SEMAINE
SDR LA PAROLE SB USn.
Qui ex Deo eif , vérba DH audU,
Celiil <|qI est de DIcn, enteod la parole de IMeii.'.8iiiiT Jun , chip. vm.
SlREy
II B'est rien de plus efficace et de plus fort que la parole de Dieu. ]e ne dis pas seulement cette parole conçue dans Dieu même, et par laquelle Dieu se parle à lui-même , qui est le Verbe incrëë; mais celle que Dieu produit au-dehors, et qu'il fait entendre â ses créatures, soit qu'il la leur adresse immédiatement, .ou qu'il se serve pour cela du ministère des hommes qui en sont Ws organes et les interprètes. C'est cette parole que Salomon , dans le livre de la Sagesse , a appelée toute puissante : Omnipotens iermo tuuB{Sap.f 48), Et en effet, à voir ce qu'elle a opéré , soit dans Tordre de la nature ou dans celui de la grâce , rien ne lui convient mieux que ce caractère de toute-puissance. Car c'est elle, dit l'Écriture, qui, par un pouvoir souverain, a tiré tous les êtres du néant; qui a affermi les deux, qui a donné à la terre sa consistance et sa fécondité. C'est elle ; selon Texpression de saint Paul, qui appelle les choses qui ne sont pas et qui n'ont jamais été» comme si elles étoient ; qui , en ressuscitant les morts , fera sentir un jour sa vertu à celles qui ne sont plus , et qui , sans aucune résistance, leur fait prendre , tandis qu'elles sont , tous les mouvements qu'il pbît à Dieu , leur créateur, de leur imprimer ; en sorte qu'il n*y en a pas une , ajoute saint Augustin , qui , par quelque prodige extraordinaire , n'ait rendu hommage à cette adar2d)le parole.
 peine fut-elle sortie de la bouche de Josué , que le soleil arrêta sa course. Moïse ne l'eut pas plutôt prononcée , que les eaux devinrent immobiles. Le ciel s'ouvrit et se ferma, à mesure qu'elle fiit employée par Élie; on vit la mer s'humilier et les tempêtes se calmer, au moment que Jésus-Christ parla. Voilà ce que peut dans la na* tare la parole de Dieu. Mais ce n'est rien encore, j'ose le dire, en comparaison des miracles éclatants qu'elle a faits dans l'ordre de la
â SUR LA PAROLE DE DIEU.
graoe. Car c'est ceitf ipj^fie parafe qui a oqDvenf ft pa^ctifië le monde, qui a tFJomphé de l^idolâtrie, qui a dompté le vice et Timpiété, qui a brisé les cèdres du Liban , et abattu Torgaeil des puissances de |Ia ten'e : Vox Domini confringentU cedros (P«. 28). C'est elle qui , annoncée par donze péc^eaf s » ' s'est i^i( entendre par tout l'univers ; qui, sans nul artifice et sans nul secours deréloquence humaine, a persuadé les philosophes ; a confondu les libertins , a convaincu les athées ; en un mot , qui , par la seule *force de la vérité , a engendré , pour m'exprimer avec l'apôtre saint Jacques, des millions de fidèles à JésA^OhrfSt s Voluntariè enm genuit nos vtrBô verîtatîs (Jag. i). D'où vient donc , demande saint Chrysostome, que cette parole, toute féconde et toute divine qu'elle ^st » parolt aujourd'hui si foible et si stérile dans le christianisme? D'oiï vient que le saint ministère de la prédication , qui , dans lëfceurs naturel de la Providence, devroit produire des fruits si abondants, par une ma||ieurei|se fataljté^ est ^çvenu à notre confosioB un des emplois» ce sembie, les plus inutiles? D'où vient même qne la parole du Seigneur, bien loin d'être salutaire pour nous » a tous les jours un effet tout opposé; et qu'an lieu d'être le principe de notre conversion» elle devieqt, par upjugepient de Dieu bien redoutable » le sujet de notre cohdarnnfitipnr Ç est ce que j'entreprends d'examiner dans ce discours. Je veux vous découvrir la spurce d*où procède un mal si pernicieux , et en vous la faisant coni)oitre, vpifs mettre en état d'y apporter les remèdes nécessaires, tl s'agit, ô Esprit saint, de j^st^i^ votre parole. Répandez sûr moi vos lumières ; afin qiji'à la faveur de vos lumières je puisse pénétrer dans les cœurs, et y graver profondément les grandes vérités que çiBtte matière m'engage à traiter* C'est la grâce que je vous demanc}e par l'intercession de Marie. Ave Maria.
Il est constant, Chrétiens» que jamais la parole de Dieu n'a été p^s souvent annoncée dans le christianisme qu elle l'est de nos jours ; mais il est également vrai (|ue ce bop grain semé dans le chapip de rËglise n'y fpt jamais plus stérile , et que jamais les chrétiens n'en ont retiré moins de fruit. Jl A'est point maintenant de prédicateurs de l'Évangile qui ne puissent se plaindre à Dieu , et lui dire ayec Isaïe : ffomine^ quiscredicUt autUtuinostro (Isâï., 53)? Seigneur, c'est votre parole que nous avons prêchée; nous avons paru dans le monde comme vos aml^asisadeurs ; on nous a reçus , et reçus ipême avec hoo- Pf3ur;|nai$ s'est-il trouvé quelqu'un qui npus ait donné créance? Après nous être épuisés ppur représenter de votre part les vérités éterwAles, quel en a été jiç succès? Nous avons pu quelquefois remuer le$ consciences, exciter dans les cours la crainte de vos juge- S[len^; mais» du )re$te, quel changement avons-nous vu dans les mœur% et à quoi âvo;)s-nous pu connoitre l'effet de votre sainte parole?
Voilà, mes chers auditeurs» ce qui ^aisoit autrefqis l'étb^êment
:Sl)R LA PAaO^ DE Di^y. Z
des prophètes , et ce qui fait encore le mien. Je demande d'où peut venir celte inutilité de là parole de Dieu, er à qui elle doit être impu* fée? Est-ce à la parole même de Dieu ? est-ce aux prédicateurs qui là débitent? est-ce aux chrétiens qui Técoutent? car il faut par nécessité que ce soit à l'un de ces trois principes. Or, de vouloir en accuser la parole de Dieu même, ce seroit une injustice; car elle n'est pas moins puissante aujourd'hui qu'elle Ta été du temps des apôtres. Dédire iqu'elle s'eist altérée dans la succession des siècles, ceseroi( tomber dans Terreur de nos hérétiques. L'Eglise, dit Cassiodore, a toujours conservé et conservera jusqu'à la consommation des temps la parole de Dieu aussi pure que |a foi. |^ous piréchons le même Evangile que saint Pierre pi^échoit , lorsque dans un seul discours il convertit trois mille auditeurs ; et quand le Saint-Esprit descendît visiblement sur les fidèles qui èntendoient la parole de Dieu , comme il est rapporté par saint Luc , ce n^étoit pas une autre parole que celle dont nous vous faisonà part tous les jours, et que vous écoutez dans nos temples. Quoi donc! sont-ce les prédicateurs qui causent ce désordre? J*avoue, Chrétiens, que tous ne la dispensent pas avec les mêmes dispositions ni la même édification. J'avoue qu'il s'en est trouvé» comme dit l'Àpôtre, qui l'ont retenue captive; qu^il s'en trouve encore qui la rendent mercenaire, et qui, par une espèce de simonie» en trafiquent pour acheter je ne sais quel crédit et uqç vaine réputation dans lé monde. jTavoue même que quelques lins ont déshonoré Je saint ministère par le dérèglement de leurs mœurs ; semblables à ces pharisiens qui enseignoient, mais qui ne pratiquoient pas : Dtcuni , et non faciunt.
