‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 118 sur 119 · LE DOUZIÈME DIMANCHE APRÈS LA PEISTEGOTE · texte numérisé non relu

LE DOUZIÈME DIMANCHE APRÈS LA PEISTEGOTE

SUR LA CHiRlTé DU PSOCHilN.

Sujet. Vn Samaritain faisant voyage se rencontra auprès de lui ; et le vifyant, U en fui touché de compassion. Il alla à lui et banda ses plaies* après if avoir versé de l'huile et du vin. Ensuite U le conduisit dans un e hôtellerie , et prit soin de lui.

C'est la charité qu'exerce un Samaritain à l'égard d'im Juif « et telle est ft plus juste titre celle que nous dcTons exercer dans le christianisme les uns envers les autres.

Division. Point d'intérêt propre que nous ne devions faire céder à la charité dn prochain : première partie. Point d'intérêt du prochain que nous ne devions respecter ponr lé bien de la charité : deuxième partie.

PBEHiiRB PARTIE. Poîut d'iutérêt propre que nous ne devions faire céder à la dharlté du prochain. Sans cela il est impossible de conserver la charité, et cette maxime est fondée sur qnatre preuves.

1 . Sur la nature même de la charité en général. Car la charité est une union des cœurs et des volontés. Or l'intérêt propre nous renferme au-dedaos de nous-mêmes , et par conséquent empêche cette union avec le prochain. C'est donc une illusion de dire ce qu'on dit néanmoins tons les jours : J'aime cette personne parceque Dieu me le commande, mais du reste je ne veux avoir avec elle ni habitude ni société: qu'elle se tienne de son côté, et moi du mien.Gomme si toute la charité se réduisoit à ne point vouloir de mal et à n'en point faire « et qu'elle ne dût pas aller jusqu'à entrer dans les intérêts du prochain , sans se resserrer tout entière dans les siens propres. Cest ainsi que la loi de Dieu nous le dicte. Il veut que nous n'ayons tons qn'nn même cœur; et parceque rien ne divise plus les cœurs que rattachement au propre intérêt; il veut que ponr l'entretien de la charité nous nous dépouillions de cet intérêt et nous y renoncions.

2. Sur les qualités particulières de la charité chrétienne. Toute charité n'est pas charité chrétienne; et le caractère de la charité « telle que Jésus-Gbrist nous l'ordonne par son précepte» a quelque chose de singulier. Il prétend que nous nous aimions les uns les autres comme il nous a aimés. Voilà son commandement. Or il nous a aimés jusqu'à sacrifier tons ses intérêts pour nous; et c'est à cette charité désintéressée qu'il veut qu'on reconnoisse ses disciples, comme en effet on les y reconnoissoit autrefois, et comme on ne peut plus présentement les y reconnoître.

3. Sar les obligations rigoureuses qu'impose la charité selon les différents états et les diverses conditions. Car il y a des occasions où elle nous oblige indispenssblement de renoncer même à notre vie, de renoncer à l'honneur du monde et à notre réputation, de renoncer à nos biens et à nos droits. Morale sur le procès.

4. Sar les désordres qui, sans ce désintéressement, ruinent tous les jours dans le commerce de la vie, et anéantissent la charité. Pourquoi se hait-on, se déchire-t-on , scdétniit-on les uns les autres? pour l'intérêt. Otez l'intérêt propre, on pent alors répondre de la charité des hommes : mais laissez cet intérêt; plus que divisions dans les

• familles, que factions dans les états, que schismes dans l'Église.

DEuiiisHB PARTIE. Polut d'intérêt du prochain que nous ne dcyions tespe<^er pour le bien de la charité : pourquoi ? Trois raisctos.

1, Paweqpe tont iatéfit d'antnii ctt ewmtieUeinent robjel de la cfaariM qui eitcB noat, oa qnl y doit être. Or en cette qualité il nous doit donc derenir, non aenBement cher, malt , pour ainsi dire , yénérable.

2. Paroeqoe eet intérêt d'antnii , quelque petit qu'il nous paroine en hn-mème» par rapport à la charité est presque toujours important dans ses conséquences. Or e*est par ces conséquences que nous devons FeuTisager» pour Uen juger des obligations qu'il nous impose selon Dieu.

