SUR LA TRÈS SAINTE TRINITÉ
Et par qui nous est-il proposé? Par Jésus-Christ méme^ rorade et la sagesse de Dieu. Pater sancte^ dlsoit-il, parlant à son Père, serva eos in nomne tuo quos dedisti ndhi^ ut sint unum sicut et nox (JoAN.,i7) ; Mon Père, je vous offre tous mes élus, tous mes fidèles, tous ceux que vous m'avez donnés à instruire : conservez-les par votre grâce, afin qu'ils soient un comme vous et moi. Que veut-il dire, et comtment arriverons-nous à cette perfection? Le Père et le Fils ne font qu*un même Dieu dans la Trinité ; le Fils est consubstantiel au Père, le Père est la même substance que le Fils : quelle charité nous peut unir de la sorte? Ah ! répond saint Augustin , ce que le Sauveur du monde a voulu nous faire entendre, c'est que nous devons être parfaitement unis de cœur et de volonté; que nous devons être, par grâce et par imitation, ce que les trois divines personnes sont par la néces»site de leur être; que, comme il n'y a rien qui ne soit commun entre elles, aussi la charité du christianisme doit nous faire renoncer à tous nos intérêts propres ; que de même que le Fils de Dieu disoit à son Père, Pater y onmia mea tua sunt^ et tua measunt (Ibid.); Tout ce qui est à moi est à vous , et tout ce qui est à vous est à moi ; de môme il faut que nous soyons prêts à dire à nos frères : Ces biens que Dieu m'a donnés sont pour vous aussi bien que pour moi; et ces misères que vous souffrez sont les miennes aussi bien que les vôtres. Que seroit-ce que le christianisme, si cette charité y régnoit? que seroit-ce que tant de familles, si les pères et les enfants, si les maîtres et les domestiques, si le mari et la femme, si les frères et les soeurs gardoient entre eux ce parfait accord? Au lieu de ces troubles qui y mettent la confusion, au lieu de ces procès qui les désolent, au lieu de ces éclats scandaleux qui les décrient, elles se soutiendroient , et dans un repos inaltérable elles goûteroient toutes les douceurs d'une paix chrétienne. Alors , plein de consolation , j'aurois de quoi vous féliciter, et je m'écrierois avec le Prophète : Quàm bonum et quàmjumnr dum habitare fratres in unum (PsaL 134)! Quel bonheur pour ces chrétiens , quel bonheur pour ces maisons, de vivre dans une concorde qui y entretient le calme, et qui y fait fleurir la piété!
Mais que voyons-nous? Tout le contraire, et c'est ce que nous ne pouvons assez déplorer. Point d'union dans le christianisme, et même entre ceux que lés lois de la nature les plus inviolables et les plus sacrées devroient tenir étroitement lié^les uns aux autres; je veuxdife, point d'union : entre qui ? souvent entre des proches j souvent enti^e des frères et des sœurs, souvent entre des pères et des enfants. Je dis plus : Point d'union, souvent entre des ministres de Jésus-Christ, qui, par état néanmoins et par profession , doivent être des ministres de paix ; souvent entre des personnes consacrées au Dieu de la paix par les vœux les plus solennels, portant le même habit et vivant sous la même règle. Voilà ce que nous voyons : et pourquoi? parceque nous ne savons pas, ou plutôt parceque nous ne voulons psis nous former sur le
SUR LA TRES SAINTE TfONITÉ. 409
grand modtte qoe la foi nous metdevantles yeax. Prenez garde : dans Tadorable Triaitë, point de sentiments oppoeés ; ce que veut une personne divine, les autres le veulent; mais parmi nous, ce sont des contradictions étemelles : soit bizarrerie d'humeur; soit malignité de na* turel,soit hauteur d'esprit et fausse gloire qu'on se fait de ne céder jamais, quel que puisse être le principe du mal , on a ses idées particulières, et l'on veut qu'elles prévalent à tout ; on a ses caprices , el l'on veut qu'ils soient suivis en tout. £t parceque nous ne trouvons pas toujours des gens assee dociles pour s'asservir à nos caprices et à nos idées; parceque chacun ^ au contraire, prétend dominer, se faire écouter , l'emporter ; de là les contestations et les disputes, de là les guerres qui commencent par l'esprit et qui finissent par le cœur , de là les aigreurs, et une maligne détermination à se butter toujours les uns les autres. C'est assez qu'un tel ait parlé de telle manière, pour engager un tel à tenir un langage tout différent; c'est assez quecduid estime telle chose, pour porter celui-là à la condamner : comme si Ton n'avoit point d'autre règle ou pour penser, ou pour agir, qu'une aveugle obstioation à ne s'accommoder au gré de personne , et à ne convenir avec personne. Dans l'adorable Trinité , point d'intérêts séparés ; mais parmi nous mille intérêts qui nous divisent. On ne pense qu'a soi-même, on n'a égard qu'à soi-même, on rapporte tout à sdiméme. Et comme cet intérêt propre, à quoi l'on est résolu de ne rien refuser, ne peut souvent s'accorder avec l'intérêt du prochain, il n'y a poiot d'injustice et de violence à quoi l'on ne se porte, pour écarter ou pour détruire tout ce qui pourroit faire obstacle et arrêter les desseins qu'on a formés. De là les mauvais tours , les trahisons, les feux rapports, les médisances, les calomnies, les chicanes, les procès, toutes les vexations qu'inspire la cupidité et qui ruinent la charité. C'est sur quoi l'Apôtre s'expliquoit encore avec tant d'éloquence et tant de zèle en parlant aux Corinthiens. Il avoit appris qu'ils s'appeloient les uns les autres devant les tribunaux de la justice pour terminer leurs différends ; et là-dessus que leur disoit-il? Ah ! mes Frères, que ne souffrez-vous plutôt l'injure qu'on vous fait? Quare non magis injuriam accipitts (1, Cor., 6) ? Que ne souffrez-vous plutôt le dommage que vous recevez? Quare non magis fraudem patimini (Ibid.)?Maisbien loin, poursuivoit le saint apôtre, d'être ainsi disposés à pardonner et à souffrir, vous vous outragez mutuellement, et vous travaillez à vous enlre-détruire : Sed vos injuriam fadtis et fraudatis ( Ibid. ). Ce qui le touchoît davantage , et ce qu'il leur reprochoit plus vivement , c'est que des frères , que des chrétiens , se traitassent de la sorte : Et hoc frairibus (Ibid,). Comme s'il leur eût dit : Que des païens aieot ensemble des démêlés, je n'en suis point surpris; ils ont des dieux qui leur en donnent l'exemple : mais nous qui , dans le Dieu que nous adorons, avons le modè!^ de la plus parfaite unité , d'une unité constante, d'une unité indivisible, d'une unité éternelle, qu'on nous voie
M S0II LE TRÈS SAINT SACâBMENT.
former mtre nous des pmtûr» des iatrigim, descttotoê ; q«6 j^dii# IM moindres iatëréCs» et pour de viles prâmcioiis d^nt mus ne totil(Hid rien relàcber» on voie des fidèles ^ëBtwt eontre des fidèles , ponAet contre des fidèles» a|^f contre des fidèles, Et hoc frairllbmt c'est ee qui m'éloone, et œ qui ne s'accorde pas avec le caraetèfédeletir retig^n. AppliqnoosHioas à noos-mànesces reproebes* ciirëtieiis aodHeurs; car ils ne noos conviennent que trop : et en <|iieU termes se fftt ex*primé saint Panl, s'il eût été témoin de nolire coodnite , je vent dire de nos anîmosités , de nos envies , de nos resseniiments » de nos ven<« geanœs, de tant <f éclats scandaleui, qui font le sujet des entretiens d« ax)nde,etque le monde hii -même est le premier à oondamnerîCest à vous , ô Dien de la charité et de la paii , c'est à tous à maïutenir parmi nous Tune et l'antrci ou pluUk à les y établir ; car elles ne sont que trop altérées. Père tout puissant ^ vous avez formé nos eoenrs, et vous êtes toujours mattre de les tourner comme il vons platt ! Fib égal à votre Père^ et éternd comme lui , mais ftrlt chair pour nous , vous nous avsE rassemblés sons une même loi» et c'est une lot d'amour ! Esprit saiat, vous êtes l'amour substantiel du Père et du Fils, el c'est par vous que la charité est répntidae dans les âmes ! Trinité souverainement adorubie et aimable, c'est de votre sein que nous som^mes tous sortis , et c'est dans votre sein que vous voulez tous nous rappeler ! Unissez-nous sur la terre , comme nous devons l'étré dans l'éternité Uenheureuse, où nous coiuluise, eie^
Caro mea verè est cibuf.