Mais, après tout, ce n'est ni au mérite ni à la samteté des prédicateurs que l'efficace de la parole de Dieu est attachée ^ iUe opère par sa propre vertu; et elle a mébecet avantage sur les sacrements , qu'elle ne dépend point de l'intention de ses ministres. S'ils la pro* ément , ils se pervertissent eux-mêmes ; mais, en se pervertissant^ ils ne laissent pas de sanctifier les autres; et l'on peut dire de cette divine parole ce qu^ saint Augustin disoit du baptême conféré par les schismatiquès : il est nuisible à deux qui |e donnent mal , et il est profitable à ceux qui le reçoivent bien : Nocet indigné tractantibus ^ sed frodest digne susclpientibus (Auc). Si donc, mes Frères, la parole de Dieu fructifie si peu parmi vous , c'est à vous-mêmes que vous devez vous en prendre ; et pour en venir à mon dessein , je trouve dans la plupart des chrétiens trois obstacles bien ordinaires à la prédication de l'Evangile : savoir, le dégoût de la parole de Dieu, 1 abus de lâ parole de Dieu , enfin une résistance volontaire à la parole de Dieu; et ce sont ces trois obstacles que j'entreprends ou de lever, ou du moins de combattre dans ce discburs. Le dégoût de la jf>arole de pieu, qui se rencontre particulièrement dans lés âmes lâches ; Tabus de la parole de Diéuf, où tombent commiinémént les âmes vaines ; la résis-
tance à la parole de Dieu, qui est le caractère des pécheurs. Or, suivant Tordre et le partage de ces obstacles ainsi distingués , j'avance trois propositions qui renferment un grand fonds d'instruction et de morale. Car je dis que le dégoût de la parole de Dieu est une des plus terribles punitions que doive craindre un chrétien ; c'est la première partie. Je dis que l'abus de la parole de Dieu est un des désordres les plus essentiels que puisse commettre un chrétien; c'est la seconde. Je dis que la résistance à la parole de Dieu est une des plus prochaines dispositions à Tendu rcissement et à la réprobation d'un chrétien; c'est la troisième. Les premiers ne Técoutent point, parcequ'ils s'en dégoûtent; les seconds Técoutent, mais non point comme parole de Dieu , et en cela ils en abusent. Les derniers Técoutent, et Técoutent même comme parole de Dieu ; mais ne la veulent point pratiquer, et c'est ainsi qu'ils y résistent. De là , par une règle toute contraire , je veux conclure avec Jésus-Christ : Beati qui audiunt verbum DAy et aistodiuntiUud (Luc, il) ; Heureux ceux qui écoutent la parolede Dieu et qui la pratiquent! En trois mots : dégoût de la parolede Dieu, opposé à la béatitude de ceux qui Técoutent : Beati qui atuUunt. Abus de la parole de Dieu , opposé au bonheur de ceux qui Técoutent comme parole de Dieu : Beati qui audiunt verbum Dei. Résistance à la parole de Dieu , opposée au mérite et à Tavantage de ceux qui Técoutent comme parole de Dieu, et qui la pratiquent : Beati qui audïunt verbum Dei , et custodiunt illud. C'est tout le sujet de votre attention. Commençons.
PREMIÈRB PARTIE.
Je vous Tai dit , Chrétiens, et il est vrai , c'est par la parole de Dieu qu'il a plu à la Providence de sanctifier le monde. Voilà le moyen que Dieu a choisi , et Tinstrument dont il s'est servi pour la conversion des âmes. 11 pouvoit y en employer d'autres ; mais, dans le cours ordinaire et même naturel de sa sagesse, il s'est en quelque sorte borné à celui-là. En effet, dit le grand Apôtre , la foi n'est venue que de ce qu'on a entendu ; et Ton n'a entendu que parceque là parolede Jésus-Christ a été préchée iFides ex audilu, auditus autemper verbum Ckristi (Rom,^ 10). Or ce qu'il disoit alors de la foi à l'égard dés infidèles , je puis le dire de la pénitence à Tégard des pécheurs, et de la persévérance à Tégard des Justes: on ne se convertit et Ton ne change de vie que parcequ'on se sent touché des vérités éternelles ; et ces vérités sont la parole de Dieu que Ton entend ; parole qui > publiée et légitimement annoncée par les ministres de TÉvangile, frappe d'abord nos oreilles, mais pénètre ensuite jusque dans nos cœurs , et en remue les plus secrets ressorts ; parole , ajoute excellemment saint Augustin , qui sert de disposition et comme de véhicule à toutes les inspirations et à toutes les grâces intérieures que Dieu veut répandre sur nous; parole qu'il nous tait distribuer comme im de ses dons les plus précieux , et qui ,
SUR LA PAfiOiJE DE DIEU^ 5
par ane espèce d'enchatnementyatUre encore tons les antres dons à quoi la prédestination de l'homme est attachée. N'est-ce pas aiosi que Dieu en a toujours usé ; et en consultant les oracles de FÉcriture, ou plutôt l'expérience de tous les siècles, trouve-t-on que les hommes soient jamais sortis des ténèbres du péché, et parvenus à la lumière de la grâce, par une autre voie que par celle de la parole qu'ils avoieqt entendue? D'où je conclus qu'un des plus grands malheurs que l'homme chrétien ait à craindre , disons mieux, qu!une des. punitions de Dieu les plus visibles dont l'homme clirétien doive se préserver,, est de tomber dans le dégoût de cette sainte parole. Car quel malheur pour moi que de concevoir du dégoût pour ce qui doit me convertir , pour ce quidoitme^uver, pour ce qui doit pi'affectionner à mes devoirs, pour ce qui doit guérir mes foiblesses , pour ce qui doit corriger mes erreurs, pour ce qui doit me ranimer si je suis tiède, pour cç qui doit m'édairer si je suis aveugle, pour ce qui doit me nourrir si je suis vivant , pour ce qui doit me ressusciter si je suis dans un état de mort! et ne sont-ce pas-là les effets de la parole de Dieu ?
Ceci, Chrétiens , suffiroit pour établir ma première proposition^ Mais parceque vous attendez que je vous en donne une intelligence plus parfaite, appliquez- vous à ce que je vais vous dire. Je n'examine point ici les sources d'où peut procéder ce dégoût si commun dans le christianisme, et si pernicieux. Si j'en voulois rechercher le principe, je vous ferois aisément reconnoitre qu'il .vient dans les uns d'un orgueil secret, dans les autres d'un fonds de libertinage; dans ceux-ci d'un attachement honteux aux plaisirs des sens , dans ceux-là d'une insatiable cupidité des biens temporels. Car le moyen , dit saint Chrysostome, de goûter une parole qui ne précho que l'humilité, que l'austérité, que la pauvreté évangéiique, tandis qu'on est ambitieux^ sensuel, intéressé? Comment goûter ce qui remet sans cesse devant les yeux l'obligation indispensable de haïr cl de fuir le monde , tandis qu'on a l'esprit et le cœur préoccupés de l'amour du monde ? Voilà, dis-je, de quoi je vous ferois convenir, et par où vous verriez que ce déjoût de la parole de Dieu est de la nature de ces choses qui, selon la doctrine des Pères, sont tout à la fois dans nous péché et peine de péché, c'est-à-dire de ces choses pour lesquelles Dieu nous punit , et par lesquelles il nous punit . Réflexion qui confondroit au moins noire infidélité, lorsque nous prétendons sur ce point nous justifier aux dépens de Dieu, puisqu'il est évident que tous les principes d'où naît le d^oût de sa parole sont, par rapport à nous, aulant de principes volontaires, et par-là même autant de sujets de condamnation. Cependant, sans entreprendre de les approfondir, contentons-nous d'en voir les malheureuses conséquences. Car que fait ce dégoût de la divine parole? il nous en éloigne, et il nous rend incapables d'en profiter. Or l'un et l'autre est également à craindre , parceque l'un et l'autre est an des plus rigoureux châtiments que Dieu exerce sur un pécheur, quand il le livre dès celte vie à la sévérité de sa justice.
6 siJR LÀ i>Àkou^ bE bikti.
