PREMIÈRE PARTIE
Ce n*est point un paradoxe que j*ai avancé, mais un principe cer^ tain quç j'ai établi , quand j*ai dit que le privilège de la conception de Marie, par où elle a triomphé du péché, nous fait dairement cout nottre l'état malheureux oti le péché nous a réduits; et que, pour nous bien convaincce de ce que nous sommes sans la graoe, nous n'a^^ vous qu'à nous appliquer le mystère de ce jour. £n voici la preuve« Marie, au moment que Dieu la forma dans le sein de sa mère, se trouva, par l'avantage singulier de sa conception , et Ui plus illustre i et la plus accomplie, et la plus heureuse de toutes les créatures, La plus illustre ; elle étoit de la maison royale de Juda , et , comme petite^ fille de David , combien pouvoit-elle compter parmi ses ancêtres de monarques et de souverains ? La plus accomplie : elle étoit dès-lors le chef-d'œavre de la toute-puissance du Créateur, et, par les qualifiés éminentes qui la distinguoient, et qui devcuent faire de sa per-r sonne le miracte de son sexe , rien dans l'ordre de la nature ne lui pouvoit être comparé. La pins heureuse : elle étoit conçue pour être )a mère d'un Dieu , et pour donner au monde un Rédempteur. Rieu de plus vrai , Chrétiens. Mais , ô profondeur et abtme des conseils de Dieu ! tout cela sans la grâce , et hors de la grâce dont Marie , dans sa conception , reçut les prémices , non seulement n'e(^t été de nul mérite devant Dieu, mais n'eût pas empêché que Marie même« mb gré tous ces avantages, ne fût personndlement Tobjet de la haine de Dieu : c'est ce que la foi nous oblige do croire. Or quelle conséquence ne devons-nous donc pas tirer de là , pour comprendre ce que c'est , par rapport à nous , que la malédiction du péché , et jusqu'où s'étend la fatale disgrâce de notre origine ? Non , mes chers auditeurs ^^ Dieu , dont le discernement est infaillible, et qui, seul juge équitapi ble du mérite de sa créamre, sait Testimer par ce qu'elle vaut, ne considéra Marie dans sa conception ni par la noblesse de sa eaissanee, ni par les grâces naturelles dont le ciel commençoit déjà et si Ubéfulement à la pourvoir, ni sftêuie absolument paceeque la Samt des saints devoit naître d'elle. Cela pouvoit suffire pour reùdre sa tomr eepuon glorieuse, mais eela ne suffisait pas pour feîpe de celte Yiergu une créature folun le ciaivr de t)i$u^ Ainsi Dieu ue Festiiuat^ Dieu nu ta regarda comme sa iiy$ bim aînée, quA puN^u'^Ue Im parnàdé»^
isë . SUR la' conception de la vierge.
lors revêtue de sa graoe » et afiranchie de la corruption du péché. Vérité si constante ( ne perdez pas cette remarque de saint Ghrysostome y aussi édifiante pour vous qu'elle est essentielle au sujet que je traite) » vérité si constante , que parcequ'il y a eu des ancêtres de Marie prévaricateurs , impies , idolâtres » quoique ancêtres de M^e et de Jésus-Christ même , ils ont néanmoins été réprouvés de Dieu. Par où Dieu y ajoute saint Chrysostome, a voulu montrer jusque dans les ancêtres de son Fils, que tout ce qui ne porte pas le caractère de la sainteté est indigne de lui ; que tout ce qui est infecté de la contagion du péché, quelque grand d'ailleurs qu'il puisse être selon le monde» n'esta ses yeux qu'un sujet de réprobation. Arrêtons-nous là , Chrétiens ; et , sans perdre Marie de vue , oomuiençons par-là à découvrir ce que nous sommes.
Nous avons tous été conçus dans le péché ; la foi nous l'apprend , et Texpérience même nous le fait sentir. Voilà le fond de notre misère » que nous prétendons bien connoltre ; et moi , je vais vous faire voir combien il s'en faut que nous ne l'ayons jusqu'à présent connu. Ecoutez-moi , et vous en allez convenir. Il est vrai , éclairés des lumières de la foi , nous confessons avec l'Apôtre qu'au moment de notre conception nous sommes tous enfants de colère, Naturâ fiUi irœ {Ephes., 2); et il n*y a personne qui ne soit prêt aujourd'hui à dire à Dieu, comme David : Ecce in iniquitatibvLs conceptus sum, et in peccatis concepit me mater mea (Ps. 50) : Vous voyez, Seigneur, que j'ai été formé dans l'iniquité, et que la mère qui m'a conçu m'a conçu dans le péché. Ainsi parlons-nous, quand, touchés de l'esprit de pénitence, nous entrons dans les sentiments de ce saint roi. Nous n'en demeurons pas là : parceque nous avons été conçus dans le péché , nous nous reconnoisson&de bonne foi sujets aux désordres qu'il produit , et qui en sont les tristes effets : c'est-à-dire nous savons que ce premier péché nous a attiré un déluge de maux , et que, par les deux plaies mortelles qu'il nous a faites , l'ignorance et la concupiscence , il a répandu le venin de sa malignité dans toutes les puissances de notre ame ; que c'est pour cela qu'il n'y a plus rien en nous de sain ; que notre esprit est susceptible des plus grossières erreurs ; que notre volonté est comme livrée aux plus honteuses passions; que notre imagmation est le siège et la source de l'illusion ; que nos sens sont les portes et les organes de l'incontinence; que nous naissons remplis de foiblesses, assujettis à l'inconstance et à la vanité de nos pensées, esclaves de nos tempéraments et de nos humeurs , dommés par nos propres désirs. Nous n'ignorons pas que de là nous vient cette difficulté défaire le bien, cette pente et cette inclination au mal, cette répugnance à nos devoirs , cette disposition à secouer le joug de nos plus légitimes obligations , cette haine de 1^ vérité qui nous corrige et qui nous redresse, cet amour de la flatterie qui nous trompe et qui nous corrompt, oe dégoût de la verta, oQcbarui® empoisonné du vice : de
SUR lA CONCEPTION m lA Y^maB^r 4191
là œtte mme intestine que nous sentons dans nofitHnâoies ^ qea eorn^ isiis de Ta cbair contre la raison» ces révoltes secrètes de la r^iso^ même contre Dieu , cette bizarre obstination à vouIim? toujours ce que la loi nous défend , parcequ'elle nous le défend , et à ne vouloir popt ce qu'elle nous commande, parcequ'elle .nous le commande; à aimer par entêtement ce qui souvent en soi n'est point aimable » et à rejeter injustement et opiniâtrement ce qu'on nous ordonne d'aimer, c^ oa qui mériteroit de l'être. Renversement monstrueux, dit saint Augustin , mais qui par-là même qu'il est monstrueux , devient la preuve sensible du péché que nous contractons dans notre origine , et que nous apportons en naissant. Voilà, encore une fois, ce que nous éprouvons , et ce que nous regardons comme les suites malheureuses de notre conception. Or, convenir de tout cela,, me direz- vous , n'estce pas suffisamment nous connoitre? I^on, mes chers auditeurs : en-; tre les effets de ce premier péché dont je parle , il y en a encore de plus affligeants , et à la connoissance desquels le mystère que nous célébrons nous conduit. Ce n'est là que le fond de notre misère : mais prenez garde, en voici le comble, en .voici l'excès, en voici le prodige, en voici l'abus , en voici la malignité, en voici l'abomination ; et , si ce terme ne suffit pas, en voici, pour m'exprimer avec leprophètei. l'abomination de désolation. Autant de points que je vous prie de bien suivre , parcequ'étant ainsi distingués, et Tun enchérissant tout |6urs sur l'autre, c'est de quoi vous donner par degrés une idée juste de ce fonds de corruption que nous avons à combattre ^ et que la grâce de Jésus-Christ doit détruire en nous. Je reprends,, et je m'ex* plique. * .'
Le comble de notre misère , c'est que notre misère même , quoique humiliante, ne nous hupulie pas; et que , malgré tant de sujets qu'elle nous donne de nous confondre , nous ne laissons pas d'^re encore remplis d'orgueil. Pour être aveugles , foibles , pauvres, pisérables (car fussions-nous d'ailleurs les dieux de la terre, tel est, en qualité a enfants d'Adam, notre apanage et notre sort), noi^s n'en sommes pas moins prévenus d'estime pour nous-mêmes. Pour être dorades et dépouillés de tous les privilèges de Tinnocence , nous n'en sommes pas ii^oins contents de nous-mêmes, pas moins occupés de npi^mêmes, pas moins amateurs ni moins idolâtres de nous-mêmes. M,arie , avec la plénitude de la grâce, a été humble ; et nous, avec le néant du pé- (fhé, nous sommes superbes. Oui, mes Frères, voilà le désordre que nous avons tous. à nous reprocher. Beaucoup d'ignorance, jointe à beaucoup de présomption; foiblesses extrêmes /soutenues d'une pl-> foyable vaniié ; indigence affreuse des vrais et solides mérites, accompagnée d'une enflure de cœur qui seule, selon TÉcriture, suffiroit pour nous attirer l'indignation de Dieu : car qu'y at-il de plusprol^re à îririter la colère de Dieu ,. qu'un pauvre orgueilleux?. Or qui de nous, s'il se conçoit bien, n'avouera pas qu'il a.part , cpmme péchei^r,
m stm tA G6ifGet>tKM de la ^i^nMt.
àtièCtelHUMiddOti? PetiipermmperbimôétofitaifàmameA {Eeolei.^^. B y à phis.
L'eicH dé noite misère, c'est qtt'étMt àqs^ déplorable ^e je tous l^ài repi^ësëMëe, toute dëpAûrdbte qu'elle est, nous ne lal déplofons (MIS. Les SdiAts et les ëlos de Diea éù ont gémi , et noto n'en sommest pas toikdiés. Saint Paul, daM Tai^rtiime de son ame, s'eu est afiffig^ë^ et tùvâ nous eu eoftsolous. ^ Ab ! Seiguenr. s'écrioit le saint homme! Jôby pourquoi ûi'ate^^TOuS ibiir dans uue dispositiou qUi me rend si dontrairé à- VoUs , et pourquoi par-là lUç suis- je devenu insuppor-^ ttbie à mOi^néttie? Quare pbftthû nie contratium tibi , et foetus sum fnihhneHp^i gttOti (Job, 7)? EstK^ ardsi que parle uu moudaîo; est-^e ainsi quil pensé t Non : insensible à ses maux, il souffre trstuquillément cet ëtôt de éontrarlété entré Dieu et lui. S'il gëmit sôus lé ]oi% dé ses paiafsiôn!^, -ce h'èst point pàrceque ses passions lé mident eomMite à Dieu , mais pàrcequ'élles troublent sou repos , ûtùhi pattéqtf^elles Ini causent de Mortels dhisrgfiAs , mais parceqDfii ie Toit souvent daÂs rûtipuissanee de les satisfaire. De ce qu'elles le tiennent captif sons la loi du péché , c^est k quoi il ne fait nulle attention. Il est esclave dé la coticupiscence qai le doUiifté, mais esclate Volontaire, parce^qu'fl cnn Vent bieit être dominé. Il Séut dans s6h cœur miHé révoltés itfté'ieUres cotitre Dieu : et ces Révoltés ^ntiduéftes et si dangéi'ensés , bien loin de rëtoniler, ne Ini donnent pas h iUéiûdfé inquiétude. Pourvu qu1t arrive & ses fins , il cotisent è vivre sons Teuipire de fa chair, et iî être vendu au péché. A combien depéclitnirs du siècle ce tableau u'expose-t-il pas leurs vérita-i bles y mais damnables sentiments ? Allons plus avant.
Le prodige de notre misère , c'est qu^au lied de la déplorer, nous Mous aveuglons tons les jours jdsqn'à nous en féNcîtèr, jusqu'à nous en glorifier. Car eiir est rand)itiéax qui ne s*âpplaudit pas intérieurement des idées , des projets , dés Succès de soU ambition? où est le riche avareqtii ne sait pas bôU ^fé de ses sordides épargnes et dé son avarice? oir est Pimpudfque qui Ae met pas sônboubeur dans ses infâmes voluptés? àii est le vindicatif qui lie se foif pas un triomphe de ,8a vengeaUce? Ces passions, dont Tapôtré de Jésus^Christ fàisoit le sujet de sa^dbuleur, k mesure que nofus oublions Dieu, déviennent le sujet dé notre jdié. Par un renversement de religion et même dérai-i son , ces passions deviennent nos divinités ; nous leiîr fôisons sans cesse des sacrifices, nous leur obéissons aveuglément t non contents de leur être soumis nous-mêmes, ilous exigeons des autres qu'ils s'y soumet- Cent ; nous voulons qu'ils eu Soient les approbateurs : entrer dans nos passions, c'est savoir nous plaire; les contredire,, c'est nous offenser : plus' ces passions sont*vive& et ardentes, moins nou^ souf^froni qp'on y résiste ; plUs elles sont honteuses , plus nous sommes jaloux qu'on les respecte, et qu on ne les choque pas. Ce que je dis. n^estcé pas te mondé tel qu'if est ; et cela même , si nous avons line ë6n->
gOt LA GONCEt^lOn BË LA VlÉflCËl 4^
crflè de obristimisme ^ ne doit-9 pas noas faire korrëiir ? T«(fci nëÉttw moins quelque chose eueore sfu-dûà.
L'abus de notre misère, e'ést que notis en tii^ns mémeavaUntagé', jusqu'à nous en servir comme d'une excuse dians' nos péchës , et jn»* qu'à nous en prévaloir contre Bien. Ait lie» qnè Bavid demimddl humblement à Dieu d'être gnëri de sa foiblesse, s^eu" aécnsant contane d'un mal. Miserere md, Dûmine^ quoniem in/irmwr tum^sùnà tifté { Psatm. 6 } 9 nous alléguons ht nAtre comme une itaîsotf que nt5tt9 aup^ posons devoir couvrir nos dérég^èmenfs , et non» teMf llëu dé }uslS^ Bbation; c'est-à-dire, parceqne neus sommes foiblies, et que Mùi avons été conçus dans le péché, nous voulons que fiieti dissfmuibnoë crimes , qui tes tolère, er qa'il ne tes recherche pas dans* tonte la rigueur de sa justice. Mienx instruits que lui^ulériiet de l'équité dé Jugements , nous prétendons que , parcequ'iF conneît notre fragï* , il soit nnÀis en droit de neus condamner et dte* nous punir; et 1 jforce de le prétendre, nous nous accoutumoris" à te penser et à M oreîre. Dieu, qui, selon tes erades de l'Écriture, est te verigèfitr inexoràbte dn péché, nous paretl , pour dés- créatures an^i-fragileal que nens lé sommes, nn Dieu trop sévère et trop rigide : ou' plntdt ^ seloQ notre eaprtee et notre sens , nous nous en feisons un Dfeu pins humain , un Dieu plus condescendant à nos inclination^ , un Biett moins enneftii de nos désordres; parceqn'étant, di^ns-nons , Fautatt' 4e noû*e être, if sait de quelte masse if nous a tirés , et qu'il n'exige f»8 de nens une sainteté si parfaite; Car ne sont-ce pas^ là les témé« raires et perntdeux raisonnements que forme tons te; jdurs Fimpiété? et voilà ce que j'appelle abuser de notre misère même.
La malignité de notre misère , c'est que te péché dans l^d nota àommes conçus , par une funeste qualité qui lui est propre , infecte en nous tout ce qui rient de Dieu, et tout ce que nous avons reçn de Dion : talents de l'esprit , forces du corps , capacité; santé, noblesse, Iteauté, dons de la nature, et par conséquent du Créateur ; prospéri» fés, honneurs, dignités, richesses, dons de infortune, c'est-à-dire de kl Providence ; mais tout cela , par le maheur de notre concep-* tion, occasion de péché, instrument de péché, source de péché. Yoilà ce qui perd l'homme chrétien , mais ce que Thomme charnel et mondain ne sent paset ne comprend pas. Permettez-moi de vous le ftire comprendre, et d'en tirer fa preuve de vous-mêmes. 6ans Tordre naturel des choses , plus vous êtes heureux selon te monde, phis vous devriez être soumis à Dieu et reconnoissants envers Dieti : mais parceque le péché a renversé dans vous ce bel ordre , plus Dieu vous comble de ses biens , plus il semble que vous soyez nés pour lui être ingrats et rebelles. Jusqu'à ses grâces et à ses faveurs , tout vous pervertit : la prospérité vous corrompt , les honneurs vous enflent, les richesses entretiennent votre luxé, la santé vous fait oubVeii le soin dti saint; Si Dieu, par des mdyens tout contraires, veut
4» SUR LA CONCEPTION DE LA yiSR€E.
