‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 22 sur 119 · SERMON POUR LE DIMANCHE DE QUASIMODO · texte numérisé non relu

SERMON POUR LE DIMANCHE DE QUASIMODO

sua LA PAIX CHRÉTIENNE.

JHxit ergo eis Uerum : Pax vobis.

^11 leur dit une seconde fois : La paix soit avec vous. Saint Jcan, ch. 20.

Voilà , Chrétiens , le précieux trésor que Jésus-Christ laisse à ses apôtres. Il leur donne la paix, et je trouve que cette paix est encore un des fruits que le mystère de sa résurrection produit dans nos âmes, lorsque nous nous récondlions avec Dieu par la pénitence , et que nous approchons dignmnent des sacrés mystères par la communion pascale. Ce divin Sauveur vient à nous dans le sacrement de son corps; il nous honore tous en particulier, non seulement d'une apparition , mais d'une visite qu'il nous fait en personne ; et à ce moment*là même il nous dit intérieurement : Pax vobis : Vous voilà réconciliés avec mon Père, vous voilà unis à moi ; jouissez du bonheur que vous possédez, et goûtez la douceur delà paix. Car c'est ainsi, mes chers auditeurs, que saint Jacques nous iait concevoir la paix d'une ame chrétienne, en nous disantquel estlefruit de la justice et de la sainteté iFrtutusautem justitîce mpace seminatur (Jac. 3). £t en effet, toute autre paix quece Ue-là n'est qu'une paix fausse et imagioaire. Pour être solide et véritable, il faut qu'elle vienne du principede la sainteté et delà grâce. Or telle est celle que Jésus-Christ nous communique, qaandil communique lui-même à nous. Parlons donc aujourd'hui de cette paix spirituelle , de cette paix de* Dieu , qui surpasse tout sentiment; de œtte paix que saint Paul souhaitoit tant aux Philîppiens : Et pax JDei, quœ exsuperat omnem sensum^ custodiat corda vestra et inteUigenlias vestras

tx Chrisio Jtfu {PUlipp., 4). Mes Frères , leur disoit-ii» le plus grand désir qae Dieu m'inspire de foriner en votre faveur, est que la paix qu'il vous a donnée garde vos esprits et vos cœurs. Je fais anjoord'liuî, Chréliens, pour vous le même souhait et la même prière. Puisque TOUS avez reçu cette paix, prenez soin de la conserver, et qu'elle vous conserve vous-mêmes dans les saintes dispositions où vous êtes devant Dieu : Pax Dd cuitodiat corda vestra et iruelligentias vêtiras in Christo Jesti. Hais d'où vient que le Fils de Dieu ne se contenta pas de donner une ibis la paix à ses apôtres , et que , dans une même apparition , il leur dit^eux fois , et dans les mêmes termes : Pax vobis ? C'est une circonstance que saint Chrysostome a remarquée dans rËvangile , et cette drconstanoe n'est pas sans mystère. : or c'est ce mystère que je vais vous développer, après que nous aurons rendu à Marie , comme à la reine de la paix , l'hommage ordinaire. Ave Maria.

Je ne sais. Chrétiens, si vous avez pris garde à ces deux paroles de «dnt Paul : Pax Dei cusiodiat corda vestra et tnielligentias vestras : Que la paix de Dieu conserve vos cœurs, corda vestra^ et qu'elle possède vos esprits , intelligentias vestras? Pourquoi l'Apôtre soubaitoit-il aux Philippiens ce double avantage, l'un par rapport à l'esprit, Taiitre par rapport au cœur? C'est, répond saint Chrysostome, que pour établir dans l'homme une paix parfaite , il faut la mettre également dans les deux puissances de son ame, c'est-à-dire dans son esprit et dans son cœur. La paix du cœur doit nécessairement étre«précédée delà paix de l'esprit, et la paix de Tesprit ne peut être constante sans la paix du cœur. Il faut donc pacifier l'esprit de i*homme, en lui ôtant toutes les inquiétudes qu'il peut avoir dans la recherche de la vérité; et il faut pacifier son cœur en le dégageant de tous les désirs qui le tourmentent dans la recherche de son repos. Yôilà , mes chers auditeurs, tout le mystère de notre évangile. Le Sauveur du monde ne se contente pas de dire une fois à ses disciples , Pax vobis , La paix soit avec vous ; il le leur redit une seconde fois dans la même apparition, parcequ'il veut leur donner cette double paix qui fait toute la perfection de l'homme, la paix de l'esprit, et la paix du cœur. Mais par quelle voie l'homme peut-il espérer d'avoir Tune et l'autre? Ah! Chrétiens, c'est encore le secret, et le secret admirable que notre évangile nous découvre. Car j'y trouve la paix de l'esprit solidement étabiedans la soumission à la foi : Beati qui non videtunt^ et crecUderunt (JoAif., 20); et j'y trouve la paix du cœur parfaitement conservée dans Fassujettissement à la loi de Dieu, Domïnm meus^ et Deus meus (Ibid.). Comprenez, s'il vous platt, les deux propositions que j'avance. Le Sauveur du monde dit à saint Thomas, que bienheureux sont ceux qui croient sans avoir vu ; et saint Thomas répond au Sauveur du monde, qu'il est son Seigneur et son Dieu. Croire ce que l'on ne voit pas, c'est soumettre la raison à la foi ; et reconiiottre l'empire et le domaine du

iffl SVR LA PAIX GHRËTIEMME.

FQs de Djea» c'esl vouloir obâr à sa loi. Or dans ces deux devoirs sont contenus les deux grands principes de la paix ; car en soumettaut ma raison à la foi , je me procure la paix de Tesprlt ; et en in*assujet- Ussant à la loi de Dieu , je me mets en possession de la paix du cœar. En deux mots, n'espérons pas que notre esprit soit jamais tranquille tandis que noUs Fabandonnerons à la conduite de notre raison ; et li'espérons pas plus que notre cœur soit jamais content tandis qu il s'abandonnera lui-même à ses passions. Il faut que la foi gouverne notre esprit, si nous voulons qu'il soit dans le calme ; c'est la première partie. Il faut qiie la loi de Dieu règne dans notre cœur, si nous voulons qu'il jouisse d'un bonheur solide ; c'est la seconde : deux yëritës importantes qui feront lé partage de ce deniier discours.