Ma chair est Tnimeiit une viande. SxDiTiKMi* chap. iu
C'est ainsi que le Sauveur du monde faisolt en deu^ nlots l'éloge de son corps ndorable $ et c'est, Chrétiens, de cette chair toute sainte et touie divine que j'ai moi^ndme k voue entretenir. Ce ti'e^t point de la personne de lésas^Ihri^t ; ce u'efift ni de sa divinité , ni de son ame , mais de sa cbur : Cero mea. Et pour en venir d'abord au point que j'ai entrepris de traiter, remâirqucat, s^ tous plaît, avec moi^ que, dans les paroles de mon texte, leFttsde Dieu^ voulant recommatider son corps MX Juifs, ne leur dît pas que c^èsl le temple du Saint-Esprit » que c'est le sanctnaire de Dieu, que c'est le chef-d'œtivre deâ mains et de la toute^^puissance du Seigneur , mais que C'est une nourriture et une viande : Curù mea t>erè eèt tibus. Cependant, cet état de viande et d'aliment n'est'il pas le plus imparfeit? n est vrai, mes chers auditeurs, si nous renlêâdonsde cette viande commune qui sert â réparer les forces et à soutenir la vie naturelle de nos corp$ ; mais ufie Viande sacramentelle, nue viande qui, toute matérielle qu'elle est, a là vertu do nous conférer la grâce ^ de nous donneir uue vie surnaturelle et toute spirituelie, de n<^os purïfler, de nous sanctifier, t^'est ce qui nous
la doit rendre infioiineot prëcieuse, et ee qui en fait l'excellence. Vier^^ sainte, o'eàt ddns vos chastes entrailles que ce sacré corps fut conçue votre chair innocente et pure a ëté la chair de Jésus-Christ, et la chair de Jésus-Christ a été la vôtre : c'est par l'opération de TEsî^rtt céleste que cet ineffable mystère s'est accompli , et c*est auprès 4e ce divin époaK que j'implore votre assistance, en vous disant : Avç Maria.
Le dessein qUe je me propose dans ce discours voas surprendra peQt*ôtre, Chrétiens ; mais j*ose dire que , si vous voulez vous appliquer à le bien comprendre, il vous paroitra très convenable au mystère de ce jour, et qu'il remplira parfaitement Tidée que vous avez de cette féie. Je veux vous montrer que c'est aujourd'hui par excellence la fête du corps de Jésus-Christ : Feslum corporis ChristL Car c'est le titre qu'elle porte, et sous lequel elle a été instituée; et mon dessein est de vous justifier ce titre , en vous feisant voir que le corps de Jésus- Christ ne pou voit être plus honoré qu'il l'est par le mystère de la di- Tîiae Eucharistie : c'est là ma proposition générale. Il faut seulement fai réduire à qlielques points particuliers, et la partager.Or, pour cela, je considère lê corps de Jésus-Christ en deux manières ; ou plutôt, je trouve que Jésus-Christ a, tout à la fois, et un corps naturel, et un corps mystique. Son corps naturel, c'est sa propre chair , cçite chair dont il s'est revêtu poumons; et son corps mystique, c*est TÉf^lise, ^'il s'est unie et incorporée selon là doctrine de saint Paul. Je dis donc que c'est aujourd'hui la fjfrande fête de Tun et de l'autre : pourquoi? parceque c'est aujourd'hui tout ensemble le triomphe de la chair de Jésu&-Christ, et lé triomphe de TËglise de Jésus-Christ. Le Sauveur du monde ne pouvoit faire plus d'honneur à sa c;}iair que de l'établir, comme il a fait, en sacrement, et en sacrement le plus auguste de notre religion, qui est l'Eucharistie. Et j'ajoute que ce même Sauveur du n^onde ne pouVoit fiiire plus d'honneur à son Église, qu'en lui laissant sa chair établie de la sorte, et comme érigée en sacrement. Ainsi l'Église et la chair de Jésus-Christ ^ont-elles honorées réciproquement l'une par Tautre. Car la gloire du corps de Jésus-Christ , c'est d'avoir été donné à l'Église dans le saint sacrement de l'autel : vous le verrez dans la première partie. Et la gloire de l'Église, c'est d'avoir reçu et de posséder le corps de Jésus-Christ dans ce sacrement : ce sera la seconde partie. Quoique ce soit là un éloge plutôt qu'une instruction, nous pourrons néanmoînsen tirer de solidts conséquences pour l'édîficatioh de nos âmes. Commençons.
PaiïlIIÈaË PAETtB.
ïl étOft juste que la chair de Jésus-Chrîst fftt honorée, et que Jésus- Christ travaillât lui-même à lui faire rendre les hommages qui lui sont dus. Deux grandes raisons l'y obligeoient. Pi-emièrement , l'honneur
qu'il avoit fait à cette chair de contracter une si étroite alliance avec die» et de Tunir à sa personne divine dans rincamation ; et secondemeaty les humiliations extrêmes à quoi il Tayoît réduite dans sa pas* sion. Avez-vous jamais pris garde , Chrétiens» à une belle parole de saint Jean» pour exprimer le grand mystère de Tincarnation du Verbe? Il ne dit pas que le Verbe s'est fait homme» il ne dit pas qu'il s'est al* lié à une nature intelligente et spirituelle comme les anges» il. ne dît pas qu'il a pris une ame telle que la nôtre; mais il dit simplement que le Verbe s'est fait chair : Et Verbum caro factura e»t ( Joan •» 1 )• £h quoi! reprend saint Augustin » la chair de Thomme est ce qu'il y a dans rhomme de plus imparfait ; c'est en quoi Thomme est semblable aux bétes : pourquoi donc rapporter à la chair seule cet étonnant mystère de l'union qui s'est faite entre l'homme et Dieu? Ah! répond ce saint docteur» c'est pour vous apprendre ce que Dieu a fait pour nous» ce qu'il a voulu être pour nous» jusqu'à quel point il s'est anéanti pour nous ; puisque étant Dieu, il a bien daigné se faire chair. Il est vrai» Chrétiens ; mais c'est par-là même aussi que le Saint-Esprit nous a fait comprendre ce qu'il étoit important que nous sussions » quelle est la dignité de la chair de JésufrC!hrist, puisqu'en conséquence de ces divines paroles : Et Verbum caro factum est, on peut dire » selon tous les principes de la théologie et de la foi» que la chair de Jésus- Christ a été la chair d'un Dieu» qu'elle a subsisté de la substance d'un Dieu» qu'elle a fait partie d'un tout » qui étoit Dieu ; et que comme le Verbe» en s'incarnant» est devenu chair» Et Verbum caro factum estf ainsi la chair de l'homme, par l'incarnation» est devenue la chair d'un Dieu. De là » concluons qu'il n'y a donc point de gloire » point de culte» qu'on ne doive à la chair de Jésus-Christ ; et que Jésus-Christ même, après une si noble alliance» n'en pouvoit trop faire pour honorer sa chair. *
D'autant plus qu'il la réduisit dans sa passion aux dernières humiliations. Car cette chair vénérable qui fut comblée pour nous d'ignominies et d'opprobres, c'est elle qui fut déchirée de fouets, c'est elle qui fut profanée par les mains des bourreaux ; et» pour tout dire en un mot, c'est elle» si j'ose user ici de cette manière de parler» qui fit tous les frais de notre rédemption. Ce ne fut point Tame de Jésus- Christ qui servit de victime pour notre salut ; ce fut son corps» ce fut sa chair virginale. Ce fut elle qu'il immola sur l'autel de la croix; elle étoit sainte, et il en fit un anathème et un sujet de malédiction ; elle étoit digne de tous les respects des hommes» et il permit qu'elle fût exposée à toutes leurs insultes. Il falloit donc qu'il la récompensât et qu'il rhonorât autant qu'elle avoit été humiliée» ou plutôt, autant qu'il l'avoit lui-même humiliée. . Or c'est justement ce que Jésus-Christ a fait dans la divine Eucharistie; voilà la fin qu'il s'est proposée dans rinstilulion de ce mystère, et voilà aussi pourquoi nous célébrons aujourd'hui la fête de son corps.
