ENFANTS
£f dixU mater t^us ad Ulnm : FUi^ qu4d feHsU nùbi$ sic ? Eeeê paier tmu el ego, do* lenlet quœrebamus te. Et aU ad Uloe : Quid est quod me quoerebatit ? neuiebatU, juta in Mf , QiMS PeiUriê mé^ «uiit> cportet me use ? Et ipH non intellexerunt verbum quod locaUiu eit ad eos.
ta mère de Jésas-Christ lai dit : Mon fils, pourquoi en ayez-Tous usé de la sorte arec nous ? ?oti« péreet ttol nous vous cherehions arec beaucoup d'inquiétude. Il leur répondit : Pourquoi fflS chercliiet-Toaa ? ne tave^'Toits pas qu'il faut que Je m'emploie aux ehoses qui regardent mon Père? Et Us ne oomprirent pas ce qu'il leur dit. Saiiit Luc» (ibap. u.
C'est la réponse que l'Enfant-Jësus fit à Marie» lorsqu'après l'avoir cherché pendant trois jours , elle le trouva dans le temple de Jérusalem. Réponse quipourroit nous surprendre, et qui peut-être nous parottroit trop sévère et trop forte » si nous ne savions pas qu'elle fut toute mystérieuse. Car le Fils de Dieu, dit saint Ambroise, reprit sa mère en cette occasion , parcequ'elle sembloit vouloir disposer de sa personne, et s'attribuer un soin qui n'étoit pas de son ressort. Ainsi l'a pensé ce saint' docteur ; mais comme cette opinion. Chrétiens, n'est pas tout-à-fait conforme à la haute idée que nous avons tous de rirrépréhensible sainteté de la Mère de Dieu , adoucissons la pensée de saint Ambroise, et contentons-nous dédire que, dans l'exemple de Marie , le Sauveur du monde voulut donner aux pères et aux mères une excellente leçon de la conduite quMls doivent tenir à l'égard de leurs eniants , surtout en ce qui regarde le choix de l'état où Dieu les appelle. Ce sujet , mes chers auditeurs , est d'une conséquence infinie ; et , tout borné qu'il paroit , vous le trouverez néanmoins dans l'importante morale que je prétends en tirer , si général et si étendu » que de toute cette assemblée, il y en aura peu à qui il ne puisse convenir, et qu'U ne puisse édifier. U est bon de descendre quelquefois aux con-
SOO SUR LE DEVOIR DES PÈRES, btc.
ditions particnUères des hommes^ ppur y appliquer les règ^ universelles de la loi de Dieu. Or c'est ce que je fais aujourd'hui. Car en ex* pliquant aux pères et aux mères ce qu'ils doivent à leurs enfants , et aux enfants ce qu'ils doivent à leurs pères et à leurs mères , dans une des plus grandes affoires de la vie, qui est celle de la vocatioo et de l'état, je ferai comprendre à tous ceux qui m'écoutent ce que c'est que vocation , quelles maximes on doit suivre siu* la vocation , œ qu'il faut craindre dans ce qui s'appelle vocation, ce qu'il y faut éviter et ce qu'il y faut rechercher. Nous avons besoin pour cela des lumières du Saint-Esprit : demandons-les par l'intercession de sa divine épouse. Ave Maria.
N'est-il pas étrange, Chrétiens , que Marie et Joseph, comme le remarque saint Luc dans les paroles mêmes de mcm texte, ne comprissent pas le mystère, et n'entendissent pas le Fils de Dieu, quand, pour leur rendre raison de ce qu'il avoit fait dans le temple, il leur dit que son devoir l'obligeoit de vaquer aux choses dont son Père Tavoit chargé? Que Joseph n'ait pas tout-à-fait pénétré le sens de cette réponse, j'en suis moins surpris ; car, tout éclairé qu'il pouvoitétre par les fréquentes et intimes communications qu'il eut avec Jésus-Christ, il n'étoit pas nécessaire qu'il connût tous les mystères de l'incarnation divine. Mais ce qui doit nous étonner, c'est que Marie, après avoir reçu la plénitude de toutes les grâces et de toutes les lumi^^ célestes , après avoir conçu dans son sein le Verbe incarné, ait paru ignorer un des points les plus essentiels de la mission de cet Homme-Dieu et de son avènement sur la terre. Ne nous arrêtons point , mes chers auditeurs,à éclaircir cette difficulté , et laissons aux interprètes le soin de la résoudre. Voici ce qui doit encore plus nous toucher , et ce qui demande, s'il vous plait, une réflexion toute particulière. En effet, si Marie et Joseph ne comprirent pas ce que leur disoit le Sauveur des honunes touchant les emplois où il étoit appelé de son Père, n'est-il pas vrai que la plupart des pères et des mères dans le christianisme n'ont Ja-. mais bien compris leurs obligations les plus indispensables par rapport à la disposition de leurs enfonts, et en matière d*étàt et de vocation? Il est donc d'une extrême importance qu'on les leur explique, et voilà ce que j'entreprends dans ce discours. Prenez garde, je vous prie : je ne veux point entrer dans l'intérieur de vos familles ; je ne viens point vous donner des règles pour les gouverner en sages mondains. Vous me diriez, et avec raison , que cela n'est pas de mon ministère : mais s'il y a quelque chose dans le gouvernement de vos familles où la religion et la conscience soient intéressées, n'est-ce pas à moi de vous en instruire? Or je prétends qu'il y a deux choses que vous ne savez point assez , et qu'il vous est néanmoins , non-seulement utile , mais d'une absolue nécessité de bien apprendre. Écoutez*les. Je dis qu'il ne vous appartient pas de disposer de vos enfants en ce qui regaurde
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kor vocatioD , et le choii qu'ils ont à fidre d'un état. Et j'ajoute toutefois que vous êtes respoD8aî)les à Dieu du choix que font vos enfants, et de l'état qu'ils embrassent. Il semble d'abord que ces deux propositions se contredisent; mais la suite vous fera voir qu'dles s'accordent psurlaitement entre dles. Dieu ne veut pas que de vous-mêmes et de Totre pleine autorité, vous déterminiez à vos enfants l'état où ils doivent s'engager ; c'est la première partie. Et Dieu cependant vous demandera compte de l'état ou vos enfants s'engagent; c'est la seconde. Tontes deux feront le partage de cet entretien, et le sujet de votre attention.
PREVIÈRB PARTIS.
Il n'appartient qu'à Dieu de disposer absolument de la vocation des hommes ; et il n'appartient qu'aux hommes de déterminer, chacun avec Dieu, ce qui regarde le choix de leur état et de leur vocation. Ce principe est un des plus incontestables de la morale chrétienne. D'oïl je conclus qu'un père, dans le christianisme, ne peut se rendre fflsitre de la vocation de ses enfants , sans commettre deux injustices évidentes: la première, contrôle droit de Dieu ; la seconde, au préjudice de ses enfants mêmes : Tune et l'autre , sujettes aux conséquences les plus funestes en matière* de salut. Voilà le point que je dois maintenant développer, et en voici les preuves.
Je dis qu'il n'appartient qu'à Dieu (lé décider de la vocation des hommes : pourquoi? parcequ'il est le premier père de tous les hommes, etparoequ'il n'y a que sa providence qui puisse bien s'acquitter d*une fonction aussi importante .que celle-là. Ce sont deux grandes raisons qu'en apporte le docteur angélique saint Thomas. Si je suis père, disoit Dieu par le prophète Malachie, où est l'honneur qui m'est dû : Si pater ego nan^ ubi est honor meus (Malach., i)? C'està-dire, pour appliquer à mon sujet ce reproche quefaisoitle Seigneur à son peuple, si je suis père par préférence à tous les autres pères, oii est le respect que l'on me rend en cette qualité ? où est la marque de ma paternité souveraine, si les autres pères me la disputent, et si je ne dispose plus de ceux à qui j'ai donné l'être , pour les placer dans le rang et dans la condition de vie qu'il me plaira? Vous entreprenez, ô homme , de le faire : qui vous en a donné le pouvoir ? Dans une famille dont je ne vous ai confié que la simple administration ^ vous agissez en maître, et vous ordonnez de tout selon votre gré. Vous destinez l'un pour l'Église, et l'autre pour le monde : celle-ci pour une telle alliance, et celle-là pour la religion ; et il feut , ditesvous , que cela soit , parceque les mesures en sont prises. Mais avec qudte justice parlez-vous ainsi f Je n'ai donc plus que le nom de père, puisque vous vous en attribuez toute la puissance. C'est donc en vain que vous me témoignez quelquefois que ces enfants sont plus à moi qu'ils ne sont à vous ; car s'ils sont à moi plus qu'à vous , ce
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n'est pas à vous, mais à moi, d'avoir la principale et essentieHe direction de leurs personnes.
