‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 57 sur 72 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

C'est un principe de foi , que la loi de Dieu, quelque parfaite qu'elle puisse être , non seulement n'est point impossible , mais qu'elle n'est pas même tellement élevée au-dessus de nous , que nous ayons droit de nous plaindre de sa difficulté , et de nous en (aire un prétexte pour justifier nos lâchetés et nos infidélités. Mandatvm hoc , qwod ego prœcipio tibi hodU, non supra te est ^ nec proctU position : nec in cœlo situm^ ut possis dkere : Quts nostrûm valet in cœlum ascendere^ uC déférât illud ad nos (Deut.^ 30) ? Le commandement que je vous fais » disoit Dieu aux Israélites, n'est ni au-dessus de vos forces» ni hors de l'étendue de vos conditions; en sorte que vous puissiez dire : Qui de nous arrivera là? et pour le garder, il ne faut ni passer les mers , ni se retirer dans les d^erts et dans les solitudes, comme s'il étoit bien éloigné de vous : Nec irans mare positum, ut causeris et dicas : Quis nostrûm potent transfretare (Ibid.)? Car c'est un commandement^ ajoutoit le Seigneur, que j'ai mis dans vos mains, dans votre bouche et dans votre coeur : dans votre cœur, en vous le rendant aimable ; dans votre bouche , en vous faisant avouer qu'il est souverainement juste; et dans vos mains, en vous donnant de puissants secours pour l'accomplir avec facilité : Sedjuxta te est , in ore tuo, et in corde tuo , ut facias iUud ( Ibid. ). Ainsi parloit le Dieu d'Israël par Forgane de 1 Moïse, en publiant une loi qui néanmoins, comme nous le savons, étoit une loi de crainte , une loi de rigueur et de servitude. Qu'auroit-il dit (c'est Texcellenle réflexion de saint Augustin) et que n'auroit-il pas pu dire , s'il avoit été question de publier la loi évangélique , qui est une loi de grâce , une loi d'amour et de liberté ?

Cependant, Chrétiens, nous établissons un principe tout contraire; et pour avoir de quoi nous défendre de toutes les accusations que cette sainte et adorable loi formera contre nous un jour, ou qu'elle forme déjà devant Dieu , nous l'accusons elle-même de n'être pas assez proportionnée à notre foiblesse ; nous nous la figurons dans un degré de sévérité où nous prétendons que nul de nous ne peut atteindre ; et, par une pusillanimité dont nous voudrions la rendre responsable, nous disons sans cesse, comme l'Israélite prévaricateur , Quis in cœlum ascendet? Et qui est l'homme qui pourra jamais parvenir à un point de sainteté si sublime? en un mot, nous nous persuadons que cette loi, pour exiger trop de nous, est absolument au-dessus de nous : et pourquoi? appliquez- vous à ceci : Parcequ'elle nous engage, disons-nous , à nous dépouiller en mille occasions de ce que nous avons de plus cher; parcequ'elle contredit certaines affections tendres de notre cœur, et qu'elle nous oblige à les étouffer ; parcequ'elle nous prive de certaines joies et de certaines douceurs de la vie à quoi nous sommes attachés ; parcequ'elle nous ordonne de renoncer à un certain honneur mondain dont nous nous piquons , et que souvent elle

