PREMIÈRE PARTIE
Nous nous élevons au-dessus de la loi de Dieu ; et cela , Ghrëtiensi nous arrive en deux manières : Tune, que j'appelle révolte du cœur, lorsque, sans nous expliquer autrement que par nos œuvres, nous disons intérieurement comme l'ange rebelle : Non serviam (Jerbu 4, 2): li m'en coûteroit trop pour vivre dans cette servitude; que Dieu ordonne tout ce qu il lui plaira, je ne me soumettrai point à sa loi : l'autre^ que je considère comme la plus pernicieuse erreur de notre esprit « lorsque, nous trompant nous-mêmes, nous cherchons des prétextas et nous nous formons des consciences pour nous dispenser des obliga* tiens de la loi. Or le mystère que nous célébrons confond bautemeiil ces deux;entreprises de notre orgueil; et c'est, comme vous l'^ez veir, ce qui paroit d'abord dans la présentation de Jésus-Gbristet dans Ja purification de Marie.
Quoique nés dépendants et sujets de Dieu^ nous avoHS^ mes Frères» un pencnant à nous révolter contre la loi de Dieu qui nous domine % voilà l'origine de toute la corruption de l'homofietf Frenaftt rhonnne en particulier, et selon la diffiérence des conditions qui partagent le inonde , voilà le péché capital des grands du sièclei qui ^ de leur état ^ se font un principe d'indépendance, copupe si la loi de Dieu n'étoM pas faite pour eux, comme si Dieu ep la portant avoît éik les excepter ; comme sll n'etoit pas, au contraire, d^ l'empire de Dieu q^'il y eut pour eux un fégislatei^r et une loi , afin, disoit le Prophète royale de leur apprendre qu'ils sont hommes : Co^sUtm ieg^atQfew^^uper.€o$f ut sciant quoniam homines sunt {Psalm. 9). Donnons à cette morale toute son étendue. Voilà , dis-je , en général , le péché des impies et dès libertins, qui, jusque dans l'obscurité des plus médiocres for.tuneBi ont souvent à l'égard de Dieu des cç^urs aussi indociles que:Geux quA tiennent dans le monde les premiers rangs ; la lioence ^^l'impiété faisant dans les uns ce que l'abus de la grandeur qt.dej'étévatieo fait dans les autres. Mais Marie obéissant à la loi de M<>î^^i:^t se^iamrlfiaiii dans le temple, confond bien là«dessus, malgré nous^ poti^e-cOndeile/ Car enfin elle éioit reine , elle étoit mère de Dieu^ ^e élctilv ecmnd mère deX)i^u, en possession d'une afitoritélégîtîV);QSiir>'â«i(^iA* rbéoM de la Ipi ; et par conséquent elle avost tous lesr tildes < é'iAdépén^me que peut avoir au-dessous (le Dieu u^ pure cré^Kure/ Il esrt rmê^ mais.c^esi justement pour pela qiie;]Diieu irei|tqu'#9&'^s«ijfettîsa(»èlai Ipi t afin de flet|ruiVè par scmb eKeppie iliit^adipo^ >€riMiileliQ qné
nous affectons, afin de condamner notre libertinage par une preuve convaincante et sans réplique. Car si dans Tordre de la rédemption , dont le secret adorable se développe aujourd'hui à nos yeux, une mère de Dieu, toute mère de Dieu qu'elle est, n'est pas exempte d'obéir, de quel front pouvons-nous soutenir devant Dieu l'injustice et la témérité de nos désobéissances? Marie fait quelque chose encore de plus : et quoi? non seulement elle se soumet à la loi, mais elle y soumet son Fils, ce Fils qui, plus grand, plus libre, plus absolu qu'elle, et néanmoins voulant bien être soumis par elle, fournit encore à Dieu contre nous une raison mille fois plus touchante pour réprouver et pour confondre cet esprit d'orgueil qui nous rend prévaricateurs. C'est-à-dire, Marie soumet à la loi la grandeur même, à la loi la puissance même, à la loi l'indépendance et la souveraineté même. Car voilà le double miracle que le del nous découvre dans cette fête : une reine sujette, et assujettissant un Dieu ; un Dieu obéissant, et présenté par une mère obéissante : pourquoi? ah ! mes chers auditeurs, comprenez-le bien. Vous qui tenez dans le monde les premiers rangs, et vous qui vous trouvez réduits aux derniers; vous que vos conditions distinguent, et vous qu'elles ne distinguent pas; grands et petits, riches et pauvres, car je suis redevable à tous, écoutez-moi : c'est ici que l'intelligence d'une des plus importantes vérités vous est donnée, et c'est par la comparaison même de vos états que je vais vous la rendre sensible.
