‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 39 sur 72 · PREMIERS PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERS PARTIE

C'est une grande parole, Chrétiens, et qui mérite d'être écoutée avec tous les sentiments de respect que la religion est capable de nous inspirer, quand saint t^aulnouS dit que TàuguSte mystère de la résurrection a établi dans le monde la foi de la divinité de Jésus-Christ : Qui prœdestinatus est Filins Dei in virtutèy ex resïifrectîoné mortuomm, Jesu Chri^ti Domini nostri (Rôm., 1). Ainsi parlolt l'ApÔlre, persuadé, rempn, pénétré de celte Vérité. Noué àdorohè, mes Frères, uù Sauveur qui a clé prédestiné Fils <tè iJiéu, en vertu de sa résurrection glorieuse. Au lieu de f^rédestirié , le texte grec et le syriaque portent, manifesté et dèclaté; mais saint Àmbrpise concilie ces deùt véTs?)^, en disant que JéSUs-Chrl^t, qui étoft un Dieu caché dânà &ôA

^camatiètt, dévoit, scAbn t*ôrdi^ de sa prédesttbàtion étern^Ie, kth

332 SUR Lk RÉSURRECTION DE JÉSUS«HRIST.

un Dieu révélé et un Dieu connu dans sa résurrection : Cbriitus IcOms in incamatione, prœdeslinatus erat ut tieclararetur Filius Dei in refurrectione (Ambr.). Je ne sais, mes chers auditeurs, si vous avez jamais fait réflexion à une autre proposition bien remarquable du même apôtre, dans cet excellent discours qu'il fit au peuple d'Antiodie, et qui est rapporté au livre des Actes. Voici conunent s'expliquoit le ^docteur des Gentils : Et noj vobis annunHamus eam, quœ ad patres nostros repronmào facta est, quoniam hanc Detu adimplevit, resuêci^ tam Jesum^ iicut in secundo Psaimo tcriptwn est : Filius meus es tu; ego hodiè genui te {Act.^ 13) : Nous vous annonçons Taccomplissement d'une grande promesse que Dieu avoit faite à nos pères, et qui a été durant tant de siècles le sujet de leur espérance et de leurs vœux* Dieu a voulu que nous, qui sommes leurs enfants, eussions ravantage delà voir enfin consommée; et Texécution de cette rpromesse est qu'il a ressuscité Jésus, selon ce qui est écrit dans le Psaume : Vous êtes mon Fils, et c'est aujourd'hui que je vous ai eor geodré. Quesignifie cela. Chrétiens? et de quel jour saint Paul prétendoit-il parler? Sic'étoit de celui où Jésus-Christ, comme Fils de Dieu et comme Verbe incréé ; est engendré de son Père, pourquoi l'appliquoit-il au mystère de sa résurrection ? et s'il l'entendoit du jour où • Jâus-Christ, comme Dieu-Homme, est ressuscité selon la chair, pourquoi faisoit-il mention de sa génération éternelle ? Resuscitans Jesuniy sîcut scriptum est : Ego hodie genui te. Quel rapport de l'un à l'autre? Ah ! répond saini Ambroise, il est admirable, et jamais l'Apôtre n'a parlé plus conséquemment ; pourquoi? parcequ*en effet la résurrection de Jésus-Christ a été pour lui une seconde naissance , mais bien plus heureuse et plus avantageuse que la première, puisqu'en renaissant, pour ainsi dire, du tombeau, il a fait éclater visiblement dans sa personne ce caractère de Fils de Dieu, dont il étoit revêtu. Et c'est pour cela que le Père étemel le reoonnott singulièrement dans ce mystère , et lui adresse ces paroles dans un sens particulier : Filius meus es tu; ego hodie genui te: Oui, mon Fils, c'est en ce jour que je vous engendre pour la seconde fois , mais d'une manière qui justifiera parfaitement hi grandeur de votre origine, §t la vérité de cet être divin que vous avez reçu de moi : Filius meus es tu, id est^ meum kodiè te probasti esse Filium (Ambr.). Conune s'il lui disoit : Tandis que vous avez été sur la terre, quoique vous fussiez sans contestation Fils de Dieu, on ne vous a considéré que sous la qualité de Fils de l'homme. Mais maintenant que vous triomphez de la mort» et que vous êtes régénéré à la vie de la gloire, vous vous rendez à vous-même un témoignage si authentique de la divinité qui habite en vous , qu'elle ne peut plus désormais vous être disputée ; et quoique j'aie toujours été votre Père dans le temps et dans l'éternité, je ne laisse pas de m'en faiire aujourd'hui un honneur spécial, distinguant ciB jo^r bijenfieiireux entre tous les autres jours qui ont composé

SDR LA RÉSORHBCnON DE JËSUftCBMST. 353

votre destinée , et le dumsBftat pour déclarer à tout ronivers que vous êtes mon Fils : FiUug meus es tu; ego kodiè genui te.

Mais venons an fond de la question ; et pour nous instruire d'une vérité aussi essentielle que celle-ci » voyons dans quel sens et comnent il est vrai que la résurrection de Jésns-Christ établit particulièrement la foi de sa divinité. Car vous me dires : Le Sauveur da monde , pendant le cours de sa vie mortelle, n'avoit-il pas lait des miracles qui Fautorisoient dans la qualité qu'il prenoit de Fils de Dieu? Les démons chassés , les avengles-nés guéris, les morts de quatre jours ressuscites , n'étoit-ce pas. autant de démonstrations » mais de démonstrations palpsdides et sensibles , du pouvoir tout divin qui résidoit en lui? quel effet plus singulier devoit avoir sa résurrection, pour confirmer cette <:néance? Écoutez^moi, Chrétiens, voici le nœud de la difficulté, et comme le pcnnt décisif du mystère que je traite. Je dis que la révélation de la divinité de Jésus-Christ étoit surtout attachée à sa résurrection : Qui prœdestimaus est Fitius Dd ex remnreetione mwrtuofum [Rem.^ 1) : pourquoi? pour quatre raisons » ou plutôt pour une seule renfarmée dans ces quatre propositions : paroeque la résurrection de Jésus-Christ étoit la preuve, que cet Homme-Dieu devoit expressément donner aux Juifs pour leur faire connoltre sa divinité : Paroeque cette preuve étoit en effet b plus naturelle et la plus convaincante de sa divinité : paroeque, de tous les miracles de Jésus-Christ feits par k vertu de sa divinité, il n'y en a pas un qui ait été si avéré, ni d'une évidence si incontestable que celui de la résurrection de son corps; et paroeque c'est celui de tous qui a le plus s^*vi à la propagation de la foi et à l'éUbUssement de TÉvangile, dont la substance et le capital est de croire en Jésus-Christ et de confesser sa divinité : d'où vient que les chrétiens des premiers siècles, voulant exprimer dans un mot l'idée qu'ils se formoient de la ràurrection du Sauveur, par un usage reçu entre eux , l'appeloient simplem^t ie Témoignage; jusque là que l'empereur Constantin , ayant bâti dans la nouvelle Jérusidem un superbe temple sous le titre de Jésus-Christ ressuscité, lui donna le nom de UoTtgrium, c'est-àdire testmonium* Et saint Cyrille, patriarche de la même ville, en apporte la. raison; savoir, que ce temple étoit consacré à un mystère que Dieu avoit lui-même choisi, pour être le témoignage solennel de la divinité de son Fils. C'est ce que vous verrez. Chrétiens, dans l'exposition de ces quatre articles que je vais vous développer.

