SERMON POUR LE LUNDI DE LA CINQUIÈME SEMAINE
SUR l'amour de dieu.
Hoc autem éHxU de splritu quem aeeepturi erant credentes 4n ernnl
Or a dit cela deresprit qu'Us deYoient recevoir par la foi. Sàoit Jun, chip. tn.
Ce n'étoit pas seulement sur les apôtres que devoit descendre ce divin esprit, mais sHir les fidèles; et comme la même foi devoit nous unir tous dans le sein de la même Église , le niéme esprit devoit tous nous animer et nous combler dès dons de sa grâce. Esprit de vérité envoyé de Dieu, selon le témoignage du Sauveur. du monde, pour noiis enseigner toutes choses; mais de toutes les choses qu'il nous a enseignées , il nous suffira d'en bien apprendre une seule à quoi les autres se rapportent , et que saint Paul a voulu nous marquer dans ces belles paroles : Charitas Dd diffusa est m cordîbus nostris per Spiritum sanctum {Rom. , S) : La charité de Dieu a été répandné dans nos cœuirs par le Saint-Esprit. Car cet esprit de lumière est surtout encore un esprit d'amour; et quand une fms nous saurons aimer Dieu^' nous x)osséderons dans l'amour de Dieu toute la science du salut, et dèsceiie vie même nous comn^ncerons ce qui doit faire toute ^otre occupation et tout notfe bonheur dans Tétemité. Mais n'est-il pas étrange , Chrétiens, qu'uniquement cré6s pour aimer Dieu, nous ayons peut>ôtre jusques à présent ignoré en quoi consiste famour de Dieu, et que, soumis à la loi, nous ne connoissions pas le premier et le grand précepte de la loi? Il est donc important de vous en donner une connoissance exacte , et c'est ce que j'entreprendsr dans ce discours. Il' s'agit, me$i cfaers auditeurs, du plus essentiel de nos devoirs ;et ce queleSageadit delà crainte de Dieu, quec'étoit proprement l'homme et tout l'homme, je puis bien encore lé dire à plus forte f^iâon de l'amour deDieii : Hoc est enim omnis homo {Eccles,^ 12). Vous, ô es« prit de charité , secondez mon zèle, et me mettez aujourd'hai dans la bouphe des paroles de feu, de ce feu céleste dom Vem^ne^ Is( soarce
SUR vmom m dieu. ai
intarissable» de ce feu sacré qui fait les bienheureux dans le séjour de la gloire, et les Saints sur la terre! Cest la grâce que je vous demande par rintercession de Marie, en lui disant : Ave Maria.
Adoucir les préceptes de la loi de Dieu en leur donnant des interprétadons favorables à la nature corrompue, c'est une maxime. Chrétiens, très pernicieuse dans ses conséquences; mais outrer ces mêmes préceptes, et les entendre dans un sens trop rigide, et au-delà des termes de la vérité, c'est un excès que nous devons également éviter. Dire , Ceci n'est pas péché , quand il Test en effet , c'est une erreur dangereuse pour le salut; mais dire, Ceci est péché quand il ne l'est pas, c'est une autre erreur peut-être encore plus préjudiciable. Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on s'est élevé contre ceux qui par des principes trop larges ont voulu sauver tout le monde ; mais aussi n'estce pas d'aujourd'hui qu'on a condamné ceux qui , par l'indiscrète sévérité de leurs maximes, ont exposé tout le monde à tomber dans le désespoir. Dy a plus de quatorze siècles que TertuIIien reprochoit aux catholiques le relâchement de leur morale ; mais i! y a aussi plus de quatorze âèdes qu'on a reproché a TertuIIien sa rigueur extrême et sans mesure» qui le conduisit enfin à Fhérésie. Il faut tenir le milieu ; et lorscpi'il s'agit de la réprobation d'une ame ou de sa justification , on ne doit être ni trop commode ni trop sévère ; mais il faut être sage, et sage selon les règles de la foi.
Or je vous dis ceci. Chrétiens, parcequ'ayant à traiter dans ce discours mie des vérités fondamentales de la religion, il seroit à craindre que vous ne fassiez prévenus ou que j'exagère vos obligations, ou que je les diminue. Double extrémité dont j'ai à me défendre ; et pour cela je n'avancerai rien qui ne soit universellement reçu, rien qui ne soit évident et incontestable, rien même qui ne soit de la foi. Je ne m'attacherai point à l'opinion de celui-ci plutôt qu'à la pensée de celui-là; mais je suivrai celle de tous les docteurs. Je ne prendrai point le plus probable, en laissant le moins probable. Je ne me contenterai point de vous dire ce qui est vrai ^ mais je vous dirai ce que l'Évangile vous oblige à croire. Cela supposé, j'entre dans mon dessein, et je le propose en trois mots. Je prétends que l'amour de Dieu qui nous est commandé doit avoir trois caractères : l'un par rapport à Dieu, l'autre par rapport à la loi de Dieu } et le troisième par rapport au christianisme oii nous sommes engagés par la vocation de Dieu, Par rapport à Dieu, l'amour dç Dieu doit être un amour de préférence; par rapport à la loi de Dieu, Famour de Dieu doit être un amour de plàiitude ; et par rapport au christianisme, l'amour de Dieu doit être un amour de perfection. Apouc de préférence : en voilà, pour ainsi dire, le fond, et ce sera la première partie. Amour de plénitude : en voilà l'étendue, et ce sera la seconde partie. Enfin , amour de perfection : en voilà le degré, et ce sera la dernière partie. Je vai$^ in'expU-
q^ier? « je v»y{^ prie ^e we suivre avçc attention, .^^
PREMIÂRB PAATIB.
Ce n'est pas saiiS hiison t)ue Jésûé^hrist explitf ualit lôi-mèffië lé précepte dé Tateour de Diéii» eh réduit totitiel2i[sbb&tanéeàcesdeuxpai^oIes, piïi^es ex toio carde tuo, et èx tnnhi tnèhte tuâ (Lcc, 10), Yous aimereK Votre biéu de idut votre èœut* et de tout votre esprit ; puisque, selon là belle t-emârque die saint Augustin, l'un sert à déterminer Tobligatloti de Tautt^, et tpie le cuite de Tèsprlt doit étt*e ici U juste mesure de éélùi dû cœur; En efFet, à quoi m'etigagë précisément t;ette sainte et adorable loi , IHliges ? tâchez à eii bien comprendre toute la force. Elle m'engage, répond le docteur angéliqtie saint ïhomas, à avoit ^\xt Dieti un hbioiit^ de distinction, uii abidur de singUlaHté, Un amour qtii ne puisse convenir qii'à Dieu; c'est-à-dire, eu vertu du*quel je pi^éfèrë l)ieu à toute créature. Et voilà le tk^ibut essentiel pat* où bien veut que je t^ende hôthma^e à la souveraiiieté de son être : bitiges Dominum. tiué medotnMândë ^às absolument de l'aimœ .d'un amour tèâdre et sëiisible; ëetté sensibilité n'est pas toujours en mon pouvoir \ beaucoup moins, d'tm ahiouf contraiiit et forcé; il né lui sert)it pAS honorable d'être aimé dé la sorte î ni même d'un aiÊour fet*vehl jusqu'à certain dfegW ; ce de^t^ dfe fei^véiir ne m*est pbîiit connu, et Dieu , pai' totidescéndance à ma tolblésse, n'a pas voulu me le prescrire. Mais il exige de moi, sous Jifettte d'une étemelle réprobation, que je Taimë bommë Dieu, pat" préférence à tout ce qui n'est pas DiëU. Observez, Chrétiens, ce tèf*Uie de préférence. Je ne dis pas d'une préFéreiibe V'agUë et de |[^urë spéculdtiob, qui me fasse sëulëtoebt rëtk)niiOltre que Dieu est au-deësUs dé tous les êtres Ct'éés; catr il n'est pa^ nécessaire pour cela d'avoir cette charité surnaturelle dont je parle, puisque les démons mêmeis, qui haïssent Dieu, ont néanmoins poùf lui , màlgi^é lëUr haine, ce sentiment d'estime. Mais je dis d'une firéféf eucë d'âctiUn et de pratique : en sorte que je sois dispoisé, mais làiiicèi'eniënt, à perdre tout le reste, plutôt que de consentir à perdre M inoUiëilt Id gracë de Dieu. Dispo^itibU tellement nécessaire, que de It^uteâ léfe choses qUë je puî^ désirer ou posséder, s'il y en a une seule Que je possède oU que je desirë, au hasard d'ëUcourirla d[isgracëde Dieu: c'est-à'dii^, ai Cet acte d'âUiour qUé je forme dans mon cœur, quand jë proteste à Dieu que ië l'aimé, n'a pas a^sëz de Vertu pour m*efaga- ^er à rouipre tdUs le^ liens et toutes les attaches qui peuvent me sépatëf* de Dieu, dès-là je dois j>rononcé^ anathème contre moi-même , dès-là Je dois lUe condamner moi-même comme prévaricateur de là charité de DieU. dèS-là je dois conclure qUë je n'accomplis pas le coinâiaudement de raiUour de Dieu, que je ne suis donc plus ën;âat de grâce avec Dieu, ni pai^ conséquent dans la Voie du safut : poiurc^uoi ? pai^ëeque je n'aime pas Dieu avec ëëtte condition essentielle de Taiioiiër pàk^ préférence à tout. .. : .