TOUS forcer de retourner à lui, les remèdes qu'il y emplme se tonr*» Dent pour vous en poison : Tadversîté vous irrite , Thumiliation vous désespère» la disette (car où n'estreUe pas« et quelles conditions en sont exemptes?}i la diseue vous fait tomber dans l'ii^ustice, et Tinfirmité dans le relâchement et la tiédeur. Ce qui devroit vpus sanctifier vous endurcit; et ce qui devroit vous convertir et vous rapprocher.de Dieu , vous en éloigne. Tant il est vrai que le péché a comme anéanti, ou plutôt a corrompu dans vous tous les dons de Dieu, et ruiné plei« nement et absolument l'œuvre de Dieu. Peut-on rien ajouter à ceci? Oui, mes chers auditeurs, et ce que j'y ajoute est encore infiniment plus digne de nos larmes.
. L'abomination de notre misère , c*est que , non contents d'être en* fuits de colère par nature , nous le sommes et nous voulons bien l'être par notre choix. Avoir péché dans autrui, et naître ennemi de Dieu par |a nécessité inévitable de notre origine, c'est la malédiction conunune où . nous nous plaignons d'avoir été enveloppés : mais nous en plaignons^ i^ous de bonne foi , tandis que nous y joignons celle d'étre.encore ennemis de Dieu par un libre consentement de notre volonté ? Or, vous le savez , hommes mondains à qui je parle; vous savez jusqu'où sur oe point va le libertinage du siècle , et souvent jusqu'à quel excès vous Tavez vous-mêmes porté. Avoir été conçus dans le péché, c'est le sort de toute la postérité d'Adam; mais vivre impunément dans le péché , mais se plaire dans le péché , mais fiiire gloire du péché, mais s'endurcir dans le péché , mais persévérer avec obstination dans le péché , mais s'exposer sans crainte au danger prochain de mourir dans l'état de péthé , mais vouloir bien actuellement mourir dans soa pécfié, c'est le sort particulier, mais le sort affreux de je ne sajs combien, d'ames perverties, que le torrent du monde entrsane : et Dieu veuille qu'entre ceux qui m'écoutent, il n'y en ait point de ce nombre ! Job demandoit à Dieu que le jour pérît , où il avoit été conçu : Asouhaitoit que ce jour eût été changé en ténèbres, que jamais le $oIeiI ne l'eût éclairé , et qu'il eût pu être effacé du nombre de ses jours.: et il avoit raison, dit saint Augustin, puisque c'étoit le jour malheureux où il avoit conunencé d*étre pécheur, et, sans le vouloir içkème , ennemi de Dieu. Que fait le libertin? Par un sentiment bien contraire , il compte parmi les beaux jours de sa vie certains jours où, librement et sans remords , il s'est livré à l'esprit impijr : ces jours infortunés qu'il a passés dans le crime; ces jours où, pour se satisl(iaire, îl a renoncé à son Dieu ; ces jours, en eux-mêmes pleins d'horreur, iie laissent pas , parcequ'il est sensuel et voluptueux, de se représenter à lui comme des jours agréables : il en conserve le^ souvenir, il en sbuhaiteroit le retour; bien loin de pleurer parcequ'ils ont été, soa chagrin est qu'ils ne sont plus. Mais, sans parler précisément du .libertin, et sans l'être , mes chers auditeurs, le honteux reproche que nous avons aujourd'hui à nous faire, c'est qu'à ce péché d'ojrigine ,
contracté par une autre volonté que la nôtre , nous ajoutons de notre chef mille autres péchés personnels , d'autant plus punissables devant Dieu, que nous les commettons souvent de dessein formé , et que nous ne pouvons les imputer qu'à nous-mêmes. Péchés qui ne sont ni id'i* gnorance» ni de surprise; mais qui» procédant d'une malice pure, ont encore plu4id'opposition à la sainteté de Dieu , et par-là doivent beaucoup plus outrager Dieu ; péchés qu'il nous seroit fedle d'éviter, et auxquels nous ne succombons que parceque nous ne comptons pour rien d'y succomber; péchés dont nous recherchons l'occasion , dont nous attirons la tentation , dont nous ne craignons point de courir le risque , et qui, par toutes ces circonstances , portent avec eux un caractère particulier de réprobation , puisqu'il est vrai alors que nous sommes enfentsde col^e , non plus par nature et par nécessité, mais par notre propre volonté. Ai-je pu mieux vous exprimer l'abomination de notre misère? Ne nous lassons point d'en sonder Tablme profond , et sur cela écoutez ce qui me reste à vous dire.
L'abomination de désolation dans notre misère , c'est qu'an lieu que la grâce , qui sanctifia la conception de Harie , a parfaitement et absolument triomphé dans sa personne du péché originel, nous, aa contraire, malgré la grâce du baptême, qui efface en nous ce péché, par un dernier désordre qui ne peut être attribué qu'à la dépravation de notre cœur, nous suscitons encore tous les jours dans le christianisme , si j'ose ainsi m'exprimer, de nouveaux péchés originels, pires que le premier, et d'une conséquence pour nous plus pernicieuse. Qu'est-ce à dire, nouveaux péchés originels ? C'est-à-dire certains péchés dont nous sommes les auteurs , et qui , par une fatale propagation , se communiquant et se répandant, passent de nos personnes dans celles des autres. J'appelle péchés originels, ces péchés de scandale contre lesquels le Fils de Dieu a prononcé dans l'Évangile de si foudroyants anathèmes : j'appelle péchés originels, certains péchés» des pères et des mères à l'égard de leurs enfants ; d'un père qui, par succession , inspire à son fils ses inimitiés et ses vengeances; d'une mère qui ,* oubliant qu'elle est chrétienne , jpervertit sa fiHe en loi in^ spirant la vanité et l'amour du monde : j'appelle péchés originels, cei^ tains péchés des chefs de famille à l'égard de leurs doo^stiques ; d'un maître qui, pire qu'un infidèle, fait des siens les ministres de ses dâuinches; d'une lemmequi, abusant de son autorité, engage la conscience d'une jeune personne que Dieu lui a confiée , et la perd en Tobligeant à être la confidente de ses intrigues : j'appelle péchés origineb , certains péchés des grands à l'égard des peuplés, des prêtres à l'égard^ des laïques , des supérieurs à l'égard de leurs inférieurs. En qnci le péché d'Adam fut-il énorme devant Dieu? en ce qu'il ne fut pas le* péché d'un seul, mais de plusieurs; en ce qu'Adam, violant le pré-cepte , nous comprit tous dans le malheur de sa désobéissance ; en c^ qu'étant notre chef, il ne put commettre ce péehé sans nensen ren^ B. 3. 28
dre coupables. C'est un mystère de foi que nous révérons ; mtis ce qui nous paroit mystère dans ie pécbé d'Adam » est évident et sensible dans les iBspèoes de pécbé que je viens de vous marquer : car je dis toujours que la désolation de notre misère est de répandre sur autrui notre iniquité; est de ne nous pas contenter d'être pécheurs» mais de pervertir avec nous des âmes innocentes , di^es rendre corn* plioes de nos désordres « et de les en charger; estrd^étre» aussi lien qu'Adam , la principe et la source de leur damnation. Ah'l Chrétiens, n'est-ce pas ici que je ponrrois m'écrier avec le prophète Jérémie, et condure avec lui s Qtài dabi$ capiti meo aquam , ei oculit mà$ foniem laerymarum (JbkbiIm ^? Qui donnera à nés yeux une fontaine de larmes pour pleurer jour et nuit de pareils malheurs ? malheurs qui sont les suites du premier péché , mais malheurs infiniment plus déplorables que ce péché-4à même , dont nous ressentons les tristes effets.
Vous seule, d glorieuse Yi^ge, avez été préservée de cette corruption et de cette malédiction originelle ; vous seule dans votre conception avez paru devant Dieu pure et sans tache; mais c'est pour cela même que nous recourons à vous, et que nous io^piorona votre protection toute puissante : car le privilège que vous avez reçu de Dieu pour être exempte de nos misères y ne peut vous inspirer pour nous que de la ocmipassion. Vous êtes la mère de miséricorde ; mais yQUs ne pouvez l'être que pour nous, et pour nous comme pécheurs. Votre gloire dépendoit en quelque fiaçon de notre disgrâce : et s'il n'y avoit eu des pécheurs , vous n'auriez jamais mis au monde celui qui les a sauvés, et par conséquent jamais vous n'auriez éé mère de Dien% C'est donc avec une ferme confiance que nous nous prosternons devant vous. Malbeurense postérité d'une mère pécheresse , mais trouvant en voiis une mère sainte et une mère charitable » nous vous adressons nos prières et nos vœux « nous poussons vers vous des soupirs ; et les secQurs que noua vous demandons » c'est pour apprendre à noos humilier dams la vue de notre misère , à la déplorer, à n'en pas tirer au moins une vaine gloire , à n'en pas abnseri à ne la pas augmenter; enfin » à connoitre non seulaneot ce que nous sommes sans la grâce , mais aussi ce que vous avez été et œ que noua sommes par la grâce. Nous reloua voir dans la seconde partie.
beuxièhb partie.
C'est le aentiraent de toute l'Église, qui nous doit id tenir lieu de ilègle» que Marie, après Jésus-Christ, a été la première des dus de Dieu ; et il est d'ailleurs évident que le premier effet de son élection, OU de sa prédestination , a été la grâce singulière en quoi j'ai feil con» sister le privilège de sa conception. Grâce souveraine, dont elle put bien dire dèa4ors : Tout ce que je suis, et tout ce que je serai jamais, je le suis en verla de cette grâce dont Dieu me prévient aujourd'hui : Gne*
SUR U GONGBPTION DE U YIERfiBi êS»
fjA Jiii «im kl quoi mm (1. Cor.^ të). Graoe fëomda , qui dès œ no. BMM-Ià hii donna lieu de pouvoir ajouter avec TApAire, mais bien plus jiisteipeiil que l'Apdtre: Et graûa qui m me vacua non fuit (Ib.) } £t cette graoe de mon Dieu n'a point iié stérile en moi. Car il est vrai, ChrétieDs, que cette grâce fut, à l'égard de Marie , conme une ono- Imi céleste dont Dieu la remplit dans l'instant même qu'elfe fut co»* çue. if aïs pourquoi? Pour sanctifier sa personne, et pour relever le mérite de tonnes les accioDS de sa vie. Me perdes rien de ces deux pmsée^ Pour sanctifier sa p^sonne de la maniière la plus parfsite et la plus avantageuse dont une pure créature peut être sanctifiés aur 4es$ojBB de Dieu» et pour relever le mérite de toutes les actions de sa vi^ c'est-à-dire pour rendre toutes ces acUons préoteuses devant Dieu, et dignes de Dieu. Deux merveilleux effets que je distingue , et qui, par les deux coqséquences que j'en tirerai, en comparant toujours la conception de Marie avec la n6tre, nous feront connottre i nous-mêmes l'heureux état oà nous dèvCi par k baptême, I9 graoe de notre adoption.
Grâce qui sanctifia la personne de Marie, et qui la sanctifia de la manière qui convenoit à une créature que Dieu formpit actueUement, et qu il destinoit poor être la mère de son Fils ; cer dans ce bienbeuremt moment , Marie , déjà pleine de graoe , et pleine de l'Esprit de Dieu , eut droit de dire bien mieux qu'Isaie : DèmtitiMi ab utero voeaùt me (Isài., 49) : Avant que je visse le jour, le' Seigneur m'a appelée ; Ik veinre mtoris meœ recardMu est nmnkiit mei (Ibid.) : Dès le sein de am mère il m'a fait sentir l'impression desa gr^e, et s'est souvenu de mon nom. Oui, dès cet instant le Verbe de Dieu sesouvint.de l'augustii nom, du sacré nom, du nom vénérable que Marie devoit un jour por* ter; et parceque c'étoit d'dle qu'il voulôit naître , au lieu qu'il dit i Isaîa, Servus meus- es tu, ^uia in te ffkrMor (Ia.u., 4&\: Vous êtes m<m serviteur, et c'est en vous que je me glorifierai ; il dit à Marie, quoiqu'elle fût son humble servante : Vous êtes œlle que j'ai choisie pour être ma mère , car c'est en cette qualité que vous êtes aujourd'hui conçue; et voilà pourquoi non seulement je me glorifierai, mais dès maintenant je me glorifie en vous. Dès cet instant-là, dis-je, le Verbe de Dieu, en vue de son incarnation prochaine, se fit comme une gloire particulière, et crut se devoir à lui-même de sanctifier cette viei^e, de l'enrichir de ses dons , et de la combler de ses faveurs les plus exquises. Le souvenir que c'étoit celle dont il devoit être bientôt le fib, sa tendresse lui fit oublier les lois générales de sa justice rigoureuse, pour la séparer de la masse commune des enfants d'Adam ; pour la privilégier, pour la distinguer, pour l'honorer, en consacrant les prémices de son être par cette onction-de sainteté dont die fut remplie; et comme son fils présomptif, rendant par avance, si je puis ainsi parler, cette espèce de respect à sa maternité future : De ventre mutrii mem rticwilatm tft nomMt mm. Ce n'est pas tout,
J'ai dit que la graoe de la conception de Mnrie, au même temps qu'elle sanctifia sa personne, fut en elle comme une source intarissable de mérites , pour consacrer et pour relever toutes les actions de sa vie. Ceci n'est pas moins digne de votre attention : car, selon les règles et les principes de la théologie « il est encore vrai que la mère de Dieu, durant tout le cours de sa vie, n'a pas lait une seute action qui n'ait tiré son mérite et sa valeur de cette première grâce. Autre abtme des trésors infinis de la miséricorde divine : O aUitudo cfimiuirum (Rom. y 11)/ Pour vous faire mieux entendre ce que Je yeux dire, je vais vous en donner une figure sensible; et la voici. Imaginez-vous, mes chers auditeurs, ce petit grain de l'Évangile , qui , semé dans le champ, et y ayant germé, croît peu à peu jusqu'à devenir un grand arbre. Rien de plus juste pour exprimer ma pensée. Dès que ce grain ' a pris racine, il pousse son germe , il sort de la terre ; à force de s'élever il jette des branches, il se couvre de feuilles, il se pare de fleurs, il porte des fruits; mais en sorte que tout cela n'a de subsistance et de vie que par lui : car c'est de la racine et de ce grain que les plus hautes branches de l'arbre tirent la sève qui les noulYit; et cette sève ainsi répandue , entretient la fraîcheur des feuilles , fait la beauté des fleurs, donne aux fruits leur goût et leur saveur. Voilà le symbole de la grâce que reçut Marie dans sa conception. Ce fut comme un germe divin qui se forma dans son cœur, mais dont la vertu se répandit ensuite dans tout le corps de ses actions. Tout ce qu'a jamais fait Marie a été saint, et d'un mérite inestimable devant Dieu : pourquoi? parce* que tout ce qu'elle a fait partoit d'un principe de sanctification qui étoit en elle» et qui donnoit le prix à tout. Or quel étoit ce principe de sanctification ? La grâce de sa conception. Cette grâce , je l'avoue , n'étoit que la racine des-dons sublimes dont le ciel ensuite la combla, et qui rélevèrent à une perfection si éminente : mais parceque la racine étoit sainte, les branches le furent aussi : Si radix sancta , et ram ( Ibîd., 11). Qu'est-ce que j'entends par les branches? Ce sont les vertus que cette incomparable Vierge pratiquoit , les bonnes œuvres qu'elle faisoit, les devoirs qu'elle accomplissoit, le culte qu'elle rendoit à Dieu, les offices de charité dont elle s'acquittoit envers le prochain , les exercices d'humilité^^ qui la rendoient si attentive sur ellemôme. Car ce n'est point une vaine conjecture, mais une vérité solide, que tout cela fut sanctifié par la môme grâce qui sanctifia son ame au moment de sa conception ; et que cette grâce qu'elle ne perdit jamais , fut, pour me servir du terme de l'Évangile, le levain sacré dont la bénédiction et l'efficace se communiqua à tous les temps de sa vie.
