‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 100 sur 119 · LE DIMANCHE DE LA GINQUIËME SEMAINE DE CAEÊME · texte numérisé non relu

LE DIMANCHE DE LA GINQUIËME SEMAINE DE CAEÊME

SOI U PiBOM 01 DUO.

SoiiT. Celui qui est de THeu entend la paroU de Dies.

Il n'est rieo de plu elBcaca el depUu fort que la parole de Dieu. Mais pnUqu e'est par elle que Diea a opéré taot de miracles dans l'ordre de la natore et dans cdui de Is grâce , d'où vient qu'elle est aujourd'hui si stérile dans le christlanisaie f d'oi Tient même qu'an lien de nous être salntaire, elle a ions If s jours un eOèt tout opposé, et qne souvent elle est le sujet de notre condamnaUonr Vdlà ce que nous avons à examiner dans ce discours.

Division. Si la parole de Dieu ne prodoit plus présentement les mêmes frolts qu'elle prodoisoit autrefois , oe n'ei^ ni à cette sainte parole qu'il faut s'en pnadre, ni aux prédicateurs qui la débitent, mais aux chrétiens qni l'écootent. Ce n'est point à la parole de Dieu, puisqu'elle est toujours la même. Ce n'est point aux prédicateurs qui la débitent , puisque son efficace n'est attachée ni àjeurs talents , ni à leur stinleié. Par conséquent a c'est aux chrétiens qui l'écoutent et qui loi opposent trois obstadef bien ordinaires, savoir : le dégoût de la parole de Dieu, l'abus de la parole de Dieo, et une résistance volontaire à la parole de Dieu. Sur quoi je fois trois propositioni, et je dis : que le dégoût de la parole de Dieu est un des plus terribles châtiments que doive craindre un chrétien : première partie; que l'abus de la parole de Dieu est bo des désordres les plus essentiels que puisse commettre un chrétien : deuxième partie; enfin , qne la résistance à la parole de Dieu est une des plus prochaines dispositiooià l'endtirdssement et à la réprobation d'un chrétien : troisième partie.

PaxHiàsB PART». Le dégoût de la parole de Dieu est uo des plos terriblea châliaieob que doive craindre un chrétien. C'est par sa parole que Dieu a sanctifié le monde, et c'est par sa parole encore qu'il le veut sanctifier. Ce que saint Paul a dit de U foi i qu'elle n*est venue que de ce qu'on a entendu, et qu'onn'a entendu que parcequela^ rôle de Jésus-Christ a été préchée, nous pouvons le dire de la pénitence A l'égard do pécheurs, et de la persévérance à l'égard des Justes. On ne se convertit, ou l'on nf persévère dans une vie chrétienne , qne parcequ'on se sent touché des vérités éternelles ; et ces vérités sont la parole de Dieu que l'on entend. D'où il s'ensuit qu'un da plus grands malheurs pour nous est de tomber dans le dégoût de cette divine parck-

Ceci suffiroit pour établir ma première proposition ; mais je vais plus lo':n. SiK vonlûis examiner les principes de ce dégoût, je vous ferois aisément reoonnoltrequ^ Tient dans les uns d'un orgoeil secret, dans les autres d'un fonds de libertinage, dsa i ceux-ci d'un attachement honteux aux plaisirs des sens, dans ceux-îà d'ahe iosatiabk cupidité des biens temporels. Mais contentons-nous d'en voir les malbeureuaes coot^ . quences. Car que fait ce dégoût de la sainte parole? 1^ il nous en éloigne ; 2o il dou rend incapables d'en profiter. Double châtiment de Dieu.

i. Ce dégoût nous éloigne de la parole de Dieu, premier châtiment. Figure à» Juifs qui se dégoûtèrent de la manne, et qui ne la recueilloient plus qu'avec dédain ^ effet de la vengeance du Seigneur, selon hi remarque d'Origène et de saint Jérôme. Ainsi la parole de Dien est la vraie manne ; et quand autrefois nous étions dans l'ordre, nous la goûtions , nous la cherchions: mais maintenant que nous avons engage Dieu à se tourner contre nous, nous la négligeons et nous refusons de l'entendre.