Savez-vous » G&riétietis (beci înéritê votre attemlbâ, et koùs une figure sensible va vous découvrir un des plus importants secrets de là prédestination et de là réprobation des hommes) , savèz-vpUs par 6ù la colère de Dieu commença à éclatçr Sur les Israélites , et par où ces esjprits rebelles commendèirent eux-mêmes à s'apercevoir qu'ils avoient irrité contre eux le Séijgrneùr? L'Écriture nous râjpprend ; ce JFut par té dégoût <]u'ils conçtirént pour la manne. Je m'explique. Cette manne tombbit du ciel , et c'étoit l'aliment dont Diéu les aVoit j^oui*vbs dans le désert, et qu'il prenoft soin lûi-méme de leur distribuer chaque jour à ph)portion de leurs besoins. Noùmt^iVe qui les maintJeboit tous dans une santé parfaite ; en sorte, dit te texte sacré , 'qu'on ià'e voyôit point dans leurs tribus denïalades : Bt non erat m tnmbus èorïim infirmus (P«. 1Ô4). Nourriture (Jui, toute simple (Qu'elle étoit, avbït néanmoins les qualités les ^lùs rares ^ qui, par uîie merveille bien surprenante , s*accomm6doit à tous les goûts; et qui^ sans nul autre assaisonnement, leur ténoit lieu des mets les ^liis ex<pii$. Mais <}ù''arrive:t-il? A peine ont-ils secoué le joug du Dieu d'Israël, et par-là bb^gé le Dieu d'là*aël â se retii'ér d'eux, qu'il leur prend un dégoût de ciétte viande. Quoiqu'elle soit en substance toujours là même, elle commence à n'avoir plus pour eux le même attrait : ils ne vont plus la rîecueillir qu'avec dédàîn, et dans l'usage qu'ils en font ils. n'y troi^vent plus pén que d*insipidé. Étonnés de ce changeaient , que se disent-ils les uns aux autres ? Anima nostra jam nàuseat super cibo tsto tevisslmo '{Num.^M): Quel prodige! cette tnanne autreifois si délicieuse nous est maintenant insupportable. Ils soupirent après des viandes plus matérielles et plus grosisières; et l'Écriture ajoute qu'au ménie teiofipis là colère de Dieu s'éleva contre eux : Et ira Dei accendît super eos (P«. 77). Comme si la dépravation de leur goût, selon ïa belle rétlexioh d'Orîgène et de saint Jérôme, eût été le premier effet de ïà vengeance du Seigneur. Or tout cela, reprend TApôtre, n'étoït que rbmbre de ce qui devoit s'accomplir en nous. Car voici, 'mes chers auditeurs , ce qui se passe tous les jours eu je ne sais (Combien dé chrétiens du siècle ; et plaise au ciel qu'une funeste expérience ne vous l'ait pas fait connoître ! La parole de Dieu , dit saint Augustin, est la vraie manne , c'est-à-dire la nourriture spirituelle que Dieu nous a préparée , p\ qui doit être pour nos âmes, suivant le dessein de lâ l?rovidençe, tout ce que la manne du désert étoit pour les corps. Et en effet, quand autrefois nous étions dans l'ordre et que nous marchions dans les voies de Dieu, cette parole nous soutenoit, cette parole nous consoloit, cette parole se proportionnoit à nos besoins et à nos goûts : nous l'écoutions avec plaisir, nous la recevions avec avidité, nous en sentions la vertu secrète et toute miraculeuse. Sfàis maintenant que par notre infidélité nous avons engagé Dieu à se tourner contre nous, nous n'éprouvons plus rien de tout cela. Cette parole, toute divine qu'elle est, ne fait plus ni sur nos cœUrs ni sur nos
8(m LÀ l>ÀROLB bB biËtr. t
esprtte iïtilé iitt]^v^oii. Il ïie nous en reste qtt'im tKste di^At » qui noas iâit dire comme les Jcdis : Nnmeat amma nottra mper dbo istù fevûsimo HNém.f 21). DeBk Tient que nons la négligeons et que nool^ r^son^ de Téntétidre , que nous j^rëférons à ce devoir lès plus vains athusements^que tout nous sert de prétexte poub nous en mspenser^ que hévié regardons ce saint temps du carême comme un temps de fotigue. De là vient , si qtielq^fots nous y assistons , ou forcéis pàY une eertaihe fnenséandb , on entraînés par Fe^emple, qae noué b'te profitons plus ; pourquoi? Parceque pour profiter d'Un^ tiande; il faut raiiâèr et lajgofiter ; *6t que de qui est vrai des aliments du corps l'est encore plus des aliments spirituels. Aussi Dieu ^ièst-il déclaré lui-tdékn^ qu*il remplira de biens lies âmes alliées, Afamomt éÈUrien" iem soAMt bami (P». 106^ : c'est-à-dire quli mesure que noiisebtré^ tiendrons dEans nous un saint desnir de sa jparole , cette parole entrera dans nos allies avec k (riéhitiiHle des grâces qui la suivent ftnmédiateniètat t coihmé , àb contraire , il menabe ailleurs de renvoret* ces âmes 'dédaigneuses qui né saVent.pas estimei* uii dé seér dons les plus précieux» et de lès priver de tons Ie$ avantages qui y ià^x attachés: Estt- AÀàes impUvitho^ et i&uites cfimiift \nan^} tiù anâ!^' texte porte t Ponicftosos ettmmirinanes.'(Luc., 1).
AltosS voyoni-nôtis tant de inondains h'enteiidi^ lài paKole de IMeà V^^avèb SàdspSrende.^ttfén i^einpoHdr qu'un ^de affi*eux dé toutes )es pensées 'du cfel; et dé to6t tié qui pourroit les iexcitér à chercher lè royatime de V?eu ^ sa jtastiée. Aiot^ les toydu^-nouls sortir des pré* Hkslûcftt tes pins totfctiantes sans 'eA être émus , souvent febtitës des 'choses ïnè^dicmti^ autres sont péfaétr^s ; et par l&ù^ insensibilité toontrWît bieiî <^lls^nt dé ceè déKcdté que I^ieii rejette : fasHdio^os 'êSaktsit tMèHèk. WAk\ dites-toùs, ce dégoût qtie tous lôondàmtions et iqùe iiohk voiis re|)1'ocboi]is n'est |^oitit précisément tm dégdût de ta 'tia^ole dé ÏHeti y mais àe là parole dé* Dieu mal âtooncëè : car ^* je trouvolà. â^ùtezWduç. dé^ hoti»mès Solides et iudicretix; des nothiU)e5],H>mtee tes pt*6t>Uctës;, a^iihéi de rîe^prit de Diéd , et capables de ifiS îi^f^éAër iVéc f oi^e lès oMigàtlbàs de YÀôn état ; si le trou- Vois'^M^édHcàfeu^i de l%và^g|ne , tels <![ùè iès desli^t^aintfaùl,
' * (%iii^etit%i 2ële à!^ d(;féïièe^ et qui 'fussent, en^lairant l'esprit, ^èr le cde^r; tiè lëi, ébontérois^ étj^ Tes écobieroisVec plaisir. CTek't afins! qu'un Â6hé aùfliteifr voudi^bit encore se Justifier aux dépens de la Providence, et qu'il prononce lui-même âon Jugemen't. Car s'il étoît YfifiV'CliijëtJèDiS', <5(tf il h*y eût Jilas de ces hommes éVàngétiques prpp^âflttoûvôir kt à iii^Mirè, quelle marque plus sensible pourriez- Ws^V^^Wr !a dolM de Dieu ? Ne seroît-ce pas lîaccbihpfissement ^^è dette tfâikce^Âue bïeu feiSoîtà soû peuplé : Je leur ôièWi léà pr^-
^ r6Té; et teiii 'qui en portel'ont feucoi^é ïe nôûi et tj^ bÀ''l^^ttb)^ ne feront plus que dc^s liôAinieè vaïns , s'emblamir Wâft*àibi^n^kni et ji àne tymb^le rét^tissa^té. Voilà, diloit