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nous rëdait à parottre devant les homnïes dans des états très hon^liants. Car voÛà ce que nous concevcMis de pins rigoureux datts la loi chrétienne , et où Tolontiers nous supposerions que notre foiblesse, secourue même de la grâce , ne peut s'élever. Mais envisageons au* jourd'hui Marie; et, témoins de sa fermeté et de sa constance v instruisons-nous et confondons-nous. Car voici les importantes leçons que nous pouvons tirer de la conduite de cette vierge» et que nous devons opposer aux sentiments lâches qui nous arrêtent : leçons que nous rendent sensibles les trois principales drconstanoes de ce mystère , c'ést-à-dire le sacrifice que fidt Marie du bien le plus précieux pour elle et le plus cher, qui est son Fils ; le sacrifice qu'elle fait de«toùtes les douceurs de la vie, en accepttint le glaive de douleur dont Siméon lui prédit que son ame sera percée ; surtout le sacrifice qu- die fidt de son honneur, en voulant parottre , comme les autres femmes, impure et pécheresse, elle qui étoit Tinnocence et la pureté môme. Ah ! Chrétiens , que n'ai-je le zèle des apôtres pour vous fiiire sentir , mais efficacement, mais vivement, toute la force d'un si grand exemple!

<; Preniière leçon : Marie n'aqu'un fils, et, pour obéir à la loi, die se résout à le sacrifier. Ce fils qu'elle akioit de l'amour le plus tendre, ce fils qu'elle avoit conçu par mirade , ce fils en qui elle possédoit tous les trésors, die l'o^ dans le temple de Jérusalem; mais elle l'offre de la manière la plus héroïque, sans con^tion et sans réserve, sachant les ordres rigoureux que le del a portés, et qui doivent un jour s'exécuter dans la personne de ce divin enfant ; consentant déjà qu'il soit la victime et le prix de la rédemption des hommes; renonçant pour cela à tous les sentiments de son cœur; et, par un dernier effort de la plus généreuse et de la plus rigoureuse obéissance» voulant bien que ce fils ne soit plus à elle, qu'avec le triste, mais l'indispensable engagement de le voir dans la suite des aunées immolé sur la croix : voilà ce qu'il en a coûté à Marie pour accomplir la loi. Or .est-ce là, mes chers auditeurs, ce qu'il nous ^doit coûter à nousmêmes? Il est vrai, pour obéir à la loi de Dieu , il nous en doit quelquefois coûter le sacrifice de ce que nous avons de plus cher; mais confessons*le de bonne foi, et ne nous déguisons rien à nous-mêmes : ee que nous avons alors de plus cher, est-il assez considérable pour le faire tant valoir à Dieu ?. quelque cher qu'il nous soit, du moment qu'il répugne à la loi de Dieu, n'est-ce pas ce qui. nous trouble? n'esteepas ce qui nous dérègle? n'est-^ce pas ce qui nous corrompt? n'estce pas ce qui nous décrie? et enfin n'est-ce pas ce qui nous damne? Si la loi de Dieu nous retranche un mal aussi pernicieux que celui-là, âvons*iious sujet de nous en plaindre ; et la sainte violence qu'elle nous fait en nous obligeant à un renoncement si salutaire, doit-elle pas^ WST' pour un excès de rigueur? prenez garde, s'il vous jAaâi ; ceci mérite une réflexion particulière. Dans cette sainte solennité, Dteu B. 3. 33

