ok raofon^pbr? dans le coeur, dans la propre volMté , dans le retranoh^ ment des désirs? Peut-être em voudrione^nois desaeurer là; maïs ce n'est point asaea ; car sataift Pad qui ('enteadoit mieux que nous , et qut n'aw)it pas pbn besoin de pénitenoe, se taisait un devoir iadi^ penaaUe de l'accomplir dans sa duùr : Anëm^o ea quœ i(attcnf {taswionum Ckriêti m carme neA (Coissa., 1). Qlotif admif aUa pemr noua foire aiiMT la mortificatmn des sana , de i'enxisager comme le su|^ piément , ou pour mieux dire , comme Faoeûmpliasemeut des souf^ firanoes du Sauveur. Medf puissant pour netis aauteniv dsn$ Vexern oiee de cette vertu y de oonsidérev que la mortification de nos corpa» qaand nouftia pratiquooa,. n'est pas tant notre mortification que la mortification de iésus^hrist mésae : Sem^ifr morti/Sca^nem /esu m corpore nottra eireumperentes (2. Cor., 4). Gav si c'éloit la mienne ^ dit saint Gbrysoslome , quelque nécessaire que je la conçoive » j'eit aurais du mépris ; mais éiant ceUe de Jésus, le moyen que je Uft l'aime paa et que je ne l'bonove pas ?

Tel est, Gbrétiens, le premier ennemi du sahit de l'bomme» «pie le Fils de Dieu a détruit par sa pasnon, la mollesse de la chair. Il y en ayoit un autre encore plus dangereux , c'est l'orgueil de l'esprit » l'ambition de s'élever et de se faire grand; l'entêtement , sî j*oae parler ainsi , d'une gloire mondaine, à laquelle on croit non seulement. pouvoir, mais devoir tout sacrifier. 11 folloit terrasser ca monstre qui s'opr posoit à iMeu : et qu^afait pour cela rHomme-Dieu? Ab 1 Chrétiens, sufvez'le dans sa marche depuis le prétoire jusqu'au lieu de soa supplice, et eontemplez*le dans l'abime d'humiliation où il paroU autour* d'hni à la face du ciel et de la terre; c'est-à-dire chargé de sa croix, conduit au Gdvaire comme im criminel , accompagné de deux voteurs,

321 SUR LA PASSION DE JËSU&GflRKT:

escorte de soldats, de gardes, de bourreaux, et traîné par les mes de Jérusalem dans cet appareil ignominieux. Surtout souvenez-vous que c'est celui devant qui les anges tremblent, et qui n'a point cru que ce fût une usurpation de se dire et d'éire égal à son Père. Voilà, dit saint Chrysostome, le dernier abaissement où pouvoit être réduit un Dieu; et moi j'ajoute : Voilà le dernier et le souverain remède qui devoit guérir l'orgueil de l'homme. Prenez garde : le Sauveur des hommes, pour s'abaisser aux yeux du monde , avoit fait des démarches bien étonnantes ; et le Saint-Esprit, pour nous en donner une juste idée, les compare à des pas de géant : ExuUavit ui gigas {Piobn. 18). La première, qui fut celle de t^n incarnation, avoit été jusqu'à l'anéantissement : Exinanivit semetipsum {Philip.^ 3); mus dans cet anéantissement, il n'avoit pas laissé de trouver encore des degrés de profondeur à descendre : car, outre qu'il s'étoit fait homme, il avoit voulu naître enfant ; outre qu'il étoit né enfent, il avoit pris la forme de serviteur et d'esclave ; outre qu'il s'étoit fait esclave, il s'étoit revêtu des apparences et des marques de pécheur: pécheur, esclave, enfant; tout cela, dit Zenon de Vérone, c'étoioit les surérogations infinies de l'adorable mystère d'un Dieu incamé. Cette parole est bien remarquable. Mais son humilité, ou plutôt son zèle pour détruire notre orgueil, le porte encore plus loin en ce jour, il veut être mis an rang des scélérats, et des scélérats condamnés par la justice humaine : il veut, dans cette qualité, essuyer tout l'opprobre du supplice le plus honteux, et cela au milieu de sa nation, dans la capitale de son pays, le jour de la plus grande solennité, au lieu le plus éminent de la ville ; il veut y être ,mené en pompe, et vérifier l'oracle de Jérémie, qu'il sera rassasié d'outrages et d'affronts : Saturabituropprobriu (Tbren., 3). Ce qui me parolt plus surprenant , c'est qu'il fiiit tout cela sans se mettre en peine du scandale des Juifs , ni du mépris des Gentils ; prévoyant que les premiers ne voudront jamais reconnottre un Messie crucifié, et que les autres le traiteront de fou et d'insensé : Judœis seamlalum , Gentibus stultitiam (1. Cor,, i). Il n'importe : que le Juif s'en scandalise, et que le Gentil s'en moque, ce Dieu, si grand par lui-même, veut être donné en spectacle aux anges et aux. hommes ; je dis , en spectade de confusion : car quelle confusion pour lui, quand on le chargea de ce bois infâme, l'objet de la malédiction et de l'exécration du peuplel quelle confusion, quand il fallut sortir en cet état, et se faire voir dans la place publique!