PREUI jbpiE PARTIE. ,

C'est une question que les Pères de l'Église ont traitfte ayec autant de force que de subtilité, savoir, pourquoi Dieu ayant créé l'homme raisonnable, il n'a pas voulu dans la chose la plus essentielle, qui est la religion , le conduire 'par la raison , mais par la fqi. Saint Augustin dit que Dieu en a usé de la sorte pour Tintérét de sa propre ^oire. Car de même qu'un maigre ne veut pas que ses serviteurs entreprennent d'examiner sa conduite, particulièrement sur les affaires les plus secrètes et les plus importantes de sa maison, aussi étoit-ildela grandeur de Dieuc[ue l'homme, qui n'est c[u'un néant, ne présumât pas d'entrer en raisonnement avec lui sur ce qu'il y a de plus caché et de plus impénétrable dans lesdesseins de sa providence et dans l'ordre de ses jugements. Cest ainsi que parle saint Ai^gustin. Et en effet, il faut convenir que cette obéissance que nous rendons à Dieu par la foi , est un hommage dû ai la souveraineté infinie de son être. Mais s'il est honorable et glorieux à Dieu de gouverner l'^onmie par la foi , je soutiens , avec le docteur angélique saint Thomas , qu'il n'est pas moins avantageux à l'homnâe d'être conduit par cette voie : pourquoi? non seulement parceque la conduite de la foi est plus méritoire pour rhoàime que celle de la raison ; non seulanent parceque sans la foi nous igQorerions biei^ des mystères et bien des vérités qui surpassent notre raison; non seulement parcequ'il y a peu d'esprits capables d'acquérir par la seule raison une connoissance de Dieu telle que nous la devons avoir, d'où il s'ensuit que Dieu n'auroit pas pourvu la plupart des hommes d'un moyen suffisant pour le bien connoitre, et que la plupart des hommes demeureroient sans religion si Dieu? au défaut de la raison , ou plutôt pour fortifier et pour éclairer sa raison, n'avoit établi la foi ; mais surtout parcequ'en matière de religion , il est impossible, quelque intelligents que nous puissions être , que nous trouvions jamais le repos de notre esprit hors d'une humble soumission a la foi. .

Principe qui me parolt incontestable ; car donnez-moi un homme déterminé à ne croire que ce qu'il lui plait , et à ne déférer jamais à

SUR LA PAIK GHRÉTIfiraiE. IgB

là foi f sér qii<ri s*appoieri-Ml pour se mettre dans oêCte siteatiaii qui Void un '<^prit calme et tranquille ? Ou il tivra dans rindifCérenoe par rapport i la reli|^on ^ comme les libertins et les impies; oa il se fera noe religion particulière selon ses vues» comme les sages mondains et les phiiosàphes. S^il vit dans une ind^rence entière toiicbant la religion , c'est-à-dire sans se mettre en pane ni s'il y a un Dieu , ni comment il font Thonorer, ni ce qui suit après cette ^e, ni s^il y en a nne autre que odle-ci ; vous sairez quel est le malheur de cet état , et H ne faut qu'un jrâyon de lumière pour le comprendre. ' Car quelle horreur! et qu'est-ce qu'un homme insensible aux choses mêmes qui sont les plus inséparableë dé son être et dé sa condition : qa'im honune qui ne sait ce qu'il est, ni pourquoi il est; qui ne pense pas à ce qu'il sera, ni à ce qu'il deviendra ; qui ,ne croyant rien , est incapable de rien espérer ; et qui ; n'étant assuré de rien , doit néce^ sairènent craindre toiit : qui abandonné au hasard son bonheur et son malheur éternel ; en sorte que s?if y à uh bonheur éternel , il foit état d'y renoncer, et que aTS y a un inalhetir étemel , ii^ s'y exposé éviden)ment ; qui court tout le risque de Fun , et qoi se prive 'de toute la consolation de l'auti'.e ; qui ne connott pas Dieu et qui ne Veut paii sVpj^uer à le'dierclier /ou pIutAt qui' veiit ignorer Dieu, lorsque toutes' choSes le ftircent à le connoltret €ar toHà les caractères d^un libertin sans religion. Or, je vous demande s'il ^st poisIMe que l'homme trouve là un repos solide ; et si , du moment qu'il est raisonnable , tout cela ne âcii pas lé troubler,' l'agiter, l'effrayer ? Mais con- «dérons-Ie 4^s l'autre état , où il se fiiit une religion de sa raison , c'est-à-dire une religion fondée àur les seules coùnoissancès qu'if a reçues de la nature y telle qu'a 4té et qu'est éàcore M religion deâ philosophes et' des sàgés dii mondéJ j% ne dis point id quel désordre ce sèroit oue èhacuf eAt droit de se faire une religion particulière , et ^'i{ y eût autant de religions que de sentiments , oÀsl n'est pas dé mbn imét ; J'éiamine seulement si dans cet état l'esprit de Fhomme pourrm trouver une vraie tranquillité, et je prétends oue iiori : pourquoi? parce qu'un homme s^ge, pouf peu qu'il Se cotonois^ lûi-meme, lest coniMncu dè"ti*bis choses touchant sa raison : premièrement, qu'elle est sujette S l'erreur; en second lieu , au'elle dst natureUment curieuse ; enfin, que la plupart de ses connoissànces ne sont tout an plus que de simples opinions qtai la laissent toujours dans rfnoertitttde^ en lui préposant même la vérité. Or, ces trois dho$és' sont ^tf)solument incompatibles avec le repos de Pesprit', et vous l'a(^^ lez voir. ' !

Si je suis sage , je ne puiç établir ma religion sur ma raisûp : pour-' quoi? pàroeque je sais que ma raison est sujette à mille erreurs, surtout en C0 qui concerne la religion. Je sais ce qùç l'histçire dé tous les siècleè m'apprend , cm'ii n'y a rien iur quoi les hommes soient tomb&'Vfams Seé parements diesprit â'prodi^eux que sur ce qui

r^jarde le culte de la Divinité ; je sais ee que samt Chrysostome remarque » qu*aa même temps qae le démon, arracboit du cœur des hommes la religion du vrai Dieu , il les engageoit dans des superstitions bonteuaes » jusqu'à leur faire adorer les plus vils animaux ; ce qu'ils auroieot dû» ce semble, avoir en borreur^ et ce qu'ils se laissoient, néanmoins persuader. Je sais ce qui causoit l'étonnenient de saint Augustin , lorsqu'il çonsidéroit que les Égyptiens » après avoir été les peuples de la terre les plus polis , en étoient toutefois venus à la plus basse de toutes les idolâtries , Hyant reconnu pour leur déesse ce qu'on n'oseroit presque nommer ; et que les Romains , qui furent depuis les maîtres du monde , dans l'état le plus florissant de leur empire , avoient présenté de l'encens à des dieux sujets aux vices les plus infâmes et les plus abominables. Je sais qu'il est aisé de justifier par la tradition de l'Église qu'après la venue même de Jésus-Gbrist, il n'y a point eu d'bérésîe si extravagante qui n'ait trouvé des sectateurs qui l'ont reçue et qui l'ont goûtée : et, ce qui est encore plus surprenant , je sais que les plus extravagantes de ces hérésies ont été souvent approuvées par les génies les plus sublimes. Enfin, je ssds ce que saint Jérôme a judicieusement observé, qu'autant de fois que l'esprit de l'homme a franchi les bornes de la foi , et voulu faire par sa seule raison de nouvelles découvertes dans le champ de la rdigion, toutes ses recherches n'ont abouti qu'à l'embarrasser , et qu'à l'envelopper dans les plus grossières erreurs.

