SDR LE RETARDEMENT DE LA PÉNITENCE. H
sieDe vous ëtoit due. Mais Dieu vous méprisera à son tonr , )orsqu*après avoir long-temps frappé à la porte de votre cœur, lassé de vos reÂis , il vous abandonnera enfin à vous-même , et Use retirera. Car c'est à voas que s'adreito'nt ces admirables paroles de saint Paul : An dwitêOM bonitatii ejtu et patiemiœ et kmgammitaiis conlemni» (2. Rom. )f Est-ce ainsi , mon Frère, que, rdbelle à votre Dieu , vous méprisez les richesses de sa bonté et de son infinie patience? Ignorai quoniam benignitas Dei ad posmtentiam te addueit ( Ibid, ) ? Ignorezvous que c'est cette charité de Dieu qui vous sollicite » qui vous invite, mais inutilement et sans efifot » i une prompte conversion ? v<ûlà le mépris que le pécheur fait de la grâce. Mais doutez-vous aussi , sgoute FApfttre , que par votre dureté et votre impénitenoe vous n'amassiez contre vous un trésor de colère, pour le jour des vengeances et de la manifestation du jugement de IKeu? Secundum oMtem duritiam tuam et'impcemteni cor , thesaurizat tibi tram in die iras et revelatioms juêit jwBeuDei (Ibid.) : voilà le mépris que Dieu feit du pécheur. Appliquons-nous ceci , mes chers auditeurs; Tun et l'autre ne nous convient que trop. Car nous voulons nous convertir dans un temps ou imaginaire ou réel, que chacun de nous se propose : réel , si nous y parve* nous ; imaginaire, si nous [n'y parvenons pas. Mais, quoi qu'il en soit, rien de plus injurieux ni de plus outrageant pour Dieu , que ce dessein prétendu de conversion.
En effet , nous voulons nous convertir quand nous serons rebutés du monde, on plutôt quand le monde sera rebuté de nous; quand nous ne serons plus en état de goûter ses plaisirs ni d'aspirer à ses bonoeurs. Nous voulons nous convertir quand les revers de la fortune et les disgrâces de la vie nous y forceront , quand l'hypocrtsie même da siècle nous y portera , quand elle nous en fera un intérêt , quand il n'y aura plus rien de meilleur pour nous , je dis de meilleur dans les vues mÂnes deraroour»propre. Vous en particidier, femmes mondaines , vous voulez vous convertir quand vous aure^ cessé de plttre à ces sacril^es adorateurs qui vous idolâtrent ; quand l'âge aura effiicé oe.qui vous les attachoit ; quand le dégoût de vos personnes ven^ ,gera Dku , pour ainsi dire, du sacrilège encens qu'on vous aura prodigué, et qtie vous aurez reçu avec tant de complaisance. Enfin , mes Frères , nous voulons nous convertir quand nous ne pourrons plus nous en défendre, quand le glaive de Dieu nous poursuivra , quand une violente maladie nous aura conduits aux portes de la mort, quand par le nombre des années nous ne iserons plus mattrès de réparer le passé et de travaiQer a\i présent, quand la faiblesse de la nature servira de prétexte à nos lâchetés et de voile à notre impénitence , quand oous n'aurons plus rien à oflrir à Dieu, et que nous serons presque dans une impui^nce absolue de feire quelque chose pour lui ; car ne sont-ce pas là les projets de la prudence humaine? Et sans rien dire ici des risques terribles que nous courons par-là , n'ayons égard qu'au