Ajoutez à cela» Chrétiens, la réflexion de saint Grégoire pape, que non seulement Dieu est le premier père de tous les hommes , mais qu'il est le seul que les hommes reconnoissent selon Fesprit ; et par conséquent que c'est à lui, et non point à d'autres, d'exercer sur les esprits et sur les volontés des hommes cette supériorité de conduite ou plutôt d'empire qui fait rengagement de la vocation. Quand la mère des Machabées vit ses enfants entre les mains des bourreaux souffrir avec tant de constance , elle leur dit une belle parole que nous lisons dans l'Écriture. Ah ! mes chers enfants , s'écria-t-elle , ce n^est pas moi qui vous ai"(lonné une ame si héroïque : cet esprit si généreux qui vous anime n'a point été formé de ma substance ; c'est du souverain Auteur du monde que vous l'avez reçu : Neque enim ego spiritum et animam donavi vobîs {Machab.^ 7). Je suis votre mère selon la chair ; mais la plus noble partie de vous-mêmes, qui est l'esprit, est immédiatement l'ouvrage de Dieu. Ainsi leur parla cette sainte femme. Or de là, chrétienne compagnie, il s'ensuit que Dieu seul est en droit de déterminer aux hommes leurs vocations et leurs états : pourquoi? parceque c'est proprement en cela que consiste ce domaine qu'il a sur les esprits, lin père sur la terre peut disposer de l'éducation de ses enfants, il peut disposer de leurs biens et de leurs partages; mais de leurs personnes, c'est-à-dire de ce qui porte avec soi engagement d'état , il n'y a que vous , ô mon Dieu , disoît le plus sage des hommes, Salomon , il n'y a que vous qui en soyez l'arbitre : c'est un droit (jui vous est réservé : Tu autem cum magna reverentiâ dhponisnos (Sap.,13). Expression admirable, et qui renferme un sentiment encore plus digne d'être remarqué : cum magnà reverentiâ. Car c'est comme s'il disoit : Vous n'avez pas voulu , Seigneur, que cette disposition de nos personnes fât entre les mains de nos pères temporels , ni qu'ils en fussent les maîtres. Vous avez bien prévu qu'ils n'en useroient jamais avec les égards, ni avec le respect que nos personnes méritent. Et en effet, mon Dieu, nous voyons qu'autant de fois qu'ils s'ingèrent dans cette fonction, c'est toujours avec des motits indignes de la grandeur du sujet et de la chose dont il s'agit. Car il s'agit de pourvoir des âmes chrétiennes, et de les établir dans la voie qui les doit conduire au salut ; et eux n'y procèdent que par des vues basses et charnelles, que par de vils intérêts , que par je ne sais quelles maximes du monde corrompu et réprouvé : se souciant peu que cet enfant soit dans la condition qui lui est propre , pourvu qu'il soit dans celle qui leur plait, dans celle qui se trouve plus conforme à leurs fins et à leur ambition; ayant égard à tout, hors à la personiie dont ils disposent ; et , par un désordre très criminel et très commun, accommodant le choix de l'état, non pas aux qualités de celui qu'ils y engagent, mais aux derirs de Celui qui l'y engage.
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Or n'est-ce pas là blesser le respect dû à vos créatures, et surtout & des créatures raisonnables ? Hais vous, Seigneur, qui êtes le Dieu des vertus, Tu autem dommator virtutis[Sap.j 12), vous nous traitez bien phs honorablement. Car disposant de nous, vous ne considérez que noas-mêmes; et à voir comment en use votre providence, on diroit, en quelque sorte, qu'elle nous respecte. Cum magnâ reverentiâ dis" pom nos.
Concluons donc. Chrétiens, que c'est de Dieu seulement que doit dépendre et que doit venir notre destinée, par rapport aux différentes professions de la vie. Et pourquoi pensez-vous, demande saint Bernard, que tout ce qu'il y a d'états dans le monde, qui partagent la sodété des hommes, soient autant de vocations, et portent en effet le nom de vocations? Car nous disons qu'un tel a vocation pour le siècle et un tel pour le cloître, un tel pour la robe et un tel pour l'épée. Que veut dire cela, sinon que chacun est appelé à un certain état que Dieu hii à marqué dans le conseil de sa sagesse? Pourquoi les Pères de l'Église , dans leur morale , ont-ils regardé comme une offense si griève, d'embrasser un état sans la vocation de Dieu, si ce n est parceque tout autre que celui où Dieu veut nous placer n'est pas sortable pour nous , et que nous sommes hors du rang où nous devons être, quand ce n'est pas Dieu qui nous y a conduits? Sur quoi je reprends, et je raisonné. Si tous les états du monde sont des vocations du ciel; s'il y a une grâce attachée à tous ces états pour nous y attirer selon l'ordre de Dieu; s'il est d'un danger extrême pour le salut de prendre an état sans cette grâce, ce n'est donc pas à un père d'y porter ses enfants , beaucoup moins de les y engager ; et ce seroit le dernier abus, de leur faire pour cela violence et de les forcer. Car enfin un père dans sa famille n'est pas le distributeur des vocations. Cette {^ce n'est point entre ses mains, pour la donner à qui il veut , ni comme il veut. Il ne dépend point de lui que cette fille soit appelée à l'état religieux ou à celui du mariage; et la destination qu'il en fait est un attentat contre le souverain domaine de Dieu : pourquoi? parceque toute vocation étant une grâce, il n'y a que Dieu qui la puisse cooomuniquer; et dé prétendre en disposer à l'égard d'un autre, c'est feire injure à la grâce teéme, et s'arroger un d)*oit qui n'est le propre que de la Divinité.
En èfièt , Chrétiens, pour bien appliquer les hommes à un emploi, et pour leur assigner sûrement la condition qui leur est convenable, il ne faut pas moins qu'une sagesse et une providence infinie. Or cette sagesse, cette providence si étendue. Dieu ne Ta pas donnée aux pères pour leurs enfants. Il n'a donc pas dû conséquemment donner aux pères le pouvoir de décider du sort de leurs enfants ; et comme il a seul pour cela toutes les connoissances nécessaires , j'ose dire qu'il eût manqué dans sa conduite, s'il eût confié ce soin à tout autre qu'à lui-même. Vous me demandez pourquoi un père ne peut se croire as-
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sez éclairé ni assez sage, pour ordonner de la vocation d'an enfimt. Écoutez nne des plus grandes vérités de la morale chrétienne. C'est que rien n'a tant de rapport au salut que la* vocation à un état, et que souvent c'est à l'état qu'est attachée toute TafEaire du salut : comment cela? parceque l'état est la voie par où Dieu veut nous conduire an salut; parceque les moyens du salut que Dieu a résolu de nous donner ne nous ont été destinés que conformément à l'état; parceque, hors de Tétat, la providence de Dieu n'est plus engagée à nous soutenir par ces grâces spéciales qui assurent le salut» et sans lesqndles il est d'une extrême difficulté de parvenir à cet heureux terme. Et ce qu'il faut bien remarquer, comme une conséquence de ces principes, c'est que ce qui contribue davantage à notre salut, ce n'est point précisément la sainteté de l'état, mais la convenance de l'état avec les desseins et les vues de Dieu, qui nous l'a marqué et qui nous y a fait entrer. Mille se sont sauvés dans la religion, et celui-ci devoit s'y perdre; mille se sont perdus dans le monde, et celni-la devoit s'y sauver. 0 altitudo ! 6 ibime de la science de Dieu! Mais revenons. Que 6iudroit-iI donc à un père, afin qu'il eût droit de disposer de la vocation de ses enfants ? Je n'exagérerai rien , mes chers auditeurs ; vous savez la profession que je fois de dire la vérité telle que je la conçois, sans jamais aller au delà. Que feudroit-il, dis-je, àunpère pour prescrire à un enfant la vocation qu'il doit suivre? Il faudroit qu'il connût les voies de son salut, qu'il entrât dans le secret de sa pirédestination , qu'il sût Tordre des grâces qui lui sont préparées , les tentations dont il sera attaqué , les occasions de ruine où il se trouvera engagé ; qu'il pénétrât dans le futur, pour voir les événements qui pourront changer les choses présentes; qu'il lût jusque dans le cœur de cet enfant,* pour y découvrir certaines dispositions cachées, qui ne se produisent point encore au-dehors. Car c'est snir la connoissancede tout cela qu'est fondé le droit d'assigner aux hommes des vocations ; et quand Dieu appelle quelqu'un, il y emploie la connoissance de tout cela. Mais où est le père sur la terre qui ait la moindre de ces connoissances? Et n'est-ce donc pas dans un père une témérité insoutenable, de vouloir se rendre maître des vocations et des états dans sa famille? N'est-ce pas, ou s'attribuer la sagesse même de Dieu, ce qui est un crime; ou entreprendre, avec la sagesse de rhomme, ce qui demande une sagesse supérieure et divine ? entreprise qu'on ne peut autrement traiter que de folie.