En quoi, dit saint Chrysol^tome, Uon setâeidieut Dieii né nous de*
«bB L'AilOtiR DE DIEU. 85
maïkle lien et iit))i; inids, à le bien pttûdre, il ne dépend pas même de lui de nous demainder moins. Car remar(}uesey niés Frères . dit ce mm docteur» que Dieu veut que nous le servions, que nous rhonorioBS, que nous Taimions A propoilion de ce qu'il ëàt , et d'une manière qui le distingue de ce qti'il n'est pas : est-il rien de plus raisonnable? Un roi veut Atre servi en roi : pourquoi Dieu ne sera-t-ii pas aimé ea Dieu f Or il ne peut être aimé en Dieu, sll n'est aimé préférablcanent à toutes les créatures : car il n'est DteU que parcequ'il est aU> dessus de toutes les créatures ; et si , dans une supposition chimérique^ une créature avoit de quoi être aimée autant que Dieu, elle cesseroit d'être ce qu'elle est, et deviendrolt Dieu elle-même. Comme il est donc vrd que si j'aimols une créature de cet amour de préférence qu\ est proprement le souverain amour. Je ne l'aimerois plus en créature, mais en Dieu ; aussi est-il évident que si j^aime Dieu d'un autre amour que celui-là , Je ne l'aime plus en Dieu. Or n'aimer pas Dieu en Dieu, c'est lui faire outrage i et bien loin d'observer sa loi , c'est commettre un crime, qui , dans le sentiment des théologiens et dans f intention des pécheurs, va jusqu'à la destruction de la Divinité.
Voilà, mes chers auditeurs, ce nue Dieu lui-même nous a révélé en cent endroits de l'Écriture ) et Voilà à quoi se termine le devoir capital de l'homme : Wiges Dominum Deum tuum ex toio corde tuo. Mais développons cette vérité; et pour en avoir une intelligence plus exacte, considtons saint Paul, écoulons saint Augustin ; et, par ce qu'en ont dit cet apôlTe des nations et ce docteur de l'Église , voyons si nous
riuvons nous rendre aujourd'hui témoignage aue nous aimons Dieu, falloit une ame bien établie dans la foi pour fsiire à toutes les créatures un défi aussi général et aussi plein de confiance que celui de saint Paul, quand il disoit : Quis nos separabit àcharitate Christi {Rom. , 8} ? Qui nous séparera de l'amour dé Jésus-Christ ? Sera-ce raffliction, le danger, la persécution, la faim, la nudité, le fer, la violence? Serace VinjusUce et la plus barbare cruauté? Non. répondoit ce vaissèaU d'élection : car je suis assuré que ni la mort, ni la vie, ni la grandeur, ni rabaissement, ni la pauvreté, ni les richesses, ni les principautés, ni les puissances, ni toute autre créature, ne pourra jamais nous détacher de l'amour qui nous lie à notre Dieu. Ainsi parloit cet homme apostoUque. Qu'en pensez-vous. Chrétiens? ne vous sëmble-t-il pas quec'étoit un excès d^ zèle qui le transportoit? et, pour l'intérêt même de sa gloire, ne croyez-vous pas qu'il renfermoit dans ces pat rôles toute là perfection de la charité divine? Vous vous trompes. Il n'a exprimé que l'obligation commune d'aimer Dieu. En faisant ce défi et en y répondant, il ne parloit pas en apôtre, mais en simple fi« dèle. Il disoit beaucoup, mais il ne disoit rien à quoi tous tes hommes ne soient tenus dans la rigueur; et quiconque n'en peut pus dire autant
Îue lui n'£^ point de part à rbéritage du royaume de Dieu et de Jésus- !hrist : Non habet hœrêditatcfn in regno Dei et Chmti(Ephes,p 8).
Appliquez* vous à ma pensée. Car c'est justement comme si chacnn de nous se dîsoit à lui-même ( et plût à Dieu qu'à l'exemple de ce grand saint nous voulussions nous le dire souvent !) : £h bien ! de toutes les choses que j'envisage dans Tunivers, et qui pourroient être les objets de mon ambition et de ma cupidité» en est-il quelqu'une capable de m'ébranler, s'il s'agîssoit de donner à Dieu une preuve de mon amour et de la fidélité que je lui dois I Quis nos separabit à charitate Chrisd (Rom.^S)? Venons au détail aussi bien que saint Paul. Si j'étois réduit à soutenir une violente persécution , et qu'il fût en mon pouvoir de m'en délivrer par une vengeance, permise selon le monde» mais condamnée de Dieu, le voudrois^je à celte condition? An persecutio ? Si , par un renversement de fortune, je me voyois dans l'extrémitéde la misère, et qu'il ne tînt qu'à moi, pour en sortir» de franchir un pas hors des bornes de la justice et de ]a conscience, oserois-je le hasarder ? An (ingustia ? Si , pour acquérir ou pour conserver la faveur du plus f;rand prince de la terre, il ne dépendoit que d'avoir pour lui une complaisance criminelle, l'aurois-je en effet au préjudice de mon devoir? An principatus ? Si, violant pour une fois la loi chrétienne, il m'étoit aisé par-là de m'élever à un rang d'honneur où je ne puis autrement prétendre, le désir de m'avancer l'emporteroit-il? An aWtudo ? Si la voie de l'iniquité étoit la seule par où je pusse me sauver dans une occasion où il iroit de ma vie, succomberois-je à la crainte de la mort? An periculum? Ah! mes Frères , sachez que si l'amour qiie vous croyez avoir pour votre Dieu n'est pas d'une qualité à prévaloir au-dessus de tout cela, quelque ardent et quelque affectueux d'ailleurs qu'il puisse paroître , ce n'est point l'amour que Dieu vous demande ; et souvenez-vous que vous êtes dans l'erreur, si, comptant sur un tel amour, vous pensez en être quittes devant lui. Non seulement vous n'aimez point Dieu avec ce surcroit de charité qu'ont eu les âmes parf^aites, mais vous ne l'aimez pas même selon la mesure précise de la loi ; pourquoi? parceque cet amour prétendu ne donne point à Dieu dans votre cœur la place qu'il y doit occuper, c'est-à-dire ne l'y met pas au-dessus de mille choses qui néanmoins y doivent être dans un ordre bien inférieur. Car, supposez même cet amour dont vous vous flattez, vous faites encore plus d'état de votre vie, de vos biens, de votre crédit, de votre repos, que de l'héritage de Dieu , ou, pour mieux dire, que de Dieu même ; d'où il s'ensuit que cet amour n'ésl point l'amour de préférence que Dieu attend de vous et que la loi vous ordonne : DiUges ex toto corde tuo, et ex vmni mente tuâ.