iu>tt§ 4it «^mme à M arije» gq, «î \pm Yoole^» o«mn0 > AbfohM : Jatk pnige^itum ^^um q^em diligU , e$ offer Ubtm mtM m hebmttHnm {G^,^, 22^ : Sacr^ier-mpi ce pr^m^-mé, e'est*ri^-(|ire celte pawkm <kH qÛP^ie ^ui ^i^t 44oB( toip coeur. Geki neu^ aciahle (Uur; waift, en mène t^pip^,, fy^iSiàj^i un retour »ur doii« , loua «onmes cooiraiiils if atoueir g)^ cf ue pa^ioQ domioai^te «at, par exempte , un aHacheineBft lioii-^ tfimi^ 49^ nons ^j^éshonore^ lui. esdavage des aeos qui DOiia abnitit, ane li>i.(l^ fiëctié qui qqii$ c^p^ve et qui mm tyramûae : loais ea méiae t^iqps DOfii ftpminea feroég de reeennottre que eet attaoheaaant éMi QQU9 IK>^» f^m^ une passîcmt n'éat qu'une fesciaaiioi tf esprit» qu'u ffp^or^leiiiesyi de c^nir, qu'une source d^ëgaremesls dans neare eoa*« 4iii(et et de déréglementa dans nos affections et dans nos aetion»? quais en même temps rexpérîenfcenous montre que cette passion, dont) Kèf^v^ $Qiiunea possédée , n'a point d'ef fel plus présent ni plus erdi- 9^rf^ qu^ de remplir notre ame de ch^grms, de jalousies, de remords, fj^d^apcirsi que, tandk qne eette passion nous dominera, nous 9'ai)r^iis jaopaîB de pain ni avec Dieu» ni ^ec noiis-miiass ; qnenotre conscience, notre raison, notre foi, s'élèveront toujo&FS oanlfeeiie; qpn'elle m^ exfnosera n^éme i la oansnre dui alonde,, et qufamsi le monde, totitooraompn qià'it est» proviendra» ptrson jugement, le ju-* gement Jderrib^ de Dieu q^e nous avojjis' à eraindm : en un mot, naos fimlQ^^Jbien qne ùHt0 passon , avec ses prétendjLift eiiairmes, d» montant que noua «Mie yrsommes livrés, est comme ma démon qui s'esi einps^é de pous, el qui,, malgré noua, nous; fmt trouver dans nous- QM^om upe espèce di'enfer. Or cela é^ant, queUe plainte avons^nons fboit déformer contre k loi de Dieu 1 ei quand il nous'dii, Tolie, Oélil^r^-ttoi^ c^rétieft, dei eet enfer,, sors die cet esdavat^e^ arraobe cette pa^MOinide ton^)6enr; peuvpns-nous lui répoifdre : Seigneur, voua n^'en d^Bia,ndea5 trop?

., Ah! nies Frères^ Beprend saint Cbry^sostome, ai |^n en usait avec {ia|i9 dans toul6:Féisiidue de sa puissamoe, et que^ sans nal éga^d an pjiu^^et au moins de œ^qu'il noi^s en peut coûter, mesurant les cboses par Isis^le règle de cequi lui est dû, il nous commandât de loi: sacri» ^r jnos' mclin^tions même les plus innocentes eiks. plus légkiaies ; s'il disoit à l'un : Descends de cet état de graadeun qui te^ dtstiagne d^n^ le monde.; à l'autre : Déppuille-toi de ces biens qne m a& justfimenl acquis; à eekni-ci s Oublie cet enfant qui estrespÂranee^de ta UMÙsoir; à celui^à iltomps ce commerce^ qnoiqne honnête, que tu en^etiens avec cet ami, et qui fait la doaiceur de ta vie : si Diea» di»je, t|Q^& parlpit de la sorte, nous.n'auricMae rien à répliqaer^ et pour I^sei^l respect de sa loi^ nous devrions éire disposés à tout. Amitié, gJC^n^euTv iAléréts , famille, il laudroit abandanner tout : poorquoi? pa^cequ'en^matièredeloi, dit Tertidlien, mms pari^ciiiîèpement de loi flivine, rafilorité de celui qui oon»mànde ne doit point être mi^e ea çpppacai$pn avec ïuûlité de eelui jifA obéit, fiais Dieu, flaea<^er8