Ceci est général; mais venons au détail. Je soutiens que cette conduite est également injurieuse à Dieu, soit qu'un père dispose de ses enfonts pour une vocation sainte d'elle-même, soit qu'il en dispose pour le monde. Appliquez-vous à ceci. Votre dessein, dites*vous, est d'établir un enfant dans l'Église, de le pourvoir de bénéfices, et même de l'engager, s'il est besoin, dans les ordries sacrés. Je dis s'il est besoin ; car hors du besoin, on n'auroit garde d'y penser : et vous en-
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tendez hien qael esi oe besoin. A peine est-il né cet enfant, que l'Église est son partage; et Ton peut dire de lui^ quoique dans un sens bien oppose, oe qui est écrit d'Isaïe, que dès le ventre de sa mère il est destiiié à Fautd, non par une vocation divine comme le prophète, mais par une vocation humaine : ylfr, utero voeatnt me (Isai., 49). En vMté, mes chers auditeurs, est*ce là agir eu chrétiens, et est-ce traiter avec Dieu comme on doit traiter avec un maître et un souverain ? Quoi ! il faudra que Dieu en passe par votre choix, et qu'il soit réduit, pour ainsi parler, à recevoir cet enfent aux plus saintes fonctions de l'Église, parèeque cela vous accommode et que vous y trouvez votre compte? Que diriez-vous (c'est la pensée de saint Basile), que diriez-voos d'un homme qui voudroit vous obliger à prendre chez vous tels «aciers et tels domestiques qu'il lui plairoit TITauroit-il pas bonne grâce de vous en fiadre laproposidon? Et vous , par une présomption encore plus hardie, vous remplirezla maison de Dieu de qui il vous semblera bon ? vous en distribuerez les places et les dignités à votre gré ? Voilà néanmoins ce qui se passe tons les jours dans le christianisme. Ce tfest plus seulement la pratique de quelques pères; c'est une coutume dans toutes les familles, c'est une espèce de loi. Loi dictée par l'esprit du monde, c'est-à-dire par un esprit ou ambitieux ou intéressé. Loi reconnue universellement dans le monde; et contre laquelle il est à peine permis aux ministres de l'Église et aux prédicateurs de s'élever. Loi même communément tolérée par ceux qui devroient s'employer avec plus de zèle à l'abolir, par les directeurs des âmes les pins réformés en apparence et les plus rigides, par les docteurs les plus sévères dans leur morale, ejt qui affectent plus de l'être ou de le parottre. Enfin, loi aveuglément suivie par les enfants, qui n'en connoissent pas encore les pernicieuses conséquences, qui n'ont pas encore assez de résolution pour s'opposer aux volontés paternelles, qui se trouvent dans une malheureuse nécessité d'entrer dans la voie qu'on leur ouvre, ^t d'y marcher. Ce cadet n'a pas l'avantage de l'atnesse : sans examiner si Dieu le demande, ni s'il l'accepte, on le lui donne. Getatné n'a pas été en naissant assez favorisé de la nature, et manque de certaines qualités pour soutenir la gloire de son nom : sans égard aux vues de Dieu sur lui, on paise, pour ainsi dire, à le dégrader, on le rabaisse an rang du cadet, on lui substitue celui-ci, et pour cela on extorque un consentement forcé; on y fait servir l'artifice et la violence, les caresses et les menaces. L'établissement de cette fille coûteroit : sans autre motif, c'est assez pour la dévouer à la religion. Mais elle n'est pas appelée à ce genre de vie : il faut bien qu'elle le soit, puisqu'il n'y. a point d'autre parti à prendre pour elle. Hais Dieu ne la ▼eut pas dans cet état : il fout supposer qu'il l'y veut, et faire comme s'il l'y vouloit. Mais elle n'a nulle marque de vocation : c'en est une assez grande que la conjoncture présente des affoires et la nécessité. Mais die avoue dle-méme qu'elle n'a pas cette grâce d'attrait :
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cette grâce lui viendra avec le temps, etlorsqu'elie se^^ daos un lieu propre à la recevoir. Cependant on conduit cette victime dans le temple, les pieds et les mains liés, je veux dire dans la disposition d'une vo* lonté contrainte, la bouche muette par la crainte et le respect d'un père qu'elle a toujours honoré. Au milieu d'une cérémonie, brillaate pour les spectateurs qui y assistent, mais funèbre pour la personne qui en est le sujet, on la présente au prêtre, et l'on en fait un sacrifice, qui, bien loin de glorifier Dieu et de lui plaire, devient exécrable k ses yeux, et provoque sa vengeance.
Ah! Chrétiens, quelle abomination! Et fout-il s'étonner, après cela, si des familles entières sont frappées de la malédiction divine? Non, non, disoit Salvien par une sainte ironie, nous ne sommes plus m temps d'Abraham, où les sacrifices des enfants par les pères étoient des actions rares. Rien maintenant de plus commun que les imitateurs de ce grand patriarche. On le surpasse même tons les jours : car, au lieu d'attendre comme lui l'ordre du âel, on le prévient. On immole un enfant à Dieu, et on l'immole sans peine, même avec joie; et on Timmole sans que Dieu le commande, ni même qu'il l'agrée; et on l'immole lors même que Dieu le défend, et qu'il ne cesse point de dire: Non extendas manum super puervm {Genes,^ 22). Ainsi parloit l'éloquent évéque de Marseille^ dans l'ardeur de son zèle. Mais bientôjt corrigeant sa pensée : ^e me trompe, mes Frères, reprenoiMl; ces pères meurtriers ne sont rien moins que les imitateurs d'AbraJiam; car ce saint homme voulut sacrifier son fils à Dieu : mais ils ne sacrifient leurs enfants qu'à leur propre fortune, et qu'à leur avare cupidité. Voilà pourquoi Dieu combla Abraham d'éloges et de récompenses, parceque son sacrifice étoit une preuve de son obéissance et de sa piété; et voilà pourquoi Dieu n'a pour les autres que des reproqhes et des châtiments,* parcequ'il se tient justemenit offensé de leurs entreprises criminelles.
Et ne me dites point, mes chers auditeurs, que sans œtte voie si ordinaire, d'obliger vos enfants à embrasser l'état de l'Église ou celui de la religion, vous êtes dans Timpuissance de les établir. Abus. Ce n'est point à moi d'entrer avec vous en discussion de vos affaires domestiques, ni d'examiner ce que vous pouvez et ce que vous ne pouvez pas; mais c'est à moi de vous dire ce que la loi de Dieu vous ordonne et ce qu'elle vous défend. Or, que l'impuissance où vous prétendez être soit vraie ou qu'elle smt fausse, jamais il ne sera permis à un père de disposer de ses enfants pour la vocation, jamais de leur chercher un patrimoine dans rÉglise, jamais de regarder la religion comme une dé* charge de sa famille; et s'il le fait, il irrite Dieu. Qu'il les laisse dans un état moins opulent, ils en seront moins exposés à se perdre, et n'en deviendront que plus fidèles à leurs devoirs; qu'il les abandonne à la Providence, Dieu est leur pèce, il en aura soin. C'est ce que je pourrois vous répondre : mais je ne vous dis rien de tout cela; et voici
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à quoi je m'en tiens. Gar| quoi qu'il puisse arrivçr dans la suite, j'en reviens toujours à mon principe, qu'il faut être chrétien et obëir à Dieu; que Dieu ne veut pas que la vocation de vos evfants dépende de vous, et que vous ne devez point là-dessus vous ingérer dans une fonction qui ne Ait ni ne sera jamais de votre ressort. Voilà ce que je vous déclare, et c'est assez.