Si je suis bien instruit, je sais tout cela : or, quelle apparence que, sachant tout cela , je puisse me fier à ma raison et m'en rapporter à die sur les points de ma religion ; à moins que je ne me flatte d'avoir mie raison plus épurée, plus droite et ghis infaillible que tout le reste des hommes , ce qui seroit un excès de présomption et un orgueil insoutenable. Il faut donc , pour peu que j'aie même de raison , que là ou il s'agira de la religion je tienne ma raison pour suspecte , ou plutôt que je la renonce. Or, dès-là, elle n'est plus capable de pacifier inon esprit , et de le tenir dans uçie sainte assurance. C'est la conclusion que tire Guillaume de Pj^ris ; et cette conclusion est évidente par elle-même. Ajoutez à cek que le caractère de notre esprit , dans la plupart des jugements qu'il forme , est un caractère d'incertitude , d'inconstaoce , d'irrésolution : autre qualité directement contraire au repos qu'il cherche. C'est-à-dire que, pour une connoissance certaine 9ue nous avons et que notre raison nous garantit , il y en a cent qu'elle ne nous garantit pas. Bien plus : celle que nous supposons aujourd'hui certaine, demain ne nous parott plus que douteuse; et après y avoir encore pensé nous la rejetons même absolument comme fausse. Or, si cela est vrai à l'égard des choses du monde, qui sont, pour ainsi dire , de notre ressort, beaucoup plus Test-il à l'égard des choses de Dieu , qtii nous sont d'autant moins connues qu'elles sont plus relevées au-dessus de nous, et qui par-là doivent jeter un esprit

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dans de plas grandes inqiyécudes , quand il n'eat pas ré(^ par la foi. YoUà , Ghràiens , Télat déplorable oii étoit saint AugosUn avant sa conversion » lorsque par un vain orgueil il vouloit décider et juger en maître, au lieu de s'iostruire avec la docilité et rhumiiilé d'un disciple ; car c'est lui-même qui le confesse, dans le livre qu'U nous a hissé touchant Tutilité de la foi. Je passois, dit-il , de secte en secte et d'opinion en opinion, selon les divers mouvements de mon esprit : tantôt je me déclarois pour Tune , et tantôt pour l'autre : il n'y en avoit pas une que je ne voulusse' embrasser, et pas une qne je ne voulusse abandonner. Aujourd'hui j'étois manichéen , et demain je ne l'étois plus ; je désespérois même souvent de parvenir jamais à la vérité ; et après nn long combat, fatigué de mes propres pensées, je me laissois emporter au sentiment des académiciens , qui ne tenoient rien de certain dans le monde : aimant mieux avec eux douter de tout , que de pron<mcer avec les autres sur des probabilités : Sœpè nùhi videbaiur non passe omnino tnveittrt quod queerebam, magnique fluctus eogitatianum meontm in aeademieorum sententiam fèrebantur (Auc). Sur quoi , en passant , vous remarquerez qu'eau moins saint Augustin n'étoit pas sujet à ce vice si commun dans notre siècle, de se préoccuper d'un sentiment sans en vouloir écouter d'autre ; de croire toujours une chose parce qu'on l'a crue d'abord, ou de n'y acquiescer jamais parcequ'on la une fois combattue; de s'entêter qu'elle est parcequ'on veut qu'elle soit ; de la contredire avec obstination parcequ'on a intérêt qu'elle ne soit pas ; et , quelque parti qu'on prenne , de se faire un feux honneur d'y demeurer , sans avoir d'autre règle de sa conduite qu'un attachement opiniâtre à son sens. Car voila, mes chers auditeurs , ce qui prodo^ tous les jours parmi nous tant de dés^ ordres. Saint Augustin, dis-je, n'eut pas au moins cette foiblesse, dans le temps même qu'il n'avoit pas encore soumis son esprit à l'empire de la foi; car il examinoii tout, et n'étoit prévenu de rien. Mais,, par un défaut tout opposé à celui-là , à force d'examiner, et de donner dans l'examen qu'il faisoit trop de liberté à sa raison , il ne trouvoit phs rien à quoi se fixer, et c'est ce qui l'embarrassoit et pe qui le troubloit. Voyez ces prétendus esprits forts du monde, qui, pour avoir pea de religion, raisonnent éternellement sur la religion. Quoique ce ne soit pas, comme saint Augustin /par une j^ndance de lumières, et qu'il y ait communément dans leur libertinage jAus d'ignorance que de doute , c'est Ik qu'ils en viennent. Us raisonnent , mais sans savoir euxHoaémes ce qu'ils croient et ce qu'ils ne croient pas ; incertains de tout et ne convenant jamais du principe auquel ils veulent s'arrêter; détruisant aujourd'hui ce qu'ils avoient hier avancé ; parlant tantôt d'une façon et tantôt de l'autre , selon qu'ils se sentent poussés et que le caprice les emporte. D'où est venue cette confusion, qui a pairu de tout temps dans le progrès des hérésies, et qui fi( en psurticulier du luthéranisme un monstre à oc^t têtes , par la

Jim SORIA PAIX GHRÉTIENIIB.

diversité des ftedons qui le partagèrent f de Korgaeil de la raiscm hamaiee. Chacun s'ërigeoit en ntattre et dogmatisoit à sa mode , et chacon Youloit être écouté. L'un prenoit la réformation dîans toute sa rigueur, l'autre Tadoucissoit et la modéroit : celui-ci, à quelque prit que ce fiït , vouloit sauver la réalité dans le sacrement dé Jésusk Ghrist; celui-là ne la pouvoit souffrir. De là naissoit la division des esprits , de là les schismes des Églises , de là les guerres dans les états. Or ce qui est arrivé dans une même s^ecte y c'est ce qui arrive à toute heure dans un même esprit ; et l'expérience nous fait voir qu'il se divise lui-même et qu'il se confond, dès qu'il est assez malheureux pour ne s'attacher pas à la simplicité de la foi.

Quand il n'y auroit que la curiosité de savoir, qui, toute défec-* tueuse qu'elle est , passe pour un droit et pour une prérogative dont la raison de l'hpmnie se prévaut; avec eetle insatiable avidité d'acquérir sans cesse de nouvelles oonnoissances , pourrions-nous espérer de procurer la paix à notre esprit ? car, comme dit saint Thoïnas , raisonner c'est chercher; et chercher toujours, c*est n'être jamais content. Il faut donc , pour mettre notre esprit en possession de cette bienheureuse paix à laquée il aspire, quelcfiie diose dé stable qui arrête et qui borne sa curiosité, quelque chose de certain qui remédie à ses inconstances , quelque chose d'infaillible qui corrige «es erreurs. Or, ce sont les trœs caractères de la foi ; ckr la foi borne notre raison , en réduisant tous ses discours à ce seul principe , C'est Dieu qui l'a dit; c'est Jésu^^hrist, la sagesse de Dieu niéme, qui a parlé , et ne lui permettant jamais de passer outre. D'oA vient que Tertuilien disoit qu'après Jésus-Christ la curiosité ne nous étoit plus d'aucun usage, et que l'exerdcenoùsen étoit interdit depuis que TÉvangile nous avoit été annoncé : Nobis euriositate ôpm'non est post Christumy nec inquisitione post Evangelium (Teutull.)? Or, si en cela notre raison paroît céder ses droits , parce qu^elle se retranché dans des limites que la nature ne lui prescrit point , du moins est-il vrai que dans ce retranchement qui lui est volontaire, tputes aes inquiétudes cessent , et qu'elle y trouve un parlait repos.