Car, premièrement, n'est-ce pas une remarque bien soÛde, qu'autant de fois que Jésus-Christ se trouve, dans l'Evangile, pressé par les Juifs sur le sujet de sa divinité, et qu'ils liti en demandent des preuves, il ne leur en donne jamais d'autre que sa résurrection, dont il se sert ou pour convaincre leurs esprits, ou pour confondre leur incrédulité? Cette nation infidèle, disoit-il, veut être assurée par un miracle de ce que je suis ; et elle n'aura point d'autre mijracle que celui du prophète

984 9imhk nfiSOftlLBCTtatl ne JÉSOaCBRMF^

ffmxkf on plQt^ que oeliii dcoit la prophète Joués fut fat Igore ;u* Yoir» qu'aprte awr ëiéeBferB^trcttaJQBraifans le sein de ki terre^ j'ea sortirai oomoie J€M9 sortit en yaBire de la baleine : Generatio jmmM ngmm qmvrkf et ngiimm wm éabUim «i, mri sigmun Janœ fma/é^U» (Hattb*, I^. Vous medemaBdoa^ ajouioit-3 en s'adiiessant an phariiMia » par quel miracle je voiib neutre ((«e j'ai droit d'user da poovaîr abaohi et de l'attloritë indépendante que je m'attribne? Qiiûd ri^mm onenéiê nffria ^uia kttc^ ftnU (Ioaii*, S) ? Or yeiei p«r oà je Venx que irem tm jugiez : c'est qu^après que vous aurea éé^ tptitf par nne mort cruelle el violente» oe temple visible, qui est mon oaip», je leiélahliraî dès le troisième jour dis^sle même éUt^ et dans un ëûit même plus parfait : Sifkfîte tempkÊan hop, eêmtrUw diebm MMiolfa tMnd (Ibid* V P^nea garde y s'il voas plaît « C^étiens ; U pou» V(ût leu9 pvedmneceitt autras mivaeiaa, qu'il opéroit nnmilîen d'eux ; mais il las supprime tous, et vous diriez qu'en les Msant il ne se pitH posote rien moins que ds fiair^ osQuottre aoi bomaws sa divinité : cf^f 9f*iitlMmfi^VfaaM ea vin ani^ noces deGana, e^èst par nnedéA$« renée oemme fotcée ^ la prière de Marie ; s'il déKvne k ffile delSi Cbananéouie, c^est pour secÛlivreff derimportunité de eette femme ; sil Ksaosoite le Ms de la ueuve^ c'est par une pure compassion. Dans la^ plupart méo» de ces actions surbanuines» nprès avoir taissé agir sa toute-puiasanee^ ft rec onmmnde le secret à eeux (jui en ont ressenti In ¥ertu. Et quand il découvre aux trois (tisdples la ^ire de sa transfiguration , oit le Père céleste parlant en personne le reconnott pour sen File bien aimé, il leur défend d'en rien publier^ jusqu'à ce qu'il soie ressuscité d'entre les morts : Nemini iHivertHs viskmem^ dinee FUiMt jïomîitit à morfuts reêutgat (Matdb. , 47). Fonrquoi cela ? par In raison qu'en apporte saint Ghrysosiome , que dans le dessein de Dieit la résurrection de Jésus^Clirist ayant été ordennée pour être le signe de sa filicttioa divine» o'éteit elle qui devmt mettre le seeau à tous les autres nrirades, et qui en deroit conscmofer kt preuve. De là dépendoit la foi de tops le reste ; car ce Saonreur des hommes ayant dit : Je suis égal à mon' Fère et Dieu comme lui , et, pour feire vmr que je le snîs, je ressuseiterai trois jours après ma mort; s'il n'eAt pas été tel^ qu'il prétendait, il ét<Ht impossibte qu'il rsssuseitât , parceque ZNen alors, en ceneoiirant au miracle de sa résurrecti^, etk autorisé Fim* posture et le mensonge. Si donc, après eette déclaratioa, il est ressuscité, il falloit aussi , par une suite néeessaMre, qnll Mt Dieu. Étant Diea, tous ses antres mirages subsisioient , puisqu'il est naturel à un Dieu de luire des miraeles. Et au contraire, sll n'étott pas ressuscité^ la créance de sa divinité se trouveit détruite par sa propre bouche; sa divinité détruite, ses miracles ne dévoient plus avoir de force, ses paroles n'étoient que fsusseié, sa vie qu^artifice et illusion, toute là foi chrétienne qu^un fentôme; et voilà le sens littéral de ce passage de saint Paul i Si entant Ghfinm nw remunexit^ ifionts €H pneificai»»

SUR )4 RÉSURRECTION DE l£SQS»GRRI8T, 39»

tmfra» tnanû a< et fides vntra (1. Cor., là). TçiUt ceiai ao^re wp fo\s , parceque Jésu$-Cbrist avoit marqué la réj^urrecUom de 80« C9rp» comm^ le caract^e distioctif de sa divloité.

lUaia pourquoi choisissoit-il cebii^Ià préférablemeuià tous les autres^

Ah ! Chrétiens, eu pouvQil*il chuisir un plus écbMant el plus seusibte^

que de se ressusciter hi^méoe? Le luirade» dît saiot Aiiflfustiu, est ^^

pour les créatures imeUigentes, le langage et la voU de Diei^ et le

plus grand de tous les miracles est lu résurreçtiou d'un «mm : uwe

entre U)utes les ré^urreptious» quelle est la plus miraculeuse? n'eai^

ce past poursuit ce saint dodeur, de se rendre là vje à soi-'nitee» et de

se ressusciter par sa prof^e vertu ? Ce u'est doue point sans raison'

que Jésus^bnst s'attaohoit spécialemeut à ce signe, pour vérifitr

qu*il étoit Dieu et Fils de Dieu. En effet» il n'appartient qu'à un Dim

de direconuw lui ; Pu(«u^«m ba^o ponendi ammoui metim^ eê Uertim

mmendi eqm (Joan., 10) : J*ai le pouvoir de quitter la vie/ et j*ai lu

powroir de la ireprenidir^; l'un m'est aussi âcile que l'aulre , et oommu

je u<9 la q^tfi^ que quand je vouidrai » aussi la r^endrai-je quand

il ifMà plaira^ Il n'y a» dis*ie, qu'un Dieu qui piusse s'exprimer de U

sorte. Avant i]|é&u3*Cbris> (ne perdez pan cette rëflexîou de saint Am-

broise, ëgalemeut solide et ipgéuiev^) » avant Jiésu^GliPist » oa a/voit

vu dauj^ le meude des hommes ressuscites, mais ressuscites par d'à»*

très hommes.. Elisée y par le souffle de sa bouche, avoit ranimé to eu»

dayre du fils de l| Sunaïuite ; et par la prière d'Élie, Veufant de la

veuve de Sarepta» mort de défeiUaMe et de Uu^eur, aveit été reoAi

à su nière désolée, plein de vigueur et de sautée Mais, comme vemar^

que saint Ambroise, cwxl qui étoieot alors ressuscites ne reoevoient

la vie que par une vertu étrangère ; et eeu% qui opéroient eea mivi^

des ne les faiseieut que dans des sujeta éttaugers* La merveiUt iaotue^

c'étoit que le même homme fit tout 4 la fois le double nûraole^ et de

ressusciter, et de se ressuscite^. Car c'est oe^ qu'on u'avoit jamais en-»

tendu, Ji iofculo non e$t audînm ( Joan., 9 ); et voilà le mirade quu

Dieu rà^voit k son Fils , afin de déclarer au monde (|u'il éloil toul

ensemble homme et Dieu : homme^ puisqu'il étoit ressuscité; et SJisn^

puisqu'il s'étojt ressuscité : VtoiteHdaret tfuomam erat in %p$a, e»re«

«tifcîiau^ DetM (AuBR.). Mystère adorable que saint Jérôme, par oe don

de pénétra^ ioù qu'il avoit pour bien entendre ks Écritures , olbaerm

dans ces paroles du Psaume, qui, sebm. la lettre méAie, comnemmut

à JésufrrChrist, et ne se peuvent rapporter qu'à lui : ^iHmains. nm

cum descemleniibw in laeum : fadut sum siciu Homo tm$ at^niorio^

imer mwims Uber (Ps. 87). On m'a mis au rang des maris, et l'on u

cru qu'en mourant je ne devois point avoir d'autre eort qoè le con^

mun des hommes ; mais il y a eu néanmoins entre eux el moi deux

g^r^ndes difiSérences : l'une , que j.'ai été libre entre les morts , tntsr

tnariuû6> Hber^ et l'autre, que parmi les morts je n'ai eu besoin du s^

cwurs de personne, «Stcu» homik me mtfutor»^ Que veul-it dig% Ckvé»^

tiens? C'est-à-dire que Jësus-Christ est entré dans le royaume de la mort, non pas comme son sujet, mais comme son souverain ; non pas comme esclave, mais comme vainqueur; non pas comme dépendant de ses lois, mais comme jouissant d'une parfaite liberté : Inter mortuot liber. De sorte que, pour en sortir par la voie de la résurrection, il ne lui a fellu que lui-même : point de prophète qui priât pour lui, qui lui commandât de se relever, qui le tii^t par violence du tombeau, parcequ'étant Dieu il ne devoit être aidé que de sa vertu toute puissante : Foetus tum sieuf homo sine adjutorio^ inter mortiios liber. Paroles, ajoute saint Jérôme, que le Saint-Esprit semble avoir dictées jM>ur composer l'épitaphe de Jésus-Christ , qui devoit ressusciter.