Vous me direz : Mais ne sera-t-ilpas du moins permis à un père de disposer de ses enfants pour le monde? Et moi je vous réponds : Pourquoi lui seroit-il plus permis d^en disposer pour le monde, que pour , l'Église? Est-ce que les états du monde relèvent moins du souverain domaine de Dieu et de sa providence^ que ceux de TÉglise? est-ce qu^ilue faut pas une grâce de vocation pour l'état du mariage, aussi bien que pour celui de la religion? est*ce que les conditions du siècle n'ont pas autant de liaison que les autres avec le salut? Dès que ce sont des états de vie, c'est à Dieu de nous y appeler; et s'il y en avoit oii la^vocation parût plus nécessaire, je puis bien dire que ce seroîent ceux qui engagent à vivre dans le monde, parceque ce sont sans con« tredit les plus exposés, parceque les dangers y sont beaucoup plus communs, les tentations beaucoup plus subtiles et plus violentes, et qu'on y a plus de besoin d'être conduit par la sagesse et la grac^ du Seigneur. Mais arrêtons-nous précisément au droit de Dieu. Vous voulez^ mon cher auditeur, pousser cet aîné dans le monde : il faut qu'il y paroisse, qu'il s'y avance, qu'il y soit le soutien de sa maison. Mais que savez-vous si Dieu ne se l'est pas réservé? et, si vous le saviez, oseriez-vons lui disputer la préférence? Ne le sachant pas, pouvez-vous moins faire que de le consulter là-dessus, que de lui demander quel est son bon plaisir, que de le prier qu'il vous découvre sa divine volonté, que d'employer tous les moyens ordinaires pour la connottre, et de vous y soumettre dès le moment qu'elle vous sera notifiée? Mais que faites-vous? vous savez que Dieu veut cet enfant dans la profession religieuse, et vous vous obstinez à le vouloir dans le monde. Vous voilà donc, pour ainsi parler, aux prises avec Dieu. Il s'agit de savoir qui des deux en doit être le maître : car Dieu l'appelle à lui, et vous voulez l'avoir pour vous-même. Ou c'est Dieu qui entreprend sur vos droits, ou c'est vous qui entreprenez sur les droits de Dieu. Or dites-moi, homme vil et foible, quels sont vos droits au préjudice de votre Dieu, et sur quoi ils sont fondés. Mais, en même temps, apprenez à riendre aux droits inviolables d'un Dieu créateur le juste hommage qui lui est dût.
II y a, dans saint Ambroise, un trait bien remarquable. C'est au premier livre des Vierges, où ce Père décrit le combat d'une jeune chrétienne, non pas contre les persécuteurs de la foi, mais conire la chair et le sang, contre ses proches. Elle se trouvoit sollicitée, d'une part, à s'engager dans une alliance qu'on lui proposoit, er, de l'autre, inspirée de prendre au pied des autels le voile sacré. Que faites- vous?
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disoit cette gënëreose fille à toute une parente qui la pressoit, et poorquoi perdre vos soins à me chercher un parti dans le monde? je suis déjà pourvue : Qtitd in exquirendis nuptiis ioUieitatis ammumfjam promu habeo (Ambr.). Vous m'offrez un époux, et j'en ai choisi un antre. Donnez-m'en un aussi riche, aussi puissant et aussi grand que le mien; alors je verrai quelle réponse j*aurai à vous fiaire. Mais vous ne me présentez rien de semblable; car celui dont vous me parlez est un homme; et celui dont j'ai fait choix est un Dieu. Vouloir me Tenlever ou m'enlever à lui, ce n'est pas établir ma fortune, c'est envier mon bonheur : Non providetii mihit ied invtdetii (Ambr.). Paroles, reprend saint Ambroise, qui touchèrent tous les assistants : chacun versoit des larmes , en voyant une vertu si ferme et si rare dans une jeune personne; et comme quelqu'un se fut avancé de lui dire que si son père eût vécu, il n'eût jamais consenti à la résolution qu'elle avoit formée : Ah! répliqua-t-elle, c'est pour cela peut-être que le Seigneur l'a retiré; c'est afin qu'il ne servît pas d'obstacle aux ordres du ciel, et aux desseins de la Providence sur moi.
Non, non. Chrétiens, quelque intérêt qu'ait un père de voir un enfont établi selon le monde , il ne peut , sans une espèce d'infidélité , se plaindre de Dieu , quand Dieu l'appelle à une vie plus sainte ; et traverser cette vocation ou par artifice, ou par de longues et d'insurmontables résistances , c'est ce que je puis appeler une rébellion contre Dieu et contre sa grâce. Pourquoi tant de soupirs et tant de pleurs? écrivoit saint Jérôme à une dame romaine, lui reprochant son peu de constance et son peu de foi, dans la perte qu'elle avoit laite d'une fille qui lui étoit chère et que le ciel lui avoit ravie. Vous vous affligez, vous vous désolez; mais écoutez Jésus-Christ même qui vous parle, ou qui peut bien au moins vous parler de la sorte : Eh quoi ! Paule , vous vous laissez emporter contre moi , parceque votre fille est présentement toute à moi; et, par des larmes criminelles que vous répandez sans mesure et sans soumission , vous offensez le divin époux qui possède le sujet de votre douleur et de vos regrets ! Irasceris, Paula^ quia fiiia tua mea facta est, et rebellibus lacrymis fads injuriam possidenti (UiERON.). Beau reproche , mes chers auditeurs , qtti ne convient que trop à tant de pères chrétiens. Et ne pensez pas que ce soit une bonne raison à y opposer, de me répondre que ce fils est le seul qui vous reste d'ime ancienne et grande famille, et que sans lui elle va s'éteindre; comme si Dieu étoit obligé de s'accommoder à vos idées mondaines; comme si la conservation de votre femille étoit quelque chose de grand, lorsqu'il s'agit des volontés de Dieu ; comme si; tôt ou tard, toutes les familles ne dévoient pas finir, et que la vôtre pût avoir une fin plus honorable que par l'exécution des ordres du Seigneur votre Dieu.
