‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 63 sur 72 · DES MORTS · texte numérisé non relu

DES MORTS

' Âmetif amen dio) vobis, quia venithora, tt ntme est, quandù mortui audient voeem • FiHi Ihi;êtqui audiértni, f>i0enU

Je TOUS du en vérité que l'heure eit T^nw. f t c'Mt oeUe^i, où Iw morti «ntenflrdnt la t«k du Fils de Dieu, et où ceux qui l'entendront Tlvront. SiiiiT iun . cluip. t.

C'est Un làystère que Jëàus-GhrTât nouis propose aujourd'hui daos rÉvangile, mais jun mystère qui, même après la déclaraliôn que Jésus- Christ nous en a faite , a encore son obscurité, puisque les Pères de TÉglisé ne s'accordent! pas sur le sens de ce passage : les un^ ont cru, •et c'est la pensée d^Origène; qii'ir falloil l'entendre de la résurrection ^nérate« oit eà effet les moris » pour comparottre devant le tribunal eu Fils de Dieu, et pour recevoir fenr dernier àrrét , sortii^ont de leurs sépulcres ; d'autres, cotnme saint CyriHe , l'ont expliqué des résurrections particulières, c*est-à-dii*e des miracles qti'opéroit le Fils de Dieu; lotsqtt'eÉ vertu d'une seule parole il ressusciioit les morts. Saint Augustin Ta pris diàns le sens moral de la résurrection spirituelle et de la justification des pécheurs, qui, de morts qu'ils étoient par le péché, sont vivifiés par fa grâce intérieure de Jésus-Christ , ^ plar la vertu de son sacrement. Trouvez bon. Chrétiens, que, dans un tel partage de sentiments, je m'attache à ce qui me pàrqît le plus conforme i l'esprit de TËglise , et que , sans entrer plus ayant dans la discussion de ce mystère , je me contente de l'appliquer à la fête que nous célébrons. Yenii kora^ et nunc est , (luandà moriui audient voeem jFt/iti De»: C'est en ce jour que les morts ont entendu la voix du FiTs de Dieu, parceque c'est en ce jour qu'on a offert pour les morts, dans toutes les parties du monde, le sacrifice solennel du corpset du sarig de JésttS'Christ. Or le sang de Jésus-Christ a une voix aussi bien que lè âangr d'Abe), mais une voix bien plus forte que le san^d'Abel, une Voix qui pénètre jusque dans les cieux, et qui se fait obéir jusque dans le centre des abtmes de la terré. Oui , mes Frères , le sang de cet agneau sans tache a crié aujourd'hui sur no^ autels ; et qu'a- 1 il demandé à Dieu? Le soulagement de ce^ aknes fidèles, qui, quoique séparées de leurs corps et prédestinées , ne laissent pas de souffrir et de gémîT dans l'attente de leur béatiiudé, parce qu* elles ont encore des • restes de péchés à expier : c'est pour cela que ce sang divin a été immolé ; c'e^t pour cela qu'il a poussé sa- vuix , premièrement vers le ciel , pour y sellicifer Dieu en faveur de ces âmes souffrantes, et ensnite jusques au lieu oîi ces âmes sont arrêtées » pour leur annoncer Fhenreuse nouvelle de leur liberté, et pour leur dire que l'heure est venue de sortir de leur prison : car c'est ce qui se fait dans cette solennité plusatithentiquement et plus généralement qu'à nul autre jour de Tannée, puiscfue celui-ci est uniquement consacré à la mémoire db ces Mfntea âmes / et au devoir public que nous leur rendons , en of<

frant poar elles le sacrifice de notre religion : Vont hora, et nmc atj qtiandàmwtuiaudient vocemFiUiDei, Au reste, Chrétiens, quiconque des morts entendra cette voix favorable dir sang de Jésus-Ckrist, il jouira d*une vie bienheureuse : pourquoi? parcequ'en même dâivrë des liens du péché, il entrera en possession de rhériiage enfants de Dieu, où il trouvera une source dé vie qui ne finira jamais: Et qui audierint , vivent. Voilà de quoi j'ai à vous entretenir, après que npus aurons imploré le secours du Saint-Esprit par TintercessioD de Marie. Ave Maria.

Trois choses* selon saint Bernard » font la perfection d'un devoir chrétien , et doivent nécessairement y concourir une foi pure pour le connoitre, une dévotion tendre pour l'aimer» et des œuvres solides pour l'accomplir ; et trois choses, selon le même Père , y sont essentiellement opposées , l'aveuglement de Fesprit, rindifférenceducœiir, et Imutilité des œuvres : l'aveuglement de Tesprit, qui fait qu'on ignore ce devoir ; l'indifférence du cœur, qui fait qu'on y est ioseosible ; et l'inutilité des œuvres , qui fait qu'on s'en acquitte mal: or c'est sur ce principe, mes chers auditeurs, que je fonde ce dkoiirs, où j'entreprends de vous engager à secourir les âmes de vos frètes ique la mort a séparés de vous, et à leur donner des marques de votre charité, dans l'état malheureux où je vais vous les représenter; car voici tout mon dessein. Je trouve dans le christianisme trois sortesde .personnes qui, par différentes raisons, ne contribuent en rieii> soulagement des âmes du purgatoire : les premiers sont ceuiqoin^ croient pas leurs peines ; les seconds, ceux qui les croient , mais f n'en sont pas touchés ; et les derniers, ceux mêmes qui ensontton' • chés, mais qui n'emploient pas4es moyens efficaces poar les soè ger : dans le premier rang, je comprends les libertins et les hérétiques, qui par un esprit d'incrédulité rejettent la foi du purgatoire; dans le second , certains catholiques indifférents et sans compassioDi qui , confessant la foi du purgatoire , ne se sentent émus d'aucun z«ie pour la délivrance des âmes que la justice de Dieu y a condamoées; et dans le troisième, un nombre de chrétiens presquei infini» qui» ^ flattant d'avoir là -dessus tout le' zèle nécessaire, n'en ont que les i^F* parences, parcequ'ils ne l'exercent que parades œuvres stériles «^ vaines , qui ne sont devant Dieu de nul effet. Or, pour vous inspirer. autant qu'il m'est possible , la dévotion qui occupe aujourd'hui toni^ l'Église, et dont les âmes du purgatoire sont l'unique objet , j'étab"* rai contre les premiers la vérité de celte dévotion , j'exciterai les se* conds à cette dévotion, et je réglerai les derniers dans l'exercice^ l'usage de cette dévotion. Permettez^moi de vous développer eDCûr« ma pensée : ne pas secourir lésâmes du purgatoire, parcequ'onn^^ pas persuadé des peines qu'elles souffrent, c'est une conduite a>(^ déraisonnable qu'elle est pleine d'erreur; voilà la première partie:

être persuadé des peines que soufFreut fes âmes du purgatoire, et ne pas s'intéresser à les secouriri c'est une dureté aussi criminelle qu'elle est contraire à la piété et aux lois mêmes de l'humanité ; voilà la seconde pallie : être disposé à les secourir, et ne se servir pour cela que de moyens inefficaces, c'est un désordre aussi commun qu'il est déplorable dans le christianisme ; voilà la troisième partie. La première tient lieu d'une controverse, mais d'une controverse aisée, qui ne fera que vous affermir dans les sentiments orthodoxes touchant la charité qui est due aux morts : la seconde sera une exhortation près* santé pour vous porter à accomplir fidèlement le devoir de cette charité; et là dernière, une instrucdon pratique, pour vous apprendre en quoi doit consister cette charité ; c'est tout le sujet de votre attention .

PBEMIÈRB PARTIE.

C'est un d(es caractères de l'erreur, d'agir inconsidérément ; et saint Jérôme remarque fort bien qu'il suffit, pour se préserver de l'hérésie, et pour ne pas suivre le torrent du libertinage, d'observer les fausses démarches et les égarements visibles de l'un et de l'autre : or voilà ce qui paroît d'abord dans le procédé de ceux qui, n'étant pas persuadés de la vérité du purgatoire, font profession de ne pas prier pour les morts. Car dans cette erreur, sans même en pénétrer le fond, et à n'en Juger que par les simples lumières du bon sens , je découvre trois grands défeuts de conduite ; mais ne pensez pas, mes chers auditeurs, que pour vous en convaincre j'entreprenne ici une controverse réglée, ni qu'à force de preuves , je veuille établir la foi du purgatoire contre l'hérétique et le libertin qui la combattent : ce que j'ai en vue est plus court, et plus édifiant pour vous : car je veux seulement vous montrer combien l'hérétique et le libertin raisonnent mal (je dis, sup* posé même leurs principes) , lorsqu'ils refusent de prier pour les morts : appliquez-vous.

yoid leur premier égarement : ils n'ont point d'assurance, disentils , qu'il y ail un purgatoire après cette vie ; et n'en ayant nulle assurance , ils ne travaillent point au soulagement des âmes qui y sont condamnées. Je soutiens que cette conduite est au moins tânéraire et imprudente : pourquoi? parceque d'une erreur de spéculation, ils tombent par-là dans un désordre pratique, en renonçant à l'usage de l'Égalise, et comptant pour rien le hasard où ils se mettent de manquer à un des plus importants devoirs de la justice et de la charité chrétienne. Comprenez ceci, s*il vous plaît : car enfin , et les hérédques » et ceux qui par libertinage de créance entrent sur ce point dans levrs sentiments, sont forcés malgré eux de reconnottre que comme ils n'ont point d'assurance qu'il y ait un purgatoire, aussi n ont^ils nulle assurance qu'il n'y en ait pas : ils prétendent que l'Écriture ne leur a point révélé l'un ; mais ils conviennent en même temps qu'elle ne leur a point non plus révélé l'autre : cela étant , le témoignage que B. 5. 40

m POUR LA COMMÉMORATION DES HORTS.

nous leur rendons de cette vérité catholique; les preuves non leiilement plausibles , mais, solides, sur lesquelles nous la fondons; la possession immémoriale où nous sommes de la croire, doivent as moios les tenir dans le doute ; et comme, de leur propre aveu, ils n'ont poiot d'évidence du coniraire, ils ne peuvent tout au plus se retrancher qoe sur Tincertitude. Or dites-moi si > dans l'incertitude préteodue de cette vérité, ik sont excusables d'abandonner la pratique et Tusage de toute FËglise, en cessant de prier pour les morts? Étant incertains si les âmes de leurs frères sont dans un état de souffr^ce ounoD^qs'y a-t*il de plus juste que de prier toujours pour eu%? le seul doute m devroit-il pas les y déterminer, et en foudroit-ildavantage^urles rendre inexcusables, quand ils négligent de satisfaire à ce devoir?! me semble que je ne dis rien que la droite raison ne fasse d'abord sentir.