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tuditeurs, tient à notre égard une conduite bien diffi^rente; et, |Mr Hue oondescendauoe digne de lui , il oe nous fait jmni de loi cpû ne nous 6^t avantageuse. Que nous dit-il ? Sacrifie-moi, chrétien» oe <|ui te nuit» œ qui te perd» ce qui te damne» car tout le reste» je le laiaae à loB pouvoir ; possède ces biens dont je t'ai pourvu» mais dëfiûa-toi de oet aiBOur criminel, qui seroit Iç principe de ta réprobation | meH- Mn au-dessus de cet ennemi que tu nourris dans ion sein» et qui t'<loigneroit de la voie du salut; quitte ce pécbé dont tu t'es fisit une ha*> Jbilude » et qui » par les dégoûts et les amertumes dont il est mêlé, m bit bien payer par avance les faux plaism que tu y goAies* Voià comment Dieu nous traite» plutàt en père qu'en souverain et en législateur : et ne somraes^nous pas îneicusables si» pour autoriser nos Mchetés, nousosonsencore alléguer que le joug de sa loi est dur et pesant? Il est dur de renqocer à ce qu'on a de plus cher; mais moi» je soutiens quecelâ s'est dur que parceqtf'il neuousplaU pu de nous l'adoucir par les grands et puissants motifs que Marie se proposa dans k présentation du Sauveur. Car, commejremarque saint Bernard» ce qui rendit à Marie raccomplissemeot de cette loi» je ne dis pas supportable» mais aimable» ce fut la vue qu'elle eut, qu'en présentant son^fils» elle le sacrifioit à Dieu» elle fléchissoit la colère eila justice de Dieu, elle s'acquiitoit elle-même des obligations infinies qu'elle avoit i Dieu, ette JIttiroit sur ellq «t sar nous les faveurs de Dieu : voilà ce qui ranima, et ce qui lui fit surmonter cette tendresse maternelle qui s'opposolt à son sacrifice. .Qr à qui tient-il que- noua ^'agissions dans les ménMfe vues? et que»dansJanéaeBsitéDil noua nous ti^outonB quelquefois d'uocomplir un précepte qui combat la ujSture rei à quoi elle répugne, nous ne nous soutenions par. ces pensées : Il est vrai que ce qu'on me demande et oe qu'il faut que je sacrifie, c'est ce que j'aime uniquement ; mais par«Jà je donnerai à Diôu ce qtf il attend de moi ; mais par-là j0 montrerai à Dieu que jie *veux reeopioUre ses dons» et les grâces qu'il a répandues sur nioi ; mais par-là j'apaiserai Dieu, justement courroucé contre moi ; mais p^ià, tout pécheur que je sujs^ j'engagerai Dieu à avoir compassion de moi ; mais pari-'là je me rendrai Dieu propice, je le mettrai dane mes intérêts, je fe porterai à user de miséricorde envers moi. Aa lieu que cette passion a liit ju^ qu'à présent tout mon dé^iordre, du moment que je kt sacrifierai» elle fera devant Dieu tout mM mérite. Si nous avions ces motife présents à l'esprit, quel précepte nous paroitroit rig[Oureux? H si» pour ne nous pas aider de ces motifis, la loi nous devient pénible, devons-nous noua en prendre à d'autre:^ qu'à nous-mêmes? Û est dur de sacrifier isans condition et sans réserve ee que t'oA.aima : mais moi» je prétends qu'on le fait bien tous les jours pour ofoéir aux lois^ du monde. Car, pour satisfaire à certaines lois du monde» quett'ab<mdonne-t*Dn pad, et de quoi ne se prive-t-on pas ? Vous hw direz que les lois du monde ne vont pas jusqu'au sacrifice du iecnur :et B'eét>-o4î' pas pour cela

même, rëpond saint Ambroise, qu'elles sont plus dures, en nous obli- 'gednt à sacrifier tout, tandis que le cœur n'y consent pas et qu'il y contredit ? au lieu que la loi de Dieu ne nous oblige à rien à quoi elle nedispose notre cœur, jusqu'à nous en iaire aimer la difficulté.