2. Ce dégoût nous rend incapables de profiter de la parole de Dien« autre diâbme9t* Car pour bien profiter d'une fiande, il fagt l'aimer et lu goûteri Sortout, pou

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profiter de la parole de Dieu, il faut que Dieu y ajoute ToncUon de sa grâce ; et qoand Diea voit le mépris que nous faisons de sa ps^le, il nous laisse dans notre indifférence, sans se faire sentir intériearement à nous.

Vous me dires que ce dégoût n'est point précisément un dégoût de la parole de Dien, mais de la parole de Dieu mal annoncée. Et moi je réponds : S'il étoit yrat , comme tous le prétendez, qu'il n*y eût plus de prédicateurs capables de tous bien annoncer la parole de Dieu, cela même ne seroit-il pas une punition Tisible du ciel ? Cependant nous n'en sommes pas là ; et j'ajoute que le châtiment ne consiste pas en ce qu'il n'y ait point de prédicateurs, mais en ce qu'il n'y en ait point selon Totre goût dépravé; car c'està votre égard comme s'il n'y en avoit point du tout. Le comble du malheur est que vous ne comprenez pas là-dessus votre malheur. Vous regardez ce défaut de prédicateurs , tels que vous les demandez, comme une preuve de Iv flnesse et de la justesse de votre esprit; mais Dieu sait bien confondre cette prétendue finesse et cette fausse justesse par elle-même, en permettant qu'elle serve d'obstacle à un nombre infini de grâces dont votre salut dépend. Heureux, mon Dieu, ces cœurs dociles qui goûtent votre parole, et qui Técoutent et se mettent en état d'en profiter, parcequ'ils la goûtent!

DEuziàns PÂBTiE. L'abus de la parole de Dieu est un des désordres les phis essentiels que puisse commettre un chrétien. A quoi l'apôtre saint Paul rédniioit-il l'abus de la communion ? à ne pas faire un juste discernement du corps de Jésus>Gbrist, et à manger cette viande céleste comme une viande commune : Nim dijtidieans cùrpus Dotnini, J'applique ceci à mon sujet. Nous commettons mille abus (tens l'usage de la l>arole de Dieu; mais Tabns capital est que nous ne faisons pas le discernement nécessaire de cette adorable parole ; c'est-à-dire que nous ne l*éGoutons pas comme parole de Dieu , mais conune parole des hommes ; et voilà ce que j'appelle un désordre : 1^ désordre par rapport à Dieu; 2*» désordre par rapport à nous-mêmes.

i • Désordre par rapport à Dieu. Quand vous ne faites pas un juste discernement du corps de Jésus-Christ , vous le profanez ; et, par la même règle , je dis que vous profanez la parole de Dieu , quand vous ne savez pas la discerner de la parole de l'homme. Ecoutez sur cela saint Augustin. La parole de Dieu , dit ce Père, n'est rieu â notre égard de moins précieui que le corps de Jésus-Christ. D'où il tire cette conclusion , que celui-là dooc n'est pas dans un sens moins criminel envers Dieu , qui abuse de cette parole et qui la profane , que s'il profanoit le corps du Sauveur. C'est néanmoins ce qui arrive tons les jours. Si l'on entendoit la parole de Dien comme parole de Dieu, on l'entendroit avec recueillement, avec respect, avec humilité, avec attention , avec un esprit et un cœur docile : an lien qu'on l'entend avec des dispositions toutes contraires.

2. Désordre par rapport à nous-mêmes. Gomment? c'est qu'en abusant de la parole de Dien et en la profanant, nous nous la rendons inutile. Car la parole de Dieu, reçue comme parole de Tbomme, ne peut produire que des effets proportionnés à la vertu delà parole de l'homme. Or la parole de l'homme n'est d'elle-même ponr le saint qu'nn vain instrument. C'est pourquoi saint Paul félidtoitles Thessaloniciens de ce qu'U^ avoient reçu la parole de Dieu, non comme parole d'un homme, mais comme parole de Dien. YoÛà, leur disoit-il, la source des bénédictions que Dieu a répandues sur votre Église. Au contraire, dans cette ville de Lycaonie, où saint Barnabe et saint Paul ftarent écoutés avec tant d'applaudissement qu'on vouloit leur offrir de l'encens, leurs prédications ne firent aucun fruit : pourquoi? parcequ'pn écontoit ces deux apôtres et qu'on les admiroit comme hommes. Ainsi tant de mondains admirent quelquefois le prédicateur, mais ne se convertissent pas. C'est ce que faisoieot les Juifs lorsque le prophète Éséchiel leur annonçoit lès calamités dont Dieu devoit bientôt les affliger. Hs conroieot en foule l'entendre, ils lui applaudissoient; mais ils ne pra1i< quoieut rien de ce qu'il leur ensefgnoit : Audiimi^verha tua» et non faciunt ea.