sua L6 TRÈS SAINT SAGREMEMT. 415
£a effet, Chrétiens, rEucharisdeaeule fait plas d'iKumeur à h chair de Jésus-Christ que tous les autres mystères glorieux de oet Homme^ Dieu ; et quand Û sortit du tombeau, la gloire qu'il communiqua à son corps ne fut point comparable à celle qu'il lui avoU donnée, etqu'il lui donne encore tous les jours dans son saint sacrement Cette proposition yous paroît nouvelle ; mais écoutez-moi, en voici la démonstration. J*avoue, mes Frères, que Jésus-Christ, sortant du tombeau, donna à sa ch^r d'admirables qualités : impassibilité, subtilité, agilité, lumière et splendeur; mais après tout, ces qualités n'ont rien qui surpasse l'ordre de la créature; au lieuqu'id,c*est4-diredans l'adorable Eucharistie, la chair du Sauveur est élevée à un ordre tout divin, elle y prend un être, elley acquiert des propriétés, elle y fait ceque Dieu seul peut faire. Et quoi? il faudroit un discoursentier pour vous l'expliquer. Je m'arrête à ce qu'il y a de plus essentiel, et à ce qui doit le plus vous toucher. Je ne vous dis point que cette chair bienheureuse possède une espèce d'immensité dans l'auguste sacrement de l'autel, puisqu'il est certain qu'elle n'y est bornée par aucun espace, et qu'en vertu de ce mystère elle peut être tout à la fois dans tous les lieux du monde ; qualité propre de Dieu. Je ne dis point qu'elle y devient toute spirituelle, mais bien autrement que dans sa résurrection, puisque la chair de Jésus-Christ est dans l'hostie à la manière des esprits, tout en tout, et tout en chaque partie; autre qualité miraculeuse. Je laisse ce qu'a remarqué l'abbé Rupert , qu'elle est comme éternelle et incorruptible dans ce sacrement, parcequ'elle y sera jusqu'à la consommation des siècles ; ou plutôt. Chrétiens, qu'elle y meurt tous les jours, mais d'une mort mille fois plus merveilleuse que l'immortalité même dont elle jouit dans le ciel, puisque c'est pour y renaître continuellement par les paroles de la consécration. Tout cela, autant d'effets de la toute-puissance divine pour honorer le corps du Sauveur.
Mais le grand miracle, et celui qui comprend tous les autres, et celui que Jésus-Christ nous a marqué plus expressément dans l'Évangile, et celui à quoi les hommes font moins de réflexion, et celui qui devroit être plus médité, et celui que je trouve incontestablement le plus glorieux à la chair db Fils de Dieu , je l'ai dit, et il faut le développer davantage, c'est qfte la chair de Jésus-Christ, dans l'Eucharistie , est l'aUment de nos âmes. Quoiqu'elle ne soit qu'une substance terrestre et matérielle, elle a la vertu de vivifier nos esprits. Au lieu que naturellement c'est l'esprit qui doit vivifier la chair, ici c'est la chair qui , par un prodige bien surprenant , vivifie l'esprit, et qui le soutient, et qui l'anime, et qui lui sert de nourriture pour le conserver. Car prenez garde, je vous prie (c*e^t la réflexion de saii)t Ambroise] : quand le Fils de Dieu parlôit aux Juifs de ce]sacrement, il ne leur disoit pas, Ego sum cibus. Je suis la viande ; mais il leur disoit , Caro mea verè est dbus : Ma chair est la viande dont il faut que vous soyez spirituellement nourris* Ce n'est point lame, ce n'est point la
414 SUft LE TRÈS Sk\m ftACMiltËNti
dnrmié de iristu^Christ qui fiait BOtre alknênl spMtttd dâM l^Eitctiaristie^ c'est sa chair i Caro tnea. Si la divinité et l'ame s*y trouvent , i^eat, comme parle l'école, par concomitanoe .* ce qui nous nourrit, et ce qui noua est directement donné en qualité de nourriture, c'est la chair de cet Homme-Dieu, dont notre ame eit sustentée, foriffiée, et, pour nie servir du nsot de Teruillien, engraissée. Or que! honneur pour une chair, que ce sdt elle qui fions i^nde tout «pijAtnels». elle qui poBS communique la gpacë, et cfui nous ftsse vivre de la vie de Dieu atéme 1 Oui, Chrétiens, je le répète, ce miracle seul élève la chair dn Sauveur du monde à un ordre surnaturel et divin : car i\ n ^ aque la chair d*un Dieu qui puisse opérer de telles merveilles,* et Diett prenant une chair, ne pouvoit plus rhonorer qu^en lui donnant b force et la venu de les produire. Or tout cela convient à la chair de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, et c'est ce que FËgliae exprime eu un mot, lorsqu'elle nous la présente par les mains des prêtres. Corpiu Dùnnnifnoitri Jesu Ckrisli euêtodiat animam tuam invitam œtemtvm : Reçois, Chrétien, nous dit-elle^ reçois le corps de ton Seigneur et de ton Dieu. Et pourquoi? afin qu'il conserve ton ame pour la vie éter^ Belle. Voyez-vous , mes chers auditeurs, Tinestimable prérogative du corps de Jésus-Cbrist ? Dans Tordre de la nature, c'est à l'ame de conserver le corps : mais dans Tordre de la grâce, c'est le corps de Jésus-Christ qui conserve notre ame ; et cet ordre, qui est un ordre de grâce pour nous , est pour le corps de Jésns-Ghrist un ordre de gloire, mais de la gloire la plus éminente et la plus soblime.
Après cela, faut-il s*étonner que Dieu, par une conduite pleine de sagesse, et par une disposition de sa Providence , nous ait proposé ce corps à adorer dans nos temples? A qui rendrons-nous plus justement le culte de l'adoration, qu'à une chair qui est le principe de notre vie et de notre imnK)rtalité ; et où Tadorerons-nons avec plus de raison qtte dans son sacrement, puisque c'est là que Dieu Ta rendue toute puissante pour nous animer de la vie de la grâce, et nous vivifier selon Fesprit? Oui, mes Frères, dit saint Ambroise , nous adorons encore aujourd'hui la chair de notre Rédempteur, %t nous Tadorons dans les mystères qu'il a institués lui-même, et qui se célèbrent tous les jours sur nos autels. Toilà , Chrétiens ^ des paroles bien pressantes contre nos hérétiques, et qui de tout temps les ont jetés dans un étrange embarras. Cette chair de Jésus-Christ, continue saint Ambroise, a été formée de la terre aussi bien que la nôtre, et la terre est appelée dans l'Écriture l'escabeau des pieds de Dieu ; mais cet escabeau, considéré dans la personne dn Sauveur et dans le sacrement de sa chair , est plus vénérable que tous les trônes des rois, et c'est pour cela oue nous Tadotons. Je ne savois pas, ajoute saint Augusdn, ce que Dieu vouloil dire par son Prophète, quand il nous ordonne d'adorer Tescabeau de ses pieds, qui est la terre, Adorate scabetlum pedutn ejas {Psaini. 57) ; et je ne comprenois pas comment cela se pouvoit foire
Stnt LE TMte BAlMt ftàCKËIf EHf ^ HH