Ah! Chrétiens, nous avons maintenant de la vénération poor tous ces mystères, et la foi, qui nous apprend que ce sont les mystères d'un Dieu Sauveur, efface les affreuses idées qu'on devoit alors s'en former. Quand nous voyons aujourd'hui les princes et les monarques fléchir les genoux devant ce bois, qui a été l'instrument de notre salut, bien loin d'avoir peine à l'honorer, nous nous sentons portés à lui rendre le devoir de notre religion. Mais à ce triste jour où nous nous

SUR LA PASSION DE JÉSU»<:HRIST. 385

représentons un Dieu souffrant, que pensoit-on de la croix et de celui qui la portoit? Je rougiroisde vous le dire, et je vous le laisse à juger. Ce que je sais , c'est que Jésus-Christ conçut Tinfomie de ce supplice avec un tel sentiment d*horreur, que, si sa raison y eût consenti, il auroit renoncé au dessein de nous racheter, plutôt que de nous racheter à ce prix. II en fit même la proposition à son Père, quand il lui dit : Pater mi^ si pombile est, transeat à me ccJix Ute (Matth., 23) ! Ah ! mon Père, s'il étoit possible que ce calice passât et s'éloignât de moi ! Mais l'arrêt en est prononcé ; et il se le prononça à lui-même au même temps qu'il faisoit cette prière, soumettant sa volonté, et acceptant toute la confusion de sa croix. G'étoit ainsi qu'il foUoit faire mourir l'orgueil des hommes. Or c'est ce que font souverainement , efficacement, sensiblement les humiliations du^Sauveur. Car qu'un chrétien adore un Dieu humilié , et , selon l'expression de saint Paul , un Dieu anéanti, et qu'en même temps il soit lui-même entêté des vaines grandeurs du monde; qu'il ne cherche qu'à s'élever, qu à se distinguer, qu'à parottre; que toutes ses réflexions, toutes ses vues, tous ses desseins ne tendent qu'à contenter son ambition, et cela sans mesure et sans égard ; sans mesure, voulant toujours accroître sa fortune, toujours monter à un plus haut rang, toujours s'attirer de nouveaux honneurs; sans égard, ni à la droiture et à la bonne foi, ni à l'équité et à la justice, ni à sa conscience et à son salut; sacrifiant tout à sa pasùon , les intérêts de Dieu , les intérêts du prochain , les intérêts de son ame ; ayant des délicatesses infinies sur ce qui lui est dû, ou sur ce qu'il croit lui être dû,-4dt n'étant jamais disposé à se relâcher du moindre de ses droits , ni à pardonner la moindre injure : qu'un chrétien , dis-je , ait le cœur plein de ses sentiments; qu'il se fesse de oes maximes des règles de conduite, et qu'avec cela il puisse se présenta devant son Dieu sans rougir et sans se confondre, c'est, mes Frères» dit saint Bernard, ce qui me semble impossible. Sentant qu'il est superbe, il ne peut plus ni invoquer Dieu, ni se confier en Dieu; et s'Ù le fait, ce n'est qu'en se disant intérieurement à luimême : Je suis un hypocrite; car j'invoque un Dieu qui ne m'a sauvé qu'en s'abaissant au-dessous de tous les hommes ; et cependant je ne cherche devant les hommes que l'élévation et la grandeur : j'établis ma confiance dans ses opprobres ; et dans la pratique je les déteste et je les fuis, ces mêmes opprobres : qu'est-ce que cela, sinon hypocrisie et contradiction? Or la reconnoiire, cette contradiction, cette hypocrisie, et se trouver là-dessus dans la nécessité de se condamner, c'est ce que j'appelle la destruction de l'orgueil dans un chrétien. Avançons.