De plus , la foi remédie à ses inconstances , et cela n'est pas moins évident, parcequ'il est dç la substance même de la foi divine de nous mettre dan^cette sainte disposition d'esprit , oh nous renoncerions plutôt à toutes les lumières de la nature et à toutes les oonnoissances des sens, que de ne pas croire ce que nous croyons. Car qu'est-ce que d'être fidèle, sinon d'être disposé de la sorte? Or ce qui détermine ainsi notre esprit est ce qui fait sa paix. Enfin la foi, par un don de grâce qui lui convient uniquement , assuré la raison de l'homme contre le mensonge et l'erreur , parcequ'elle est aussi infaillible que Dieu même. Non seulement iiifaillible en soi , puisqu'elle est immédiatement fondée sur l'autorité et sur la révélation dé Dieu, maiV infaillible même par rapport à nous , pni^u'ellé nous applique cette révélation

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pu* te vigies A sainlet, qne â par impossible noas iStiOBS tfompës , Ken seroit réalisable de nos erreurs, saivttit celte consolante parole (feRidiard de SsintrYictor : Dcmmtj n errer eti 4pwn ereémuif à te de» cepû sumics (Richabbi» ▲ Sahgt. Yict.) : Oai» Seigaenr , s'il y avoit de f mosioii dans notre foi , ce seroit à toqs que nous aurions droit de nous en prendre. Or ee droit qo'a notre raison d'en appeler à Qiea comme à son garant , et de feire fond sur son inftililbilitë , c'est ce qui l'assnre dans cette paix dont dépend son bonheur et sa perfection. Et ¥oiià ce que j'appelle ledon de Dien et la béatitude de la foi, dans an esprit soumis à Ùeu. Car c'est un abus , Chrétiens , dont il est important que nous nous détrompions , de se figurer que notre foi soit une foi ignorante , qu'elle soit une foi imprudente , qu'elle soit même une foi aveugle en toutes mamères , comme les manichéens voutoiept le persuader à samt Augustin, pour k détourner du parti catholique. Non ^oette foi sumaturdle dans son objet , dans son motif et dans son principe , n'est point une foi ignorante » puisqu'avant que de croire il nous est permis de nous édairdr si la chose est révélée de Dieu ou si elle ne l'est pas. Et en cela je puis dire , sans parler témérairement , que la foi qui me lait ohrétieti , tout obéissante qu'elle est, ne laisse pas d'Are raisonnable , et qu'en sacrifiant même ma raison elle se ré** serve toujours lé pouvoir de raisonner. J'avoue qu'dle ne peut pins raisonner quand elle connoit une fois que c'est IMeu qui parie , paroeque Dieu ne prétend pas nous rendre compte de ce qu'il a foir, ni de ce qu'il a dit : mais U né vent pas aussi que nous lui donnions créance sans raison et sans discernement , puisqu'il nous défend au contraire de croire à tout esprit , et qu'un des écueils qu'il veut que nous évitions le plus» est de nous exposer indiscrètement à prendre la parole d'un homme pour la siaine. Voilà pourquoi il nous permet , on , pour mieux dire » il nous commande de raisonner : n'estimant pas , dit saint Jérôme » qu'il soit indigné de sa grandeur d'en passer par une telle épreuve , Probate i jotritus H ex Deo m( ( Joan., 4 ); et de se soumettre en uif sens à notre raison, avant que d'obliger notre raison à se soumettre à lui. Et c'est te que le prince des apôtres a si bien exprimé dans ces deux mystérieuses paroles, lorsqu'il nous exhorte I devenir par la foi comme des enfents , mais comme des enfants raisonnables. Il semble, dit saint Augustin , qu'il y ait en cela de la contradiction ^ car si nous sommes des enfants , comment pouvonsnoos être raisonnables ? et si nous sommes raisonnables , comment pouvons-nous être des enfants ? Mais ce qui est impossible dans l'ordre de la nature, est le devoir le plus naturel et le plus intelligible dans l'ordre de h grâce. Car c'est-à-dire que par la foi nous devons être comme des enfants , pour ne plus raisonner avec Dieu , quand il lui a i^u de s'expliquer et de se déclarer à nous ; mais que nous devons être raisonnables pour discerner si ce oue l'on nous propose est de Dieu , onde quelqu'un autorisé de Dieu t en un mot, que nous devons

être raisonnables avant la foi , et mm pas dans Texercice aeCnel de la foi ; raisonnables pour les préliminaires de la religion , et non pas pour l'acte essentiel de la religion ; raisonnables pour apprendre à croire et pour nous disposer à croire , et non pas pour croire en effet. Qr ce tempérament et ce mâange de raison et de foi , de raison et de religion , de raison et d'obéissance , c'est en quoi consiste le repos d'un esprit judicieux et bien sensé.

Ce n'est pas assez : notre foi n'est pas imprudente , puisqu'elle est fondée sur des motilis qui ont convaincu les premiers bonunes du monde, qui ont persuadé les esprits les plus délicats , qui ont converti les plus libertins et les plus impies ^ et qu^i ont fait dire à saint Augustin qu'il n'y avoit qu'une folie extrême qui pût résister à l'Évangile. Ne seroit»ii pas bien étonnant que ce qui a paru folie à ce docteur de l'Église nous parût sagesse , et qu'on appelât imprudence ce qu'il a regardé comme la souveraine raison ? Enfin notre foi n'est point une foi aveugle en toute manière, puisqu'à l'obscurité des mystères qu'elle nous révèle, elle joint une espèce d'évidence , et c'est l'évidence de la révélation de Dieu .-concevez, s'il vous plaît, ma pensée. Je dis une espèce d'évidence, parcequ'après les motifs qui m'engagent à croire, par exemple, l'incarnation ou la résurrection de Jésus-Christ quoique le mystère d'un Dieu fût homme , le mystère d'un Homme-Dieu ressuscité , me soit obscur en lui-même , la révélation de ce mystère ne me l'est pas. Et en effet , si , pour confirmer la vérité de ce mystère. Dieu , au mdment que je parle , fidsoit un miracle à mes yeux ,■ il me seroit évident que ce mystère m*est révélé de Dieu , et cette évidence ne répugneroit ni à la qualité ni au mérite de ma foi. Or j'ai des motifs plus forts et plus pressants pour m'en convaincre que si j'avois vu ce miracle; et je puis dire aussi bien que le plus saint de nos rois qu'il ne me faut point de miracle , parceque la voix de l'Église , celle des prophètes , et tant d'autres témoignages, ont quelque chose de plus auihen tique pour moi. Pourquoi donc ne conclurois-je pas que j*ai comme une évidence de la révélation divine au milieu des ténèbres de la foi ? Or cela joint à tout le reste achève de calmer mon esprit.