Seconde leçon : Pour garder la loi de Dieu, il y a des douceurs dans la vie dont il faut se passer : et c'est encore ce qui effraie notre amour-propre .Car, quelque disposition que l'on ait à vivre dans Tordre, on se propose toujours, en vivant ainsi, un certain état de douceur; et souvent même c'est cette douceur que Ton cherche, ense ré- 'duisant à l'ordre : et un des foibles les plus ordidaires de la piété est de se rebuier de l'ordre, dès qu'on n'y trouve paai cette douceur. Mais Marie nous apprend bien aujourd'hui à nous préserver de cet éoueil : pour accomplir la loi du Seigneur, cette vierge incomparable sacrifie toutes les joies de son ame. Je m'explique. Elle sait bienque ce qu'elle va faire, en présentant Jésus-Christ , doit être pour elle une source de douleurs ; elle voit déjà Siméon qui lui montre le glaive dont elle sera percée ; elle entend l'oracle du ciel qui lui est annoncé par ce saint vieillard, et elle n'ignore pas que la prédiction qu'il lui fait est le commencement de son martyre. Il n'importe : le zèle de la loi la.presse : -elle rentre dans le temple, elle parott devant Siméon, elle lui met son 'fits entre les bras ; et par ces paroles prophétiques, TuamipHus ani" .main périr annbit gladiu» (Luc, 3), elle reçoit de lui le coup morftel. Car ne pensez pas qu'elle n'en ait senti l'effet qu'au Calvaire, lorsqu'elle assista au crucifiement de son fils. Tout ce qu'elle doit -souffrir alors , elle le souffre dès aujourd'hui , et dès aujourd'hui «elle, peut dire qu'elle est attachée à la croix. Mais pourquoi fiiut-il 'qu'en obéissant à la loi, elle endure ce martyre douloureux? Ah! -Chrétiens, parcequ'elle étoit prédestinée pour nous enseigner cette «grande vérité, que là oik il s^agit de la loi de Dieu, il n'y a ni plaisir, m douceui' de la vie à ménager. Or en voici la preuve authentique : -isàiv si des JMes aussi saintes et aussi pures que les siennes ont dû <être sacrifiées , il n'est pas juste, dit saint Bernard , que nous éparl^nions les nôtres, qui sont vaines, qui sont toutes profanes, qui nous dissipent, et qui nous font perdre l'esprit de Dieu. £t si la mère de -Dieu, qui, par excellence entre toutes les femmes, étoit bienheuretlse, -a néanmoins consenti , en se soumettant à la loi, d'être la plus affligée, nous ne devons pas si aisément nous rdbuter de cette divine loi, <fM>nr quelques peines qu'il y a à supporter en l'observant. Hais le «moyen, direz-vous, de mener une vieinsq>ide et ennuyeuse? car voilà • le spécieux prétexte dont se couvre la lâcheté de tant d'ames mon- «daines, quand» on leur parle d'une soumission parfaite à la loi de Dieo : Jl« moyen de soutenir cet état? Mais, nion cher auditeur, comment Js: soutenez-vous tous les jours, dans les engagements maiheurevL ■que TOUS avez avec le monde ? Comment le soutenez-vous dans la dél^eiidanfe aeifvile où vous vous néduiaez pour suivre toutes les volontés

et tous les caprices d'un homme doiil ¥ous recherchez la faveur ? comment le soutenez* vous, quand votre ambition ou votre cupidité vous le commande? Si vous agissiez par l'esprit de la foi, je vous dirois que la grâce, qui est toute puissante* saura bien vous adoucir cet ennui que vous craignez. Si vous conniïoissiezle don de Dieu, vçus confesseriez que ces joies courtes et passagères auxquelles on renonce pour Dieu sont abondamment. compensées par des consolations bien plus solides, et bien plus propres à remplir la capacité de votre cœur. Et si, au défaut de toute autre considération, vous vouliez vous souvenir des désordres où vous avez vécu, vous vous estimeriez, heureux de trouver dans cet ennui et dans cet éloignement des fausses joies du monde de quoi faire pénitence ; et cette pénitence» quoique SjBcrèie et cachée, surpasseront en mérite toutes ces pénitences et ces réformes d'éclat, que la vanité quelquefois soutient plus que la religion. Quoi qu'il en soit, je vous dis qu'il est indigne que, sur un devojr aussi important que l'observation de la loi de Dieu, vous apportiez une excuse aussi frivole que l'est cet ennui prétendu qui vous y paroit attaché.