8 SUR Là PAROLE DÇ Dl£V.
le Seigneur, p«r où je les punirai. Je ne susciterai plus.de prqphètes qu'ils écoutent , il ny en aura plus qui ait le don de lès touchear et de les convertir ; ils demeureront sans maître et sans docteur qui leur eiH seigne ma loi : Absqm $acerdote, doctore^ et absque legc (2. JPorat IS). Me cpmmenceriez-yous pas, dis-je, à ressentir l'effet de cette mao lëdiciion ; et , saisis d'une frayeur salutaire » à quel autre qu'à vousmêmes pourrjez-vous imputer cette triste disette? Maisî ' malgré Tiniquiiédu J^o^de, nous n'en sommes, pas là. Rendons grâces au Seigneur ; il y a encore daobs l'Église des hommes éclairés et fervente^ des suc<^ cesseursde Jean-Baptiste, qui, comme des lampes ardentes et lui^ santés , découvrent la vérité, et la prêchent saintement, fortépientp utilement. Hais vous en voulez qui la prêchent poliment et agréablement^ rien davantage; \p dis poliment selon vos idées,, et agréable^ ment par rapport à votre go&t ; et parceque ceux que vous entende;!^^ quelque zèle qu ils puissent avoir d'ailleurs , n'ont pas néaumoins le don de vous plaire, c'est assez pour vous en éloigner. Or en. cela même consiste la misère spirituelle de votre ame , et le châtinîent d^ Dieu ; je veux dire en ce qu'il n'y a plus d'hommes assez parfaits ppu^* satisfaire votre goût et pour répondre à votre délicatesse. Voilà par où Dieu commence à vous réprouver. Car la réprobation de Die^ s'a^ complit aussi bien à votre égard quand il n'y a plus de prédicateurs qui vous, plaisent , que s'il n'y en avoit plus absolument pour yon^ instruire ;. et peut-jêtre vaudroit-il mieux pour vou$ qu'il n'y ^n eûjt plus absolument , que de n'en plus trouver qui s'attirent votre a^tti^n*tion et votre estime. État déplorable, mais état ordinaire des .gens df monde^ et particulièrement de ceux qui vivent à la, cour; Jl n'y ^ ]|)lus pour eux de parole de Dieu , parcequ'il n'y a plu3 de sujets qui aient ces qualités requises pour la leur rendre supi^^ruit^le. S'ils raisonnoient bien , ils concluroient de là que Dieu donc est irrita contre eux ; qu'il y a donc en eux qtielque principe de religîoi^' où corrompu ou altéré ; que ce raffinement de goût dont ils se piqùenjt est ,.^pou|r m'exprimer de la sorte, up des indices les pïtfsçer^ns^die.J^ vmur vaise constitution de leur foi; que delà, s'ils n'y preonè^i gàrd^^ s'ensuit la rmne évidente de leui: salut. Car enfin Dieu, tput, sage à tout bon qu'il est, ne fera pas poiïr êjux .d'antres lois (}ç, proyi4ei^çe que celles qu'il a établies* Or il a sanctifié Je monde par la prédication de l'Évangile, et il n'est pas croyable, qu'il les c6nvj^||sse, par. un autre moyen que celui-là. .. ,
Je sais que |e fonds de ses grâces n'est point épuisé, jst^quiit Pf^UTr roit pour les sauver , au lieu de sa parole , employer 1^ procUi^ çt, lep miracles; maisjpour peu qu'ils se fissent ju^tiçe/^ ils.ri^iouaoltroiisnt qu'exiger de Diçu ces ndracles , après avoir rejeté sa parole» c'e&t une présomption criminelle. Ainsi, dis-je, raisonneroiènt-ib. llti^^.l^ comble du malheur pour eux est dé ne rien comprendre de tout ceîa^ et, par un aveugleipent , douais se^^vent encorj^b^gjr^i^.deVeii
SUfl Lk PAROLE pS DIEU. 9
tenir àdes vues pimment homaines , comme si le défimtde prédicatoirs y tels qu'ils ks demandât, n'ëtoit qu'une preuve et de la finesse et de la justesse de leur esprit; oomme si Dieu ne devoit pas confondre cette prétendue finesse et cette fausse justesse d'esprit par ellemême, en permettant qu'elle serve d'obstacle â un nombre infini de jg^races à quoi leur salut ëtoit attaché, et qui dépendoient de la docilité d*un esprit humble. Je ne dis point par quelle injustice, ou plutôt par quelle bizarrerie , ce qu'il y a de plus vénérable et de plus saint dans la parole de Dieu a cessé <f être du goût du siècle, et surtout du goût de la cour. Autrefois les mystères de la religion, expliqués et développés, étoient les grands sujets de la chaire. Maintenant , parceque la foi des hommes est languissante , on ne trouve plus dans ces grands sujets que de la séicheresse ; et ceux qui les doivent traiter , forcés en quelque sorte de condescendre au gré de leurs auditeurs , ou évitent d'y entrer , oii ne jPont en y entrant que les effleurer. Si les Pères de l'Eglise revenoieat au monde , et qu'ils préchassent dans cet auditoire ces éloquents dij^urs qu'ils faisoient aux peuples , et que nous avons' encore dans les in^s, je ne sais s'ils seroient écoutés, et Dieu veuille qu'ils ne fussent pas .abandonnés! Les éloges des Saints, les merveilles que Dieu a opéréçs par, ses élus, étoient des matières touchantes pour les fidèles ; c'est de là que les ministres de l'Évangile tiroient certains exemples éclatants et convaincants, qui aoimoient, qui encourageoienl ,quî servoient de modèles et de règles : comment aujourd'hui ces exemples serojent-ils reçus? On ne veut plus.qu*une morale déhcate» qu'une morale étudiée , qui fasse conooiire le cœur de l'homme, et qui serve de i^irpir où chacun , non pas* se regarde soi-même, mais conieJQQipIe les vices d'autrui. Et qui sait si cette morale n'aura pas enfin le même sort , et si elle ne perdra pas bientôt cette pointe qui I9 soutient t Après cela que1restera-t-il k un prédicateur pour gagner les ame^^^djsQiis mieux, que restera-t-il par où la grâce de Jésus- Christ, sans un .miracle du ciel , jpuisse trouver entrée dans les cceurs? ...
Ah! Chrédens, où.en sommes- nous, et a quelle extrémité noire ibijest-elle réduite? D^bù peut venir un tel désordre , si ce n'est pas de l'abandon de Dieu, et à quoi peùt-il aboutir qu à notre perte éternelle? ne goûtant plus la parole dé viè ,*qQe devons-nous attendre que la mort?.yoilà,^ès cb^rs auditeurs, où nous conduit l'esprit du siècle ; vous le satyq^i à ne chercher plus que l'agréable et à rejeter le . sérieux et le solide , a n'aimer que ce qui plait et à mépriser ce qui instruit et ce qi^i corrigé , à foire perdre aux plus saintes vérités toute leur vertu,' et ,^1 jel'o^^ dire, aies anéantir : Quomam diminutœ suni venmes^^ jièu'hc^ {Ps. H ). Heureux donc, mon Dieu , ces chrétiens ^ocîj^s et fidèles qui goûtent votre parole , et qui l'écoutent pàrqequ'ils la gèûtent : Beau qui aùdiunt. Leurs cœurs , comme une terjrè b^ cultivée , reçoivent ce bon grain , et ce bon grain y
io SUR LA k>ÀRoiJfi bE bitetj.
)pt€aû i-acnie, et y fiiidifie an céntaple. Sont-ilS dans Ifes liênèfit-es', c'est une nimière qui les dirige. Sont -ils daWs la languenr, c^st nne grâce qui les ranime. Excitez en nous. Seigneur, un desit ardent et un goût saluuire de cetie parole de Térité , dfe cette parole de sainteté , de celte parole de saint ; mais , eu noiis la filisant aimer , f^es , A mon Dieu, que nous l'aimions coniiné votre parole, afin d'en éViter l'abus ! C'est le sajet de la seconde partie. '■; ' ^
I PA^ng. ■■■:'.
P Saint Pâtil , Shstrtilsaàt les pt^miers fidèles sur rEntharistie, çilii ■ de DOS mystères est le plus aiigusie , se serVoit d'une ex^resà)» bteli remarquable pour leur donner à entendre l'abu^ ijui se fiaisoit dèslors, et qui se fait encore tdUs les jours daus fechri^anismè, de'c^ adorable sacrembiit : Qui enim manducat lndîgn'ii'''judiciu7ti lihi'^Hducat; non dijudicam corpus D6mini{{. Cor., li).yt6àiHiq}ie,\é]iT(tisoit-îl, mes Frères, tfiange indignement ce 'piiù de Vie', dbif sartnqu'il mange îia propre condanination ; et pôitf qncitV^rp»5'*'H iiè féSt pas le dis<^^nentent qu'il doit faii^ du corps Ait Sieig^'etr.' Pfenefe garde, s'il vous plaît : l' Apôtre réduisoit l'abasd^ la éomàninioikà'ife seul point, de recevoir lé corps de Jésus^firiSt Sîftis disâi^èlf ijit^ c'est Te coi^js de Jésus-Christ; d'user de cette Viande' ééleste , '^ifi est Immolée sur 'l'autel, comme on'uset'oitd'aaé vïàridecomïnunel'dène la pas prendre avec ce sentiment respectiieiis, que âèmtfù'fc \k cbair d'un Dieu; delà confondre avec lés alimenté les pliis Vife;iieàleïlalrit nulle différence entre manger et communier', entre ipartîcfjler à la saïute table et être admis à uiifi table pi bïan^. 'Abus qui : dans c^ premiers Siècles de l'Église , pouvûit Venir de rigriorande des 'GÂtîls, ou de l'ignorance niSme dés Juifs nouveltemétit conVéVtîs à 'la foi'; Aiais abus qui, par notre In'fidét île et par la cOrriibtilbii âë iids incetii^, est devenu bien plus fréquent et plus crimiiiel , ^àrcéqd'il n'tet Meb de plus ordinaire ni rien de pïus deploi'able qiiè dé Vdlr encore wijourd'hui des chrétiens qui communient sans discerner la nourrl^ni^e sacrée 'qui leur é^t offeftè', t'est-à-dire sànii qù'ij pai-çisse gué' 'c'est une viande divine et ïa cb'aîr mêriie du RédémfJieUr (fi'ilS ci'oiéiA rie- Cevo'ir '. Non àyudicoBt corp'us'Domîni. . !i '
Or j'applique ceci à mon sujet , et sans prétéiidfe qri^ta çpm^Uiiison soit entière, elfe me séi^lra néanmoins é. mé tléiidra'lléii'de preuve pour établir ma secoÂd^ proposlûon. Ijltfus '(^mnietl'tsn^ ïoiis les jours mille abus dlins T'ii^ge de la 'parole de Diën ; ét.ibâiheùrà nous si les commettant , ou nous ne lés >Dâ Âe
les ressentons pasi Mais, 'Cbrétien^', 1 i n<^^s
devons sans cessé nous reproélief et d V^f^t
c'est qiie , dans la pratique , nous né 'fa ii^ né-
cessaire de celte adorable parole , je véù ku^^os
pascotnme parole de l)ieu, toàls coma qdau
mk LÀ l>AftOUg bfi DtËto. H
monléfit ^'cHe HdW bst aniioiicée» un lien de notis ëleire^ an-dessus de nods-ikiémes» poair ia'receVoir avec Cette pré{^aratfoh d'esprit qtii nous la rendrok également vëtaéraUe et pr6fii»ible, eik nons sotayenant qae c^est la parole du Seigpear , noos nous en formons des idées toQt bamiimes; que noiis ne la déshonorons pas teohis; selon ta remarque de saiÉt Ghrysostomé , en l'appronvant qi3i*en la mépHflâint , puisque dans nos éloges et dans nos mépris nous en jugeons comme si c'^ôit rhonttne et non pas le Dieu tùjjLt puissant qui nous pariftt. Voilà ce que l'tapéHenoe m'ia appris, ce qu'elle vous apprend à vousmêmes , et de quoi je votidrois vous ftire sentir toute hndignité.