Le Sauveur du monde arrivé au Calvaire, on dispose la croix , on Vy étend ; et c'est ici: que vous allez voir un troisième epnemi du salut de l'homme, je veux dire le libertinage de la volonté vaincu par l'obéifliance hér<âque de cet Homme-Dieu. De ce^i^inçipautés et de

«B SUR LÀ I^ASSION DE JÉSUS<3lftfêT.

ces puissances dont Jésus-Christ, selon la parole de saint PAttl, qnê j'ai déjà rapportée » triompha sur ia croix, et qu'il désarma , quelle <toit la plus iière et la plus orgueilleuse? demande saint Augtisthi. Cétoit, répotfd ce saint docteor, la volonté de Thomme : cette volonté lantoemie de ta sujétion, cette volonté qui veut toujours être mattresse d'etle-méme, qui suit en tout son penchant» ne Cherche qu'à s'éman-^ ciper et à se ficencier, et qui pour cela se révolte sans cesse contre là loi et eontre lé devoir. Voilà cette puissance qu'on potivoît justement lftommef*la principauté du nronde, puisqu'elle y rég^noit au préjudice de Dieu même. Or appreneis. Chrétiens, comment elle a été vaincue patt JéSûS'-Clirist dans le mystère de son crudfiement. Ce divib Sau-> venr est attaché à la croix, et il se soumet à y motirir. Gè n'est pas serièmentyi'emarque saint ChrySostome, par un motif de charité, ce n'est pas par le seul zèle de glorifier son Père, ce n'est pas par un simple désir de iauver les hommes, mais par obéissance t Foetus obediens [PhiHp.j t^ ; et par la plus rigoureuse obéistsailce, Vsque ad mortem^ moftem àutem erucîs, Ot quand je dis par obéissance, je dis par un eommandement exprès du ciel; je dis par obligation, par nécessité, par rengagement d'une volonté qui n'est plus à elle-iiiéme, et qui n'a plus aucun droit snr ses actions : car l'obéissance comprend tout cela. Je sais que les théologiens et le^ Pères nous enseignent que cette obéissance du Fils de Dfeti Ait volontaire dans son principe, que l'ordre de mourir 'ne loi fut donné que parcequ'il le voulut accepter , que ce fut lui-même qui pria ton Père de le lui imposer, et qu'il lui étoit libre d'en denmn^der dispense, le conviens de toutes ces vérités ; mais ce que }é trouve encore de plus admirable, c'est que, pouvant de lui-même choisir ou ne pas choisir le supplice de la croix, il ait voulu qu'il lui tùt marqué et ordonné; cjne, pouvant se faire dispenser de ce précepte , il ait voulu raccomplîr dans toute son étendue. Ce n'est pas tout : non tsenlement fl est crucifié par <:)fcéi^ànce à son Père, mais par obâssance aux hommes, et aux plus indignes de tous les hommes, qui sont aeft bourreau^ et ses persécuteurs. Ces ministres d'iniquité en disposent comme il leur plaît : qu'ils parlent , il exécute : que la cruauté leur Inspire une nouvelle manière de l'attacher à rinstrument de sa mort, il leur présente Ses mains et ses pieds pour être percés de clous. U n'y à qu'un seul point sur quoi il refuse de les écouter. Car s'ils lui reprochent que , ayant sauvé lès autres , il ne peut se sauver lui-même^ s'ils ledéfieni de descendre de la croix, s'ils lui demandent cette preave de sa divinité, et slls lui promettent, après ce témoignage, de croire en lui , il preTére à de si belles espérances le mérite de l'Obéissance. Bien loin de descendre de la croix parcequ'il est Fils de Dieu , c'est polir cela même quil n'en descend pas, dit saint Bernard , puisque, étant Fils de Dieu, il doit et !1 veut obéir ÎSl Dieu, n aime mieux passer pour foib!e, et ne donner nulle marque de sa vertu toute puissante, que le la faire connoitre par des miràdes 4b eu propre volonté.