Mais voyez combien cette raison a de force , surtout dans le sojet que je traite : je demande aux partisans de l'hérésie, me servant o»* tre eu;iL de leurs propres dispositions : Si vous étiez certains, oooune nous le sopimes, qu'il y a un purgatoire, ne vous croiriez-Toospas obligés aussi bien que nous à prier pour vos frères dont vouspleorez la mort; et dans l'intention de les soulager, vous eonfomani i notre exemple, ne feriez-vous pas pour eux tout ce que nous faisoD^ lious-ipéqies ? Ils en conviennent avec moi : sur cela j'ajoute, etje leur dis : Vous ne seriez pas néanmoins sûrs alors que les âmes de vos frères fussent du nombre de celles pour qui l'on peut prier utilem^t; car eUts pourroient être, ou déjà bienheureuses, sans avoir besoin de ce secours, ou éternellement réprouvées et incapables d'n profiter : pesseriez«vous pour cela de solliciter Dieu en leur faveur! noA ; mais, dans le doute ou vous seriez de leur sort , vous preodria le parti le plus favorable : ainsi, pourquoi nous, qui croyons le pur^' foire et quinous en faisons un point de foi, prions^nous pour ces aiiKS fidèles? parcequ il se peut faire, disons>nous, que ces âmes, quoijp^ Mêles, n*ayaot pas achevé de payer à Dieu ce qu'elles, doivent àa justice, souffrent au niilieu des flammes qui les purifient : nousneU' voQS pas précisément si cela est; mais il nous suffit de ne savoir pa nori plus précisément si cela n'est point , et , de savoir que cela ^ être : bien loin que cette incertitude refroidisse notre charité pouf ^^ morts » c'est au contraire ce qui Texcite ; et comme dit exceUeDunaH saint Augustin, nous aimons bien miepx nous exposer à faire pooroa pintes âmes des prières superflues, que de nous omettre en àzns^^ naanquer à celles qui leur sont nécessaires. Remarquez ces parol^ q.ui sont décisives, et qui seniblent faites pour mon sujet : t^ emm uta vxv^niivm su/jfrof î« iti mtpererunt aninuibus, qmbm a^ f^ 9UUt vfic fibsuntf quôm deerunt us quibuê promut (âugvst.)* ^^ comme jBous raisonnons, et qos adversaires sont obligés deoonf^ que seloé nios maximes nou^ raisonnons bjen : or je me aers e^^

eux de cette règle, et je reprends de la sorte : Vous ne samiz pas s'il y a UD purgatoire ; priez doue toujours pour vos frères , afin que s*iji y en a i|n , ils n'y soient pas abandonnés à la rigneur des jugements de Dieu : car la vérité du purgatoire ne dépend ni de votre opinion , ni de la nàienne ; et quoi que vous et moi nous en croyions , il est ou il n'est pas : s'il n'ëtoit pas , comme il vous plaît de ie penser, ma prière seroit inutile à ces âmes ; mais s'il est, comme je le croîs, vous ne pouvez disconvenir que vous ne soyez coupables envers ce» âmes souffrantes : moi qui m'intéresse pour elles, je ne cours aucun risque; maïs vous qui les délaissez , vous risquez et pour elles et pour vous-> mêmes. Quand vous die dites , A quoi bcm prier pour les morts, s'il n'y a p<Mnt de, purgatoire ? il m'est aisé de veus répondre que quand mes prières seroient inuliles pour les morts, elles seront toujours mé* rjtoires pour moi , parcequ'elles procèdent toujours de la charité qui en est le pdrincîpe et la fin : mais quand je vous dis que s'il y a un purgatoire, en ne priant pas pour les morts, vous manquez à on des devoirs les plus indispensables de la charité, vous n'avez rien qui vous défende ni qui vous mette à couvert de ce reproche.

En effet , Chrétiens, que diriezvous (la comparaison est sensible, mais elle en est d'autant pins propre pour doaner jour à ma pensée), que diriez-vous d'une mère affligée et désolée qui, ne sachant, après une sanglante bataille , quel a été le sort de son fils , ni ee qn^U ^st devenu , se contenteroit de le pleurer, sans lui donner nulle antre marque de son zèle^ Elle est en doute s'il n'a point été pris dans te combat, et s'il n'est point réduit actueiiement dans une dure captivité ; mais on lui fait entendre qu'en ce cas*Ià même elle a uàê res-t source aisée , parceque la liberté de son fils ne dépendra que de ses soins » et des poursuites qu*eUe fera pour le racheter : que diriezvous , encore une fois , si cette nràre, au tieu de prendre pour cela les mesures convenables, s'arrétoic à contester, et à répondre qu'il n'y a nulle apparence que son fils soit tombé dans cette disgrâce ; si loute son application étoit à chercher des raisons pour se persuader que cela n'est pas , et qu'elle protestât qu'à moins d'une évidente entière de la chose , elle ne veut pas faire la moindre démarche pour lui? ne la traiteroit-on pas d'insensée ou de dénaturée? Or voilà justement ie procédé des hérétiques que je combats : on leur dit que des âmes qui leur sont chères , et dont ils avouent qu'ils doivent avoir à cœur les intérêts , sont peut-6tre dans un lieu de soui¥ran)De , que nous appelons purgatoire ; et que si elles y sont , ils peuvent par des moyens faciles les en tirer : que font-ils? ils s'opinîàtrent à soutenir qu'elles n'y sont pas ; ils argumentent , ils disputent contre la vérité de ce purgatoire ; ils prennent à partie ceux qui le croient , et ils se fatiguent à inventer des preuves pour montrer que c'est une chimère. Mais si, indépendamment de leurs preuves, ce purgatoire est quelque chose çle réel , et si ces âmes , dont ils reeonnoissent que les intérêts ne doi-