C'est ainsi que saint Paul l'a compris ; et quelque subtile que soit la raison humaine, elle n'opposera jamais rien à l'évidence de ce principe. Mais, après l'Apôtre, écoutons saint Augustin : c'est dans le con^mentaire du psaume trentième que ce saint docteur s'adressant aux fidèles, et les instruisant sur le même sujet que je traite, leur fait cette proposition. Que votre cgeur me répon(lc/dit-îU mçs frèrçs ; R«-
pondeai cor vestruni^Fratres (AuG.)- Car» pour aujourd'hui, c'ésl votre camr que j*mterroge, n'osant pas m'en tenir au témoignage de voire bonchey et sachant bien que, sur ce qui regarde l'amour de Dieu^ il n'y a que le cœur qui ait droit de parler. Que ce soit donc votre cœur qui parle : Bapondeat cor vestrum. Si Dieu vous faisoit à ce moment l'ofire la plus avantageuse en apparence, et la plus capable de remplir toute rétendue de vos désirs : s'il vous promettoit de vous laisser pour jamais sur la terre dans l'affluence des Inens , comblés d'honneurs , et en état de goûter tous les plaisirs du monde; et qu'il vous dit : Je vous fiais maîtres de tout cela ; vous serez riches, puissants, à votre aise, en sorte que rien ne pourra vous troubler ni vous affliger ; et , ce que vous estimez encore plus , vous serez exempts de la mort , et cette félicité humaine durera éternellement ; mais aussi vous ne verrez jaùiais, et jamais vous n'entrerez dans ce royaume de gloire que j'ai préparé à mes élus : je vous demande, reprend saint Augustin, si Dieu vous parloit de la sorte, seriez-vous contents d'une pareille destinée, et voudriez-vous vous en tenir à cette offve^ Ergo si diceret Deus, Faciàn meam non videbitis^ an gauderetis istis bonis? Si vous vous en réjouissiez, Chrétiens, ce seroit une marque infaillible que vous n'avez pas encore commencé à aimer Dieu : Si gauderes, nondhm cœpisd esse amator Christi (Ibid.). C'est la conséquence que tire ce Père. Et d'où la tire-t-il ? de ce principe fondamental, que 1 amour de Dieu doit être un amour de préférence, et que vous ne pouvez Tavoir cet amour de préférence y en consentant à être privés de Dieu pour. jouir de^ biens temporels.
Faisons une supposition plus naturelle encore et plus présente, Imaginez-vous la chose du monde pour laquelle vous avez plus de passion , c'est votre honneur. On vous Ta ôté, ou par une atroce caloumie, ou par un affront qui va jusqu'à l'outrage. Supposons la plaie aussi sanglante qu'il vous plaira : vous voilà perdu d*estime et de crédit dans le monde, et vous êtes d*une condition où cette tache doit être moins supportable que la mort même. Cependant il ne vous reste qu'une seule voie pour l'effacer, et cette voie est criminelle. On vous la propose ; et si vous ne la prenez pas, vous tombez dans le mépris. Sur cela je vous demande, mon cher auditeur : aimez-vous, assez Dieu pour croire que vous voulussiez alors lui faire un sacrifice de votre ressentiment? Ne me répondez point que Dieu dans cette conjoncture vous donneroit des secours particuliers : il ne s'agit point des secours que Dieu vous donneroit, mais de la fidélité avec laquelle vous usez de ceux qu'il vous donne. Il n'est pas question de l'acte d'amour que vous formeriez, mais de celui que vous produisez mamtenant; et je veux savoir s'il est tel de sa nature qu'il pût réprimer tous les mou-* vements de vengeance qu'exciteroit dans votre cœur l'injure que vous auriez reçue. Car si cela est, vous avez sujet d'espérer, et d'être con« tent dç vous ; mais si cela n'est pas, vous dev^z trenfbler, parçqq^ç
% SUR L'AttOtJR DE DIEU.
TOUS n'êtes pas dâfis Tordre de cette charité viviflaiite qui opère le $»• lut 9 et dont Tindispensabie loi vous oblige à aimer Dieu plus que vfiil^e bonneur.
Mais il est bien difficile qU'un homme dit monde puisse être disposé de la so^te. Difficile ou noti, répond saitit Rérnatd» voilà la balance ôh il faut être pesé; voilà la règle que Dieil prendra poUr Vous juger. Aruoiir de préférence, c'est c0 qui condamnera tabt d'ames mondaiuëâ, qui, poui" s'être attachées à de fragiles et de viles créatures , les ont aimées^ adorées, servies, jusqu'à oublier l'essentielle obh*gation que ièûr imposoit là charité due âil crëateur. Ne parlons point même de èertaiiies passions honteuses. Amour de préférence, c'est ce qui condamnera tant de pères et de mères, qui, pour avoir idolâtré leurs enfants, mériteront que Dieu leur fasse le reproche qu'il ^aisoit au grandprêtre Héll : Magis honoraiti fillos tuôs qiiàm me{i. Reg.^ 2 ) : Parceque vous avez fait plus d'état de vos enfants que de moi , je vous réprouverai. Amour de préférence^ c'est ce qui condamnera tant de femmes chrétiennes, qui, potir avoir poussé au-delà des bornes le devoir de leur état, auront préféré à Dieu celui qu'elles ne dévoient aimer que pour Dieu. Amour de préférence, c'est ce qui condàninera tant d'amis qui, s'étant fait de l'amitié une religion, et par Un dévoilement sans mesuré étant entrés dans toutes les intrigues et toutes les entreprises de leurs amis, se serôntrenduà, aux dépens de Dieu, les fauteurs de leurs injustices et de leurs violences. Amour de préférence, premiep devoir de l'homme pai* i^apport à Dieu. Amour de plénitude, se* cond devoir de l'homme par rapport à la loi de Dieu , et le sujet de la Secondé partie.
nSUXlÈME PARTIE.