Il est donc vrai que la résurrection de cet Homme-Dieu étoit h preuve la plus authentique qu'il pouvoit donner de sa divinité; et c'est pourquoi toute la Synagogue, conjurée Gontre lui , fit de si puissants efforts pour eknpécher que la créance de cette résurrection ne fût reçue dans le monde. Tous les Juifs étoient persuadés que si Ton croyoit une fois , et s'il étoit constant, que Jésus-Christ fût ressuscité, dès-là il se trouveroit dans une pleine possession et de la qualité de Messie, et de celle de Fils de Dieu. Mais qu'est-il arrivé? Par une conduite tonte merveilleuse de la Providence, de tous les articles de notre religion, ou plutôt de tous les miracles sur quoi est fondée notre religion, il n'y en a aucun dont le fait ait été si avéré, ni dont l'évidence soit si incontestable : en sorte, dit saint Augustin , qu'un psïen même et un infidèle, examinant sans préoccupation toutes les circonstance de ce miracle, est forcé d'en reconnoitre la vérité. Et ce qui est encore plus étonnant, continue ce saint docteur, c'est que les deux choses qui naturellement auroient dû être des obstacles à la foi de cette résurrection, savoir, la haine des pharisiens et l'incrédulité des apôtres, sont justement les deux moyens que Dieu a employés pour l'appuyer et pour la fortifier. Oui , les ennemis de Jésus-Clhrist les plus passionnés ont malgré eux contribué, par leur haine même, à vérifier le miracle de la résurrection de son corps, et par conséquent à établir notre foi. Car prenez garde , Chrétiens : à peine Jésus- Christ est-il expiré, qu'ils s'adressent à Pilate; et que lui représentent*ils ? Nous nous souvenons que ce séducteur a dit, lorsqu'il étoit encore vivant : Je ressusciterai trois jours après ma mort ; il s'y est publiquement engagé, et il a voulu qu'on éprouvât par-là s'il étoit fidèle et véritable dans ses paroles. Tout le peuple est dans l'attente du succès de cette prédiction : et si son corps venoit maintenant à disparottre,'iln'en faudrait pas davantage pour confirmer une erreur anssi pernicieuse que celle-là. 11 est donc important d'y pourvoir, et nous venons à vous pour le faire avec plus d'autorité. Allez, leur répond Pilate, vous avez des gardes, usez-en comme il vous semblera bon ; je vous donne tout pouvoir. Et aussitôt le sépulcre est investi de soldats; la pierre qui en ferme l'ouverture est scellée; on n'omet rien

ponr une entière sûreté. Quel effet de cette prévoyance ? Point d*autres que d'écarter jusqu'aux moindres doutes et jusqu'aux [dus l^ers soupçons sur la résurrection de Jésus-Christ. Car, malgré toutes leurs précautions et tous leurs soins, le corps du Sauveur, après trois jours de sépulture, ne s'étant plus trouvé dans le tombeau , que pouvoient dire les pharisiens ? Que ses disciples l'avoient enlevé à la faveur de la nuit , et tandis que la garde étoit endormie ? Mais , reprend saint Augustin, comment a-t-on pu approcher du sépulcre, lever la pierre, emporter le corps , sans éveiller aucun des soldats? D'ailleurs, si la garde étoit endormie , d'où a-t-elle su qu'on l'avoit enlevé, et qui Tavoit enlevé ; et si die n'étoit pas endormie , comment a-t-elle souffert qu'on l'enlevât? Quelle apparence que les disdples, qui étoient la foiblesse et la timidité même, soient devenus tout-à-coup si hardis, et qu'au travers des gardes, avec un danger visible de leurs personnes, ils aiait osé ravir un corps mis en dépôt sous le sceau public ? De plus, quand ils l'auroient osé, à quel dessein voudroient-ils faire croire aux autres une chose dont la fausseté leur auroit été clairement connue? que pourroient-ils espérer de là? Car s'ils avoient enlevé le corps, il leur étoit évident que Jésus-Christ n'étoit pas ressuscité, et qu'il les avoit trompés ; et comme ils s'étoient exposés pour lui à la haine de toute leur nation, il étoit naturel que, se voyant ainsi abusés, bien loin de soutenir encore ses intérêts, ils le renonçassent, déclarant aux magistrats que c'étoit un imposteur; témoignage que toute la Synagogue eût reçu avec un applaudissement général , et qui leur eût gagné l'affection de tout le peuple : au lieu que, publiant sa résurrection, ils ne dévoient attendre que les traitements les plus rigoureux, les persécutions» les prisons, tos/puets, la mort même. {/% o «^^"^^ A k V^ ^

Gependap^oilà 1 unique défaite des Juifs, pour éluder le miracle ^ ^, de la résurrection de Jésus-Christ : Ses disciples enlevèrent son corps. / Ce n*est pas seulement de Févangéliste que nons l'apprenons, mais de Justin, martyr, lequel, ayant été juif de religion, étoit mieux instruit que personne de leurs traditions. Ils répandirent, dit-il, dans le monde, que le sépulcre avoit été forcé. Mais le mensonge étoit si visible, que la résurrection du Sauveur ne laissa pas de passer pour constante parmi le peuple. Josèphe lui-même n'en a pu disconvenir, qudque intérêt qu'il eût à obscurcir la gloire du Fils de Dieu : et afin que la gentilité aussi bien que le judaïsme rendît hommage à ce Dieu ressuscité, Pilate, selon le rapport de TertuUien, bien informé de la vérité, et déjà chrétien dans sa conscience , en écrivit à Tibère : Ea omma super Christo Piiatus , et ipse pro conscientiâ suâ jam christia^ nus, Tiberio renuntiavtt ( Tertull. ). Sur quoi ce Père n'a pas craint d'ajouter que les empereurs auroient cru dès-lors en Jésus-Christ , s'ils n'avoient été , comme empereurs, nécessaires au siècle, ou si les chrétiens, qui renonçoient au siècle, avoient pu être empereurs : Si aut Ceesares non fuissent sasculo necessarii^ aut ckristiiim potuissent esse Cœ*

B. 5. as

$ares (Tbrt.). Mais ce qui me surprend au-delà de tout le reste, et ce que nous ne pouvons assez admirer, c'est de voir les apôtres, qui^ pendant la vie de leur maître, ne pouvoient pas même comprendre ce qu'il leur disoit de sa résurrection, qui , dans le temps de sa passioUi en avoient absolument désespéré, et qui rcjjetoient après sa mort» conune des fables et des rêveries, ce qu'on leur racontoit de ses appa** ritions : de voir, dis-je, des hommes si mal disposés à croire, ou plu* têt si déterminés à ne pas croire, devenir les prédicateurs et les mar«* iyrs d'un mystère qui, jusque là, avoit été le plus ordinaire sujet de leur incrédulité, aller devant les tribunaux et les juges de la terre conjfesser une résurrection dont ils s'étoient toujours foit une matière de scandale, ne pas craindre de mourir pour en confirmer la vérité, et s'estimer heureux, pourvu qu'en mourant ils servissent, à Jésus* Christ glorieux et triomphant, de témoins fidèles. Qui fit ce changement en eux , et qui étoit capable de le faire , sinon Tassurance et la foi de sa résurrection? Mais une foi si ferme, après une incrédulité si obstinée, n'éioit-elie pas un coup de la main du Très-Haut ? H€bc mutatîo dexterœ Excelsi (Psabn. 76). Aussi est-ce en vertu de cette foi, je dis de la foi d'une résurrection si miraculeuse, que le christianisme s'est multiplié, que l'Évangile a lait dans le monde des progrès in* concevables, et que la divinité du Sauveur, malgré l'^fer et toutes ses puissances, a été crue jusqu'aux extrémités du monde. Nous n'avons qu'à considérer l'origine et la naissance de TÉglise. Jamais les apêtrès ne préchoient Jésus-Christ dans les synagogues, qu'ils ne produi* sissent sa résurrection comme une preuve sans réplique : Uunc Dem ^ : • . sjiscitavit tertiàdi^ (4ç^, 20)« C'est celui , disoiçu^^ils sans cesse, qui . est ressuscitéle troisième jour ; celui que le Dieu de n^ 'pères a glo- *. rifié, en le délivrant de la mort ; celui que vous avez crucifié, mais qui depuis s'est montré dans l'état d'une vie nouvelle. On diroîc que c'éioit là le seul article qui rendoit leur prédication efficace et invincible. Car en quoi faisoient-ils paroître la force de ce zèle apostolique dont ils étoient remplis? A rendre témoignage de la résurrection de Jésus-Christ : Virtute magna reddebant apostoli testinumium resurrec^ tionU Jesu Christi Dotnini nostri (Act. , 4.) En cela consistoit tout le sein et tout le fruit de leur ministère; jusque là même que lorsqu'il fallut procédera l'élection d'un nouveau disciple, en la place du perfide Judas , la grande raison qu'ils apportèrent fut qu'ayant vu ce qu'ils avoient vu , et qu'étant au Sauveur du monde ce qu'ils lui étoient, ils dévoient s'associer quelqu'un pour être avec eux témoin de sa résurrection : Oportet enim testem resurrecHonis ejus noMscum fieri unum ex isùs (Act. , 1 ) ; comme si leur apostolat eût été réduit à ce seul point. Et en effet, ajoute saint Luc» tout le monde se rendoit à la force de ce témoignage. Les Juifs n'y pouvoient résister, les Gentils en étoient persuadés, le nombre des chrétiens croissoit unis les jours; et nous apprenons de saint Chrysostome, qu'iounédiate-