Au contraire , si je sors des voies de la foi , de ces voies simples et droites , je tombe dans un labyrinthe où je ne fais que tourner, que me fatiguer, sans trouver jamais d'issue. Il faut^ pour y renoncer à cette foi, que je me porte aux plus grandes extrémités : à ne plus reconnoître de Dieu , à ne plus reconnoître de Sauveur Homme-Dieu , à démentir tous les prophètes qui l'ont promis , à m*inscrire en faux contre toutes les Écritiures , à^ traiter tons les évangélistes d'imposteurs , à combattre tous les miracles de Jésus-Christ , à contredire tous les historiens sacrés et profanes. Or, pour en venir là et pour y demeurer, quels combats n'y a-t-il pas à soutenir^ et de quels flots de pensées un esprit ne doit-il pas être agité ?

Et certe» , dirois-je à un libertin , dans cette contrariété de senti-

moits qui esl entre vous et moi , qoi de nous deux expose davanuige, et qui de nous deux doit jAm craindre ? Est-ce moi qui crois ce que la rel^lioD m'enseigne ; ou n'est-ce pas vous qui n'en croyez rien? Estce moi 9 qui me soumets à croire pour conformer ma vie à ma créance ; ou n'est-ce pas vous , qui ne voulez rien croire pour vivre dans le libertinage ? En croyant ce que je crois , tout ce qui peut m'arriver de plus ÎÉàcheux , c'est de me priver inutilement et sans fruit , pendant la vie 9 de certams plaisirs défendus par la loi que je professe, et défendus même par la raison. Voilà le risque seul que je cours , supposé que ma créance ne fût pas bien élablie. Mais vous , si ceHpie vous ne croyez pas ne laisse pas d'être vrai , vous vous mettrez dans le danger d'une damnation éternelle.Telle est|la diffiérence de nos conditions : moi qui hasarde peu (si toutefois je hasai*de en effet quelque chose ) , je vis sans inquiétude ; mais vous qui hasardez tout , puisque vous hasardez une éternité , vous devez être en de perpétueUes alarmes. Concluons donc avec le Sauveur du monde : BeaH qui nanviderum^ et eredidenmi{ Joan.» 90 ) ! Heureux ceux qui croient, et qui croient sans avoir vu ! Heureux ceux qui croient , je ne dis pas seulement parœqu'en soumettant leur raison à la foi ils en corrigent toutes les imperfections , je ne dis pas paroequ'au Heu d'uoe raison foibie et aveugle à laquelle ils renoncent , ils entrent par la foi en communication des plus pures lumières de l'esprit de Dieu ; mais parcequ'en captivant leur esprit sous le joug de la foi, ils rétablissent dans une paix inaltérable ; et heureux ceux qui croient sans avoir vu , parceque moins ils ont besoin de voir pour croire , plus la paix de leur esprit est solide et consuinte. Non , non. Chrétiens , ne pensons pas que les apAtres aient été plus- privilégiés que nous, parcequ'ils ont vu le Fils de Dieu sur la terre , et qu'ils ont été témoins de ses miracles. Le Fils de Dieu lui-même nous dit aujourd'hui tout le contraire , et il nous assure que si nous savons profiter de notre condition , elle peut être en cela plus heureuse : Beati qui non viderunt^ et eredideruM. Ce n'est point proprement la vue des miracles qui donne à uo esprit celte paix et cette tranquillité dont nous parlons , c'est la simple soumission à la foi. Les apôtreB avoient vu tous les miracles que Jésus- Christ avoit opérés pendant sa vie , et cependant ils n'en furent pas moins troublés au temps de sa passion : après sa résurrection même , qudqu'il leur eût tant de fois apparu , leurs esprits n'étoient pas encore bien rassurés ; et le Sauveur, en montant au del , fut obligé de leur reprocher leur incrédulité. Ce qui les confirma , ce fut ce don de foi eide soumission que le Saint-Esprit leur apporta du ciel, lorsqu'il descendit visiblement sur eux. Or, sans avoir vu , je puis avoir cet esprit de soumission aussi bien que les apôtres , et même encore plus que les apôtres , parcequ'il y a bien plus de soumission à croire sans avoir vu , qu'à croire quand on a vu. Ainsi je puis être, dans l'exercioe de ma foi , encwe plus heureux que les apôtres. Âb ! mes chers

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aodilevrs 9 quel repos peur notas si ndus étions bi» persnadës de ce principe 1 quelle paix » si nous avions saerifië à Dieu toutes ces vaines curiosités dont nous nous occupons ; cette démangeaison de savpir et d'approfondir certains points que Dieu a voulu nous tenir cachés , et où nous n'entrons jamais que pour nous rendre malheureux; cette forœ d'esprit prétendue ^ dont nous nous flattons, et dont nous voulons acquérir l'estime aux d^ens de notre foi » paroeque nous ne pouvons peut-être pas l'acquérir par une antre voie ; cette liberté présomptueuse de parler de tout , de disputer sur tout , qui va peu à peu à éteindre la religion dans nos cœurs ! Car voilà ce qui nous perd. C'est ce qui a perdu tous ces esprits superbes qui ont voulu se donner l'essor, et s'élever trop haut. Ils se sont épuisés à raisonner, mais en vain. Après s'être bien tourmentés, ils ont été contraints d'avouer que la religion n'étoit point l'ouvrage de l'homme , et ils se sont repenti cent fois d'avoir commencé à y toucher. Luther le dîsoit lui-même ; et quand on lui demândoit son avis sur quelque article de la religion , il étoit le premier, comme son histoire nous l'apprend , à conseiller de ne pas suivre son exemple, et de se tenir à la gt*ande règle de la soumission. Soumission à la fol , nécessaire pour avoir la paix de l'e^ prit ; et soumission à la Im ^ nécessaire pour avoir la paa du cœur : c'est la seconde partie.

SECONDE Partie.