Voilài^ Chrétiens , ce qui regarde l'intérêt de Dieu. Que seroit-oe si je m'étendois sur celui de vos enfants, et sur l'injustice que vous leur laites quand vous disposez d'eux au préjudice de leur liberté, et com-
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mnoément au préjudice de leur salot ? Car, hélas ! le seul droit qu'ils aient, indépendaounent de tous , c'est de di^ser d'eux-mêmes avec Dieu sur ce qui concerne leur ame et leur éternité; et ce droit unique vous le leur ôtez, ou vous les empéchez^de s'en servir. Droit, au reste* le plus juste, puisqu'il est autorisé par toutes les lois , approuvé par toutes les coutumes, appuyé de tontes les raisons, tiré de tous les principes de la nature, fondé sur toutes les maximes de la religion et par OMiséqaent inviolable. Prenez garde à ced, s'il vous plaît. Oui' tou^ les kHs l'autorisent : les unes, favorisant par toutes sortes de voles la liberté des enfants, je dis une liberté raisonnable; les autres, réprîmaut, par les plus grièves censures , les fausses prétentions des pères et des mères qui voudroient attenter à cette liberté et en troubler l'usage : ceOes*ci permettant aux enfants de disposer d'eux-mêmes pour l'état religieux , dans un âge où du reste ils ne peuvent disposer de riaa ; ce qu'on ne peut condamner, remarque le docte Tostat , sans ppëSarer son jugement à celui de toute l'Église, qui l'a ordonné de la Mlle : celles-là ratifiant la profession solennelle du vœu de reUgion fcite à l'insu même des parents , qui, par nul moyen , ne la peuvent invalider; enfin, ce qui est essentiel, n'y ayant jamais eu de loi, ni ecclésiastique ni civUe, qui ait obUgé un enfant d'en passer par le choix et la volonté de son père en fait d'état , et s'en trouvant au contraire plusieurs qui déclarent de nulle valeur et de nulle force toutes les paroles données, tous les engagements contractés par des enfants s'il paroft qu'il y ait eu de la contrainte, et qu'elle ait été au-delà des bornes d'une obéissance respectueuse. Pourquoi tout cela. Chrétiens? au détriment, ce semble, de l'autorité paternelle , et au hasard des résolutions indiscrètes que peuvent prendre de jeunes personnes. Il étoit nécessaire que cela fût ainsi ; dés raisons substantielles et fondamentales le demandoient , et voici celle à quoi je m'arrête : c'est qu'il est du droit naturel et du droit divin que celui-là choisisse lui-même sonétat, qui en doit porter les charges et accomplir les obligations. Ce principe est incontestable :.car, si dans la suite de ma vie il y ^ des peines à supporter, je suis bien aise que le choix libre et exprès que j'en ai fait, en me les rendant volontaires, serve à me les adoucir • et «il s'élève dans mon cœur quelque répugnance et quelques murmures contre les devoirs de mon état, je veux avoir de quoi en quelque sorte les apaiser, par la pensée que c'est moi-même qui m'y suis soumis, moi-même qui m'y suis déterminé , moi-même qui ai consenti à tout ce que j'aurois de plus rigoureux et de plus pénible à éprouver. Or tout le eontiyire arrive, quand des enfants se trouvent forcés de prendre un état pour lequel ils ne se sentent ni inclination ni vocation : et lorsque vous les engagez, par exemple, à la profession reKgieuse, vous ne vous obligez pas pour eux à en subir le joug et la dépendance , à en pratiquer les austérités, à en digérer les amertumes et les dégoûts : vous les conduisez jusque dans le sanctuaire , et là vous leur imposez B. 2. 14
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tout le fardeau, sans en H^n retenir pour vous. Quand vous ftites accepter à cette fille une alliance dont elle a de Féloignement , vous ne lui garantissez p^ les humeurs de ce mari bizarre et chagrin, qui la tiendra peut-être dans Tesclavage ; vous ne l'acquittez pas des soins infinis que demandera l'éducation d'une famille , et qui seront pour elle autant d'obligations indispensables. C'est donc une iniquité de vouloir ainsi disposer d'elle ; car si elle doit être liée, n'est-il pas juste que vous lui laissiez au moins le pouvoir de choisir elle-même sa chaîne ?
Mais ce qu'il y a là-dessus de plus important , c'est ce que j'ai dit , et ce que je me trouve obligé de repreiidre, pour vous le proposer dans un nouveau jour, et pour l'appliquer encore au point que je traite , savoir, que là où il s agit de vocation , il s'agit du salut éternel. Or, dès qu'il s'agit du salut, point d'autorité du père sur le fils, parceque tout y est personnel. Nous paroîtrons tous devant le tribunal de Dieu, dit saint Paul, pour y répondre de notre vie. Il faut donc que nous en ayons toute la disposition libre, conclut saint Jean Chrysostome : car nous devons disposer des choses dont nous sommes responsables. Vous ne serez pas jugé pour moi; et par conséquent il ne vous appartient pas de disposer de moi ; et si vous le voulez , si vous entreprenez de me faire entrer dans un état où mon salut soit moins en assurance , je puis vous dire alors ce que le saint empereur Valentinien dit à l'ambassadeur de Rome, qui, de la part du sénat, lui parloit de rétablir les temples des faux dieux : Que Rome, qui est ma mère, me demande tout autre chose, je lui dois mes services; mais jelesldois encore plus à l'auteur de mon salut : Sed magu debeo sabitis autori (Valent, hnper.). C'est pour cela que les Pères de TÉglise, après avoir employé toute la force de leurs raisonnements et toute leur éloquence à persuader aux enfants une humble et fidèle soumission envers leurs parents , ont été néanmoins les premiers à les décharger de toute obéissance, dès qu'il étoit question d'un état auquel on voulût les attacher, ou dont on prétendît les détourner au pénl de leur salut. Quelle réponse vous ferai-je? écrivoit saint Bernard à un homme du monde, qui se sentoit appelé à la vie religieuse, et que sa mère tâchoit à retenir dans le monde; que vous dirai-je? Que vous abandonniez votre mère? mais cela parott contraire à la piété. Que vous demeuriez avec elle ? mais il n'est pas juste qu'une molle oHuplaisance vous Casse perdre votre ame. Que vous soyez tout ensemble et à Jésus-Christ et an monde ; mais , selon l'Evangile, on ne peut être à deux maîtres. Ce que veut votre mère est opposé à votre salut, et, par une suite nécessaire, au sien même. Prenez donc maintenant votre parti , et choisissez, ou de satisfaire seulement à sa volonté, ou de pourvoir au salut de tous les deux. Mais si vous l'aimez , quittez-la pour l'amour d'elle-même , de peur que vous retenant auprès d'elle et vous faisant quitter Jésus*Cbrist , elle ne se perde avec vous et pour vous. Car comment ne se perdroit-eUe pas,
en TOUS faisani perdre la vie de l'afae» après vous ^yoîif donné la vie du corps ? £t top( ced» ajoute le même Pèrei , je vous le dis pour condescendre à votre foiUesse. Car l'oracle y est exprès» et ce devroit être assez de vous en rappeler le souvenir» que quoiqu*iI y ait de Timpiété à mépriser sa mère» il y a de la piété à la mépriser pour Jésus-CUrist. Ahl Chrétiens, profitez de ces grandes instructions. Dansla cond^ité de vos familles , respectez toujours les droits de Dieu , et jamais ne donnez la moindre atteinte à ceux de vos enfaqt^^ Xaissez-lçur I9 même liberté que vous avez souhaitée» et dont peut-étire vous avez été si jaloux. Faites pour eux ce que vous avejL voulu quW fit pour vous; et si vous avez sur cela reçu quelque injustice »• ne vous en vengez pas sur des âmes innocentes qui n'y ont eu nnllei part» et qui d'ailleurs vous doivent être si chères. Ayez égard à leur ssdut» qui s'y trouve intéressé; et ne soyez pas assez cruels pour le sacrifier à vos vues humaines. Ne vous exposez pas vous-mêmes à être un jour Vobjet de leur malédiction t après avoir été la source de leur malheur. Car leur ipalédiction seroit efficace» et attireroit sur vous celle de Dieu. Si vous ne pouvez leur donner d'amples héritages» et s'ils n'ont pas de grande biens à posséder» ne leur ôtez pas au moins» si je l'ose dire» la possession d'eux-mêmes. Dieu ne vous oblige point à les faire riches» mais il vous ordonne de les laisser Ubrea. £h quoil me répoadrez-vous,. si des enfants inconsidérés et emportés par le feu de râgé font un mauvais choix » faudra-t-il que des pères et des mères les abandonnent à leur propre conduite» et qu'ils ferment les yeux à tout? Je ne dis pas cela» mes chers auditeurs» et ce n^est point là îna pensée» comme je dois hientôt vous le faire voir. Si cet enfant choisit mal » vous pouvez le redresser par de sages avis ; s'il ne les écoute pas» vous pouvez y ajouter le commandement; et s'il refuse d'obéir» vous y pouvez eaijployer tome la force de l'autorité paternelle. Car tout cela n^est point disposer de sa personne » ni de sa vocation ; mais au contraire c'est le mettre eo état d'en mieux disposer lui-mêmç. J'appelle dispose^ de la vocation d'an enfant » lui marquer précisément l'état qu^ vous voulez qu'il embrasse» sans examiner s'il est ou s il n'est pas selon son gré. jf' appelle disposer de la vocation d*un enfant» le détourner d'un choix raisonnable qu'il a fait avec Dieu » et former d'insurmontables difficultés pour en arrêter l'exécution. J'appelle disposer de la vocation d'un enfant , abuser de sa crédulité pour le séduire par de fausses promesses» poif r lui faire ¥oir de prétendus avantages qu'on imagine » et pour le mener insensiblement au terme où l'on voudroit le conduire. J'appelle disposer de la vocation d'un enfant» laisser de longues années une fille sans l étaUir, n'avoir pour elle que des manières dures et rebutantes» exercer par mille mauvais traitements toute sa patience » jusqu'à, ce qu elle se soit wfin dégoûtée du monde » et que d'elle-même elle ait pris le parti de la retraite. Voilà» dis-je, ce que j'appelle disposer de la vocation des enfants , et voilà ce que Dieu défend. Quq lui i^épondrez-vous
SIS SUil LE DEVOIR DES PÈRES, etc.