Pourquoi un Homme-Dieu sujet à la loi? Pour vous (aire entendre; grands du monde, l'obligation spéciale où vous êtes de vivre dans un parfait assujettissement aux lois de Dieu. Vous ne l'avez peut-être jamais bien conçu ; et , par un renversement de raison et de religion , vous vous flattez que la rigueur des lois divines n'est pas pour vous comme pour le reste des hommes. Mais détrompez-vous aujourd'hui de cette fausse prévention, et pour cela entrez en esprit dans le temple de Jérusalem : car vous y verrez la maxime contraire solidement établie ; et pour peu qae vous vous appliquiez à considérer le mystère de ce jour, vous conclurez que les lois divines vous regardent encore plus particulièrement que le reste des hommes, quoiqu'elles soient pour tous sans exception. Vous me demandez sur quoi est fondée cette conséquence? Sur trois raisons que vous devez méditer tous les jours de votre vie. Première raison, c'est que plus vous avez dans le monde ou de naissance ou de pouvoir, plus vous êtes capables de rendre à Dieu l'hommage qui lui est dft en qualité de souverain législateur ; comme il est vrai de dire que Jésus-Christ, en se réduisant sous la loi, a eu seul Tavantage d'honorer la souveraineté de Dieu autant qu'elle mérite de l'être. Motif admirable pour vous engager, tout élevés et tout puissants que vous êtes, à une obéissance exacte. Dieu trouve en vous, quand vous aooompGssez sa loi , une gloire particulière, et il ne tient qu'à vous de la lui procurer, cette gloire, qui plus
que toute autre contribue à sanctifier son nom, et dont par-là même il €st si jaloux. Seconde raison» c'est que Dieu ne vous a distingués dans le monde que pour le glorifier de la sorte : car ne croyez pas, Ghrëtiensy qu'il y ait des hommes ou revêtus d'honneurs , ou pourvus de biens, pour être plus en droit que les autres de faire leurs volontés, et de vivre selon leurs lois. Cela ne peut éire , et Dieu , dont la toutepuissance est inséparable de sa sagesse et de sa sainteté, n'a pu, dans l'inégalité des conditions humaines, se proposer une telle fin ; les rois mêmes, qui, selon l'expression du Saint-Esprit, sont comme les divinités de la terre, ne régnent que pour servir le Seigneur : Et reges ut 9erviant Domino (Ps. 101). Voilà l'ordre de la Providence et même de la création, selon lequel ce qui approche le plus de Dieu n'est défini que par une servitude plus imméidiate, et une plus grande dépendance de Dieu. Et pourquoi cet ordre ne subsisteroit-il pas , puisque Jésus-Christ, qui est le chef des prédestinés, n'a été prédestiné luimême que pour y être soumis ? En quoi consiste tout le mystère de son humanité? Saint Paul nous l'enseigne en deux mots, dont nous voyons aujourd'hui l'accomplissement : Misit Deus Fitium suum fae^ tMmexmuliere^ factum tub lege {Gdat.y 4): un Dieu formé d'une femme, pour être assujetti à la loi. Voilà l'idée que nous en donne TApAtre ; voilà pourquoi ce Fils de Dieu a été envoyé : hors de là, ce Verbe divin ne se seroit jamais fait chair, et sans cela il n'y auroit point eu de Dieu-Homme. Serez-vous donc surpris, ou devez-vous l'être, quand j'ajoute que sans cela il n'y auroit dans le monde ni qualité, ni dignité, ni rang, ni fortune, mais que Dieu vous auroit laissés dans le néant ; et que, s'il vous en a tirés, c'est afin que sa loi eût en vous des observateurs fidèles et de zélés défenseurs? Je dis plus , et c'est la troisième et dernière raison : Dieu, en vous plaçant audessus du commun des hommes, a prétendu vous proposer au monde comme des modèles de la sainte dépendance que je vous prêche ; de même que Jésus-Christ et Marie n'ont paru dans le temple du Seiflâneur que pour être l'exemple d'une inviolable fidélité, et d'une par- Âdl» soumission à sa loi. C'est-à-dire, selon saint Grégoire pape , que Diâi prétend que les petits apprennent des grands à lui obéir, et que les giîmds se considèrent sur ce point comme la règle, à quoi les petits ne manqubnt jamais de se ccmformer.