C'est le p^opre de Dieu de renfermet* dans l'unité de son être la multiplicité de tous les êtres ; et c'est le propre de la charité divine de réduire à l'unité d'un seul précepte tous les préceptes qui , quoique différents et quoique infinis en nombre , sont compris dans la loi de Dieu. Diligefetfacquodvls (Au6.) : Aimez, et faites ce que vous voudrez, disoit saint Augustin. Il semblé, par cette manière de parler, que l'à*^ mour de Dieu soit une abolition générale de tous les autres devoirs de l'hoitime i mais il s'en faut bien que ce saint docteur ne l'ait concjii de la sorte^ puisque au contraire il a prétendu nous faire entendre par^à qile tous les autres devoirs de l'homme étant k*éuni$, comme ils le sont, dans l'amour de Dieu, on peut sûrement donner à l'homme une pleine liberté de felre ce qu'il voudra, pourvu qu'il aime Dieu, parcequ'en aimant Dieu il veut nécessairement tout ce qu'il doit vouloir^ et ne peut rien vouloir de ce qu'il ne doit pas. Voilà, mes chers auditeurs, le mystère de cette grande parole de l'Apôtre : Plenitudû trgo legh tst dilèc- Ûo {Rom., 43) : Là charité est la pléhitude de la loi. I^role dont il lést nnpot*lailt pOu^ votis d'avoii^ une piirfoite intelligence : dur il s'edstiît
SUR L'AHOUR DE DIEO. 27
de â t)ue ]poar produire cet acte d'amour» qui est le sujet du premier coâUoiatidbiâéiit, bu du comteandement p9t excellence : Diligek Domjnwfa (Deuf ., 6 ) , il l^ut être pHpdLtê^ et, pôiir lâieux dire^ détermidë ^i' Vime volobté absolue, sincère, éffieace, â observer isàus réserve^ et salis exeeptibÀ Ibtis les abtrës bomiilandèinetit^, et se j^ër^uàder dU*il eât atitant impossible d'aimer Dieu et de ll'étfe pas dans cfettë prepajÉlUon d*èsprit,1{ue dé l'ainlei* tottt ensemble et de tië le pas aimer. Se "^piton^ les commandements sans exception ; car pt*ene2 garde, ChrëtiéâSi à ce (|ue Ybuà n'avez peut-être jamais bien compris : il n'eii est pas de iï ctiarité côlhme des yet^tus morales et naturelles, en sorte que TOUS puis^ieib dire, quatid tous accomplissez un précepte ; J'ai une charité cotiimëncëë ; si J'eb accomplis plusieurs , cette charité croit daus moi , et elle Sëhi entière lorsque je les accomplirai tous. Non , il h'ëli va pa^ ainsi. L'essence de la t;harité Ue souffre point de partagé, elle est attaëbéè à l'observatioil de toute la loi ; et de même, dit l'ange de Tëcole, saint Thomas, que si Je doutois d'un ^ëul article de la religion que je prolBesse, quelque Soumission d'esprit que je pusse avoir sur tout le reste, il seroit vrai néanmoins que je u'aUrois pas le moindre degré de foi, parcequë k substance de là foi est indivisible; aussi ëst-il certâitt que quand j'aurois pour tous les autres commaiiclements cette soumission dé volonté que la loi demande , ^1 elle me manque à Végard d'Un seul, dès-là je d'ai pas le moindre degré d'amour dé Dieu. Il y à ttiié gtîââde charité^ pout^sUit Saitlt Thomas ; et , par comparai* son à ceDë-là, on peut diif'e qti'il y a Une moitidlre eharité : mais la charité qiie je conçois la molhdre, si c'est une vk^àië charité, s'étend aussi bien que la plus grande à toutes les bbligatioUs pk'ésentesl, fatùtés, postiblesi et qitatid saint Paul aimoit Dieu de cet amour ^hrent et extatique qu'il savbit si bien ëkprimer, Une s'engageoit, quant au fijUd, à rieu davantage que le dernier deslustes qui aime Dieu le plus foiblemeut, pourvu qu'il Taime Véritablement. C'est pour cela que l'Apôtre Uppâle cet amôbr la pléhftnde de ta loi, PkHitndô tegià [Rom,, 15); parcequë toiis les commandements delà loi de Dieu entrent, pour ainsi dire, dans la charité comme butant de parties qui la compOseht; et qu'ils se (coufoudëtit dàus éllë comme autant de ligiies qui, horéde leur téâXt^ ^ sont SépaMes ^ mais datis leur cehti^ trouveut leur Utafon saus {MH^udiee de leur distinction.
En effet, eiktfe totts Ic^ pi^eptës particulier^ éonsidérés hors de ce tenirede ràmèUr dlViil, il n'y a ni ëonnexioâ, iii dépendance naturelle. Ou ^at observer l'tah sans accomplir l'autre i celui ({ùi défehd le lar- «te ^ Bë défend hi le parjtire ni l'adultète ; celui qui commande i'aumdttë, iië commande ni la prière fai la pénitence : mais pair rapport k l'amoul^ de Dieu, tottt eëla est iflséparabte; pourquoi? i^rcequë cet Mk>u^ bh Vërtù de ëe qu'il tiontiëiit et de ceqiie libUs appelons sa plédlttde, est une défense géttéralè de todt ce qui répUgne à Tordre , et ta dMflttBdentettl uidVéirsel de idut ce qui est iionfoi*mé i là raison ;
â8 SUR L'AMOUR DE DIEU.
en sorte que» dans le langage de la théologie» dire intérieurement à .Dieu que je Taime , c'est faire un vœu d'obéir à toutes ses volontés , comme si jespécifiois chaque chose en détail, et que, développant mon cœur, je m'expliquasse par ce seul acte sur tout ce que Dieu sait que je lui dois et que je veux lui rendre. Sur quoi saint Augustin £ait une réflexion bien judicieuse, dont voici le précis. Il examine ces paroles du Sauveur du monde : Siprœceptameaservavertiisy manebitis indilec'' tionemea (Joan., i5) : Si vous gardez mes commandements, vous serez dans Fexercice et comme dans la possession de mon amour ; et il les compare à cet autre passage du ioiiéme évangile : SftMgitis me , mandata mea servate (Joan., 14 ) : Si vous m'aimez, gardez mes commandements. Là-dessus il raisonne, et voici comment. D*une part, Jésus-Christ nous assure que si nous rainoioïis, nous obéissons à sa loi ; et de^I'autre, il nous déclare que si nous obéissons à sa loi, nous l'aimerons. Quoi donc ! est-ce par la charité que la loi s'accomplit, ou, par l'accomplissement de la loi que la charité se pratique? Aimons-nous Dieu parceque nous faisons ce qu'il nous commande, ou faisons-nous ce qu'il nous commande parceque nous l'aimons? Ah! mes Frères, répond cet incomparable docteur, ne doutons point que l'un et l'autre ensemble ne se vérifie selon loracle et la pensée du Fils de Dieu : car quiconque aime Dieu de bonne foi, a déjà accompli tous les préceptes dans la disposition de son cœur ; et quand il vient à les accomplir dans l'exécution, il ratifie seulement et il confirme par ses œuvres ce qu'il a déjà fait par ses sentiments et dans le secret de Tanie. D'où il s'ensuit qu'il y a de la contradiction à former l'acte d'amou> de Dieu, et à n'avoir pas une volonté absolue d'observer tous les commandements de Dieu : Plenkudo legis, dilectio {Rom., li). Supposons donc un homme tel que l'imperfection de notre siècle ne nous en foit aujourd'hui que trop voir; je veux dire, un homme d'une fidélité bornée, et qui , dans l'obéissance qu'il rend à Dieu, usant de réserve, accomplisse , si vous voulez, hors un seul point, toute la loi : il n'est ni blasphémateur, ni impie, ni fourbe, ni usurpateur, ni emporté, ni vindicatif; il est religieux envers Dieu, équitable envers le prochain ; mais il est foible sur une passion qui le domine, et qui, pour être l'unique dont il soit esclave, n'en est pas moins le scandale de sa vie. Ou bien, pour le considérer sous une autre idée, il est chaste, réglé dans ses plaisirs, ennemi du libertinage; il a même du zèle pour la discipline et pour la pureté des mœurs : mais, avec cette pureté de mœurs et de zèle, il ne peut oublier une injure; avec cette régularité, il n'est pas maître de sa langue, et, par ses médisances, il déphire impunément le prochain. Jedis que cet homme n'a pas plus de charité , j'entends de cette charité divine et surnaturelle dont dépend le salut , qu'un publicain et qu'un païen; et Dieu, dont le discernement, quoique sévère, est infaillible^ ne le réprouve pas moins que s'il violoit toute la loi : pourquoi? pafce<' qu'en omettant m point de la Loiy il n'^ plu& cç qui est es^ntiel à I9