Il est impossible de résister àDieu etd'avoir la paix ; mais il est aussi cojoime impossible de n'avoir pas la paix quand on est parfiiitemem sdumis à Dieu : deux vérités de la foi , et dont la première est conçue datisles propres termes de l'Écriture : Qiùs reititit et, et paeem habtAt

goB, 9)f Où est l'homme qui] ait eu la témérité de se soulever contre ieu , et au même teinps l'avantage de trouver la paix? C'est le défi que Job faisoit aux pécheurs, prétendant qu'il n'y eh avoit point d'exemple. Quand le Saint-Esprit ne nous l'auroit pas dit, la raison seule, jointe à l'expérience, suffiroit pour nous eii convaincre. Car, comme dit saint Augustin, Dieu étatit le souverain bien de l'homme, la béatitude de l'homme , la fin dernière de l'homme , et par conséquent le centre du cœur de l'homme, il est impossible que le cœur de r homme ait jamais dû repos qu'autant qu'il est uni à Dieu. Or cette union du cœur de l'homme avec Dieu ne se peut foire dans cette vie que psit un assujettissement volontaire à la loi de Dieu. Quand un élément est faoi^ de son centre, fût-il d'ailleurs dans le lieu le plus agréable ^ il n'y demeure qu'avec deà violences extrêmes ; et quahd une partie du corps humain est hors de sa place, quoi que vous fassiez pour la soulager, elle y ressent des douleurs éternelles. Or telle est , Chrétiens , la situation du cœur dé f homme quand il est séparé de Dieu par le péché. Dieu étoit son centre, et il Ta quitté. Sa pHce, dfèons mieux , son devoir étoit d'être s6iimis à Dieu , et il a vOûld s'élever contre Dieu. Avec

SUR LA PAIX eSlIÉTIENNB. 191

oeb> quoiqu'il ait tons les plaisirs dq monde, il n'y aiM jamais <k tranqiunité ni de paix pour lui. Et c'est oe que saint Angostin condaoit, ai bien par ces admirables paroles que vous atez cent fois entendues quand il disoit à Dieu : FecUli nos , Domine , ad te, et VTrequèe' tumest cof noeirum éomo tequieecat in te (Aug.) : C'est pour tousteème, Seigneur I que vous nous avez faits ce que nous sommes ( car BOUS ne sommes que pour vous] , comme vous n'êtes que pour vousmême ; et en cela nous pouvons dire que nous avons une fia aussi noble que votts-méme* Or cette fin est quelque chose de si essentiel et pDufvoiis et pour noua, qiœ, tout Dieu que vous êtes, vous n'avez pu nous fiaôre pour uli autre que prar vous, puisque vouscesserîeisd'tee Dieu ^t nous pouvioQS être pour un autre que pour vous^ qui êtes notre Dieu : Femtt not , Doimnej ail te. Yoiià un grand principe» Chrétiens ; et que s'ensuit-il de là ? Ce que saint Augustin ajoute ; Et vreqUietum est Cor notirunt, donee rsf utescol îil le. JNous sommes fiuts pour votis ; notre cœur est donc liécessairement dans l'inquiétttde et dans le trouble dès qu'il ne se repose pas ^ vous. Et comment se repose-t*il en IJieu? par une obéissance fidèle à la loi de Dieu. Le pécheur veut vivre dans Tindëpendance, et dès-là il se précipite dans un abîme de malheur ; dès-là toutes les créatures s'arment pour ainsi direcontre lui ; dè^là lès prospérités mêmes, qui soif pour les autres des dons de Dieu , se tournent pout lui en chàiiments ; dès-là Taffliolion de l'esprit et Tameriume du oosur le vont chercher et le trouvent, fftiril au comble du bonheur humain ; en sorte qu'il peut bien dire comme David : TrihUaHoet att^tianivenertmtme{PsalmAlS);dè&m là sa raison devient son ennemie , sa foi le condamàe , sa religion l'effraie, sa consdenoe le déchire. Son péché lui est un supplice inévitable qni le éuît partout. Quand il n'y auroit point d'autre misère qiie de n'être plus daas l'ordre établi de Dieu , que de n'avoir plus de part à la protection de Dieu, que d'être exclu du nombre des serviteurs de Dieu , des amis de Dieu , des enfents de Dieu ; que de pouvoir jbire cette triste réfiexion , et de la foire souvent malgré soi : Je suis l'objet de la baide de Dieu, je suis actuellement exposé aux coups de Dieu : cala seul, vivement conçu, n'est-il pas capable de foire dans l'ame du pédbeur une espèce d'enfer?

Or cela , mes Frères, reprend saint Augustin , est de la justice et de la loi étèroeUede la Providence ; car vous l'avez ainsi crdomié. Seigneur , et l'arrêt s'exécute tous les jours , que tout espHt qui se révolte contre vous, sans sortir hors de lui-même , soit déjà lui-même son tourment : JuuistK Donnne^ et iie. eu ut omni» anmus inordinatus paauLiit ipsesibi (Aug.) : vérité que le Saint-Esprit a voulu nous foire comprendre, mais par un trait dé la plus sublikne et de la plus divine éloquence. C'est au livre de la Sagesse, oii Sdomon , parisriit des péchrârs, disoit à Dieu : Non enm imposêM&t erat ommpotene manns luutmmilîere UUt multif Udinem tirsonon, aaa iiotrt ^enerît ira ptentuigno-

iSS SUR LA PAIX GHRÉTIEMiVE.

ta8ieiUa${Sap.,H).C»tii\€métioiim6^ Seigaeiir^deleiireiivoyerdes iDODStres pour lesdév<Nrer, et votre main toute^paissanle pbavoit former des créatares d'une noavelle espèce pour les extêriniiier , et pour être les instruments et comme les ministres de votre colère. Mais paroeqn'en diàtiant les hommes vous ne cherchez point précisément à ftire édater votre grandeur tonte puissante, et qu'il vous suffit de leur ftdre sentir les effets de votre justice souveraine» vous vous contentez de les punir par cela méaie qui fait leur crime» et vous n'avez qu'à les abandonner à eux-mémespour en*tirer unepleine vengeance : S^ettine lA» uno iptrîm poterani oecidi,perticuHùnem patri a^tpm faetii nus (Ibid.)* Voilà, Chrétiens, l'idée que le Saint-Esprit nous donnede Fétat des pécheurs; voilà comment il nous les représente, comme des hommes livrés à eux-mêmes, comme des hommes persécutés par eux-mtoes, comme des hommes révoltés contre eux-mêmes, après qu'ils se sont révoltés oontre Dieii. Penecutianem pam ab ipsU faetis iuis. En effet , le remords du péché a toujours été la plus immédiate et la plus infidllibie peine du péché : Prima iUa etmaximapeccati pœna en peccasse. C'est ainsi qu'en parloit un païen ; et la raison même lui inspiroit ce saitiment.