vent pas leur être indifférents, y souffrent des peines extrêmes, c'està quoi ik ne ventent pas penser; qu'elles y souffrent et qu'elles y gémissent dansl'attentede Ienrbonheur,ilsvivent tranquilles; et pourvuqu'ilsn'eD croient rien, ils se tiennent quittes envers elles de tous les devoirs delà piété : raisiHiner et agir ainsi, est-ce une conduite pradente et sage! Mais en voici une autre qui ne Test pas plus, et qui ne vous surprendra pas moins. En quoi coàsiste l'erreur pratique des partisans de l'hérésie sur le sujet dont il est question? A ne pas prier pour te morts, parcequ'ils ne croient pas la vérité du purgatoire; et c'est ce que j'appelle leur second égarement. Car ils devroient renverser b proposition, et croire la vérité du purgatoire, parcequll estévi et incontestable qu'il faut prier pour les morts. Gomment ceci s'entendre? Je m'explique : c'est qu'à comparer ces deux artides, dont l'un n'est, ce semble, que la suite de l'autre, il feutnéanmolDStoni' ber d'acxx)rdque celui qui établit la prière pour les morts oousestbieD plus expressément et plus distinctement marqué dans toutes les régie de la foi, que celui qui regarde le purgatoire. Pour le purgatoire, peot* être pourroit-il y avoir de l'obscurité ; mais tous les oracles delà jv* ligion nous parlent clairement et hautement de la prière poor les morts : car l'Écriture nous la recommande en termes formels, loutfi la tradition nous l'enseigne, les plus anciens conciles l'ont autorisa, c'a toujours été la pratique de TÉglisç, et les Juifs eux-^mémesToot observée et Tobservent encore aujourd'hui dans leurs synagogues. Or:, selon saint Thomas , ce consentement du christianisme et du jo* (bîsme est une espèce de démonstration. Judas, l'un des priDcesN^ cWbQes, ordonna des sacrifices pour ceux qui, défendant la loiilii Seigneur, avoient été tués dans le combat, et l'on ne doutoit point alors que la pensée de prier pour les morts ne fût salutaire et inspirée de Dieu : Sancta ergo et salubris est cogitatio (2. Machab,, 1% ^ rhistoire , qui rapporte ce fait , est tenue parmi nous pour canonique, disoit le grand Augustin : Machabœortmi libros pro caïuitàcïs habemus (August.) ; et quand nous n'aurions p^s , ajou(oit-il,çe témoignage des livres sacrés, il nous suffiroit d'avoir celui delEglise ""universelle , qui est encore plus authentique, puisque voyons qu'à l'autel et dans les saints mystères on n'a jamais de . prier pour les morts : Sed et si nusquam in Scripturis veteri^ legeretuvy in hoc umversœ Ecelesiœ claret auctoritas , ubi in preàlii^ quœ ad cdtare funduniur^ locum habet ammendatio mortiiomm (Ibid)* Si^r^^voi vous remarquerez que saint Augustin ne parloit poini® simple docteur, mais en historien de l'Église , dont il rapporioit fr sage. Nous faisons, avoit dit Tertullien deux siècles avant ce P^^e» nous faisons des offrandes pour les morts ; et si vous nous en dernaD' dez la raison, nous nous contentons de vous alléguer la tradition et la coutume : Oblationes pro defunctis fadmus; hanm si rationf^ expostules , traditio tibi prœtenditur aucîrix,cmfirmatruic cons^^^'^^i

fides servatrix (Tertcll.) ; paroles qui font voir que dès la oaissance du christianisme, la prière pour les morts étoit regardée comme .une tradition divine et un dépôt de la foi : fides servatrix* Que peut-on dire de plus fprt? S'il étoit donc vrai que les hérétiques fussent aussi éclairés qu'ils se flattent de Tétre» voici comment ils raisonneroient : H faut prier pour les morts » toutes les lumières de la religion le démontrent ; donc je dois être convaincu qu'il y a un purgatoire : car qu'estce que le purgatoire, sinon un état de souffrances et de peioes, où les morts sont soulagés par les prières des vivants ? Je ne puis admettre l'un sans convenir de l'autre ; et puisque la foi me révèle évidemment l'un, il est juste que je me soumette à l'autre, quoiqu'il me paroisse obscur, et que je croie le purgatoire, parceque je ne puis me défendre de reconnottre qu'il faut prier pour les morts. Voilà, dis-je, la conséquence qu'ils tirerotent , et cette conséquence seroit légitime. Mais que font-ils ? tout le contraire ; car ils renversent l'or^ dre, et ils disent : La révélation du purgatoire m'est obscure, doàe je ne m'y soumettrai pas; et parceque, ne croyant pas le purgatoire» je détrais le fondement de la prière pour les morts , quelque sainte qu'elle puisse être , je renoncerai à la prière pour les morts ; et parceque l'usage de cette prière est ce qu'il y a de plus ancien dans la tra* dition, je compterai pour rien la tradition; et parceque le livre des Machabées parle ouvertement à l'avantage de cette prière , je rejetterai le livre des Machabées ; et parceque cette prière est autorisée par tous les Pères et par tous les conciles, je n'en croirai ni les Pères ni les conciles; et parceque dès les premiers siècles cette prière étoit solennellement établie dans TÉglise de Dieu , je dirai que dès les pre« miers siècles l'Église de Dieu est tombée dans la corruption; et parceque saint Augustin s'est fait un devoir, et un devoir de religion, de prier pour l'ame de sa mère , je répondrai que saint Augustin a donné sur ce point dans les rêveries et les illusions populaires. Car voilà, mes chers auditeurs , jusqu'oik va l'opiniàtretédes hérétiques; je nekur attribue que ce qu'ils soutiennent eux-mêmes, etque ce qu ils ont cent fois écrit : or qu'y a-t-iQde moins soutenable et depliis opposé à la raison? Enfin f leur troisième et dernier égarement est que des choses qui ne sont ni certaines ni révélées touchant le purgatoire, ils se font des préjugés contre la foi du purgatoire, au lieu qu'ils devroiènt se servir de la foi du purgatoire, qui est solide et raisonnable, pour combattre en eux-mêmes ces préventions, qui ne sont que l'effet de leur foiblesse : car qu'est-ce qui les choque sur le sujet du purgatoire? Les images ou les peintures affreuses sous lesquelles, selon eux /nous le concevons ; diverses circonstances non révélées , à quoi ils prétendent que nous nous attachons : voilà ce qui les révolte. Et moi , si je me trouvois à leur place , je me délivrerois sans peine de ces prévention s , en opposant à tout cela la substance de la foi du purgatoire, iiui est la chose du monde la plus simple , mais la plus sensée } car ja