un jour, quand 3 vous reprochera de tous être opposé à ses desseins, dans la conduite d'une maison qu'il vous avoit confiée ? Quand il vous demandera compte, non point du sang, mais de l'ame de cet enfant qu'il vottioit sauver, à qui il avoit préparé pour cela toutes les voies , et que vous en avez éloigné, que vous avez égaré, que vous avez perdu ? Que répondrez-vous à vos enfants mêmes ? car ils s'élèveront contre vous, etlls deviendront vos accusateurs, comme vous aurez été leurs tentateurs et leurs corrupteurs. Non j^s, encore une fois , que vous ne puissiez les diriger dans le choix qu'ils ont à feire ; que vous ne puissiez les conseiller, les exhorter, user de tous les moyens que Dieu vous a mis en main pour les préserver des écueils ou une jeunesse volage et sans réflexion se laisse entraîner. Je dis plus, et je prétends même que non seulement vous le pouvez , mais que vous le devez; et c'est sur quoi j'établis Tautre proposition que j'ai avancée, savoir, que s'il ne vous est pas permis de déterminer vos enfants à un état, vous êtes néanmoins responsables à Dieu de l'état auquel ils se déterminent. Encore quelques moments de votre attention pour cette seconde partie.
BEUXliME PÂ&TIB.
C'est un principe reçu dans toute la morale, que nous devons', autant qu'il dépend de nous, garantir les choses où nous sommes obligés de nous intéresser et de prendre part; et qu'à proportion de la part que nous y avons et de l'intérêt qui nous y engage, nous en devenons plus ou moins responsables. Cette maxime est évidente, et j'en tire la preuve de ma seconde proposition. Car quoiqu'il ne soit pas au pouvoir des pères de déterminer à leurs enfants le choix d'une vocation et d'un état, ils ne laissent pas néanmoins d'intervenir à ce choix, d'y participer, d'y avoir un droit de direction et de surveillance, non seulement en qualité de pères y mais beaucoup plus en qualité de pères chrétiens. D'où il feut conclure qu'ils doivent donc répondre de ce choix, et que Dieu peut, sans injustice, leur en iaire rendre compte. Quelques questions que je vais résoudre d'abord , serviront à éclaircir ce point.
On demande en général si dans certains états , surtout dans ceux qui ne sont pas de la perfection évangélique, un enfiant est maître de contracter un engagement et de se lier, sans l'aveu et la participation de ses parents. 11 ne le peut. Chrétiens ; mais il .est de son devoir, et d'un devoir rigoureux , de les consulter^ d'écouter leurs remontrances, d'y déférer autant que la raison le prescrit. Car, disent les théologiens , l'honneur dû aux pères et aux mères est un commandement exprès de Dieu. Or, de n'avoir nul égard à leurs sentiments, de ne se mettre point en peine d'en être instruit, d'agir sur cela dans une pleine indépendance et de n'en vouloir croire que soi-même, ce seroit un mépris formel de leur autorité ; et ce mépris, dans une matière aussi
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importante qne l'est le choix de Fétat , doit être regarde comme une briève transgression de la loi divine. On demande en particulier si » dans un certain âge déjà avancé» un enfant peut , sans que le père en soit informé et sans requérir son consentement, conclure on mariage où la passion le porte ; s'il le peut, dis-je, en sûreté de conscience. Noo, répondent les docteurs ; et s'il le feit, le père est en droit de le punir selon les lois, et de le priver de son héritage : peine censée JQSte , et qoh par conséquent suppose une offense. On demande si le père, voyant son fils embrasser un parti qu'il juge, selon Dieu, lui être pernicieux, peut se taire sur cela , et, par son silence, y coopérer en quelque sorte et rautoriser. Ce seroit , sufvant la décision de tous les maîtres de la morale, un crime dans lui ; et si là-dessus il dissimule, s*il n'y fait pas toutes les oppositions nécessaires, il se rend prévaricateur. De là il s'ensuit donc que les pères , sans disposer de leurs enfants, ont néanmoins part à leur choix en plusieurs manières : par exhortation, par conseil , par tolérance , par consentement, par droit d'opposition et de punition. Et voilà. Chrétiens , le fondement de la vérité que je vous prêche. Car si Dieu ne vous avoit pas engagés à lui garantir le choix que font vos enfants, pourquoi seriez-vous criminels, lorsque vous manquez à employer, ou la voie de Tautorité , ou celle du conseil et de l'instruction, pour les aider à bien choisir? JPourquoi seroit-ce dans vous une tolérance condamnable, quand vous les abandonnez à eux-mêmes , et que vous les laissez choisir impunément et inconsidérément ce que vous savez ne leur pas convenir et leur devoir être nuisible? Pourquoi pourriez-vous vous opposer à leur choix, traverser leur choix, les punir de leur choix, s'il est contre votre gré, et qu'à votre égard ils ne se soient pas acquittés des soumissions ordinaires? Dieu sans doute ne vous a donné ce pouvoir qu'à raison des charges qui y sont attachées ; et de tous ces devoirs qu'il a imposés à vos enfants, résulte en vous une obligation naturelle de répondre d'eux et de leur état. Si donc il arrive qu'ils s'égarent , ou parceque vous n'avez pas pris soin de les éclairer, ou parceque vous n'avez pas eu la force de leur résister, ou parcequ'une lâche tolérance vous a fait même seconder leurs désirs insensés; Dieun'a-t-il pas droit de s'en prendre à vous, et de vous dire : Rendez-moi compte, non seulement de vous-même, mais de ce fils, mais de cette fille, auprès de qui vous deviez être, en qualité de père, mon ministre, pour leur servir de guide et de conducteur. Et certes, Chrétiens, qui ne sait pas qu'un père est responsable à Dieu de l'éducation de ses enfants? Or, dans l'éducation des enfents, qu'y a-t-il de plus essentiel que la condition où ils doivent entrer, et la forme dé vie sur laquelle ils ont à délibérer ?