SDR Là PASSION DE JËSUS<illRIST. «7

Il aioM micAi, m démenrant dans i'éurt de dépendance où 41 s'tetl-éduil, laisser périr ces infidèles, qne d'en sortir ponr les convaincre et pour les toudier*

Or de-Ià qu'appnenons-nous» on que deyons-noos apprendre? Deni dioses essentielies, et qui yont à Fanéantissement de notre volonté profune ; savoir, la nécessité de Fobéissance et la mesure de l'obéis- «ance. La nécessité de l'obéissance, puisque c'est par elle que s'accomplit aujourd'hui notre salut : non , Chrétiens , be n'est point précisénent par la croix, mab par Tobéissance de la cboii. La croii toute aenle ne nous a pas sauvés; il a lisillu que l'obéissance lui donnât le prix i|ui a fait notre rédemption. En vain donc prétendons-nous pouvoir nous sauver par une autre voie. Faites des miracles, pratiquez toutes les austérités de la pénitence chrétienne, convertissez tout le monde : si ce n'est pas dans l'brdre d'une entière soumission à Dieu et à wmÉglise, tout votre zèle, tous vos miracles, toutes vos austérités et vos pénitences ne sont rien. Car, comme disoit le prophète Samuel i l'obâssanoe vaut mieux que tous les sacrifices , et tous les sacrifices sans l'obéissance ne peuvent être devant Dieu de nulle valeur. Obéissance, Chrétiens , non seulement à Dieu , mais aux hommes revêtus de Tautorité de Dieu, fussent-ils d'ailleurs les plus imparfaits, Aissientikménie les plus vicieux : Non tanivm banu et modesiU^ seû etiam dffscMi (1. Petr., 3). En effet, Seigneur, à qui ne dois-je pas obéir pour vous, quand je vous vois obéir pour moi à des sacril^es et à des déicides? Obéissance jusqu'à la mort, et s'il étoit nécessaire jusqu'à la mort de la croix : Vaque ad mortem^ moriem auiem crudi (Philip., S), c'est-à-dire sans exception et sans restriction. Car telle est la mesure de l'obéissance d'un chrétien ; et s'il y a une chose que notre obéissance ne renferme pas, et à laquelle elle ne soit pas préparée, c'est une obéissance que Dieu réprouve. Cette obéissance pariaite est héroïque; mais, après tout, ce n'est point trop pour nous sauver, et Dieu ne mérite ni ne veut rien de moins. Comprenons ce que c'est qtieDieu et ce que vaut le salut éternel , nous ne serons plus surpris de tout ce que Ûeu peut exiger de nous.

Il restoit encore un ennemi que Jésus-Christ devoit surmonter, c'est la passion de la vengeance. Rien de plus naturel à l'homme que cette pi^ion, et rien de plus contraire aux sentiments de l'homme que le pardon des injures. Dans tout le reste, dit saint Augustin, notre religion ne nous prescrit rien en matière de mœurs qui ne soit évidemment raisonnable et juste : mais quand elle nous ordoîine d'aimer jusqu'à nos persécuteurs , il semble qu'elle entreprenne alors sur notre raison ; et, tout soumis que nous sommes à cette loi , aôus avon^ de la peine à ne là pas condamner : Ckm verd legiîur^ Ditigile inimicos veitros , et benefacite his qui oderunt voê, tùne ipsa pêne ootruaai«r relt4^ (August.). C'est néanmoins cet amour des ennemis qui noua fiiit proprement chrétiens; etî sebrn TertulHen, c'est eis cela

sas SUR LA PASSION DE JÉSUS^HRIST.