me diroU à moi-même : L'état de ces âmes qui ont besois , après cette Wf d*étre purifiées , ne m*est pas connu , c'est-à-dire je ne sais où eliea soqfiîrelit , ni ce qu'eDe^ souffrent , ni comment elles souffrent ; œ sont antant de secrets que Diea a voulo me tenir cachés, et qo'il lie sert à rien de vouloir apprdoidir : mais c'est assez pour mol de savoir qu'elles soiffrent, par la justice de Dieu , de véritables peines, et qu'il est de Tordre de la Providence qu'elles souffrent ; car séroit-fl juste que des âmes criminelles et souillées de péchés , quoique véniels, sortant de leurs corps , fiissent aussitôt gloriBées que celles qui sont pnreset sans tache? seroit*il juste que des péchés qui n'ont jamais été eipiés par la pénitence , ou qui ne Font pas été suffisamment, en* trasaent dans le séjour de la béatitude , oii il n'y que la sainteté qui soit admise? seroit-il juste qu'un chrétien lâche, qui n'a fait i Bien nulle réparation de ses Mdietés « reçût le prix et la couronne aussi promptànent et aussi aisément que celui dont la vie , â'ailknrs ûmocente, a été tonte fervente? cela répugneroit à tous les droits de la justice de Dieu. Il faut donc qu'après cette vie il y ait un éutt où, comme parle saint Augustin , D^eu rappelle les choses à Tordre, où il «cbève de punir véritablement ee qui est punissable ; où ces âmes €|tt'il a prédestinées comme ses épouses soient mises à leur dernière éfjreuve , où leurs taches soient effacées , où ^ passant par le feu, selon lexpiression de saint Paul» elles acqnièreht ce degré de pureté, ■uria dé pureté eonsominée, qui leur est nécessaire pour voir Diea : or cet état n'est rien autre chose que le purgatoire ; tout le reste m'est iiitîertain , et par eonséqaent ne doit point être pour moi un sujet deti*eiible, puisque peut*étre je me troublerois de ce qui n'est pas. Quoi qu'il en soit , je ne pais concevoir le purgatoire comme rËf»lise me ie propose, que je ne sente ma raison s'accorder avec mafbi.Yoili comment j*évîfe recueil de hi prévention; mais l'hérétique, au lieu d'y procéder de la sorte, donne dans cet écueil : et des circonstances deuteusea du purgatoire, qui ne reviennent pas à sdn sens , il se préoccupe injustement contre le purgatoire même.

Ah ! Chrétiens , bénissons Dieu de ce qu'il nous a donné ane fi» , non seulement pliissaitite et p!us soumise , mais plus édifiante pour BOUS et plus coMohmte 9 remerciôns-Ie de nous avoir appelés à une relfgioii aSuJte xèle et la charité s'étendent au-delà des bornes de notre mortalité; estimons-nous heureux d'être les enf^ts ë*une Église qui, après nous avoir fermé les yeux , prend encore soin de nousa^sister. Celle des hérétiques les abandonne à la mort , et dès qu'elle cesse de les voir, elle cesse de penser à eux : comme il n'y a point pour eux de purgatoire, et qu'étant dans la voie du schisme, ils sont hors de la voie du salut , c'est une eonséquencé de leur erreur qu'elle les traite ainsi. Mais ^Église de Jésus-Christ ayant pour nous d^autres espérances et d'autres vueS; tieât auési une conduite tonte difRérenle; elle . ne ces$e point de s'intéresser en notre fïiveur, qu'elle ne nous ait por-

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tes daDft le sein de noire béatitude; jusque ià elle est en peine de notre état : preuve évideute qu'elle est notre véritable mère. Or quelle consolation de savoir que , quand nous serons dans cet aflft*eux passage du jugeniêât de Dieu à Téternité bienheureuse, toute l'Église sera pour nous en prière» comme elle y étoît pour saint Pierre^ selon le rapport de TÉcritiire, Andis que saint Pierre fut dans la prison! quel avantage de pouvoir se promettre que tout ce qu'il y a de fidèles au monde s'emploiera pour notre délivrance; que, sans qu'ils y pensent eox*méffles , nous aurons part à leurs bonnes œuvres et à leurs sacrifices ; que , comme nous rendons aujourd'hui à nos amis et à nos proches ce tribut que notre religion prescrit , on nous rendra un jour lé même office ; que notre mémoire ne périra pas comme celle de Timpie , mais qu'elle sera , selon la parole du Saint-Esprit même , dans une étemelle bénédiction, puisque, jusqu'à la fin desaiècles, on se souviendra de nous dans les mystères divins ! Voilà , mon Dieu» oe que j'espère et oe que j'attends , et voUà ce qui me soutient et ce qui me fivlifie; sans cette espérance, je tomberois dans l'abattement» et vos jugements, déjà pour moi trop redoutables, achèveroient sans i;jdssource de me consterner; quelque témoignage que je pusse me rendre de m'être justifié auprès de vous, et d'avoir recouvré par vos sacrements la grâce que j'avois perdue , les dettes de mes péchés , multipliées à l'infini , me rempliroient de terreur ; car je sais, ô mon Dieu, que rien de souillé ne sera reçu dans votre royaume ; je sais qu'on ne sortira point des mains de votre justice qu'on n'ait payé jusqu'à la dernière obole; je sais que, par cette règle, la (dus exacte sainteté ne doit point faire de fond sur elle-même , et c'est ce qui me jelteroit dans un secret désespoir. Mais quand je fois réflexion. Seigneur, aux miséricordes que la foi me découvre en vous ; quand je viens à considérer que si je suis assez heureux pour mourir dans votre grâce , quelque redevable que je sois à votre justice , j'aurai de quoi m'acquitter ; que toute votre Église , par ses prières, viendra à mon secours; que le trésor des satisfoctions de votre Fils me sera ouvert ; que les' mérites de sa passion et de sa mort me suivront même après le trépas , et que je pourrai encore alors puiser avec joie dans les précieuses source s de mon Sauveur : ah ! Seigneur, si je né cesse pas absolument de craindre , au moins je commence à espérer ; cette espérance me console, elle me rassure, elle me ranime; ne la séparant point d'une sincère et véritable pâiitence, j'y trouve un ferme et solide appui; et voilà pourquoi, à l'exemple de votre serviteur Job, je conserve chèrement cette espérance dans mon cœur : Repo^ Bita est hœe spes atea ht sinu meo (Job, 19). Poursuivons, Chrétiens : et après avoir établi la dévotion pour le soulagement des âmes du purgatoire, contre ceux qui ne croient pas leurs peines , inspirons-la, s'il est possible, à ceux qui les croient, mais qui n'en sont point touchés : c'est le sujet de la seconde partie.

DEinUÈME PARTIK.