Ceci me donne lieu de parler maintenant à vous , mes Frères , à vous dont le salut me doit être d'autant plus cher et les âmes plus prédeuses , qu'ayant moins de part aux avantages du siècle , vous participez moins à ses désordres et à sa corruption ; à vous que Dieu a fut naître dans des conditions plus obscures , et dont il semble que la destinée, ou , pour mieux dire , la vocation se terminé à dépendre et à obéir. Pourquoi une mère de Dieu , et par son ministère un Homme-Dieu, soumis à la loi ? Pour trois autres raisons qui vous regardent , et que je vous prie de n'oublier jamais : pour vous consoler,
4flO SUft LA PURIFiCATIOM DE LA VlfiRGE/
pour Tons instruire , et pour vous confondre* Pour vous consoler de Tétat où vous êtes, et qui vous réduit à n'avoir pour partage que Tobëissance : c'est i*ëtat que Jésus-Cbrist a choisi , ayant mieux aimé prendre la forme de serviteur que celle de maiire, et se soumettre à la Loi» que de donner la loi; pour vous fortifier par cette pensée* qne ceux qui sont plus élevés quB vous dans le monde sont sujets comme vous à la loi de Dieu , seront jugés aussi bien que vous selon la loi de Dieu 9 n éviteront pas plus que vous le tribunal oii tout doit être .décidé par la loi de Dieu : voilà votre consolation. Pour vous instruire de la manière dont vous devez obéir, je veux dire aux hommes pour Dieu j et à Dieu dans les hommes , en sorte que votre obéissance ne s'arrête pas à Tbomme, mais qu elle s'élève à Dieu , comme à sa fin fil a son principal objet i Sicut Domino , et non hominibus (Co/om., 5); que vous regardiez ces hommes de qui vous dépendez, comme les images de Dieu ; que vous respectiez leurs lois^ comme des écoulements de la loi de Dieu ; que vous receviez leurs commandements, comme des déclarations expresses de la volonté de Dieu : vous sou* .venait que sans cela l'obéissance que vous leur rendez n'est qu'une obéissance servile, qu'une ohéisesmce païenne , qu'une obéissance ré* prouvée, dont Dieu ne vous tiendra jamais nul compte, et dont vous perdez tout le fruit, p^rceque vous ne la pratiquez pas selon ce di* vin exemplaire qui nous est aujourd'hui proposé dans la présentation d'un Dieu Sauveur, et dans la purification d'une inère vierge : voilà votre iDstruction, Mais surtout ^ pour vous confondre de l'extarême et de l'injuste opposition que vous avez à dépendre de Dieu et à porter le joug de ^a loi, lorsqu'avec tant de docilité vous vous faites un mérite , du moioe une politique , de dép^dre des hommes. Car en vous comparam vous-mêmes avec vous-mêmes, voici > mes Frères i le sujet de msk douleur, et ce qui me fait gémir. Vous n''QseB désobéir aux bommi^f et vc^us désobéissez à Dieu , vous êtes roupies devant les hommes , et orgaeiUenx devant Dieu ; les lois des hommes vous eon« tiennent d^^ns lei devoif , et vous violez impunément celles de Dieu. Saipt Paul disoit aux Épbésiens : Obedïu domuAs eamaiiMM mcul Chriêto (JEphe^.9 6): Obéissez à vos maîtres selon la chair, avee eraînte M avep respect comme à Oieii même. Mai» s'il m'étoit permis de chan* ger la proposition de saint Paul^ peut-être voud dieois^i^^voionlîers 1 Obéissez^ votre Dieu comme vous obéissez à vos mMtres selon