SUR LA RÈStJRRECTIOU DE JÉSÛS-CHRtST. ^9

ment après la profession de foi que faisoient léH catéchumènes, en i-econnoissant que Jésus-Christ étoit ressuscité, on leur coiiféroit le baptême. Pourquoi cela ? Parceque professer la résurrection de Jésus-Christ, c'étoit professer qu'il étoit Dieu; et professe!* qu'il étoit Dieu, c'étôif embrasser sa religion, puisqu'il est certain que toute Isi relLdon chrétienne est fondée sur la divinité de Jésufi-Christ, et que fa ojnrinité dé Jésus-Christ ne nous à été authentiquement révélée que par le miracle de sa résurrection.

Ârrétons-nous ici , et pour répondre au dessein de Dieu dans ce mystère, élevons-nous par les sentiments de la foi au-dessus de hotre bassesse. Entrons, si j'ose m'exprimer delà sorte, dans le sanctuaire de lat divinité de Jésus-Christ, qui nous est ouvert; et, profitant de la fête que nous célébrons, dirons avec les vieillards de l'Apocalypse, prosternée devant le trône de l'Agneau : Digntu estAanUs qui occisum est^ acdpere virtutem et divinitatem {Apoc, 5). Oui, 1 Agneau sacrifié pour nous mérite de recevoir l'hommage que toute l'Église lui ren j aujourd'hui. En adorant son Être divin, faisons à ce Sauveur la même protestation que lui fit saint Pierre : Tu es Chrutus Filius Dei vivi (Matth., 16), Vous êtes le Fils du Dieu vivant ; ou pour la concevoir dans des termes d'autant plus forts et plus énergiques qu'ils sont plus simples et plus naturels, servons-nous de l'expression de ^aint Tho« mas, Dominus meu^ et Deus meus (Joan., 20}, Mon Seigneur et mon Dieu .'expression qui confondoit autrefois l'impiété arienne, et qui fermera éternellemeut la bouche à l'infidélité des libertins. Au lien qu'avant la résurrection du Fils de Dieu, et Thomas et les autres apôtres se contentoient de lui dire, Magister, Domine (Matth., 22 etSSL Seigneur, Maître; maintenant qu'il est ressuscité, faisons-nous un aevoir de lui répéter cent fois : Ùonùnus meus, et Deus meus: Vous êtes mon Seigneur.et mon Dieu; et vous me le faites connoftresi évidemment dans votre résurrection, que j'aurois presque heu de craindre qu^elle ne fît perdre à ma foi une partie de son mérite. Car je sens moname toute pénétrée des viyes lumières qui sortent de votre humanité sainte, et qui sont comme les rayons de la divinité qu'elle renferme. Je ne comprenois pas ce que saint Paul vouloit faire entendre aux Hébreux, quand il leur disoit que le Père éternel atoit commandé aux anges d'adorer son Fils dans le moment qu'il ressuscita , et qu'il fit sa seconde entrée dans le monde : Et ciim iteriim introdttcit primoçenitum in orbem terrœ, dicit : Et adorent eum omnes angeli Dei (Bebr., 1 ) : mais j'en voFs maintenant la raison; cest que Jésus-Christ, en ressuscitant, montra à tout Tunivers qu'il ctoit Dieu, et que Tadoration est le culte propre de Dieu, et uniquement affecté à Dieu. Voilà pourquoi le Père éternel voulut que ce culte fût rendu solennellement à Jésus* Christ par tous lesespiits bienheureux : Et adorent eum omnes angeU Dei. De savoir pourquoi il s'adressa aux au^es, et non pas aux hom- , pour leur donner cet ordre, ah ! mes Frères , dit saint Jérôme ,

expliquant ce passage, c*est notre instruction d'une part, mais notre confusion de l'autre. Car il ne s'adressa aux anges que dans la connoissance anticipée qu'il eut de l'ingratitude , de la dureté, de l'insensibilité des hommes. Il ne s'adressa aux anges que parcequ'il prévit que les hommes seroient des esprits mondains, qui , bien loin d'adorer Jésus-Christ en vérité, l'outrageroient , le blasphémeroient, et par le dérèglement de leur vie le couvriroient de honte et d'opprobre. II est vrai que les hommes, encore plus que les angea, dévoient adorer ce Dieu renaissant du tonibeau , puisque c'étoit leur Sauveur , et non pas le Sauveur des anges : mais les désordres des hommes , le libertinage des uns, l'hypocrisie des autres , l'orgudl de ceux-ci ^ la lâcheté de ceux-là, c'est ce qui détermina le Père céleste à recourir aax anges comme à des créatures plus fidèles, quand il voulut procurer à son Fils unique le tribut d'honneurs qui lui étoit dû en conséquence de sa résiirrection : Et cùm iteriim introducit primogenitum in orbem terrœ, dicil : Et adorent eum omnes angeli Dei; comme s'il eût dit : Que les anges soient ses adorateurs, puisque les hommes sont des impies qui le scandalisent. Car c'est le reproche que chacun de nous a dû se faire aujourd'hui dans l'amertume de son ame : reproche qui suffiroit pour nous tirer de l'assoupissement où nous sommes et pour ranimer notre foi, reproche qui, par ime suite nécessaire , produiroit notre conversion et le changement de nos mœurs.

En effet, cette foi de la divinité de Jésus-Christ a sanctifié le monde ; et n'est-ce pas par cette même foi que le monde qui nous enchante, et dont les maximes nous corrompent, doit être sanctifié dans nous? Si j'ai cette foi, ou je suis juste , ou je suis dans la voie de l'être : si je ne l'ai pas, il n'y a dans moi que péché et qu'iniquité. Qui est celui, demande le bien aimé disciple saint Jean, qui triomphe du monde, sinon celui qui croit que Jésus-Christ est Dieu ? Quis est qui vbwit mundurriy msï qui crédit quomam Jésus est Filius Dei (Joân., 5)? C'est-à-dire, quel est celui qui, mattré de ses passions, estr^lé dans sa conduite , modéré dans ses désirs , continent , patient , charitable, sinon celui qui se laisse gouverner et conduire par la foi de ce Dieu Sauveur? au contraire, quel est celui qui demeure toujours esclave du monde et de ses concupiscences, esclave de l'ambition, esclave de l'intérêt, esclave de la sensualité, si ce n'est pas celui qui a renoncé à cette foi, ou en qui cette foi est languissante? Quis est qui vincit minimum, nisiqut crédit quoniam Jésus est FiUus Dei f Consultez l'expérience, et vous verrez avec quelle raison parloit Tapôtre. La prudence humaine a cru pouvoir se maintenir indépendamment de cette foi, et en a voulu secouer le joug ; maison sait de quelle manière elle y a réussi, et les tristes effets de cette indépendance criminelle. On a vu des chrétiens s'ériger en philosophes, et laissant Jésus-Christ, s'en tenir à la foi d'un Dieu : mais, par une disposition secrète de la Providence, leur philosophie n'a servi qu'à faire parottre encore davantage l'^re-