que consiste le caractère de notre sainteté : Ita jubemur inimicog tUUr gère , ut hœc sit perfecta et propria bonitas no$tra (Tertull.) Il faUoit donc» pour établir solidement le christianisme, faire mourir tout desir de vengeance. Or il n'y avoit qu'un Dieu , et un Dieu mourant dans la plus injuste persécution , qui pût en venir à bout; et c'est ce qu'il a fait sur la croix , qui fut comme le théâtre de sa charité. On diroit qu'il n'y est monté que pour triompher de ce démon. La première parole qu'il y prononce » c'est en Saveur de ceux qui le crucifient : Pater f dimitte illk (Luc, 23). II ne pense point à ses apôtres, il ne pense point aux fidèles de Jérusalem , il ne pense pas môme encore à sa sainte Mère, ni à son bien aimé^sciple; mais il pense à ses bourreaux, mais il pense à ses calomniateurs; et comme s'il leur devoit la préférence dans son cœur, il veut qu'ils aient la première place dans son testament : Pater, dimitte illis. Se contentet-ildeleur pardonner? Non. Ne fait-il qu'oublier les outrages qu'il en a reçus? Ah! répond saint Ghrysostome, c'est trop peu pour lui, parcequ'il ne veut pas que ce soit assez pour nous. Il les aime, il prie pour eux, il tâche à les justifier auprès de son Père, il répand sur eux ses grâces les plus spéciales et ses plus abondantes miséricordes» il les convertit, il en fait des prédestinés; et cela, lors méoie cpi'ils sont plus animés contre lui , et au moment même qu'ils le comblent de malédictions. Voilà quelle fut la charité de cet Homme-Dieu. Oui, mes Frères , il a aimé ses bourreaux : c'étoit bien les aimer, dit saint Grégoire pape, que de vouloir les réconcilier avec son Père; car il ne pouvoit les réconcilier avec son Père, sans les réconcilier avecluimême. Il a prié pour eux; et, ce qui est plus étonnant, il s'est servi de ses plaies et des blessures qu'ils lui faisoient pour plaider leur cause auprès de Dieu. Ockaritas aUnàranda^ s'écrie le grand Hildebert, archevêque de Tours, ditm eUm mambus^ dùm Umcea Uoeri^ dùm fel ori admoveretur, et mawas^ et latus^ et os agebant pro tnimcis (HiLD.) ! O prodige d'amour ! pendant que les Juifs perçoient de clous les mains du Sauveur^. pendant qu'ils ouvroient son sacré côté avec une lance, qu'ils abreuvoient sa bouche de fiel; et sa bouche, et ses mains , et son côté demandoient grâce pour ces infidèles ! Il a excusé leur crime : Pater ^ dimitte UlU, non enim sciant quid faciunt: et quoiqu'au fond leur ignorance fût inexcusable» il Ta employée pour diminuer la grandeur et l'énormité de l'attentat qu'ils oommettoient. Que n'auroit-il pas fait , Chrétiens , si cette ignorance eût été entièrement involontaire? Il a répandu sur eux les grâces les plus spéciales et les plus abondantes miséricordes, ne considérant pas, dit saint Augustin , que c'étoit par eux qu'il souf froit , mais que c'étoit pour eux : Non enim attendebat quod ab ipsis patiebatur^ sed quia pro ipiis moriebatur (August.).