Or, delà, Chrétiens, faisant un retour sur nous-mêmes, il nous est aisé de conclure ce que nous sommes par la grâce et avec la graœ. Car le baptême , qui , selon les Pères, est, comme j*ai dit, le sacrement de notre conception spirituelle, et même la pénitence, qui est celui de notre justification, nous donnent une grâce qui, pour être d'un
SUR lA OONGEPTION DE liA VIERGE. .457
ordre ïàm ioCérieur à celle de Marie , ne laisse pas d'opérer en nous par proportion les mêmes effets. Je veux dire que nous recevons une grâce qui sanctifie nos personnes, en nous élevant jusqu'à la dignité d'enfants de Dieu» et qui répand sur toutes nos actions un mérite par où elles deviennent dignes de Dieu» et de la vie éternelle que nous dec vons posséder en Dieu. A quoi soipmes-nous sensibles , si nous ne le sommes pas à ces deux avantages si précieux ? En vertu de la grâce qui nous sanctifie , nous sommes les enfonts de Dieu. C'est ce que nous a expfessémait déclaré celui d'entre les apôtres qui pouYOit mieux nous en instruire, et à qui ce secret fut révélé, quand il reposa» comme bien. aimé disciple, sur le sein de son maître. C'est lui qui nous a mis en main ce titre authentique de notre adoption , et qui^ nous apprenant ce que nous sommes , pose pour fondement de son Évanjple, que le pouvoir d'être enfant de Dieu nous a été donné . à tous : Quoiquot oulem recqiferunt eum^ dédit eU potettatem filiot Déi fieri ( JoAN., 1). Or il est de la foi que ce pouvoir est essentiellement attaché à la grâce habituelle dont je parle. Si nous savions priser le dondeDieu; silepéchéneaousaveugloit pas, jusqu'à nousôter le sentiment de notre propre grandeur, c'est de cette grâce que nous ferions toute notre gloire : l'unique pensée qui nous occuperoit , et dont nous serions vivement touchés , ce seroit de respecter dans nous cette qualité d'enfants de Dieu, de la soutenir par notre conduite, de la préférer à tous les honneurs du siècle, et de rentrer souvent dans nous-mêmes , pour faire cette sainte réflexion : Qui suis-je devant Dieu et auprès de Dieu ? tandis que je suis dans l'état de sa grâce , j'ai droit de l'appeler mon père, et il veut bien, tout Dieu qu'il est, me reconnoltre parmi ses enfonts. Voilà ce qu'il estime en moi, et sur quoi je dois iiaire fond pour me glorifier et pour me confier en lui. Tous les autres titres, eu de naissance, ou de fortune, qui pourroient dans le monde me distinguer, sont titres vains, titres périssables, titres dangereux : titres vains , puisqu'ils ne sont pas capables par euxmêmes de me rendre agréable à Dieu; titres périssables, puisque la mort les efiace si tôt et les fait évanouir; titres dangereux pour le salut, puisqu'il est si facile d'en abuser, et si difficile de n'en abuser pas, et qu'on n'en peut attendre autre chose que d'être jugé de Dieu plus iexactemeat et plus rigoureusement. Toute ma confiance doit donc être dans ce titre honorable d'enfant de Dieu: et malheur à vous, mes chers auditeurs, si jamais il vous arrivoit de faire consister la vôtre dans une grandeur seulement humaine ! Je ne prétends point pour cela diminuer les avantages , même extérieurs et temporels, que vous avez reçus de Dieu dans votre naissance. Ce que nous voyons dans la conception de Marie, je dis la grandeur du monde sanctifiée par la grâce du Créateur, doit m'inspirer un autre sentiment. Car Dieu n'a point méprisé dans Marie cette grandeur de la naissance, dont l'Église même seSnble aujourd'hui lui faire honneur. Au contraire, il a voulu
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que Marie At d'un sang noble et royal : poorqneit pour fiiire échter» Me saint Gbrysostome, la vertu de sa grâce, et pour donner aux gradda du monde cette consolation dans leur état, non seuleniênt ifue la grau-* éeur peut servir de fonds à la plusënHnentesaîntetéy mais quête sainteté, pour être éminente , ne trouve point de fends qui lui soit plus propre que la graudeur : pour leur marquer que, selon le dessein de Il Providenee , ils peuvent , sans- rren confoncfre, être grands et Are saints ; mais qu'ils ne sont grands qiie pour être saints, et que phas ito Aont grands, plus ils sont capables d'honorer Meu , qrfmd ils aoiit saints.
Divine leçon que leur fait aujouM'bui le Saint-Esprit , en leur proposant la généalogie de la mère de Dieu, comme h plus auguste de f univers^ Mais cette leçon, qui te regarde que les grands, n'aorovl pas assez d'étendue. Je parle donc à tous sans exception , puisqu'il n'y a point de Juste sur la terre, dé quelque condition qu'A sott, qui n'ait flroit de dire comme chrétien : Je suis tié de Dieu, et cette grâce qui me sanctifie n'est rien moins, dans moi, qii'uoe participation de fer nature de Dieu. C'est l'idée que chacun de nous, sans présomption, peut et doit avoir de soi-même, s*il est en grâce avec Dien, puisque Dieu, en termes exprès, nous le témoigne par le premier* de ses apêtteBiVt per hœc effieiamini dwmœ eonsorîes naturâf f^. Petr., i). Quelque languissante que sort notre foi, si nous ratsonnJons et si nous agissions suivant ce principe, en faudrofit**!! davantage pour ta ranimer? Voyez, mes Frères, dîsoit saint Jean , exhortaùt les premiers fid^es (et pourquoi dans le même sens ne vous le dirois-je pas aujour^ d'hdi?), voyez qâel amour leTère, qui est notre Dieu, nous a marqué envoûtent qu'on nous appelât ses enfents, et que nous le fussions en effet : Videte qttatém eharitatem dédit Pater nobki ut fiUi Det nonAne^ muretsimua (t. Joan.,S). Mais voyez aussi, ajoutoitMl, et dois-je ajouter, quel retour de zélé, de ferveur, de reconnoissance, demande celte charité d'un Dieu; voyez i quelle pureté de mœura elle vous engage ; voyez l'obligation qu'dié Vous impose de vous danetifier en esprit et en vérité, pour n'être pas indignes de cette adoption, qni vous donne un Dieu pour père ; voyez si c'est trop exiger de Vous, quand Dieu prétend que pour cela vous cessiez d'être des IMmmes ohamete, et que tous commenciez à vivre en hommes raisonnables ; voyea m tonte ta perfection contenne dans la loi chrétienne esi trop ponr des enfonts de Dieu : Tidete. Ah ! Seigneur, s'écribit saiht Léon pipe, Inéritons-nous de porter un si beau nom, si nous venons à le flétrir, ouUiant la noblesse de nôtre origine, pour nous hisser dominer.par des vices honteux; et ne feut-il pas que nous renoncions pour jamais àrhonnenrde vous appartenir, si nous marchons encore dans les toies corrompues du siècle? Être enfant de Dieu, etsuècomber à toutes les passions de l'homme, et être sujet à toittes lesfoiblessesde Thomme , et s'abandonner aux (tesîfs dérègles de VhaiMne, ne seroit-ce pas
im Mmstre daas Tordre de la grâce? C'est néanmoins » mes ehers anditeura, ce qui dxAi confondre tant d'ames mondaines , et sm* quoi je veux bien me promettre que , dans l'esprit d'une sainte compono» tion, ohacan s'appliquera de bonne foi à reconnoltre devant Dieu son Ui|ii8tioe , et à la pleurer. PoorsuiTons.
En vertu de la grâce qui nous sanctifie comme enfants de Dlea , nous sommes les héritiers de Dieu, et les cohéritiers de Jésus-Christ dans le royaume de Dieu : Si autem fiUi , et kasredei ; hœredt» quidem D0i, eokœredêê autem Chmti {Rom*, 8). Héritiers de Dieu» paroeque Dieu, dit saint Augustin, ne nous a point promis d'autre héritage que la possession de lui-même. Or c'est la grâce sanctifiante qui nous assure cet héritage céleste ; et Dieu, le meilleur et le plus libéral de tous les pères ne peut noua le refuser , tandis que sa grâce est en nous, et <)ue nous soouDes en graoe avec Ini, Cohéritiers de Jésus«Christ ; car nous devenona capables , non seulement de posséder , mais de mériter le royaume de Dieu, et de le mériter par autant de titres que nous pran tiquons de bonnes oeuvres, et que nous fidsons d'actions chrétiennes : puisqu'il est encore de ia foi que toutes nos œuvres élevées, sancti** fiées et comme divinisées par la grâce, nous servent de mérite pour la gloire ; que obacune, en particulier^ est pour nous comme un droit acquis à cette ghnre ; que 1^ plus viles et les plus basses en apparence, ont une sainteté proportionnée à cette gloire ; qu'à un verre d'eau donné pour Dieu, est dft, par justice et par réeompense, un degré de cette gloire; et qu'ainsi la vie du Juste sur la terre devient un mérite oontinuel, dont Dieu, selon saint Paul, veut bien être dès maintenant le dépositaire, pour en être éternellement le rémunérateur. Il est vrai: flMis aussi, renversant la proposition , conduea de Utqudie perte £ût im pécheur qui vieht à déchoir de Fétat de grâce, puisqu'il n'est pas moins de la foi, que hors de cet état toutes nos oeuvres sont des osu^* vres mortes, de nul prix devant Dieu, et incapables de nous obtenir la récompense des éhis de Dieu. Ce n'est pas que, dans l'état du péché, quoique privés de la graee , nous ne puissions faire des a&tioBs louables et vertueuses, des actions saintes et surnaturelles, des actions même utiles pour le salut, puisqu'au moins elles peuvent nous servir de disposition pour nous convertir è Dieu : mais je ne vous in* struirois pas à fond de votre religion , si je ne vous avertissois que lootes ces actions, quoique saintes, quoique surnaturelles, quoique utiles, hors de l'état de grâce ne méritent rien pour le ciel ; que Dieu ne nous en tiendra jamais compte dans l'éternité, et qu'au lien qu*é« tant consacrées parla grâce, elles nous auroient acquis des trésors de gloire ; du moment qu'elles n'ont pas cet avantage, elles ne peuvent nous conduire à ce royaume, que Dieu, comme juge équitable, r^rve à ses amis. Or ma douleur est de voir des chrétiens insensiMes à de si importantes vérités , des chrétiens qui perdent la gvace traDqmUe.. iBiBi, qqi ta| perdent sans chagrin et sans tfooble , et qui par«*là ne
montrant que trop leur peu de foi et môme leur secrète irreligion. O homme ! concluoit le grand saint Léon, indigné du scandale que je déplore f et touché d'un si prodigieux aveuglement ; ô homme ! qui que vous soyez, reconnoissez donc aujourd'hui votre dignité, et, sanctifié conune vous Fêtes par la grâce qui vous associe à la nature divine, ne retombez pas dans votre première bassesse : Agnosce, è homo, digmtatem tuam, et dimnœ consors foetus naturœ, noii m veterem vili^ latem degenen conuenatùme redire (Léo). Mais il iiaut pour cela, mes chers auditeurs, que, nous appliquant l'exemple de Marie, nous ap« prenions ce que nous devons à la grâce : c'est la dernière partie.
TROISIÈKE PARTIE.
C'est une vérité, Chrétiens, qui'ne peut être contestée, qu'après Jésus-Christ l'exemple de Marie, sa mère^ est l'idée la plus excellente que nous puissions nous proposer pour la conduite de notre vie. A quoi j'ajoute, en particulier, que l'usage qu'a fait Marie de la grâce de sa conception, est le modèle le plus parfait que Dieu pût nous mettre devant les yeux pour nous apprendre l'usage que nous devons faire de la grâce de notre sanctification. C'est, mes chers auditeurs, ce qui vous va paroltre évident, par la comparaison de ces deux grâces, ou plutôt, par l'opposition que je remarque entre Marie et nous, tou- <^nt la correspondance et la fidélité due à ces deux grâces. Opposition qui d'une part nous confondra, mais qui de l'autre nous instruira, et dont il ne tiendra qu'à vous de tirer les règles les plus solides et les plus sûres d'une vie chrétienne.
Car, prêtiez garde, s'il vous plaît : Marie, quoique exempte de toute foiblesse ,<!t confirmée en grâce dans sa conception, n'a pas laissé de fuir le monde et la corruption du monde. Marie, quoique conçue avec tous les privilèges de Tinnocence, n'a pas laissé de vivre dans l'austérité et dans les ngueurs de la pénitence. Marie, quoique remplie du Saint«*Esprit dès l'instant de son origine, n'a pas laissé de travailler; et sans mettre jamais de bornes à sa sainteté, elle a toujours été croissant en vertus et en mérites. Quelles conséquences pour nous, qui sommes, il est vrai, soit dans le baptême, soit dans la pénitence, régénérés et justifiés par la grâce, mais par une grâce qui n'a ni la stabilité de celle de Marie, ni son intégrité, ni sa plénitude; ou plutôt, parune grâce dont les caractères sohttoutdifférentsde celle de Marie! je veux dire par une grâce qui , toute puissante qu'elle est, se trouve exposée à nos inconstances et à nos fragilités ; qui, toute sanctifiante qu'elle est, n'étant pas une grâce d'innocence, ne nous dispense pas de l'obligation de pleurer et de nous mortifier ; qui, tout abondante qu'elle est, n'empêche pas qu'il ne reste encore dans nous un vide, je dis un vide de mérites que Dieu veut que nous remplissions par nos actions et par nos œuvres. Cependant, malgré la différence de ces caractères», nous nous obstinons à n'en croire que notre propre sens ;
et suivant des maximes et des voies contradictoirement opposées à celles de Marie, quoique fragiles et sujets à tous les désordres d'une nature corrompue* nous nous exposons témérairement aux plus dangereuses tentations du monde. Quoique conçus dans le péché et dans l'iniquité, nous prétendons vivre dans la mollesse et dans le plaisir ; quoique dénués de mérites et de vertus, nous arrêtons le don de Dieu» et nous retenons sa grâce dans l'oisiveté d'une vie mondaine et inutile. N'apprendron&-nous jamais à nous conduire selon les lois de cette parfaite sagesse, qui, comme parle l'Évangile, doit nous rappeler, tout pécheurs que nous sommes, à la prudence des Justes ? et Dieu pouvoitil nous y engager par des raisons plus fortes et plus pressantes que celles-ci, qoisontles suites naturelles du mystère que nous célébrons? Marie , sanctifiée dès sa coneep4on, n'a jamais perdu la grâce qu'elle avoit reçue de Dieu : je ne m'en étonnées. Non seulement die ne l'a jamais perdue, mais elle n'en a jamais terni le lustre par le moin-* dre péché. Ainsi , selon le témoignage et la dédsion du concile de Trente, l'a toujours cru toute l'Église : Quemadmodùm de betHâ Ftr* gmetenet Ecclesia {ConcU. Trid.). Ce n'est point encore ce qui me surprend ; mais ce que j'admire et ce qui fiiit le sujet de mon étonnement, c'est de voir la circonspection, l'attention, la vigilance avec la« quelle Marie a conservé cette grâce., qu'elle ne devoit jamais perdre, et même qu'elle ne pouvoit perdre , Tayant ménagée avec autant de précaution que si elle eût couru tous les risques ; s'étant pour cela, dès sa plus tendre enfance, séparée du monde ; ayant renoncé pour c^ à tout commerce et à tout engagement avec le monde ; ayant consacré pour cela les prémices de sa vie par un divorce solennel et éternel aveclem(mde;ayant vécu pour celadans un si parfait éloignement du monde, que la vue même d'un ange la troubla, paroequ'il étoit transfiguré en homme : voilà , dis-je, ce qui me jette dans l'admiration. Car enfin, lagracedelaconceptiondeMarie étoit à l'épreuvede la corruption du monde ; c'étoit une grâce solide , que toute l'iniquité du monde ne pouvoit altérer ni ébranler : et la même théologie qui nous enseigne que la mère de Dieu ne pécha jamais, nous apprend qu'elle étoit impeccable par grâce, oomme Jésus-Christ l'étoit par nature ; pareequ'à l'instant même/pl'elle fut conçue. Dieu la confirma et la fixa dans l'état de la samteté. Le monde, toutperverti qu'il est, n'avoitdonc rien dedangereux pour elle. En quelque occasion qu'elle se fût trouvée, elle auroit donc pu marcher sûrement ; et la grâce qu'elle portoit dans son cœur n'auroit pas plus été souillée de tous les désordres et de tous les scandales du monde, que le rayon du soleil de la boue qu'il éclaire, et qu'il pénètre sans en contracter l'impureté. Mais c'est en cela même que la conduite de cette reine des vierges devient aujourd'hui. notre exemple, et que son exemple, par l'énorme contrariété qui se rencontre entre elle et nous, est une conviction seule capable de nous confbn* dre devant Dieu. Car void, Chrétiens, en quoi je la fois eonsister.