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seul ÏBtétêt de Dieu, et an mépris que nous ISsâsona de sa grâce» En vérité , ùies cbers audiieurs , ces projets de conversion convieQnentib& une créature cpii n'a paaUnH-à-foit perdu Tidée de BÎeii? Est-ce traiter fiiéii eh Dieu ? Se eonteatera-t-il qut nou^ Iuâ d^nnîoijs les restes du monde ? Qu'après noua ôtfe lassés dans la voie d'iui lîberti- . nageopiflîKtre, sons v^ons à lui présenter un eœur infecté de ^ices et de passions, un corps nsé de débauches , nn esprit corrompu de faaases màxiriiès? Non sans dottte; et péui* Tboaneur de sa grâce dont ièesl jalooK, îk saura punir ce mépris ; et comment? apprenez-le. Car ai nous Ken ccoyons lui-même ^ après que nous Tam'ons ainsi outfagéft il nous rejettera; noHS le'cfaercÀe^oaSy et n^us ne le trouverons pins,* nous vomkons être à tui, et il ne voudra plus être à nous; ou piiitôl, nous ne pourrons pFus méiae le vouloiri, p'areeque nous ne l'asr^DS pas Voulu quand il nous étoît facile de le pouvoîc* Nous ne laisserons pa» d'être persuadés^ plus que jamais qu'il faut enfin nous détemiiner, qu'il nfest plus temps de remettre cette conversion» dont lions verrons malgré nous que le terme expire: mais qui sait si Dieu se tournant contre nous, né nom^ dira point db^rs comme à ces Juifs dont M est parlé au premier chapitre dlsale : Retirez-vofts,eVne. paroisses point devant mes autek pour vb» faire une offrande Indigne de moi; je né vo«s Cdaaois phis» et vos sacriices me sont à charge. Gomme roi des siècles ei monarque éternel i je voulois les prémices de vos années ; je voakis ces années de prospérité»^ qui furent pour vons des années de dissolution; je voulois ces années de sauté, que vous avez consumées dans le repos oisif d'une vie n^He et paresseuse ; je voulois cette jeunesse, dont vous avez foitle scandale de tant d'ames; je voulois cet âge mûr, qui s'est passé daoa les inCri*gœs de votre ambition démesurée : vous s^vez sacrifié teitt cela an fronde, et vous l'avez fait dans l'assurance que c&seroit assez de mfen ofiErir quelques débris; et îAoi je vous dis que ees oblatîons me sont odieuses , et qu'il estde ma gloire de le&réproiwer : Sohmniuaes vésirm odkxiU anma- tnea : faàta swit mihi m/oleita; Utboravï stMmeM (iTAi., 1>. Ainsi p£H*k)it le Scignear ^ et ainsi s^ oomporte-t-il tous Les jours à Tégarcbés bertains pédieiirs:, après les d/Sskh or^inel^ qu'ils ' ont apportes à- leur conversion. '
l'ai dit de plus que s'assurer de la grâce en différ^mt sa conversion i e'étoit combéâttre Dies par ses propres armes, et se servir de sa fidé« Ntéét de sa miiéricoide contre lui«méme. Pourquoi cela? Ne le voyezvous pas, GHrélieiis? Péehe? contre Dieu, parceque Dieu e^tbon; ne ce^sei^ point de FosuÉrag^r , parcequ'il ne se lasse point de nous supporter; dire, JîGrne veux pas endore changer de vie , parceque la nrisérieorde de Dieis n'est pas. encore épuisée , et je veux continuer dans mon. désordre, pajcequ'il edt toujours dans la volonté de me sâiover; n'es^-oe pas emi^ej^er eojo^re liii ses aittrîbuts., et abuser* pour roffbnser , dé -sa gfrace même ? Cair enfin , dit saint Gbr ysostonie^
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si Dîeo D$oit de «es droits', et s'il étoiç à notre (^rd ce qu'il pourrait être avec justice , un bien sévère , un Dieu infleuble , qui fit immédiatement succéder la peine au péché ; s'il nous traitoit comme ce créancier impitoyable de rÉvangUe traita son (iébiteur » et que, sans noQS accoraer aucun délai , il nous pressât de Ipi rendre ce que nous lui devons : Redde quod debç9 ( Mattb.i 3Q ) ; que ferions-nous ? Nous obéirions suk* l'heure même à un commandement si rigoureux. Il n'y aqroit poitit parmi nous de pécheur qui ne pliât d'abord sous le joug dé fa loi de Dieu. On verroit ces prétendus esprits forts recourir les premiers au tribunal de la pénitence , non plus par cérémonie , mais en effet ; non plus après (les années entières de délibération , mais dès que leur conscience» par un