Après cela , mon cher auditeur, il prétend avoir droit de vous adresser qes paroles , et de vous faire cette loi : Ego autem dico vo-

tu, Diligiie inimieot vtHroz (BIatth., 5) : Pour moi je vous dis, Aimez vos ennemis. Je vous le dis, et, sans me contenter de vous le dire, je vous l'apprends par mon exemple, qui doit é(re pour vous l'exemple le plus convaincant et le plus touchant. Vous voulez vous venger : mais aî-je été vengé? ai-je demandé à rétre? On vous a offensé : mais l'avez-vous été plus que moi ? Tavez-vous été autant que moi ? voyez ma croix, elle vous instruira. Dans le rang que vous tenez, une injure vous doit être sensible : mais vous doit-elle être plus sensible , ou aussi sensible qu'à moi? car qu'êtes- vous, et qui suis-je? C'est par une malignité affectée et par un dessein prémédité que cet homme s'est tourné contre vous; mais par quel dessein mes persécuteurs ont-ils conjuré ma ruine, et avec quelle fureur l'ont-ils poursuivie? G*est un outrage que vous ne pouvez pardonner^ et qu'on ne pardonne jamais dans le monde : mais j'ai pardonné ma mort. Celui dont vous avez reçu cet outrage est indigne de toute grâce: mais en suia-je indigne, moi, qui m'intéresse pour lui? et estce lui-même, ou n'est-ce pas moi, que vous devez envisager dans le pardon que vous lui accorderez? Ainsi, Chrétiens, de quelque prétexte que votre vengeance puisse se couvrir, il y a dans ce Dieu Sau- «veur de quoi la confondre ; il y a de quoi en réprimer, de quoi ei| étouffer tous les sentiments.

Finissons. Voilà donc le péché détruit par la croix ; mais , hélas ! mes chers auditeurs, combien de fois Tavons-nous ressuscité, et combien de fois l'allons-nous faire revivre? C'est Tennemi de Dieu, et son ennemi capital ; il a fait mourir Jésus-Christ : cela seul ne vous le doit-il pas fiiire connottre ce monstre abominable , et n'est-ce pas assez de le connottre pour le haïr souverainement? Allez, pécheur, allez au pied de la croix; contemplez-y le douloureux mystère de la passion de notre Sauveur; comptez, si vous le pouvez, tous les coups qu'il a reçus , toutes les plaies dont il est couvert , toutes les épines qui lui percent la tête , toutes les gouttes de sang qu'il a répandues; et demandez-lui, avec le prophète, qui Ta frappé de la sorte, et qui l'a ainsi traité ? Vous entendrez ce qu'il vous répondra : que c'est le péché, que c'est votre péché, que c'est vous-mêmes. Moi, Seigneur, moi l'auteur de votre sanglante passion ! et je n'en suis pas pénétré, saisi de douleur! et je pourrois regarder encore d'un œil tranquille et indifférent, je pourrois encore aimer le péché qui vous a donné le coup de la mort ! De plus , mes Frères , si le péché est le capital ennemi de Dieu , Dieu n'est pas moins son ennemi ; s'il a fait mourir Jésus*Christ, Jésus-Christ l'a fait mourir lui-même. Mais qa*en a-t-il pour cela coûté à ce divin Rédempteur? Le pouvez- vous ignorer? et si vous l'ignorez, tant de blessures ouvertes sur son corps ne sont-elles pas autant de bouches qui vous le disent hautement et qui vous le crient? Or voulez-vous ranimer contre lui l'ennemi qu'il a terrassé? voulez-vous vous rengager dans un esclavage

890 SUR LA RÉSnftflECTlON DE iËSlU&4CfiAlST.

4ùïii il vOBS a délivré» 6 si graftds frais? Voulez-Vôms lui sosiefter 4e nouToanK oomtets ^ l'exposer à dé noiivenes souffrafices , TaUftcfter à une nouvelle croix? If 'ayet-vous point d'autres sentiments à prendre en ce jour de pénitence ei de conversion? Ah! Seigneur, pénitence et conversion , c^est là que je m'en tiens : mais conversion sinvète^ solide» efIBeaoê; mais pénitence Constante et durable. Vous avez vaincu le péché; j'en triomj^erai comme vous et par vous« Vous l'avet vaincu pnr le suppKce de la eroil i j'en triompherai par les salutaires rieurs d'une vie austère et mortifiée. Dans ce combat , votre croix 8«ra mon modèle^ sem mon souden ^ comme die est toute mon . «spémnee p^r Tétemité, où nous eondnise » etc.

Page 1