cbaritëy savoir : une volonté efficace de remplir toute FëCendae delà loi. Et voilà le sens de cette parole de saint Jacques, qui paroissoit autrefois si obscure aux Pères de TÉglise , et sur laquelle saint Augustin même crut avoir besoin de consulter saint Jérôme : Qui peccat in uno^ foetus est omnium reta ( Jac, !2) : Quiconque pèche contre un seul précepte, est aussi coupable que s'il péchoit contre tous. Quoi? demande saint Augustin, est-ce que la transgression d'un seul précepte est censée aussi criminelle que la transgression de tous les préceptes? est-ce qu'il n'y a pas plus de désordreà les violer tons, qu'à n'en violer qu'un seul? est-ce que l'un et Fautre est égal à Dieo, et que Dieu ne s'en tient ni plus ni moins offensé? En ce sens , répondoit saint Jérôme, la proposition seroit une erreur, et une erreur pernicieuse dans ses conséquences ; mais dans le sens deTapôtre, elle contient un dogme inoontestsdde de notre foi, que quiconque viole dans un seul point la loi de Dieu, est aussi bien privé de la graoe, peard aussi immanquablement la charité , n'a non plus de part à l'héritage de la gloire , enfin n'est pas moins un sujet de réprobation, que s'il se trouvoit l'avoir violée dans toutes ses parties. Et sur cela , mon Dieu , reprenoit saint Bernard méditant cette vérité , je n'ai nulle raison de me plaindre , comme si la loi de votre amour étoit un joug trop pesant : car est-il rien au contraire de plus équitable que cette .loi? et si je la condamnois, ne mecondamnerois-je pas moi-même, puisque, n'étant qu'un homme mortel , je prétends néanmoins avoir droit d'exiger de mes amis la même fidélité ? Qu'un d'eux m'ait manqué dans une affaire importante, qu'il ait pris parti contre moi, qu'il m'ait déshonoré, qu'il m'ait lait outrage, quoiqu'en toute autre chose il soit sans reproche à mon ^ard, je ne le r^rde plus alors comme un ami , et je conclue qu'il ne me rend pa^ même le devoir de cette charilé commune que les hommes se doivent les uns aux autres^. Mais il ne m'a offensé qu'en oe seul point : il n'importe; cela me suffit pour comprendre qu'il ne m'ahne pas, parceque s'il m'aimoit sincèrement et solidement, il seroit dans la disposition de me ménager en tout , et de ne me blesser en rien. C'est ainsi, ô mon Dieu , que je le conçois; et si j'en juge de la sorte dans ma propre cause, pourquoi en jugerois-je autrement lorsqu'il s'agit des intérêts de mon créateur et de mon souverain ? Pourquoi, quand il m'arrive de franchir un pas contre vos ordres et au pr^udice de votre honneur, quelque irrépréhensible que je sois d'ailleurs, me parottra-t-il étrange que vous m'effaciez du livre de vie , eonmie prévaricateur delà loi d'amour que vous m'avez imposée? De> conclure de là, Chrétiens, qu'il n'y a donc plus de mesures à garder quand on est une fois pécheur, et que, puisque la charité ne se partage point, il vaut donc aulant la perdre pour beaucoup que de la perdre pour peu, être tout-à-fait libertin que de nel'étrequ'à demi, suivre en aveugle toutes ses passions que de n en satisfaire qu'une , se porter à toutes les extrémités que de sç modérer dan9 le crime, c'est
^ SUR L'AIfOUR DE PICU.
raisonner en imp*6 et en mçrcçnaire ; en impie qui» par cette maxime de tout QH ri^n* prétend s'autoriser dans ^es excès et dansi son Ijberti-^ nage; eo m^rceDaire qijii,^ ayant en vue que son intérêt propre dans le dérëgflemmt de ses mœurs, se soude peu du plus pu d|i moins qu'en souffre rimérét de Dieu,
Mais Voii^ vQus trompe^* mon Frère , djt saînt Auguntin ; car qm^U qi|Q indivisible que soit la charité et l'amour de Diçu , il est tPujoura vrai quQ plus vqjM4 violer de cprnmaiidepient^ , pli^f vous yqus r^i^d^as Dieu eqnefnî, plut» le retpur à sfi|[race vo^s iffs'mX difpcile, plus vous grossissez. (^ trésor de colère dont parle saii^t f^^\ » plus vous ()eyesi attendra de châtiments dpn^ l'éternité msiQieureuse : s'il vous re#|e quelque principe de religion , en voilà plus qu'il ne ^nt pour vqio obliger à w vous pas emporter danfî le pécbé même- Mais, du re$i«, convenons aqssj , mes cber^ auditeurs , qu'il y a bien d^ TiUu^ion dan» la conduite de^ Hommes à l'égard de ce gri^nd préç^pt^ J Wige^ Him^ numDe^n|, ^Mm (LïîC.,10): Von^aimeres^ le S^îgpe^r vQtr^ Qi^u» Rieij n'est plM§ ai?é que de dire ; J'ajme Dieu ; mais rien dan^ la ppa» tique n'est plii* r^re que c^t amour \ pourqnQJ î C'est que nous noua flattons I et 4^e nons pe distinguons pas 1^ vrai ^t 1^ hm ftmoup 4e I)ieu. Npn seulement wus trompons les ftntre^ par notre hypocrisie» m^is nous nous trpmponsnpi^s^m^mes par \\\\ aveuglement volontaire. Qu'il s'élève dans notre ame le pl^s léger gfpntiment; d'^mour pour Dieu 9 nous voii^ pprsnadés qye tout e§t fait ^ et ^ou^ crpy ong ^vçur la plénitude de ce divin amour- Ce qiii n'e§t so(|vei|t qu*e&eçtion patu-* relie, nous le prenons pour nn monvament de lagr^c^î ce qui n'^t qu'un mpuvement de la grape , nous le regardona comme yn effet do notre fidé^té; npufi çonfpndpps l'inspiration qui nous porte à pimer^ avec l'amour même ; et ce que Dieu ppère dans poijfs indépendamment de npus , npns noys l'î^itribuons , comw^ ai ç'étoit toMt ce que Dieu veut (|ue nous fassions pour lui. l^js ^busi, Cbrétiensi et mf^lbeur à nous ^1 nous tombons PP H nops demeprons ep de si grafi§iàres ?FP<Murst ^imer Diçu» ç'e^t s'interdire tont cp que défepd 1^ Ipî d§ Pieu» el pNit ttcjUQr toptee «qu'elle ordonne; c'pst se renopcer spi-mémç, n'e^t (aire une guerre coptinpelle ^ ses prissions ; c'est humilier son ^ppit , eru»» cifîer sa çhjiir, et {a çrupi^ers çpmme dil^ saint Fai|l, aveo sps vices el;
s'i^s concupiscences; ç'^t i^^ist^r m^ illusions d^ monde, nu torrent de la cQpiume , à l'attrait dn mfmvais ej^emple \ pp un mot , c'çat vnun loir pl^e.en tout k Piw» %\ ofijui vouloir déplaira Qn nePt En i*ai«
rpant ainsi d'un WOnr deprpférenoe, d'un amopr de plénitude^ il iûiia ^^ste encore à l'aimer d'un ampur de perfection par rapport an.Qbrîi'* tjaQisme , çommQ je vaisi rpi;pliquj8r jl^ns la troisième partie.
TKOISIÈUE PARTIE.