Croire qu'il y a un purgatoire , et n'être point toaché des peines que souffrent les âmes qui y sont condamnées , c'est une espèce d'insensîbiliié d'autant plus étonnante # qu'elle est opposée » non seulement à la piété et à la charité , mais à teus les principes de Thumanité. Or c'est néanmoins le second désordre que j'ai entrepris de combattre; et je ne puis mieux vous en donner l'idée qu'en yoqs disant qu'il attaque et qu'il blesse également trois différents intérêts auxquels nous ne pouyons sans crime être insensibles, l'intérêt de Dieu f l'intérêt d^os frères , notre intérêt propre : car en user ainsi, c'est n'avoir nul zèle pour Dieu , qui, trouvant sa gloire dans la diilivrance de ces âmes justes » veut se la procurer par nous, et a droit de s'en prendre à nous quand il en est frustré ; c*est avoir un cœur de bronze pour ces mêmes âmes , qui , nous regardant cornée leurs libérateurs » et qui » sachant que Dieu a mis leur grâce entre nos maiDS, et que l'accomplissement de leur félicité dépend en quelque manière de nous , attendent avec de saints empressements que nous leurraidions cet important office ; mais surtout c'est renoncer à nos propres avantages, et perdre des biens infinis qui nousreviendroientdeÛ,ta qui nous coûteroient peu , dont nous serions sûrs, et que nousprodur roit sans peine cet exercice de charité envers les morts. Seroit-il possible quenotre dureté allât jusque là, et qu'éuint excités par ces trois motiB, nous ne fissions sur nous aucun effort pour remédier à ce désordre?

U s'agit de procurer à Dieu un accroissement de gloire, et peutêtre un des plus grands qu'il soit capable de recevoir. En faatil davantage pour nous faire embrasser avec ardeur la dévotion dontje vous parle ? Ah ! Chrétiens , permettez-moi de faire ici avec vous une réflexion dont je confesse que je me suis senti pénétré : j^ai dràt d'espérer que vous ne le serez pas moins. Nous avons.quelquefoisdnzèle pour Dieu; mais notre ignorance, aussi grossière qu'inexcusable dans les choses de Dieu, fait que nous n'appliquons pas ce zèle lun véritables sujets oii l'intérêt de Dieu est engagé. Par exemple, nous admirons ces hommes apostoliques qui » poussés de l'esprit de Dieu* passent les mers, et vont dans des pays barbares , pour y gagoen Dieu des infidèles : aussi est-ce quelque chose d'héroïque dans notre religion. Mais savons-nous bien ce qu'enseigne Pierre de Biois, fonde sur la plus solide théologie? que la dévotion pour le soulagement dos âmes du purgatoire , et pour leur délivrance , e&i une espèce de zèle qui , par rapport à son objet , ne le cède pas à celui de la conversioB des païens , et le surpasse même en quelque sorte : pourquoi? parce' que les âmes du purgatoire étant des âmes saintes et prédestinées, des âmes confirmées en grâce , elles sont incomparablement plus oo' bles devant Dieu que celles des païens, elles sont plus aimées et plus chéries de Dieu que celles des païens , elles sont actuellement ^

un état bien plus propre à glorifier Dieu que celles des pa!ens. Savons-nous bien que c'est Jésus-Gbrist lui-même qui a voulu nous servir de modèle » et qui nous a donné dans sa personne l'idée de cette dévotion ou de ce zèle pour les âmes du purgatoire ; et cela , ajoute Pierre de Blois » lorsqu'il descendit aux enfers , c'est-à-dire dans cette prison où, selon TÉcriture» les âmes des anciens patriarches étoient retenues» et qu'il y descendit pour les y consoler par sa présence » et pour les en tirer par sa puissance? D'où vient que saint Pierre , dans sa première Épître canonique, ne nous parle de cette descente aux enfers que comme d'une mission divine qu'y fit le Sauveur du monde : In quo et his qui in carcere erant spiritibus veniens prasi&cavit (1. Petr.» 5). Savons-nous, dis-je, qu'il ne tient qu'à nous d'imiter ainsi Jésus-Christ ; et que* sans descendre comme lui dans ces prisons souterraines , où sa charité et son zèle le firent entrer, nous pouvons , à son exemple, délivrer des âmes aussi pariaites et aussi saintes; et qu'en le faisant comme lui, et le faisant en vue de lagloire qui doit en revenir à Dieu 9 de quelque condition que nous soyons, nous participons à cet esprit apostolique dont il a été la source , et que je voudrois aujourd'hui vous inspirer? Si nous ne le savons pas, malheur à nous d'avoir négligé une si salutaire instruction ! et si , le sachant , nous ne pensons pas à prier pour ces saintes âmes, autre malheur pour nous encore plus grand , d'être si peu sensibles aux intérêts de Dieu.

J'ajoute à ced une pensée de Tabbé Rupert , encore plus touchante^ On vous a dit cent fois que les âmes qui souffrent dans le purgatoire y sont dans un état de violence, parcequ'elles y sont privées de la vue de Dieu : la chose est évidente ; mais peut-être n'avez-vous jamais compris que le purgatoire fût un état de violence pour Dieu même , et c'est ce que je vous déclare de sa part. Que la privation ou la séparation de Dieu soit un état violent pour une ame juste, je ne m'en étomie pas; mais que , par un effet réciproque, ce soit un état violent pour Dieu , c'est ce qui doit nous surprendre , et ce que l'intérêt de Dieu ne nous permet pas de regarder avec indifférence. Or en quoi consiste cet état de violence par rapport à Dieu? Le voici : c'est que, dans le purgatoire. Dieu voit des âmes qu'il aime d'un amour sincère, d'un amour tendre et paternel, et auxquelles néanmoins il ne peut faire aucun bien ; des âmes remplies de mérite , de sainteté , de vertu , et qu'il ne peut toutefois encore récompenser; des amf'S qui sont ses élues et ses épouses, et qu'il e^t forcé de frap* per et de punir. Est-îl rien de plus opposé aux inclinations d'un Dieu si miséricordieux et si charitable? Mais c'est à nous, dit Fabbé Rupert , de foire cesser cette violence : et comment? En délivrant ces âmes de leur prison , et leur ouvrant par nps prières le ciel qui leur est fermé ; car c'est là qu'elles se réuniront à Dieu , et où Dieu, pour jamais» s'unira à elles; là qu'il répandra sur elles tous les trésors de sa ma&iûKcence; là que son amour pourvues agira dans toute son