442 SUA lA CONCEPTION D£ LA VIERCË.
Marie, en vertu de sa cooeeption, possédoitune grâce inaltérablet et» comme parlent les ibéologieDs, inamissible; cepandaQt elle marcha toujours dans Tétroite voie de la crainte du Seigneur : et nous, tout Ibîbres que nous sommes, nous nous exposons témérairement à tous les dangers» Nous portons, comme dit l'Apôtre, le trésor de la grâce dans des vases de terre, c'est-à- dire dans des corps mortels et cor* ruptibles : Habemus thtêourwn utum in va$is ficnlibui ( % Cor.^ 4); et nous ne craignons rien. Kous le portons, ce riche et précieux tré« sor, dans un chemin glissant, parmi des ténèbres épaisses, au milieu des écueils et des précipices, poursuivis d'autant de démons qu'il y a d'ennemis de notre salut qui cherchent à nous l'enlever ; et rien de tout, cela ne nous rend plus attentifs et plus vigilants. Je ne sais si je m'explique assQa, et je ne puis trop insister sur ce parallèle. Marie, qui, par la grâce de son orijpne, étoit exempte des foiblesaes du péché^ s'est néanmoins, par zèle et par amour de ses devotra, éloignée des oc« casions du péché ; et nous, à qui notre foiblesse fait souvent de ces occasions autant de péchés, nous nous y jetons présomptueusement, ei BOUS y demeurons opiniâtrement. Marie, à qui Dieu dans sa conception, avoit donné un préservatif infaillible contre le monde, se tint néaa» moins dans une entière séparation du monde ; et noua, qui savons par tant d'épreuves combien le monde est contagieux pour nous, bien loin de le fuir, nous l'aimons, nous nous y plaisons, nous nous y m^ triguons, nous nous y poussons ; outre les engagements légitimes que nous y avons par la nécessité de notre état, nous noua en foîsons ious les jours de volontaires et de criminels.
Or c'est en quoi parott notre présomption , de vouloir que Dieu iasse continuellement pour nous des miracles. Il n'en a fait qu'un pour sanctifier Marie, et nous voudrions qu'il en fit sans cesse de nouveaux pour nous conaerver. Goonme ces trois jeunes hommes dans la fournaise de Babylont", au milieu des flammes qu'allume partout l'esprit impur, nous voudrions qu'il nous soutint en mille occasions où la eu* rîosité nous porte, ou la vanité nous conduit, ou la passion nous attache, où nous nous trouvons contre l'ordre du ciel, et où la grâce même 4es anges ne seroic pas en sûreté. Nous voudrions, avec une graoe aussi peu stableque la nôtre, être aussi forts et avoir les mêmes droits que Marie avec la grâce saine et entière de sa conception ; et*ee que Marie n'a pas osé dans l'état de cette grâce privilégiée , nous l'osons dans le triste état où le péché nous a réduits. Mais abus. Chrétiens; le prétendre ainsi, c'est nous aveugler et nous tromper nous-mêmes. Si cela étoit, les Saints auroient pris, pour ne pas risquer la grâce de leur innocence, des mesures bien peu nécessaires* En vain l'Esprit de IMeu qui les gouvernoit , leur auroit*il inspiré tant de haine pour le monde; et en vain ce même Esprit nous proposeroitil la sainteté de Marie comme une sainteté exemplaire, puisque sana nous séparer du monde , et sans le combattre, il nous serait aisé, au miiiai du monde
SUR LA OONGBiPTIOIf DE LA VIER6B. 443^
même, de aovs maintenir daas la graoe. Non , non, il n'en va pas à» ]ft sorte, La grâce qui nous rend amis et enfants de Dieu, est une graee que nous pouvons perdre ; et par oonsëquent îious devons veiller aveo soin sur cette grâce, prêts à exposer tout le reste pour elle , parcequ'elle est la vie de notre ame , et déterminés à ne l'exposer jamais, paroequ'en la perdant nous perdons tout. Elle nous est enviée par le démon , et c'est ce qui nous doit rendre plus circonspects : de puis» aants ennemis l'attaquent dans nous, et c'est à nous de nous en défendre ; et puisqu'il a plu au Seigneur de nous soumettre à cette néce&* site d'avoir toujours les armes à la main> il faut de cette nécessité» quelque gênante qu'elle puisse être, nous faire un mérite et une vertu : cela nous obligera à opérer notre salut avec crainte et avec tremble«> ment ; ainsi le prétendoit saint Paul. Il faudra renoncer à un certaÛBi inonde : heureux si par «là nous assurons^ le talent que Dieu nous a^ confié ! On ne nous dit pas qu'il faille renoncer à tous les engagements du monde : car il y en a qui sont d'un devoir indispensad)le, et ceux-là n'ont rien d'incompatible avec la grâce ; mais on nous dit qu*il feul renoncer à ceux qui n'ont point d'autre fondement que la passion, que le plaistr,que la sensualité; iMroequelas^race,toutesanctitiantequ'eUe est, ne peut subsister avec eux. On ne nous oblige pas à fuir le monde en général, mais on nous obUge à fuir un monde particulier qui nous pervertit et qui nous pervertira toujours, parceque c'est un inonde où règne le péché, un monde d'où la charité est bannie , im monde dont kl médîsaittce fait presque tous les entretiens, un monde où le libertinage passe non seulement pour agréable, mais pour honnête; un monde dont nous ne sortons jamais qu'avec des consciences ou troublées de remords, ou chargées de crimes ; un monde au torrent duquel nous sentons bien qfue nous ne pouvons résister.
Voilà l'essentielie et importante vérité que nous prêche Marie par son exemple ; et c'est à vous, âmes fidèles, dont elle a honoré le sexe^ àB vous l'api^uer personn^ement : car l'exemple de Marie est fait pour vous ; et qiland saint Ambroise parloit aux femmes chrétiennes de son siècle, c'étoit la règle qu'il leur proposoit. Considérez Marie t leurdisoit-il ; il n'y a rien dans sa conduite qui ne vous instruise. Toye» avec quelle réserve et avec quelle modestie elle reçut la visite d'un •Dge; et vous apprradrea comment vous devez traiter avec des hom-* BMS pécheurs I C'étmt un ange, maissoiis une figure humaine; et voilà pourquoi elle prétemfit avoir raison et eiême obligation de se troubler. C'étoit le mimstre de Dieu , Tambassadeur de Dieu ; mais elle savoit qu'une épousé de Dièa doit ss défier des serviteurs de Dieu même, Slteétoit confirmée en gracè, et le Seigneur étoit avec elle; mais il n'étoit avec die, reprend saint Ambroise, que parcequ'elle ne pouvoit être sans peine avec tout autre qu'avec loi ; et elle n'étoit confirmée engraoe, <ftte paroeqtt'elle étoii confirmée dans la défiance d'elle* même, ^iià It modèle et le grand n^edèie sur lequel Dieu vous jugera,
mais snr lequel j*aiine bien mieux que vous vous jugiez dès aujourd'hui vous-mêmes. Par-là, je dis par votre oonformilé à ce modàe, et par le soin que vous aurez d'imiter cet exemple, votre conduite sera telle que la veut saint Paul, irrépréhensible et sans tache ; par-là votre réputation , dont vous êtes responsables à Dieu et aux hommes , se trouvera à couvert de la médisance; par-là vous serez au-dessus de la censure, et le monde même vous respectera ; par-là cesseront tant d'imprudences malheureuses qui font le scandale de votre vie ; tant de libertés que le monde même, tout corrompu qu'il est, ne vous permet ni ne vous pardonne pas; tant de conversations dont la licence n'aboutit qu'à l'iniquité : par-là les bienséances les plus exactes et les plus sévères vous deviendront dans la pratique aussi douces qu'dles vous sembloient importunes et fatigantes ; par-là votre régularité confondra le libertinage, et votre piété sera une piété solide : car qu'est-ce que votre piété sans cette régularité, sinon un fantôme que Dieu réprouve, et dont les hom Aies font le sujet de leurs railleries? En un mot, vous réglant sur Texemple de Marie , vous sanctifierez le christianisme dans vos personnes : car je vous l'ai déjà dit plus d'une fois , Mesdames, et j'ose encore ici vous le redire, c'est de vous, et presque uniquement de vous que dépend le bon ordre et la sanctification du christianisme ; j'en appelle là-dessus à vos propres connoissances ; et pour vous convaincre de cette vérité, je ne veux pomt d'autrès témoins que vous-mêmes.
Cependant Marie n'ayant jamais perdu , ni même souillé par le moindre péché , la grâce de sa conception , selon les Im communes, ne devoit-elle pas être exempte des rigueurs de la pénitence? Tel étoit sans doute le privilège de son état ; mais prétendit-dle en jouir? Non, mes chers auditeurs. Mère d'un fils qui, sans avoir connu le péché, venoitau monde pour être la victime publique du péché, elle voulut avoir part à son sacrifice. Mère d'un Dieu qui, étant Tinnocenoe même, venoit par sa mort faire pénitence peur nous, elle se fit im devoir et un mérite d'entrer dans ses sentiments : eUe* ressentit conune lui les péchés des hommes , elle les pleura ; et la douleur qu'elle ea conçut, selon Torade de Siméen , fut comme une épée qui perça son ame et qui déchira son cœur. Quoique sainte et remplie de grâce , elle passa ses jours dans la pénitence la plus austère; et e'est ce que nous avons de la peine à comprendre. Mais ce que je comprends encore moins , c'est que des pécheurs, et des pécheurs chargés de crimes, par une conduite directement opposée, veuillent goûter toutes les douceurs de la vie. Car voilà notre désordre : déchus de la.graoe de l'innoc^ce, nous en voulons avoir tous les avantages ; conçus dans le péché, nous n'en voulons pas subir les châtiments, ni prendre les remèdes. Les avantages del'innocence sont le repos, la tranquillité, le plaisir, la joie ; je dis une joie pure , sans disgrâce et sans amertume. Or n'est-ce pas là ce que nous rediercbons avec tant d'empressement et
SUR LA CONCEPTION DE LA VIERGE. 44it
tant de passion ; et à nous entendre parler^.à nous vcûr agir^ ne diroi^ on pas que nous y avons droit ? Aii contraire, l'assujettissement, le trayail, rhumiliation, la souffrance, les larmes , selon TApôtre , sont le juste paiement et la solde du péché, Stipendia peceaH (JRom., 6): mais qu'avonfr-nous plus en horreur? de quoi cherchons*nous plus à nous préserver? et nous prêcha* une fbtle morale, n est^» pas, à ce qu'il parott, nous offenser? La pénitence, disent les conciles, est comme le supplément et comme le recouvrement de la grâce de Tinnoœnce ; et malgré la perte de notre innocence, nous ne voulons point de pénitence. Si Dieu nous la fait faire par lui-même, nous en murmurons ; si cette pénitence se trouve attachée à nos conditions, nous nous la rendons inutUe ; d'une pénitenee salutaire qu'elle pouvoit être, nous nous en faisons une pénitence forcée ; et voilà, mes chers auditeurs, votre malheureux état. Car où voit-on plus de sujets et plus de matière de pénitence qu'à la 'cour ; et en même temps où voit-on dans la pratique moins de pâiitence chrétienne qu'à la cour? Là où le péché abonde, c'est là , par un renversement bien déplorable, que je trouve moins la vraie pàiitence, et que règne avec plus d'empire l'orgueil de l'esprit, la mollesse des sens, et l'amour de soi-même.
Enfin , par une dernière opposition entre Marie et nous , quoique la grâce de sa conception fût une grâce surabondante et presque sans mesure, Marie néanmoins n'en est pas demeurée là; mais toute aoa application , tandis qu'elle vécut , fut d'augmoiter cette grâce, croissant tous les jours de mérite en mérite i de sainteté en sainteté : et nous, en qui la grâce même laisse un si grand vide, nous n'avons nul zèle pour le remplir ; nous nous contentons de ce que nous sommes : pour un homme du monde, dit-on,|pour un courtisan, il n'en faut pas davantage. Et qui sommes-nous pour borner ainsi la grâce de notre Dieu : QuiatU voê (Judith, 8)? Si Dieu veut se servir de nous, et s'il demande de nous plus de perfection, pourquoi ne lui obéirons-nous pas, et pourquoi faudra-t-il que sa main et sa miséricorde soient raccourcies par notre infidélité? Ah f Chrétiens» la consistance dans la grâce n'est que pour la gloire. Dans cette vie , ou il faut croître, ou il faut déchoir. C'est ce que saint Paul enseignoit aux premiers fidèles. Croissez, mes Frères, leur disoit-il, dans la science de Dieu ; croissez dans son amour et dans sa grâce ; croissez dans la foi et dans toutes es vertus ; sans cela vous êtes dans la voie de perdition. Or , pour croître de la sorte, il faut agir; et c'est ce qu'a fait Marie. Sans laisser jamais la grâce oisive, elle l'a rendue agissante, fervente, appliquée à de continuelles pratiques de piété et de charité. Mais quelles bonnes œuvres pratiquez-vous, et à quels devoirs de charité envers les pauvres vous adonnez- vous? S'il y a pour vous un moyen sûr et infaillible de persévérer dans la grâce, au milieu du monde où vous vivez ^ c'est celui-là. Car au lieu que saint Bernard vous déclare, et avec raison, que quoi que vous fassiez, vous ne conserverez jamais l'humilité
44R SUR LA GOMGEPTIOlf DE LA VIERGE.
dans lelaxe, la chasteté dans les délices, la piété dans les intrigues et dans les vaines occupations du siècle , je vous dis, pour votre coaso« iaiion , qa^en donnant vos soins aux pauvres de Jésns-Christ » et en vous employant pour enx ^ vous corrigerez votre délicatesse par la vue de leurs misères» votre vanité par les services que vous lènr ren* drez, voire froideur et votre* indévotion par la sainteté de cet exer* dce ; et qu'ainsi» malgré les périls mêmes de votre état, mettant cette grâce en œuvre et la fusant agir pour Dieu , vous la sauverez pour vous-mêmes. Et de quoi noos sert«1i» mes cbers auditeurs, de posséder cette graoe si précieuse, et de n'en fiiire aucun i^sage?
G'est donc ainsi que Marie a honoré h grâce , et que nous devons rfaonorer. Quand Tertullien parle de la défiance salutaire que nous devons avoir de nous«mémes pour nous pnéserver du péché, il dît un beau mol , savoir : que la crai«e de Thomme est alors an respect et an honneur que l'homme , en vue d^sa* foibiesse et par esprit de religion , rend humblement à Dieu : Timar haminU h&n&r Dà (Ter* TtJLL. ) ; parcequ'en effet rien n'est plus honorable à Dieu que cette etrooospection de Thomme , et cette attention non seulement à ne point ûJFfenser son Dieu , mais à ne courir pas même volontairement le moindre risque de perdre sa grâce. Et le même Tertnllien expliquant davantage sa pensée , dans l'exemple de certains pécheurs fui, sortis de leurs désordres et des occasions malheureuses où ils éto^nt engagés , y renoncent pour jamais et de bonne foi , semblables à ceux qui, s'étant sauvés d*un naufrage, diseat un éternel adieu à la mer ; il ajoute que ces péeheurs honorent le bienfoit de Dieu et la grâce de leur conversion , par le souvenir efficace du danger qu'ils ont couru : Et benefidum Dei, salutem mam êdUeet, memoriâ péri* tuk honorant ( idem ). Faisons encore pins : comme Marie , ne nous contentons pas d'honorer la grâce en la conservant, mais honovons^a en loi laissant toute son action ; honorons4a en lui faisant prendre tous les jours de nouveaux accroissements , et en lui disposant pour cela nos cœurs.