Une imfliài a nnb j'iai ti tromé le seeret et te mystère dims le s*^ orement de JéaHft-*Gbrist. Car c'est ce que ftoea hmms toes les joars» lonqne nom lOMiffiniis sa chiir, et qu'avant qve de Iq naiig^et* neus l'ftdorotta^ttoil seulement sans saperstidon, mais avce tout le mëriie de bl foi f parceque cette chair» étant iiii aMment de salut» qvoiqu'eHe aûii de terre et Feseabeau même des pieds de Dkf», il fiiut l'adorer : et Uen knu que nous pëcUons eu fadSorant, ce serait on crime de ne Fadorer j^as : Et quim iUam ^ahiem mauâêteandant nobiê aâ fahUem, dBdil> mgtna autan iUam mandueaê fiiâ prtiit àdoraverit : rie inveniinn M, ^ptêmaémodàm odorefur uUe scabalhm peAnm Doniini, ut non <o- Jk» no«i peresmai odorando, Med peeeemus non adarando (August.). . C'est pooreda» Chrétiens, que rÉ{>flise a Institué cette Mie que nous solennisons sous le titre et à rbonneur du corps de Jésus-Christ. Elle a toCilu se conformer aux sentiments et 4 Texemplede Jésus-Christ même. Jé8US*Chi$st aprétendu honorer sa chair dans TEudiaristie; etl'Égirse ftoBoreP£tieharistie pour honorer cette mèmechair. Vousmedemandet sur quoi est fondée cette cérémonie de porter en pompe le corps du Pila de Dieu? Sur les raisons les pins solides et les plus touchantes. Écoutez* ]es% On le porte» remarque un savant théologien» premièrement, en mémoire de ee qu'il se (mrta lid-méme, quand il distribua à ses apôtres sa chair et son sang. Car alors, dit ssâat Auguslk», il est évident cfo'il ponoit son propre corps, et que ce que l'Ëcriture disoit de David dans un sene figuré, savoir, qu'il se portoit lui-même dans ses tnains, a'acoMnplit à la lettre dans la persome du Sauveur ; oe sont les termes exprès de saim-Augustia. Mais que lit cet Homme-Dieu, quand il se porta ainsi lui*méme? Il se lit comme mi triomphe à soi-même ; car il M pouvait dire plus bonorablemeal porté que par soi-même et dans aea propres mains. Or c'est ie mystère que l'Église nous représente laijanrd'hui^ faisant porter oe corps vénérable dans les mains des. prêlrss, qui sont comme, les propres mains du Fils de Dieu. Mais fM^li^quai te porter borades templesf pourquoi dans les rues et dans les places publiques? C'est, répond l'auteur que j'ai ciré, en action de grâces de eequ^t alloit tan»même autrefois parcoarani les villes et les bourgiadea, faisant le tour de la Judée et de la Gali'ée, et guérissant les malades partpilt où il passok : Gircuibai ommi mvitates eteaêieHà (MATîtf.,9); Voilà pourquoi TÊgHsc le fait encore porter par toute la chrétienté, e^ét«nt du reste qu'il opérera parmi nous les mêmes merveilles qu il opéroit parmi les Juifs. Car ne doutez pas, mes chers auditeurs, que ce Sauveur, passant aujourd'hui devant vos maisons, ne les ait sanctifiées par sa présence $ ne doutea pas qu1l n'ait répandu dans toutes les places publiques des bénédictions particulières, et qu'on n'ait pu dire de lui : Periramiit benefaeiendo { AcL, iO) ; il a passé, et il a laissé sur tout son passage des if fets de sa libéralité. C'est ce que Dieu semble avoir voulu nous marquer dans une des plus belles figures de l'ancien Tesiam^t, L^Écriture dit que parce*
qoe Josei^h avoît poorfu de pam tonte TÉg^pte dans te tempe de le stérilité et de la Auminet le roi Pharaon le fit monter snr nn diar, et le fit conduire par tontes les provinces de son royanme, avec ordre à cbacnn de l'adorer et de se prosterner devant Ini. Ainsi» parœqne lé Fils de Dien nous a donné ce pain céieste qui est son corps, TÉglise lé lait paroltre comme snr un trône et sous le dais ; et dans cet état, elle le conduit dans tous les lieux du monde chrétien , ordonnant à tous les fidèlesde fléchir les genonx devant lut, et de lui présenter leurs respects et leurs adorations. Il y a plus : elle le porte, ajoute le bienheureux évèque de Genève, pour lui foire une réparation authentique de toas les opprobres qu'il souffrit dans les rues de Jérusalem, lorsqu'il fîit traîné de consistoire en consistoire, et de tribunal en tribunal. L'Église veut lui faire satisfaction de cette injure ; et dans cette vue , elle le porte publiquement, et le fait suivre de tout le peuple, avec des acclamations et des chants d'allégresse. Enfin , pourquoi le porte4« die? Voici, Ghrédens, hi raison capitale. Elle le porte, dit le grand cardinal Du Perron, pour lui faire honneur, ma'is un honneur solennel, de toutes ks victoires qu'il a remportées sur l'hérésie et sur l'infidélité, dans le sacrement de son corps. Ne perdez pas, s'il vous plaît» cette remarque : nos hérétiques nous reprochent que ces processions sont des nouveautés, qui n'ont jamais été en usage dans les premiers siècles de l'Eglise; et nous leur répondons qu'il faut bien que oe soient des nouveautés, puisqu'elles ne se font qu'en sigoe de leurs nouvelles erreurs, détruites et confondues par la vérité dé l'Euchtristie. On ne porioit point de la sorte autrefois le corps du Fils de Dieu, parcequ'il n'y avoit point encore eu d'erreurs dont il eût triomphé : niais depuis qu'il s'est élevé des hérésiarques pour le combattre, depois qu'il y a eu des hommes conjurés contre sa présence réelle dans le sacrement , et que , par la force de sa parole , ii les a foudroyés et terrassés, l'Eglise s'est crue obligée de. lui en ordonner un triomphe. Telle est l'origine de ces processions. Ainsi parloit le savant prélat dont nous venons de rapporter la pensée.
Mais ajoutons un point qui doit encore plus servir à notre instmotion : disons que, par ces processions, l'Eglise prétend réparer tant d'outrages qu'ont faits au Sauveur du monde, et que lui font sans cesse, les mauvais chrétiens dans rEucharisUe. Oui, ines chers au<fiteurs, c'est pour nous-mêmes que l'Eglise a éud)li celle fête en forme d'amendehonorable; c'est pour toutes nos profanations, c'est pour tous nos sacrilèges , c'est pour toutes nos irrévérences devant lies autels de Jésus-Christ et dans son sanctuaire ; c'est pour tous tes scandales que nous y donnons, pour toutes les communions indignes de tant de pé* cheurs hypocrites , pour toutes les messes célébrées par des prêtres vicieux , pour toutes nos froideurs en approchant de la sainte table , pour toutes les négligences même qu'y apportent les âmes justes ; c'est pour lesvdtres, Gbréii^s , et pour les miennes, depuis tant
SUR LE TRÈS SAINT SàGREMENT. 417
d'années que nous fréquentons ce mysière d'amour; c'esl i^our fous et pour moi que ces processions sont ordonnées^afin que rhonneur qui y est renduàlachairdenotreDieu,ladédommageenqudqiiesortede tomes les insultes qu'elle a reçues jusqu'à présent de nous , et qu'eUe en reçoit tous les jours. Permettez-moi 4e yous dire une chose qui doit TOUS confondre , et que tous ne pouvez pleurer trop amèrement* Que faisons-nous » quand nous manquons de reqpect envers la sainte Eucharistie? Voici une pensée capable, ce me senible, de toucher les cœurs les plus insensibles : nous faisons que l'Eucharistie, instituée essentiellement pourhonorer la chair du Sauveur, devient pour cette même chair un mystère d'humiliation, un mystère de confusion et de honte, un mystère d'ignominie. Pesez bien ce que je dis» Oui, la chair du Sauveur souffre mille fois plus denotre par t dansl'Eucharistie,qu'eUe n^a jamais souffert des Juifs dans sa passion : car dans sa passion elle ne souffrit que pour un temps, mais ici elle est exposéeà souifrîr jusques à la fin des siècles : danssa passion elle ne sou^oit qu'autant que Jésu^ Christ le vouloit, et queparcequ'ille vouloit; mais ici elle souffre, pour ainsi dire, par force et par violence; si elle soufFritdsms sapassion, c'etoit dansFétat d'une nature passible et mortelle; mais ici oUq souffre dans l'état même de l'impassibilité : ce qu'elle souffrit dans sa passion étoit glorieuiiL à Dieu et salutaire aux hommes , mais ici ce qu elle souffre est pernicieux aux hommes et injurieux à Dieu. Ah I Chrétiens , lea puissants moUfs pour réveiller et pour exciter toute votre religion à regard de ce grand mystère !