laebair : (Bt c!e$t là ce que j'appelle votre couffi^n* Gai* quelle isAiffàkéf que je me trouve ob%é de ^i^h^iler pour vous cfu'au.moitfs k$ eboeès îâ fuissent ^(es ,.et de m^ei^n tenter que vohs eussiez pour votre Dieu une obéissaffce ausfsi pn^B|pt0, aussi (iiimble, aussi fiAèie que celle quF'exij|£|it de vous les^nomnoesi et q^e v^ps Jeur rend^? si exaotaBMit! Je«ijs^ mpn cher auditoiir^ iqKe <^ assupttisaeiiieafl ani^ bis de Dieu voiis paçoit gêi^pt $t hiaii^liaiit ; je i)ai$ ^ue.vous ywsiaysugtâs jus^ulà firoîre qu'il F^pfj^ne À.cmte libeE^é* mtovelle dont voua ^Stes
sois que Tobéissance à cette sainte loi , bien loin d'humilier Thoimne, fait su véritable gloire; que plus on est sujet à cette loi , plus on es); heureux, plus on est libre, plus on est maître de soi-même; qu'en cela consiste la différence de cette loi et des lois humaines ; qu'au lie^ que Taffranchissement des lois humaines passe pour un privilège, le grand privilège de la grâce, selon saint Augustin, est d'être inc8q[)a* ble de s'émanciper de cette loi; que David, tout roi qu'il étoit, in*struit d'un secret si important, envisageoit comme un^ béatitude l'halo tachement à cette loi, faisoit son occupation la plus ordinaire de méditer cette loi, ne trouvoit point de repos que dans l'observatioii de cette loi, Pax muUa diliaentibus legem tuam {Psalm. 113) : ce sont autant de vérités dont la raison et la foi vous feroient , malgré Vous, convenir. Mais ne fais-je pas, pour vous en convaincre, quel? que chose de plus, quand je vous propose le Saint des saints saiicti«* fié par robéissance qu'il rend à cette loi , ce premier-né de tiNites les créatures qui s'assujettit à cette loi, ce Rédempteur par exeellence qui veut être lui-même racheté selon les teruies de cette loi ; quand je vous représente Harie avec toute sa grandeur et son auguste maternité, remplie d'une sain te joie, parcequ'à Fexemplede son Fils ell^ se conforme à cette loi? n'est-ce pas, dis-je, ce qui doit faire plus d'impression sur vos esprits et sur vos cœurs, que sf je rgpportoii; tous les raisonnements de la théologie ?
Après cela, Chrétiens , laisse^vous encore séduire par les fausses Ittaximes du siècle , et mettez le bonheur de la vie dans une malheureuse possession de ne dépendre d'aucooe loi , dans une licence criminelle de tout entreprendre au préjudice de la loi , dans un oubli de vos devoirs qui aille ou i^ roécon^oitre votre Dieu , ou ^ vous le ^gu^ rer comme un Dieu fauteur de vos désordres. A le inéconnoitre^ en disant avec Timpie Pharaon : Qûis est Domnus, ut mdiam vocem (jtLs (Exod.y 5)? Et qui est-il , ce Dieu dont on me menace sans cesse , et dont on m'oppose la loi? qui est-il, pour m'ohiiger |ime contr^in^ dre dans mes passions » dans mes désirs, dans mes des^e^lns? A yo^ le figurer comme un Dieu fauteur de vos désordres , en disant avec l'insensé : S'il y a un Dieu, est-il tel qu*oa flo^s le dépeint? connottil toutes i;hoses? y prend-il un si grW intérêt? s*ofl?çasè-t-iJ si aji^ér ment?.a-t-il unç justice si sévère? çst-il si terriUe dans ^s yen^^ces? £^iE dixfin^nt : Quomod^ 9rit jpeus^ ci H e^$ m^mia in pçoqeko
fV^^f^ TOixo r^^ -.^:iA 1^ f^ j' ^2^t. L 't j^ K 1* ^é.