C'est dans cette sainte résolution , 6 gloriense mère de mon Dieu » que nous vous présentons nos vœux ; et que , touché d'un zèle parti* entier comme prédicateur de l'Évangile, j'ose vous présenter les mieos, non seulement pour attirer sur tous mes auditeurs les effets de votre protection , mais aBn que Dieu, par votre intereession tonte puissante , sanctifie l'auguste mariage qui fait maintenant le sujet de notre joie *. C'est votre ouvrage, Sire; et par l'intérêt que l'Église et la religion, aussi bien que l'état, y doivent prendre, le devoir de mon ministère m'oblige ici à vous en féliciter. Le jeune prince que vous éleviez , et que ia Providence a destiné pour être dans la soite des temps assis sur le trône, formé par vous, étoit déjà le prodige de
. < Le p. Boardil<Mi« fitca conidiment an roi deux jours aprto le marûise clç nopse^w le ducdeBoargosne.
soft Age et l'admiration de la cour. Dans la première fleur de ses années» capable de juger de tout, iatetligent, savant, pénétrant, plein d'une solide raison, et, ce qui est*encore plus, d'une solide religion, aimant le bien, ayant en horreur l'injustice et Timpiété , né avec des inclinations toutes royales, équitable, humain, généreux, ce prince étoit déjà parvenu à être, non plus Tespérance, mais la consolation de Votre Majesté. Il lui folloit une princesse digne de lui : Votre Majesté Ta trouvée. Nous fa voyons, et j*ai Thonneur d'être le premier qui , dans le haut rang où elle nous parott aujourd'hui, lui annonce les véliités du salut. Il me suffiroit, pour faire en deux mots l'éloge de cette princesse, de dire que Votre Majesté l'a préférée A toutes les princesses de l'Europe ; et que, toute jeune qu'elle est, elle a su gagner votre estime. Mais il n'est pas ici question de faire l'éloge de la princesse, il s'agit de rendre grâce à Dieu de nous l'avoir donnée, et de lui faire connoître à elle-même les desseins de Dieu sur elle. Elle nous a apporté la paix , et par-là sa personne nous doit être chère ; mais nous nous en promettons encore quelque chose de plus important. On admire en elle des qualités qui la rendent parfaite selon le monde; on est charmé de ses manières, de la vivacité de son esprit, de la maturité de son jugement, de cette science du monde si avancée, de ce talent qu'elle a de savoir plaire à qui elle doit plaire : mais pour moi qui ne dois avoir égard qu'à ce qui la rend parfaite selon Dieu, ]e bénis le ciel de nous avoir donné dans sa personne une princesse chrétienne, une princesse qui , instruite de la religion qu'elle professe, fera son capiud de la pratiquer ; qui , occupée de ses devoirs, n'aura rien. Sire, plus A cœur que de seconder le zèle de Votre Majesté, que de se conformer en toiites choses A ses intentions, que de mériter les bonnes grâces de Monseigneur, que d'édifier le prince son époux, que de servir de modèle à toutes les princesses de la cour, que de leur inspirer, par sa conduite, l'amour de la vraie piété, que de leur en donner le goût; une princesse qui, ^'élevant au-dessus de la vanité, emploiera le discernement et les lumières dont Dieu l'a pourvue, à démêler la v^ité d'avec le mensonge, à éloigner de soi la flatterie, A se préserver de l'erreur, à ne pas donner dans le piège des passions d'autrui , à être en garde contre l'intrigue, à ne se pas laisser séduihe par la médisance, à bannir le libertinage de sa maison, à en exterminer le vice, à y maintenir la probité, à y faire craindre et honorer IMeu ; une princesse dont bientôt les exemples seront plus puissants que toutes mes paroles, pour établir dans cette cour le règne des vertus, et qui, marchant sur les pas de ces grandes reines et de ces vertueuses princesses dont la mémoire toute récente est encore parmi nous en bénédiction, sera comme elles la protectrice déclarée des intérêts de Dieu, la mère des pauvres, le refuge et l'asile des malheureux. Voilà, plus que son rang, ce qui me la rend vénérable, et ce qui me fait dira, comme le serviteur d'Abraham^ lorsque, voyant pour la première fois
réponse do fils de son maître, il s'écria, dans un transport d'admiration et d'action de grâces : Ip^a estmtdier^ quant prceparavit Dominu» filio damini met {Gènes., 34) : Oni ,«la voici, celle que Dieu, par son aimable providence, a choisie pour être l'épouse du fils de mon sd« gneur : Filio domini met. Ces paroles d*Éliézer furent une espèce de prédiction, qui s'accomplit dans la suite par Fabondance des grâcesque Dieu répandit sur la maison d'Abraham et sur le mariage dlsaac» Faites , ô mon Dieu , que ces mêmes paroles , appliquées à notre in» vincible monarque et à son auguste famille, soient suivies des mêmes effets ; et puisque vous êtes l'auteur de cette glorieuse alliance qui vient de mettre le comble à notre bonheur, versez, sur les deux royales personnes qu'elle a unies d'un lien si sacré , vos plus singulières faveurs, non seulement parles prospérités temporelles dont ils méritent d'être comblés , mais encore plus abondamment par les grâces du salut, qui seront pour l'un et pour l'autre le principe d'une éternité bienheureuse que je leur souhaite, au nom du Père, etc.
DtxU autem MmHa ad angelum : Ecee aneUla DomUii, fiât miM seeumdùm verbwn Alon Mûrie dit à range : Je mit U aervante da Seigneur; gaUne aoit fut adon votre pa-
rôle. SAINT LDC, ch. 1.
Sire,
C'est de cette réponse de Marie que dépendoit l'accomplissement du glorieux mystère que nous célébrons. Ce consentement étoit, dans Tordre des décrets éternels de Dieu , une des conditions requises pour l'incarnation du Verbe ; et voilà , mes chers auditeurs , l'essentielle obligation que nous avons à cette reine des vierges, puisqu'il est de la foi que c'est par elle que Jésus-Christ nous a été donné, et à elle que nous sommes redevables de ce Dieu Sauveur. Car si le Fils méole de Dieu descend de sa gloire ; si , dans les chastes entrailles de Marie, il vient, pour le salut des hommes, se &ire homme, c'est au moment qu'elle a dit, et parcequ'elle a dit : Je suis la servante du Seigneur; qu'il me soit fait selon votre parole: Ecce ancilla Domini; fiai mîAt secundkm verbum tuum. Ne séparons donc point dans ce discours la mère du fils, et le fils de la mère : ne séparons point Tâûge de Marie du mystère adorable et incompréhensible de THomme- Dieu; mais tâchons à tirer de l'un et de l'autre de quoi nous instruire et de quoi nous édifier. Saint Augustin disoit que, pour parler dignement et utilement du Verbe incamé dans le sein de la Vierge, il ial* loit que la parole de Dieu s'mcarnât en quelque sorte tout de nouveau dans la bouche des prédicateurs, et que le ministre de TÉvan* gile devoit avoir le même zèle que saint Paul, pour pouvoir dire à ses auditeurs conune cet apôtre : FilioU mei, quos iterum partwrio^ dtmec formetur m vobis Cftrtsncs (Goiol., 4) : Mes diers enfimts, pour qui je
me sens pressé des mouyements les plus vifis d'ane tendresse paternelle» jusqu'à ce que Jésus-Christ soit fidrmé en vous. C'est la graoe qui m'est aujourd'hui nécessaire. Il faut qu'à l'exemple du Docteur des nations, je travaille à former Jésus-Christ dans vos âmes, et que vous conceviez spirituellement le Verbe de Dieu , tandis que je vais vous annoncer sa conception substantielle et véritable. Nous avons besoin pour cela des lumières du Saint-Esprit, qui survint dans Marie ; et c'est par l'intercession de cette Vierge toute puissante que nous les devons demander : Ave Maria.
C'est le sentiment de tous les Pères de l'Église, que Marie ^ sans avoir pu proprement mériter que le Verbe divin s'incarnât, a pu néanmoins, par sa correspondance aux desseins de Dieu, servir à l'accomplissement de ce piystère ineffable. Car, au moment qu'il fut sur le point de s'accomplir, elle s'y trouva préparée par des sentiments intérieurs et par des vertus qui la rendirent non seulement digne, mais la plus digne et la seule digne d*étre la mère du Rédemptear. C'est pour cela que Dieu l'avoit comblée de tant de grâces ; pour cela qu'il l'avoit préservée de tout péché ; pour cela que, dès ses plus ten« dres années» elle s'étoit séparée du monde ; pour cela qu'en se présentant dans le temple, elle s'étoit elle-même consacrée à Dieu, 'parcequ'elle étoit dès-lors destinée à être le temple vivant et le sanctuaire de Dieu. Le point est de savoir quelles furent en particulier ces dispositions de Marie, et à quoi Dieu eut surtout ^rd pour la faire entrer en participation de ce mystère, et pour l'élever à la maternité divine. Les uns prétendent que ce fut par son humilité profonde , par son obéissance héroïque, par sa parfaite soumission aux ordres de Dieu, qu'elle trouva grâce devant Dieu. Les autres attribuent cette grâce, ou , pour mieux dire, cette gloire qu'elle reCut de Dieu , à sa pureté angélique, par où elle étoit déjà, comme vierge, l'épouse de Dieu. Joignons, Chrétiens, l'un et Tautre ensemble; et disons, avec saint Bernard^ que cette Vierge incomparable conçut le Verbe de Dieu, et par son humilité, et par sa virginité : Virginitate placuit, humiiitaU concepit (Bern.). C'est à cette pensée que je m'attache avec d'autant plus de raison, qu'elle me parott fondée sur les paroles de mon texte, puisqu'il est constant que la disposition la plus prochaine qu'apporta Marie à l'incarnation de Jésus-Christ fut le consentement qu'elle donna à la parole de l'ange, en lui disant : Je suis la servante du Seigneur ; qu'il me soit fait selon votre parole. Or ce consentement fut tout à la fois, et une protestation sincère de son humilité, et une solennelle profession de sa virginité. Car, en se reconnoissant la servante du Seigneur, elle s'humilia ; et , en ne voulant accepter Fhonneur de la maternité divine qu'à condition que tout s'accompliroit selon la parole de l'ange , c'est-à-dire par l'opération du Saint-Esprit , elle déclara non seulement qu'elle étoit vierge, mais qu'elle vouloit toujours B. 3. 29
m Sur L*annonciation de la vierge.
rétre. Ainsi il est vrai de dire qu'elle conçut ce Dieu de gloire, et par f liuinilité de sod cœur, et par la pureté de son corps : par l'humllire de son cœur, qui, de la condition d'une simple fille, l'éleva jusqu'à la dignité de mère de Dieu ; ce sera la première partie : par la pureté de son corps, qui, comme parle saint Ambroise, eut le pouvoir d'attirer sur la terre le Verbe de Dieu; ce sera la seconde partie. Donnez* moi, s'il TOUS plaît , une favorable attention.
PREMIERS PAET19.
Quelque parfaites en elles-mêmes que soient les autres vertus, et 4fttelqne mérite d'ailleurs qu'elles puissent avoir, c'est l'humilité, dit 'Mint Augustin, qui, de la part de l'homme, doit être la première et es- Mntiene disposition aux communications de IMeu. Et la raison qu'en ippone œ saint docteur me paroft aussi convaincante qu'elle est naturelle : parcequ'ii est évident, ajoute-t-il, que, pour recevoir les Ifraces et les faveurs de Dieu, il faut au moins être vide de soi-même; Bieû, tout Dieu qu'il est, si j'ose m'exprimer de la sorte, ne trouvant plus de place dans un cœur plein de lui-même, c'est-à-dire dans un cœur infecté de Tamour et de la vaine estime de soi-même. Or l'effet propre de l'humilité est de faire en nous ce vide mystérieux et salutaire^ qui consiste dans l'oubli de nous-mêmes, dans le détachement de nous-mêmes, dans le renoncement à nous-mêmes ; et par conséquent, e'est l'humilité qui nous rend capables de posséder Dieu, d'être des vases d'^élection propres à contenir les dons de Dieu ; en un mot, de -servir de sujets aux épanchements ineffables des grâces et de l'esprit de Dieu : principe sur lequel est fondé le mystère de ce jour. Car voici , mes chers auditeurs , l'application que j'en fais. Dieu voufolt se communiquer à l'homme , mais d'une manière étonnante, et qui devoit même surpasser l'intelligence de l'homme ; savoir, par la voie incompréhensible de l'incarnation de son Verbe. Parlons plus simplement et plus clairement. Dieuvouloit que ce Verbe^ que ce Fils du Très-Haut vînt au monde revêtu de notre chair ; qu'il fût tiomme comme nous, et, à l'exclusion du péché, parfaitement semblable à nous. Pour cela, il cherchoit une vierge qui pût, en qualité de mère, coopérer à l'accompUssement de ce grand dessein ; une vierge selon son cœur, et en qui il trouvât ce fonds d*humilité indispensablenieiit requis pour en faire le temple vivant où devoit habiter neuf mois entiers la plénitude de la Divinité. Au moment qu'il fallut venir à l'exécution de l'ouvrage qu'il s'étoit proposé, il jeta les yeux sur Marié; et Marie seule, entre les femmes, lui parut dans l'état de cette humilité parfaite qu'il demandoit. C'est pour cela, dit saint Augustin, qu'il la choisit préférablement à toutes les autres, et qu'il l'honora de la plus émiaente de toutes les grâces, qui éloit celle de concevoir un IMeu, parcequ'elle étoit, sans contestation et sans exception, la plus humble des servantes de Dieu. Voilà, dis-je, en deux mots, le mys-
tère que nous célébrons. Mais , pour votre édification et pour la mienne, permettez-moi de vous le développer,
Pfoi}, Chrétiens, quand Dieu choisit Marie pour l'élever à la maternité divine, il ne considéra en elle ni la grandeur de sa naissance, ni les talents de son esprit, ni les perfections de son corps, ni tous les antres avantages doot il Tavoit^ comme créateur, si libéralement pourvue. II est vrai, M^rie, même selon le monde, étoit la iplus accom- .plie de toutes les créatures. Issue de David et de tant d'autres rois qu'elle comptoit parmi ses ancêtres, elle avoit hérité de toute leup gloire : douée des qualités naturelles qu'elle avoit reçues ^e Dieu, elle /étpit, comme parle saint Berngf d, le chef-d'œuvre de tous les siècles, et nulle des filles d'Israël ne lui fut jamais comparable dans le merveilleux assenaUage de ces grâces extérieures et éclatantes dont plie $e tronvoit enrichie ; par c'est d'elle, à la lettre, qu^on ppuvpit bie]^ ^ire : Multos filiœ congregaverunt dîvitias; tu supergre$sq es universas ^{Prov.f 39). Mais rien de tout cela précisément n'engagea Dieu aôi cboa. qu'il fit d'elle pour être la mère du Messie, et pour donner aa monde le Rédempteur. Je dis plus, et ceci est encore plus digne de vos réflexions. Ce qui décida en fqtvei^r de Marie, cç qui dëterniinâ DieM a lui donner la préférence de cette auguste maternité, ce ne fu^ pas même absolument ni en général le mérite de sa sainteté. Je m'explique. Marie, pour être mère de Dieu, devojt être sainte; n^ais toute espèce de sainteté n'auroit pas suffi : il falloit pour cela une sainteté d'un caractère particulier, qui disposât Marie à être la mère d'un Diea ipcarné, c'est à-dire la mèred*un Dieu qui s'anéantissoit en devenant j$on fils et se faisant homme. Or ce caractère ne pouvoit être que l'humilité ; et si l'humilité n'avoit pas été la vertu prédominante de cettp vierge, quand elle eût eu d'ailleurs tous les mériter et toute h sainteté des anges. Dieu ne l'auroit pas choisie. Par oii donc, entre tou- ^s les vierges, se distingua-t-elle deyant ce Dieu de majesté ? C'est elle-même qui nous l'apprend : par la connoissance qu'elle eut de sa bassesse, et par l'aveu qu'elle en fil : or cet aveu de s^ bassesse ne fut .qu'une expression vive et affectueuse de l'humilité de son cœur, Quîfi respexii humilitaien^ anciUœsu^ (Lvc.^ l).Oui, dii-el|e dans ce sacré cantique, qui, selon la penséje de saint Ambroise, fut comme l'éxtasede son humilité, mais de son humilité glorifiée , on m'appellera bienheureuse, et je la suis en effet; car le Tout-Puissant a fait en moi de grandes choses : etpourquoi les a-t-ilfaites ? parcequ'il n'a pas dédaigné la bassesse de sa servante, et qu'il a eu égard au sentiment quelle en avoit : Ecce enim ex hoc (Ibid.). Cela seul ma attiré non seulement ses bénédictions et ses grâces, mais sa personne et sa divinité même; et je veux bien le publier hautement, afin que toutes les âmes justes, profitant de la confession que j'en fais, sachent qu'il n'y a que l'humilité à qui Dieu se communique, ni qui puisse l'approcher de nous et nous apptooher 4^ lui. U ne faut pas s'étonner; Chrétiens, que Dieu en use
de la sorte à Tëgard de Marie. Car, comme raisonne saint Bernard, un Dieu qui lui-même étoit sur le point de s'humilier jusqu'à YexcèSj en se revêtant de notre chair, devoit avoir des compkiisances infinies pour rhumilicé : puisque, dans l'état même de sa gloire, il a tant d'égard pour cette vertu , et que, par la seule raison qu'il est grand, toutes ses inclinations sont pour les petits et pour les humbles. Quoniam exceUus Dominus^ et humilia respkit {Psalm., 137) ; que falloitil attendre de lui dans la disposition prochaine où il se trouvoit de devenir un Dieu humble, sinon qu'il se ftt encore un honneur d'être conçu par la plus humble de toutes les créatures, et qu'agissant con* séquemment, il voulût entrer dans Je monde par l'humilité, qui fiit son principal et son souverain attrait?