remords salut^irCi les avertiroit du danger de leur état; tous les hommes seroient dans le devoir : pourquoi? parcequ'ils auroient affaire à un Dieu également prompt et terrible dans ses vengeances. D*ou vient donc qu'on remet, et qu'on ne veut se convertir qu'à l'extrémité ? C'est qu'on se repose sur Fidée qû^on a d'un Dieu patient, et toujours prêt à donner sa graçe. Maiâ , Seigneur, s'écrioit saint Ambroise» permettez-moi de m'en plaindre à vous pour vous-même. C'est cette patience qui semble autoriser contre vous tes pécheurs de la terre. Sans elle vous seriez mieux servi ; sans elle on vous recpfinottroît tel que vpas êtes. Que ne tous déclarez- vous ? que ne prenez-vous votre cause en main ? que ne vous élevez-voiis , dans l'ardeur ae votns colère , pour dompter ces âmes fières et indociles f en les réduisant au choix , ou d*une prochaine conversion , pu d*une inévitable oondamnation ? Mais que dis-je, 6 mon Dieu? poursuivoit ce saint docléfir. Pardonnez-moi si je m'ingère à examiner votre conduite , et si je parois vouloir prescrire des bornes à votre misérî* corde, moi qui dois tout ^ cette miséricorde sans bornes , puisqu'il y a loDg-temps que je serpis la victime des flammes étet*nelies , si elle ne m'avoi) pas attendu. Je parle en homme , Seigneur ^ et vous agfissez en lUc». Selon mes penses ^ il vous seroit plus avantageux de perdre des rd)eUes; mais^ selon les vôtres, il vous est plus^orieux de suspendre Y06 coups et d'arrêter votre jfistice. Ainsi ce Père eipliquortïlk Dieu ?€»; sentiments. Mais d'ailleurs, sVlressani au pécheur: Ypos, mon Frère » lui disoit il , n'êtes-vous pas bien coupable de vouloir oioins foire pour un Dieu bon que pour un Dieu inflexible? Car là est votre procédé. Pour un Dieu inflexible, vous renonceriez dés ||»jntenaiit à votre'péchè; et pour un bieubon, vous vous contentez de former de vains projets , et d'y vouloir un jour renoncer. Pour un bien sans rémission, v6tts produiriez des fruits de pénitence; et pour on Dieu patient, vous ne donnez que des paroles. Or je prétends, Cbréiie^$ , que y ftonsjcette disposition , se répondre de Dieu et de sa graœ, c'eat le dernier excès de l'aveuglement.
Ep^ii j'ai dit que <|ie 4X)im)ter ainsi sur h grâce , c'est vouloir que Diep tfii ffff^^ fiuô^ur letcppiplice àp, nos déspndieâ : C9f U le soroit
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évidemment s'il sopportoit les pécheurs avec cette patience qui tient de rinsensibiKté/et si , malgré leur rébellion, sa grâce leur étoit ton» jours promise. Et voilà sur quoi Tertullien se fondoit pour appuyer ses sentiments erronés touchant la pénitence. J*avoue , Chrétiens , et je vousrâi d^ja fait remarquer dans un autre discours , que Tertullien , siar cette matière, porta trop loin son zèle : mais ne craignons-nous point de tomber dans une autre erreur, par les feusseset présomptueuses idées que nous nous formons de la bonté de Dieu , et par l'abus que nous en foisonspour nous entretenir dans le crime et pour fomenter notre iniquité ? Bien loin que nous puissions alors faire fond sur la grâce , je prétends, avec saint Ambroise , que notre présomption seroit pour Dieu une espèce d'engagement à nous abandonner : pourquoi? afin de justifier sa providence, et de mettre sa sainteté à couvert de tout reproche. Affreux engagement, qui intéresseroit Dieu à notre éternelle réprobation ! Sur quoi donc enfin comptera le pécheur? àiir sa volonté? Faisons-lui voir que cette espérance n'est pas moins trompeuse que les autres , et concluons par cette troisième partie.