ment de leurs esprits et la corruption de leurs cœurs. Il semble qu'avec la connoissance d'un Dieu, ils dévoient être naturellement sages et naturellement vertueux : mais parcequ'on ne peut être solidement vertueux et sage que par la grâce /que la grâce est attachée à Jésus- Christ, que Jésus-Christ ne nous est rien sans la foi , que la foi qui nous unit à lui est celle qui nous révèle sa divinité » de là vient qu'avec toutes ces belles idées de sagesse» ils ont été des insensés, des emportés; qu'ils se sont laissé entraîner au torrent du vice, qu'ils ont succombé aux plus honteuses passions; qu'ils se sont , comme dit saint Paul, évanouis dans leurs propres pensées, et qu'aflFectant d'être philosophes, ils ont môme cessé d'être des hommes. Au contraire, où a-t-on trouvé l'innocence et la pureté de la vie? Dans cette sainte et divine foi , qui nous apprend que Jésus-Christ est vrai Fils de Dieu : Quu est qui vincit mundum , nin qui crédit quoniam Jésus est Filiug Ikif Voilà ce qui nous justifie ; voilà ce qui nous ouvre le trésor des grâces et des vertus ; voilà ce qui nous donne accès auprès de Dieu, pour avoir part un jour à cette bienheureuse résurrection qui nous est promise. Résurrection de Jésus-Christ, preuve incontestable de sa divinité : c'est par-là qu'il confirme notre foi. Résurrection de Jésus- Christ, gage assuré de notre résurrection future : c'est ainsi qu'il anime notre espérance, comme vous l'allez voir dans la seconde partie.

DEUXIÈME PARTIB.

De tons les articles de notre religion , il n'y en a aucun, dit saint Augustin, qui ait été plus contredit que la résurrection des hommes » paroequ'ii n'y ea a '^point qui les retienne plus dans le devoir, et qui Jes assujettisse davantage aux lois divines : In nullà re tam vehementer eontradicitwrfidei christianœ^ quàm in resurrectùme carms (Augdst). Car si les hommes doivent ressusciter, il y a donc une autre vie que œUe-ci : toutes nos espérances ne se terminent donc pas à la mort ; nous avons donc un sort bon ou mauvais à attendre dans l'éternité ; IKen nouc^ réserve donc à d'autres récompenses, ou à d'autres peines qae celles que nous voyons ; notre grande affaire est donc de travailler id à mériter les unes et à éviter les autres ; il faut donc rapporter nos actions à cette fin, et tout le reste doit donc être indifférent ; nous sommes donc bien condamnables de nous troubler des misères de cette vie, et de nous laisser surprendre à l'édat des prospérités humaines ; la vertu seule est donc sur la terre notre bien solide, et même noure unique bien. Car toutes ces conséquences suivent nécessairement du principe de la résurrection des morts. C'est pourquoi TertuUien oommoice l'excellent ouvrage qu'il a composé sur cette matière par ees belles paroles : Fiducia christianùrum , resurrectio mortuorum ( TEETutL. ). Au contraire , dit saint Paul , si nous ne devons pas ressusciter, et si c'est au bonheur de ce monde que nos espérances sont bornées, nous sommes les plus misérables de tous les hommes : car

349 SDR LA RÉSURRECTION DE JÉSUS^GHRIST.

tout ce que nops faisons est iqutile. C'est en vain que noas^nous exposons à laAt de dangers, en vain que j'ai soutenu tant de combats à Ëphès^ pour 1^ foi ; il n'y a plus de conduite, plus de règle à garder , çt Ton peut donner à ses sens tout ce qu'ils d^smandent; le devoir et la piété sont des biens imaginaires , et Tintérêt présent est le seul bien qui nous doive gouverner. Prenez garde, Chrétiens : de cette erreur , que les hommes ne ressusciteront pas, l'Apôtre tiroit toutes cas cpu^ clusions par un raisonnement théologique , dont il y a^peu de personnes encore aujourd'hui qui comprennent toute la force, mais que saint Chrysostome a très bien développé, en observant contre qui saint Paul avpit ^ors à disputer. Ce n'étoit pas t reiparque ce Père, contre des hérétiques, qui , reconnoissant l'immortalité des âmes, ne voulussent psis reconnoltre la résurrection des corps ; son argument eut été nul : im^ig il combattoit les libertins et les athées , qui nient la résnrrectiw de^ corps, parcequ ils ne veulent pas croire l'immortalité des âmes, pi iWQ vie future. Car quoique ces deux erreurs n'aient pas entre elles «ne connexion absolument nécessaire, elles sont néanmoins inséparablement jointes, dsins l'opinion des impies, qui,*tàchant d'effacer de leur esprit l'idée des choses éteruelles, afin de se mettre en possessioa de pécher avec plus d'impunité , veulent abolir premièrement la foi de h résurrection des corps , et , par un progrès d'infidélité qui est presque inévitable , s'aveuglent ensuite jusqu'à se persuader même que les âmes ne sont pas immortelies. Et voilà pourquoi saint Paul se sert des mêmes anhes pour attaquer Tuae et l'autre de ces deux impiétés.

Quoi qu'il en puisse étr^, je dis. Chrétiens, pQur m'en tenir préoi** sèment à mon si^et , que dans la résurrection de Jésus-Christ, bous avons un gage sensible et assuiré de notre résurreetion s oommeiit cela? parceque, dans cette résurrection du Sauveur , nous trouvims tout à la Ibis le principe, le motif et le modèle de la nôtre : le principe par oà Dieu peut nous ressusciter , le motif qui engage Dieu è nous ressusciter, et le nKxlàle sur lequel Dieu veut nous ressHScitap« Ceci demande toutes vos réflexions.

Je prétends d^abord que nous trouvons dans la résunrectiou du Fils de Dieu le principe de la nôtre : pourquoi ? parceque celte résurrection miraculeuse est, de la part de Jésus-Christ, l'effet d'une foioe souveraine et toute puissante. Car s'il a pu par sa toute*puisssmce se ressusciter lui-même, pourquoi ne pourra-t-il pas faire dahs les autres ce qu'il a fait dans sa personne ? C*est l'invincible raisonnemeut de saint Augustin. Il y en a, dit oe Père, qui croient la résurrection da Sauveur, et qui se rendent là-dessus an témoignage incontestable des Écritures. Mais, fidèles sur ce point, ils corrompent d'ailleurs leur créance, et donnent dans une erreur grossière ; ue comprenant pas , ou ne voulant pas comprendre, comment il s'ensuit de là que nous puissions un jour ressusciter nous-mêmes. Gr, reprend ce s^t doc**

SUR LÀ RÉSURRECTION DE JËSUS^IHRIST. 343

teur» Jésûs-Christ ressuscité dans une chair semblable à la mienne, et ressuscité par sa propre vertu, n'est-ce pas une preuve évidente que je puis un jour , non pas me ressusciter moi-ro^ne comme lui , mais être ressuscité par lui ? Si , selon les fausses idées des manichéens ^ poursuit saint Augustin, il n'avoit pris, en venant sur la terre , qu'un ûorps fantastique et apparent; s'il avoit laissé dans la eorrupiion du tonibeau cette chair formée dans le sein de Marie , et dont il s'étoit revêtu pour vivre parmi les hommes ; si, reprenant une vie glorieuse, il avoit repris un autre corps qoe le mien, un corps d'une substance phis déKée et composée de qualité plus parfeites, je poorrois peut-êtne douter de ma résurrection. Mais aujourd'hui il renait avec la même chair , avec le même sang dont il fut conçtf dans les chastes flancs d'une vierge ; et ce que je vols s'accomplir en lui, quelle raison auroisje de croire qu'il ne puisse pas l'accomplir en moi? Car est-il moins puissant en moi et pour moi , qu'il ne l'est en lui-même et pour luimême; et si c'est toujours la même vertu , ne sera-t-elle pas toujours en état d'opérer les mêmes miracles ?

C'est donc par cette suprême puissatice qu'il ira dans les abîmes de la mer, dans les entraiHes de la terre, dans le fond des antres et des cavernes, dans les lieux du monde les plus obscurs et les plus cachés, recueillir ces restes de nous-mêmes que la mort avoit détruits , rassembler ces cendres dispersées , et , tout insensibles qu'elles seront , leur foire entendre sa voix et les ranimer.