violer la loi , la crainte de Dlea s'affoiblit , le libertinage se fortifie et prend le dessus. Après bien des péchés commis et bien des transgressions réitérées , on se trouve dans l'abominable état de celui qui disoit en insultant à Dieu : PeccaiAf et quid mihi triste accidit {EccL^ 5)? J'ai péché, et que m'en est-îl arrivé de mal? De là cette tranquillité que l'on conserve même en péchant; de là cette hauteur et cette fierté avec laquelle on soutient le vice; de là cet endurcissement qui y met le comble. On rejette sans distinction toute loi de Dieu qui est incommode : si l'on en respecte quelqu'une, ce n'est pas parcequ'elle est la loi de Dieu , mais parcequ'elle est autorisée des lois du monde , et que les lois du monde forcent à la garder. Au commencement on sauve les dehors ; mais à la fin on lève le masque , on ne se contraint plus en rien , on ne ménage plus rien ; et Dieu veuille qu'on ne fosse pas même gloire de son impiété et de ses excès! Voilà ce que les Saints et les serviteurs de Dieu ont tant déploré, et ce qu'ils déplorent tant tous les jours; voità ce qui leur a tant (ait répandre des larmes. Defectio tentât mepropeccatortbus derelinquentibus legem tuam{P8alm. 118) : Je suis tombé, disoit le Prophète royal, dans une espèce de défaillance , quand j'ai vu , Seigneur, jusqu'à quel point votre loi étoit profanée ; quand j'ai vu les pécheurs de la terre la mépriser avec insolence et la rejeter. Voilà ce qui obligeoit les prophètes à paroltre dans les cours des princes , pour opposer au torrent de l'impiété le zèle de la loi qui les animoit ; et me voici, Chrétiens, chargé du même ministère, et envoyé pour la même fin. Quand je prêche ailleurs la parole de Dieu, il me suffit de dire à ceux qui m'Âx)utent , s'ils ne vivept pas en chrétiens : Infortunés que vous êtes, vous avez abandonné la loi de votre Dieu , et c'est ce qui vous a perdas ! Mais parlant aujourd'hui à des grands du monde , je leur fais un reproche encore plus terrible ; je leur dis , avec le prophète Malachie : Vos autem scandalizastis plurimos in lege (Malach., 2): Non seulement vous avez abandonné la loi de votre Dieu , mais vous la faites abandonner à je ne sais combien d'autres que vous scandalisez^ et qui ne sont pas à l'ëpreuve de votre exemple. Mais cette pensée m'emporteroit trop loin : revenons à notre sujet.
Outre que nous nous élevons au-dessus de la loi de Dieu par une révolte de cœur, nous tombons encore dans ce désordre par un aveuglement d'esprit : c'est-à-dire que nous nous laissons préoccuper de certaines erreurs , que nous cherchons des excuses et des prétextes pour nous décharger du fardeau de la loi de Dieu ; que , raisonnant selon notre sens, et nous faisant des principes à notre gré, nous adoucissons la sévérité de la loi de Dieii ; que, pour parvenir à nos iBns , nous interprétons comme il nous piâtt les obligations de la loi de Dieu ; et que , séduits par les artifices de l'amour de nous-mêmes dont nous sommes prévenus , nous accommodons la loi de Dieu à nos bitériSts , à nos vues , à nos inclinations et à nos passions , au lieu d'ao-
SUR LA PURIFICATION m LA VIERGE. 495
commoder nos intérêts et nos passions » nos inclinations et nos vues , à la rigueur de la loi de Dieu. Or voici encore Marie et Jésus-Christ même qui , par la sainteté dé leur exemple , nous font évidemment connoltre le danger et le dérèglement d'une conduite si pernicieuse : comment cela? en se soumettant Tun et l'autre à une loi dont ils étoient incontestablement exceptés , à une loi qui s'expliquoit d'ellemême en leur faveur, et qui , dans les termes oii elle étoit conçue, ne portoit rien qui les obligeât.