Troisième, et dernière Jeçon : Marie, pour obéir à la loi , sacrifie jusqu'à son propre honneur, puisqu'en se purifiant elle paroit de même condition que les autres femmes. Ainsi l'éclat de sa virginité est obscurci; de cette virginité dont elle avoit été si jalouse dans le mystère de l'incarnation; de cette virginité dont la gloire est de briller au-dehors, et de ne pas laisser voir la moindre tache. Elle consent à en perdre la réputation et le nom; et de toutes les humiliations, voilà, j'ose le dire, lapins difficile à soutenir, d'être pure devant Dieu comme le soleil, et de paroitre impure aux yeux des hommes. Tel est néanmoins le sacrifice que fait la plus sainte de toutes les vierges : pourquoi? afin de ne pas manquer à la loi. Or cette loi de Dieu, mes chers auditeurs, ne nous oblige à rien de si humiliant. Elle veut que nous paroiasions. ce que nous sonmies ; qu'étant essentiellement soumis an souverain domaine de Dieu, nous ne rougissions point des services qu'il exige de nous , et des hommages que nous devons lui rendre ; surtout, qu'étant véritablement impurs et pécheurs, nous n'ayons pas honte des pratiques de la pénitence, qui doivent servir à nous laver, à nous réconcilier, à nous acquitter auprès de la justice divine. Mais que faisons-nous? Par le plus étrange renversement, nous voulons être pécheurs et paroitre justes : Marie abandonne les appar renées, pourvu qu'elle soit du reste assurée de conserver le trésor de sa virginité ; et vous, souvent peu en peine de la chose même, vous ne cherchez qu'à sauver tés apparences. Du moins, n'est-ce pas précisément alors le faux honneur du monde qui vous fait garder la loi de Dieu? Mais en combien d'autres occasions cette adorable loi estelle sacrifiée? Parcequ'on veut s'élever et tenir un certain rang, on viole toutes les lois de l'équité et de la justice, on opprime le foible» on trompe |e simple, on forme mille intrigues contre des égaux et des

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cmieaiTeiits ; on emploie contre eux le crédit, l'artifice, la médisance, h calomnie, et sur leur mine on établit sa fortane et les fondements de sa grandeur. Parcequ'on est prévenu de cette damnable maxime, q«*en matière d'injare il feut avoii^ raison de tout, et qu'autrement on est sans honneur; malgré la loi la plus authentique et la plus expresse qui nous ordonne de pardcmner, quels ressentiments ne con- 8erv&4-on pas? quels desseins ne oonçoit-K>n pas? à quelles extrémités et à quelles vengeances ne seporte-t-on pas? On ne veut point entendre parler d'accommodement, on exige pour une offense assez légère, mais dont on se fait un monstre, des satisfactions infinies ; ou, pour mieux dire, on ne sera jamais satisfekqu'on n*aH yu périr cet homme de qui l'on se croit offensé, et qn*6n ne Tait perdu. I^ncequ'on craint la raillerie, et qu'on s^y exposeroit en se distinguant dt^ autres, tout instruit qu'on est de la loi, tout disposé qn*on est à l'observer, on se laisse aHer an torrent, engager par Fexemple, dominer par le respect humain ; et au lieu de mettre sa gloire à seriir Dieu, on la met à le déshonoreret à l'outrager. Ah ! mon Dieu, faudra-t-il donc que pour un fantôme d^hdnneur qui nous séduit, tous yds droits vous soient révisés, qu'on trahisse tous vos intérêts, qu'on renverse tous vos desseins, qu*on s'oppose à tontes vos volontés, qu'on méprise et qu'on foule aux pieds toutes vos lois? Et vous, 6 homme , necomprendrezvous jamais en quoi consiste votre véritable grandeur? que c'est à dépendre du premier de tous les maîtres , à vous attacher inviolablement à lui, à vous approcher continuellement de lui, à combattre généreusement pour lui, à vous rendre grands devant lai, à vous attirer son estime, et à mériter ses faveurs : tout cela par ou ? par l'accomplissement de sa loi.