Ainsi le comprenoit saint Paul , parlant aqx premiers fidèles. Jésus-Christ est ressuscité, mes Frères, leur dîsoît ce maître des nations ; on vous Tannonce, et vous le croyez : mais ce qui m'étonne, ajontoit le grand Apôtre, c'est que , ce Dieu-Homme étant ressuscité, il s'en trouve encore parmi vous qui osent contester la résurrection des hom*' mes : Si autern Christus prœdieatur quàd resurrexit à morîuis , quo^ mode quidam dicunt în vobis quia resurrcctio non est (!. Gor., 18) f car l'un n'est-îl pas une conséquence de l'antre , et ne sera-ce pas ce- Dieu ressuscité qui réparera les ruines de la mort , et qui rétoWira nos corps dans leur première forme et leur premier étaty-Qwi et reformabii corpus humilltatis nostrœ (Philip.,^). M^is encore par où opérera-t-il ce miracle? sera-ce seulement par l'efficace de son intercession? sera-ce seulement par la vertu de ses mérites? Non, rem^r* que saint Chrysostome; mais l'Apôtre nous feit entendre que ce sera' par le domaine absolu qu'a THomme-Dieu sur toute la nuture : Secundkm operationem quâ etiam possit subjicere sibi omnia (iKd. ).

Ainsi même Tavoît compris le patriarche Job, cet honmie ausoîlé de Dieu, trois mille ans avant Jésus-Chrîst , pour en parler dans des termes si précis et si forts, et pour prédire si claîremeni la résurrec-' tion du Sauveur et la nôtre. Oui, je croîs, s'écrioit-il , pour s'etfoourager lui-même et pour se soutenir dans ses souffrances , ie c*^is et je sais que mon Rèdeqapteur est vivant, et que je dois api^s les pelftes

de cette ^e« et après avoir payé le tribut à la mort, ressusciter dans ma propre chair : Credo quod Redemptor meus vivit (ces paroles sont admirables), et in novissimo die de terra surrecturus stim (Job, 19)» Voyez-vous la liaison qu'il met entre ces deux résurrections» celle de Jésus- Christ son Rédempteur : Credo quod Redemptor meus vivit ; et la sienne propre, et in novissimo die de terra surrecturus sum? Qu'auroit-il dit s'il eût vécu de nos jours , et qu'il eût été témoin oonune nous de cette résurrection glorieuse du Fils de Dieu, où nous ne trouvons pas seulement le principe de la nôtre, mais encore le motif?

Car il est naturel que les membres soient unis au chef : et quand le chef se ressuscite lui-même, n'est-ce pas une suite qu'il doit ressusciter ses membres avec lui ? Or, notre chef, c'est Jésus*Christ , et nous sommes tous les membres de Jésus-Christ. Je puis donc bien appliquer à ce mystère ce que saint Léon disoit de la triomphante ascension du Sauveur au ciel, que là où le chef entre , ses membres l'y doivent suivre : et de même que Jésus-Christ, selon la pensée de ce grand pape , n'est pas seulement rentré dans le séjour de sa gloire pour lui-même^ mais pour nous » c'est-à-dire pour nous en odvrir les portes et pour nous y appeler après lui; par la même règle et dans le même sens, n'ai-je pas droit de conclure que c'est pour nous-mêmes qu'il a brisé les portes de la mort , pour nous-mêmes qu'il est sorti du tombeau et qu'il est ressuscité? Et certes, s'il veut , en qualité de chef, que ses membres agissent comme lui, souffrent comme lui, vivent comme lui,, meurent comme lui , pourquoi ne voudra-t-il pa9 qu'ils ressuscitent comme lui? N'est-il pas juste que, nous faisant part de ses travaux, il nous fasse part de sa récompense : et puisqu'une partie de sa récompense e$t la gloire de son corps, parceque ce corps adorable est entre en participation de mérites avec son ame , n'est-il pas engagé par-là même à récompenser pareillement en nous et le corps et l'ame ? C'est la belle et consolante théologie de saint Paul ; et voilà pourquoi ce grand apôtre l'appelle les préinices des morts, Primitiœ dormien-tium .( 1 . Cor.^ 15) ; le premier-né d'entre les morts, Primogenitus ex martuis ( Coloss.^ i). Des prémices supposent des suites; et pour être le premier-né, ou si vous voulez, le premier ressuscité d'entre les morts, il faut que les morts doivent pareillement renaître à la fin des siècles , et reprendre une nouvelle vie. Vérité si incontestable dans la doctrine du maître des Gentils, qu'il ne fait pas difficulté de dire que si les morts ne doivent pas ressusciter après la résurrection de Jésus- Christ , et en vertu de cette bienheureuse résurrection, il s'ensuit que ce n'est qu'une résurrection imaginaire et supposée : Si resurrectio mortuorumnon est^ neque Christusresurrexit (1. Cor.^ 15).

Il est donc vrai, mes chers auditeurs, que nous ressusciterons par Jésus-Christ, ou plutôt, par la toute-puissance de Jésus-Christ ; il est vrai que nous ressusciterons, parceque Jésus-Christ est ressuscité .

et poor mettre le oomble à notre espërance, j'ajoute que nous ressus* citerons encore semblables à Jésus-Christ, et que sa résurreclion est le modèle de la nôtre. Car , demande saint Augustin » pourquoi Dieu a-t-il voulu que la résurrection de son Fils fût si sensible, et pourcpioi le Fils luiique de Dieu a-t-ii tant cherché lui-même à la faire con« aoître et à la rendre publique? Ahl répond ce saint docteur, c'est afin de nous découvrir sensiblement dans sa personne la vaste étendue de nos prétentions ; c'est afin de nous £ùre voir dans ce qu'il est ce que nous devons être , ou ce que nous devons devenir. Je n'ai donc qu'à me représenter ce qu'il y a de plus brillant dans le triomphe de mon Sauveur : je n'ai qu'à contempler cette humanité glorifiée; ce corps, tout matériel et tout corps qu'il est , revêtu de toutes les qualités des esprits , tout éclatant de lumière , et couronné d'une splendeur étemdle ; voilà l'heureux état où je dois être moi-même élevé, et ee que la foi me promet. Espérance fondée sur la parole même de Dieu , puisque c'est sur la parole de son apôtre. Car , dit l'Apôtre , quand Dieu viendra tirer nos corps de la poussière , et les ranimer, de son souffle, ce sera pour les conformer au divin exemplaire qui nous est proposé dans la résurrection de Jésu&<lhrist : Reformabit cor^ fnu hmmilitaAi nostrœ, configuratum corpori elantaûs iuœ (Pfcs/ip.,3). Maintenant ce sont des corps sujets à la corruption et à la pourriture ; maintenant ce sont des corps sujets à la souffrance et à la douleur : maintenant ce sont des corps fragiles et sujets à la mort ; maintenant ce n'est qu'une chair grossière, vile et méprisable. Mais alors, par le plus prompt et le plus merveilleux changement, ils auront, si je puis m'exprimer de la sorte, la même incorruptibilité que le corps d'un Dieu, la même impassibilité, la même immortalité, la même subtilité» la même clarté ; Configuratum corpori clarilatis suœ. Tout cela néan-. moins , mes Frères , à une condition , savoir : que nous travaillerons dans la vie présente à les sanctifier ; et par oii? par la mortification et la pénitence chrétienne : car si ce sont des corps que nous ayons flattés, que nous ayons idolâtrés, à qui nous ayons accordé tout ce que demandoit une cupidité sensuelle, et dont nous ayons feit par-là des corps de péché, ils ressusciteront, mais comment? Comme des objets d'horreur, pour servir à la confusion de l'ame et pour partager son tourment, après avoir servi et avoir en part à ses crimes.

Ah ! Chrétiens , les grandes vérités ! malheur à qui ne les croit pas; malheur à qui les croit , et qui vit comme s'il ne les croyoit pas ! mais heureux mille fois le fidèle qui, non content de les croire , en feit la règle de sa vie, et en tire de puissants motifs pour animer sa forveur ! Entrez , s'il vous plaît , avec moi dans cette importsmte morale.