Quelle doit donc être l'occupation d'une ame chrétienne pendant les saints jours de cette octave? Ecoutez , Mesdames , écoutez tous , mes Frères : voici de quoi entretenir votre piété* L'occupation d'une ame chrétienne, en ce saint temps, doit être d'entrer dans les sentiments de l'Église, et d'honorer avec elle la chair du Rédempteur. Voilà à quoi elle doit s'employer. Qu'est-ce ^ dire, honorer la chair du Rédempteur? C'est-à-dire lui rendre tout le culte qu'elle peut recevoir de nous dans le sacrement de l'autel; imiter Madeleine , qui eut un zèle tout partie culier pour cette sainte chair^ l'arrosant de ses larmes, l'essuyant de ses cheveux, et répandant sur elle des parfums. Exercice, dit saint Thomas , dont le Fils de Dieu la loua , tout éloigné qu'il étoit des délices de la vie : pourquoi? Parcequ'il aimoit à voir que sa chair îùx l^onôrée. De même , nous prosterner souvent en la présence de ce sàçré corps, et là lui offrir mille sacrifices de louanges, naille adorations intérieures , mille hommages et mille actions de grâces ; lui dire quelquefois , mais avec une foi vive, mais avec une dévotion ardente : Corps divin, corps bienheureux» vous avez été le prix de mon salut; que ne dois-je donc pas faire pour vou$ glorifier ! mais puisque vous vous êtes mis dans ce sacrement pour y recevoir le tribut de gloire qui vous appartient , comment y a-t-il des chrétiens assez impies pour venir vous y profaner? Du moinâ j'irai, moi,, vvous préseo|ter. mon ' B. 3. ' 27
tit SDR LE TRfiS SAINT SAGREMËNT.
Êsnotm ; et je ?eadrow y oonchiii^ avea moi tout ce qu'il y a âtiom* BMS lap la terre. Tels sent^ dis-je , les senthnents que nous devons fwesdre^ et paroeque le oorps de Msus^-Ghrist doit être dejeurd'hui |Mrté em cénéyioiiie et avec ap^peil , notre devoir est de contribuer à eet apparsU e^ à oette cérémonie dans toute l'étendue de notre peiivair. Vous surtout , Mesdames , si curieuses de mille superfluités qui ne servent qu'à votre luxe et à votre vanité , c'est là que vous les pouvez sanctifier, les consacrant au corps de votre Dieu, les employant A enriobîp les vases qui le contiennent ^ â embellir les tabernacles oir il est renftrmé , à parer les oratoires où il doit reposer. Tous êtes sî^ ieigpleQses d'orner vos corps , vous usez pour cela de tant d*artifites , vous ihites pour cela tant de dépenses , vous prenez pour cela tant de niesnres et tant de soins : mais vos oorps , ces corps infectés de la oerruptioii du péché , ces corps sujets à la pourriture , et qui bientôt ne seront que poussière et cendre , vous doivent-ils être pkis chers que le oùrps de Jésus^hrist? Enfin, parceque le corps du Fils de Ken est enlevé hors de ses temples et porté en triomphe, que fiiit Famé chrétienne ? Elle le suit dans ce triomphe , c'est-à-dire elle Paceompagne dans ces processions , et lui feit escorte de sa propre personne. Et c'est , mes chers auditeurs, ce que FEsprit de Dieu nous a divinement exprimé dans l'Épouse des Cantiques: ce passage con« vient admirablement à mon sujet , et l'application que j'en fais vous paroltra bien naturelle. L'Épouse dit bien qu'elle a cherché son bien-^ aimé dans le lieu ordinaire où il a accoutumé de prendre son repos ^ mais qu'eHe ne l'a pas trouvé : Quefsivi quem diligit anima mea; quœ^ ^ ttfttm y H non tnvem {CanL, 2) ; que Hi-dessus elle a pris la résolution de sortir, de faire le tour de la ville, d'aller dans les rues et dans
. ke plaees chercher celui quelle aime : Surgam, et circtdbo àvitatem: per vicoê ei ptntem quasram quem diHgit anima mea (Ibid.). l^le ajoute que les gardes et les officiers de la ville l'ont repcontrée : bwenerunt me ngiieif qui custotUunt ctmtatem (Ibid.) ; opi'etle leur a demandé s'ils n\ivoient point vu son épom: , et qu'immédiatement après elle Ta aperçu au milieu d'eux : Pautulùm cùm pertransissem eoi , inveni quem diligit anHna mea (fbid.) ; qu'elle a couru à lui , qu'elle ne fa point quitté jusqu'à ce qu'elle l'eût conduit dans la maisoiï de sa mère : Tenui ilium , nec dimittam^ doneo inîroducam ilïum in dcmuni mains meœ ( Ibid. ). Que veut dire tout cela, Chrétiens? Vous prévenez déjà ma pensée. Cette épouse est Tame fidèle; elle cherche aujour-
, d^bui le Sauveur du monde dans le sanctuaire de l'Eucharistie, qui est comme son lit mystérieux ^ et elle ne l'y trouve pas ; eBe s'en va donc par les rues et dans les places publiques, pour voir s'il y sera. C'est là en effet qu'elle le rencontre, environné de gardes, entouré de ses ministres qui le portent avec honneur, et de tout le peuple qui lui fait une cour nombreuse; elle se jette à ses pieds , elle l'adore , die te sait des yeux , elle ne Fabandonne point qu'il ne soit rentré dans
^tm LE tt)ȧ sAinrr sacrement. 4t9
lë lenifjle d'où il ëtôit parti, et qui est proprement la ihaisèM de dotre inèrë , paisqûe c'est la maison de l'Église :*y a-t-îl de plus juste que èëtt^ figuf^ ? Mtàk reprenons. La gloire du corps de Jisns-Gbrist est d'avoir été Aanté S l'Egli^ dans te sacrement de l^autel ; et la glôirH afusSi de FÉglise est d*aToir reçu et de posséder le corps dé Jësus^ Christ dans ce ^cfenlènt. ReitoUYèlet^ d'M Vous platt, votre «lleiilioii ))OQr cette èecondiê partie.
I>£DXIÈMB PABTIk* . .
Si ie tih de Dieu £toit intéressé à hottotèf m (;liair , iî ne l'ëloifc
Î>as ïnfobs à honorer soii corps mystique , qui est l'Égtfse. Non» ne irisons tous qu'un même corps aveé Jftiis^Chf ist ,' dà éàint Panil t Vo^estis corpus ChriÈti, etritembra defiîembrù{i. Cèr.; 4^, En qualité dé Sauveur, {Jésus-Christ est notre chef i et en qualké dé insi^i tloûs sommés ses diefnbres ; et comniè it est de rhdftneur des AtenK bt^cs d'avoir un chef coui'onnë de gteiré; feilifâi ëèMl de rfaeimeor d« éheF dé répandre sur ses ihembres toutelà gloire' dont ils seni capai- Ues. Or c'est ce que Jësàs-€hrist a fsili; dâfbs rinélitufioÉ dé la ^ttvin» Eucharistie , que nous pouvons proprètUënt è#^fèdppéieMifète ëm TÉgÈse , ou la fête du corps myiitîque de léftttS-Qhrist, F^ttm carpbtii Chrîsti; pourquoi tefa? Tf^ahîeqtae ce A^tl^è ési céluidoàt YÈ^ ^Dse se tient pitls hôhôrée , et àui h t^û phik ^d^iéu^ devant Died.^ Non, Chrétièïis, le Sàùvédr m Amnde, âVec toute sa MagnifIceBeêi ne pou Voit i^ten itjjre de plds hbtii*î^bfe p^iir ébnf Église, ni de plna [rahd , que dé hii laisser le^acrèn^hi de sOtt corps : c'étoft; te comble le totité la gloire qu'il lui pouvbrt; procurer; et I^on peut Mèû dire jiprès cela que cet Howin'e-meu stVolt pleinfetoent accompli le dessdu qu'il s'àoit foriÂé, d'avoir, côrtinie pdrfel* Apôtre, utie ÉgBse illdsterè, éclatante , enrichie des ^liïs Èeàux oi*dements du ctel : Ut exkibeiret Ipie sîbî gtoriosàrà Ecclesicchi{Ëphés.^ S) ;'parcéqu*cn effet la posséeP Sîon du corps et du sang de Jësus-Chrïst donne à l'Église tous ces avantages et tobtes des quâlKésr. Vous voulez Sa^ir comment? Ah I mes chers auditeurs , h tlthé matière à vos[ t^flfexitas !• Autrefois lés Juifs se préfërbient à toutes les âtttion^ du moudé, èi se gloriffoient d'avoir un Dieu oui né dédâigiioilpas de de/meurer ou milied d'euit et de marcher aveceiix. Non, dîsoit Mdse,iln'y a point de peupte qui ait des dieux si' proches dé soi, et par coiiséqueht il u*y a point de peuplé sur la terre si lionoré qiie nous' : Nec est ùUanàtio iarh grandis y qnét ha6édt deos approptnquantts sibî {Deut.y 4], Mais dé quelle manière pieu demeuroit-il avec les Juifs? Par cette arèhe d^allîance où il ren>doit dès oracles, et à liaquelle il a^oit Sitaché sa protection. Celte afche étoit-elle le vrai Dieu d'Israël?' Elle n'en étoit que la figure, que ' le tabernacle : et cependant parcequ'élle éioit placée au milieu dl?a douze tribus', qu'elle les accompagnoît dans toirtes leurs marches, et i)u'ns la portaient dans leurs éamps et dansTeurs a'rnlëes, ils se vantoient
qae leur Dkii les suivoit partoat, et.que parUNit il leur ëtok prés^il;
Mais qu'estrce que cela , Chrétiens, si nous le comparons avec rhonueur
que rÉ^lise reçoit, et que.nous recevonsçomme elle dans rEocharistie?