Qupiqup Diqp soit tot^eyuFfi k^^é»e, ^t qii§ par r^ppopti lui sa» per^tipnn, qpi n§ changent point» le rendeni taHJwn ^ienciRt ù^
SpR I^'AIIOIJ» DIS PDSU* 31
mdtde, il est uwiefois vrai, comme Fa remarqué «aiot Bernard, qpe, sdon les divers états où Thomme peut être considéré , Famour qu'il doit à Dieu ne laisse p^s d'avoir ses degrés différents; e^ qu'à proportion des dons qu'il a reçus , les n^esnres de hauteur, de profondeur et fie lafigoor, giie saint Paul donne ^ la cbAriié » doivent être plus ou moins éiwdues. Or de ee principe que la raison même autorise» je tire deu)^ conséquences : la premières que » dans le christianisme , le précepte de Famour de Dieu impose à Fbomme des obligations beaucoup plus grandes que dans l'ancienne loi : la seconde , que Facte d'amour de Dieu doit donc être df^ns nous beaucoup plus héroïque qu'il ne devoir Fétre dans un Juif ou dans u|i Genli)» ^vant que la loi de grâce eût été publiée. Parions sans eip^gération : voici la preuve de Fun et de Fautre. Du moment que je suis chrétien» il faut que j'aime Dieu en chrétien* Or a/mer Dieu ep chrétien , c'est bien plus que de Faimer simplement en homme; pourqnoi? parceque e'es) se charger en Faimant, outre la loi éternelle et divipe gui nous est commune à tous» de la loi particiilière dont Jasus-Cihrist est Fauteur* Par conséquent, c'est ajouter à la charité un pouvel engagement qu'elle lU'avoît pas dans son origine , et qui dans \9^ suite des siècles est devenu le comble de sa perfection. Je vous déclare , mes Frères» disoit saint Paul , que quiconque se fait circoncire prei^d sur lui tout le fardeaii de la loi de Moïse ; T^stificor auUm ùiani hqmini mrcm^idmti s^» g^oniam d^bitor est universa^ kg^ faciendœ (Gato<r» 5)f Ex je vous di^. Chrétiens , conformément à ces paroles de FApôtre» qu'au ménie temps que vous avez, été engagés à Jésus-Chrtôt par le baptême, VQUs vQtis êtes imposé un nouveau joug encore plvs saint que celui de la loi de Moïse; un joug que vous devez porter jusqu'à )a mort » UU joug auquel votre salut est indispensable* ment attaché > ui^ joug sans leqi^el Dieip ne veut plus ni ne peut plus être aimé de vous» Ah I mes chers auditeurs, quel fonds de réfles^ions \ Croire que la loi de JésuA*Qhrist est upe loi de douceur, une loi de fflrace, une loi de liberté, une loi d'^pur, c'est croire ce que le Saint- Esprit mêfne ntm^ révélil» et cf que toutes les |)critures nous prêchent : maîa ^ persuader que cet^e loi soit douce» parcequ'elle nous prescrit des devQirit moins rigoureux et qioin^ contraires aux sens et à la nature» se persuadep que l^a liberté consiste dans le relAchement, et que , pour ê^e une loi degraoe et d'amour, elle en soit moins une loi d'abnégation^ et de travail» non seulement c'est la méconpoitre, m^s la détruire. Pfon» non, mes Frères, disoit Tertnllien» expliquant sur cel^ sa pensée, la lil^erté que Jésus-iChrist nous a appçrtée du ciel ne favor rise en aucune sorte la licence des mœurs. Si cet Homme-Dieu a fait cesser les sacrifices et les oérémpnies de la loi écrite , il no i^s a en échange donné des règles de vie bien plus capables de nous sanctifier ; et ce qui étoit condamné dans Fancieu Testament par le précepte de la divine Gharité% est doublemeut oriminel depuis que le Dieu de la çhariié est venu )i|i-fQôfP9 nvm enseigner sa doçirweet QOU^prQpp^r ses e^^em*
S2 SUR L'AMODR DE DlEtJ.
pies : Liberias in Chthto (ces paroles sont admirables), Ubertas in Christo non fecit innocentiœ injuriam. Operumjuga r éjecta sunt, non ducipUna" rutn : et qiiœ in veteri Testamento erant interdicta, etiam amulatorîo prœcepto apud noi prohibentur (Tertull.).
Rien de plus vrai. Chrétiens. Car comment ce Sauveur adorable s'en est-il déclaré dans rÉvangilè? Combien de fois nous a-t-îl fait en-^ tendre que , pour embrasser sa religion , il falloit renoncer au monde et se renoncer soi-même beaucoup plus parfaitement que Moïse ne le demandoit? En combien de sens beaucoup plus étroits et plus sévères n'a-t-il pas interprété les principaux articles de la loi de Dieu? Combien de dispenses, même légitimes, n'a-t-il pas abolies? S'il nous a délivrés des observances légales, à combien d'autres ne nous a-t-il pas assujettis ? Le seul précepte de l'amour des ennemis n'est-il pas d'une per^ faction plus éminente que tout ce qu'enseignoient et pratiquoient les pharisiens? Jusques à quel point n'a-t-il pas élevé, pour ainsi dire, certaines obligations du droit. naturel? Sur combien de sujets nVt-il pas usé de son souverain pouvoir, pour nous faire dé nouvelles défenses? On a dit à vos pères que telle ettelle chose leur étoient permises, (ainsi parloit-il aux Juifs) ; et^moi je vous dis que ces choses alors prétendues permises ne le seront plus pour vous.
Je sais ce qu'ont avancé quelques, interprètes, que le Fils de Dieu parloit de la sorte, non pas pour enchérh* sur la loi ni pour y rien ajouter; mais seulement pour corriger les fausses explications des scribes et des docteurs de la Synagogue. Mais je sais aussi que ce sentiment a été combattu par la plupart des Pères. Car, comme remarque saint Jérôme, si le Sauveur du monde ne prétendoit autre chose que de réfuter les pharisiens, sans établir de nouveaux préceptes, pourquoi auroit-il dit : Et moi je vous ordonne de faire du bien à ceux mêmes qui vous maltraitent, de prier pour ceux mêmes qui vous persécutent, d'aimer ceux mêmes qui vous calenmientf Où trouvoit-on ce commandement? dans quel livre de la loi étoit-il inséré? N'y voit-on pas tout le contraire ; et le droit de haïr ceux qui nous haïssent n'y paroît-il pas autorisé? Il est dont vrai que Jésus-Christ vouloit enchérir sur Moïse, quand il disoit : Ego autem dico vobû (Joan., iS) ; que son dessein étoit de nous prescrire des lois qui lui fussent propres : Hoc est prœceptîim meum; que ce que nous appelons Décalogue esc quelque chose pour nous de plus parfait qu'il n'étoit pour les Juils; et,' par une conséquence nécessaik*e, que pour aimer Dieu dans le christianisme, il en doit plus coûter qu'il n*en coûtoit avant la prédication de l'Évangile.
