‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 117 sur 119 · LE DIXIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE · texte numérisé non relu

LE DIXIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE

sua L*BTiT .DE VIE ET LE SOIN DE S'v PERFECnOlflf EB.

Sujet. Le pharisien u tenant iebaui faïsoït iniérièwnmenX cette prière : Seigneur, je vous rends grâce de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes.

Voilà l'esprit de l'ambitieux : il veut toujours monter, toujours s'élevor au^essns des autres , au Ueu de demeurer sagement dans son état et de travailler A s'y perioctionner.

Division. L'ambition nous porte A un rang où nons ne devons point aspirer, puisqu'il est au-dessus de notre état; et elle nons entretient dans une négligence entière des obligations de notre état, on néanmoins nous devons vivre et nous perfectionner. En deux mots , on vent être ce qu'on n'est pas : première partie; et l'on ne vent pas être oe qu'on est : deuxième partie.

PEEMifcBfe PAHTiE. Oq veut être ce qn'on n'est pas , on veut s'élever au-dessus de son état : ambition que les philosophes mêmes et les sages du paganisme ont condamnée. Mais tenons-nous-en aux maximes de la foi, qui nous apprend que rien n'est plus fatal pour le salut que oe désir de sa propre élévation. Gioq raisons :

I . Paroequ'il n'est rien de plus difficile que de s'élever dans te monde et de ne pas

onMier D!ea ni s'oddier sot-même ; cTest la belle leçoo que ftiiioit saint Bernard ao pape Eogène.

2. Parœqa'en s'élèvent » on iPattire par nne suite néeessaire des obligations infiniea de conicienoe auxquelles on ne satisfait presque jamais , on l'on ne satisftât qn'imparfliitement. Dans cette vie, disoit Gassiodore« le pouvoir et le devoir sont deux ehosea inséparables. Être plus que nous n'étions , (f est devoir plus que nous ne devions et à Dieu et aux bommes. Quelles sont, par exemple • dans l'Église , les obligations d'un prélat f Aprte cela ne nous étonnons pas que les Saints aient fui ces digmtés éclatantes dont la vue nous éblouit ; mais ce qui doit nous étonner, c'est que des honunéi mille Ibis moins capsbles qu'eux d'en remplir les obligations, les rechercbent avec tant d'ardeur.

5. Parceque, pour s'élever dans le moiide , il faut avoir des qualités et des vertus acquises qu'on a fbrt rarement , et dont alors le défiiut est crimineL Rien de plus raisonnable qne cette règle. Mais les emplois, dit-on, font les bommes : erreur; les emplois doivent perfectionner les bommes , et non pas les préparer. Or a-t-on soin de s'éprouver soi-même avant que de travailler à son agrandisiement « pour vobr si l'on a tontes les dispositions convenables, et pour s'appliquer à les acquérir ?

4. Parceque bien même qu'on eut du reste tout le mérite nécessaire pour ôbre élevé, recbercber l'élévation c'est s'en rendre indigne : car une des premières qualités requises, c'est rbnmilité; et il y a nne indécence positive à vouloir être supérieur aux autres. Gbosesi vraie, que ceux qni, par leurs intrigues, parviennent à certains rangs , affectent le plus de fiiire croire qu'ils n^y ont en rien contribué. Jésus-Cbrist , notre maître , ne s'est point attribué l'honneur, comme parle ssint Paul ; et nous, pécheurs , nous allons au-devant des bonneurs du monde , et nous nous les procurons. Gela est-il tolérable , et comment alors pouvons-nous paroltre devant un Dieu humilié et anéanti?

5. Parceque le désir de s'élever est une source de désordres qui ruinent presque Inévitablement la charité et la justice parmi les hommes. De là les cabales, les perfidies , les querelles , les vengeances, et mille autres maux dont nous ne sommes que trop témoins tous les jours. Yoilft néanmoins la grande maladie de notre siède , ce désir de s'avancer et de se distinguer.

DiuxituE piBTiB. On ne veut pas être ce qu'on est , c*est-A-dire qu'on néglige la perfection de son état. Cependant toute la prudence de l'homme, même en matière de salut, se réduit à s'avancer dans la perfection de son état , et à éviter toute autre perfection, ouc<mtraire à celle-là, ou qui en empêche l'exerdce. Voici les preuves de cette importante vérité.

1 . Parceque la perfection de notre état est ce que Dieu veut de nous : car il ne nous a appelés à cet état que pour en aceomplbr les devoirs et pour nous y sanctifier. Hors de là , quoi que nous ftittions , ce n'est plus proprement la volonté de Dieu. Si chacun dans le monde s'appliquoit à être ce qu'il doit être , on peut dire que le monde serait partait ; mais parcequ'on ne suit que son caprice et son inclination, de là vient un renversement général dans toutes les conditions.

2. Parceque ce n'est que par rapport à notre état et à la perfection de notre était qne Dieu nous a préparé des grâces. C'est la théologie expresse de saint Paul : et il est d'ailleurs de la foi, que nous ne ferons jamais d'antre bien que celui pour lequel Dieu nous accorde sa grâce.

5. Parceque c'est dans la perfection de notre état qne notre sainteté est renfermée , et que c'est par conséquent à cela seul qu'est attachée notre prédestination. Voilà par où les Saints se sont sanctifiés , voilà la règle que Jésus-Christ même a suivie ; voilà ce que saint Paul a si fortement recommandé aux fidèles.