Malheur^ dis-je, à qui ne croit pas ce point essentiel du christianisme et cette résurrection future ! S'il y avoit parmi mes auditeurs quelqu'un de ces libertins, voici ce que je luidirois avec toute la sincérité et toute l'ardeur de ilion zèle : Il faut, mon cher Frère, que

346 SUR LA RÉSURRECTION DE JÉSUS-CaiRIST.

le désordre soît bien grand dans vous , et que le vice y ait pénétré bien avant, pour vous réduire à ne pins croire une des vérités fondamentales de la religion. Il faut que votre cœur ait bien corrompit votre esprit, pour Taveugler et le pervertir de la sorte. Car, ditesmoi, je vous prie, si vous êtes encore capable de vous rendre à ce raisonnement , qui de nous deux est mieux fcmdé, vous qui ne croyez pas ce que Ton vous annonce touchant uoe autre vie que celle-ci et de la résurrection des morts , et moi qui le crois d'une foi ferme et avec une entière soumission? Sur quoi vous appuyez-vous pour ne le pas croire , du moins pour en douter ? Sur votre jugement , sur votre ]^rudence , ou plutét sur votre présomption? Vous ne croyez pas ce» mystères, parceque vous ne les concevez pas, parceque vous voulez mesurer toutes choses par vos sens , parceque vous ne voulez déiUN> rer, ni vous en rapporter qu'à vos yeux ; parceque vous dîtes, comme cet apôtre incrédule, Nisi videro, non eredam (Joan., W): Si je ne vois , je ne croirai rien ; conduite pleine d'ignorance et d'erreur : voilà le fondement de votre infidélité. Mais moi , dans ma créance et dans la foi que j'ai embrassée, et pour laquelle je serois prêt à verser mon sang, je me fonde sur le téonoignage de Dieu même, sur les principes dé sa providence et dé sa sagesse, sur la vérité de mffle prophéties , sur un nombre presque infiiii de miracles , sur Tatitorité des plus grands hommes de tous les siècles , des hommes les ptus sensés , les plus éclairés , les plus irréprochables et les plus saints. Je me trouve en possession d'une foi qui a opéré tant de mervàlles dans Funivers , qui a triomphé de tant de rois et de tant de peuples, qui a détruit et aboli tant de superstitions, qui a produit et feit pratiquer tant de vertus, qui a eu tant de témoins , qui a été signée par lesam de tant de martyrs , qui s'est accrue par les persécutions mêmes, et contre laquelte toutes les puissances de l'enfer et de la terre n'ont pu jamais prévaloir et jamais ne prévaudront : telles sont les raisons qui m'y attachent. Or, de ces raisons et des vôtres , jugez, encore Une fois, quèffes sont les plus sofides et les plus capables de déterminer un çsprit droit, et de le fixer.

Mais , me direz-vous , comment comprendre cette résurrection des morts ? it ne s'agit pas , mon chçr auditeur, de la comprendre pour la croire , mais de la cron*e quand même elle vous seroit absolument mcômpréhen^ible. Car, que vous la compreniez ou que vous né la compreniez pas , cye n'est point ce qui la rend pins ou moins

que vous qui vous piquez d'une prétendue

miez lii-dessus tant de difficultés. Comme si celte résurrection n'étoît

SUR U RÉSURRECTION DE JÊSUS^HRIST. 347

lablir ce qui étoit déjà, puisqu'il a pu faire ce qui n*avoit jamais été? Comme si cette résurrection n'étoit pas même ais^e et facile à Dieu , puisqu'il est tout puissant, et que rien ne résiste à une puissance sans bornes. Comme si toutes les créatures ne nous rendoient pas cette résurrection très-sensible : un grain de blé meurt dans le sein de la terre , c'est la comi^araison dé saint Paul , et il fout , en effet , que ce petit grain pourrisse et qu'il meure ; mais ensuite ne le voyonsnous pas renaître? et n'est-il pas étrange que ce qui vous fait douter, de votre résurrection , soit cela même par où la Providence a voulu vous la rendre plus intelligible ? Comme si cette résurrection n'étoit pas très conforme aux principes de la nature, qui, par linçlinatiop mutuelle du corps et de Vame, et par l'étroite liaison qu'il y a e»tra l'un et l'autre , demande qu'ils soient éternellement réunU. Gomme si la créance de cette résurrection n étoit pas une des notions les plu^ universelles et les plus communes qui se soient répandues dans le monde : ceux ipémes , disoit Tertullien , qui nient la résiurrection , \^ reconnoîssent malgré eux^ p^r leurs sacrifices et leursi cérémonies i( l'égard des morts. Ce soin d'orner leurs tombeaux et d'jen conserver les cendres, est un témoignage d'autant plus divin qu'U est plus na< turel. Ce n'est pas seulement , ajoutoit-il , chez les chrétiens et chei les Juifs qu'on a cru que les homnies dévoient ressusciter, maischeat les peuples même les jJus barbares, chez les païens et les idol&tres» et ce n*a pas seulement été une opinion populaire, n)ais le sentin^en^ des sages et des savants. Comme si Dieu, enfin, ne nous avait pas ËEKÂlité la foi de cette résurrection par d'autres résurrêctiçtus qu'on ^, vues , que des témoins irreprochs^es ont rapportées , et que nous ne pouvons tenir pour suspectes , sans déotentir les <jiivinej( llçritures et les histoires les plus authentiques. Ah| moq cher auditeur, allons ^ la source du n^al , et apprenez une bonqe fois à voi^ cçpnoitfe vo^^ inéme. Vous avez de la peine à vous persuader qu'ail y ai( upe ^ut^ vie; un§ résurrection, un jugemçQt à la fin des siècles , parcequ'ayi^ cette persuasion il faudroit prendre une conduite tau(e nouvelle, et qt^^ vous en. craignez les conséquenoes : mais les conséquences de yotre libertmagesontrcUes moins a craindre pour vous et moins affre)is^? Dieu, indépendamment de votre yolopté, vous a cféé sans vou^, et. (l saura bien sans vous et malgré vousvousressusciterziVonqftùavi^,, vHili re8urgc&; aut slremrrecturum te non credideris, proptereà uQnres urgifi (AuGcsT.); ce sont les parole^ de s^nt Augustin : Votre résurrectipn ne dépendra point de votre créance; mais le bonheur ou le noalheur de votre résurrection dépendra et de votre créai^ce et de voire vif;. Or quelle surprise à ce dernier jour, et quel désespoir, s'il faut resr susciter pour entendre l'arrêt solennel qui vous réproav^a ; s'il fai|t ressusciter pour entrer dans les ténèbres de Tep^, en sortant des oipbresdela mort; s'il faut ressusciter pour coasomfper par la r^iWpn du corps et (je Tume votre dfm^n^ljpp, Rffrceqi)^ ^B^.^fy?^*

feire d'une telle importance vous n'aurez pas voulu prendre un parti aussi sage et aussi certain que l'est celui de croire et de bien vivre !

Je dis de bien vivre : et voici le malheur, non plus du libertin qui ne croit pas , mais du pécheur qui croit et qui vit comme s'il ne croyoit pas. En effet» que sert-il de croire et de ne pas agir conformément à sa foi? que dis-je! et d'agir même d'une manière directement opposée à sa foi? de croire, une résurrection, qui nous fera comparoître devant le souverain juge des vivants et des morts , et de ne travailler pas à le gagner, ce juge redoulable, et à le fléchir en notre faveur? de croire une résurrection qui nous produira aux yeux du monde entier pour être connus tels que nous serons et tels que nous aurons été, et de vivre dans des habitudes, dans des désordres maintenant cachés et secrets , mais qui , révélés alors et publiés à la face de Tunivers , nous couvriront d'ignominie et d'opprobre? de croire une résurrection qui nous doit faire passer à une vie , ou éternellement heureuse , ou éternellement malheureuse, selon le bien que nous aurons pratiqué dans la vie présente, ou selon le mal que nous y aurons commis , et de ne rien foire dans la vie présente de tout le bien qui nous peut procurer une heureuse immortalité, et de commettre dans la vie présente tout le mal qui peut nous attirer la plus terrible condamnation , et nous conduire à une malheureuse éternité? Que sert-il , encore une fois , de croire de la sorte? ou plutôt , croire de* la sorte, n'est-ce pas se rendre encore plus coupable et se condamner par soi-même? C'est à vous surtout, femmes du monde , à bien méditer ce point de votre religion , et à en profiter. Peu en peine de l'avenir, vous ne pensez qu'au présent ; et refusant à votre ame tous vos soins, vous n'êtes occupées que de votre corps. Hélas! en voulant le conserver, vous le perdez. Voilà à quoi vous ne pensez pas , et à quoi vous penserez I mais trop tard, quand au son de la dernière trompette ce corps renaîtra de sa propre cendre , et que vous entendrez sortir de la bouche de Dieu ces formidables paroles : Quantimi in de* ticiis fuit y tantùm date illi tormentum (Apoc., -18) : Que les délices où ce corps a vécu , soient la mesure de son tourment. Après que vous en avez fidt votre idole , que vous l'avez tant ménagé et tant flatté, la mort en a fait la pâture des vere ; et la nouvelle vie que je lui rends en va foire la pâture des flammes , dont le sentiment lui sera d'autant plus douloureux, qu'il a plus goûté les feusses douceurs où vous l'avez nourri : Quantkm in deUcHs fuit , tantàm date Hli tormentum.