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étendue. Tandis qu'elles sont dans le purgatoire, cet amour de Dieu est comme un torrent de délices prêt à les inonder, mais arrêté par Tobstacle d'un péché dont la dette n'est pas encore acquittée. Que ferons-noos? nous lèverons Tobstacle, en satisfaisant pour elles. Prenez fi[arde, Chréiiens : Dieu s'est lié les mains , pour ainsi dire, nous les lui délierons ; il s'est mis dans une espèce d'impuissance de faire du bien à des créatures qui lui sont chères, nous lui en fournirons le moyen. Je dis qu*il s'est mis dans une espèce d'impuissance de leur feire du bien : car Dieu , dans l'ordre surnaturel, n'a que deux sortes de biens, les biens de la grâce et les biens de la gloire. Or, du moment que ces âmes prédestinées sont sorties de ce monde , il n'y a plus de grâces pour elles , parcequ'elles ne sont plus en état de mériter ; et il ne peut pas encore leur donner la gloire, parcequ'elles ne sont pas suffisamment épurées pour la posséder. U est donc réduit à h nécessité de les aimer, parcequ'elles sont justes ; et cependant de ne leur faire nul bien, parcequ'elles ne sont pas encore capaUesde jomr du souverain bien, et qu'étant séparées de lui , elles sont incapables de tout autre bien. Je dis plus : toutes prédestinées qu'ef/essont, il est comme oblip,é de les traiter avec plus de rigueur qu'il ne traite les pécheurs delà terre , ses plus déclarés ennemis ; pourquoi? parcequ'il n'y a point de pécheur sur la terre à qui , dans ses désordres mêmes. Dieu ne fasse encore des grâces pour mérit^ et pour satisfaire; au lieu que dans le purgatoire, quelque sainte que soit nne ame , elle est exclue de ces sortes de grâces ; et voilà par où son état est violent pour Dieu.

Mais Dieu cependant. Chrétiens, y a pourvu d'ailleurs ; et par où? par le pouvoir qu'il nous a donné d'intercéder pour ces âmes. Comme s'il nous avoit dit : C*est par vous que ces âmes affligées recevront du soulagement dans leurs souffrances; c'est par vous que, 'malgré les lois de ma justice rigoureuse, elles éprouveront les effets de ma miséricorde; c'est vous qui serez les négociateurs et les solliciteurs de leur liberté, et votre charité à les secourir sera un motif de h mienne : ainsi Dieu semble-t-il nous avoir parlé. Quand donc, en effet, usant de ce pouvoir, nous délivrons pnr nos prières une de ces âmes, non seulement nous procurons à Dieu une gloire très pure, mais nous lui donnons une joie très sensible ; non seulement nous faisons triompher sa bonté, mais nous nous conformons aux dispositions secrètes de sa justice : et la raison en est bien claire; parceque la justice que Dieu exerce envers les âmes du purgatoire n'est qu'une justice pour ainsi dire forcée; une justice aisée à fléchir, et qui ne demande qu'un intercesseur pour l'apaiser. Quand Dieu vouloit autrefois punir les Israélites, H défendoit à Moïse de s'y opposer. Dindtte wc, ut irascatur fur or meus contra eos (Exord., 52) : Laissez-moi faire. Moïse, lui disoit-il, et ne m'empêchez pas d'exterminer ces rebelles; livrez-les-moi, afin que ma colère s'allume contre etix. Mais Dieu en

use ici tout autremmit 2 car quoique ces âmes souffrantes soient acluelleaieiit les Tictimes de sa justice, il souhaite que nous agissions fwt files ; el tandis qu'il leur fhit sentir le poids de ses jugements , c'est aloTB qu'il sç ptatt davantage ft être prié en let^ faveur. Au lieu de nous dire comme à Mo'lse^ Dïndtte me, ut irasciHur furor meus, il nous dit au contraire : Opposea-vous, Ghrëtiéos, à nia vengeance, et s'abandonneE pas à ma ccÂère ces âmes que j'aime et que vous devez aimer I a« souffres pas que itia Justice exige dalles , sans rémission; tout 06 qui lui est dû ; tout inexorable qu'elle est, vous l'adoucirez, vos prièiH» la déaarmerout, elle cédera à vos bonnes œuvres. Serions* BOUS assez dura pour résisfer à une telle invitation?