Trois avis importants, r De nous défaire du zèle d'une perfection cbtaiériqne et imaginaire que Dieu n'attend pas de nous , et qui nous détourne de celle que Dieu exige de nous. 2<> De modérer ce zèle Inquiet de la perfection d'antrui , qui n<Nis fait négliger la nôtre, et. que nous enbretenons souvent au préjudice de la nôtre. 5* De réformer ce zèle tout païen que nous avons d'être parfaits et irréproobables dans notre état selon le monde , sans travailler à l'être selon le christiairisme et selon Dieu,

LE ONZIÈME DmANCBE APRÈS LA FEimiGOtE.

SCB LÀ IlioISAIfCB.

SuJiT. On lui amena un homme qui étoit sourd et muet , et on le pria de mettre les

mains sur lui pour le guérir,

Jésus-Christ fait parler nn muet : mais tonrent nons est-il plos difficile et plas expédient de Dons taire.

BiTisioif . Entre les péchés 11 n'en est point de pins lâche ni de plus odieux que la médisance : première partie. Entre les péchés , il n'en est point qui engage plus la conscience « ni qui lai impose des obligations plus rigoureuses, que la médisance : deuxième partie.

PremiUb pabtib. Point de péché plus lâche ni plus odieux que la médisance. Deux ^otifs dont le Saint-Esprit s'est souvent servi lai-même pour nous inspirer en général f horreur du péché.

f . Point de péché plus lâche que la médisance. Celui dont tous parlez est, ou votre ennemi^ ou votre ami, ou un homme indifférent i votre égard. Si ^est votre ennemi, dès-là c'est haine ou envie qui vous engage à en mal parier, et cela même a toujours été traité de bassesie. Si c'est voire ami, quelle lâcheté de trahir ainsi la loi de l'amitié I Et si c'est un homme indifférent , pourquoi l'entreprenezvous? H ne vous a point offensé, et vous l'offensez. 2P Le médisant attaque l'honneur d'autmj, et de quelles armes se sert-il? d'une sorte d'armes qui de tout temps a passé pour avoir quelque chose de honteux ; ce sont les armes de la langue. 5° Quel temps choisît-il pour frapper son coup? celui où Ton est moins en état de se dé^ndre , et où la personne dont il médit est absente. 4o La médisance, afin d'agir plus sûrement, commet encore trois antres lâchetés. Sur certains faits elle ne parle presque jamais qu'en secret. Elle aftecte de plaire et de se rendre agréable. Et elle tâche de se couvrir de miDe prétextes qui semblent la justifier.

2. Point de péché plus odieux , et à Dieu et aux hommes : à Dieu , qai est .amour et charité ; aux hommes, que le médisant attaque avec tant de liberté. Aussi l'Ecriture nous le représente comme un homme terrible et redoutable par les maux infinis qu'il cause partout. Mais, dites-vops, on se plaît à l'entendre. J'en conviens : mais en même

'abhorre. Car si l'on

pour soi-même, et l'on

juge assez qu'on n'en sera pas

Après cela p'est-fi pas étrange que la médisance soit un péché si commun et si universel? C'a été le vice de tous les temps. C'est encore le vice de tons les étals et de toutes les professions.

DsuxiàME PiiTiB. Point 4e péché qui engage plus la conscience , ni qui lui impose des oblig2)tions plus rigoureuses. C'est un péché contre la justice. Toute injustioe à l'égard au prochain est d'une conséquence dangereuse pour le salut; mais de toutes Ice espèces d'injustices, il n'y en a aucune dont l'engagement soit plus étroit et plus terrible (j(evant Dieu que celui de la médisance, et cela pour trois raisons. , i . Parcequll a pour terme la plus délicate et la plus importante réparation, qui est ceUe de l'honneur. Car il faut le réparer, cet honneur que vous avez ravi à votre frère, et nulle puissance lie vous en peut dispenser. Il faut le réparer d'autant plus nécessairement que c'est un bieu plus précieux et plus excellent. Û faut le réparer aux dépens mêmes de votre propre honneur. Qr on sait combien il est difficile de se résoudre à subir cette confusion.

2. Parc^ue c'est l'engagement dont l'obligation souffre moins d'excwe, et est moins exposée aux vains prétextes de l'amour-propre. Quand on nous parle de restituer un bien mal acquis, nous pouvons, quelquefois nous en défendre par la raison de l'impossibilité absolue; mais quand il s'agit dç rhonneur, q^'^yons-nousâ alléguer? Détail de divers prétextes dont on veut faussement s'autorisérl . „ . .

5. Parceque c'est un engagement c^u^ s'étend à des suites infinies, dont il n'y a point de conscience qui ne doive trembler. Outre l'hoimèur que blesse la médisance, elle

atise encore d'antres dommages. Celte jemie personne^ par exempte, n'est plos ea itat de penser à un établinement dans le monde^ depuis ^ue tous l'àrez décriée.Tonte

tout nons surprendre, c'est que des gens qui du reste font profession de la morale la plus sévère suiTent les principes les plus larges sor un point aussi essentiel que Test là restîlation de Thonneur. Apprenons à nous taire quand la réputation du prochain y est intéressée; et apprenons à parler quand il est du même intérêt que nous lui rendions ce que nous lui aTons enleyé.

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