Concluons , mes chers auditeurs : Heureux le fidèle qui croît et qui attend une résurrection glorieuse , parcequ'il se met , par la pratique de toutes les œuvres chrétiennes et par la sainteté de ses mœurs, en état de la mériter ! Voilà ce qui animoit samt Paul, ce qui consoloit l'Église naissante et persécutée, ce qui, dans la suite des siècles, a soutenu tant de martyrs , ta^t de solitaires , tant de religieux : car nous 9QDffirons , disoient-ils , nous mortifions nos corps » nous nous

SUR ÎA BÉSURREGTION DE JÉSUS^miST. SI9

privons des plaisirs que le monde nous présente ; mais ce n'est pas en vain : et puisque nous sommes assura que Tame^undt au corps , et qu'à la dernière consommation des temps le corps doit encore se rejoindre à Famé pour commencer ensemble une .vie immortelle, pous avons bien de quoi nous réjouir dans la pensée que nous serons alors abondamment payés , par une fiélicité souveraine , de tout ce que nous aurons quitté sur la terre, et de tous les sacrifices que nous aurons faits à Dieu. Voilà ce qui doit inspirer le même zèle et la même ardeur à tout ce qu'il y a d'ames pieuses qui m'écoutent; je dis plus , voilà ce qui doit sanctifier tout ce qu'il y a ici de chrétiens à qui je parle. Voilà sur quoi ils doivent prendre leurs résolutions : ils ne les prendront jamais sur des principes plus solides. Si dans cette solennité ils n'ont pas encore fait leur devoir, voilà ce qui doit les engager à s'en acquitter sincèrement, à s'en acquitter promptement, à s'en acquitter pleinement. S'ils ont satis&it au précepte de l'Église, et qu'ils soient ainsi rentrés dans les voies de Dieu , voilà ce qui doit les y maintenir et les y faire marcher constamment : car c'est de. cette constance que tout dépend ; et pour ressusciter dans la gloire, il faut, par ui^e sainte persévérance , mourir dans la grâce. Maisi^ hélas ! qui persévérera? souffirez, mes chers auditeurs, que je m'attache particulièrement à ce point, en finissant ce dernier discours. Qui, di»-je, persévérera? où sont ces âmes fidèles à leurs promesses et inébranlables dans leurs résolutions ? Il n'y a que vous , 6 mon Dieu , qui les connoissiez , puisqu'il n'y a que vous qui puissiez connottre et le cœur de l'homme et l'avenir ; deux choses qui vous sont toujours présentes, mais qui nous sont également cachées , et jusqu'où nos foibles lumi^ res ne peuvent s'étendre. J'ai lieu néanmoins , Seigneur, de me consoler par les conjectures que je puis avoir d'un secret dont la parfaite connoissance vous est réservée ; et je sais en particulier, tout l'univers le sait avec moi , qu'il y a id un cœur que votre main a formé , un cœur ennemi de l'inconstance et de la légèreté , fidèle dans ses paroles , égal dans sa conduite , inviolablement attaché aux lois qu'il veut bien se prescrire ; qui, s'étant proposé de grands desseins, n'en peut être détourné par aucun obstacle ; qui a fait des prodiges de valeur pour les, exécuter ; et , ce qui n'est pas un moindre prodige , qui a renoncé pour cela non seulement au repos et aux plaisirs, mais à ses avantages mêmes et à ses intérêts. Jusqu'où la perfection de votre loi ne peut-elle point porter, 6 mon Dieu , ce cœur ferme et intrépide ? et qui jamais , dans ce sens, a été plus propre que lui au royaume du ciel?

t^'estdonc Votre Majesté, Sire, qui fait ici toute ma consolation. Mais qui suis-je, pour parler de moi? disons mieux, les anges protecteurs de votre royaume ; les Saints qui redoublent jour et nuit leurs prières pour votre personne sacrée. Dieu même , si j'ose le dire , ne trottve«t-il pas , dans la fermeté qui fait votre caractère, de quoi pou-

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wir se ooosolèr de Pinconstance de la plupart des chrétiens? C*est Dieu, Sire, qui a imprime dans votre grande ame ce caractère de fermeté : et comme Votre Majesté, s'arrétant au milieu de ses conquêtes, n'a point pris pour fermeté héroïque tine opiniâtreté ambitieuse , aussi nepeot'-dle se méprendre dans l'usage qu'elle doit faire de cette vertu. L'exemple qu'elle en vient de donnei* à toute l'Europe en est une preuve c(ae la postérité n'oubliera Jamais, t^lus ferme dans sa religion que dans ses entreprises militaires , elle a fait céder ses entreprises militaires à l'intérêt commun de la religion. Au seul bruit des «[inemis do nom chrétien, elle a interrompu le cours de ses armes ; votre piété royale n'ayant pu souffrir que vos armes , autrefois si glo« rieusement employées, et peut-être encore aujourd'hui destinées par la Providence h reponsser ces infidèles, servissent en aucune sorte à favanoement de leurs desseins. Incapable alors de penserj à vousmême , et de profiter dan^ cette conjoncture de la foiblesse de ceux dont votre bras a tant de fois dompté la force ; prêt à sacrifier tout dès que vous avez compris qu'il s*agissoit de la c^use de Dieu, vous avez oublié vos f lus justes prétentions , quand il a fallu donner des marques de votre zèle et de votre foi. Voilà ce que j'appelle fernieté, et fermeté pure, puisque ni l'ambition ni l'intérêt n'y ont nulle part.

Mais après tout, Sire, Votre Majesté sait assez que la fermeté d'un roi chrétien ne doit pas en demeurer-là : qu'elle doit être occupée dans lui à quelque chose encore de plus digne de lui : qu*il en doit être lui-même le sujet, et que, comme toutes les qualités qu'on admire dans les héros seroient peu estimées des hommes si la fermeté y manquoit , ainsi la fermeté même est peu estimée de Dieu si elle n'est jointe avec sa grâce, qui seule fait à ses yeux notre mérite. Oui, c'est pour conserver la grâce, que Votre Majesté a reçu de Dieu ce caractère de fermeté et de constance; et jamais la guerre, ce théâtre si éclatant pour eUe, ne lui a fourni de plus nobles triomphes que ceux d'un monarque qui fait triompher dans sa personne la grâce de son Dieu. Si dans tous les états la peisévérance chrétienne est le dernier effet de la grâce, on peut dire que c'est une espèce de miracle dans nn roi, et surtout dans le plus absolu des rois, puisqu'il trouve dans sa grandeur même les plus dangereux ennemis qu'il ait à combattre. Car que ne doit pas craindre pour le salut celui à qui tout obéit, à qui tout cède , à qui rien ne peut résister, à qui tout s'efforce de plaire, et à qui tout craint souverainement de déplaire; et quelle fer-, meté d'ame ne doit-il pas opposer à tout cela , s'il veut, disôit saint Bernard, que tout cela, en l'élevant , ne le perde pas? Mais aussi de que! mérite devant Dieu ne doit pas être la persévérance d'un pnoce qui, se voyant au-dessus'de tout et maître de tout, s'étudie à l'être

SUR LÀ RÉSURRECTION DE JÉSUS-CfiRIST. S5i

souverain la cbarité d'un chrétien» avec le droit d'impunité Féquité la plus droite, et tous les sentiments de la plus exacte probité?

Voilà, Sire, les victoires que la grâce tonte puissante de Jésus^ Christ doit remporter dans vous. Demeurant ferme dans cette grâce» vous confondrez les libertins» qui craignent votre persévérance; vous consolerez les gens de bien, qui en font le sujet de leurs vœux; et constant pour un Dieu si constant lui-même pour vous , en gouvernant un royaume delà terre, vous mériterez de posséder le royaume éternel| que je vous souhaite» etc.

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