Non, mes Frères, dit saint Augustin, soit qu'on eût égard à Tesprit de la loi , soit qu'on la prît à la lettre , ni Marie, ni le Sauveur du monde ne pouvoient y être compris. Car il n'y avoit rien à purifier dans Marie , et le Sauveur des hommes étoit , par lui-même, consacré à Dieu d'une manière plus excellente qu'il ne pouvoit l'être par toutes les cérémonies du judaïsme. Ils n'avoient donc l'un et l'auure qu'à user de leurs droits, puisqu'ils étoient dispensés de la loi de Moïse. Mais Dieu , ajoute saint Augustin , par une disposition merveilleuse de sa providence , ne voulut pas que notre religion , dont Jésus et Marie jetoient alors, pour ainsi dire, les premiers fondements , commençât par une dispense , quoique légitime : cette dispense, quelque autorisée qu'dle eût été, auroit pu, par les fausses conséquences que nous en aurions tirées, servir à nos relâchements, et notre amour-propre n'eût pas manqué à s'en prévaloir. Ainsi, pour nous ôter ce prétexté, le christianisme, qui devoit être Tidée de la plus irrépréhensible sainteté, a-t-il commencé par une obéissance volontaire, par une obéissance gratuite, par une obéissance qui anéantit tout ce qu'une vaine subtilité peut nous suggérer contre les saintes lois que la religion nous impose; par une obéissance qui condamne sans réserve tant de dispenses abusives que nous nous accordons , tant de singularités odieuses que nous affectons , tant d'exceptions du droit commun que nous couvrons du voile d'une prétendue nécessité, tant de raisonnements frivoles et mal fondés , tant d'opinions hardies et trop larges, tant de probabilités chimériques, tant de détours et de raffinements où nous altérons la pureté de la loi; en sorte que tout étroite qu'elle est , elle ne nous oblige plus qu'autant que nous le voulons, et de la manière que nous le voulons. Car quelle vertu l'exemple de l'Homme-Dieu et de sa bienheureuse mère n'a-t-il pas pour nous détromper de tout cela , et pour nous en découvrir l'illusion?
Delà vient qu'en conséquence de ce mystère, notre divin Maître, instruisant ses disciples, leur déclaroit si souvent ce que son humilité nous prêche aujourd'hui d'une voix bien plus forte et plus intelligible : Nonvenisolvere legem, sed adimplere (Matth. , 5) : Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi , ni pour l'enfreindre. Comme s'il eût craint , remarque saint Chrysostome , que sa qualité de Messie et d'auteur de la nouvelle alliance ne leur donnât lieu de former cette
481 SUtl LA PtiRiPICAtlON DE LA VtfcRâË.
pensée » qu'il savoii ne leur pouvoir être que préjudiciable. Non vetn sotvere , $ed at&mplere : Non , je ne suis pas venu pour la destruction, mais pour Tacconiplissement de la loi r parole divine , et qui doit pour jamais nous fermer la bouche. Cest pour cela même que ce Sauveur adorable étoit si fidèle et si attaché à toutes les observances de la loi écrite, qu'il se rendoit si régulièrement à Jérusalem pour y cé- Iâ)rer ta pique , et que Jusqu'à un seul poibt , il ne laissoit rien passer des moindres devoirs sans y satifiaire : Iota unum aut unus apex non fTcetaUnt à lege^ Honec omnla fiant ( M att., 5 ). Par où il prétendoit combattre en nous cette disposition criminelle que nous avons à disputer avec Dieu , quand il s'agit de sa loi ; par où il prétendoit nous feire sentir l'injustice de notre procédé, lorsque nous ne rendons à la lot dé Dieu qu'une obéissance forcée, qu'une obéissance intéressée, qu'une obéissance imparfelte, et qui se réduit toute à cette règle : Y sdi&je obligé dans la rigueur? est-ce un commandement absolu? y ya-t-il du salut étemel? règle trompeuse, et qui nous expose à une réph>bation éternelle, puisqu'il est certain qu'entre Tobligation de la loi et le conseil il n'y a souvent qu'un pas à franchir, et que nous conduîsantdeb sorte, nous marchons toujours sur le bord du précipice. Par où il prétendoit nous confirmer dans cette importante maxime , que nous devons toujours prendre contre nous-mêmes le parti de la lot de Dieu; que sur le sujet de la loi de Dieu, .nous devons toujours craitadre de nous tromper et de kious former de fausses consciences; que pour décider en mille occasions jusqu'où la loi de Dieu s'étend , nous ïke devons point consulter les lois du monde; qu'en ce qui regarde la loi de Dieu , le seul nom de dispense nous doit faire trembler, et que nous devons nous en défendre avec tout le zèle que peut inspirer une ferme et solide religion. Car voilà. Chrétiens, les saintes leçons que nous font dans ce mystère la présentation d*un Dieu Fils de Dieu, et la purification de la reme des vierges.