En effet » convenez avec moi , mes cfters audKeurs , que cet abus est ttn des désordres les plus essentiels où taous puissions tomber ; désmire, reprend saint Augustin, pfùt rapport & Ôîeu, qui, selon rËcri- «ire, étant un Dieu jaloux. Test singuKèrement de llionneur de sa parole'; déS6rdre pto rapport à nous-mêmes , qui par4à détruisons et anéantisséÉé toute la vertu que Dieu , comme auteur de là grâce , communique à cette sainte parole pour nous sanctifier : deux points d'une extrême impoitance. Ecoutez-moi. Quand vous ne fUtesp^s un jnste discernement da corps de Jésus-Christ , ^int Paid p^tetid -, et avec nûson , que vous le préfàÉez t Reits erit ûàrpûris et tanffuinis Domîrii { 1 . Car. , 11 ) ; et WA je soutieiàs, pai* là même k*ègle, que vètis profanez la ^^arde de Dieu quand voué ùè savez pas la discemelr de la parole de l'homme , s^Ion l'esprit de notre religion. Ne comparons point Id ceis denx âêsoTére& , potir en tnesoi'çr f excès et la grfèveté. Vous ayez horreur d'îÉme oommuljiioki 'àacrilége, et loin d'afFoiblir et de diminuer éïk vous ce sentittient , fe voudrais , S'il m'étôît pôssTlÂe ,i'àiiçmctoter encore et fe confirtner ^ mais ihà doulTeur est qu'avec cette horreur d'une communion iâdigne , voiis ïi*aye^ nul remords de l'oûtra^è que vouis faites à Wëk èà écioutttat , si Je piris m*exprimer dé la^orte , sa parole imfignement ; et je voudrois que liiorreur de Yiàk , par une conséquence naturelle , èerVIt à exciter en vous rfaorreùr de l'autre. IVemhlez, vdus dht)fs-je, quand votis lAangéz 4e j^ain des anges avdc aussi ^peu de foi que vdu^ ibàngeriez un pain terrestre et matériel : en user aimfi , c'est un |àime que vous ne détesterez jamais assez. Mais
ccHe des hommes la dfifférence que Dieu y met et qu'il veut "que vous y mettiez ; et compreneés bien qu'il y a dans l'abus de la prédication une espèce de sacrilège que nous pouvons comparer à Fàbus de Ik communion. Voïd comment isaîqt Augustin lui-mémé s'en est expliqué : Non minus est verbum Dei, quant corpus Ckrtsii ^ Aug. ). Non , mes Frères, disoil-il , la parole de Dieu que nous entendons n'est rienà notre égard de tnoius précieux ni de moins sacré que le corps même de Jcsus- Christ. Vôilà le principe ^*H supposoît conàme râcontestâblè; d'où il
tiroit cette oonclasion, qui» toute sensée qa'die est, avoit toutefois besoin d*étre appuyée de son autorité : Non nànu» ergà reus erit , qui verbum Dei perperàm audierit, quàm qui corpus Christi in terram ca^ dere tuâ negligeniîâ prcesumpserit (AuG. ). Celui-là donc, ajoutoit-il , n'est pas en quelque sorte moins criminel ni moins siiget à l'anathème de saint Paul, qui abuse de cette sainte parole et qui ta profane, que s'il prolanoit le corps du Sauveur en le laissant tomber par terre et le foulant aux pieds. Avouons-le néanmoins, mes chers auditeurs., c'est ce qui vous arrive tous les jours, et à quoi vous n'avez peut-être jamais pensé, pour en faire devant Dieu le sujet de votre confusion et de votre douleur; car si l'on venoit entendre la parole de Dieu comme parole de Dieu, y viendroit-on par un esprit de curiosité pour l'examiner, par un esprit de malignité pour la censurer, par un esprit d'intérêt pour faire sa cour, par un esprit de mondanité pour voir et pour se faire voir; le dirai-je, et n'en serez-vous point scandalisés? par un esprit de sensualité pour contenter les désirs de son cœur, et pour trouver l'objet de sa passion?
Ah ! Chrétiens , ne rougiroit-on pas de s'y présenter avec de tdles dispositions? Cette pensée seule, C'est la parolede mon Dieu que je vais écouter, ne suffiroit-^lle pas pour nous saisir d'une salutaire frayeur? Occupé de cette pensée , n'y viendroit*on pas avec un esprit humble , avec une ame recueillie , avec un cœur touché et pénétré des plus vift; sentiments de la religion ; en un mot , comme l'on iroit à un sacrement et au plus redoutable des sacrements , qui est celui de nos autels? Car voilà toujours la véritable et juste idée que nous devons avoir de la parole de Dieu : Non minus est yerbum Dei , quàm corpus Christi. Quand donc vous venez Tentendre avec des vues toutes contraires, il est évident que vous ne la regardez plus comme parole de Dieu , mais comme parole de l'homme ; et tel est l'abus que je combats , et qu'on ne peut assez déplorer; car, dit saint Chrysostome, Dieu parlant en Dieu veut être écouté en Dieu ; et quand il parle par la bouche des prédicateurs, qui sont ses organes , il veut que ,ses organes soient écoutés conome lui-même : Qui vos audit, me audit; et qui vos spernit^ me spemit (Luc, 10). Mais vous, sans remonter si haut, vous voulez les écouter comme hommes, les contrôler comme hommes, les railler même souvent et les décréditer comme hommes } et ce que vous ne feriez pas au moindre sujet qui vous annonceroit les ordres du prince et vous parleroit en son nom, vous le faites impunément et sans scrupule au ministre de votre Dieu. Après cela , étonnez-vous que j'en appelle à vousmêmes , et que je vous accuse devant le tribunal de votre conscience , d'avoir été cent fois et d'être encore tous les jours les profanateurs du saint dépôt que Dieu nous a confié, et qu'il nous a confié pour vous , qui est le ministère de sa parole !