Aussi est-il de l'honneur de Dieu que la conversion des âmes, qui est le grand ouvrage de sa grâce» ne soit pas attribuée à la parole des hommes, ni même à la sienne confondue avec celle des hommes. Pour vous punir, il ne vous laissera de sa parole que ce qu'elle a de spécieux et d'agréable : ipaii ce qu'elle a de solide et d'avantageux, jl le donnera à ces âmes choisies qui ne cherchent dans sa parole que sa parole même.

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(t qui MOHMMiow^ BiM FrèrM» pour mériter qm yùqb tous oeeapics de nom? Ce n'est pat qae fooi ne piriiiks ebciiir tel prédicalear préMrablemeQtà l'antre. Mail mr cela voici deai avis importants que vons derei sniTre t f • entre les ministres de Jésos-Glirist, ne préfères pas tellement l'nnqiie ?ons méprisies les aotrc^ car ils soat tons envoyés de Dieui i* n'ayes égard, dans le cfaoii que tous faites, qu'à Totre aranoemeot spirituel et à votre perfselion.

Tsoisifcsn PABTiB. La résistance à la parole de, Dien est ane des plus prochaines disfKWtions à Tendurcissement et à la réprobation d'an chrétien. Il y a des choses qai ■e peuvent être Inutiles sans devenir préjndidables» et telle est la paorole de Dieo. Le Saint-Esprit l'appelle tout à la fois une viande et one épée : une viande, tékm la rmarque de saint Bernard, pour oeui qui en profitent i et nue épée dont les coups soat mortels, pour eeni qui n'en profitent pas. C'est ainsi que cette parole a toojours son affet, ou efllst de miséricorde, on effet de justice ; Non revetietur ad me taaaim. Or quels sont ces efiéts de justice attachés pour nous à la parole de Dieu, quand nous loi résiitOQs? r Endurcissement du pécheur ; 2» eondanmation dn pécheur.

f • Endurcissement dn pécheur. Exemple de Pharaon : il résista à la parole de Dieo en résistant à la parole de Moïse; et Dieu lui endurcit le cœur, ou plutôt il s'endurât lutHDdme le cœur, par son opiniâtre résistance.

3. Condamnation du péeheur. Car plus le talent qu'on lui avoit mis dans les raaiai étoit précieox, plus est-il criminel de n'en avoir fait nul usage. Dieu lui en demandera oouipte dans son jugemeot dernier, et deux sortes de personnes s'élèveront contre Jni : auditenrs qui auront honoré la divine parole, et prédicateurs qui la lui aoroot anooneée. Ahl Seigneur, serai-je donc employé à ce triste ministère r Aprfes avoir été le prédicateur de cet auditoire chrétien, en serai-je l'accusateur f Non, mon Dien ; mais dès maintenant j'aurai recours, et pour eux et pour moi , au tribunal de votre m\s6r\corde. Je vous supplierai de répandre sur nons rabondance de vos grâces, afin que, par la vertu de votre grâce, votre parole nous soit une parole de sanctiflcatkm.

LUNDI DE hK CINQUIÈME SEMAINE.

SUB i^'ahocb db dieu.

Sojir. Or il dit rein de Vesprii qu'ils devotsnl recevoir par la foi.