Mais enfin qu'y eut-il donc de si singulier et de si rare dans l'humilité de Marie, et en quoi l'humilité de Marie lui parut-elle alors si digne de lui ? Ah! Chrétiens, Dieu trouva dans Marie une humilité qui ne ' s'étoit jamais vue sur la terre, et qui ne s'y verra jamais, je veux dire une humilité jointe à la plénitude du mérite; première circonstance : car être humble sans mérite, dit saint Chrysostome, c'est une nécessité; être humble avec quelque mérite, c'est une louange; mais être bumble dans l'actuelle possession de tous les mérites , c'est un miracle, et il felloit ce miracle pour l'incarnation. Or c'est ce miracle qui paroît visiblement dans la personne de Marie. Car prenez garde, s'il vous plâit : on la salue comme pleine de grâce, Ave, gratta plena (Luc, 1) ; et elle proteste qu'elle est la servante du Seigneur : Ecce ancilla D<h mini (Ibid.). Si elle n'eût été €[ue servante , ou si elle n'eût été que pleine de grâce, elle n'auroit jamais été mère de Dieu ; c*est lexcellente réflexion de saint Chrysostome ; mais parcequ'elle est l'un et l'autre tout ensemble ; parcequ'étant pleine de grâce , elle ne laisse pas de s'appeler l'humble servante du Seigneur,'par un effet de l'opération divine, de servante elle devient mère. Voici quelque chose de plus : une humilité dans le comble de l'honneur ; autre eirconstance. Être humble , î[>oursuit saint Chrysostome, dans l'humiliation, être humble dans l'obscurité d'une condition vile et abjecte, ce n'est tout au plus qu'une vertu commune et populaire; maisêtre humble, comme Ta été Marie, dans le plus haut degré d'élévation, c'est une vertu héroïque, et par où Marie mérita l'admiration, non pas simplement des hommes et des anges, mais, pour ainsi dire, de Dieu même. Car pourquoi ne parlerois-je pas ainsi, et pourquoi craindrois-je de dire que celui qui admira la foi du centenier et de la femme chananéenne dut encore bien plus admirer l'humilité de cette vierge? Entrons dans le détail. Un ange est député à Marie : tout ange qu'il est, il ne lui parle qu'avec respect. II lui déclare qu'elle est bénie entre toutes les femmes» qu'elle a trouvé grâce aux yeux du Seigneur, qu'elle concevra un fils à qui elle donnera le nom de Jésus, qu elle sera remplie du Saint-Esprit, que le fruit qui naîtra d'elle sera saint par excellence, qu'il sera
Fils de Dieu, qu'il rétablira le trône de David; qu'il régnera éternellement, et que c'est par elle enfin que tout cela doit être fait. Que pouvoit-onluiannoncerdeplusgrand?queldroit nesembloit-ellepas alors avoir de se former de hautes idées d'elle-même, surtout lorsqu'elle savoit que ce n'étoic point là des flatteries, puisqu'elle recevoit tous ces éloges et de la bouche d'un ange et de la part de Dieu? Cependant, Chrétiens, à tous ces éloges elle ne fait qu'une seule réponse; mais elle la fait avec autant de sincérité qu'une ame vaine et peu solide auroit pu la faite avec disimulation et avec affectation : Ecce ancilla Dondni :, Je suis» dit-elle, la servante du Seigneur. Vous me parlez d'être sa mère , et ce seroit pour moi un titre de supériorité : mais je m'en tiens à celui de ma dépendance, à celui de l'entière soumission et de la servitude que je lui ai vouée , et dont je ne me départirai jamais : Ecce ancilla.
Or voilà, mes chers auditeurs, encore une fois, ce qui ravit le ciel. Voilà ( souffrez que je m'explique ainsi ) ce qui achève de déterminer le Verbe de Dieu à sortir du sein de son Père, et à descendre du trône de sa gloirç jusque dans la profondeur de notre néant. Car c'est bien ici que s'est vérifiée la parole du Prophète royal, quun abîme attire un autre abîme : Abystus abystum invocat (PsaL 41 ). Tandis que Marie s'humilie devant Dieu, le Verbe de Dieu s'anéantit en elle : cet abîme de l'humilité d'une vierge attire un second abîme encore plus grand, qui est celui de l'anéantissement d'un Dieu. Car c'est le terme, et le terme unique par oit saint Paul a cru pouvoir dignement exprimer le mystère d'un Dieu-Homme : Qui cùm in forma Dei e$$et, exi» nanivit semetipsum, formam servi accipiens (Ptulip., 3) : Ce Jésus-Christ que je vous prêche, disoit^il aux Corinthiens, est celui qui, étant Dieu, et n'estimant point que ce fût pour lui une usurpation d'être égal à Dieu, s'est anéanti lui-même, prenant la forme de serviteur, et se rendant semblable aux hommes. En effet, qu'un Dieu se fasse homme, c'est, par rapport à Dieu, ce quisurpasse tous les degrés d'abaissement que notre imagination se figure, et qu'elle peut se figurer. II faut, pour aller jusque là, que la révélation divine vienne à son secours, et que, fortifiée des plus vives lumières de la foi, elle nous élève au-Klessns de nous-mêmes , pour nous faire comprendre ce que c'est qu'un Dieu dans cet état. Or comment le comprenons-nous? Par ce seul mot, qui signifie plus que tout ce que les théologiens et les Pères se .sont efforcés de nous en dire ; aussi est-ce le Saint-Esprit qui l'a dicté : il s'est fait homme, c'est-à-dire, de Dieu qu'il étoit, sans préjudice de la souveraineté de son être, il s'est réduit à une espèce de néant : Exinamvit semetipsum (Ibid.).
C'est donc de ce néant divin, pour parler ainsi, que nous avons été formés ; et c'est par la vertu miraculeuse de cet anéantissement d'un Dieu, que nous sommes, vous et moi , tout ce que nous sommes dans l'ordre de la grtce. Conune lepremier néant, que j'appelle le néant de la
crëatioD, a été le principe et Forigine de tousies êtres qui sont dans là nature, il a fallu que de ce second néant, qui est le néant de l'humiliation et de Tincarnation du Verbe, Dieu tirât tous les êtres qui sont de l'ordre surnaturel, c'est-à-dire toutes les grâces, toutes les vertus, tous les mérites, toutes les lumières, toutes les inspirations, tous les don§ célestes qui doivent contribuer au salut et à la justification des hommes. G*est sur ce néant d^un Dieu fait chair que la miséricorde a travaillé pour faire des Saints, des prédestinés, des élus, comme la toute* 'piiissance avoit travaillé sur le premier néant pour créer des deux et des astres. Sans cela nous serions demeurés dans le néant éternel de iiotre misère et de notre péché : il n'y avoit qu'un Dieu qui pût nous en faire sortir, et il n*a point trouvé d'autre moyen queVanéanlissenient de son adorable personne : Exinanivit semetipsum. Anéantissement de mon Dieu, s'écrie saint Bernard, plus avantageux pouf îhoi que sa grandeur même et que sa puissance même ; ou plutôt, anéantissement de mon Dieu, sans lequel sa puissance et sa grandeur ipémen'auroient eu rien d'avantageux pour moi ! anéantissement plus iPécond, plus riche, plus abondant que les trésors mêmes de Dieu, puisque tons les trésors de la bonté et de la charité de Dieu y sont renfer- , înés, et que de là me sont venus tous les biens que j*ai reçus de Dieu et que j'en recevrai jamais ! anéantissement en vertu duquel je subsiste, et auquel je suis redevable de tout mon bonheur ! anéantissetalent qui, me représentant mon Dieu dans cet abîme d'humiliation où je le contemple aujourd'hui, me le rend encore plus admirable et plus aimable que lorsque je le considérois dans la splendeur des Saints, et dans le centre glorieux de sa pure divinité : Quanta pro me vilior , tanto mihi carior (Bërn.) ! Telles étoient les pensées de saint Bernard en vue de ce mystère, qu'il méditoit et dont il étoit pénétré. Mais allons plus avant, et pour nous rendre ce mystère encore plus utile, faisons un retour sur nous-mêmes. Entrons dans les sentiments de Jésus^Cbrist, entrons dans ceux de Marie : je veux dire, mettonsnous, selon la maxime du grand Apôtre, dans les mêmes dispositions où se trouvèrent Jésus-Christ et Marie au moment de l'incarnation : Hocenim sentite in vobis^ quod et in Christo Jesù {Philip., 2). Car voici, mçs chers auditeurs, ce que le mystère de lincarnation nous prêche, l'esprit d'humiliié, la pratique de Thumililé , Tétude et la science éminente de Thumilité, le mérite de Phumilité. Les païens, disoit saint Jérôme, n'ont été humbles et n'ont pu l'être que par rai- SQn : mais pour nous, qui sommes fidèles, nous devons l'être et par raison et par religion. Les Juifs n'avoient besoin d'humilité que pour obéir à un Dieu qui leur paroissoit toujours grand» et devant qui ils dévoient trembler; mais en qualité de chrétiens, nous avons besoin d'humilité pour servir un Dieu qui s'est fait petit, et à qui nous devoirs nou§ conforipelr. tommé ral;)îme de Vhumiliié de Marie a attiré un second abifi^é,' qui est celui des humiliations du Filsdet>ieu,
SUR L'ANNONCIATION DE LA VIERGEi «tt
il feut qae celui des humiliations du Fils de Dieu en attire w .tkt)isième dans nous , et qu'en nous sanctifiant par rexercîcede f^milité chrétienne, nous joignions Tanéantissement volontaire de iiona^ mêmes à cet anéantissement prodigieux du Verbe; afin que de l'un et de l'autre il se fasse un tout» sans lequel la foi nous enseigne qu'il n'y a point de salut pour nous» puisqu'il est delafoiqueranéaqtissemeHit du y erbe incarné relève le mérite du nôtre » et que le nôtre d^Ax étnf l'effet et comme le supplément et la consommation de celui du Verbe
incamé* Parlons sansfiiSure^etréduisons ceci àdes termes pluâ simples.' On vous a cent fois entretenus des désordres de l'orgueil, de cette passion malheureuse que Ton peut bien appeler le péché originel de l'homme» puisqu'au moins en a«t-elle été la cause, et qu'elle est ea«* oore aujourd'hui le principe le plus général de tous les déréglementa du monde : on vous en a fait des .discours entiers » et peut-être plus d'une fois avez«vous été convaincus que de s'en laisser dominer^ c'é<* toit une des marques les plus visibles d'un sens réprouvé. Mais, Chré« tiens, on ne vous en a rien dit d'essentiel, si vous lecomparetàceque je vous en dis aujourd'hui. Oubliez donc tous les autres motifii dont on s'est servi pour vous donner horreur de ce péché : comptez pour rien tout ce qu'on vous a fait entendre de l'injustice de l'orgueil, de son indignité, de sa vanité, de ses extravagances pitoyables, de ses honteux emportements, de ses aveuglements grossiers, de ses insupportables présomptions, de ses ridicules fiertés, de ses basses ei odieuses jalousies. G'étoient des raisons fortes et pressantes, mais eu» oore trop humaines : il en falloit une prise de la sainteté même du christianisme, et dont nous ne puissions nous défendre sans^ (énoncer à notre foi. Or cette raison étoit attachée à l'auguste mystère de Tîn* carnation» Car un Dieu tel qu'on nous le propose dans le mystère de 06 jour, un Dieu volontairement et par choix revêtu de la forme de serviteur, un Dieu, pour sauver et pour réformer rhomme« couvert des misères de l'homme ; un Dieu fait chair, pour guérir, dit saint Augustin, les enflures criminelles de notre espril, c'est ce qui oonfour dra éternellement le vice que je combats, ce qui le confondra sans réplique, ce qui le confondra dans tous les états du christianisme» ce qui lé confondra en nous convaincant d'une contradiction presque aussi incompréhensible que le mystère môme qui l'a fait naître. Car la plus monstrueuse contradiction, n'est-ce pas d'invoquer ce DJeuSauyeur^ que nous savons ne.nous appartenir comme Sauveur que par sou h^r milité; et en l'invoquant, d'être actuellement possédée d'un secret <u^gueil; de lui rendre grâce de s'être abaissé pour nous, et de ue penser qu'à BOUS élever nous-mêmes ; d'éublir toute notre conBance sur ce qu'il s'est anéanti pour nous racheter, et de ne travailler qu'à devenir quelque chose ; et, s'il étoit possible, toute chose selon le monde ? n'est-ce pas là, dis-je, insulter en quelque manière à son inc^Mrnation divine F
Il fsmtétre humbles, Chrétiens. Je ne vous dis point que sans cela il ne peut y avoir de solide vertu ; je ne vous dis point que Thumilité est» de Taveu du monde même, le fondement du véritable mérite ; je ne vous dis point que si vous n'êtes humbles, c*esten vain même que vous espérez de parvenir à cette prétendue gloire mondaine que vous cherchez ; je ne vous dis point que sans humilité vous ne trouverez jamais ia paix ni le repos de vos âmes ; autant vous en diroit un philolosophe ; et quelque convaincante sur ce point que fût sa morale , je doute qu'on y déférât beaucoup : mais je vous dis qu'il faut être humble pour être chrétien, et que sans l'humilité il n'y a ni relifpon, ni christianisme, puisque, sans l'humilité, il n'y auroit pas même eu d'incarnation, ni d'Homme-Dieu. S'il vous reste encore de la foi, pouvez-vous n'être pas touchés de cette vérité? Je sais néanmoins que cette vérité, tout édifiante qu'elle est, ne sera pas du goût de ceux qui m'écoutent ; et je sais, quoique avec douleur, que l'humilité que je prêche ici est cette sagesse cachée que saint Paul a cru bien définir, quand il a dit que c'étoit ceUe que nul des princes de ce monde n*avoit connue : Sapientiam inmysterio, quœ abscondita e$U (fuam nemo principumhu" juê sœcuU cognovit (1. Cor,^ 2). Haisc*estpourcelamêmequejevousla prêche, afin que, malgré le dieu du siècle, elle soit hautement révélée là où elle est plus grossièrement ignorée et plus ouvertement combattue ; afin qu'il ne soit plus vrai que nul des princes du monde ne l'a connue ; afin que, jusque dans la cour, elle reçoive un témoignage on qui sanctifie ceux qui la croient, ou qui serve à justifier Dieu contre ceux qui ne la croient pas : car, de l'une ou de l'autre manière, il faut. Chrétien», que cette sagesse triomphe de vos erreurs. Et je vous rends grâce, ô mon Dieu , de ce qu'il y a encore des âmes dao^s qui elles en triomphent pleinement; de ceque votre main n'est pas raccourcie; de ce que, parmi les grands à qui je parle, il se trouve encore des humbles de cœur à qui vous découvrez vos voies : ce sont vos élus. Seigneur, et à vous seul en appartient le discernement. S'ils sont en petit nombre, c*est cette profondeur de vos conseils, que nous révérons: mais, quoiqu'il en soit, j'ai toujours droit de me consoler aujourd'hui de ce que la proposition de votre apôtre n*est plus si absolue ni si générale ; et tout indigne que je suis de mon ministère, j'ai le bonheur de prêcher avec plus d'avantage que lui cette sagesse de vos humiliations, puisque je la prêche devant des puissants du siècle, non seulement qui la connoissent, mais qui l'adorent, et qui conviennent avec moi de l'obligation indispensable où ils sont de la pratiquer.