Delà, .par une conséquence immanquable, l'inutilité de ce divin ministère : car la parole de Dieu , reçue comme parole de rhomme ,
ne peat jprodnire dans les oœurs que des effets proportionnés à la vertu de la parole de l'homme; et il est de la foi que la parole de Thomme, quelque touchante » quelque convaincante, quelque forte et quelque paissante qu'elle soit d'ailleurs , n'est d'elle-même pour le salut qu'un ^ain instrument. C'est ce que le grand Apôtre faisoix entendre aux Théssaioniciens : Ided et nos grattas agimtu Deo sine mtermissione ; quùnican dm aeeepiueHs à nobis verbum auditàs Dei , accepistis Ulud^ non ut verbum lunmnum ^^sed (ncut est verh) verbum Dei qui operatur in vobit (1. ThessaL^^). Votre bonheur, mes Frères, leur disoit-il, etie sujet de ma consolation , c'est qu'ayant entendu la parole de Keu que nous ▼DUS prêchons , vous l'avez reçue non comme parole des hommes , mais comme parole de celui qui agit efficacement en vous. Voilà la source de toutes fes bénédictions que Dieu a répandues sur votre Église, et ce qui fait que votre foi est devenue célèbre jusqu'à servir de modèle à toutes les ^lises d'Asie. Prenez garde ; dit Théophylacte ; c'étoit la parole de saint Paul qui opéroit dans ces nouveaux fidèles , mais qui opéroit comme parole de Dieu. Au contraire, voulez- vous voir la parole de Dieu , quoique annoncée par saint Paul , opérer comme parole de l'homme? En voici un exemple bien remarquable. Saint Paul entre dans une ville de Lycaonie pour y publier la loi de Dieu : on l'écoute, on est charmé de ses discours, on le suit en foule, on va jusqu'à lui offrir de l'encens, jusqu'à vouloir lui sacrifier comme à une divinité, jusqu'à le prendre pour Mercure et pour le dieu de la parole : Et vocaiani Bamabam Jovem , Paulum veto Mercurium , quoniam ipse erat dux verbi (Aci,^ H). N'étoit-cepas , ce semble^ une disposition bien avantageuse pour l'Evangile ? Ah ! Chrétiens, disons plutôt que c'étoit un obstacle aux progrès de l'Évangile. Ils écoutoient saint Paul comme homme ; autrement ils n'auroient pas pensé à en feire un dieu : sa pardeagissoit donc en eux comme la parole d*un homme. Et en effet, ces applaudissements , ces éloges sont les fruits ordinaires de la parole des hommes, quand ils ont le don de s'énoncer avec éloquence ou avec agrément : mais n'attendez rien de plus. 0, profondeur des conseils de Dieu I de ce grand nombre d'admirateurs , saint Paul ne convertit pas un infidèle ; et de tous ces auditeurs charmés , il n'y en eut pas un qui renonça à ses erreurs pour embrasser la foi. Voilà ce qu'éprouvent maintenant encore tant de mondains ; ce sont des corrupteurs , ou , s'il m'est permis d'user de la figure du Saint-Esprit, ce sont des adultères de la parole de Dieu. Peu en peine de sa fécondité , ils n'en cherchent que le plaisir, Adultérantes verbum Dei (2. Cor.^ 2). Que fera le prédicateur le plus zélé? Leur représentera-t-il l'horreur du péché , h sévérité des jugements de Dieu , les conséquences de la mort? Ils s'arrêteront à la justesse de son dessein , à la force de son expression , à Tarrangement de ses preuves, à la beauté de ses remarques. Leur mettra-t-il devant les yeux l'importance du salut éternel et la vanité des biens de la vie? Ils conviendront qu'on ne peut rien dire de plus
44 SqB U^ PAliQI*. DE DIÇlî.
graqd , que tout y ^t noble, s^usé , si^vi j apiais 4s|p« I4 nWtÎQue w^ copcIusioQ. Ils admireront, ^lais il^ ^esç cpiiYertî|*aiit pçis; dié^hojuo* ranty dit saipt Augusifin , la parole de Dieu par les louanges mépies qu'ils lui donnent » ou plutàt qu'ils lui ôten^, pour les donner à celui qui n'en est que le dispensateur.
C'est ce que faisoient les Juift lorsque le prophète i^zéchiel leur an- Donçoit les calamités dont pieu , ppui^ le juste châtiinent de leurs crimes, devoit bientôt les affliger, G^r FÉcritiire qous appren4 qM'il^ é(oieQt enchantés des discours ()e ce prophète , sans être éipus d^ ses menaces ; et Dieu luj-mémê lui en marquoit la raison : Ftlii populi tui loquvntur de tejuxtamurof etin ostmdomorwm (^zech.,33). Eh bienl prophète 9 lui dispit le Seigneur, sais-tii l'effef ^es vérités étonqantes que tu pricb^s à mon peuple? c'est qfi'iù parlent de toi par toute la villp et dans toutes l«is compagnies. Au lieu de glorifier ma parole» ils tp préconisent toi-inétnQ : Et dicunt tmfcf ad alteruvii : Venite , et aiicftamus quii sit semo çgrediens à Domino ( Ibid. }* Quand tu dojs les instruire, ils s'invitent les uns les autres : Allons, et voyons comment le prophète aujourd'hui réussira. Et veniuiu (¥i <e, quasi si ingrediaturpo' pulus (Ibid.) ; et en effet, ils viennent t*enten4re conmie ils iroient à un spectacle : Et es eis quasi carmen musicum quod suavi duUique sono ca^ nitur (Ibid. ) ; Us t'écoutent comme une agréable musique qui leur flatteroit l'oreilie. Mais prends garde, âjoutoit le Dieu d'braêl , qu'ils se contentent d'écouter ce que tu leur enseignes , et du reste qu'ils se sont mis dans une malheureuse possession de n'en rien pratiquer : Et audiunt verba ma, et non factunt ea. Pourquoi ? paroeque c'est ta parole qu'ils entendent , et non pas la mienne : Et aiuiiunt verba tua. Or ta parole peut bien avoir la grâce de leur plaire , mais elle n'aura jamais la force de les convertir.
Aussi, reprend saint Jérôme, y va-t-i) de l'honneur de Dieu que la conversion des âmes , qui est le grand ouvrage de sa grâce, ne soit pas attribuée à la parole des homme$, ni mêine à la sienne, confondue avec celle des bo)ï)mes. Vous voulez entendre ce prédicateur parcequ'il vous plaît ; et Dieu ne veut pas que ce soit par ce qui vous plaît dans ce pré4icateur que vous soyez convertis , mais par la simplicité de la foi. N'espérez pas qu'il change cet ordre, et qu'il fasse pour vous une loi particulière. Mais savez- vous comment il vous punir^ ? Il se vengera de vous par vous-mêmes; il vous laissera en partage la parole des hommes, puisque c'est celle que vous cherchez ; et pour sa parole, il la révélera aux vrais fidèles qui la reçoivent avec une humble docilité ; ou pour mieux dire, de celte même parole il vous laissera tout ce qu'elle peut avoir de spécieux et d'inutile à quoi vous vous attachez; mais tout ce qu'elle a de solide et d'avantageux pour le salut , il le réservera à ces âmes choisies qui ne cherchent dans sa parole que sa parole jQpiême. Étrange et pernicieux abus ! On écoute les prédicateurs pour juger de le^rs talents, pour faire comparaison de leur mérite,
po1^* rabaji^serçe|i)indi^.ppar donner U| préféreDce à cel^-jà : et souvent on Terra, dans unp viUq , dan» une cour, touchant les mifiistret de la parole évangélique , \p même partage d'esprits qu'on vit autrefois à Gqrinthe touchant les qiinistres du baptême , quand l'un disoU ; Pour moi, je suis à Apbllo ; et l'autre : Pour moi, je suis à Céphas. Ah I mes Frères , reprenoit saint Paul , pourquoi ces contestations et ces partialités? Jésu$-Christ est-il donc divisé? Divisus est Chrutuif ( 1. Cor^j 1 )• Est-ce ApoUo qui a été crucifié, pour vous; et avez-vous été t^pti$és au nom dq Céphas? M'est-ce pas le même Dieu qui vous a sanctifiés par eux ? À quoi j'ajoute. Chrétiens : ]H'est-ce pas le paéme Dieu qui vous parle et qui vous exhorte par notre bouche : Deo exhor^ tante per nos (î. Cor,^ 5)? Qui sommes-nous, disoit ailleurs saint Pierre en préchant au^ |uifs , pour méritep que vous vous occupiez de nous, et que vous fa^^sie:; àistiqction de nos personnes ? Pourquoi nous regardez-vpus , tandis que nou^ faisons l'office de simples am|)assadeurs? Firi fratre^y qmd Tmrojnini in hac, aut noi quid intuemini (Act., 3)? Saps ce^e qqalité d'ambassadeur de Jésus-Christ, moi qui parois aujourd'hui dans cette chaire fiprès y avoir déjà tant de fois para , oserois-je soutenir la présence du plu3 grand des rois , et la soutenir de si près, tandis que les nations entières tremblent devant lui , et qu'il fépand si loin If terreur? Oserois-je élever la voix au milieu de la pluç flprlssante cour du monde , si , tout indigne qpe je suis, je n'étols prévenu et vous ne Tétiez comme moi de cette pensée , que Dieu m'a confié sa parole, et que c'est en son nom que je vous Tannonœ : Vîri fratrei , quid mitamitA in hoc, aut nos quid intuemini
(Ibid.)?