Mais il n'y a qu'à consulter l'expérience, pour en être encore plus saisiblement opnvaincu ; car voyons-nous, que les pécheurs du ^ècle jouissent ;d'une véritable paix ? Peutrétre en ont-ils les apparences ; mais en ont-ils le fond? Qu'est-ce que leur vie? Concevez-le bien : un esclavage où ils gémissent sous la tyrannie de leurs passions et des vices qui les dominent ; une dépendance perpétuelle du monde et de ses lois; un assujettissement servile à la créature, c'est-à-dire an caprice , à la vanité, à la légèreié, à l'infidélité même : un engagement à souffrir beaucoup pour se damner et pour se perdre; car ne croyez pas qu'en secouant le joug de Dieu, ils en soient plus libres. Pour une servitude honorable à laquelle ils renoncent, ils se réduisent dans la servitude la plus honteuse; et pour lescrmx sdutaires dont ils ne veulent point, ils en ont d'inutiles à porter» mais bien plus dures et plus pesantes , qui les accablent. Qu'est-ce que leur vie? une suite de désordres qui lesrendent également criminels et malheureux, paroeque c'est , par exemple, une ambition qu'ils ne peuvent satisfaire, une avarice qui ne dit jamais , C'est assez ; une délicatesse et un amourpropre qui leur fait sentir jusqu'aux pluslégères attentes du mal; une jalousie qui les dévore, une haine qui les envenime, une colère qui les transporte; parcequ'ils désirent toujours ce qu*ils n'ont pas , et qu'ils ne se contentent jamais de ce qu*ils ont; qu'ils prennent ombrage de l'un, qu'ils forment des intrigues contre l'autre, qu'ils rompent avec celui-ci , qu'ils sont pleins d'animosité contre cdui-là, qu'à peine euxmêmes ils peuvent se supporier, tant le péché leur attire de chagrins, de dégoûts, de mortifications, de traverses. ContriHo et infelidias in vu$ eanm, et viam paài non eognoverunt {Ps. 15). Il n'y a , die le

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PKq[>hètè royal, que malheur et qu*affliction dans leurs voies. Et comment auroient-ils la paix, puisque , bien loin d'y parvenir , ils ne savent pas même par quel chemin on y arrive, et qu'ils ne la oonnoissentpas?

Mais enfin , direz-vous » ces pêcheurs du siècle ont souvent tout ce qui bit les hommes heureux dans cette vie : on les voit riches , puissants , élevés; le monde les honore , et il semble que le monde n'est fait que pour eux. Eh bien ! mon cher auditeur , je veux qu'ils soient tds que vous vous les égarez : peut-être en faudroit-il beaucoup rabattre ; mais qu'ils soient ce que vous pensez , et encore plus s'il est postible 9 j'y consens. Vous dites que c'est là ce qui tait les hommes heoreux dans cette vie, et moi je prétends qu|3 ce qui fait le bonheur des hommes dans cette vie n*est rien précisément de tout cela ; vous dites qu'avec la moindre partie de ce qu'ils ont vous seriez content, et moi je soutiens que quand vous en auriez cent fois davantage, vous ne le seriez pas, si vous n'y ajoutiez quelque chose de plus ; et ce surplus que vous y ajouteriez pourroit , sans tout çda , vous rendre heureux. Voilà des principes bien opposés. Mais pour vous convaincre de ce que j'avance, et pour vous faire au même temps reconnottre l'erreur oji vous êtes, je m'en tiens encore à l'expérience; car l'expérience nous fiait voir tous les jours des hommes contents sans tout cela , et des hommes malheureux avec tout cela; ou plutôt un nombre infini de malheureux avec tout cela, et beaucoup de contents sans tout cela : expérience dont les- païens eux-mêmes sont convenus, et sur laquelle leur philosophie a triomphé, mais dont je tire, moi qui n'ai point d'autre philosophie que celle de l'Évangile , des conclusions chrétiennes qsi m'édifient et me consolent ; car il m'est évident par-là qu'il n'y a donc rien sur la terre qui puisse remplir mon cœur ; qu'il y a quelque chose de plus grand que tout ce que je vois, qui doit foire mon souverain bien; et que c'est uniquement ou dans la possession ou dans la poursuite de ce souverain bien que je dois chercher la paix. Or ces maximes éternelles, dont j'étois déjà persuadé dans la spéculation , me deviennent sensibles dans l'usage du monde et dans la counoissance que j'en ai. Combien de riches, par exemple, qui, malgré leur bonne fortune , s'estiment malheureux , et qui le sont en effet? mais ils passent pour heureux dans l'opinion du monde. Ah ! mes Frères, reprend saint Ghrysostome, c'est encore là le surcroît de leur misère , de ce qu'étant malheureux dans leur idée, ils passent pour heureux dans celle d'autrui ; c'est-à-dire, de ce qu'étant malheureux véritablement, ils ne laissent pas d'être heureux en apparence. Car ce qui hit leur bonheur ou leur malheur n'est pas l'opinion et l'idée d'aourui , mais leur propre opinion et leur propre idée ; et quand tous les hommes du monde conspireroîent à les béatifier , cela n'empêche pas qu'ils ne se consument de chagrins, et qu'assujettis comme ils sont à la loi du péché, ils ne se crucifient eux-mêm^s. Or voyant cela, dit B. 2. *3

saint Ambroise, que puis-je juger, sinon qu il y a une Providence, DMtis une Providence de miséricorde aussi bien que de justice , qui ne permet pas que les pécheurs goûtent le repos qu'ils s'étoient faussement promis. Car enfin cet avare et ce voluptueux en sont des preuves invindbles : j'estime Fun content, et il ne l'est pas ; je crois l'autre à son aise, et il souffre plus que moi. Ainsi ils détruisent le jugement que j'en fais par leur propre jugement , ou , si vous voulez, ils réfutent mon erreur par leur expérience véritable; ce sont les paroles de saint Ambroise : Hœc videm^ nega^ si potes, dmnijtuiicii remuneratUh nem ; nom ilU tuo affectu beatus est » et suo miser : tibi dives videtuTy ubi pauper est y et m tuumjudicium suo refellit ( Ambros»). U n'y a qu'une chose qui semble contraire à ce que je dis , et c'est que les pédieurs eux-mêmes prétendent qu'ils ont la paix; car ils le prétendent quelquefois. Mais prenez garde^ s'il vous plaît : outre qu'ils le prétendent rarement , outre qu'ils ne le prétendent pas constamment , outre que quand ils le prétendent c'est lorsqu'ils sont moins en état d'en bien juger, parceque c est communément dans l'ardeur du crime et dans l'aveuglement actuel du péché : outre cela, j'ose dire qu'ils ne le prétendent jamais, que leur cœur, par un témoignage secret, ae leur fasse sentir la fausseté de leur prétention. C'est de quoi le Saint-Esprit m'assure par le prophète Jérémie, Dicentes^ Pax^ pax ; et non erat pax (Jerbm., 6). Ils se vantent d'avoir la paix, et ils se répondent intérieurement à'eux-mémesqu'ik ne l'ont pas ; ils voudroient bien se persuader que c'est une vraie paix, mais ils sont forcés de reconnottre que ce n'est qu'une paix chimérique : Pax, pax^ et non erat pax. Du reste, quand ils auroient la paix de la manière qu'ils l'entendent, ne seroit-ce pas une paix plus funeste pour eux que tous les troubles , puisque ce seroit la paix dans le péché? Car la paix dans le péché, si dans le péché toutefois il y en a , c'est ce qui met le comble à l'endurcissement, et ce qui rend, sans un miracle de la grâce, la pénitence comme impossible*

Oh trouver donc la paix du cœur? Je vous l'ai dit, mes chers auditeurs, dans l'assujettiBsement à la loi de Dieu. Hors de là ne l'espérons pas : Pax multa diligentibus legem tuam {Ps. 118). Oui, mon Dieu , disoit David * c'est pour ceux qui aiment votre loi qu'il y a une paix intérieure ; et il n'est pas juste ni même possible qu'il y en ait pour d'autres que pour eux, parceque votre loi étant , comme elle l'est , le principe de Tordre , elle est essentiellement le principe de la paix. Paix inébranlable du côté de Dieu, inébranlable du côté du prochain , et inébranlable de notre part môme.