Vous me direz. Chrétiens : Mais peut-on être humble et grand toat à la fois ? car voilà le prétexte que Tesprit du monde a opposé de tout temps à cette vérité. Et moi, je vous réponds : En peut-on douter, après la preuve authentique et le modèle admirable que Dieu nous en a donné dans l'incarnation de son Fils? Vous me demandez si Ton peut être humble et grand tout à la fois : et le Fils de Dieu a bien pu
devenir humble en demeurant Dieu ; et Marie a bien pu être la plus humble de toutes les créatures en devenant la mère d'un Dieu. Quoi donc! reprend saint Chrysostome, les grandeurs humaines ont-elles quelque chose de plus éclatant que la maternité de Dieu, et que la divinité même? et puisque la divinité et la maternité de Dieu se sont si bien accordées avec l'humilité dans Jésus-Christ et dans Marie, oserons-nous dire quil y ait rien de grand sur la terre avec quoi l'humilité puisse être incompatible? Oui, Chrétiens, on peut être grand et humble tout ensemble, c'est-i-dire on peut être humble dans la grandeur, comme on peut être superbe dans la bassesse. On ne peut pas être humble et ambitionner d'être grand, et se plaire à être grand , et faire toutes choses pour être grand ; mais on peut être humble et être grand, parcequ'on peut être grand par l'ordre de Dieu , et que Tordre de Dieu n'a rien qui ne contribue à maintenir l'humilité. Et voilà, mes chers auditeurs, ce que j'appelle la grâce de votre état. Vous qui tenez dans le monde des rangs honorables, et que la Providence a élevés au-dessus du commun des hommes, voilà, si vous voulez le reconnoltre, l'avantage que vous possédez, de trouver dans l'humilité que ce mystère vous inspire de quoi sanctifier votre condition , et de trouver dans votre condition de quoi rendre votre humilité plus sainte et plus précieuse devant Dieu ; voilà en quoi Dieu vous a privilégiés, de vous avoir donné le moyen d'être humbles avec mérite, et d'être grands sans risque et sans péril. Concevez bien , s'il vous plaît , ce secret de sa miséricorde. Si Dieu vous avoit laissés dans la corruption du péché, livrés à vos propres désirs , cette grandeur dont vous êtes revêtus seroit une grandeur funeste qui vous perdroit, qui vous aveugleroit, qui seroit pour vous une source de crimes, et qui n'aboutiroit enfin qu'à votre damnation : ou si, par un changement d'état , Dieu , au contraire , vous avoit fait nattre dans la poussière et dans les plus viles conditions du monde, l'humilité dont vous auriez fait profession n'eût été souvent qu'une humilité naturdie, qu'une impuissance de vous élever plus haut, ou même qu'une bassesse de cœur indigne du nom d'humilité. Qu'a fiait Dieu ? Par une providence toute singulière, il vous a préservés de ces deux écueils : il vous a donné de la naissance, des emplois, des rangs, afin que si vous étiez humbles et chrétiens, vous le fussiez par vertu ; et il vous a pourvus de l'humilité chrétienne, afin que cette naissance, ces emplois, ces rangs ne dégénérassent point dans une grandeur profane, et abominable à ses yeux. La grandeur toute seule auroit dû vous faire trembler : l'humilité toute seule, dans le sens que je viens de le dire, n'auroit pas pu vous assurer : l'une vous auroit exposés à des tentations presque invincibles; l'autre, sous l'apparence même du bien , auroit été douteuse et équivoque. L'alliance des deux est ce qui doit fiiire votre consolation : car l'humilité, à l'épreuve de la grandeur, est le plus infaillible ouvrage de la'grace, et le mérite le plus pur
iS» SUR L'ANNONCIATION DE LA VIERGE.
sar lequd vous puissiez compter; et la grandeur» sanctifiée paf Thu* milité, non seulement n'est plus un piège, mais devient ellennôme sa^ lutaire. Quel hommage, Chrétiens» n*en pouvez-yous pas faire à Dieuî à combien de saintes œuvres ne peut-elle pas vous servir pour les» intérêts de Dieu ? dans quelle nécessité ne vous met-elle pas d'être sur la terre, chacun à proportion de votre pouvoir, les minisires et les hommes de Dieu? Cette grandeur soumise à Dieu, employée pour Dieu, anéantie par Thumilité de la religion en présence de Dieu, quel tribut de gloire ne lui rapporte-t-elle pas, et quelle facilité ne vous donne-t-eile pas à vou&-mémes, sans cesser d'être tout ce que vous êtes, d'être encore des Saints? Il est vrai, disoit saint Pierre, notre Dieu est un juge équitable, qui ne regarde point la qualité, et qui na fait nulle différence des conditions des hommes : Non at personarunt aeceptor Deus {Act.^ 10). Mais il faut pourtant convenir que, agissant même en juge équitable^ Dieu se tient en quelque sorte plus honoré de b piété des grands que de oelle des hommes du commun : pourquoi? parceque la piété dans les grands, pour être sincère et véritable, suppose un plus grand fonds d'humilité. Or Dieu, à proprement parler, ne nous considère que par le plus ou le moins d'humilité qui est en nous; et si nos vertus, par rapport à nous, ont devant lui quelque distinction, c'est uniquement par-là quilles mesure; c'est pour cela même aussi, vous disois-je il y a quelque temps, que Dieu vous a faits ce que vous êtes, et c*est enfin ce qui vous doit faire aimer l'humilité. Non, vous ne la devez point regarder comme une vertu odieuse qui vous dispute vos droits et vos rangs» mais comme une vertu précieuse qui sanctifie la grandeur même, et qui la rend méritoire devant Dieu, et plus vénérable devant les hommes. Sainte humilité, c'est vous qui avez conçu le Verbe de Dieu, ou plutôt c'est par vous que Marie la conçu dans son sein, et que nous le devons concevoir dans nous» mêmes. Voyons encore comment Marie contribue par sa virginité à cette divine conception : c'est la seconde partie.
nEtlXlÈMB PARTIE.
Dieu l'avoit dit, Chrétiens; et le plus authentique de tous les signes qu'il avoit promis au monde, pour marquer 1 accomplissement du grand mystère de notre rédemption, c'étoit, selon le rapport d'isaïe, qu'une vierge demeurant vierge coocevroit un fils, et que ce fils seroit Dieu; non pas un Dieu séparé de nous, ni élevé comme Dieu au-dessus de nous, mais un Dieu abaissé jusqu'à nous, et entretenant, quoique Dieu, un commerce intime avec nous. Car voilà, ajoute Tévangéliste, ce que signifioil l'auguste nom d'Emmanuel : Ecce virgo in utero habebit, et pariet filium ; et vocabunt nomen ejiLs Emmanuel ^ quod est interpretatum^ nobiscum Deus (Matth., 1). Ce prodige, je l'avoue, surpassoit toutes les lois de ia nature; mais après tout, il ne iaissoit pas d'être, dans un sens, parfaitement naturel. Car, comme
S\ih L'ÂNNONClÂÎIOM DE LA VIERGE, m
raisonne saint Bernard, si un Dieu, se fadsant hommes defoit avoif une mère, il étoit de sa dignité, et par-là d'ane espèce de nécessite , qne cette mère fût vierge ; et si une vierge, par le plus inouï de tous les miracles, devoit, sans cesser d'être vierge, avoir un fils, il étoit pour elle d'une bienséance absolue et comme indispensable que ce fils fût Dieu : Neque enm aut partus alitu vvrgmem , aut Deum decnit parius atier (Bbrix.). Il falloit que le Verbe de Dieu, par un excès de son amonr et de sa charité, sortit hors du sein de Dieu , et , si je puis ainsi dire, hors de lui-môme, pour se mettre en état d'être conçu selon la chair : mais supposé cette sortie, qui est proprement ce que nous appelons incarnation , le Verbe de Dieu ne pouvoit être autre* ment conçu selon la chair, que par la voie miraculeuse de Id virgi* niié : pourquoi ? Parcequë toute autre conception que celle-là auroit obscurci réclat et la gloire de sa divinité. Cette pensée de saint Ber«nard a je ne isais quoi de sublime; et pour peu d*étendae qu'on lui donnât , elle rempliroit vos esprits des plus hautes idées de la religion. Mais, sans rien rabattre de la sublimité de cette pensée, il faut encore quelque chose de plus sensible, et de plus propre à Tédifica*' tion de vos mœurs : or c'est à quoi le Saint-Esprit me parott avoir admirablement pourvu par la conduite qu'il a tenue dans l'exécution de ce mystère ; conduite , vous l'examinez bien , capable de vous inspirer toute la vénération, tout le respect, tout l'amour dû à l'excellente vertu dont je dois présentement vous parler, et qui est la pureté chrédentie. Car en voici, mes dhers auditeurs, la plus Solide et la plus touchante leçon : étudiez -la dans la suite de notre évangile.
IMeu , par un mouvement de son infinie miséricorde , envoie un ange sur la terre, non seulemeht pour annoncer, mais pour négocier la divine alliance qu'il est sur le point de faire avec les hommes. Et k qui envoîe-t-il cet ange? A une vierge : Mistu$ est angdnu à Deo ad i)irgtncfh ( Luc, 1 ). Or vous savez (belle réflexion de saint Bernard sur Ces trois noms, ou plutôt sur ces trois personnes, un ange « un Dieu, une vierge) , vous savez que Dieu^ qui est le plus pur de tous les esprits et la source de toute pureté, engendre éternellement son Fils par h plus pure et par la plus sainte de tontes les générations : d'où vient que saint Grégoire de Nazianze, en parlant du Père céleste, l'appelle vierge par excellence, et le premier des vierges. Vous savez que les anges sont de purs esprits dégagés delà matière, et que ceux qui ont persévéré dans la justice et dans la sainteté originelle où Dieu les avoit créés , j'entends les anges bienheureux , ont encore l'avantage d'être spécialement purs et sans tache devant Dieu. Et vous savez enfin, que lé^ vierges, quoique dans un corps mortel , par la profession qu'elles font d'une ^ sainte virginité, sont comme les anges de la terre : Emnt sicut angéli Dei (Matth., 22), Dieu qui députe, l'ange qui est d(^uté, Marie à qui la députatîon est Aiite^ autant de earactère^ din^rents dé lu purfiMte pureté, seiott ia éiSféfi^uad àm aojais
qui ooncoarent à ce mystère : Angélus à Deo ad virginem. Qne veaije conclure de là ? Ce que le Saint-Esprit semble avoir prétendu parlà nous déclarer; savoir : que Dieu étant par lui-même la pureté essentielle» il falloit ou une pureté angélique, ou une pureté virginale ; disons mieux, qu*il falloit Tune et l'autre ensemble , pour concerter entre Dieu et l'homme cette ineffable et adorable union qui s'est accomplie dans le Verbe fait chair. Mais encore , reprend saint Bernard, laquelle de ces deux sortes de pureté, l'angélique et la virginale, a eu plus de part à ce mystère ; et pour laquelle Dieu paroit'il avoir eu plus de considération? Ah! répond ce saint docteur, en peut-on douter, après l'exemple que ce Dieu de gloire nous en donne aujourd'hui lui-même, c'est-Â-dire après la haute préférence qu'il donne aujourd'hui à la pureté virginale sur la pureté angéiique? Vous me demandez en quoi consiste cette préférence : le void. Le Verbe de Dieu, dans le dessein de s'incarner, choisit une vierge pour mère , et il lui députe un ange qui n*esi auprès d'elle que son ambassadeur. Elle est donc, en vertu de ce mystère, aussi élevée comme vierge audessus de l'ange, que le nom de mère qu'elle reçoit surpasse càui de ministre et de serviteur. Tanto melior angelis , pourrois-je dire, en me servant des termes de saint Paul , quandà differentiùs prœ iltis nomen hœrediumt (Hebr.9 1).
Dieu, prêt à se faire homme, oblige l'ange à s'humilier devant cette vierge ; et lui-même , tout Dieu qu'il est , par un honneur anticipé qu'il veut bien lui faire comme à sa future mère, il commence en quelque sorte à dépendre d'elle, puisque , dans la plus importante négociation, il demande son consentement. Ne vous en étonnez pas, poursuit saint Bernard; c'est qu'en effet la pureté de cette vierge étoit d'un mérite qui la rendoit bien plus précieuse et plus estimable devant Dieu, que celle des anges. L'ange qui saluoit Marie étoit pur , il est vrai : mais comment? par nature et par un privilège de béatitude et de gloire ; mats Marie étoit viarge par choix, par vœu , par esprit de religion. La virginité de Marie étoit donc comme un sacrifice continuel qu'elle fiaisoit à Dieu, une oblation de son corps qu'elle immoloit comme une hostie vivante et agréable aux yeux de Dieu, une consécration, de sa personne qui devoit être le sanctuaire et la demeure de son Dieu. Voyez avec quelle prudence et quelle circonspection elle conserve le trésor de sa virginité; admirez la constance et la fermeté qu'elle témoigne pour ne le pas perdre. Deux devoirs des vierges chrétiennes, dont Dieu veut que Marie soit aujourd'hui le modèle. Écoutez-moi, et instruisez-vous. Un ange se présente à elle, et elle se trouble. A peine a-t-il recommencé à lui parler, que la craiate la. saisit , qu'elle paroit surprise et inquiète, qu'elle se sent intérieurement combattue de mille pensées : Turbata est^ et cogitabat quoËs esset t$ta sabuatio ( Luc, 1 ). Si Marie eût été de ces per- 8o;me9 mopdaîQes, qui ne sont vierges que de corps sans l'être d'es-
prit» celte visite qu'elle recéyoit n'auroit ea rien pour elle de si surprenaDt; et les louanges qu'on lui donnoit, au lieu deTétonner, Tau* roient agréablement flattée. Mais la profession qu'elle a toujours faite de n'avoir, comme vierge , d'entretien particulier qu'avec Dieu ; la loi qu'elle s'est prescrite» et qu'elle a gardée» de fuir tout autre commerce» et de renoncer aux mœurs et aux usages du siècle profane ; son exacte et sévère régularité» son attention à ne se relftcher jamais sur les moindres bienséances ; la possession où elle est d'une conduite irrépréhensible et à l'épreuve de la plus rigide censure; la pudeur et la modestie qui lui sont plus que naturelles ; l'opinion dont eUe est prévenue, que les louanges données à son sexe et favorablement reçues» que les louanges même souffertes et écoutées tranquillement, sont le poison le plus contagieux et le plus mortel : tout cela lui cause un trouble qu'elle n'a pas honte de faire parottre» parcequ'étre troublée de la sorte» c'^t le véritable caractère d'une vierge fidèle à Dieu. Voilà sa prudence et sa vigilance : ajoutez-y sa constance et sa fermeté. On déclare à Marie qu'elle doit être la mère d'un Fils qui sera éternellement roi » qui sora le Saint des saints» qui isera le Fils du Très-Haut» qui sera le Sauveur de tout le monde ; et elle demande comment cela se pourra faire » parcequ'elle est vierge» et vierge par un engagement auquel ni la qualité de mère de Dieu» ni celle de reine du ciel et de la terre» ne la feront jamais raaoncer : Quomodà fiet tsttid» quoniam vhrumnon cognosco (Luc, i)? Ah! Marie» s'écrie là-dessus saint Augustin» c'est pour cela même que la chose se pourra faire» et qu'elle se fera» parceque vous ne comprenez pas comment elle est possible : car si vous le compreniez de la manière que tout autre l'auroit compris» dès-là vous seriez incapable d'être à Dieu ce que Dieu veut que vous lui soyez. Il a fallu que votre virginité parût en ce moment-là vous rendre comme incrédule ; il a fallu que la proposition qu'on vous faisoit d'être la mère de votre Dieii vous sdarmât d'abord et vous troublât, afin que vous fussiez digne de l'être. En effet» ce refus de la maternité divine plutôt que de cesser d'être vierge» ce vœu de virginité dans lequel elle demeura ferme et immobile jusqu'à n'être pas ébranlée par la parole même d'un ange qui lui promettoitun Dieu pour fils : Immobik virginitatis propositum^ quod nec angelofiliumDeumpromittente^aiiquatenùs ft/ufrai;tt(HiERONTM.): voilà » dit saint Jérôme » ce que Dieu a considéré dans Marie» et par oil Marie » entre toutes les autres vierges» a eu la préférence de l'estime et du choix de Dieu. Or qu'est-il arrivé de là? Une chose» Chrétiens» aussi consolante pour vous qu'elle vous parottra merveilleuse. Vous savez quelle fut Ja cause de ce déluge universel qui inonda toute la terre. Dieu» dans sa colère» voyant la corruption du genre humain, avoit juré que son Esprit ne demeureroit jamais dans l'homme, parceque l'homme étoit devenu tout charnel : Non permaneUt Spiritiu mcusmœtemumin homme^ quia caroett (Gènes,, è). Mais aujourd'hui
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<réiexkii admirable de saiot Augustin) Dieu révoque, pour ainsi dm, cet arréc ; et» par un autre serment tout contraire en apparence, mais qui néanmoins s*acoorde parfaitement avec le premier , il assure que son Esprit demeurera dans Marie, et que de Marie il se répandra dans tous les hommes : pourquoi? parceque, dans la personne de Marie, Tbomme a cessé d'être charnel ; c'est«-à-dire parceque Marie est vierge, et vierge par une profession, qui Téievant au-dessus de rhomme , la rend capable des plus hautes laveurs de Dieu, et delà plénitude menue de TEsprît de Dieu : SpirittÊâ ionelus mpervemet in te (Luc, 1 )• An lien que , dans la créatîQn , TEsprit de Dieu étoit simplement venu pour se Gonunuiiiquer k ThomiAe en vue de son innocence, et panœque rhomme n'avoit point encore péché ; au momeqt de rincamation, ce mémo Esprit, selon )a parole sacrée, survint dans Marie; et com- «Mt? avec un surcroît, avec une surabondapce,;Mreo un épanchement étt dons et de graoss sans mesure, en vue de sa pureté^ es pancequ'idie litoit vierge : Superveniet m te.