Cependant, quoiqu'il soit vrai que tout prédicateur d^ l']Èvangile, en oonséquence de sa mission , est l'ambassadeur et l'organe de Dieu, n'en pent-pn pas faire le choix, el s'attacher à l'un plui6t qu'a l'autre? Oui, Chrétiens, ce choix peut être bon et utile; mais il doit être réglé selon la prudence du salut. Ainsi le disciple Ananie fut-il choisi préfiirablement à tout autre, pour être le docteur et le mai cre;de celui même qui devoit l'être de tentas les nations. Ainsi Dieu même inspira-t-il k saint Augustin, encore pécheur, de se foire instruire par ^nt idn-? broîse et de l'écouter. Ainsi, mon cher auditeur. Dieu peut-être a-4ril résolu d'opérer votre conversion par le miuistère de tel prédicateur; et lui a-t-il donné grâce pour cda; car c'est œ qui arrive tous les jours, et rien n'est plus ordinaire dans la conduite de la Providence. Mais voulez-vous que votre choix ne fasse rien perdre, ni à la parole de Dieu de l'honneur qui lui est dû, ni À vous^nême dn furofit que voiis en pouvez retirer? voici deux avis impartants que je vous donne, et que vous devez suivre. Premièrement, entre les ministres de l'Évangile, ne préférez pas tellement Tan que voos méprisiez les autres. Car étant tous envoyés de Dieu , vous les devez tous Imnorer ; et tel sur qui tonberoient vm i^n^is, est celui peutri^re dont Dieu se servira pour
16 SUR LA PAROLE DE DIEt).
convertir tout un peuple : or il est de la Providence qa*il y ait des prédicatears pour ce peuple aussi bien qne pour vous. Secondement, n'ayez égard dans le choix que vous foites qu'à votre avancement spirituel et à votre perfection, c'est-à-dire ne vous attachez à un prédicateur que parce qu'il vous est plus utile pour le salut ; car il fout vouloir les choses pour la fin qui leur est propre ; or la parole de Dieu n'a point d'autre fin que notre sanctification. Quand, pour la santé du corps, j'ai à choisir un médecin, je n'examine point s'il est^ orateur ou philosophe, s'il s'exprime avec politesse, et s'il sait donner à ses pensées un tour ingénieux et délicat : mais je veux qu'il ait de l'expérience et qu'il soit versé dans son art ; je veux qu'il connoisse mon tempérament, et qu'il soit en état de me guérir: cela me suffit. Si donc je trouve un ministre de la divine parole qui m'édifie, qui fesse impression sur moi, qui ait le don de remuer mon cœur, qui me porte plus efficacement, plus fortement à Dieu, c'est là que je dois m'en te^ nir. Voilà l'homme que Dieu m'a député pour me faire connoître ses volontés, voilà pour moi son ambassadeur. Qu'il n'ait du reste nul avantage de la nature : il me touche, il me convertit ; c'est assez. En l'écoutant, j'écoute Dieu même ; et mon bonheur en écoutant Dieu dans son ministre est d'attirer sur moi les grâces les plus puissantes» et de me préserver de cet endurcissement fatal et de cette réprobation oii conduit une opiniâtre résistance à la parole de Diea, comme noua Talions voir dans la troisième partie.
TBOISIÈME PARTIE.
Il y a des choses dont l'usage nous est tellement profitable, qu'elles peuvent sans conséquence et sans danger devenir inutiles. Mais il y en a d'autres qui, du moment qu'elles nous deviennent inutiles, pair une malheureuse fatalité, nous deviennent préjudiciables. Les aliments et les remèdes sont de cette nature. Si je ne profite pas des aliments, ils se tournent pour moi en poison ; et la médedne me tue dès qu'elle n'opère pas pour me guérir. Or il en est de même , Chrétiens, de la parole dé Dieu : elle est, dans l'ordre de la grâce, le principe de la vie; mais quand elle ne donne pas la vie, elle cause nécessairement la mort. Ne vous étonnez pas, dit saint Bernard, que le Saint-Esprit nous la propose tout à la fois dans l'Écriture et comme une viande et comme ime épée : Non te moveat, quod idem verbum Dei et cibum dixerit et gladium (Bbrn.). Car il est vrai que c'est une viande pour ceux qui se la rendent salutaire; mais il n'est pas moins vrai que c'est une épée dont les coups sont mortels pour ceux qui ne s'en nourrissent pas. Et en cela même, ajoute ce saint docteur, Dieu vérifie parfaitement ce qu'il avoit dit par son Prophète, que sa parole ne seroit jamais oisive, et que de quelque' manière qu'on la reçût dans le monde, elle auroit toujours son effet : Sic erit verbum meum quod cgre* £tur ex are meo : non reverteiur ad me vocttum, sed faàet omma ques^
SOÏlXA PAROLE DE DIEU. 47
cmtiuembn{Iski.f S5). Cette parole , disok le Seigneur, qui sort de ma booche, et dont les prédicateurs ne sont que les organes, ne reiriendra point à moi vide et sans fruit ; et, malgré Tiniquité des hommes, die fera toujours ce que je veux. Mais en quel sens pouvonsnous âitendre que la parole de Dieu soit toujours suivie de l'exécutioa des ordres et des volontés de Dieu même? notre indocilité n'en arrête-t-élle pas tous les jours la vertu ? Non , répond l'ange de ré-^ oole, saint Thomas ; car Dieu, dit-jl , en nous faisant annoncer sa pa* rôle, a deux volontés différentes , dont l'une est tellement substituée à Tautre, que si la première vient li manquer, il faut, par uneindispensable nécessité, que la seconde ait son accomplissement. Je m'explique. Dieu veut que sa parole opère en nous dbs eflets de grâce et dé sadut, et c'est sa pr^nière volonté; mais, supposé qu'elle ne les opère pas, ces effets de salut et de grâce, il veut qu'elle en produise d'autres, qui sont des effets de justice et de colère ; voilà la seconde. Je puis bien empêcher que l'une ou l'autre de ces deux volontés ne s'exécute; mais il ne dépend pas de moi d'arrêter toutes les deux ensemble, et de faire que ni l'une ni l'autre ne s'accomplisse. C'est-à-dire, il est bien en mon pouvoir que la parole de Dieu ne soit pas pour moi une parole de vie, parceque je puis l'écouter avec un esprit rebelle ; il dépend bien de moi qu'elle ne soit pas à mon égard une parole de mort, parceqne je puis l'écouter avec un cœur docile ; mais je ne saurois éviter qu'elle n'ait l'une ou l'antre de ces deux qualités ; je veux dire qu'el/e n'ait par rapport à moi ou ces effets de justice ou ces effets de miséricorde; et c'est ainsi que Dieu dit toujours avec vérité : Non rêvertetur ad mevàeiium, sed faciet quœcumque volui (Ibid.). Mais encore quels sont ces effets de justice attachés pour nous à la parole de Dieu quand nous lui résistons? Les voici, Chrétiens, expressément mar^ qués dans FÊcriture : l'endurcissement du pécheur, et sa condamnation devant le tribunal de Dieu; effets directement opposés aux desseins de Dieu, en nous faisant part de cette sainte parole. Car dans les vuesdeMeu, poursuit le Docteur angélique, elle dcvoit amollîr et fléchir nos cœors ; mais, par la résistance que nous y apportons, elle les endurcit. Dans les vues de Dieu elle devoit nous justifier ; mais à mesure que cette résistance croit, elle nous accuse et nous condamne, pour achever un jour de nous confondre devant le souverain Juge. Encore un moment d'attention.