Un JOiei^ lui-même, dans sa propre substance et avec toute la plénitude
de sadivinilé , demeure corporellement et réellement parmi nous ; il
réside dans nos temples, il vient jusque dans nos maisons; il se laisse non
seulement approcher, mais toucher, mais manger; et c*est bien i
nous désormais de dire : Née est alia natio tam granSs, quœ habeat
deas appropinqjumtes sibi, Ézéchiel nous parle d'une cité mystérieuse
dont il décrit les richesses et la grandeur, et qui n'avoit point d'autre
nom que oelui-d : C'est le séjour de Dieu , et Dieu y est : Et namen
dwitaisf Donâm/u ibidem ( Èzich., 48 )• Mais cette ci^é ne pouvoit
être que TÉglise chré^epne, dont Dieu représentoit déjà l'excellence à
ce prophète; car quel.nom plus proprepeut-on donner à l'Église? Domi-
mis ibidem .-c'est là que Dieu habite; c'est là que, par un engagement
irrévooaUe , il.s'est obligé de demeurer jusqu'à la consommation des
siècles; et par quel engagement? Par l'Eucharistie, qui le tient
eomme attaché à son Église, sans qu'il puisse jamais s'en séparer : E$
Tiêmen^einêafis , Domitms ibidem.
' Cependant est-ce en cela seul que consiste tout l'honneur qui revient à VÉgli3e, de ce sacrement? Non , Chrétiens , il y a quelque chose de plus important r écoutez-le. Être honoré de la présence d'un Dieu, cela est grand; mais être honoré de ses entretiens , mais être honoré 4e sa.femiliarité la plus intime, c'est bien encore une autre gloire. Or ttel est l'avantage de l'Église dans le sacrement du corps de .Jé^us-Cbrist. Que £ait Jésus-Christ dans ce mystère ? dema^diç l'abbé Rupert. Il y converse avec les hommes, il y visite les hommes, ^ U y est viské des hommes ; il y écoute les plaintes des honîmes, il y. reçoit {esyrequétes que lui présentent les hommes , il y accorde les différends des honames., il y instruit , il y console les hommes. Pafce* que les hommes sont les membres de son Église , c'est à son Église qu'il dëfèrje tout cet honneur. Sur quoi , mes Frères , il-me souvient d'une reop^rque qu'a faite Guillaume de Paris, expliquant la prophétie de Daniel. Quand le roi de Babylone consulta les devins sur la vision qu ilavoit eue , et qu'il les obligea de lui dire le songe qui l'avoit occupé pendant son sommeil, ils lui répondirent qu'il n'y avoit point d'homme mortel qui le pût faire; que cela n'appàrienoit qu'aux dieux, parceque les dieuxn'avoient point de commerce avecleshommes : Nec reperieturquisqtiam qui indicet iUum,exceptis diis, quorum non est cum hominibus conversatio (Daniel, 2). Cette parole, dît l'Écriture, l'irrita, et il reconnut que toute la sagesse des devins n'étoit qu'erreur et que mensonge : pourquoi ? Ah I répond Guillaume dé Paris , il y eut en ceci du mystère. Ils présupposoient que les dieux du ciel ne s'abaissoient pas jusqu'à s'enti*etenir avec les hommes; et en cela ils firent paroUre , sans y penser, leur ignorance , parcequ'il y avôit un Dieu ,
le Dieu des chrétiens, qui devoit honorer un jour les hommes de sa conversation, et qui mettroit là ses plus chères délices : DeUdm nuw^ esse cum filiis hominum {Prov.^ 8). Voilà, dis-je, la prérogative de l'Église de Jésus-Christ, de pouvoir traiter ftimilièrement avec son Dieu; et par-là, reprend saint Ghrysostome, nous avons en quelque sorte, sur la terre , le même avantage que les bienheureux dans le del : car le bonheur du de! est de posséder Dieu ; et ne le possédons-nous pas tout entier dans la divine Eucharistie? Jésus-Christ, ajoute saint Ghrysostome, se trouvoit partagé entre F Église .triomphante et FÉglise militante : elles disputoient à qui auroit son corps adorable, et Tune et Tautre y prétendoient : mais ce nouveau Salomon a fait ce que le premier, avec toute sa sagesse, ne put faire. Sans diviser son corps, il Vi donné à l'une et à l'autre : à l'Église triomphante, il l'a donné sans voile et à découvert : à la militante, il Ta donné sous les espèces de son sacrement.
Peuuon, Chrétiens, enchérir sur ces pensées } Oui, on le peut ; et voici des avantages encore mille fois plus grands : et quoi ? Souffrez que je les ramasse en abrégé , et que je vous en propose seulement l'idée, capable de ravir d'admiration les anges et les hommes. C'est que le sacrement de l'Eucharistie est pour nous , et pour tous les fidèles qui le reçoivent , une extension continuelle et perpétuelle du mystère de rincarimtionw Ainsi parlent les Pères. Vous savez à quel point d'honneur fiit élevée l'humanité de JésuspChrist, dans ce bienheureux moment qui l'unit au Verbe divin. Or je dis que Jésus-Christ, se donnant à nous par le sacrement de l'autel , a fait entrer tous les membres de son Église en communication de la même gloire , puisqu'il vient en nous, qu'il s'unit*à nous, qu'il ne fait, pour ainsi dire, qu'un avec nous. Et c'est de là , selon la doctrine de saint CyriUe , fondée sur la parole du Fils de Dieu, que ce sacrement s'appelle communion : Qui manducat meam camem, et inHt meiim soK^tttfi^m, in me manet^ et ego in eo (Joam., 6). D'oik il s'ensuit même encore que, dans une certaine propriété de termes , le Sauveur du monde est à tous moments comme incarné de nouveau entre les mains des prêtres, qui sont ses ministres. 0 veneranda sacerdotum digmias , in quorum manibus Filius Dei perpétua ineamatur (Avgust.)! s'écrie saint Augustin. O vénérable et sacré caractère des prêtres, puisque Jésus-Christ, puisque le Fils du Père étemel, puisque notre Dieu, qui ne s'est incarné qu'une fois dans le sein de Marie , s'incarne sans cesse dans leurs mains ! Jugez , Chrétiens , de cet honneur , par celui que Dieu fit à Marie , quand il la choisit pour sa mère. Nous rendons à cette vierge un culte singulier de religion, parceque c'est en elle que le Verbe s'est fait chair ; et que devons-nous penser des prêtres qui ont le pouvoir de le former dans leurs propres mains , de le produire par l'efficace de leur parole, de le faire reposer dans leur sein, non pas une fois» mais autant de fois qu'ils célèbrent les saints mystères?
am LE Tais saint ^grehent.