Paix inébranlable du côté de Dieu ; car que peut-il m'arriver qui puisse troubler ma paix avec Dieu quand je me soumets à sa loi ? S'il m'envoie des afflictions , je les reçois conune des épreuves qu'il veut faire de ma fidélité ; s'il me suscite des persécutions, je le bénis ; et au lieu de me plaindre , je m'en fai^ , comme chrétien » des sujets de

joie; s'îljDi*ôte les forces et la santé ^ ne pouvant plus agir ponr loi , je me coDSole d'être au moins en état de souffrir pour lui; s'il me survient des pertes » je le remercie de ce que ne pouvant phis l'honorer de mes biens, je puis encore le glorifier par ma pauvreté; si ma réputation est attaquée » je me réjouis d'avoir de quoi lui £ûre un sacrifice de charité et de patience; si rien de ce que j'entreprends ne me réussit , je Tadore , sûr que ce qu'il en ordonne est meilleur pour moi que le succès le plus favorable. En un mot, je ne veux plus que ce qu'il veut « et de la manière qu'il le veut, et dans les circonstances qu'il le veut : ce qu'il ne veut pas > je me fais un plaisir et un mérite de ne le pas vouloir; ce qu'il me défend, je me le défends à moimême; en toutes choses sa volonté devient la mienne; et comme sa volonté est dans une éternelle paix, en y conformantlamienne je jouis de la paix de Dieu ; ou plutôt Dieu lui-même , selon la parole de saint Paul, est ma paix : Ipse mm e$t pax nostra (Ephes.^ 2).

Paix inébranlable du côté du prochain. Car, soumis que je suis et obéissant à la loi de mon Dieu , il n'y a plus rien en moi de tout ce qui altère la paix parmi les hommes ; c'est-^-dire il n'y a plus en moi de ces ressentiments, plus de ces envies , plus de ces soupçons, plus de ces haines , plus de ces enflures de cœur , plus de ces fiertés , plus de ces aigreurs qui sont comme des semences de division et de discorde : je conserve la paix avec tout le monde , même avec ceux qui ne veulent pas la conserver : Cum hi$ qui oderunt pacem eram pacifia CM {Psalm, 119) ; je ne blesse personne, je ne juge depa*sonne, je ne veux me venger de personne, parceque la loi de Dieu, à laquelle je me suis inviolablement attaché , m'interdit toute vengeance , tout jugement , toute injure que je pourrois faire aux autres et qui les pourroit soulever contre moi.

Paix inébranlable de ma part même : comment? parceque cette soumission à la loi de Dieu tient toutes mes passions dans le calme , ou du moins toutes mes passions sujettes à ma raison ; et dès qu'elles sont une fois sujettes à ma raison, elles ne troublent plus mon cœur : la colère ne m'emporte plus, la tristesse ne m'accable plus; j'obéis à Dieu , et quand j'obéis à Dieu toutes mes passions m'obéissent ; Dieu règne en moi, et, par une suite naturelle, O me £ait régner moi-même sur moi-qaéme. Voilà, Chrétiens, le bien heureux état des Justes ou des pécheurs mêmes quand ils ont trouvé la paix de Dieu , en se recoudliant avec Dieu. Je ne parle pas seulement d'un saint Paul , qui défioit toutes les créatures de le troubler dans la possession de celte paix ; je ne parle pas des martyrs, qui, par un miracle de la grâce, au milieu des supplices goûtoient sensiblement cette paix : je parle de tous les chrétiens qui , dans la pratique des vertus , sont fidèles à Dieu et persévèrent dans son amour. Oui , mes chers auditeurs , voilà votre état , quand vous marchez dans la voie de l'innocence et de la pénitence; voilà l'avantage qui vous revient, quand vous tenez ferme

dans robservance de cette divine loi, dont je puis bien dire ce qœ Salomon disoit autrefois de la sagesse : Venerunt nàhi omnia bana pariter cum illâ {Sap., 7). S'il vous reste encore dans la yïe des difficultés et des peines, ce n'est point parceque vous êtes soumis à cette loi, mais au contraire parceque vous ne Tètes pas. Ces chagrins et ces peines ne viennent pas de votre soumission , mais du défiint de soumission ; car si votre soumission ëtoit parfaite , dèsJà ces peines et ces chagrins cesseroient. Voilà Tétat, ô mon Dieu , le dirai-je? où , quoique indigne de vos miséricordes , il me semble que je me suis quelquefois trouvé moi-même, et où je me trouve encore quand je me tourne vers vous. Quoique je ne puisse savoir avec assurance si je suis en grâce et digne d'amour, permettez-moi néanmoins. Seigneur, de fisiire ici cette confession publique. Je ne sais si vous êtes content de moi , et je reoonnois même que vous avez bien des sujets de ne Tétre pas ; mais pour moi, mon Dieu , je dois confesser à votre gloire que je suis content de vous, et que je le suis parfaitement. Il vous importe peu que je le sois, ou non ; mais après tout, c'est le témoignage le plus glorieux que je puisse vous rendre : car dire que je suis content de vous , c'est dire que vous êtes mon Dieu , puisqu'il n'y a qu'un Dieu qui me puisse contenter. Or , si tout imparfait que je suis je ne laisse pas de me trouver dans cette disposition , que sera-ce de ces âmes saintes et ferventes qui vous servent avec une entière fidélité? Et si dans cette vie on peut goûter une telle paix, qu'est-ce que la paix qu'on goûte dans le del en vous possédant I Ah ! Chrétiens , animons aujourd'hui notre langueur , excitons-la par ce motif. Il est intéressé; mais Dieu veut bien que nous nous en servions , et que nous agissons par intérêt , quand notre intérêt est joiot avec le sien. Attachons-nous donc à Dieu ; cherchons notre paix en Dieu , puisqu'elle n'est nulle part ailleurs. Nous ne l'éprouvons que trop ; et ce qui est à craindre pour nous, c'est que notre expérience ne fasse notre condanmation. Puisque le monde ne peut nous donner la paix, et que cette paix n'est point dans le monde , ne nous obstinons pas à l'y vouloir trouver. Cherchons-la où elle est , et où Dieu l'a mise. Or il ne l'a mise que dans lui-même , et il n'a pu la mettre ailleurs. Cherchons-la dans une parfaite soumission à la foi et à la loi. Si nous suivons cette double règle, nous aurons tout à la fois la paix dé l'esprit et la paix du cœur : Quicumque hancregulam secuti fuerintf pax super iUos{G(Uat.,6). Et non seulement nous aurons la paix , mais l'abondance de la paix en cette vie, et la félicité éternelle dans l'autre , où nous conduise, etc.

r FIN DU CARÊME.

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