C'est, Sire, ce que Votre Majesté a si bien compris ; c'est de cette loi ^e Dieu que vous faites gloire d'être le défenseur et le vengeur. Avoir fait des prodiges dans la guerre, vous être rendu l'arbitre de la paix, l'avoir donnée à toute l'Europe aux conditions qu'il vous a plu, avoir forcé, par la seule crainte de votre nom, toutes les puissances à la recevoir, vous être surmonté vous-même, en arrêtant le cours de vos conquêtes ; ce sont, Sire, des éloges auxquels la flatterie n'a point de part, que l'envie même ne peut vous disputer, que vos ennemis, malgré eux, ont publiés aussi hautement que nous, et dont votre modestie commence à être fatiguée. Il y a, Sire, une autre gloire d'autant plus solide, que l'objet en est plus saint ; une gloire qu'un roi très chrétien ne peut acquérir gue par son zèle ^ôdur la loi du Seigneur, et c'est ce que Dieu vous reservôît pour me^re le comble à votre auguste destinée. Ces saintes ordonnances contre le due), que Votre Majesté vient de renouveler, et pour l'exécution desquelles yous vous êtes feit une religion, si j'ose ainsi m'exprîmer, de ti'êire presque plus m9Îl,re de vos grâces ; ces déclarations qui sortent çha(|ue jour de votre conseil, si avantageuses à l'Église; et si sages pôui* contenir fhé-

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néste iÈm tes bornes que lés ëdits dé tôs âfkvéth^ lui bht ^heèctités'i ces tribofidvx érigés pour e)itét*initier le libieHiiiegé et le iict, te iohl auuuit de preuves* eide preuves authentiques, du tôle qui vous àtiimë: Il y tv^t dans ia France des Éionstres cachés, et Yôtre Majesté eât K héros que Dieu a suscité pour tes étouffer et les écraser. LésatiHIégé; rinipiété, rhomioide > suites funestes mais inftillibles de la débauché et de la licence des mœurs , se répandoient dans te monde ; et c'est à irous, Sire» que le monde sera redevable d'en étire pdrgé. Il iklfoit un monarque aussi puissant^ aussi éclairé, au^st relrg^îeux que touSi pour prendre ainsi la cause de Dieu eh main, pour fiiire dé là loi de Dieu votre propre loi, et pour être le restaurateur dubon ôrdirè et de la sàreté publique. Vous soutiendrez , Bire , votre ouvrage : Vous y etnploittreK toute votre autorité, et par votre autorité royale voiis y oieitrea la dernière perfection. Autrefois, l'irréligion, la prôfabaddd des choses saintes, les jurements, les blasphètnes rendent à la cour; mais ils yj^ont devenus des noms odieux, parceque Votre Majesté 1(5S a proscrits* Que ne peut«-elle point encore Contre d'autres désordres^ et que doit-elle omettre de tout ce qu'elle peut pour les abolir? Voill; Sire, comment vous serez fidèle à la loi du souverain maître qui vous a placé fiur le trône, et fait part de son pouvoii' t^oui^ la défendi'e : voilà ce qu'elle attend de Vous. Mais autant que votls seree fidèle à M loi de Dieu, autant cette saihte loi votis sera4-elle, selon Tetpressioti do Sage» fidèle eHe^méme : Et tex illi fideUi{Etele$.,SS). Elle corn duira v«s pas, elle dirigera vos tiodsdis , elle réglera vos entreprièès, elle attirera sur votre personne sacrée toutes les bénédictions du del, et elle vous fera enfin mériter la couronne iiif mortelle que je vous 80ubaite> etc.

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