5. Paroequll n'y a point d'intérêt d'autrui dont le mépris on le peu de soin « par la seule foibissse des liommes, ne puisse être pernicieux à la charité. Or dès-là nous sonmies ineicnsaWes si nous Tcnonsà le mépriser, et si nous n'y apportons pas toute la drconspection que demande la prudence chrétienne. Plus noire procbain est foi- Ue , plus derona-nous arofar d'égards pour ne le pas blesser.

LE TREIZIÊHK DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE.

801 LA CORPBSSION.

SojR. Dès qu'il eut aperçu ces lépreux, il leur dit ; AUez, faiies^ous voir aux

prêtres.

Ces lépreux guéris, et obligés de se montrer aux prêtres , nous représentent les pécheurs appelés au tribunal de la pénitence pour y confesser leurs péchés et y être absous.

DiTisioif . Par rapport au passé , la confession est le moyen le plus efBcsce et le plua puisMot que la Pro? idence nous ait fourni pour ef£acer le péché : première partie. £t par rapport à Tavenir, Ui confession est le préserratif le pins infaillible et le plus sonverain pour nous garantir des rechutes dans lé péché : deuxième partie.

Pamàai pàini. Par rapport au passé, la confession est le moyen le plus efficace et le plus puissant que la Proyidence nous ait fourni pour effecer le péché. D'où tiret-elle cette vertu? 1*^ de la volonté on du don de Dieu i 2* d'elle-même et de son propre fonds.

f . De la volonté ou du don de Dieu. Un moyen de pénitence et de salut n'est efficace qu'autant que Dieu veut l'accepter. Or il a tooln et il veut accepter, pour la rémission des péchés, la coofession. En quoi Dieu fait surtout paroltre deux de ses divins attributs : sa grandeur et^ bonté. Sa grandeur, remettant le péché en souverain, et sans observer avec nous toutes les formalités d'une justice rigoureuse. H lui suffit que nous nous reconnoissions coupables. Sa bonté, exigeant de nous si peu de chose» et se contentant, pour nous pardonner, du simple aveu de notre péché et du repentir de notre cœnr. Mais, dit-on , c'est à un homme qu'il faut faire cet aveu : il est frai, c'est à un homme, mais à un homme tenant la place de Dieu , et le ministre des miaéricordes de Dieu. Est-ce donc là une condition si difflcile , eu égard à la grâce que nous obtenons?

2. D'elle-même et de son propre fonds. Car la confession du péché feit trois choses les plus capables de gagner le cœnr de Dieu, f o Elle hamilie le pédieur, et par-là lui arrache jusqu'à la racine du p4ché , qui est l'orgueil. Différence entre l'esprit de Thérétie et l'esprit de la vraie religion. Gomme l'esprit de l'hérésie est un esprit d'orgueil, il n'a pu souffrir la confession des péchés aux prêtres. D'ailleurs, illusion de ceux qui ftiient la confession par la honte qu'ils y trouvent, et de ceux qui voudrolent ôter cette honte aux pénitents. 2» La confession exdte en nous la douleur et la contrition du péché : car nous ne comprenons jamais plus vivement la malice du pédié que lorsque nous en faisons la déclaration au tribuDal de la pénilence. Hors de là nous n'y pensons pas, ou nous n'y pensons qu'à demi. 5*^ Enfin il ne tient qu'à nous que la confession ne commence déjà à expier la peine du péché , et qu'elle ne noas serve de satisfaction pour le péché. Car dès qu'elle nous est pénible et que nous y sentons une répugnance qui nous coûte à surmonter, nous pouvons nous en faire un mérite auprès de Dieu. Aussi saint Ambroise n'a pas craint de dire que la confession du péché est l'abrégé .de toutes les peines ordonnées de Dieu contre le péché : Otanium pcenarum compendium. Explication de cette parole.