Nous devons tous être animés do même esprit que les apôlres, et cet esprit que leor promeitoit le Fils de Dieu étoit un esprit de vérité, mais surtout un esprit d'araonr. Or n'est-il pas étrange qa'noiqœment créés pour aimer Dieu, nous ayooa peut-être jusqu'à présent ignoré en quoi consiste l'amour de Dieu? Il est donc important de vo^ en donner une cpnnoissance exacte, et c'est ce que je vais foire dans eo diacouiS'

Division. Adoucir les préceptes de la loi de Dieu, et les outrer, ce sont deux extrémités entre lesquelles nous devons prendre un juste milieu. Saq&donc exagérer voi obligations looobant l'ampur de Dieu, ni les diminner, je vous dirai préoisémeot ce que riÉvangUe nous eoseigne. Cçla supposé, j'entre daos mon dessein, et je iMPéteadi que r^mour de Dieu qui nous est comipandé doit avoir trois caractères : runpar npport à Dieu, l'autre par rapport à la loi do Dieu, le troisième par rapport au ehristisnisipe, ou nous sommes engagés par la yocationde Dieo. Par rapport à Pleu^ amour (|e préférence, première partie. Par rapport à la loi de Dieu, amour de plénitude» deuxième partie. Par rapport an christianisme, amour de perfection, troisièoQe partie.

PBEniBBB PÀBTiK. Amour de préférence, c'est-à-dire amonr en vertu duquel je préfère Dieu à toute créature. Dieu pe me commande pas de l'aimer d'un amour tendre et sensible; cette sensiblite n'est pas toujours en mon pouvoir : ni d'un amoar coatraint et forcé ; il ne seroit pas honorable à Dieo d'être aimé de la sorte : ni même d'un amour fervent jusqu'à certain degré ; se degré de ferveur ne m'est pas connu, et Dieu n'a pas voulu me le prescrire : mais il exige de moi que je l'aime par préférence à tout ce qo| n'est pas Dieu, en sorte que je sois prêt à tout quitter «t à tout saeriller pourloi«

Cet amour n'est-il pas bien ralsoqnable ? nn roi veut êfare servi en roi ; pourquoi Dieu ne 8era*t-il pas aimé »^ Dieu? Or il ne peut être aimé eo Dieu» s'il n'eat aimé

préférablemeot à toutes les créatures, puisqu'il n'est Dieu que piroequ'il est an-dessns de toates les créatores^

Ainsi l'aimoit saint Pau1> quand il s'écrioit : Qui me séparera de la charité de Jésup- Christ ? L'apôtre, en faisant ce défi à toutes les créatures, ne partoit point par un excès de zèle ; mais il exprimoit seulement l'obligation commune de l'amour de Dieu. Application de ces paroles aux difTérentes occasions où nous pouvons nous trouTer, et où nous devons dire comme saint Paul, et dans le même sens : Je suis certain que ni la mort, ni la vie, ni la grandeur, ni rabaissement, ni les principautés, ni les puissances, ni toute autre créature ne pourra jamais me détacher de mon Dieu.

Tel étoit aussi le sentiment de saint Augustin. Si Dieu, disoit ce Père, yoos olfrolt les biens du monde, et qu'il vous en assurât la possession pour toute l'éternité; mais * à une condition, qui seroitde ne le voir jamais, Toudriez-vous les avoir à ce prixP Si cela est, yous n'aimez pas Dieu, parceque vous ne l'aimez pas au-dessus de tous les biens temporels.

Fafsons une supposition plus naturelle encore et plus présente. Imaginec-Yons la chose du monde pour laquelle tous avez plus de passion ; c'est votre honneur. Supposons qu'on TOUS l'ait ôté. Sur cela je vous demande si tous aimez assez Dieu pour croire que tous Toulussiez alors lui faire un saerifice de votre' ressentiments II est difficile, j'en conviens, d'être disposé de la sorte : mais difficile tant qu'il vous plaira, c'est une disposition'nécessaire, et sans laquelle il n'y a point de vrai amour de Dieu. Amour de préférence; c'est ce qui condamnera au jugement de Dieu tant d'ames mondaines, qui, pour s'être attachées à de fragiles créatures, les ont aimées jusqu'à oublier l'essentielle obligation que leur Unposoit la charité due au créateur. C'est œ qui condamnera en particulier tant de pères et de mères, tant de femmes chrétiennes, tant d'amis trop affectionnés à ceux qu'ils 'ne dévoient aimer qu'après Dieu et que pour Dieu.