Voilà , mes chers auditeurs , ce que Tertullien , dans son siyle ordiiiaire , appeloit le poids du baptême, Pondus baptismi : et voilà ce qui lui donna lieu d'appuyer un sentiment qui, pour n'avoir pas été entièrement conforme à l'esprit de l'Église, ne laisse pas de nous fournir h matière d'une excellente réflexion : iaites-la, sli vous plaît, avec
sm L'AMOUR DE DIEU. S5
moi. n partoit dçs catëchumëneSy qai» touchés de la g[râce « et pressés d'an impatient désir de se voir incorpores dans TÉglIse de Jésus-Christ, demandoiodt avec instance qa'on les admit' au baptême; ce que l'on JQgeoit quelquefois à propos de différer, pour avoir des preuves plus certaines de leur foi. Ce retardement leur causoit une douleur extrâne; et TertulUen, au contraire , surpris de, leur douleur et de Tempresse» ment qu'ils (émoignoient , leur remontroit que s'ils avoient bien com« pris ce que c'étoit que le baptême, ils l'auroient plutôt craint qu'ils ne Tauroient souhaité : Si pondus inteUigereni bapAmù, qu$ eoruecra* HtmemmagiitmerentquàfndilaAonem (Tsbtull.). J'ai dit, GhrétieBS, que ce sentiment n*étoit pas conforme à l'esprit del'Égiise, paroequ'U fevorisoit im désordre déjà trop commun, de remettre jusqu'au mo* meor de la mort à recevoir le baptême , afin de vivre dans une plus grande liberté et avec plus de licence. Désordre que l'Église ne ttrféra jamais ; pourquoi? Parcequ'elle estimoit que le baptême étant le premier lien qui nous unit à Jésus-Christ , et le premier sacrement qui nous fait membres de son corps mystique , c'étoit un crime de se priver d'un tel avantage par la seule crainte des obligations qui y sont attachées. En cela donc Tertullien , aussi bien qu'en d'autres sujets , s'égaroit, aveuglé par son propre sens : mais en ce qu'il soutenoitquele baptême étoit un engagement pénibleet onéreux, ne parloit-il pasjuste? Jésns-GVinst Ini-même ne nous l'a-t-il pas fait entendre , et ne nous propose-t*il pas sa loi comme un joug? ToUitejugum meum super vog (Matth*, ifj. Mais il y en a, dites-vous, dans le christianisme qui m sentent pas la pesanteur de ce joug. Ah ! mon Frère , répond saint Augustin , cela peut bien être^ et cela est en eiïet; mais prenez garde à ne pas confondre les choses. Car vous ne ressentez pas le joug du baptême , ou parceqae Dieu vous donne des forces pour le portor, ou parceque vous vous en déchargez par une lâche infidélité. Si c'est l'onction de la grâce qui vous empêche de le sentir, j'en bénis Dieu et j'envie votre état, bien loin de vouloir vous le rendre suspect : mais si vous ne sentez pas ce joug, parceque vous ne le portez pas, ou que vous ne le portez qu'à demi ; si vous ne le sentez pas, parceque vous savez raccommoder à vos inclinations, et que vous croyez pouvoir l'accorder avec les douceurs de la vie ; si vous ne le sentez pas , parceque vous le réduisez à une austérité superficielle et apparente, et que vous n'en prenez que ce qui vous plaît , tremUez et confondez-vous. Car ce joug que vous pensez avoir secoué vous accablera un jolu*, et oesdevoirs que vous aurez négligés feront , au jugement de Dieu ,^ la matière de votre condamnation.
De là concluons que l'amour de Dieu doit donc être beaucoup plus généreux et plus fbrt dans un chrétien , puisqu'il doit avoir une vertu proportionnée à ces saintes et rigoureuses ohhgati^is que le baptême nous impose. Disons obligations , Chrétiens , et non pas purement ni proprement vœux : c^r un vœu, dit saint Thomas , c'çst , dans sa pr<h B, 2, • 5
p^^ signification » une chose dont j'ai le choix Ubre » que Diea ne me commande pas et que je me commande à moi-même, sans laquelle je pourrois me sauver et parvenir à ma fin. Or il n'en est pas ainsi des, obligations du baptême. Gomme le baptême depuis Jësus-Christ est Tunique voie du salut » les obligations qui en dépendent sont d'une absol^^ nécessité pour nous ; et quand je m'y soumets » quelque obéissance que je rende à Dieu» je ne hii fais point ce sacrifice pleinement volontaire que le vœu exprime. C'est ainsi que raisonnent les théobgiens , non pas pour ôter à une ame fidèle la consolation de se croire engagée à Dieu par des vœux » pourvu qu'elle convienne que ces vœux du baptême sont tellement des vœux, que Dieu né lui en a point laissé la disposition ; pourvu qu'elle reoonnoisse qu'outre ces vœux de nécessité il Y en a d'autres de oonseîl , dont Dieu se tient spécialement honoré » et qpii élèvent l'homme à une perfection encore plus éminente » tels que sont les vœux de la religion et du sacerdoce : enfin » pourvu que sans y penser elle ne fovorise pas Terreur des derniers hérésiarques , qui , pour colorer dans le monde leur apostasie, commencèrent, sous ombre de réforme , k exalter les vopux du baptême , pour décrier celui de la continence, qu'ils avoient honteusement abandonnée. Du reste , que ce soient obligations ou vœux du baptême , toujours est-il ▼Tjii qu'ils nous rendent beaucoup plus difficile la praUque de ce premier commandement , Dilige$ ; puisqu'il est impossible, dans la loi de grâce » de former l'acte d'amour de Dieu , sans vouloir accomplir de bonne foi tout ce qui est contenu dans la profession du cbristiam'sme. )e vais même plus avant , et je finis par une pensée de Guillaume de Paris 9 digne du zèle de ce grand évêque ; mais dont je craindrois de vous foire part , si je u'étois également sûr et de votre intelligence et de votre piété : écoutez-k. C'est qu'afin que l'acte d'amour de Dieu ait œ caractère de perfection <pit Dieu exige pour le salut» il ne suffit pas qu'il s'étende absolument à tous les^ préceptes , soit naturds , soit positifs de la loi chrétienne ; mais il doit encore , sous condition , embi'asaer tous les conseils ; sous condition , dis-je , remarquez bien , s'il vous plait, ce terme;. en sorte que s'ilétoit nécessaire, pour marquera Dieu mon amour , de pratiquer œ qu'il y a dans les conseils évangéliques de phia mortifiant, de plus humiliant , de plus opposé à la nature et à l'amour-propre, en vertu de ce seul acte. J'aime Dieu , je fusse disposé à tout entrependre et à tout souffrir. Ne pensez pas que cette disposi* tion , quoique couditionueUe , soit chimérique : il n'est rien de plus réel ; pourquoi ? parceque , commie il n'y a pas un conseil évangélique qui ne puisse devenir, et qui , dans mille rencontres, ne devienne un commandement potar moi , il fout que l'amour de Dieu me mette au moins faabittiellenieiit dans ia disposition où jedevrois être » et m'in* Sfire la force que je dejvrois avoir si je me trouvois dans ces conjonctures. Ainsi f je ne suis pointobligé , ptrceque j'aime Dieu , à quitter le Blonde, ui à prenéru le parti de la retraite; mais je auis oUîgë
SUR rAMODR DE DUU. 3S
d'écw pMp&té à Vm et k Fautra , pafoeqne «a fbiblesae pourroit être teDe, que le moDde seroit éridemment un écueîl i mon inno» œaoe , et qu'il n'y auroit que la retraite qui pût me gai^antir. Renonoer à mes bifsns » ce n'est , dans la docirine de Jésus-Christ , qu'un sûnpie ecmseil ; mais Atre prêt à y renoncer, c est un pnécepie rigou^ reux t parœque Texpérienoe pourroit me eènvaincre que je ne puis Jea retour sans m'y attacher ^ ni nl'y attacher saps^ me perdre. Dieu ne Décommande pas d'endurer le martyre » mais il me commande d'être résolu à Tendurer, paroequ'il pourroit y ravoir telle occasion oik le martyre eeroit une ëpreu^ei indispensable de ina foi s d'oïl yient que TertoBien, parlant de lafoi descfarétiens^ dispit exoéttemment qu'elle nous rend responsables et redev^dblef à Dieu de nous-mêmes , jusqu'à BOUS obliger à souffrir pour« lui )e martyre quand il y va de sa gloire : Fukm manym debiiricem ( Tutull. )• ' '