Ce n'est pas assez : «on SfUilement Dieu veut que Marie, en conséquence de ce qu^elle est vierge, soit remplie de son Esprit ; mais pareequ'eile a fait, eomme vierge , im éternel divorce avec la chair et le saf g , c'est par elle que loinnéme , qui est un pur esprit, veut faire une éternelle aUiance aivec noire chair; disons mieux, c'est par elle que lui-méme veut être fait chair : car voilà le terme qu'a employé l'éyangëKste, pour exprimer le mirade de ce Verbe de Dieu incarné let fiiit homme : Et Verbum caro factum est ( Joan., i ). Saint Jean n'a pas cryu qu'ilisufflt de dire quele Verbede Dieus'étoit fait homme, de (dire qu'il e'étoît allié à une nature raisonnable, de dire qu'il avok pris une ame imaai,ortelle et spirttudie ; mais il a réduit en quelque sorte 4pnt ce mystère à la bienheureuse adoption que le Verbe a faite de «otre chair dans le sein de Marie : Et Verbum caro faetwn est. O mon SAea ! est-il poss3>le que la virginité ait eu ce pouvoir sur vous ; et 4iu*.un Dieu aussi grand , aussi saint, aussi parfait que vous , en soît "venujusqu'à se faire chair? Oui, Chrétiens, c'est ce que la foi nous ré- -vêle : ce DieurHomme,par son incarnation, a «nnobli dans sa personne itout l'homme; mais il a panicuUèremaat ennobli la chair de l'homme |>ar lesmerveiiieiix rsq^^orts que son incarnation a fondés entre lui et aous. Car c'est selon ta chair que cet Homme-Dieu est notre frère, c'est selon la chair que nous ne faisons qu'un corps avec lui, c'est selon -In chair qu'il est notre chef, et que nous sommes ses membres : Nesâr tis quoniam corpora vestra membra sunt Christi (1. Cor.y 6)? Ne savez-vous pas, mes Frères, disoit saint Paul, etpouvez-vous l'ignorer , :que, depuis qu'un Dieu a bien daigné prendre un corps semblable au jiàtre , nos corps, par un merveilleux changement, ont cessé , pour 9ms\ dir«, d'être nos corps , et qu'ils sont devenus le corps de Jésus- Christ ? N'«st«ce pas une des premières leçons qu'on vous a faites idams le^A^rislianisme, que «vous>étes incorporés k Jésûs^Christ, .ou|dJu«
tôt que vous êtes le corps de Jésus-Christ même ? Vos estis corptu Christi, et membrade membro (1. Cor., l!2). Après cela , faut-il s'étonner que le même apôtre ait cru avoir droit d'exiger des chrétiens, comme chrétiens, une pureté de mœurs si inviolable; et que, de toutes les choses qu*il leur recommandoit, celle qu'il a paru avoir plus à cœur ait été qu'ils sanctifiassent leurs corps? Supposé ces principes de la foi, que je viens de vous expliquer, pouvoit-il trop insister sur ce devoir? Ayant les liaisons que nous avons avec Jésus-Christ, serons-nous jamais aussi purs et aussi saints que nous devons l'être ? Notre chair étant la chair de Jésus-Ghrîst, oserons- nous nous plaiodre des soins et de l'exacte régularité à quoi nous assujettit ce point de notre religion, comme si c'étoit un excès de perfection? Voulonsnous qu'il ne nous en coûte rien , d'être non seulement les frères , mais les membres et le corps d'un Homme -Dieu ? et cette alliance saicrée que nous avons contractée avec lui n'auroit-eile en nous point d^autre effet que de nous avoir élevés à un si haut rang d*honneur , pour en être éternellement indignes? Après cela même, devoQs-sous trouver étrange que les Pères de l'Église, parlant de l'impureté qui •corrompt aujourd'hui tout le christianisme , en aient témoigné taot Hf horreur, puisqu'il est certain que ce péché , déshonorant nos corp^, ^shonorele corps de Jésus-Christ? Devons-nous être surpris qiie ce ipéché, par la seule raison qiie le Yerbe s'est fait chair, leur ait paru «l'une tout autre grièveté que s'il violoit simplement la loi de Dieu; et «queTÉglise des premiers siècles ait été pour cela si rigoureuse et ^i âévère à le punii*, persuadée qu'elle étoit qu'en le punissant, elle vengeoit i'aHront personnel qu'en recevoit son époux ? Quq la chair de l'homme, disoit éloquemment TertuUien^ que la chair de Thomme , avant l'incarnaiion de Jésus-Christ, ait été corrompue et souillée de crimes, ses dérèglements pouvoient être alors plus pardonnables ; elle n'avoit pas encore la gloire d'être entrée d^ns Talliance d'un Dieq ; •elle n'étoit pas encore incorporée au Yerbe de Dieu; elle n'avoit pas «acore reçu cette onction de grâce, en vertu de laquelle elle devoit être faypostatiquement unie à Dieu. Mais depuis que le Fils de Dieu Ta ennoblie, et que, par le plus grand de tous les miracles, il en a fait sa propre chair; depuis que celte chair a commencé à lui appartenir ; depuis qu'elle a changé dans sa personne de condition et d*état, ahl ^es Frères, concluoit-il, ne traitons plus ses désordres de simple foi- Messe ; et toute chair qu'elle est, ne l'excusons plus par sa fragilité, puisque sa foiblesse et sa fragilité est l'opprobre de Tincarnatiou de BOtre Dieu. Non, Chrétiens, je n'ai pas de peiue à comprendre pourquoi Tertuliien parloit ainsi. Il outroit quelquefois la morale du christianisme, et il abondoit en son sens : mais sur le point que nous traitons, il n'a rien dit qui ne soit encore au-dessous de la vérité, puisqu'il n'a rien dit qui approche de la parole de saint Paul. Car ce {]prand apôtre, après avoir supposé que, par le mystère de l'incarna*
tion, tous les bommesy sans en excepter aucun, sont devenus les membres de Jésus-Christ, n'a plus hésité à tirer de là cette affreuse conséquence, dont il n'y a point d'impudique qui ne doive trembler: ToUens ergà'membra Christi, faciàm membra meretricis ^(1. Cor. ^6). Si c'étoit un autre que saint Paul qui se fût expliqué de la sorte, nous ne pourrions entendre ces termes; et la pudeur que nous affectons, malgré la licence et le débordement des mœurs où nous vivons, nous feroit rebuter une instruction si nécessaire et si essentielle : mais si c'est l'esprit de la foi qui nous anime et qui nous conduit, quel effet cette conséquence ne doit-elle pas produire en nous? queUe horreur ne doit-elle pas nous inspirer pour le péché que je combats? et si nous en sommes esclaves, quelle indignation ne doit-elle pas nous faire concevoir contre nous-mêmes ? ToUens ergo membra Cftri«tt, faeiam membra meretricis? Cela seul, bien médité, ne doit-il pas être pour nous plus convaincant que toutes les prédications; et pour peu qu'il nous reste de religion, en faut-il davantage pour nous préserver de l'emportement des passions impures?
Vous me direz : Mais il s'ensuit donc que le Fils de Dieu , s'incarnant et se faisant homme, a rendu le péché de l'homme plus abominable et plus irrémissible qu'il ne le seroit de lui-même? Oui, reprend saint Chrysostome , cela s'ensuit et doit s'ensuivre nécessairement Mais nous sommes donc^ en conséquence de cemjstère, plus criminels que nous ne l'aurions été si nous étions demeurés dans Tétat de notre première corruption? Rien de plus incontestable et de plus vrai. Hais 'l'incarnation de Jésus-Christ nous devient donc préjudiciable, quand nous nous abandonnons à notre incontinence? C'est ce que tontes les Écritures vous prêchent. Ah ! Chrétiens , peut-être y en a-t-il parmi vous d'assez ingrats et d'assez insensibles aux bienfaits de Dieu, pour souhaiter.que Dieu ne les eût point tant honorés; peut-être leur infidélité va-t-elle jusque là ; et, s'il étoit dans leur choix de prendre Ton ou l'autre des deux partis, peut-être renonceroient-ils à la gloire dapparteniV à Jésus-Christ, pourvu qu'il leur fut permis de satisfaire impunément leurs désirs déréglés, et qu'ils se trouvassent par-là décha^ gés de l'obligation que ce mystère leur impose, de vivre dans Tordre. Mais il ne dépend plus d'eux ni de nous que cela soit ainsi» et il ne dépend plus de Jésus-Christ même qu'il cesse d*être ce qu'il nous est. Soyons libertins tant que nous voudrons, nous serons toujours ses frères selon la chair : jusque dans les enfers, si nous sommes jamais réprouvés de Dieu, nous en porterons le caractère; et ces désordres de la chair tireront éternellement de lui , malgré que nous en ayons, un sujet particulier, ou un surcroit de condamnation.
Peut-être, mes chers auditeurs, ces désordres ont-ils déjà éteint les plus vives lumières de votre foi , et peut-être ceux à qui je parle ne croient-ils plus que foiblement le mystère de l'incarnation d'un Dieu: car le moyen de le croire et de vivre dans Thabitude de ce péché?
Hais croyons-le, on ne le croyons pas : si nous virons dans le désordre de ce péché, nous nous feisons de ce mystère, qui par exceUence est le mystère du salut, un mystère de réprobation. Si noms ne le croyons pas, notre arrêt est déjà porté, et dès-là nous voilà jugés: Qtct non crédit, jamjwlicaiut est (Joan., 3); si nous le croyons, nous nous jugeons et nous nous condamnons nous-mêmes. IK nous ne le croyons pas, il n'y a point de Sauveur pour nous ; et si nous le croyons , il y en a un, mais pour notre confusion. Car souvenons-nous. Chrétiens, que ce Dieu fait homme est en même temps, selon Foracle du saint pontife Sîffléon, pour la ruine des uns et pour la résurrection des autres : Po^ sUui est in ruinom et in remrrecûonem multœrum (Luc, 2). Il s'est incarné pour nous sauver; mais il pourra bien arriver, par l'abus que nous faisQus de ses grâces, qu'il se soit incarné pour nous perdre. Or s'il doit Jamais contribuer à la perte de quelques pécheurs , comme l'Évangile nous l'assure, sur qui doit-on présumer que tomberont ses anatbèmes, si ce n'est pas en particulier sur ces chrétiens sensuels, sur ces voluptueux impénitents et obstinés dans leur péché? Ah ! Seigneur, ne permettez pas qu'une si funeste prédiction se vérifie jamais en nous, et que les mérites de votre vie mortelle, qui, dans les vues de votre infime miséricorde, doivent servir à notre salut, par un châtiment de votre redoutable justice servent à notre malheur éternel ! Et vous, Vierge sainte et toute pure, puissante médiatrice des hommes, et leur mère, puisque vous êtes la mère d'un Dieu-Homme, en nous donnant *ce Sauveur que vous portez dans votre sein virginal, et qui vient nous racheter, aidez-nous à recueillir les fruits d'une si abondante ré* demption , afin que , par les grâces dont votre Fils adorable est la source et dont vous êtes la dispensatrice, nous puissions parvenir à la bienheureuse éternité, oil nous conduise , etc.
Ferhum caro faetum est, et habitavit in nobit.
Le Verbe s'est fait chair, et il a demeuré parmi nous, Saint SEk» , chap. 1 .
Smn,
C'est le grand mystère que nous célébrons aujourd'hui, et sur quoi est fondée toute la religion chrétienne. Mystère que l'apôtre saint Paul exprimoit en des termes si relevés , et qu'il appeloit le mystère par excellence de la bonté et de la charité de Dieu envers les hommes : Magnum pietatis saeramentum^ manifestatum in came{i. Ttm., S). Le Verbe s'est fait chair : voilà, dit saint Augustin, ce ipA paroissoit incroyable. Mais il y avoit encore, ajoute-t-il, quelque chose de plus in« croyable, savoir, que ce mystère, tout incroyable qu'il étoit, fût cru néanmoins d^s le monde; et c'est ce qui est arrivé. De ces deux choses incroyables, celle qui i'étoit le plus a cessé de l'être^ et est devenue non seulement croyable, mais évidente. Car il est évident que le 6.3. 30
^ Sqa {.'ANNONCIATION DE LA VIEHGE.
ii^yslàr^ dW Dieu jjioari^é a été prêché aux nations, 6t que lemmle #'est fiOuiBtf à ce jpoîat de /Epi : Maguum pielatis sêcramenium , praeâi-' £ttHm gentitus , credium, in mundo (i . Tim., 3). Quand saint Pwl en l^tripit ainsi » ce n'éUMt^ia'une prédiction qui dès-lors coaunençoit i /le yérifier ; nais nous voyons la prédiction pieinenent ncconplie. Le inonde devenu ^^élien croii un Dieu fait chair; et voilà le «irade iiu> opéré le Seigneur, et qui par^^jlt à «os yeux : 4 Dl^mino fw^t^tm ut ulud, ci est mvTMJbiU in ocmlis Mstm {P$^ H7). Or» convaioeus» iQomme nous Jjb sonmes » du plus incroyable , pourquoi aurionsHiotts /de ja peinie à croire oe qui Test moins? C etpit le raisonneaiént desaint Augustin. Mais ce n'est pas assez : le Verbe fait chair a demeuré parmi nous, Et habitavit in nobis (Joah.» 4 ) ; pourquoi cela? pour nous instruire par ses exemplesi» et pour nous saooUfier par sa doctrine. Voilà,. dit saint Paul, par rapport à nous, une des principales fins de lïnoarnation : iijDporuù erudiats noi {Tit., 2). Écoutes-le donc, mes cfaers auditeurs , ce Verbe incréé, nuûs incarné : c*est par moi qu il yous doit aiyourd'hui parler, c'est moi qui lui dois servir d'orgmie ; ctt, pour m'acquitier dignement d'un si saint minislère, j'ai besom des lumières et des grâces du même Esprit dont Marie reçut la plénitude. D^oftandons^les par l'intercession de cette mère de Dieu, etdison84ui fiYec r^mge : Àv,e M^ma.
Ce n'est pas sans un deaqein parUculier que l'évangéKate, pour nous donner une idée juste du mystère de ce jour, i'a renfermé dans ces trois divines paroles, que nous ne devons jamais prononcer qu'avec respect : Le Verbe s'est fait chair z Verbum carofacium m (Joan., 1). Autrefois» saint Paul défendoit aux ministres de l'Église, chargés de rinstruction des fidèles, d'entretenir leurs auditeurs;de ce.qui regar* doit les généalogies et les alliances, prétendant que c*étoient des questions inutiles qui ne servoient qu'à exciter des disputes, et qui ne contribuoient en rien à l'édification des mœurs. Ainsi rordonnoit-il à Timoihée. il n'en est pas de même, Chrétiens, des alliances du Verbe avec la chair, el de la chair avec le Verbe, dont j'entreprends ici de •vous parler; car ce sont des alliances toutes saintes qu*ti vous est important de bien connoitre, et qu'il ne vous est pas permis d'ignorer; des alliances qui doivent être le sujet de vos réflexions, comme elles sont l'objet de votre foi ; des alliances qui vous découvrent les plus admirables principes que vous puissiez vous appliquer pour la .réformation de voire vie. Or j!en trouve trois de ce caractère dans le mystère adorable de l'incarnation , et les voici : Alliance du Verbe avec la chair, par rapport à Jésus-Christ ; alliance du Verbe avec la chair, par rapport k Marie , sa mère ; alliance du Verbe avec la chair, par raifort .à nous, qui sommes ses frères; alliances, dis-je, que je vous pri^pose comme inftaiment propres à vous toucher, à vous convertir» à vQiis sanctifier, à vous rendre de parfeits. chrétiens, ai vous en javei
profiter. Et afia cpievous en puissiez mieux fiûre le dieoeifnenieDtf je distÎDgue dans ces trois alliances autant de degrés qui élèvent la chair de rhomme, dans la personne de Jé8u»<]lbrist, jusqu'à la souTQrainetë de l'être de Dieu ; dans la personne de Marie, jusqu'au rang miUimé de la maternité de Dieu; et, dans nos personnes, jusqu'à la dignité d*enfants de Dieu. Ainsi , gardant les proportions ooDTenables entre Jésus-Christ et Marie , et entre Marie et nous, ceseiri mystère du Verbe incarné nous foit voir aujourd'hui trois grands mirades i dmi Jésus<]:hrist, un Homme-Dieu; ce sera la première partie : dans Marie, nnemère deDieu;cesera la seconde: dans nous, qui quenoussoyons^ mais surtout si nous sommes en état de grâce , de légitimes enftints de Dieu; c*est la troisième. Vous verrez, Chrétiens, les trois conséquen» oes pratiques que je tirerai de là, non seulement pour vous affiermip dans la foi , mais pour vous apprendre à remplir dignement les plue saints devoirs du christianisme.