liait ponrquai entrer dan» le» sécréta de la diyine Eucharistiei poqr fionnottre les ppîvilégea de gloire que TÉgliae y trouve ? Arrétons-iious i ce qui ae présonte d'abord dans ce piyatère , à ee qui efi foit ^oute la aubstaace, à ce que noua voyons, à ce qui frappe nos seps ; car c'est ]à que JësusrCbrist, pour honorer son Église, la repfiit de son corps , lui d«ine son sang pour breuvage et sa chair ppur aliment , c'est-|t* dipe la chair d'un Dieu , le sang d'un Dieu, le corps d'un Dieu. Abl ^Ihrétiens , qoe dirons-nous après cela? Pouvons-nous jamais expri- ■1er ce qui est au-dessus de toute expression , au-dessus de toutes nos pensées > et même de tous les souhaits de no^re cœur? Être nourri de la chair 4*iin Dieu, c'ëtoit à TÉglise, ccmime à la fille de Sion, comme i l'épouse du Roi <le gloire, et particulièrement comn^e au corps mystique de Jésus-Cbrîst, qu'un tel honneur étoil réservé; car il faut que réjponse soit nourrie conformémept à h grandeur de son époux., la fiUe par rapport à la noblesse de son père , et les membres du corps selon la dignité du qhef • Or, pour l'épouae d'un Dieu , pour la fiUe d'un Dieu ,'piur le corps fuystique d'un Dieu, ii n'y avoit que Ui chair d'un Dieu qui pût être une viande sortable. Pour les Juife, qui furent les esclaves de Dieu , c'étoit assez , dit saint Jérôme , de manger la manne , appelée dans l'Écriture le pain des anges : mais à nous que Dieu a ennoblis jusqu'à nous faire ses enfants d'adoption, mais à TEglise qui a été engendrée du sang de Jésus-Christ, le pain des anges ne suffit pas ; 3 faut le pain de Dieu, et c'est pour cela que Jésus-Christ aM>us le donne dans l'Eucharistie.
fie tout ce que j'ai dit , Chrétiens , remportons deux sentiments , qui sont les conséquences naturelles de ce discours : l'un de respect et de vénération pour l'Église, et l'autre de zèle pour Tinnocence et la purelé de no3 corps. Respect et vénération pous l'Église , qui est le corps mystique dç Jésufr^Christ; car pouvons^nous l'honorer assez, ^ptè^ qoe Jésu»*Ghrist lui-même l'a tant honorée? C'est par elle qu'il nous donne sa chair et son sang ; o*est à eHe qu'il veut que nous en «oyons redevables , puisqu'il Vea a fait la dépositaire : et si nous recevions ce sang et celte chair divine par d'^autres mains que par les siennes , la cha^ et le sang de Jésus-Christ , non seulement ne nous seroient plus sahitaires, mû% deviendroient pour nous le poison le plus mortel, fl est vrai , c'est M^rîe, mère de Jésus, qui d'abord nous l'n donné, ce sacié corps : mais Marie , après tout , ne nous Ta donné qu'aune fois, et l'Église nous le donne tous les jours ; mais Marie nous l'a donné à tous en général , et l'Église nous le donne à chacun en particulier ; mais Marie nous Ta donné convne un Sauveur qui devdt i^ner sur nous, et l'Église nous le donpe coQime une viande qui s'unit à nous. D'oh il nous est toujours aisé de conclure ce que no«s devons à cette épouse du Fils de Dieu, avec queUe fidélité nous devons lui demeura^ attachés , avec quelle aideur nous devons défendre ses inté-> rets, avec quelle docilité nous devons recevoir- ses ordres, avee quelle
SUR LE TRÈS SâlNT SAGREUEMT. 4»
iMëté 6t quelle eoiunisBion bous deven» les exécmer. Oepencbmi, i quels combats el à quelles kisultes ne s'est-dle pas Yoe exposée, ea DOtts faîsaut le dos le plus précteux, et diéflie pareequ'elle. bous le taisoit et nous le oonservoit? Car you9 sayez eoMbieu de foie les Uréi tiques sont entrés dans ses temples pour le lui arracher; tous sarei quels excès ils y oBt commis , comment Ms ont soniUë son sanotnanrery renversé ses autels» brisé ses tabernadee» enlevé see vases sacrés i comment ils ont porté leurs mains sacviiéges et parricides jusque sw ses enfanls^usque sur ses mbistres» jusque sur, son époux et son r«M doutable sacrement; attentats dont le souvenir nous saisit eacore d'horreur. MaiSt Chrétiens^ ce quil y a de phis déplorabiey e'est que cette mère des fidèles, ainsi outragée par ses ennemis, reçoive de noue tous les jours les mômes outrages; et n'est-ce pas pour cela qu'elle peut bien dire» dans Tamertume de sa douleur : FiHos enutrivif H êxaltavi; ^pH aul$m sfreverunl me (Isai.» i) ? J'ai formé des enfonts » je les ai élofés dans mon sein , je les ai nourris du lait de la plue saine docirine» je leulr ai donné un riiment tout divin^ et ils m'ont méprisée t Car, prenes garde, mes chers auditeurs, et du moins faisons-y quelque réflexion : les hérétiques Tout méprisée en profenam ses temples, et
Sr tant de scandaleuses irrévérences n'en sommes* nous pas les pro<« aateurs? tes hérétiqi^ l'ont méprisée en souillant son sanClualre , en renversant ses amels, en brisant ses tabernacles ; et combieÉ peut' être, dans oe même sanctuaire, i la face de ces mêmes autels, devant ces méaies tabernacles, tout sanctifiés qu'ils sont par la présence réelle de Jé6us*Ghri8t,r avez-vous formé de criBrineie desseins , et entretcaiii ^ honteuses passions? les hérétiques l'ont méprisée en se jouant de ses mystères » et en déshonorant son adorable sacrement ; et n'est«^ fMiS le déshonorer, ee même sacrement , que de le recevoir dans l'état de votre péché? B'est<*ce pas vons jouer de ces divine miystères, que d'y assister avec aussi peu d'attention , avec aussif peu de respect et de retenue qu'aux assemblées les plus mondaines? Quand les héréti^ ques Font méprisée » c'étoient ses ennemis déclarés et ses perséciH teurs ; et dès-ià leurs mépris loi deyenoîént beau^coup moins sensibles :f mais les nôtres la doivent toucher d'autant ptas que nous sommes sotf troupeau, que nous sommes ses disciples,- que nous sommes ses eufants : Fi6o$ mutridy et exaltaei; ipsi atUem ipreverunt fne t
Je dis de plus , que nous devons remporter un sentinveat de éHb pour l'inBOcence et la pureté de nos coi^ps, Our, mes> chers aâditeuirs, tout méprisables d'ailleurs que nous pouvons être, ilmM devons, n je l'ose dire, nous honorer nous-mêmes, puisque nous participons tous à cette glorieuse qualité de corps mystique du Rédempteur, et que c'est de nous comme de l'Église que saint Paul a dit : Vos estis corpus Christi (1. Cor.^ 12) : Vous êtes le corps de Jésus-Christ. Quelque vils que soient nos corps par eux-mêmes, nous devons néanmoins avoir pour eux un certain respect que la foi dé TËucharistie nous doit inspi-
494 SUR LE TRÈS SAINT SACREBfENT.
rer, et que la piété doit entretenir : pourquoi? non plus seulement .parceqae nos corps sont les temples du Saint-Esprit» selon l'Écriture ; cela dit beaucoup, mais cela ne dit pas encore assez : non plus seule- Bient paroequ'ils sont les sanctuaires vivants où le corps de JésusH Christ repose ; c'est encore trop peu : mais parcequ'en vertu de la conamunion, ils deviennent les membres de Jésus-Christ même, ainsi que l'Apôtre nous l'enseigne ; Neseiûs quoniam corpora vestra membra gunt CMiii (1. Cor*, 6)? Ne savez-vous pas, disoit-il aux Corinthiens, que vos corps sont les membres de Jésus-Christ ; et par*eonséquent que vous n'êtes plus maîtres d'en disposer, mais qu'ils appartiennent à Jésus-Christ, qu'ils sont affectés à Jésus-Christ, qu'ils sont du corps de Jésus-Christ? Et non esti* vestri (Ibid.). Ah 1 Chrétiens, la grande vérité, et le grand motif pour conserver vos corps innocents et purs ! voilà l'importante morale sur laquelle insistoit continuellement saint Paul dans les instructions qu'il fâisoit aux chrétiens : il avoit du zèle pour U sanctification de leurs âmes ; mais il avoit encore un zèle spécial pour la sanctification de leurs corps , parcequ'il les oonsidéroit oomme les membres de Jésus^hrist. Voilà sur quoi il s'expUquoit dans les termes les plus énergiques et les plus forts. Quelle indignité, mes Frères, et qudle horreur ! ces membres de Jésus-Christ, les profener, les souiller, les livrer aux sales désirs d'une prostituée! Plût au del , mon cher auditeur, que je n'eusse pas plus lieu que T Apôtre de vous faire le même reproche ! mais à quoi ne vous a pas porté la corruption du siècle, à quels débordements et à quelles proftnations ! Je dis à quelles profanations : car ne vous croyez pas seulement profianateur du corps de Jésus-Christ, quand vous le recevez dans l'état de votre péché ; mais vous l'êtes encore, comment? par ces voluptés brutales et ces plaisirs infâmes oii vous plonge la passion, et qui déshoûoreni le corps du Sauveur en déshonorant le vôtre. TeUement que je puis alors prononcer contre vous le même anathème que saint Paul a prononcé, contre les chrétiens sacrilèges : Reus erit corporis et sanguinis Domini^non dijudieani corpus Domini (1 . Cor., ll).Parceque vous n'avez pas fait dans vous-même le juste discernement qu'il falloit faire du corps du Seigneur, vous êtes coupable devant Dieu de ce corps et de ce sang précieux. N^'attirons pas sur nous, mes chers auditeurs , ce terrible arrêt; ne. renversons pas les favorables desseins de Jésus-Christ. Honorons sur la terre, par la sainteté de nos corps, la sainteté du corps de cet Homme-Dieu , afin d'avoir part à sa gloire dans le dd, où nous conduise, etc.