Dieu, sans intéresser aucun de ses divins attributs, surtout sa sainteté, endurcit quelquefois les cœurs des hommes. C'est lui-même qui s'en déclare: ïndurabo cor ^tts (Exod,^$) : J'endurcirai le cœur de^ Pharaon. Desavoir comment il peut contribuer à cet endurcissemeot, lui qni est la charité même, et comment en effet il y contribue, c'est un mystère que nous devons révérer, et que je n'entreprends poin^ ici d'examiner. Je m'en tiens à la fai ; et la même foi qni m'enseigna que Dien fait mi$érÎQon;l^ à qui il lui plaît , m'apprend encore qu'il R 2. 2
18 SUR LA pAAQUiDB; PIKV*
endurcit qui il lui plait : Erga eujm vult mueretwrf et qum wU 119^ durât (Rom.^ 9). Or je prétends que rieu ne conduit plus efJScacement le mondain à ce funeste état que la parole de Dieu méprisée et reje* tée, et j'en tire la preuve de Texemple même [de Pharaon* C!ompe<i nez-le, Chrétiens; et vous consultant ensuite vous^mtoies, recOnnoiss^ que ce aui se pa9sa d'aœ manière visible dans la pers^iuiQ de qq prince réprouvé de Dieu^ se renouvelle tous les jours îutérieuremeqf; oaus ces pécheurs que sgipt Paul appelle des vaisseaux de colère et de damnation. Dieu rempHt Moïse de son esprit 1 il M met duns h bou<^ che sa parole , et lui dit : AUes^t c'est moi qui voua envoie» Vous parltre^ ai Pharaon^ et vous lui signifierez mes ordres, Je sais qu'il n'y déférera pas ; m^is au même temps j'endurcirai son ccaur ; Tu loqufiiis aA Ph^ raonem omnia qvflEi mando tibif et non audiet te; 9çd ego indurabo cor ^us (Exocl'^ f()* L'efiet répond à la menaioe s le saint législateiir parle» il s*acqu!tte de la commission qu'il ^ reçue | mais autant de fois qu*U parle au nom de son Dieu, le texte sîicré ^u'oute qçe le cœur de Pharaon s'endurcîssoit : Et îndurçdtum çst qqv Pharaonk (Ibidt)*^ C'est )q pieu d'Israël^ diçoit Moïse, qui vous ordonne de mettre son peuple en liberté t et de le tirer de la servitude oii vous le retenais si injuste», nfient et si long-temps ; mais qui étes*vous t rëpondoit Pharaon, et qui est le Dieu dont vous vous çiutorisez? où sont les prives et les signes dé votre mission? Vous en all^ être témoin, répUquoit l'envoyé de I^leu ; et frappant de cette baguette mystérieuse qu'il tenoit dans S99 lÀains^ il coqvroit l'Egypte de ténèbres, et la remplissoit de ces autres fléaux dont l'Écriture nous fait une si itffreuse peinture. N'étoit-il paa surprenant que Pharaon , malgré tant de prodiges, s'obstinât dans sa désobéissance? Non, Chrétiens, il n'en falloit point être surpris, puis* que ç'étoit par-là m^meque Dieu vengeoit l'outrage fait à sa parole, et qu^une résistance aussi outrée que celle de Pharaon ne devpit pas être suivie d'un moindre châtiment, Ah 1 Seigneur, ne nous punissez jamais de la sorte ; çt plutôt que de po^s livrer à un endurcissement si fatal* eoiployez contre nous toutes vos autres vengeances; envoyez-nous, comme à Pharaon, des adversités , des calamités , des humiliations; pour peu que nous soyona. chrétiens, nous nous y soumettrons sans peine : mais^ mon Dieu, préservez-npus d^ cette dureté de cœur qui nous rendroit insensibles à tous les traits de votre grâce et à tous loi intérêts de notre salut : Aufer à nobis cqr lapideam» Voilà néanmoins» mes chers auditeurs, ce qui arrive. A force de résister à Dieu et à sa parole, ce cceur de pierre se forma peu à peu dans nous. Ne me de* riiandez point, dit saint Bernard, quel e^t ce oçsur dur ; o'eat le vôtre, r^nd ce Père, si vous ne tremblez pas : Si non expavisHf tumm e$t (ÉERff). Car il n'y a q\i'un cœur endurci qui puisse n'avoir pas horreur de soi-mêmei yiaroequ'il ne se swt plus lui*>même : Solum emm est cor dun(n|, quoi içmctip^nm non ^hmuiu quh neo sentit (Ibid. )•
4:M^>qu'iwiprédi(:ateur tâcheàl^iRtip^r.à rengager» ftr«Qtor«rîm
ne f âQeqli 91 piomesies, ni menaces, ni réoûmpenses, ni ehfltiments. De là cette même parole qui devoit servir i justifier le pécheur» ne sert plus qn'k le condamner. Car plus le taknt qu'on lui avoit bdûs dans les mains étoit précieux» plus ea^il criminel de n'en avdr fait nul us^ ; pins la parole de Dieu par çU&iméme avoit d'efficaee ponr le tou^^ et le convertir, plusesttil coupole d'en avoir anéanti tonte la vertu, C'est pourquoi le Fils de Dieu fulminoit de si terribles ana^ thèmescontre les nabitaata de Betsaide et de Gorosaïm : et certes, ve* prend Origtee» il fslloit bien <pie cette terre (àt maudite, puisqu'une semence aussi féocmde que la parole de Dieu n'avoit pu rien y pro* duire. G'^ pour cda qnie le niéme Sauveur du monde ordonnoit à se| apôtres de sortir [des villes et des bpurgades ek ils ne seroient point écoof^ et de secouer en se retirant h poussière de leurs souliers, pour marquer ^ ces peuples inpdêles qu^ Di^ (es rejçtoît. Enfin» c'est en ce même sens que saint Augustin expliqué cet important avis que nous donne Jésus*Christ dans TÉvangile : Esto consentieru advertario tuo cita, dutn es in via cum ea (Matth.^ 5): Marchez toujours d'intelligence et accorde^ir-vpaa av«c votre ennemi. Gel ennemi, dit es saint docteur, c'est la parole de Dieu, que nous suscitons contre nous en Ini résistant. Elle se déclare opntre no^ vic^, contrq nos habitudes, contre nos passions ; Adv^^iariuvik tuunk /(sicîfi(? sefmonem fiçi^ (Aqg.)^ Maïs, «n\ani le conseil du Fjls de tUeui t^aviûlbW |t mua U r^ndm fiavorable. Conformons i|os ' mœurs 1^ ses m^ximeSs profitons dp MU ense/g^nements, écompns-Ieis, aimonf-leSi pratiqMonsJes.: ppurquoi? Ne fart^ tradat te adver^mui judm 9 ^^ Jh4^ ^r^iat 1^ mimf^f^ (Matth^/S) : Dctpeur qiiec^ formidable adver^jre 1^ vqvs li?refll1l'e les maips de votre juge, et pe s'élève contre VQus pour vpu^ açQ9«er^ Ooif Chriétiens, elle s*él^vera contre vous, :^e voua accuserai elle TOUS réprouvera, ell^^ dçma^dera jusUoe % Dieu de tous lea n^ia et de tous les abus qu^ vqus en aure^ faits ; ^ Dia^ qui fm tQiuoui's fidèle à sa parole, et qui ce U\ ^ javpaia m^qué, la lui r^drs^ tuut eqti^rf. Deux sortes de pfBrsQi^nes inti^rviendroni, k cq jygments et se join^ dro^t à elle pciur la second^ ç, ^yditeur^ et prédicateurs. Auditevra , qui Taurout hûaoréei.et q^i'elleaura sanctifiés 1 prédiçateun^qiM Tau* ront anpof}çé€^,et que Ôieu avoit rempli^ peur vPt|$ d^ son esprit. Im premiersii xe^ffçf^Xé^p^J/e^ INioivites ; et lei a^couds, par lei apâtrea» Car vous aavez avec qi^elle pf oipptitude Içs rfinivîtea obéirent à J.Ques« qm lepT. précjioijt )â p^mt^qoe ; et ce sera ve«« ^ndampation : Vi^i
ffitàviieè surg^ infu^lq (\Mfl[i0ef^atiQnç i^tà^ et çfn^enmalmHt Mm i Qttia pceniteniiafn eQçrmni ff^ ff^^atiçne Jom (]ilt4TTU»,\13). fil v^ua n'ignorez pai| que le Sfuvepr dt^ mpude a promis A ses apàlrea» et da^la persp^Qc de fes apAtr^ ^W mimtres fidèles de aa parole^ de les faire âaac9ir auppèjBi ^e lui pour juger tentes i^ nations : SaiMitu ^ vos mp^f^ ((yod^ei% j^iça^m dmkom ^r^m Itrml (Id«, iO)*
Ahl MamTt ^miti^4s»^ wployé à ce triitt miuiaiire? Apvàa
20 SUR L'AMOUR DE DlEtT.
avoir élë ie prédicateur de cet auditoire clirétieny en serai* je Taocusateur, en serai-je le juge? Prononcerai -je la sentence de réprobation contre ceux que je vondrois sauver au prix même de ma yie? Il est vrai, mon Dieu, ce seroit un honneur pour moi d'avoir place auprès de vous sur le tribunal de votre justice. Mais cet honneur, je ne Taurois qu'aux dépens de tant d'ames qui vous ontcoAtë tout votre Inng. Peut'-étre même en les condamnant me condamnerois-je moi-même, puisque je suis encore plus obligé qu*eux à pratiquer les saintes vérités que je leur prêche. Saurai donc plutôt recours dès maintenant, et pour eux et pour moi, au tribunal de votre miséricorde : je vous supplierai de répandre sur nous Tabondance de vos grâces, afin que, par la vertu de votre grâce, votre parole nous soit une parde de sanctification et une parole de la vie éternelle, où nous conduise, etc.