Développons encore ceci, et mettons-le dans un nouveau jour, pour le rendre plus instructif et plus pratique. Le choix d'un état, dit saint Bonaventure, peut être mauvais en trois manières : ou par lui-même, parceque l'état est contraire au salut , du moins très dangereux ; ou
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parceqtre ceHii qui embrassé Tétat est iûicapable de le soutenir; ou parceque tout hoimétà qu'est Tétat que Ton tÂoisi't, tout propre qu'on esta en remplir les fonctions, on n'y entre pas néanmoins , si je puis aifisi m'èxprimer, par la porte de l'honneur, ni par des voies droites* Prenez garde : je dis d'abord cboix d'un état mauvais par lui-même, où du moins très dangereux. J'en donne un exemple : c'est cdoi de saint Matthieu^ Qù'ëtoit-ce que cet apôtre, avant qu'il eût été appelé et converti par Jésus-Christ ? c'étoît un publicain ; et il faut bien dire que cet etnplcn, qui consistoit à lever certains deniers publics, s'exerçoit alors communémejit contre la conscience, puisque Xésus-Christ, dans VÉvangife, parlant du royaume des cieux, mettôit les publicains au même rang que les femmes perdues : Publîcani et meretrices (Mâtth., 21). C'est la remarque de saint Jérôme : à quoi saint Grégoire en ajoute une autre. Car les apôtres, après leur conversion, reprirent leur première forme de vie , et retournèrent à leur péché : il n'y eut que saint Matthieu qui , absolument et pour toujours, abandonna sa recette. D'où "lient cette difforence , demande samt Grégoire , rfnon parceque l'emploi de saint Pierre et des autres épôtres étoit innocent , et que celui de ^int Matthieu l'eUgageoSt au moins dans un péril certain et très présent ? Si donc il y avoit de semblables proJfessioBS dans le monde, je m'explique ; s'il y avoit, ce que je n'examine point et ce que j'anrois peine à penser ; si , dis-jè , il y avoit de ces états où , selon l'estime commune , il tùX moralement impossible de se conserver et d'être chrétien, un père qui craint J>ieu pourroit-il permettre qu'un fils s'y jetât en aveugle et qu'il y demeurât? Ah ! mes chers auditeurs, bien loin de l'approuver, de l'autoriser, de le toïérer, il fèroit tous ses efforts pour lui en inspirer de l'horreur et pour len éloigner. Il lui diroit comme le saint homme Tobie : Prenons confiance, mon fik ; nous serons toujours assez riches , si tious avons la crainte dû Seigneur. Préférons-la à tous les trésors de la terre » et ne consentons jamais, pour des biens temporels , à perdre, ni même à risquer des biens éternels : SaHs multa bona kabébimus^ si timuerimus Deum ^Tob., 4). C'est*ainsi qu'il lui parleroit, ou qu'il lui devroit parler. Mais s'il se laissoît dominer et conduire par l'intérêt ; si , dans la vae d'une fortune temporelle et d'un gain assuré, prompt, abondant , il agréoit le choix que fait son fils d une profession au moins dangereuse selon. Dieu ; s'3 étoit le premier à lui en procurer l'entrée, à le favoriser, à le seconder dans ses poursuites, à lui chercher pour cela des intercesseurs et des patrons ; qui peut douter que par-là il ne se chargeât de toutes les suites funestes qu'il y auroit à craindre; que par-là le père ne se rendit coupable de tous les désordres du fils; que la damnation de ce jeune homme ne lui dût être imputée, et que ce ne fût un des principaux articles sur quoi il auroit à se justifier devant le tribunal de Dieu ? M'en disons pas là-dessus davantage : c'est à vous. Chrétiens, à feire l'application de cette morale,
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et i voir, dans fiuage du siède présttit, quelles oonsëquenoes tous en devez tiref* Avançoiie*
Ootre que le choix d'un état peut être mautais dam la substance, il Test encore plus souvent par rapport au sujet , c'est-à-dire paroeque odni qui feit ce dioix esl indigne de Tëtat qu'il choisit, n'a pas pcmr cet état toutes les qualités requises, et se trouve abadoment incapable d'en accomplir les devoirs. De là cette corruption générale que nous voyons dans le monde et dans toutes les conditions du monde ; de là tant d'abtts qui se sont introdutts et qui régnent dans TÉgUse ; de là œ déréd^ement presque universel dans l'administration' des charges, et surtout dans la dispensation de la justice; de là presque tous les maui dont la société des hommes est troublée ; mais de là même aussi pour les p^^ un fonds d'obligation qui les doit fsire tremUer, une matière inftiîé de pédiés, une source inépuisable de scrupules, im des comptes le$ plus terriUes qu'ils aient à rendre : car si nous remontons au principe, et que nous examinions bien ce qid cause un tel renversement dans tous les étals de la vie, et d'où viennent tons ces d&ordres que nous déplorons assez, mais que nous He corrigeons pas, nous recomidtrons qu'ils doivent être communément attribués aux pères , qui , samii égard à l'incapacité de leiurs enfants, les ont eux* mêÉies placés dans des rangs et leur ont confié des ministiares dont les fondions étoient au-dessus de leurs forces et de leurs talents. En ef« fet , si ce père n'eAt point traité de cette charge dont il a pourvu son fils, ce fils ne seroit rien aujourd'hui de ce qu'il est , et , n'étant point ce qu'il est, il n'abuseroît pas d'une puissance qu'il a reçue sans la pouvoir bercer; il ne feroit pas servir l'autorité dont il est revêtu aux vexations, aux VMenoes, aux injustices que le pubUc ressent et qui le font souffirir; Il a donc été po8SH>le aii père de prévenir et d'arrêter de si fftdheuses conséquences. Instruit des dispositions de ce jeune homme, il potevoit, au lieu de l'élever si haut, ou de l'aider à y parvenir, lui refuser pour cela ses soins et son secours. Non seulement il le poÉvolt, mais il le devoit ; et qui s'étonnera que Dieu là-dessus entre en jugement avec lui , et qu'il lui en fiasse porter la peine?
Voàà, nâinmoins, mes chers auditeurs, l'abus de notre siècle. Le zèle des pères pour leurs enfants ne va pas à tes voftr capables d'être employés ; mais il leur suffit qu'ils sment employés. 11 fiant pour cet aînétèl office ; et cela se suppose comme un princtpe. Y a-t4l de quoi en faire les frais? c'est ce qu'on exaknine avec toute l'attention néces* sàrre. Cette avance une fois laite, restera-^*!! assez de fonds pour toutes les autres dépenses? c'est ce que l'on suppute tués exactement. Mais d'ailleurs cet enfant que l'on veut ainsi pousser, est-il propre à rempSr la place qu'on lui destine? la chose ne se mc^ îpas en délibération : sll en à le mérite, à la bonne heure ; s*il ne l'a pas, sa charge hii en tiendra lieu. Mais on sait bien qu'il ne l'a pas en efifot , et l'on ne peut espérer qu'il l'acquière jamais. On le sât, et <Ai agit toujours
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comme si Ton ne le sayoit pas. Car où sont maintenant les pères qui ressemblent à cet empereur de Rome, lequel exclut authentîquement son fils de Fempire, parcequ'il n'y trouvoît pas les dispositions requises pour en soutenir le poids? Ce jeune homme est de tdle femiUe, où telle dignité estliâréditaire ; dès-là son sort est décidé : il faut que le fils succède au père. Et de cette maxime que s*ensuit«il ? vous en êtes tous les jours témoins : c'est qu'un enfant à qui l'on n'auroit pas voulu confier la moins importante affeire d'une maison particulière, a toutefois dans ses mains les affaires de toute une province et les intérêts publics. Il peut prononcer comme il lui plait» ordonner selon qu'il lui plaît» exécuter tout ce qu'il lui plaît. On en souffre, on en gémit, le bon droit est vendu, toute la justice renversée : c'est ce qui importe peu à un père, pourvu qu'il n'en ressente point le dommage, et que ce fils soit établi. Car voilà comment raisonnent aujourd'hui la plupart des pères, ignorant leurs obligations ou négligeant d'y satisfoire; se persuadant que tout est fait , dès qu'un enfant se trouve placé; s'imaginant que c'est en cela que consiste la grandeur du monde , et du reste se flattant qu'il y a une providence générale pour suppléer à tout ce qui pourroit manquer de leur part. Oqi» Chrétiens , il y en a une, n'en doutez point ; mais c'est une providence rigoureuse, pour punir tous ces manquements dans vos personnes, avant que d'y suppléer dans Fordre^e Funivers : il y en a une; mais c'est une providence de justice, et non de miséricorde, pour vous demander raison de tous les maux que vous pouviez arrêter dans leur source, et que vous avez permis, que vous avez causés ; que vous avez perpétuât. Il est vrai, FÉcriture nous dit, dans un sens, qu'au tribunal de Dieu chacun répondra pour soi, et rien davantage ; que le fardeau de Fun ne sera pas le fardeau de l'autre, et que chacun portera le sien : mais il n'est pas moins vrai que la même Écriture, dans un autre sens, nous avertit que Dieu fera retomber sur le père Finiquité du fils, que le jugement du père ne sera point séparé de celui du fils, que le fils sera condamné par le père, et le père par le fils. Deux oracles partis Fun et Fautre de la vérité même ; par conséquent l'un et Fautre infaillibles. Deux oracles opposés, ce semble, Fun à Fautre, et qui néanmoins ne se contredisent en aucune sorte. Mais oracles que vous ne concilierez jamais, qu'en reconnoissant à quoi vous engage la qualité de pères, et quel crime vous commettez, quand un amour aveugle pour des enÈmts, on quelque autre vue que ce puisse être, vous fait coopérer à leur choix malgré leur insuffisance, qui vous est connue , et la disproportion qui se rencontre entre leur foiblesse et les ministères qu'ils prétendent exercer.