Jaeobamim^g0miUJoêephvirumMariœ,degudfuUmegtJêius,ft^ ftoeaUur CMiuë Jaoob fut père de Joseph , l'époux de Marie , de laquelle est né Jésus qu*on appelle Christ. SimT HàTTHiXD, chap. i.
SiEB,
En peu de paroles, Toilà Fëloge le plus accompli de rillustre Vierge dont nous célébrons aujourd'hui la fête : c'est celle de qui est né le Sauveur : De quâ nattu est Jésus, Voilà ce qui rend la Conception de Marie non seulement si glorieuse , mais si sainte ; -et sur quoi saint Augustin s'est fondé » quand il a dit que , pour Thonneur de Jésus- Christ, il exceptoit toujours Marie lorsqu'il s'agissoit du péché, et qu'il ne pouvoit pas môme souffrir qu'on m!t en question si elle y avoit été sujette : Eocceptà Virgine Marià^ de quây propter honorem Dondni, mcMom prania^ eim de peecato agiiur^ haberi volo quœstixmem (Avg.)* Lu raison qu'il en apporte marque encore mieux sa pensée. Car nous «avons, ajoute ce saint docteur» que cette Vierge incomparable a reçu d'autant plus de grâces pour triompher entièrement du péché , que «'est elle qui a mérité de concevoir et de porter dans ses chastes entrailles celui que la foi nous assure avoir été exempt de tout péché, et absolument incapable d'avoir rien de commun avec le péché : Inde enim scimus^ quod et tantd plus graAœ collatum fuit ad vmcendum omniex parte peccatum , quia condpere et parère meruit eum , quem constat ntUlum haimisse pecciùum (Aug.). Témoignage bien authentique en fiiveur. de la sainte Vierge ; règle sûre , que tout prédicateur de l'Ëvangile peut suivre encore aujourd'hui , puisqu'il y a tant de siècles que saint Augustin, le plus grand docteur de l'Église, se la prescrivoit lui-même : Excepta Virgine Mariât C'est ce qui détermina les Pères dû concile^de Trente à déclarer que leur intention n'étoit pas de comprendre l'immaculée et bienheureuse mère de Dieu (car ainsi l'appeUent-ils) dans le décret où il s'agissoit du péché d'origine : Déclarât hœc samta tynodas , non esse intentionis suœ, comprehendere in hoc decreto, ubi de peecato origincdi agitwr, beatam et immacalatam DH genitricem ( Concil. Trid.). Or le saint concile n'ayant pas voulu la confondre avec le reste des hommes dans la loi générale du péché, qui seroit asses téméraire pour l'y envelopper ? Tel est aussi le motif pourquoi l'Église, conduite par l'Esprit de Dieu, a institué cette fâte particulière sous le titre de la Conception de Marie. Elle prétend honorer la grâce privilégiée et miraculeuse qui sanctifia la mère de Dieu dès le moment qu'elle fut conçue ; et c'est à moi, mes chers auditeurs, de contribuer à ce dessein de l'Église, et de vous faire trouver dans ce mystère, tout stérile qu'il parott pour l'édification des mœurs, un fonds égalaient avantageux, et pour la gloire de Harie, et pour notre propre utilité. Or c'est, comme vous l'aUez voir, à quoi je me suis attaché. Mais il me fiiut , Vierge sainte , un secours puissant ; il me font des
sua LA GONGEPTKW DB Là VIEBGS*
lumières pour m'éclairer, des grâces pour me soutenir ; et c'est par vous que je les obtiendrai » en impiorant auprès de Dieu votre iatereemoDy et vous disaat e Ave Mmtia^
J'entre dans mon sujet par une pensée qui m'a paru digne de toutear vos réflexions, et à laquelle j'ai cru devoir m'arréter» parcequ'elle me fournit une ampte matière d'instruction et de morale touchant le mystère que nous solennisons. Car je prétends que ce mystère, par lu comparaison que nous devons faire.» et qu'il nous donne lieu de faire entre Marie et nous , ou plutôt entre la conception de Marie et la nd* tre, nous découvre aujourd'hui trois choses» en quoi consiste la science k plus solide et la plus saluuire de l'honune chrétien , qui est la con-» Boissance de nous-mêmes ; trois choses qu'il nous est surtout important de bi^n pénétrer, et que nous ne pouvons ignorer, sans ignorer le fond de notre religion ; savoir, ce que nous sommes sans la grâce» ce que nous sommes par la grâce , et ce que nous devons à la grâce* Quand je dis la grâce , j'entends celle que les théologiens appellent grâce sanctifiante , et qui est en nous le plus précieux de tous les dont de Dieu, puisque c'est par elle que, de pécheurs, nous devenons Justes, et d'ennemis de Dieu , enfants de Dieu. J'entends cette grâce habituelle que Dieu répand dans nos âmes , et qui est l'effet ou du baptême, que je puis pour cela définir, après saint Jérôme, le sacrement de notre conception spirituelle et de notre régénération ; ou de la pénitence, qui, nous tenant lieu d'un secohcl baptême, est le sacrement de notre justification. Je prétends, dîs^je, que le mystère de la coneeption de Marie, tnen médité et bien approfondi , nous fait parfaitement connottre ces trois choses : ce que nous sommes sans la grâce ^ c'est-à-dire la corruption de notre nature par le péché; ce que noue sommes par la grâce , c'est-à-dire l'excellence de notre sanctification par le baptême ; ce que nous devons à la grâce, c'est-â-dire la vigilance et le soin avec leqnel nous devons la conserver en nous et l'hoiiorer. Comprenez, s'il vous platt, mon dessein» Marie, par le privilège de sa eoBception, pleinement victorieuse du péché, nous fait connotire, par une règle toute contraire, l'état malheureux où nous a réduits le péché : ce sera la première partie. Marie, sanctifiée par la grâce de sa cûncepti<m , nous fait connoitre, avec tonte la proportion qu'il peut y avoir, rheureux état où nous sommes élevés par la grâce de notre adoption : ce sera la seconde partie. Marie, fidèle à la graee de sa conception, nous fait connottre, par son exemple ^ Foblîgation indi»* pensable que nous aveas de ménager et d'honorer la graee en verHi de biqnefc nous soMines devant Dieu tout ce que nous sonnes : oe sera la dernière partie. Or, étee instruit de toiiC cela, c'esS avoir «le eoneoissaBce eoiièrii ei papfaîte de nous-némea ; car c'est cewMitre 1£iet à hi iaîs, et noive véritable misère, et noire solide boeheov, es notre plus kiftonam devoir : veilà ce que j'appelle IThonae, et^ sdett
SUR U CONCEPTION Dfi LA VIERGt;, m
rexpresaion de la Sagesse, tout rhonme : Uoe en emm amm hm^ {Eccks.^ 12). Notre véritable misère, pour en gémir devant Dieu dans i'esprit d'une sainte compooctiou î notre solide bonbeor, pour en bé« qif Dieu, et lui en rendre grâce dans Tesprit d'une humble confianet; et notre plus important devoir, pour laccomplir en marchant dans la voie de Dieu, selon Tesprit et les règles de la prudence diréttenne ; c'est tout le partage de ce discours, et ce qui demande une Mientiou particulière,