DauxiinE p4btib. Amour de plénitude par rapport à hi loi de Dieu, c'est-à-dire amour qui nous doit faire observer toute la loi de Dieu; et voilà le mystère de cette grande parole de TApôtre : Plenitudo legis est dilectio. Il n'en est pas de la charité comme des vertus morales et naturelles , enscnrte que nous puissions dire quand nous accomplissons un précepte. J'ai une charité commencée ; si j'en accomplis plusleors, cette obarité croit en moi, et die sera parfiiite lorsque je les accomplirai tons. Non, il n'en va pas ainsi. L'essence de la charité ne souffre point de partage, non plos que la aubstance de la foi. Doutez d'un seul article, plos de foi; et violez un seul précepte, pins d'amour de Dieu.

C'est donc dans l'amour de Dieu que sont rénnis comme dans lenr centre tons les commandements de la loi, parceque cet amour, en vertn de ce qu'il contient et de ce que nous appelons sa plénitude, est une défense générale de tout ce qui répugne à l'ordre, et un commandement universel de tout œ qui est conforme à la raison. En sortis que dire intérieurement à Dieu qu'on l'aime, c'est Ini promettre d'obéir à toutes ses Tolonlés.

Sur quoi, saint Augustin finit une réflexion-bien judicieuse, en oomparant deux passages de l'Evangile, l'un où , Jésus-Christ dit : Si vous gardez mês eommalidemenis, vous serez dans Vexercice a^ituel de mon ammari et l'autre, où H dit : 8i vous m'ai" tnez, gardez mes commandements. Est-ce donc par la charité que la loi s'accomplit ? demande saint Augustin; ou bien est-ce par l'accomplissement de la loi que la charité se pratique? L'un et l'autre, répond ce Père, se vérifie parfiiilement. Car quiconque aime Dieu de bonne foi a déjà rempli tous les préceptes dans la disposition de fton cœur : et quand il vient à les accomplir dans' rexécutlon, il ratifie seulement et il confirme par ses œuvres ce qu'il a déjà thïi par ses sentiments. D'où il s'ensnit qu'on honune qui manque à un point de la loi, quoiqu'il observe tons les antres, n'a pas plus de charité, j'entends de cette charité divine et surnaturelle qui nous aauTe, qoes'il manqnoit à toute la loi. Gomment cela ? parcequ'en omettant un point de la loi, il n'a pins ce qui est essentiel à la charité, savoir, nue volonté efficace de remplir toute l'étendne de la loi.

Voilà le sens de cette parole de saint Jaeques : Quiconque pèche contre un seul précepte est aussi coupable, o'est-à-dire perd aussi Immanqnahlement la grâce et la

diarité, que s'il péchoit contre tous. Et cette loi, mon Diea, reprend saint Bernard» cette loi de votre arooor n'eit-elle pat bien juste? Qa'nn ami m'ait manqué à moimême dans une affaire importante, quoiqu'on toute autre chose il soit sans reprodie à mon égard, je ne le regarde plus alors comme ami.

Faot-il conclure de là que quand on a une fois violé un précepte et perdu la charité, OD peut donc impunément les Tioler tons ? ceseroit raisonner en impie et en mercenaire. Quelque indivisible que soit la charité, il est toujours vrai, reprend saint Augoitin, que plus vous violez de commandements, plus vous vous rendez Dieu ennemi, plus le retour à sa grâce vous devient difficile, plus vous grossissez ce trésor de colère qu'il produira contre vous an jour de ses vengeances. Mais du reste, convenons aussi qu'il y a bien de l'illusion dans la conduite des hommes à l'égard de ce grand précepte : Vous aimerez le Seigneur votre JHeu* Rien de plus aisé que d'aimer Dieu en paroles, mais rien de plus rare que de l'aimer en pratique.

TaoïsifeHB PASTiB. Amour de perfection par rapport au christianisme. Ceci se réduit à deux points, i^ Dans le christian'sme le précepte de Tamour de Dieu impose à l'homme des obligations beaucoup plus grandes que dans l'ancienne loi. 2» Par conséquent racle d'amour de Dieu doit être dans nous beaucoup pins héroïque quV ne devoit l'être dans un Juif ou dans un Gentil, avant que la loi de grâce eût été pobliée.