le ne vous dis rien, mes cbers auditeurs, de l'intérêt des âmes mêmes pour qui je lâche aujourd'hui d'émouvoir votre piété ; les peines qu'elles endurent parlent assez hautement pour elles. Vous me de* mandea ce que soiiffire une ame dans le purgatoire, et moi je réponds qu'il aeroit bieq plus court de demander ce qu'elle n'y souffre pas. £ilq y souffto, dit la concile de Florence, le plus insupportable de tous les maax^ qui est la privation de Dieu ; et cela seul lui feroit du pur- 0aMiB*e uu aafer, ai l'espérance ne la soutenoit. Elle y souffre, dit saint ▲uguatioi les impressions miraculeuses, mais véritables, d'un feu qui loi tient lien d'un second supplice, Torquetur miri^, sed verU modls (AuuuT.) ; d'un feu d'autant plus vif dans son action, qu'il sert d'instrument à un Dieu vengeur, et vengeur du péché ; d'un feu, ajoute ce saint doeteur, en comparaison duquel ce feu que nous voyons sur la terre n'est rien ; d'un feu dont l'ame pénétrée, de quelque manière qu'elle ie soit, souffre plus elle seule que tous les martyrs n*ont jamais souffert, ressent des douleurs plus aiguës que celles de toutes les maladies compliquées dans un même corps : c'est de quoi les théoiQUiens conviennent. Or il n*y a point de.Barbare qui ne fût touché de oa que je dis, s'il le comprenoit et s*il en éioit persuadé comme nous. En effst, que seroit^ce si Dieu, au moment que je vous parle, faisoit paroitre devant vous ces âmes affligées, et que vous fussiez téiBobsde leurs tourmedts? que seroitce si vous entendiez leurs gémisaements et leurs plaintes, et si, du fond de leurs cachots, eltes pousaoient jusqu'à vous ce cri lamentable : Miseremini met (Job, 19)? Vous, mon cher auditeur, si tendre à la con\passion, vous qui, sans frémir, ne pourriez voir un criminel à la torture , vèrrif z-vous sans pitié tant d'amea justes dans le triste état 06 elles sont réduites? Vous êtes en peine de savoir qui sont ces âmes ; mais pouvez-vous l'ignorer ? Approchez-vous, dirois*je, reconnôissez-les : voilà l'ame de votre père, de ce père dont vous possédez tes biens, de ce père qui s'est épuisé pour vous, de ce père à qui vous devez tout ce que vous ét'S ; il jjouffre peutrêrre pour vo!is avoir trop élevé, etil attend de votre reconnoissunce que vous preniez au moins maintenant ses intérêts auprès de Dieu. Passez plus avant : voilà cet ami dont la mémoire vous devrait

être si précieuse, et à qui peut-être vous ne pensez plus ; il est présentement en état d'éprouver si votre amitié étoit sincère ; il languit, et il ne peut être soulagé que par vous ; priez, et Dieu mettra fia à ses

f>eines : dans un besoin si pressant lui ref useitez^vous un secours qui ui est nécessaire, et qui doit vjous coûter si peu?

Mais peut-être étes-vous de ces hommes qui n'aiment qu'eux-mêmes» et qui n'ont égard qu'à leur intérêt propre. £Ii bien! moucher auditeur, si vous êtes de ce caractère, quoiqiie.eet esprit d'intérètseit bien éloigné de la pure et parfaite charité, cherchez vôtre intérêt J'y consens , pourvu que vous le cherchiez par les voies droites, et par les moyens légitimes que vous présente la religion. Or je vous demande : quel intérêt plus grand pour vous que de contribuer à la délivrance d'une ame du purgatoire ? quel avantage que de poavoir dire : i Il y a une ame dans le ciel qui m'est en partie redevable de son bon- \ hëur, une ame que j'ai mise en possession de sa béatitude, une ame spécialement engagée à prier pour moi ! Ne peut-on pas compter cet avantage parmi les grâces du salut, et peut-être parmi les uuirqnes de la prédestination future? Ah ! Chrétiens, si Dieu, par unereVâtion expresse, me faisoit aujourd'hui connotlre dans le séjovbieaheureux une ame que j'eusse tirée du purgatoire, et qu'il me la marquât en particulier, avec quelle foi nel invoqnerois-je pas ? aTecqndte confiance n'aurois-je pas recours à elle? avec quelle ferveur ne loi recommanderois-je pas mon salut éternel ? Or il «e tient qu'à vooset à moi d'avoir cette consolation : car s'il y a en effet quelqu'une deoes âmes fidèles dont nous ayons avancé le bonheur, quoique nous ne la connoissions pas» elle nous connoit bien, etnous pouvons toujoursfeire fond sur elle, ^omme sur une ame qui nous est acquise, dontnoQS avons été en quelque sorte les libérateurs, et par conséquent qui ne nous oubliera jamais. Non, elle ne fera pas comme cet officier de Pharaon, qui, dès qu'il fut sorti de sa captivité, ne se souvint plus de Joseph, ni des étroites obligations qu'il lui avoit. Il n'est pas néoessaire que nous disions à celte ame glorieuse ce que Joseph dit à cet homme ingrat et méconnoissant : Mémento mai, dum benè ûln /se* rit^ et fadas mecum misericordiam^ ( Gènes., 40) : Ame sainte, à qui, tout pécheur que je suis, j'ai pu procurer la liberté et la félicité dont vous jouissez, souvenez-vous de moi dans le lieu de votre repos, et usez envers moi de miséricorde, comme j'eq ai usé envers vous; soyez touché de mon état comme je l'ai été du vôtre; et engagez Dieu par vos prières à me tirer de l'esclavage de mon péché, comme je l'ai engagé par les miennes à vous tirer du lieu devossouffrances.il ne faut point, dis-je, que nous lui tenions ce langage, puisque, étant sainte et bienheureuse, elle est désormais incapable de manquer à aucun devoir. Mais savez- vous, Chrétiens, ce qui nous arrivera, si nous n'avons pas ce zèle pour les âmes du purgatoire? c'est qu'on nous traitera un jour comme nous aurons traité les autres ; c'est que Dieu permettra qu'on

nous abandonne comme nous aurons abandonné les autres. Vérité si constante, que, dans la pensée d'un savant théologien, un chrétien qui n'auroit jamais prié avec TEglise pour les âmes du purgatoire, par une juste punition de Dieu, seroit lui-même incapable de profiter, dans le purgatoire, des prières que l'Église offriroit pour lui ; et quoique cette opinion ne soit pas absolument reçue, an moins est-elle plus que probable, en ce sens que si, par la venu des prières de TÉglise, il y a des grâces pour les âmes du purgatoire, nul n'y doit moins prétendre ni n'en sera exclu avec plus de raison que celui qui, pendant sa vie, aura négligé de prier pour les âmes de ses frères. Il est donc sûr que toutes sortes d'intérêts nous portent à cette dévotion. Mais voici un dernier désordre : on croit les peines du purgatoire, on est touché de compassion pour les âmes qui souffrent dans le purgatoire, et Ton voudroit les soulager ; cependant on ne les soulage pas» parcequ'on n'emploie pas pour cela les moyens convenables et efficaces : c'est de quoi j'ai à vous parler dans la troisième partie.

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