Je sais, encore une fois, que si chacun de nous veut s'écouter, it n'y aura personne qui ne se croie fondé en raison pour se dispenser des lois de Dieu les plus indispensables. Et pour en venir aux espèces particulières , je sriis , par exemple , que la loi qui défend l'usurpation du bien d'autnii , et qui en ordonne la restitution , se trouvera anéantie, si Ton veut consulter la politique, qui ne manquera jamais de décider en faveur de l'ambition et de la cupidité. Je sais que la loi qui défend de se venger n'aura plus de lieu, si l'on se met en possession de doniïer aux vengeances les plus déclarées le nom de justice, et si chacun, se fiiisant droit sur ses propres injures , s'opiniâtre à ne rien vtlbMre de la satisfaction qu'il se croit due. Je sais que la loi qui fait de l'occasion prochaine du péché , recherchée ou entretenue , nn péché déjà consommé, ne sera plus qu'un fantôme de la loi, si chacun en veut être cru on sur ses prétendus engagements qu'il proteste ne pouvoir rompre , ou sur la confiance qu'il a dians ses forces et dans
SUR LÀ PURIFICATION DE LA VtERGE. 49»
sa disposition présente. Je sais qne cette loi de l'abstinence et du jeûne du carême , que l'Église va bientôt publier, deviendra une loi chimérique , si chacun , idolâtre de sa santé ^ ne veut avoir égard qu'à sa délicatesse ; ou pour mieux dire , qu'à sa mollesse. En an mot, je sais qu'en suivant l'esprit du monde , qui est un esprit de licence . nous secouerons le joug des plus rigoureuses obligations, et de nos devoirs les plus essentiels. Mais où va une telle conduite , et qu'en pouvons-nous attendre? avons-nous affaire à tm Dieu qui puisse être surpris , et à qui nous puissions en imposer? lui qui a Fait la loi selon tes vues de sa sagesse infinie , et qui rie nous a pas appelés à son con<» seil quand il a voulu l'établir, s'en rapportera-tàl à nous? en passerat-il par nos avis, s'en tiendra-t-il à nos décisions, quand il viendra pomr nous juger? Si Jésus-Christ et Marie avoient raisonné comme nous, ce mystère de leur obéissance que je viens de vous représenter, et qui a tant contribué à notre salut , auroit-il eu son accomplissement?
Ah! Seigneur, s'écrioit le Prophète royal (et c'est la conclusion que nous devons tirer avec lui ), heureux ceux qui, purs et innocentai marchent avec humilité dans la voie de votre sainte loi I Beati immà^ culaH in viâ^ qui ambulant in lege Domini {Psalm. 118 )! Heureux ceux qui cherchent cette voie avec un cœur droit, et qui, l'ayant une fois trouvée, la suivent avec une invincible persévérance! car Vous Pavez ordonné , mon Dieu , et il étoit juste que vos lois fussent exactement gardées : autrement elles ne seroient plus vos lois , et elles n'auroient plus ce caractère de souveraineté qui leur est propre, s'il nous étoit permis d'attenter sur elles, et de les interpréter au gré dé nos passions. Voulez- vous. Chrétiens, un abrégé de tout ce que je Tiens de vous dire? le voici dans ces deux paroles de saint Augustin ^ qui expriment ma pensée bien plus noblement et plus fortement que moi : Mariam 9upra legem fecerat gratia , sub lege fecit humliloê (AoGusT.) : La grâce, dit ce saint docteur, avoit élevé Marie au-dessus de la loi , et l'humilité l'a assujettie à la loi ; la grâce de son inno* cence et de sa maternité demandoit qu'elle f&t libre, et l'humilité do son cœur lui a fait préférer d'être obéissante et dépendante. Au coi|« traire, et la grâce et l'humilité nous inspirent également la soumission : pourquoi ? parceque la grâce qui est en nous, n'est autre que la grâce de la pénitence , et par conséquent de l'humilité même. Mais nôtre orgueil s'oppose à Tune et à l'autre , et , tout sujets que nous sommes à la loi, je dis doublement sujets, et comme hommes et comme pé« cheurs , il nous révolte contre Dieu. De ce que Marie s'est soumise à la loi par une humble obéissance, c'est la confusion de notre orgueil; et de ce qu'elle a surmonté toutes les difficultés de la loi par uns obéissance généreuse , c'est la condamnation de notre lâcheté, comme nous Talions voir dans la seconde partie.