Qr la charité ne vous charge pas moins de cette dette. Dites*moi donc f Chrétiens » quand les martyrs dans les persécutions se lais* soient immoler comme des victimes » quand ils se laissoient brAler par le feu , quand on les étendoit sur les roqes et sur les chevalets « et que pour l'amour de Dieu ils sonteaoient avec un courage inviu'* dble toute la rigueur des tourments ^faisoient-ib une œuvre de sure* rogation , et pouveient-Us s^en dispenser ? Non ; nais cela étoit néoessaôreedon la loi de la charité i et s'ils n'avoLent eu cette résolution et ce courage, ils auroiant été réprouvés d^ Dien^ L'Évangile nous en assure ; et voilà pourquoi Ton e^^communioit ceux qui ne résis* toient pas jusqu'à l'effiision de leur sangi Bien loin d'avoir égard à leur foîblesse , on les déelaroit apostats , et on les retfaachdt comme des membres indignes de iésusr<]lhrist. Les martyrs qui triompfaoient de la cruauté des bourreaux étoient seulement loués pour avoir Ait leur devoir , et non pas plus que leur devoir. Si laeraiote les éàt fiât succomber, au Ueu des bénédkiions que leur. donooit l'Église ^ fUe n'auroit eu pour eux que des foudres et des anathèmes. Mais quoi I le commandement d'aimer Dieu aUoit-il dond jusque là f Oui, mes chers auditeurs ; et si nous nous en étonnons , c'est qne nous n'avons pas encore oommenoé à connoltre Dieu , ni à mesurer la perfection de son amour par la sévérité des lois du monde. Car telle est la fidélité dont en se pique dans le monde à l'yard dé son prince et de sa patrie. On se fait un devon* parmi les hommes d'être prêt à mourir pour des bommes ; et non seulement on s'en fait un devoir , mais on érige ce devoir en point d'honneur. Nous voyons tous les jours des sages du monde sacrifier polerr cela leur repos , leur santé , leur vie ; et parceque souvait ils ne s'y proposent que des vues humaines , es. sont des martyrs du monde : po^urquoi donc trouver étrange que Dieu du moins en demande autant de ceux qui Taiment , et que la charité ùt ses martyrs comme le mondé a les siens ?
Cqiei^kiBt, mes iftera auditeurs t éTA iTet^iBSoit dedeilner à Dieu
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ce témoignage de notue Murar , y serions-BoiiB dispoèés ? S^il faHoît , aa mèmeot que je parle , ou le renoncer ou mouriry trouv^rcit*!! encore en noUs de^ martyrs? Dispensez-moi , Chrdiiens^ de répondre à oette question , qui m'exposeroit peut-^étre , ou à trop présumer de votre coDSjtaDce , ou à trop me défier de votre lâcheté. Ce que je sais et ce que toute la théologie m'apprend , c'est , mes Frères , que si nous avons cet amour^ qui est le grand commandement de la loi , sans antre préparation d'esiyrit et de cœur, nous scmimes en état d'éUre les martyrs de notre Dieii ; et que s'il nous manque aussi quelque chose pour être les martyrs de notre Dieu , quoi que nous sentions d'ailleurs pour lui ;* nous n'avons pas encore cet aînour qiii nous est si expressément ordonné dans la loi. Qoelques uns prétendent qu'il estdange* reux de £aire ces suppositions , et moi je soutiens que ces suppositions ainsi faites sont d'une utilité infinie : pourquoi ? premièrement , pour nous donner une haute idée de l'excellence et de la grandeur du Dieu que nous servons ; en seoond lieu » pour nous inspirer, quand il est question de lui obéir, des sentiments nobles et généreux; enfin, pom* nous humilier et pour nous confondre, quand nous manquons à certains devoirs aisés et communs , puisque la charité nous impose de si grandes obligations.
Mais ces suppositions vivement conçues peuvent porter au désespoir. Oui, Chrétiens^ elles y peuvent porter ; mais qui? ceux qui comptent sur. leurs f^opres forces , et non point ceux qui s'appuient sur les forces de la grâce ; puisqu'au contraire rien n'est plus capable d'animer noire espérance , que la grandeur et la difficulté de ce commandement. Car il me suffit de savoir que Dieu m'oblige à cela , et que cela surpasse infiniment tout ce que je puis de moi-même, pour être assuré que Dieu, qui est fidèle , me donnera infailliblement des secours proportionnés à. ce qu'il me commande. Et voilà ce qui soutiei^t l'espérance chrétienne ; au lieu que de moindres préceptes , par leur hdSké apparente, font souvent naître la présomption. Ahl mes Frères , c'est maintenant que je conçois d'où vient l'efficace , on» pour mieux dire , la touteipuissance de la charité divine^ Quand on me disoit autrefois qu!il ne falloit qu'un acte d'amour de Dieu pour effacer tous les péchés ; quand on m'alléguoit l'exemple de Madeleine » qui par ce seul acte intérieur avoit expié tous les désordres de sa vie ; quand on me citoit les Pères de l'Église , qui conviennent que cet note , s'il est sincère , a autant de vertu pour justifier un pécheiir que le baptémeetquelemartyre : quoiquejecrusse ces vérités, parcequela foi les autorise, à peine les pouvois-je goûter, paroeque je n'en péoétrois pas Je secret. Mais à prient , ô mon Dieu , je n'en suis plus surpris ; oar il est bien juste que puisque notre amour pour vous est une disposition au martyre , il ait autant de pouvoir que le martyre ; et puisqu'il embrasse toutes les promesses et.tQutes les obligations du bap« ttoie, il 9oi( 9Vm s9m6Sm ei aussi purifiant qne le baptém^^ Maïs
SUR L'ÉTAT DO PÉCHÉ, %tc, 57
a oeb est^rrai » Chrétiens , et A toutce quej'aii dîi est nécessaire pour produite un acte d'amour de Dieu, ifuel est cel«i qui aime Dieu? (Test un mystère de prëdestinatioD qu'il ue>noas appartient pas d'examiner. Dien a ses i^rëdestinës, et il les oç^nnolt. Ne nous mettons point en peine s'ils sont en grand nombre ou en petit nombre ; mais tâchons à faire oe qui dépend de nous pour avoir place parmi cette troupe sainte. L'ApAtre se prostemoit tMs les jours devant le P^ des miséricordes , pour lui demander la scî«ice surënnn^ de son amour : faisons Ja même prière, et demandons-lui celte science qoi est la première de toutes les sciences. Disons-lui aveq saint Aur gusiin : Sera te amavi ( AvG. ) : Ah ! Seigneur , c'est trop Urd que je irous ad aune : je le dis i ma confusion , et je reconnois avec douleur que dans tout le coups de ma vie je n'ai peut-être jamais fait un seul acte de votre amour. Et comment Taurois-je fait, ô mon Dieu , puisque je ne. savoîs pas même en quoi il consiste et ce qu'il renferme ? Mais maintenant que j'en suis instruit , je veux enfin vous aimer de toute retendue de mon cœur et de toutes les forces de mon ame.. Je veux, 4is- je, vous minier comme vous méritez de l'être, et comme vous voulez l'être, d'un ^imour de préférence, d'un amour de plénitude « dm amour de perfection. Faites cela , mon cher auditeur, et vous vivres : Jloc foc, et vives (Luc, 40). Après avoir aimé Dieu dans le temps, TOUS l'aimerez et vous le posséderez dans rélernité bienheureuse que îe vous souhaite , etc.