ANALYSES BiS 8BBHON9. 748

Dmite tm^^l^ar r»pi^ à Y^jevir, te «tebtskip «t le préimtttf te {«as inllUliblQ ei U pli» iMHemia 90wr no«i gsnslir dei ncftotes dans le pitehé. Gëd lê y^fle eo odDiidértot te aacremeat de péiiit«ioe scnn trds ruppùtU : {• par ivpport à Jésas-Chriit, qui en est l'autenr ; 2© par rapport an prêtre, qui en est te niniilre) IK par rapport A nottHBâdMtiqiiifaaotfunet ter sajetf«

I* Par ««p|»eri à iàmarCLhciit» qil'eft''Ce que te' sacrement de périitenoef C'est^nne 4e ee» «oqroei.de gowe^^ne oe fianveor en moarant ilt cnnler de m» «acre oôté. Hait ^Q^lea graeei eettt p^tteolièrenent attecbëee à te oonftsiion lacumentellef del ifra- Ge< de dëtaae eft^eaonlten. DtentTeot qne nous |i)l|o«»reeiieimr oei graoes danvMm Wrement refrdete-il^«oniil.qa'np dbrélien qni qnilte Yunge de fa oonfkMfkMii v«nonee au gnces du ealnt tel ptai essenÉteUes, qui Jopt tes. grâces de précaution contre le véebd i el que pk» «n chi^fieo appiroohe dn saititiiitanial , plus il se ftrtifle eontre

V^ientetion.

8. Par rapport an |»4Ére. Car teprètee/en qumtd do mlniitre<clioisi de Dion, a une graoe partieniièn ponr te direction dos^ames» et pour tes'maiDtenlr dans te voie de la justice clu^lienne. Et en effet , que ne peut point sur nous un directeur pmdent et sélé , ^ qn| noof àvona oonflénoeR £i*reiirMiiQan?aisv fd de coux-qni no veulent pwdre d'un oonfesseuiriiolte règle de direetiaB.i • ^*

5. Par rapporté iKM»BBéaMa. L'eipérleiiBB nous apprend qnete oQnlteaiim'ostiia Mn pottr anter notre «œor «t ponr réprinnr «y desirp cpimioeli. Gdté'sevte pmaéa. Je dois demain on dans qaeiqiies jours paroltr» an tribunal de tepésiteno», eslf eapable do noos retenir dans tei. pins dangereuses oooastens.' Au co«lrlÉré^' qmnd nne f<ds on a séeodé le joni^ de te oontession, en qnete abiraes ne seprddpité-l'Oa fMs V Les héi^iiqnes ne ITont que trop éprouf é. On me dira qu'il se glisse bten des abus dans la conFessionT mate 'dr quoi ne peul-on pas abnserf Gorrigiedntf lee^atratetcouM

eerfOnsTUsagedetecontessiOtt. . < ; • '^ . • r

LE QU4TO&SÈME DIMANCHS ABBÈS LA PfiMT£€OTfi«

'SUB L'^Ç.lGNEMBNT ET Ù EUITE p.V 9|ÔNpE. , .'.!...

Soirr'. JèsUÉ dit à ses Hsciplés : ^ul ne peut sènîf dettx maîtres; car, oniï ïiavi l'un, et aimera Vautre ; ou il s'attachera à celui-là' et méprisera celui-ci. ' .

Bien et le monde sont tes decot maîtres. Foui* être à I)îcu« il faut renoncer au

monde/' '' ' ;/ " •' :. ^•\;; ^ .

DiTisiûN.t^e monde noùsidistraltOV tnêrtienb^s Corrompt. Or les occqpairQny'et^si soins dn DQO^de ne pe'uTÇqt jûmats dispenser un bomme chrétien dé s'clolgng:.^)^^ moins quelquefois du monde qui te distrait, et d'avoir dans la vie de^ temps spécialement consacrés àVarfairc de son saltft : pVeiiii^re'Wrtiè. l^ons les (tngagemcuis |)ù monde ne justifleront jamais devant Dieu nor homme pëêheur dé n'avoir pas iTui, même absolument, le monde qui le corrompoit, et de n'y avoir pas renoncé pour jamais, afin de mettre en assurance l'aifaire de son salut : deuxième partie.

PABHiàRB PARTIE. Lcs occupatious ct les soins du monde ne peuvent jamais dispenser nu homme chrétien de s'élo'gner au moins quelquefois du monde qni le distrait, et d'avoir dans la vie des temps spécialement consacrés à l'affaire de son lalnt. Car, sans cet éloignement du monde à certains temps et sans cette retraite, il n'est pas morale* ment possible de oonnoltre tous ses devbiHrde retanarqûer toutes les fautes qu'on y eommet , et de se prémonh* contre tous les dangers où l'on se trouve exposé, c'est-àdire qu'il n'est pas moralement possible de se sauver. Or quand il s'agit du salut, l'importence de cette affaire doit évidemment l'emporter sur toutes les autres aflaires. C'est ce que le Fils de Dieu fit si bien entendre à Marthe, lorsqu'il lui dit : Marthe, vous vous embarrassez de beaucoup de choses; mais il n'y a qu'une seule chose nécessaire. Cependant nous sommes assez aveugles pour vouloir justifier notre uégligenoe è l'égard d'une telle affaire, par l'attention que demandent les affaires du monde.