1 . Dans le christianisme le précepte de l'amour de Dieu impose à l'homme des obligations beauooop plus grandes qne dans l'ancienne loi : pourquoi cela 7 parceqne la loi nouvelle, à quoi il nous oblige, est beaucoup plus sainte que la loi de Moïse, Il est vrai que c'est une loi douce, selon la parole de Jésus-Christ : mais non point en ce sens qu'elle nous prescrive des devoirs moins rigoureux. Ce n'est point en cela, dit Terlullieo, qne consiste sa liberté. Au contraire, combien de fois le Sauveur du monde nous a-t-il déclaré que pour être son disciple, il fSilloit renoncer au monde et se renoncer soi-même beaucoup plus parfaitement que Moïse ne le demandoit? On a dit à vos pères que telle et telle chose leur étoient permises, ainsi parloit-il aux Juifs; et moi je vons dis que ces choses alors prétendues permises ne le seront plus pour vous. Gela nous fait entendre, quoi qu'en aient pensé quelques inierprètes, que Jésus-Cbrist a enchéri sur la loi de Moïse, et qu'il nous a imposé dans sa loi de nouveaux préceptes.

Voilà ce que TertuUien appeloit le poids du baptême, et voilà pourquoi il s'étonnoit que les catéchumènes eussent tant d'empressement pour être incorporés dans TÉglise de Jésns-Ghrist. Il raisonnoit mal dans la conséquence qu'il tiroit : mais son principe étoit toujours vrai, que le baptême est pour nous un engagement pénible et onéreux. Mais il y en a, dites-vous, qui ne sentent pas ce joug. A cela je réponds qu'ils ne le sentent pas, ou parceqne Dieu leur donne des forces pour le porter, ou paroequ'ils s'en déchargent par une lâche infidélité. Or l'un et l'autre n'empêchent pas que ce ne soit un jong : Tollïtejugum meum super vos,

2. Gondoons donc que l'amour de Dieu doit être beaucoup plus généreux et.plns fort dans un chrétien, puisqu'il doit avoir une vertu proportionnée à ces saintes et rigoureuses obligations que le baptême nous impose. Disons obligations do baptême, et non pas vœux, parceque le vœu dans sa propre signification est un engagement libre, c'est-à-dire un engagement que Dieu ne nous commande pas, mais que nons contractons de nous-mêmes et par notre choix.

Je vais plus avant, et je dis même avec Guillaume de Paris, que l'acte d'amour de Dieu doit embrasser tous les conseils sousloondiUon; en sorte que s'il étoit nécessaire, pour marquer à Dieu mon amour, de pratiquer ce qu'il y a dans les conseils de plus mortifiant et de plus humiliant, je fosse disposa à tout entreprendre et à tout souffrir. D'où vient que TertulUen appelle la foi, Fidem martyrii debitricem, expression qni convient également à la (Parité. Ainsi quand les martyrs versoient leur sang, ils étoient loués simplement dans l'Église pour avoir fait leur devoir, et non pas plus que leur devoir ; et ceux qui cédoîent à la rigueur des tourments étoient excommuniés comme des apostats. Il seroit bien étrange qu'on n'eût pas daus le christianisme, à l'égard de Dieu, la même fidélité dont on se pique à l'égard de son prince et de sa patrie.

Or dites-moi. Chrétiens : s'il s'agissoit maintenant ou de renoncer notre Dieu on de mourir pour loi, trouveroit-il encore dans nous des martyrs? Si nous ne sommes disposés de cœur à mourir pour sa cause, nous ne Taimons pas. Quelques uns pré-

lendeat qu'il est dangereux de faire ces suppositions ; et moi je soutiens qoe ces suppositions ainsi faites sont d'une utilité infinie, i^ pour nous donner une haute idée de Dieu; 2° pour nous inspirer, quand il est question de lui ol)éir, des sentiments nobles et généreux; S» poumons humilier quand nous manquons à certains deToirs aisés et communs. Mais ces suppositions peuYent porter au désespoir. Oui, elles peuvent porter* au désespoir; mais qui? ceux qui comptent sur leurs forces, et non point ceux qui s'appuient sur les forces de la grâce.

Je conçois maiutenant quel est le mérite de la charité divine. Mais si tout ce que* j'ai dit est nécessaire pour aimer Dieu, quel est celui qui aime Dieu? Demandons, comme l'Apôtre, ce saint amour. Disons, comme saint August n : Ah! Seigneur, je TOUS ai aimé trop tard ; mais au moins veux-je commencer présentement à vous aimer.

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