Mais si le choix enfin n'est mauvais ni en lui-même, ni à Fégard du sujet, est-ce assez? Non, Chrétiens , car j'ajoute qu'A peut être mauvais par rapport aux moyens, et que c'est encore ce qui doit exciter toute votre vigilance. Je le veux : cet état par lui-même n'a rien qui
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blesse» ni les r^Iea de rhonnenr, ni les droits de la conscience : on y peut être chrétien, et vivre en chrétien. Je vais plus loin , et je conviens même avec vous de tout le mérite de tet enfant : mais fùt-il doué de mille qualités, le mérite q'est pas toujours la porte par oii l'on trouve accès et Ton s'introduit, soit dans l'Église, soit dans le monde. U y a de plus d'autres moyens auxquels on est souvent obligé d'avoir recours; et, parmi ces moyens, il y en a de légitimes qui sont permis, et d'injustes que la loi défend. Or, dans le choix des uns et des autres, laisser les moyens permis parcequ'ils ne suffisent pas, parce7 qu'ils ne sont pas assez prompts, parcequ'on ne les a pas, et prendre des voies criminelles qui, tout indirectes qu'elles sont, conduisent néanmoins au terme et plus sûrement et plus vite, voilà une des plus ordinaires et des plus grandes niiquités du siècle. De vous en fidre voir l'injustice, de déplorer avec vous la triste décadence où nous sommes là-dessos tombés en ces derniers temps , et de regretter l'ancienne probité des premiers âges, ce n'est point précisément mon sujet. Mais ce qui me regarde, et ce que je ne dois pas omettre ; ce qui demande toute l'ardeur de mon zèle et toute la force de la parole évangélique, c'est que des pères ouvrent eux-mêmes à leurs enfants de telles routes pour s'établir et pour s'avancer : car voilà de quoi nous avons sans cesse de tristes exemples. On veut que ce fils parvienne à certain degré dans le monde, et pour cela quelles intrigues -n'imagine-t-on pas? quelles cabales ne forme-t-on pas ? à quels excès ne se porte-t-on pas contre des concurrents qui se présentent et qui font ombrage? On jette les yeux sur certain parti pour cette fille ; et afin de mieux engager celui-ci, ledirai-je? quelles libertés ne donne-t-on pas à celle-là? quelles entrevues ne lui permet-on pas? à quel péril ne l'expose-t-on pas ? Ce sont, dites- vous, les moyens de réussir, et tout demeure sans cela : mais sont-ce des moyens que Dieu approuve? sont-ce des moyeps que TÉvangile autorise ? sont-ce des moyens que l'équité même naturelle inspiré, et avec lesquels elle puisse concourir? par conséquent sont-ce des moyens qu'un père puisse suggérer à ses enfants, où un père paisse prêter la main à ses enfants, dont un père puisse donner l'exemple à ses enfants ? Si donc il se laisse aveugler par sa passion jusqu'à les voir tranquillement, et sans nulle résistance de sa part, suivre de pareilles voies jusqu'à les leur tracer lui-même et à les y conduire, en participant aux crimes de ses enfants, ne doit-il pas s'at-* Uaadre à être compris dans l'arrêt que Dieu prononcera contre eux, et y a-t-il une excuse légitime qui l'en puisse préserver ?
Ah ! mes chers auditeurs, ne sera-ce pas assez d'être chargés de nous-mêmes et d'avoir à répondre de nous-mêmes? ne sera-ce pas même encore trop pour notre foiblesse? Mais, à Végard des pères et des mères, il n'est pas possible que le jugement de Dieu se réduise là; et, par une triste nécessité et un engagement inévitable, iL faut qu'il passe plus loin : car un père ne peut répondre de lui-même sans ré-
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pondre de ses enCaints, puisqa'3 n'aura été bon père selon Dieu , ou père criminel, qu'autant qu'il aura rempli ses devoirs dans la conduite de sa famille , et en particulier dans celle de ses enfants , ou qu'il les aura négligés. Dieu donne l'autorité auK pères ; c^est afin qu'ils l'emploienty et pour les juger selon l'usage qu'ils en auront fait. Dieu leur donne des grâces particulières et propres de leur état ; c'est afin qu'ils s'en servent , et non pas pour qu'elles demeurent inutiles dans leurs mains. Tout ce que f ai dit , au reste , du choix de vos enfants et du compte que vous en rendrez à Dieu, ne doit point s'entendre de telle sorte qu'il ne vous soit pas permis de les avancer dans des emplois convenables, ou de l'Église, ou du monde, quand Dieu les y appellera; car, bien loin de vous en faire un crime, je prétends au contraire que c'est une de vos obligations ; et jamais je n'approuverai l'indifférence, pour ne pas dire la dureté de ces pères et de ces mères qui, tout occupés d'eux-mêmes, et ne voulant se dessaisir de rien, laissent languir de jeunes personnes sans établissement , et leur font manquer les occasions les plus fevorables : mais mon dessein est d'exciter en vous un saint zèle de la perfection de vos eniants, dont Dieu vous a commis le isoin, et qu'il soumet à votre discipline ; de vous faire travailler, tandis qu'ils sont encore sons la main paternelle, à les instruire, à les former, il les rendre cnpables, intelligents, dignes des places où, selon leur naissance, ils peuvent aspirer. Or il n'y à point pour cela de plus puissant motif que de vous dire à vous-mêmes : Ou il faut que mes enfants soient exclus de tout, et qu'ils mènent une vie obscure et sans emplois ; ou il faut que je m'applique à les dresser, afin qu'ils puissent devenir quelque chose et faire quelque chose dans la vie ; ou , si je veux les pousser sans nulle disposition de leur part, et malgré leur incapacité, il faut que je me damne avec eux. Qu'ils soient exclus de tout, ce seroit pour eux une honte, et un reproche pour moi ; que je me damne avec eux ce seroit une extrême folie et le souverain malheur. La conséquence est donc, que je n^oublie rien, mais que j'use de toute mon adresse et de tout mon pouvoir de père, pour leur faire acquérir les qualités et de l'esprit et du cœur, dont ils pourront dans la suite avoir besoin, selon les états oii la Providence les a destinés : car d'espérer que Dieu, en les appelant, fasse par lui-même tout le reste, et qu'il leur donne des connoissances infuses, c'est compter sur un miracle, et renverser l'ordre que sa sagesse a établi dans le gouvernement du monde ; et de prétendre que Dieu ne m'impute pas tout ce qui leur manquera, et qu'ils pourroîent recevoir de moi, c'est ignorer un de mes premiers devoirs, et me tromper moi-même. Voilà, Chrétiens^ ce qu'il faut bien méditer. 11 n'y a rien là qui ne soit d'une conséquence infinie, et qui ne doive vous faire trembler, si vous le n^ligez; mais j'ajoute aussi qu'il n'y a rien qui ne soit d'un mérite très relevé , et qui ne doive vous consoler , si vous vous y rendez fidèles et si vous l'observez.
La qaaiflé dé père toié impose de ^hdes obligations ; mais en même temps'elle vous donne lieu d'amasser de grands tr^rs ponr lë riel ! car qai ne sait pas ce que coftlent la conduite et l'éducation des tnbxkt^ ; combien d'hiuneurs il faut supporter , combien d*écarts il iaut pardonner» combien de foibiesses il iaut ménager » combien de précautions il faut prendre pour les instruire sans les fatiguer, pour les tenir sous la règle sans les rebuter, pour leur faire d'utiles répréhensions sans les i^volter? Or rien de tout cela n'est perdu devant Dieu, et c'est en cela même que doit consister devant Dieu votre principale sainteté. Vos enfants profiteront de vos soins, ou ils n'en profiteront pas. S'ils n'en profitent pas, il est vrai, ce sera une peine pour vous, et line peine siensible; mais, du reste, vous en serez quittes auprès de Dieu et auprès d'eux : s'ils en profitent, et que Dieu , comme vous pouvez l'espérer, bénisse votre vigilance et votre zjèle, quelle consolation pour vous en ce monde de voir votre famille dans Tordre, et surtout quel bonheur un jour de vous retrouver tous ensenlde dans ia gloire que je vous souhaite, etc.