On dit qu'on est accablé d'occupations : mais c'est en cela môme qu'est le désordre. Dien ne veut pas qne vous vous en teissiez tellement accabler au préjudice de votre

tiim. Dëehar8ei*tiMii d'une puils de oei oeoopafloiit, si eUa De penrènt comp •vee le premier nio qnl fooi doit oecaper. BeHei mulaiet de lakit Bemarii écrh lA-deeme an pape EogèM. Le remède c'est d'aToir «rtalua tempi de retraite où 1 rentre en foi-néBe*

Mais on ajoole : Je ne rail pat le maître dans ma condition de me ratirer aH TkxHs réponses :lo quittes cette condition ; il n'est pas nécessaire que toim y aoyl nais 11 est nécessaire qneTOOsvonssanTlesi 2» d'antres qne tous, dans les méa oonditions qne TOUS, on dans des conditioDs pins eiposées que la vôtre aux emban d« mondes ont sn trovfcr dn temps pour penser à eox-mèmes et è ienr sanetiflcatié David, sshitLonto; S»ces soins, que fonsfsites tant valoir, ne vous empéoheBt p

de ménager des temps de retraite pour votre santé, pour voire Intérêt, poar T08 dfve tisiiwwnts U fsnt bien distingner dans nos condillons deux sortes de soins : oeiu qt Dien y a attacbés, et cens qœ nous y ajoutons noos-mémes. Si noos nons esi tenloi aux premiers. Ils nons lalaMToient tout le loisir que demande te soin de notre; amc et de notée avancement dan» les voies de Bien. Reoonnoissons noire injostioe, et coi rigeons-ta.

Daoxiknc piaru» Tons les engageasenls dn monde ne înstiileront janaais devani Dien no liomme pécheur de n'avoir pas M même absotament le monde qui le corrom^ poit,et de^y avoir pas renoncé pour jamais, afin de mettre en assurance faffiiire de

son saint. Rien de pins cotttaglenx quetenMmde ; nons en convenons nans-mémes. La conséquence, etest donc de renoncer an monde, afin de nons préserver de sa contagion* surtout iersqne nons remarquons qn'elte agit piiSi fortamtot enr nous. Voilà le préservatif «éeessairei et sans cete ne coniplons point aiar tes gracm de Dien. Hab cous nons eicosons sur les engagements qui noos attachent an monde, et void quelques réOealons qnldétroisent ce prétexte et qui paroissent convaincantes.

1 . De quelque nature que puissent être les eogagemenls qni vous arrêtent, Vintérêt de votre saint, comme on l'a déjà dit, est no engagement supérieur qui doit prévaloir. Noos raisonnons ainsi an regscd de la vte dn corps, et à plus Ibste raison devonsnoos raisonner de même an regard de la vie de l'ame. Hais je suis résohi de me sontenir dans les dangers où m'engage le monde : vous te dites, mais feusse résointioo, ou du moins résolution inefOcaca. IjC passé doit vous l'apprendre, et l'avenir achèvera devons le ftire oonnottre*

2. SI vons voulex bien examiner ces engagements qni vous retiennent dans le monde, vous Ironverei que la plupart ne sont point des engagements néceasaires, ma» des engalgements ^e passion, d'ambition, de èoriosité, de sensuailfé, de mondsnité. Or de tels engagements doivent-ils vous arrêter? Le monde pariera de votre divorce aiec lui : eh bien ! vous laisserez parler le monde. Ne le laisies-vous pas parler sor mine autres sujets, sans vous mettre en peine de ses discours? Fuyons donc te monde, et sortons de celte Babylone. Ce n'est pas, après tout, qu'il n'y ait un certain monde dont la tociété peut être innocente, et avec qjoi nons pouTOos converser.

Fin Df 8BG0ND YOLUMS.

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